Paramârtha-gâthâs (5ème partie)

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13. L'action ne naît pas d'elle-même,
Ni d'autre chose,
La vie précédente ne cause pas l'action,
Mais cela ne signifie pas que l'action n'existe pas.


(cloche)

Chère Sangha, aujourd'hui nous sommes le Jeudi 8 Décembre de l'an 2011, nous sommes dans la salle de méditation de l'Assemblée des Étoiles du Hameau du Bas du Village des Pruniers. Nous sommes à la troisième semaine de la retraite d'hiver 2011-2012.


Bonheur du Dharma

C'est bientôt Noël, c'est bientôt la fin de l'année. Nous avons le terme 'bonheur du Dharma', joie du Dharma'. Cela signifie la joie, le bonheur, pendant la pratique. Bonheur du Dharma. Le bonheur acquis pendant la pratique, pendant l'apprentissage du Dharma. Le Dharma signifie les enseignements du Bouddha. Le Dharma est aussi la pratique qui apporte la transformation, la joie, et si nous savons comment l'utiliser, nous sommes heureux, et ce bonheur s'appelle 'Le bonheur du Dharma'. Quand nous écoutons un enseignement, nous pouvons être heureux, c'est le bonheur du Dharma. Quand nous faisons la méditation assise, et que nous nous sentons heureux, c'est le bonheur du Dharma. Quand nous marchons, et que nous sommes relaxés, en contact profond avec le moment présent, c'est le bonheur du Dharma. Quand nous faisons la vaisselle en pleine conscience, nous réjouissant du moment présent, c'est le bonheur du Dharma. Quand nous mangeons en pleine conscience, regardant profondément la nourriture, nous réjouissant de chaque bouchée, totalement présent pour la nourriture, totalement présent pour les personnes autour de nous, c'est le bonheur du Dharma. Quand on nettoie les toilettes en pleine conscience, avec la vision profonde, que l'on voit de nombreuses choses merveilleuses, c'est le bonheur du Dharma. Au Hameau du Haut, il y a un retraitant venant de Bordeaux, et hier, il a partagé que quand il était dans l'armée, le nettoyage des toilettes était pour lui la pire des choses à faire. Mais au Village des Pruniers, il a appris que nettoyer les toilettes est aussi le bonheur. Et il est là, ici, avec nous, en ce moment. Thay ce souvient, pendant une retraite au monastère Blue Cliff, avec sept-cent ou huit-cent personnes, il y en a qui venaient du Canada, et un retraitant a écrit une lettre à Thay à la fin de la retraite, il a écrit à Thay la vérité sur tout ce qui c'était passé. Le premier jour, il était très irrité. Il n'était pas du tout heureux, il a regretté d'être venu à la retraite, parce qu'il a vu la liste des retraitants, et il a vu que ceux qui parlaient français faisaient partie de la famille qui nettoie les toilettes, ce qu'il n'aimait pas du tout. Alors il a fait semblant de ne pas parler français pour ne pas faire partie de cette famille qui nettoie les toilettes. Et il a écrit toute la vérité, parce qu'à la fin, il s'est beaucoup transformé, il était très heureux, et il a écrit qu'il a fait semblant de ne pas savoir parler français pour ne pas faire partie de cette famille qui nettoie les toilettes. Mais finalement il a quand même fait partie de cette famille, et quand il a nettoyé les toilettes avec d'autres amis, tout à coup, il a découvert la fraternité, et il a appris que nettoyer les toilettes en pleine conscience était quelque chose de très agréable, et donc il a lâché prise de cette idée que le nettoyage des toilettes est une chose détestable et difficile. Donc, quand on arrive à appliquer le Dharma dans la vie quotidienne, nous pouvons être heureux à tout moment. Nous sommes heureux quand nous sommes assis, nous sommes heureux quand nous marchons, nous sommes heureux quand nous sommes debout, nous sommes heureux quand nous sommes allongé, nous sommes heureux quand nous mangeons, nous sommes heureux quand nous buvons, nous sommes heureux quand nous faisons la cuisine, nous sommes heureux quand nous faisons la lessive, nous sommes heureux quand nous faisons la vaisselle, nous sommes heureux quand nous nettoyons les toilettes. Alors en tant que pratiquant, nous devons savoir comment créer le bonheur du Dharma. Et il suffit d'un petit peu de pleine conscience, de concentration et de vision profonde, un tout petit peu, et cela suffit pour être heureux, pour avoir le bonheur du Dharma. Si nous pratiquons en souffrant, alors à quoi cela sert-il de pratiquer ? Ce n'est pas la peine. Alors nous avons le terme 'bonheur du Dharma', et nous avons aussi le terme 'Joie de la pratique.' C'est à dire la joie, le bonheur acquis pendant la pratique. C'est notre nourriture quotidienne. Les pratiquants doivent avoir la joie pendant la pratique. Et la méditation n'est pas une chose difficile, il suffit juste d'un petit peu de pleine conscience, de concentration et de vision profonde pour créer le bonheur.


Méditation du repas

Par exemple, pendant le repas. Tous les jours, nous avons le petit déjeuner, un déjeuner et un dîner. Le repas est une pratique. La semaine dernière, nous avons appris la méditation marchée et la méditation assise. Aujourd'hui, nous allons parler un petit peu de la méditation du repas. Nous pouvons être heureux en mangeant. Nous avons besoin d'un tout petit peu de pleine conscience, de concentration et de vision profonde, et cela suffit déjà pour créer le bonheur. Nous mettons un morceau de pain dans notre bouche ou une cuillerée de riz. Et notre esprit ne voyage pas ailleurs, notre esprit est là, et ainsi, nous savons que nous tenons un morceau de pain dans la main, et nous le mettons dans la bouche, en pleine conscience. On ne pense pas à notre travail à Paris ou dans notre ville, ce n'est pas manger en pleine conscience. Quand on porte attention au morceau de pain, c'est la pleine conscience. Et il y a la concentration dans la pleine conscience. Quand nous faisons attention au pain, nous savons d'où il vient. Le temps d'un tic-tac, le temps d'un clin d'oeil, nous voyons en profondeur, nous voyons que ce morceau de pain vient d'immenses champs de blé. Ce n'est pas très difficile, nous avons besoin d'un petit peu de pleine conscience et de concentration, et naturellement nous avons la vision profonde, nous savons d'où vient cette nourriture. Il suffit d'un ksana, le temps d'un tic-tac, pour voir que dans ce morceau de pain, il y a les nuages, les rayons de soleil, le travail des fermiers, ce n'est pas difficile. Dans la tradition bouddhique, cela s'appelle 'Savoir d'où ça vient', savoir d'où la nourriture vient. Investiguer pour savoir d'où ça vient. Ce n'est pas difficile. C'est beaucoup plus facile qu'apprendre l'anglais ou l'allemand ou le thaïlandais ou les mathématiques. Il suffit de regarder le morceau de pain, et on voit clairement qu'il vient des champs de blé, du soleil, du travail, qu'il vient de l'univers tout entier. Le cosmos tout entier contribue pour que ce morceau de pain soit là dans votre main. Et pour avoir cette vision profonde, on n'a pas besoin de faire beaucoup d'efforts, il suffit de ne pas laisser son esprit être emporté par les pensées, les projets. L'esprit doit s'arrêter et regarder plus profondément dans le morceau de pain. Et alors nous voyons que ce morceau de pain est un miracle, qu'il vient de l'univers tout entier pour nous nourrir. Nous entrons en contact avec les merveilles de l'univers, et nous avons besoin de seulement d'une ou deux secondes pour faire cela. Et pendant cette seconde, il y a la pleine conscience, la concentration et la vision profonde. Et cette vision profonde nous permet d'entrer en contact avec tout l'univers, et cela nous apporte la joie. Dans la vie quotidienne, nous pouvons nous isoler du moment présent, parce que les soucis, la souffrance, la tristesse, l'angoisse, tout cela nous isole du moment présent, et nous ne pouvons pas entrer en contact avec les merveilles de la vie. Alors dans le moment présent, nous prenons un morceau de pain, nous le regardons pendant une seconde, et nous reconnaissons que c'est un morceau de pain, dans lequel il y a le soleil, les nuages, les champs, le blé, le travail des fermiers, le travail des boulangers, et nous réalisons que c'est tous les messagers de l'univers viennent pour vous nourrir, et naturellement, nous ne nous sentons plus isolés, parce que nous sommes en contact avec les merveilles, et nous sommes nourris. Et nous ne sommes pas nourris seulement par ce morceau de pain, c'est vrai que ce morceau de pain nous apporte un peu de nutriments, mais nous sommes aussi nourris par l'univers tout entier. Dans la tradition chrétienne, quand les gens pratiquent l'eucharistie, les chrétiens voient que le morceau de pain est le corps de Jésus-Christ, mais pour Thay il est plus difficile de voir le corps de Jésus-Christ dans le morceau de pain que de voir tout l'univers dans le morceau de pain. C'est plus facile, c'est plus naturel. En tenant le morceau de pain, nous voyons que tout l'univers se trouve dans ce morceau de pain :les champs de blé, les fermiers, les rayons du soleil. Alors dans le bouddhisme, au lieu de dire que le morceau de pain est le corps de Jésus-Christ, nous disons qu'il est le corps du cosmos. Et ça ne demande pas de foi, de dévotion. On reçoit le corps du cosmos dans chaque morceau de pain. Nous sommes en contact avec ces merveilles, et naturellement, nous sommes heureux. 'Savoir d'où la nourriture vient'. Et nous nous sentons plein de gratitude. Dans les cinq contemplations, avant de manger, nous regardons en profondeur pour voir que la nourriture vient de différentes conditions afin de générer la gratitude. Alors nous sommes heureux, parce qu'en tenant ce morceau de pain, nous sommes en contact avec l'univers tout entier. Et non seulement nous sommes reconnaissants et nous sommes en contact avec les merveilles de l'univers, ce qui nous nourrit et nous apporte la joie et la gratitude, mais nous avons aussi le bonheur d'être assis avec la Sangha, avec beaucoup d'amis, qui pratiquent comme nous. Assis avec la sangha, nous mangeons ce morceau de pain, et nous sommes heureux. Nous ne sommes pas isolés, nous sommes en contact avec la sangha, avec le cosmos, grâce à ce morceau de pain. Et en mangeant comme cela, nous n'avons pas besoin de penser, parce qu'en regardant ce morceau de pain, ce n'est pas une pensée, mais c'est une vision. Pleine conscience, concentration, et vision profonde ne sont pas une pensée. Pleine conscience, c'est être là, être présent avec la pain et les personnes autour de nous, la concentration, c'est l'attention. Et avec la pleine conscience et la concentration, il y a la vision profonde. Nous mettons fin au pensées pour permettre à la pleine conscience, à la concentration, et à la vision profonde d'être là, et avec ces trois éléments, nous sommes en contact avec le cosmos tout entier, et c'est la joie de la pratique. Quand nous offrons du riz au Bouddha, nous chantons un chant que tous les novices connaissent par coeur : 'Que la joie de la pratique soit ma nourriture quotidienne. Que l'énergie du Dharma soit abondante.' Et quand nous mangeons, si nous nous laissons penser à d'autres choses, alors nous ne sommes plus présent, présent pour la sangha, pour la nourriture. Ce morceau de pain vient de l'univers tout entier, c'est une merveille. Et si nous ne faisons pas attention à lui, si en le mâchant, nous ne savons pas ce que nous sommes en train de mâcher, nous mâchons nos soucis, notre tristesse, notre souffrance, nos pensées. Nous ne sommes pas dignes de ce morceau de pain, nous sommes indifférents, nous ne savons pas le chérir. Alors pendant le repas, il faut être présent pour nos amis autour de nous, nos frères et soeurs autour de nous, pour la nourriture, et nous sommes nourris par la joie, par le bonheur de la méditation. Et nous pratiquons la méditation pendant le repas, pendant la vaisselle, pendant le balayage.


Assis comme un arbre

Nous devons être habile en tant que pratiquant, nous devons savoir chérir, nous devons avoir la capacité de créer le bonheur pour nous, à chaque instant de la vie quotidienne. Ici, il y a une grande Sangha qui pratique avec vous. Vous pouvez aussi pratiquer la pleine conscience chez vous, mais c'est plus difficile. Alors quand nous nous asseyons, nous nous asseyons de manière que nous soyons heureux. Thay vous propose de vous asseoir de façon à être relaxé, sans faire d'efforts, sans lutter. Parce que si nous faisons des efforts, si nous luttons, il y a de la tension. Alors il faut s'asseoir de manière relaxée, dans la détente. 'J'inspire, je suis conscient de mon corps. Je suis assis bien solide'. Regardez l'arbre sur la table. Il est assis très solidement, très bellement. Est-ce que vous pouvez vous asseoir comme lui ? Il est très heureux. Il nous offre beaucoup. Sa beauté, sa solidité. Il faut vous asseoir dans la solidité, il faut vous asseoir bellement. C'est ce que le Bouddha souhaite que nous fassions, c'est ce que Thay souhaite que nous fassions. Chaque fois que nous sommes assis, nous devrions nous asseoir dans la solidité, dans la beauté, dans la joie. Vous pouvez le faire, n'est-ce pas ? Alors allez-y, faites-le. Asseyez-vous dans la solidité, dans la beauté. Mais pas seulement parce que Thay le souhaite, parce que le Bouddha le souhaite. Non, vous aussi, vous le voulez, n'est-ce pas ? Vous voulez vous asseoir dans la solidité et dans la beauté, alors pourquoi ne pas le faire pour satisfaire votre souhait ? 'J'inspire, je suis assis solidement.' Et naturellement, notre dos est bien droit. 'J'expire, je suis assis dans la beauté.' Et ce n'est pas difficile, si vous le voulez, vous pouvez le faire. Asseyez-vous bellement. 'J'inspire, je solidifie ma posture assise. J'expire, ma posture assise est belle.' 'Je respire bien confortablement. Je respire bien calmement, bien tranquillement.' Et nous ne faisons pas beaucoup d'efforts, nous n'avons pas besoin de travailler dur pendant la respiration. Pourquoi faudrait-il travailler dur, pourquoi faudrait-il faire beaucoup d'efforts pour respirer ? 'J'inspire, je me sens bien. J'expire, je me sens bien. J'inspire, je suis bien solide. J'expire, ma posture est belle.' Regardez cet arbre. Ne croyez pas qu'il est seulement assis. Non, il respire aussi. Il respire à chaque instant. Il est notre maître, il nous suffit de faire comme lui. Il est beau, n'est-ce pas, dans sa posture assise ? Nous pouvons aussi respirer comme lui, et je suis sûr qu'il ne travaille pas dur, qu'il ne lutte pas pour respirer et pour s'asseoir bellement comme ça. Asseyez-vous bien solidement. Asseyez-vous bellement. Respirez et sentez-vous bien. Et respirez calmement. Quand nous respirons et nous nous asseyons comme ça, premièrement nous stoppons les pensées. Nous sommes simplement assis bellement, et tout ce que nous faisons, c'est de respirer, nous mettons fin à toute pensée. Ne croyez pas que si vous mettez fin aux pensées, vous n'aurez pas de vision profonde. Non, plus nous pensons, plus cela s'embrouille dans notre tête, plus cela nous rend confus. Le plus on arrête de pensée, le plus les visions profondes surviennent. Juste s'asseoir, juste être relaxé, se réjouir du moment présent. Lorsque les visions profondes arrivent à Thay, ce n'est pas pendant que Thay réfléchit ou pense, non, à chaque fois, c'est quand Thay ne pense à rien. Je me sens frais, relaxé, heureux. Faites comme cela et vous verrez. Votre vision profonde est différente de la mienne parce que votre contexte est différent. Votre vision profonde peut révéler des choses qui viennent de votre contexte, et vous pouvez aider des personnes qui viennent du même contexte, de ce même arrière-plan. Nous avons l'exercice : 'Plus profonde, plus douce. J'inspire, j'expire, plus profond, plus doux. Je me calme, je relâche.' Je respire calmement, je calme mon corps pour soulager toute la tension, calmer les sensations, les émotions. Il faut respirer de manière que nous nous sentions bien. Quand nous expirons, nous nous sentons calmes, paisibles. Et vous savez que tout le monde peut faire cela, ce n'est pas difficile, on n'a pas besoin de réfléchir et de faire des efforts. Et quand nous sommes assis comme ça, nous sommes heureux, parce que nous nous sentons solides, relaxés, légers, beaux, calmes. Alors la vision profonde surgit. Et vous pouvez le faire, que vous soyez un débutant ou que vous pratiquiez depuis dix ans. Les deux peuvent le faire.


Paix en respirant, joie dans l'assise.

Hier, dans la chambre de Thay, Thay a écrit pour chaque Hameau une calligraphie. Thay a écrit : 'Paix en respirant. Joie dans l'assise. La paix est la respiration. La joie est l'assise.' (Peace while breathing. Joy while sitting. Peace is the breathing. Joy is the sitting.) Alors vous pouvez accrocher ces calligraphies dans les salles de méditation pour nous rappeler que nous venons dans la salle de méditation pour nous sentir bien, et pas pour travailler dur, pour lutter. Quand nous marchons de notre chambre à la salle de méditation ou à la salle à manger, nous marchons de manière que le Dharma et la méditation soient là, que nous soyons présents. On marche de manière relaxée, bellement, totalement dans le moment présent, avec la pluie, les feuilles d'automne. Nous marchons en arrivant à chaque pas. En posant un pied par terre, nous arrivons dans le moment présent. On marche de manière relaxée, nous sommes heureux. Et quand on marche comme cela, on pratique le Dharma, et nous sommes heureux. Nous marchons pour le Bouddha, pour Thay, pour papa, pour maman, pour nos jeunes frères, jeunes soeurs. Et pendant tout ce temps, il y a le Dharma, et nous sommes heureux. Il y a la pratique, et naturellement, il y a la joie. Marchons bien paisiblement. Et Thay a écrit un poème qui est comme ceci : 'Chaque pas de manière relaxée.' C'est ce que Thay souhaite et c'est aussi ce que nous souhaitons. Pourquoi se presser? Il faut marcher tranquillement. Chaque pas est pour être relaxé. Vous voulez réussir dans votre pratique. Et vous ne marchez pas seulement pour vous, mais aussi pour votre mère, votre père, vos ancêtres, vos maîtres. Quand nous réussissons dans la pratique, nous sommes heureux, et ils sont heureux aussi. Marchons tranquillement, marchons bellement. Respirons paisiblement, respirons bellement. Alors pratiquons comme ça, et si vous arrivez à trouver d'autres gathas, d'autres poèmes à mettre en pratique, alors faites-le.


(cloche)

Si vous venez au Village des Pruniers pour seulement une semaine ou deux ou trois semaines, pratiquez simplement comme cela et vous ramènerez beaucoup chez vous. Et mettez cela en pratique chez vous. Ce qui est très précieux au Village des Pruniers, la respiration consciente, la marche méditative, l'assise en pleine conscience. Ramenez tout cela chez vous et mettez le en pratique. Et nous pouvons nous asseoir comme ça, bien sûr dans une salle de méditation, mais aussi au bord de la rivière, sur l'herbe. Et quand nous marchons dans la rue, nous pouvons aussi marcher de cette manière. Nous ne marchons pas seulement au Village des Pruniers comme ça, nous pouvons amener tout cela chez nous. Nous sommes assis dans la solidité, dans la beauté, nous marchons paisiblement, bellement, et nous respirons bellement, nous respirons paisiblement.


Les douze liens selon l'école Sarvâstivâda

Maintenant, nous continuons avec les versets. L'autre jour, nous avons appris les douze liens de la production en dépendance selon l'école Sarvâstivâda. Cela a été examiné dans l'Abhidharma Kosha Shastra. Et cette école divise les douze liens de la production en dépendance en trois temps: passé, présent et futur. Ignorance et formation font partie du passé, et puis conscience, corps et esprit, les six organes sensoriels, contact, sensation, attachement, saisie, et l'existence tout cela fait partie de la couche du moment présent. Et puis la naissance, la vieillesse et la mort font partie de la couche du futur. Ce sont les trois temps. Alors l'ignorance et la formation sont les causes qui mènent au fruit dans le moment présent. Ces deux causes de la vie précédente, ces semences, mènent aux fruits, aux effets dans le présent. Et l'attachement, la saisie et l'existence, ici, sont les causes dans cette vie qui mène au fruit dans le futur qui sont la naissance, la vieillesse et la mort. Alors ici c'est la première couche des causes et effets (*1) et ici c'est la deuxième couche des causes et effets (*2). Ce sont les causes et effets dans les trois temps et dans les deux couches.




Et ces douze liens arrivent à chaque instant en un ksana. À chaque ksana, il y a tous ces douze liens. Donc ici, c'est un des schémas que nous pouvons dessiner, mais il y a d'autres façons de faire. Et beaucoup aiment ce schéma, dans lequel il y a le passé, le moment présent et le futur, mais Thay n'aime pas trop cette façon de diviser. (Thay efface le schéma). À chaque ksana, nous avons les douze liens, l'ignorance, la formation, et ainsi de suite. Dans le moment présent, il y a l'ignorance, la formation, la conscience, et ainsi de suite, tous les douze liens. Alors si on divise l'ignorance et la formation en quelque chose qui fait partie du passé, et les autres liens comme faisant partie du présent et du futur, ce n'est pas correct, parce que ces douze liens inter-sont, et dans chacun se trouvent tous les autres. C'est comme dans chaque cellule de notre corps, : il y a tout notre corps dans chacune de nos cellules. Il suffit de prendre une cellule, et avec les sciences d'aujourd'hui, nous pouvons reproduire un nouveau corps entièrement, le cloner. Dans chaque cellule de notre corps, il y a tous les gènes, et les sciences d'aujourd'hui peuvent reproduire entièrement un corps à partir d'une seule cellule. Alors si nous regardons en profondeur dans un des douze liens de la production en dépendance, nous pouvons trouver tous les autres. L'un se trouve dans le tout, et le tout se trouve dans l'un. Dans le passé, nos patriarches ont souvent utilisé ce schéma que beaucoup de personnes aiment, pour décrire le processus de la vie et de la mort.


Les douze liens comme théorie de la connaissance

Mais un jour, Thay a vu, Thay a compris, que les douze liens de la production en dépendance peuvent être perçus non comme un processus de la vie et de la naissance, comme une succession de liens, mais comme l'épistémologie, c'est à dire c'est la théorie de la connaissance. L'épistémologie. Et Thay voudrait vous partager cela et vous pouvez contempler et vous verrez comme c'est merveilleux de voir les douze liens de la production en dépendance non comme une explication de la mort et de la naissance, mais comme une théorie de la connaissance.


Ignorance ----> Formation

L'ignorance. Parce qu'il y a l'ignorance, parce qu'il y a des perceptions fausses, parce qu'on n'a pas la vision profonde, il y a la formation. On voit ce monde des phénomènes comme des entités séparées. C'est la formation. Par exemple, nous voyons une fleur, nous la voyons comme une formation. Nous la distinguons, nous la voyons comme quelque chose de séparé de tout ce qui n'est pas fleur. Elle a sa propre nature. La fleur ne peut pas être autre chose, comme quand nous sommes humains, nous ne pouvons pas être autre chose. Nous disons que la fleur est une entité séparée. Alors l'ignorance est comme une épée qui divise la réalité en morceaux, c'est la discrimination. À cause de l'ignorance, nous voyons les choses comme des entités séparées : la fleur n'est que fleur et elle ne peut pas être autre chose, mais la vérité est qu'elle est aussi les rayons du soleil, les nuages. Alors l'ignorance mène à la formation, et on pense que cette formation est une entité séparée, et c'est la discrimination. Si nous parlons de la physique quantique, le proton n'est que proton, il ne peut pas être électron. Les électrons ne sont qu'électrons, ils ne peuvent pas être protons. C'est la formation, , ceci ne peut être que ceci et ne peut pas être cela, c'est la vue de la discrimination, la mauvaise perception, vikalpa en sanskrit. Le temps n'est que le temps et ne peut pas être autre chose. Le temps ne peut pas être l'espace, le temps et l'espace ne peuvent pas être la matière, mais la vérité, c'est que le temps et l'espace sont une paire que l'on ne peut pas séparer, le temps se trouve dans l'espace et l'espace se trouve dans le temps. Alors on ne peut pas enlever les neutrons hors des protons ou les protons hors des neutrons. Mais à cause de l'ignorance, il y a la formation. La formation signifie des entités séparées, des choses séparées.


Formation ---> Conscience

Et la formation entraîne la conscience. Et ici quand on parle de conscience, c'est la conscience dans laquelle il y a l'ignorance. Sans l'ignorance, ici, c'est la sagesse, ce n'est pas la conscience.


Conscience ---> Corps et esprit

Et à cause de la conscience, on fait la discrimination entre le corps et l'esprit, nama et rupa. On divise le corps et l'esprit en deux choses différentes, parce que nous ne savons pas que si nous enlevons le corps hors de l'esprit, il n'y a rien, et si nous enlevons l'esprit hors du corps, il n'y a plus rien. Alors les deux dépendent l'un de l'autre pour exister, comme le gauche et le droit. Si on enlève le gauche, il n'y a pas le droit. Corps et esprit, c'est psychosoma, psycho est soma et soma est psycho ; si on enlève l'un de l'autre, l'autre n'existe plus. Un nombre de retraitants francophones, la semaine dernière, étaient étonnés d'entendre Thay dire que si on enlève le corps hors de l'esprit, l'esprit n'est plus. Si notre corps se décompose, et que notre esprit se décompose aussi, alors qu'est-ce qui continue, qu'est-ce qui se réincarne ? Des personnes ont posé cette question dans des groupes francophones. Nous voyons très clairement que le corps dépend de l'esprit et que l'esprit dépend du corps, ils coexistent. Nos sensations doivent avoir un corps pour que l'on ressente. Sans corps, comment pouvons-nous ressentir ? Mais ça ne veut pas dire que quand le corps et l'esprit ne sont plus là, c'est la fin. Non, ce n'est pas la fin. Parce que le corps et l'esprit sont aussi énergie, et cette énergie se manifeste à chaque instant. À chaque fois qu'il y a une pensée, cette pensée est énergie. À chaque fois que nous disons quelque chose, c'est énergie. À chaque fois que nous faisons un acte, c'est énergie. Alors corps et esprit sont énergie. Il faut voir notre corps et notre esprit comme une source d'énergie. Et les sciences disent la même chose : la matière est énergie. En regardant la matière, il faut voir l'énergie. Si elle ne se manifeste pas sous la forme de matière, alors elle se manifeste sous la forme d'énergie. Notre corps et notre esprit sont une source d'énergie, et quand l'énergie ne se manifeste pas sous la forme de corps et esprit, cette énergie se manifeste sous une autre forme. C'est pour cela que notre karma, le fruit de nos actions, est toujours là. Quand nous disons que notre corps et notre esprit ne seront plus là, cela ne veut pas dire que c'est la fin. Si nous croyons comme cela, c'est le nihilisme, et c'est une perception erronée. Et nous ne devons pas nous laisser emprisonner dans le nihilisme ou l'éternalisme. L'éternalisme et le nihilisme sont deux vues fausses que nous devons transcender. Il y a des scientifiques qui pensent que quand notre corps se décompose, notre conscience cesse aussi et que c'est la fin, alors c'est le nihilisme. Dans le bouddhisme, nous apprenons que notre corps et notre esprit sont sources d'énergie, et l'énergie continue. Et les sciences reconnaissent cela aussi. Il y a aussi la loi de la conservation de l'énergie, et cette loi dit qu'on ne peut jamais détruire de l'énergie. Et la loi de la conservation de la matière, on ne peut pas détruire la matière non plus. Et dans les sciences, il y a déjà cette loi, alors pourquoi les scientifiques disent qu'après la mort, il n'a a plus rien ? Et certains scientifiques disent : 'Rien ne se crée, rien ne se perd', c'est correct. Alors quand nous voyons ce corps et cet esprit se décomposer, et qu'il n'y a plus de pensées, de sensations, cela ne veut pas dire que c'est la fin, c'est le contraire de la loi de la conservation. On ne passe pas de l'existence à rien. Non, l'énergie reste toujours, mais elle se manifeste sous d'autre formes. C'est comme quand le nuage n'est plus dans le ciel, il ne faut pas croire qu'il est mort, il est H2O et s'il n'est pas sous la forme de nuage, il est sous la forme de rosée, ou eau, ou neige, ou pluie, alors dire que le nuage est mort, ce n'est pas correct. Il y a une continuation, et nous ne devrions pas tomber dans la vue fausse qui est le nihilisme. Le nihilisme est faux dans le bouddhisme, mais aussi dans les sciences, parce que les sciences ont trouvé la loi de la conservation de l'énergie. Alors dans la conscience, il y a l'ignorance, et nous voyons le corps et l'esprit comme deux choses différentes. Nous croyons que nous pouvons enlever le corps hors de l'esprit et l'esprit hors du corps, mais c'est quelque chose d'impossible, comme enlever le gauche hors du droit et le droit hors du gauche.


Corps et esprit ---> Base sextuple

Et le corps et l'esprit entraînent la base sextuple, c'est à dire les six organes sensoriels, l'oeil, l'oreille, le nez, la langue, le corps et l'esprit, et les six objets des sens, c'est à dire la forme, le son, l'odeur, etc... Et nous croyons que les six organes sensoriels sont différents des six objets des sens, et nous sommes emprisonnés dans la vue dualiste entre l'objet et le sujet, nous concevons une conscience et une réalité à l'extérieur. Et beaucoup de scientifiques restent encore emprisonnés par cette double saisie, c'est à dire de concevoir le corps et l'esprit comme deux choses séparées, et les six organes sensoriels comme séparés des six objets des sens, et beaucoup de scientifiques, y compris les neurologistes, croient qu'il y a une conscience qui est sujet, indépendante du monde objectif, du monde à l'extérieur, et ce sujet cherche à l'extérieur l'objet de l'esprit, et cette saisie est une vue erronée. Nous croyons qu'il y a un esprit à l'extérieur de l'objet, et un objet à l'extérieur de l'esprit pour que l'esprit observe. Alors la physique classique croyait ça, et aujourd'hui, il y a beaucoup de scientifiques qui croient encore à ça. Mais aujourd'hui, il y a des physiciens qui ont trouvé que l'esprit n'est pas simplement un observateur, mais qu'il est aussi un participant. Et les physiciens quantiques savent que notre esprit joue un certain rôle. Ils ont accepté que notre conscience n'est pas simplement un observateur à l'extérieur de ce qui est observé, mais que notre conscience joue le rôle de participant, mais leur chemin est encore très long. Donc si nous voyons les six objets des sens comme des entités séparées des six organes sensoriels, c'est faux.


Base sextuple ---> Contact

Dans le corps et l'esprit, il y a l'ignorance, mais dans la base sextuple, il y a aussi l'ignorance, parce qu'on fait une discrimination entre les six organes sensoriels et les six objets des sens. S'il y a les organes sensoriels et les six objets objets, alors il y a un contact, et dans ce contact, nous croyons qu'il y a ceci qui entre en contact avec autre chose, qu'il y a deux choses. Nous croyons que la main droite est différente de la main gauche, que la main droite touche la main gauche, il y a un sujet et un objet, il y a moi et autrui. Alors c'est le contact. Le contact entre le corps et l'objet du toucher et puis entre le mental et l'objet du mental.


Contact ---> Sensation

Et le contact entraîne la sensation. La sensation peut être agréable, désagréable, ou neutre. Et parce qu'il y a l'ignorance dans le contact, il y a l'ignorance dans la sensation, et nous distinguons trois sortes de sensation : sensation agréable, désagréable, et neutre. Nous discriminons comme cela, mais cela dépend de notre perception. Qu'une sensation soit agréable ou désagréable, cela dépend de nous. Par exemple, nettoyer des toilettes, est-ce que c'est agréable ou désagréable, est-ce que c'est la souffrance ou le bonheur ? Cela dépend de notre perception. Si c'est la première fois que nous avons des toilettes dans notre maison, alors les nettoyer est un grand bonheur. À chaque fois que Thay se brosse les dents, Thay se dit : 'Ah, à cet âge, j'ai encore des dents à brosser, quel bonheur !' Alors le bonheur et la souffrance dépendent de notre perception, de notre attitude mentale. La souffrance et le bonheur sont très relatifs. Plus nous avons de l'ignorance, plus nous souffrons. Plus nous avons la vision profonde, plus nous sommes heureux. La souffrance et le bonheur ne sont pas objectifs, il sont très subjectifs. Par exemple, que la méditation assise soit la souffrance ou le bonheur, cela dépend de nous. Manger, est-ce bonheur ou souffrance ? Si nous avons la pleine conscience, nous pouvons avoir la joie, le bonheur, même si la nourriture n'est pas très bonne. En regardant en profondeur, nous pouvons tout de même nous réjouir. Et les sensations neutres peuvent devenir souffrance ou bonheur. Par exemple, quand nous avons mal aux dents, nous avons une sensation désagréable. Surtout avoir mal aux dents la nuit : le dentiste est fermé, il faut attendre jusqu'à neuf heures du matin, alors nous avons une sensation désagréable. Alors à de tels moments, nous avons l'occasion d'avoir des visions profondes. Nous réalisons que ne pas avoir mal aux dents, c'est un grand bonheur, n'est ce pas ? Mais quand nous n'avons pas mal aux dents, nous ne sommes pas du tout heureux, nous croyons que c'est quelque chose de normal. C'est une sensation neutre, mais en réalité, ne pas avoir mal aux dents est une sensation de bien-être, mais nous ne la reconnaissons pas, et nous ne voyons pas que c'est une sensation agréable. Notre dentiste a fait son travail, et nous n'avons plus mal aux dents, quel bonheur ! Il y en a beaucoup qui n'ont pas mal aux dents, mais qui ne sont pas heureux, qui n'ont pas de sensation de bien-être. Donc une sensation neutre, avec la pleine conscience et la concentration, peut devenir une sensation agréable, une sensation de bien-être. Que nous souffrions ou soyons heureux, cela dépend beaucoup de nous-même. Et si nous ne savons pas profiter d'une sensation neutre, elle peut devenir souffrance. Nous nous disons, 'Ah, c'est ennuyeux.' Pourtant, nous sommes en bonne santé, nous n'avons pas mal aux dents, nous pouvons être très heureux, mais nous ne le reconnaissons pas, nous nous plaignons : 'Ah, c'est ennuyeux.' Mais en vérité, nous avons beaucoup de conditions de bonheur que nous ne reconnaissons pas. Donc une sensation neutre peut devenir une sensation très agréable. Cela dépend de notre esprit. Donc il y a aussi l'ignorance dans les sensations.


Sensation ---> Attachement

Donc nous percevons des sensations agréables, désagréables, et neutres, et cela entraîne l'attachement. Même si les objets de l'attachement entraînent beaucoup de souffrance, nous continuons pourtant à les poursuivre. Par exemple, nous poursuivons l'argent, le pouvoir, la renommée. Tant de personnes souffrent à cause de l'attachement.


Attachement ---> Saisie

Et l'attachement entraîne la saisie. Nous perdons notre liberté. Quand nous sommes attachés dans l'objet du désir, l'objet de notre attachement, nous sommes aussi pris dans les perceptions, les perceptions qu'il y a un objet, un sujet, qu'il y a la naissance et la mort, l'être, le non-être.


Saisie ---> Existence

Et quand on est pris comme ceci, nous sommes pris dans le concept de l'existence. L'existence, ici, c'est le contraire du non-être. L'être est le contraire du non-être. L'existence, ou l'être, nous sommes pris par le concept de l'être. Il y en a qui ne veulent pas vivre, et ils disent : 'Pourquoi dois-je vivre ? Pourquoi est-ce que je suis né ? Pourquoi suis-je né pour souffrir ?' Ils cherchent le non-être afin d'être heureux. Et dans la Bible, il y a Job, qui subit de grandes souffrances, et il fait des reproches à Dieu : 'Pourquoi m'avez-vous mis au monde ?' Il y en a qui souffrent trop, qui rêvent du non-être, parce qu'ils sont emprisonnés dans l'être et le non-être. Mais la réalité transcende l'être et le non-être. Si nous réalisons le nirvana, la dimension ultime, nous réalisons la non-naissance et la non-mort. Par exemple, lorsque nous regardons un nuage d'une manière superficielle, nous voyons qu'il traverse la naissance, la mort. À cause de l'ignorance, nous voyons l'être et le non-être, nous voyons qu'à partir de rien, le nuage apparaît, il naît, et qu'un jour, il deviendra rien, il mourra. Mais Lavoisier a vu que le nuage ne peut pas se créer et ne peut pas se perdre. 'Rien ne se crée, rien ne se perd.' La réalité des choses transcende la naissance et la mort, l'être et le non-être. Mais les scientifiques n'arrivent pas encore à mettre cela en pratique dans leur vie quotidienne, ils mettent en pratique seulement dans la technologie. Les scientifiques ont des soucis, de la souffrance, ils ne savent pas encore utiliser leur vision profonde pour gérer leurs soucis, leurs souffrances. Les scientifiques devraient s'associer avec les bouddhistes, parce que les bouddhistes mettent en pratique la vision de la non-discrimination dans leur vie quotidienne. Quand nous sommes emprisonnés dans la vue dualiste, nous voyons qu'il y a l'être et le non-être. Il y en a qui disent que Dieu est la fondation de l'être. Mais ce n'est pas correct de dire ça, parce que si Dieu est la fondation de l'être, alors qu'est ce qui est la fondation du non-être ? S'il y a l'être, il y a aussi le non-être. Si Dieu est la fondation de l'être, alors quelque chose doit être la fondation du non-être. Donc, ces personnes sont emprisonnées dans les concepts de l'être et du non-être. Et beaucoup de scientifiques sont aussi emprisonnées dans ces concepts. Ils posent la question : 'Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien ?' Les scientifiques aiment poser de telles questions : 'Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien.' Les physiciens posent ces questions, et ils sont emprisonnés dans les concepts de l'être et du non-être, ils sont emprisonnés aussi dans les concepts de la naissance et de la mort. Et ils cherchent encore le moment du commencement de l'univers. Si l'univers existe, cela signifie que de rien, il est devenu quelque chose, alors ils cherchent cela. Alors il y a la théorie, du Big-Bang, qui est le commencement de l'univers, parce que s'il y a un commencement de l'univers, ils cherchent quand cela a eu lieu. Et s'ils sont emprisonnés par le début, ils sont emprisonnés par la fin aussi. Alors il y a la théorie du Big-Crunch, la fin de l'univers. Si on est emprisonné dans l'être, on est aussi emprisonné dans le non-être. Si on est emprisonné dans la naissance, on est aussi emprisonné dans la mort. La vérité, c'est que la réalité des choses transcende tous ces concepts de l'être et du non-être. Comme Lavoisier a dit : 'Rien ne se crée, rien ne se perd.' S'il n'y a pas la naissance et la mort, il n'y a pas l'être et le non-être.


Existence ---> Naissance

Alors quand on est emprisonné dans le concept de l'être, on est emprisonné dans le concept de la naissance.


Naissance ---> Vieillesse et mort

Et quand on est emprisonné dans la naissance, on est emprisonné dans le concept de la vieillesse et de la mort. S'il y a la naissance, il y a la vieillesse et la mort. S'il y a le Big-Bang, il y aura le Big-Crunch. Donc ces liens de la production en dépendance expliquent la théorie de la connaissance plutôt que la succession des liens. Et on peut enlever le mot vieillesse, on peut laisser simplement mort. (Naissance ---> Mort) Donc ces douze liens sont seulement une théorie de la connaissance. Avec la vision profonde, on voit que chaque lien contient tous les autres liens, comme chaque cellule contient tout le corps. C'est peut-être la première fois que quelqu'un l'explique de cette façon. Thay considère ces douze liens de la production en dépendance comme une théorie de connaissance, une épistémologie.


(cloche)

Treizième verset :

13. L'action ne naît pas d'elle-même,
Ni d'autre chose,
La vie précédente ne cause pas l'action,
Mais cela ne signifie pas que l'action n'existe pas.


L'action ne naît pas d'elle-même, ni d'autre chose, la vie précédente ne cause pas l'action.


Le treizième verset parle de l'action. C'est la fonction, le travail, le karma. Karma est action. La force, l'énergie, l'action, ne vient pas d'elle-même. D'elle-même, elle ne peut pas naître, elle ne peut pas se produire. Nous avons déjà appris dans les autres versets que tous les dharmas, ou les choses, ne naissent pas d'eux-mêmes et qu'ils ne naissent par d'autres choses. Puis nous avons aussi appris que les choses ne peuvent pas se détruire d'elle-mêmes et elles ne peuvent pas être détruites par d'autres choses, elles ne peuvent pas se mettre fin par elle-mêmes ou par autre chose. C'est la même chose ici. Maintenant, nous disons cela à propos de l'action. Et dans les sciences, on dit que la matière est énergie, est aussi force. Les deux sont un. Si on enlève la force, il n'y a plus la matière, si on enlève l'énergie, il n'y a plus la matière. Matière et énergie sont un. Ce que nous appelons karma, action, cela ne naît pas de lui-même ni d'autre chose. Ce n'est pas à cause d'une vie précédente que maintenant, cela existe. Ces actions, ces énergies, ne naissent pas d'elles-même ni d'autre chose, et elle ne sont pas non plus les fruits des actions des vies précédentes, mais cela ne veut pas dire que ces actions n'existent pas. Et ce que nous devons nous rappeler, c'est que nous sommes en train d'apprendre la vérité ultime, et que nous utilisons la vérité relative, la vérité conventionnelle, afin de parler de la vérité ultime.


Cela ne signifie pas que l'action n'existe pas.


Quand on dit 'la pluie tombe', ou 'le vent souffle', ou bien 'je pense', c'est comme s'il y avait quelque chose qui s'appelle 'pluie', et puis une action appelée 'tomber', deux choses différentes, séparées. Comme quand nous regardons la matière, nous disons que c'est la matière, et que cette matière peut produire de l'énergie, mais en réalité, la matière est déjà l'énergie. Il y a l'action de tomber, mais il n'y a pas sujet qui se met derrière pour faire tomber. Il n'y a pas Le Dieu de la pluie qui crée la pluie, un sujet qui se met derrière pour faire l'action, parce que la tombée est aussi le sujet. C'est pareil quand on dit 'le vent souffle', ce n'est pas correct. Il n'y a pas le vent qui est derrière, qui veut souffler ou qui ne veut pas souffler. Quand on dit 'vent', il y a déjà 'souffle'. Ou quand on dit 'souffle', on sait déjà que c'est le vent. Il n'y a pas l'énergie ou l'action en dehors d'un sujet. Et puis 'Je pense' . Mais il n'y a que la pensée, mais il n'y a pas de 'je', il n'y a personne en dehors de cette pensée. Il y a la pensée, mais il n'y a pas de penseur. La penseur est la pensée elle-même. Peut-être que maintenant vous voyez mieux qu'au début de la retraite. Il y a une pensée. Cette pensée existe, mais il n'y a personne qui se tienne derrière la pensée, séparé de la pensée. Alors nous pratiquons : 'Le Bouddha est la respiration, le Bouddha est l'assise.' En regardant cette respiration, nous savons que c'est le Bouddha, parce que cette respiration a beaucoup de qualité, et le Bouddha est cette respiration. Trouver le Bouddha en dehors de cette respiration est impossible, la qualité de cette respiration, la qualité de cette assise est très élevée, c'est pour ça que nous savons que c'est le Bouddha. En dehors de la respiration, de l'assise, de manger, et les autres choses, il n'y a pas le Bouddha. Et la calligraphie que Thay vous offre, c'est : 'Paix en respirant. Joie dans l'assise.' Et la paix ne se trouve pas à l'extérieur, quelque part, elle est dans la respiration. Et la joie ne se trouve pas à l'extérieur, elle est dans l'assise. Alors en ce qui concerne la matière et l'énergie, il ne faut pas dire que ces deux choses sont séparées, différentes. Ne pensez pas que c'est la matière qui créé l'énergie, ou que l'énergie crée la matière.


(cloche)


Enseignement donné le 8 Décembre 2011 en vietnamien,
transcrit par Pháp Thân d'après les traductions françaises et anglaises.