Paramârtha-gâthâs (2ème partie)

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3. Intérieur et extérieur
Sont tous deux complètement vides.
La personne qui contemple cette vacuité
Est également vide.


4. Le soi et l'objet du soi n'existent pas.
Ces concepts proviennent de notre esprit confus.
Le soi et les êtres vivants n'existent pas,
Seuls les conditions qui se rassemblent existent.


5. Toutes les formations sont impermanentes.
Comment peut-il y avoir une fonction dans les choses instables ?
La présence est déjà l'action.
La présence est déjà l'acteur.


(cloche)

Chère Sangha, nous sommes le dimanche 27 Novembre de l'an 2011, nous sommes dans la salle de méditation de l'Assemblée des Étoiles du Hameau du Bas pendant la retraite d'hiver 2011-2012.


Calmer la formation corporelle

Le matin, quand nous entrons dans la salle de méditation pour faire la méditation assise, il y a sûrement quelques personnes qui sont déjà là assis, alors il faut aller très doucement pour ne pas faire de bruit, pour ne pas les déranger. Au Hameau du Haut, le matin, quand le frère qui s'assoit près de Thay arrive et s'assoit, personne ne le sait car il est très silencieux. Il fait des pas très doucement, tranquillement, et il suit sa respiration en pleine conscience. Quand nous entrons dans la salle de méditation, on pratique déjà. On n'attend pas de s'asseoir pour pratiquer. Nous avons le gatha: 'En entrant dans la salle de méditation, je vois ma vraie nature. Une fois assis, je mets fin à toute souffrance' On ouvre la porte, on est dans la salle de méditation, et on pratique déjà la méditation. On n'a pas besoin de s'asseoir pour commencer à pratiquer la méditation. Dès qu'on entre dans la salle de méditation, on entre dans le moment du Zen. C'est pour ça, on marche très doucement sans faire de bruit, et chaque pas est une respiration, on ne pense plus à rien, on met fin à toute pensée. Chaque pas est suivi de la respiration, et lorsque notre esprit se focalise sur chaque pas et chaque respiration, on ne pense plus. Ne pas penser, c'est la pratique de base, parce que quand on pense, nos pensées peuvent nous amener très loin et on n'est plus présent. Et une fois assis, on ajuste sa posture pour la rendre bien droite, belle, paisible. On est conscient de son corps, on est conscient la position de son corps, et on s'assoit bien droit et on continue à respirer attentivement, et pendant tout ce temps on prend soin de son corps et de ses sensations. Dans le corps, il y a des tensions, et on respire de façon qu'on puisse relâcher toutes les tensions, qu'on puisse ramener la paix dans notre corps. On relâche la tension, on ramène la paix à son corps. Et si nous avons quelques sensations désagréables, alors nous respirons aussi pour calmer ces sensations. On calme les sensations, et ainsi chaque respiration et chaque pas peuvent apporter la paix au corps et aux sensations. Le mot utilisé dans les sutra pour le corps est un mot très ancien : Notre corps est 'formation corporelle.' Cela traduit le mot samskara en sanskrit, formation, qui signifie que de nombreuses choses qui viennent ensemble. Et le mot formation s'applique à tout phénomène, toute chose. Par exemple, cette fleur est une formation, un rassemblement de différents éléments. Par exemple, dans cette fleur, il y a des éléments comme l'air, l'eau, les nuages, la chaleur, la terre, et ces éléments se rassemblent, se réunissent pour faire une formation. Donc formation peut être traduit comme choses composées, les éléments qui se réunissent pour faire manifester une chose. Une chose composée. La fleur est une formation et notre corps est une formation parce que notre corps est fait aussi de différents éléments comme les parents, le maître, la terre, l'eau, le vent, le feu, alors notre corps est aussi une formation, une chose composée. Le corps, la formation corporelle. Et le soutra de l'attention à la respiration, il y a le terme 'calmer notre corps,' 'calmer notre formation corporelle.' L'inspiration et l'expiration servent à calmer notre formation corporelle. Cela signifie qu'avec la respiration, nous pacifions notre corps. Dans notre corps, il y a des douleurs, des tension, il n'y a pas la paix, alors si nous faisons correctement la respiration, nous pouvons calmer ces douleurs dans le corps, et cela soulage la douleur, cela réduit la tension. 'En inspirant, je calme le corps, j'apporte la paix à mon corps.' Hier, j'ai écrit une calligraphie : 'Respire et apporte la paix à ton corps.' Alors quand nous entrons dans la salle de méditation, marchons et respirons de manière que nous puissions amener la paix à notre corps. Et c'est ce qu'on appelle 'calmer la formation corporelle.'


Calmer l'esprit

Et notre esprit est aussi une formation. Il est composé de nombreuses choses, comme perceptions, sensations, émotions, formations mentales. Et ce sont aussi des formations, et lorsque nous respirons, nous calmons cette formation : 'En inspirant, je calme mon esprit, je calme mes sensations, je calme mes émotions.' Et nous sommes des pratiquants, alors nous devons être capables de respirer de manière à calmer notre corps, nos sensations, nos formations mentales, c'est à dire que nous apportons la paix à notre corps et à notre esprit. Respirer est apporter la paix à notre corps. Nos sensations, nos émotions peuvent enlever toute la paix, et si nous savons comment respirer, nous pouvons calmer toutes ces sensations et toutes ces émotions. Calmer l'esprit. Alors faire la méditation assise ou faire la méditation marchée, c'est premièrement pour cela. Nous pouvons faire tout ça pour autre chose, mais premièrement, c'est pour cela. Parce que quand nous sommes calmes, nous voyons plus clairement et nous faisons les choses plus correctement. La paix est accompagnée de la tranquillité et de la clarté. Et quand nous voyons clairement, nous ne sommes pas en colère, nous ne sommes pas tristes, nous ne sommes pas jaloux, mais nous avons de la compassion. Si nous n'avons pas de compassion, nous ne pouvons pas être heureux. Avec l'énergie de la clarté et de la paix, nous sommes heureux. Donc la respiration peut apporter trois choses : le calme, la clarté, et la compassion.


Ne pas attendre d'être assis pour pratiquer

Ici le plancher de la salle de méditation est fait de bois, mais au Hameau du Haut, le plancher est fait de bambous. Et si nous faisons chaque pas en pleine conscience, nous sommes en contact avec ce bois ou nous sommes en contact avec le bambou, et quand nous sommes en contact avec lui, il est en contact avec nous aussi. Ce bois, pourquoi est-il venu ici ? Afin d'être en contact avec nous, afin que nous puissions y faire des pas paisibles, et il reçoit beaucoup de paix de nos pas. Il y a de bonnes conditions entre le bois et nous. Au Hameau du Haut, le plancher est fait de bambou. En Asie, il y a tellement de bambous. Mais pourquoi ce bambou vient-il ici, au Hameau du Haut ? Pour que nous puissions marcher dessus. Et que ce soit le bois ou le bambou, il vient de notre Terre mère, et quand nous marchons sur le bois ou sur le bambou, nous marchons sur notre Terre mère. Et non seulement lorsque nous ouvrons la porte de la salle de méditation, nous entrons dans le monde de la paix, mais avant d'entrer dans la salle, nous sommes déjà dans le monde de la paix. Quand nous entendons le son de la cloche, nous arrêtons toute activité. Nous nous habillons et nous ouvrons la porte pour aller à la salle de méditation, n'est-ce pas ? C'est ça le son de la cloche. Dès que nous entendons le son de la cloche, nous ne parlons plus, nous ne pensons plus, nous mettons fin à toute pensée, nous mettons notre veste en pleine conscience. Autrefois, quand Thay est devenu moine, Thay a appris des gathas. On a un gatha pour s'habiller : 'En m'habillant, je souhaite que tout le monde soit équipé de bonnes graines et qu'il ne laisse pas ces bonnes graines s'envoler.' Et quand on met son pantalon, il y a aussi un gatha qu'on n'a pas dans le livre 'Entrer dans la liberté.' Peut-être qu'il faudrait l'ajouter : 'Quand je mets mon pantalon, je souhaite que tout le monde soit équipé de toutes les bonnes graines et que tout le monde soit équipé de l'embarras, de la honte.' Quand quelqu'un est embarrassé, ou a honte, quand il fait quelque chose d'incorrect, alors c'est très bien. Quelqu'un qui n'est pas embarrassé et qui n'a pas honte quand il fait quelque chose de mal, ce n'est pas bien. C'est une bonne formation mentale, l'embarras, la honte. Et on peut avoir honte si on est moine ou moniale depuis plus de dix ans, et que jusqu'à aujourd'hui, on a encore plein de mauvaises habitudes, on s'irrite facilement, on est agité, et ainsi de suite, alors il faut avoir honte. Et on peut aussi avoir honte aussi, mais en se comparant avec les autres : 'Ceux-là pratiquent depuis un an et ils sont heureux, et je pratique depuis plus de dix ans et je ne suis toujours pas heureux.' Donc il y a deux formations mentales pour la honte : en se regardant soi-même, ou bien en se comparant avec quelqu'un d'autre. Donc il y a un gatha quand on met sa robe, il y a un gatha quand on met son pantalon : 'Quand je met mon pantalon, je fais le voeu que tout le monde soit équipé de toutes les bonnes habitudes et sachent comment avoir honte en se comparant aux autres.' Donc quand on sors de sa chambre pour aller à la salle de méditation, on peut être en contact avec le ciel, la terre, l'air pur, alors on entre déjà dans le monde du Zen, on n'attend pas d'être dans la salle de méditation. Alors chaque pas qu'on fait de notre chambre à la salle de méditation est un pas de pratique, et quand notre petit frère nous voit marcher comme ça, notre petit frère ou notre petite soeur, il va se souvenir de la pratique, alors marchons de manière que nos petits frères, nos petites soeurs pensent à la pratique. En marchant, on se réjouit de chaque pas et de chaque respiration. Si vous êtes grand frère ou grande soeur, vous devez faire comme ça.


Qu'est-ce qu'un bodhisattva ?

À chaque pas, on marche sur la Terre Mère et on peut avoir beaucoup de bonheur. Et c'est pareil pour la respiration. Si nous savons comment respirer attentivement, nous sommes heureux à chaque respiration. Il y en a qui ne peuvent pas bien respirer à cause de leurs problèmes de poumons, alors nos poumons sont en bonne santé, notre nez n'est pas bouché, et nous pouvons respirer tranquillement, alors il faut se réjouir, il faut savourer. Se réjouir de votre inspiration et de vos pas. Un bon pratiquant ne laisse aucune occasion s'échapper. Chaque respiration, chaque pas lui apportent le bonheur. Et si on arrive à faire cela, c'est grâce à notre pratique de la pleine conscience qui rend chaque instant de notre vie quotidienne paisible, accompagnée de la clarté et de l'amour, et de la compassion. Un bodhisattva vient des mots bodhi et sattva. Sattva signifie être, et bodhi signifie éveillé. Un être éveillé. Alors qu'est-ce que c'est bodhisattva ? C'est un être heureux, éveillé, en pleine conscience, un être qui a la compréhension et l'amour. Alors toute personne, tout être vivant qui a la pleine conscience, la paix, la compréhension, l'amour, la compassion, est un bodhisattva. Et un bodhisattva n'est pas seulement humain. Dans des histoires des vies passées du Bouddha, parfois, le bodhisattva était un cerf, ou un singe, un manguier, ou un rocher. En regardant un arbre, nous voyons que l'arbre est heureux. Il est verdoyant, frais, il est heureux, il offre à la vie sa beauté, il nourrit la vie, et il est un lieu de refuge pour tant d'oiseaux. Alors nous pouvons voir que l'arbre est un vrai bodhisattva. Alors un bodhisattva n'est pas forcément un être humain. Donc un bodhisattva n'est pas quelque chose de lointain, dans les nuages, il est autour de nous. Quelqu'un qui est plus jeune que nous, et qui a la compréhension, l'amour, la paix, qui nous offre beaucoup de bonheur, alors c'est un bodhisattva. Le palmier dans le jardin peut nous offrir beaucoup de bonheur, de joie, il nous offre l'oxygène, alors c'est un bodhisattva.


Je suis amoureux de la Terre

Et notre Terre aussi est un bodhisattva. La Terre est vraiment un grand bodhisattva, un vrai bodhisattva. Elle a beaucoup de qualités. Premièrement, la solidité, la stabilité. La Terre nous porte, elle est solide, elle est très patiente, elle ne fait pas de discrimination. Que nous versions du parfum ou de l'excrément, ou de l'urine, la Terre reçoit tout, elle ne fait pas de discrimination, elle est très solide, elle a beaucoup de patience, et elle offre tant de cadeaux. Elle nous met au monde, elle nous nourrit, elle nous donne à boire, elle nous donne à manger. Alors quand nous marchons sur la Terre, nous sommes en contact avec le bodhisattva Terre. Et ce n'est pas correct de la voir comme matière. Non, elle n'est pas seulement matière, elle est très spirituelle. Elle est un grand bodhisattva qui a mis au monde tant de Bouddhas et tant de bodhisattvas. C'est la maman de beaucoup de Bouddhas et de bodhisattva. Notre maître, le Bouddha Shakyamuni, est aussi son enfant. Notre père, notre mère, nos ancêtres, sont aussi les enfants de la Terre. Et grâce à notre mère, nous pouvons reconnaître que la Terre est aussi une mère. La Terre nous a mis au monde, elle a aussi mis notre mère au monde. Et quand nous marchons, nous sommes en contact avec cette merveilleuse Terre mère et nous devons être heureux. Notre mère est très belle. Dans cette galaxie, la Terre est la planète la plus belle où il y a la vie, de la verdure. Il y a des bodhisattva très beaux, et la Terre est un des bodhisattva les plus beaux que nous ayons vus. Elle est claire et rafraîchissante. Et nous avons la chance de faire des pas sur cette planète. Nous avons tant de chance. Il y en a qui ne sont pas judicieux, ils n'aiment pas la Terre et voudraient renaître dans un autre monde lointain. Au contraire, nous devons revenir à la Terre pour prendre refuge en elle. 'Je prends refuge dans la Terre mère.' 'J'aime la Terre. Je suis amoureux de la Terre.'. Et à chaque pas que nous faisons, nous pouvons exprimer notre amour à la Terre. Et si nous voulons exprimer notre gratitude à la Terre, nous devons marcher en pleine conscience, avec gratitude, et nous pouvons être heureux tout de suite.


(cloche)

Une cellule merveilleuse

Donc nous devons apprendre à regarder notre planète non comme quelque chose d'inanimé, mais comme un être vivant. Et quelques biologistes, comme Lewis Thomas, ont vu que la Terre est un être vivant. Lewis Thomas a écrit le livre 'The Lives of a Cell', (Les vies d'une cellule). La Terre est une cellule du cosmos, une très belle cellule, une cellule merveilleuse. Quand nous regardons la Terre, nous voyons qu'elle est une formation, parce qu'elle est faite de nombreux éléments du cosmos, y compris le soleil, les astres, et ainsi de suite. Les astres, les étoiles, ont envoyé beaucoup d'éléments à la Terre, et en regardant la fleur, nous la voyons comme une formation : elle est faite de beaucoup d'éléments, et nous pouvons voir tout le cosmos dans la fleur. Dans la fleur, il y a aussi le soleil et la Terre. La Terre aussi est une belle fleur, et nous voyons tout le cosmos dans la Terre. 'Je vois tout le cosmos dans la Terre', Et quand nous nous regardons, nous voyons la Terre mère en nous. Il ne faut pas croire qu'elle est à l'extérieur de nous. Elle est en nous, nous la portons en nous, elle nous a mis au monde. Votre mère est la personne qui vous a mis au monde, mais elle est aussi l'enfant de la Terre. Ne croyons pas qu'elle est à l'extérieur, elle est à l'intérieur de nous. Ceux et celles qui sont d'origine chrétienne, rappelez-vous que dans la Bible il y a aussi des phrases semblables. Et Jésus-Christ a dit : 'Je suis dans mon Père et mon Père est en moi. Je suis en vous et vous êtes en moi.' Alors ce sont les enseignements de l'inter-être très proches des enseignements du bouddhisme. Dans la Terre, il y a tout le cosmos, et en regardant dans notre corps, dans cette formation, nous voyons la Terre mère en nous. Dans chacune de nos formations, il y a de nombreux éléments de la Terre. Alors c'est la vision profonde. Dans une retraite à Washington D.C. pour les vietnamiens, il y en a qui ont posé la question : 'Nous pratiquons la Terre Pure et nous récitons le nom du Bouddha Amitabha et nous savons qu'à la mort nous irons dans la Terre Pure d'Amitabha, mais au Village des Pruniers, tout ce que vous faites, c'est de suivre votre respiration, alors à votre mort, où irez-vous ? Alors comment répondez-vous à cette question ?' Thay ne sait pas comment les frères et soeurs ont répondu, mais c'est très clair, nous nous sommes manifestés à partir de la Terre. Si la Terre nous a mis au monde, alors nous allons y retourner. La Terre nous a mis au monde plusieurs fois, et c'est sûr, elle va nous accueillir de nouveau. Cela ne veut pas dire que nous refusons, que nous nions les enseignements de la Terre Pure. Mais pour nous, la Terre Pure n'est pas lointaine dans le futur, ou quelque part autre part dans le cosmos, mais elle est ici et maintenant, sur cette merveilleuse planète Terre. Et à chaque respiration, à chaque pas, nous pouvons entrer en contact avec la Terre Pure. Parce que la Terre mère est la Terre Pure. Le Bouddha Shakyamuni est aussi le fils de la Terre. Le Bouddha Shakyamuni a reconnu que ce lieu est son royaume, qu'il est chez lui. Pourquoi ne faisons-nous pas de même ? Le Bouddha Shakyamuni a décidé de naître ici, et vous êtes né ici, alors il faut reconnaître que la planète Terre est notre mère, est notre monde.


Quand nous entrons dans la salle de méditation, si nous marchons comme cela, en pleine conscience, en sentant que nous touchons la Terre mère, et chaque pas, vous avez la paix, la clarté. Au Hameau du Haut, dans la soirée, après une demi-heure de méditation assise, nous avons la marche méditative lente. En inspirant, nous faisons un pas, et en expirant, nous faisons un pas. À quoi cela sert-il de marcher comme ça ? C'est pour être en contact profond avec la Terre mère. Et quand nous sommes en contact comme ceci avec cette vision, chacun de nos pas nous nourrit, chacun de nos pas nous guérit. Et si nous faisons trente pas, nous avons trente occasions pour nous nourrir et nous guérir. Alors il ne faut pas faire juste dans l'apparence, il faut avoir le contenu, il ne faut pas faire semblant, il ne faut pas faire du théâtre. À chaque pas, il faut la pleine conscience, chaque pas doit apporter la paix à notre corps, à notre esprit, il doit nous apporter une vision. Cette vision n'est pas difficile. Nous voyons que notre Terre est vraiment notre mère, et ce n'est pas difficile. Il suffit d'un peu de pleine conscience pour voir ceci. Quand nous récitons les Entraînements à la Pleine Conscience, il ne faut pas faire de bruit. Il faut le silence total pendant la récitation des entraînements. Quand vous devez changer de page, tout le monde le fait en même temps. Ne faites aucun bruit pendant que les personnes récitent les Entraînements. Il faut une grande concentration. Le bruit réduit la concentration de la Sangha. Les enseignants du Dharma de chaque Hameau devraient être responsables de cela. Et quand nous avons un ami qui vient d'arriver, nous devons leur expliquer comment entrer dans la salle de méditation, comment s'asseoir, comment marcher, afin que notre ami, même s'il reste seulement sept jours, il puisse profiter de la pratique pendant tous ces sept jours.


Définition du terme Yoga

Continuons avec le yogâcâra-bhûmi sastra. Le mot yoga n'est pas un mot appartenant seulement au bouddhisme, mais c'est un mot appartenant à beaucoup d'écoles en Inde. Le pratiquant s'appelle yogi, et le mot yoga signifie, 'aller ensemble', 'correspondre.' En Chine, au Vietnam, en général, nous comprenons le mot yoga dans le sens du tantrisme. Mais le yoga n'est pas le tantrisme. C'est vrai que la cérémonie pour les esprits affamés fait partie du tantrisme, et il y a des mantras. Il y a des mantras pour briser la porte des enfers afin que les esprits affamés puissent sortir et manger la nourriture que nous offrons. Mais quand nous pratiquons le Zen, nous n'avons pas besoin de mantra. Avec la pleine conscience, nous pouvons aussi briser la porte de l'enfer tout de suite. Dans le tantrisme, il est dit aussi que quand esprit et parole sont en parfaite concentration, cela crée des miracles. Quelqu'un qui conduit une cérémonie pour les esprits affamés a son corps, son esprit et sa parole en en parfaite concentration. Il récite un mantra, et son esprit est complètement concentré sur ce mantra, et puis il fait un moudra avec sa main, donc les paroles et le corps vont ensemble. Et puis le mental aussi. Le mental est concentré sur cette chose là. Pendant qu'on récite un mantra, on fait un moudra avec sa main, et le mental va avec ce mantra, donc tous les trois vont ensemble. Et quand nous faisons la marche méditative ou la méditation assise, c'est pareil. Quand nous chantons, si notre mental pense à quelque chose dans la cuisine, alors ça ne va pas ensemble. Alors le mental ne correspond pas aux paroles. Alors chaque fois que corps et esprit vont ensemble, cela crée une énergie. Donc dans notre pratique, il ne faut pas faire seulement avec la forme. En apparence, les autres nous voient marcher doucement, lentement, mais peut-être que notre esprit s'envole dans tous les sens, très vite. Alors le mot yoga signifie aller ensemble. Dans le yogâcâra-bhûmi sastra , il y a dix-sept de bhûmis, dix-sept étapes, et nous sommes à la onzième.


Troisième verset :

3. Intérieur et extérieur
Sont tous deux complètement vides.
La personne qui contemple cette vacuité
Est également vide.


L'intérieur et l'extérieur sont tous deux complètement vides, et la personne qui contemple cette vacuité n'a pas non plus de soi, n'a pas non plus un soi séparé. Ce mot vide, shunyata en sanskrit, vide signifie qu'il n'y a pas de noyau : comme un bananier ou un oignon, on enlève une couche, on a l'impression qu'il y a un noyau à l'intérieur, mais quand on enlève une deuxième couche, on ne voit pas de noyau, on enlève une troisième couche, on continue, et à l'intérieur, il n'y a pas de noyau. De même, il n'y a pas de soi séparé. Notre personne est comme un oignon, il y a cinq couches : corps, sensation, perception, formations mentales, et conscience. Il y a cinq éléments. Et nous croyons qu'à l'intérieur, il y a un sujet, un propriétaire, mais en dehors de ces cinq couches, il n'y a rien d'autre, c'est vide. Mais vide ne signifie pas que cela n'existe pas. L'oignon existe, il y a des couches, oui, cela existe, mais il n'y a pas de noyau, il n'y a pas de propriétaire, il n'y a pas de patron, il n'y a pas de soi séparé. Comme un ordinateur : l'ordinateur est excellent. Il conserve beaucoup d'informations. On lui demande, et il nous répond. Et parfois, il nous rappelle ce qui nous manque et ce qu'il faut faire, il est excellent. Mais dans l'ordinateur, il n'y a pas de chef. Il y a tous les éléments, il y a tous les outils, il y a les programmes, il y a le disque dur, mais ce qui manque, c'est un soi séparé, et nous sommes pareils. Nous avons le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales, la conscience. Nous avons tout. Nous avons des pensées, nous pouvons discerner, nous pouvons imaginer, nous avons la tristesse, la colère, les soucis, la joie, la souffrance, tout. Sauf le chef. Sauf le propriétaire. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien. Nous pratiquons 'le Bouddha est la respiration, le Bouddha est l'assise. Je suis la respiration, je suis l'assise. La respiration a beaucoup de qualité, alors nous savons que c'est la respiration du Bouddha. La posture assise est tellement belle, c'est pour cela que nous savons que c'est le Bouddha. En dehors de cette assise et de cette respiration, il n'y a pas le Bouddha, il n'y a pas un Bouddha à l'extérieur. Il n'y a que la respiration, il n'y a que l'assise.' Donc il n'y a pas de respireur, il n'y a personne qui s'assoit. Mais il y a la respiration et l'assise. Et qu'il y ait le Bouddha ou non dépend de la qualité de la respiration, de la qualité de l'assise. Alors à l'intérieur comme à l'extérieur, il n'y a que des conditions, il n'y a que des dharmas, des formations. Tout cela existe. Mais en dehors de ces formations, il n'y a pas de soi séparé, il n'y a pas de chef. C'est un peu difficile à comprendre parce que c'est le contraire de ce que nous percevons en général. Parce qu'en général, nous percevons, nous pensons autrement. Mais nous devons regarder plus profondément. Il y a deux vérités. Il y a la vérité relative, la vérité conventionnelle, et une autre vérité qui est la vérité absolue. Et ce que nous apprenons maintenant, c'est la vérité absolue. Il faut avoir le courage de relâcher la vérité conventionnelle.


Désignations conventionnelles

Par exemple, nous disons 'la pluie tombe'. Alors c'est très drôle. La pluie tombe, alors c'est drôle de dire 'la pluie tombe,' parce que si la pluie ne tombe pas, ce n'est pas la pluie, il n'y a pas une pluie extérieure qui fait tomber. Comme 'le vent souffle.' Si le vent ne souffle pas, ce n'est pas le vent. Le vent signifie souffler. En dehors de souffler, il n'y a personne à l'extérieur ou derrière pour souffler. Et c'est pareil dans les sciences. Dans les sciences, il y a la vérité relative, il y a les sciences classiques, représentées par Newton, et la science quantique. Quand on entre dans la physique quantique, quand nous entre dans la science d'Einstein, alors nous devons avoir le courage de lâcher prise de la vérité relative. Dans la science classique, chaque objet a une location située dans l'espace et dans le temps. Et quand nous entrons dans les sciences modernes, ce n'est plus comme ça. Dans les sciences quantiques, un objet peut se situer ici et très loin en même temps. C'est très étrange. Alors il faut être courageux pour lâcher prise des connaissances des sciences classiques afin de voir la non-localité. Au début, cela semble illogique, irraisonnable, inadmissible. Mais cela a été démontré. Et un électron se comporte parfois comme une particule, et parfois se comporte comme une onde. Alors ce n'est pas correct de dire qu'un électron est une particule ou une onde. Nous voyons que le père est différent du fils, le père ne peut qu'être père, le père ne peut pas être fils. Et comment le fils pourrait-il être père ? C'est la vérité conventionnelle. Le père est simplement père et le fils est simplement fils. Ceci est la vérité conventionnelle. Mais en regardant profondément avec l'inter-être, nous voyons le fils dans le père, si nous enlevons le fils, le père ne sera plus là. Alors le fils est aussi le père et le père est aussi le fils. Il faut avoir le courage de lâcher prise de la vérité conventionnelle pour vraiment voir le père et le fils. D'après le principe d'identité, le père ne peut être que père, il ne peut pas être fils. Et quand nous disons fleur, cette fleur, qu'est-ce que c'est ? La fleur ne peut être que fleur, elle ne peut pas être autre chose, mais en réalité, en regardant la fleur en profondeur, nous ne voyons que des éléments non-fleur. Nous voyons le soleil, le compost, le jardinier, la terre, tout ce qui n'est pas fleur, et si on enlève tout ça, il n'y a plus la fleur. Alors la fleur n'est pas fleur. Selon le raisonnement de la vérité conventionnelle, a ne peut être que a, a ne peut pas être b. C'est le raisonnement à la surface, mais quand nous voyons que la fleur est faite de tous les éléments qui ne sont pas fleur, nous voyons que c'est pour cela qu'elle est une vraie fleur. Comme dans le soutra du diamant, il est dit que le bodhisattva n'est pas un bodhisattva, est c'est pour cela qu'il est un vrai bodhisattva. C'est à dire, si nous ne voyons pas les éléments qui font la fleur, nous ne voyons pas encore vraiment la fleur. Nous croyons que la fleur est quelque chose de séparé de tous les autres éléments. Et cette fleur est une désignation conventionnelle. Désignation conventionnelle. Par exemple, nous disons un mois. Nous sommes d'accord, nous rassemblons trente jours pour faire un mois. Et le mot mois est un mot conventionnel, parce que nous sommes d'accord que trente jours font un mois. Et dans une heure, il y a soixante minutes. Nous utilisons l'unité minute, et une minute contient soixante secondes, alors une seconde est courte comme ça. Une seconde peut être divisée en trois, ou cinq, ou dix, ou mille, en millisecondes. Nous prenons une partie comme ça, et nous prenons soixante parties comme ça pour faire une minute, alors tout ça, ce sont des conventions, des désignations conventionnelles. Par exemple, nous disons ce lundi est un jour de paresse, et nous sommes d'accord. Mais le jour lui-même n'est pas un jour de paresse, d'autres vont travailler. Et nous sommes d'accord d'appeler cette fleur comme fleur. Mais peut-être qu'elle n'est pas d'accord. Elle peut dire : 'Non, je ne suis pas fleur, je suis tout le cosmos. Parce que dans le cosmos, il y a tout, pourquoi m'appelez-vous fleur ?' Donc fleur est une désignation conventionnelle. Tous les éléments se réunissent pour faire cette fleur. Et cette fleur n'a pas une existence séparée. C'est l'inter-être. Elle ne peut pas être, elle inter-est. Donc ce mot vide signifie vide d'identité indépendante. Ce corps est pareil. Si on enlève l'eau, l'air, alors ce corps ne sera plus là. Même le soi du Bouddha est une désignation conventionnelle. Ici, vacuité, signifie vide de soi séparé, mais cela ne veut pas dire que ça n'existe pas. Cela existe, mais ça n'a pas de noyau, ça n'a pas de soi séparé. La fleur n'a pas d'existence séparée. La fleur peut exister seulement grâce aux éléments qui ne sont pas fleur, et c'est pareil pour notre corps.


Lâcher prise de la vérité relative

Intérieur et extérieur sont tous deux complètement vides.
La personne qui contemple cette vacuité est également vide.


Il y a une perception, il y a un regard profond, mais il n'y a pas de sujet existant séparément. Le sujet et l'objet se manifestent en même temps. Par exemple, il y a une feuille de papier. En la regardant, nous pouvons distinguer deux côtés: recto et verso. Alors le recto peut-il exister sans le verso ? Le recto peut-il exister par lui-même ou bien dépend-il du verso pour exister ? C'est pourquoi toutes les conditions se rassemblent et manifestent une formation. Et dans cette formation, il n'y a pas de noyau, pas de sujet, pas de propriétaire, pas d'existence séparée. Elle dépend des autres conditions pour exister. Et ce marqueur est pareil. En le tenant, nous voyons le gauche et le droit. Nous croyons que le gauche peut exister par lui-même, sans le droit. Mais dès qu'on enlève le droit, le gauche n'existe plus. Dès qu'il y a le droit, il y a le gauche, dès qu'il y a le gauche, il y a le droit. Les deux se manifestent en même temps. En général, on dit :'Nous devons avoir le père avant le fils,' mais ce n'est pas vraiment correct. Avant que cette personne soit appelée père, le fils n'existait pas. Alors on ne pouvait pas l'appeler 'père' On peut l'appeler père seulement quand le fils est né. Donc père et fils naissent en même temps. Nous pouvons l'appeler père seulement quand il y a le fils. Le père et le fils sont nés en même temps, comme le gauche et le droit. C'est la vérité absolue, et il faut lâcher prise de la vérité relative pour voir ceci. Et il n'y a rien qui puisse exister séparément. Le gauche doit dépendre du droit pour exister, et le droit doit dépendre du gauche pour exister. Et c'est ça la vacuité. La vacuité ne signifie pas que ça n'existe pas. Cela signifie simplement qu'il n'y a pas de noyau et pas d'existence séparée. Et quand nous avons une perception, nous commençons à discriminer entre sujet et objet. La perception est perception de quelque chose, il y a le sujet et l'objet. Le sujet est quelqu'un qui perçoit un objet perçu. Comme quand nous disons manger : manger est manger quelque chose, il y a toujours un objet. Par exemple, manger du maïs, ou alors manger une banane. Il faut du maïs ou une banane pour manger. Et en mangeant, on imagine le mangeur et la nourriture mangée, deux choses, le sujet et l'objet. Mais avant l'acte de manger le maïs ou la banane, il n'y a pas de mangeur. Et quand vous commencez à manger, le maïs est l'objet et vous êtes le sujet. Alors la perception est pareille : quand il y a une perception, avec cette perception se manifestent le sujet et l'objet : Le perceveur et le perçu. Comme quand on mange, il y a l'objet, la nourriture mangée comme le maïs, et le sujet, la personne qui mange le maïs, et ces deux se manifestent en même temps. Il n'y a pas d'objet sans sujet, il n'y a pas de sujet sans objet, les deux se manifestent en même temps, comme le gauche et le droit, ou le recto et le verso, les deux dépendent l'un de l'autre pour exister. Et quand on a une sensation ou une perception, c'est pareil. Le sujet, le perceveur, et l'objet de la perception se manifestent en même temps, et cette sensation disparaît tout de suite pour laisser place à d'autres sensations. Il n'y a pas un sujet qui est toujours là, existant tout le temps. Les sensations apparaissent et disparaissent et laissent la place à un autre perceveur et une autre chose perçue. Les deux choses ne peuvent pas exister séparément. Les deux se manifestent en même temps, comme le gauche et le droit, le dessus et le dessous. C'est ce qu'on appelle se manifester en même temps. Alors ne croyons pas qu'il y a un sujet, un soi qui reconnaît un objet, parce que le sujet et l'objet se manifestent en même temps.


Il n'y a pas de conscience séparée

En Occident, il y a la phénoménologie, et il est dit très clairement : 'La conscience est toujours conscience de quelque chose,' il n'y a pas la conscience séparée. 'La conscience est toujours conscience de quelque chose.' Comme manger, c'est toujours manger quelque chose. Le sujet et l'objet se manifestent en même temps. Il y a la vision profonde de la vacuité dans laquelle le sujet et l'objet se manifestent en même temps. Il n'y a pas quelqu'un qui observe la vacuité et qui atteint la vacuité. Ceci est beaucoup plus facile que la physique quantique !


L'intérieur et l'extérieur sont tous deux complètement vides.


Alors l'intérieur et l'extérieur sont tous deux complètement vides. Il y a une distinction, une discrimination entre intérieur et extérieur. Les concept d'intérieur et d'extérieur sont un obstacle, parce que l'intérieur n'a pas de soi séparé, l'extérieur n'a pas de soi séparé. L'intérieur dépend de l'extérieur pour se manifester, et vice-versa. Alors les sciences de la neurologie posent la question : 'Notre conscience est-elle subjective et le monde à l'extérieur objectif ?' Donc il y a une conscience sujet qui observe un monde objet. Il y a une conscience subjective qui existe indépendamment du monde objectif qui est une réalité différente. Alors c'est une erreur de base des sciences, et la physique quantique comme à voir cette erreur. Et dans le bouddhisme, il est très clair que le sujet et l'objet ne peuvent exister séparément. Dès qu'il y a le sujet, il y a l'objet. Dès qu'il y a l'objet, il y a le sujet. Alors croire qu'il y a une conscience subjective qui existe indépendamment du monde objectif, c'est l'erreur de base. L'objet et le sujet ne peuvent pas être séparés, ils se manifestent en même temps comme le gauche et le droit. Dès qu'il y a le gauche, il y a le droit. Dès qu'il y a le droit, il y a le gauche. Le gauche ne peut pas exister séparément. Et la conscience sujet est pareille : elle ne peut pas exister sans l'objet. Donc la vérité transcende les concepts de subjectif et d'objectif comme deux choses séparées. Par exemple, si nous disons que le gauche et le droit sont deux choses différentes. Le gauche ne peut pas être le droit. a ne peut pas être b. On peut dire que b est l'ennemi de a. Comme en France, il y a la droite et la gauche. La gauche voit la droite comme ses ennemis, et la droite voit la gauche comme ses ennemis, n'est-ce pas ? Mais en fait, les deux dépendent l'un de l'autre pour exister : sans gauche, il n'y aurait pas de droite, et sans droite, il n'y aurait pas de gauche. La vérité, c'est ça. La gauche espère que la droite meurt, mais si la droite meurt, il n'y aura plus la gauche. La gauche et la droite dépendent l'une de l'autre pour exister, et elles ne sont pas ennemies, comme le lotus et la boue. On ne peut pas dire que la boue est l'ennemie du lotus, parce que sans la boue, il n'y aurait pas de lotus. En regardant le lotus, on peut voir la boue, et en regardant la boue, il peut voir le lotus. Ils dépendent l'un de l'autre pour se manifester. Et c'est ça l'inter-être, l'interdépendance. Alors ce qu'on appelle la conscience subjective et ce qu'on appelle le monde objectif, les deux dépendent l'un de l'autre pour exister, et c'est ce que nous devons voir cela. La discrimination entre la conscience subjective et le monde objectif comme deux réalités indépendantes est une grand obstacle dans la philosophie et dans les sciences.


(cloche)

Si vous n'avez pas compris, ne vous faites pas de soucis. Vous comprendrez sûrement. Cela entre doucement.


Quatrième verset :

4. Le soi et l'objet du soi n'existent pas.
Ces concepts proviennent de notre esprit confus.
Le soi et les êtres vivants n'existent pas,
Seuls les conditions qui se rassemblent existent.


(Note : Ce verset est particulièrement difficile à traduire...)


Les conditions se rassemblent et nous avons l'impression qu'il y a un soi. C'est comme pour l'oignon : il n'y a pas de noyau, mais il a des couches, les cinq agrégats, le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Tout cela existe, mais un soi séparé à qui appartient tout cela n'existe pas.


Premièrement, il y a le chef, le propriétaire. Et le chef, c'est chef de quoi ? Propriétaire, c'est propriétaire de quoi ? Il faut un objet. Par exemple, on dit 'c'est moi, et ceci m'appartient.' Par exemple mon corps, mon esprit, ma maison, mon diplôme, mon compte, tout cela, ce sont mes propriétés, cela m'appartient. Alors il y a le propriétaire, le sujet, et les propriétés, les objets. Alors ici : le soi et l'objet du soi. Et selon la vision profonde d'Asanga, le propriétaire est vide et les propriétés sont également vides. L'acteur et l'objet de l'acteur, l'action, sont vides. Action comme action corporelle. Par exemple, on dit : 'Je danse'. Parce qu'il y a la danse, il y a le danseur. S'il n'y a pas l'action, la danse, on n'a pas l'idée du danseur. Alors il y a le propriétaire, le chef, qui est un acteur, et le receveur des actions. L'acteur est celui qui fait l'action, qui crée le karma, l'action, le bon karma ou le mauvais karma. Et puis il y a le receveur, c'est celui qui reçoit l'effet, le résultat de l'action, du karma. Donc il y a ces propriétés, il y a ces actions, il y a ces résultats du karma, mais il n'y a pas d'acteur, il n'y a pas de propriétaire, il n'y a pas de receveur.


Un orchestre sans chef d'orchestre

Dans notre corps, il n'y a pas de propriétaire, il n'y a pas de chef, il y a seulement des cellules qui travaillent ensemble et qui maintiennent la vie, comme un ordinateur qui a tous les éléments. Mais il n'y a pas de chef dans l'ordinateur. Les neurologues ont vu cela aussi, ils ont dit que dans notre cerveau, il y a beaucoup de neurones, mais il n'y a aucune qui est le chef, qui donne les ordres. Toutes les neurones communiquent ensemble et envoient des messages d'une manière merveilleuse, et elles créent des sensations, des émotions, des pensées, et tout cela sans chef. C'est comme un orchestre sans chef-d'orchestre. Et c'est ça le non-soi. Il y a un orchestre, mais sans chef-d'orchestre. Alors les cellules de notre corps sont pareilles. Il n'y a aucune cellule qui soit président. Il n'y a pas de soi, il n'y a pas de chef. Il y a la douleur, il y a le sentiment de bonheur, mais il n'y a personne qui subisse cette douleur ou qui profite de ce bonheur. 'Il y a une pensée, il n'y a pas de penseur. Il y a une sensation, il n'y a pas de ressenteur. Il y a une action, il n'y a pas d'acteur.' Il y a action, il y a fruit des actions, mais il n'y a pas d'acteur. Comme quand on dit 'il pleut', il y a 'pleut', mais sans 'il', sans une personne, sans un soi. Il y a le souffle, mais pas quelqu'un derrière qui souffle le vent. Il y a un orchestre mais il n'y a pas de chef-d'orchestre. Il y a des neurones fonctionnant ensemble mais il n'y a pas de chef de neurone chef. Alors il n'a pas de soi, un soi séparé qui soit le chef. Il y a une sensation. Dans une sensation, l'objet et le sujet se manifestent en même temps, sans soi qui soit chef, propriétaire de cette sensation.


Cinquième verset :

5. Toutes les formations sont impermanentes.
Comment peut-il y avoir une fonction dans les choses instables ?
La présence est déjà l'action.
La présence est déjà l'acteur.


(Note : Ce verset est encore plus difficile à traduire...)


Les formations, samskara. Toutes les formations ont la caractéristique d'être ksana. C'est à dire qu'elles changent à chaque instant, elles sont présentes en un instant très court, en une milliseconde, un ksana, qui est la plus courte période de temps. Donc toutes les choses changent à chaque ksana. Elles sont impermanentes, comme cette flamme. Nous croyons qu'il y a un feu qui dure, mais en fait, il y a des milliers de flammes qui se succèdent. Ce n'est pas une seule flamme immobile. C'est comme un film : quand nous regardons profondément, nous voyons qu'il y a des images qui se succèdent. Quand nous projetons un film, on a l'impression qu'il y a une continuité, mais en fait, ce sont des milliers d'images qui se succèdent à des instants très courts. Les formations sont impermanentes, elles sont présentes seulement en un ksana, et elles laissent leur place à d'autres formations. C'est comme un fleuve : quand nous le regardons, nous croyons que c'est le même, mais en fait cela change continuellement, et on dit qu'on ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve. Et non seulement le fleuve change continuellement, mais les personnes aussi. Le fleuve change à chaque instant mais la personne qui se baigne change continuellement aussi. Il n'y a jamais une même personne qui se baigne deux fois dans le même fleuve. Les formations changent à chaque instant, elles ne peuvent pas durer. Donc il n'ont pas de soi, mais il y a tout de même les formations. Et la présence des formations est très courte. Elles ne durent même pas plus deux ksana. Et leur fonction est leur manifestation. Il faut dire que leur manifestation est leur fonction même. C'est extraordinaire. Les scientifiques peuvent trouver plein de choses extraordinaires dans ces versets. Ils disent que la matière et l'énergie ne sont pas deux choses séparées. 'La matière est l'énergie, l'énergie est la matière.' Et donc leur présence est leur fonction. Par exemple, la pluie, quelle est sa fonction ? La pluie est déjà sa fonction. Elle n'a pas besoin de faire quoi que ce soit. Comme l'air. L'air est sa fonction, il n'a pas besoin de faire quoi que ce soit. L'air est sa fonction. C'est pareil pour l'arbre : sa présence est sa fonction. Et c'est pour ça, dans les sciences quantiques, un électron est déjà sa fonction, la matière est déjà sa fonction. Donc, dans la science quantique, la matière est déjà l'énergie. L'électron, une particule, est déjà sa fonction. Il est déjà l'acteur. Si nous parlons de l'acteur, sa présence est déjà sa fonction. Par exemple, la maison n'a pas besoin de faire quoi que ce soit. Elle est maison, et elle est aussi sa fonction. Elle a besoin simplement d'être maison, elle n'a pas besoin de faire quoi que ce soit. La maison est déjà sa fonction. C'est pareil si on est un grand frère : si on est vraiment un grand frère, on n'a pas besoin de faire quoi que ce soit. On est présent, ce cela suffit. La présence est déjà la fonction. Si on fait quelque chose, on n'est pas un grand frère ou une grande soeur. Si on est vraiment une grande soeur, on n'a pas besoin de faire quoi que ce soit. Votre présence est votre fonction. Et si on n'est pas grande soeur, quoi qu'on fasse, on n'est pas grande soeur. L'air doit être vraiment l'air pour être vraiment l'air. L'arbre doit être un vrai arbre pour être arbre. La présence est déjà la fonction. Notre présence est déjà notre action.


Bon, cela suffit pour aujourd'hui, n'est-ce pas ?


(cloche)


Enseignement donné le 27 Novembre 2011 en vietnamien,
transcrit par Pháp Thân d'après les traductions françaises et anglaises.