La grotte des immortels

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(cloche)

Chère Sangha, aujourd'hui nous sommes le dimanche 19 février de l'an 2012, nous sommes dans la salle de méditation de l'Eau Tranquille du Hameau du Haut au Village des Pruniers pendant la retraite d'hiver 2011-2012.


C'est le dernier enseignement du Dharma de notre retraite d'hiver. À onze heures, nous ferons la cérémonie de clôture. C'est un jour joyeux, vous avez la chance de pouvoir rester trois mois sans rien faire, seulement pratiquer. Cette tradition a été établie il y a 2600 ans, et en comparaison avec le temps du Bouddha, nous avons maintenant plus d'avantages. Au temps du Bouddha, seulement les monastiques pratiquaient la retraite de trois mois, mais maintenant les personnes laïques peuvent aussi pratiquer une retraite de trois mois avec nous. C'est un progrès. Il y a aussi ceux qui ne peuvent pas venir ici, mais qui grâce aux technologies, peuvent pratiquer trois mois chez eux. Ils pratiquent aussi la méditation assise, et font toutes les choses, et peuvent aussi écouter en ligne les enseignements de Thay enseigne. Chaque année, nous pouvons venir ensemble et vivre trois mois ensemble, c'est un grand bonheur. Nous ne savons pas si l'année prochaine nous aurons la chance de faire encore la retraite d'hiver, parce que tout est impermanent. Dans le passé, le Bouddha a aussi pratiqué chaque année trois mois de retraite. En ce temps-là, il n'y avait pas encore internet, et donc le nombre de personnes qui pouvaient participer aux enseignements du Bouddha était très limité. Et durant les vingt dernières années de sa vie, il pratiquait à Sâvatthî, au monastère d'Anâthapindika. Et quelquefois, il donnait un mois de retraite supplémentaire, parce qu'il y avait de nombreux frères et soeurs qui pratiquaient dans d'autres centres, et alors ils venaient, lentement, ils savaient que le Bouddha serait là pendant encore un mois. Donc durant les vingt dernières années de sa vie, le Bouddha restait toujours au monastère d'Anâthapindika, et il promit qu'il resterait un mois de plus dans ce monastère pour ceux qui souhaitaient le voir, et après trois mois de retraite, les monastiques qui se trouvaient dans d'autres monastères avaient la chance de marcher jusqu'au monastère où le Bouddha résidait afin de lui rendre respect et de rester un mois avec lui. Alors a Sâvatthî il restait toujours quatre mois au lieu de trois mois. Si je suis encore en bonne santé, peut-être que l'année prochaine, nous aurons un mois supplémentaire après la retraite d'hiver pour que de nombreux frères et soeurs puissent me rendre visite. À ceux qui nous demandent de venir offrir des retraites, nous disons, « Non, nous ne pouvons aller nulle part », même si les personnes nous invitent pour des événements très important, nous disons : « Non, nous avons besoin de repos, nous avons déjà offert des retraites pendant neuf mois. » L'autre jour, des soeurs qui sont venues et ont vu que les frères jouaient au volley-ball, et c'était tellement joyeux. Nous avons aussi la joie pendant le sport. Faire du sport est aussi une façon de construire la fraternité. Nous construisons aussi la fraternité quand nous faisons du sport, et aussi quand nous faisons la méditation assise. Nous sommes en groupe et nous asseyons ensemble, essayons d'être présents les uns pour les autres, et quand nous venons écouter l'enseignement du Dharma, c'est très joyeux. Et nous écoutons les enseignements du Bouddha, nous nous rassemblons pour la méditation marchée, c'est aussi très joyeux. Donc cette pratique est très joyeuse, et cette pratique apporte la joie à chaque minute de pratique. Mais si vous sentez que pendant la méditation marchée, ou la méditation assise, pendant que vous mangez en pleine conscience, vous êtes tellement fatigués, vous ne voyez pas la valeur de la pratique, c'est parce que vous ne pratiquez pas correctement, parce que si vous pratiquez correctement, cela apporte toujours de la joie. Pendant la méditation marchée, à chaque pas, nous touchons en pleine conscience, nous arrêtons de penser, nous regardons profondément, et nous voyons la valeur, la joie, et la paix de la pratique, et nous sommes tellement heureux. Et vous obtenez cela par vous-même, personne ne peut vous le donner, mais si vous pratiquez vraiment l'arrêt, chaque pas est arrêt, vous êtes en paix, regardant profondément, chaque pas est joyeux et célébrant la vie. Et si pendant la méditation assise, vous vous sentez tellement malheureux, alors c'est quelque chose ne va pas dans la pratique, vous devez essayer de trouver une autre façon de pratiquer, et si vous ne le pouvez pas, vous pouvez demander à un autre frère ou soeur de partager avec vous. Et les fruits de la pratique ne sont pas un rêve, c'est ce que tout le monde obtient tous les jours. Et pendant que vous pratiquez, mangeant en pleine conscience, faisant les choses en pleine conscience, vous construisez la fraternité.


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La grotte des immortels

Quand vous venez au Village des Pruniers, vous faites toutes les choses avec bonheur, vous ne pensez pas : « Oh non, je dois faire la méditation assise, la méditation marchée », de façon douloureuse, ce c'est pas la façon correcte. Chaque pas, chaque respiration, devrait être un joyau, et le joyau n'est pas dans votre poche, mais dans votre coeur. De votre chambre à la salle de méditation, il y a beaucoup de pas à faire. Chaque pas est la joie, est un joyau, et vous devez marcher de telle façon que vous vous réjouissiez de chaque pas, que vous vous réjouissez de tout. C'est le vrai kung-fu. En Occident, les gens pensent que le kung-fu est un art martial, mais le kung-fu est la pratique régulière, la pratique quotidienne. Au monastère, vous devez kung-fu, cela signifie que vous pratiquez, et le temps de la méditation assise, vous vous entraînez : « Maintenant je ne me sens pas bien quand je m'assois, maintenant je doit vraiment m'entraîner à être heureux quand je m'assois. Je ne suis pas très heureux quand je marche. Maintenant, je m'entraîne à l'arrêt, à regarder en profondeur, et à me réjouir vraiment quand je marche. » C'est le kung-fu. À chaque pas, chaque respiration, chaque session de méditation assise ou marchée, vous devez vraiment trouver la joie dans la pratique. Si vous ne vous sentez pas heureux quand vous faites la méditation marchée, la méditation du travail, la méditation assise, ou les enseignements du Dharma, c'est parce que vous ne pratiquez pas de la bonne façon. Vous devez pratiquer, vous devez kung-fu afin de vraiment vous réjouir des enseignements du Dharma, vous réjouir de la méditation marchée, de la méditation assise, de la méditation du repas, de toutes les choses. Vous devez vraiment vous entraîner pour cette joie, ce bonheur quand vous pratiquez. Dans le passé, il y avait un maître Zen du nom Chan Kong. Ce n'est pas soeur Chan Kong. Alors le maître zen Chan Kong pratiquait dans le temple de la montagne de la bonté aimante, et une fois, ses disciples lui ont demandé : « Qu'est-ce que la pratique ? » Il a répondu ces deux lignes : « Quand nous arrivons à la grotte des immortels, il faut apprendre leur pratique pour devenir immortel comme eux. » Parce que les dieux ont leur propre pratique, leur propre méthode, ils fabriquent des baumes, des pilules, des médicaments, qui les transforment et qui les rendent immortels. Nos os sont des os de mortels, il est certain que nous devrons mourir un jour, mais les dieux sont immortels. Alors on ne quitte pas ce lieu, il faut rester jusqu'à ce qu'on obtienne ces médicaments d'immortalité. Si on pratique de tout coeur, personne ne peut nous demander de partir, c'est seulement quand on ne chérit plus la pratique, quand on ne pratique plus, que l'on nous demande de partir. « Quand on arrive à la grotte des immortels, avant de rentrer, il faut changer d'os, il faut obtenir les os des immortels. » Il est très difficile d'y aller, parce que c'est très loin, quand on y arrive, il ne faut pas quitter ce lieu, il faut de tout coeur y rester, et à tout prix, il faut arriver à obtenir les os des immortels. Si on n'y arrive pas, on ne quitte pas encore ce lieu, on ne retourne pas, on ne rentre pas. Le maître zen Chan Kong vivait au onzième siècle. Il est décédé en 1100, au début du douzième siècle, et il restait au temps de la montagne de la bonté aimante. Au Village des Pruniers, nous pensons différemment. Le maître zen a dit : « Quand on arrive à ce lieu des dieux, avant de rentrer, il faut obtenir les os immortels. ». C'est-à-dire que l'on pense encore à rentrer, mais nous, on reste pour toujours, on ne rentre pas. Pourquoi rentrer dans le monde de la souffrance ? On reste pour toujours, n'est-ce-pas ? Alors notre bonheur, c'est de vivre ensemble pendant trois mois, ou bien pendant trois ans, ou cinq ans, ou dix ans, ou pendant toute la vie, pour pratiquer, et chaque jour de pratique nous apporte beaucoup de joie et beaucoup de bonheur.


Deux manières de souffrir

Bien sûr, en nous, il y a beaucoup de souffrances, il y a les afflictions, les douleurs, mais quand on arrive à créer la joie et le bonheur, les blocs de souffrance diminuent petit à petit. Il y a deux manières de souffrir. La manière ordinaire est de vouloir sortir tout de suite la souffrance pour la guérir. La souffrance peut se trouver dans les profondeurs de notre conscience, et silencieusement, elle nous dirige, elle nous contrôle, et nous agissons, nous parlons, nous pensons, sous sa domination, alors on la tire, on la sort, on la regarde et lui dit : « Tu es ma souffrance. Je dois te sortir de moi, je vais te briser pour me sentir mieux. » Alors c'est la manière ordinaire, la manière du monde. Notre souffrance est notre ennemie, elle est comme une bouteille qui contient toutes les toxines, et il faut la sortir, il faut la briser, comme si nous avions une tumeur, et il faut la couper, il faut l'opérer, il faut l'enlever, c'est une sorte d'opération de chirurgie. Mais une autre manière, selon la pratique, est plus douce : on la laisse dormir tranquillement en bas, et on la berce. Parce que parfois, elle se manifeste, et elle nous envahit, elle nous domine, elle nous submerge, et parfois, elle reste tranquille, elle dort, sous la forme de graines. Les graines sont là, et nous ne les voyons pas, elles sont dormantes, elles sont des potentiels. Pourquoi les toucher, pourquoi les réveiller ? Nous pouvons les bercer. Et pendant ce temps, notre mental se focalise sur les merveilles de la vie qui sont là. Ces merveilles se trouvent dans notre corps, dans notre conscience, dans notre environnement, et la pratique est de porter notre attention sur ce qui est positif, sur ce qui est nourrissant, sur les éléments qui nous nourrissent et qui nous guérissent, et nous continuons à faire ça, sans toucher notre souffrance. On a l'impression de ne pas guérir la souffrance, mais en réalité, on est en train de la guérir, elle se guérit doucement, on n'a pas besoin de la toucher, de la tirer, on la laisse tranquille, on pratique, et doucement, elle se transforme. Autrefois, Thay a traversé cette période. Quand Thay était exilé, son pays lui manquait beaucoup, tous ses amis, tout son travail, tout ce qui lui était cher était là-bas. Ici, tout est différent, les oiseaux sont différents, la langue est différente, il n'y a rien ici qui ressemble à son pays, et ses peines étaient énormes d'être loin de son pays, de ses amis, mais comme il était exilé, il a accepté le fait qu'il était exilé, et il a commencé à s'entraîner pour s'habituer à cet environnement. Thay a appris à lire des poèmes aux étudiants, aux jeunes. Et Thay ne savait pas combien de temps il allait être exilé, s'il pouvait espérer retourner dans son pays l'année suivante, mais en réalité, il était exilé pendant quarante ans, et donc, il a pratiqué à s'entraîner à s'habituer à son nouvel environnement, et puis petit à petit, il a commencé à travailler avec les jeunes, avec les gens, et il a fondé une sangha en Occident. Pendant les premières années, très souvent, dans ses rêves, il se voyait rentrer dans son pays, et il retournait à une colline très verte, très belle, et il commençait à y monter avec l'espoir d'arriver en haut, où il rencontrerait tout ce qui lui était très cher, tout ce qui l'attendait, et ce rêve se répétait tout le temps, mais quand il arrivait au milieu du chemin, il se réveillait, il n'arrivait jamais à arriver jusqu'au bout, et ce rêve se répétait plusieurs fois. Ce rêve était si profond, cet espoir était si profond, que dans ses rêves, il se voyait retourner dans son temple, et il revoyait son maître. Parce que même si on est moine, on a encore beaucoup de sentiments, et beaucoup de choses lui manquaient, et petit à petit, Thay s'est entraîné à s'habituer à son nouvel environnement, et Thay n'a pas tiré, sorti sa souffrance pour la regarder, il ne la coupait pas, ne l'éliminait pas, il ne l'a pas jetée hors de lui. Non, il a pratiqué à vivre heureux dans le moment présent. Alors parmi vous, s'il y en a qui sont psychothérapeute, pensez à cela. Il y a deux méthodes de traitement, et peut-être qu'il y en a encore d'autres. Et qu'est-ce que le kung-fu ? Le kung-fu est la deuxième méthode. Nous allons à la méditation assise de manière que chaque instant soit un instant de bonheur. Dans ce pays, combien de personnes ont la chance de s'asseoir tranquillement au moins deux fois par jour ? Dans ce pays, combien de personnes ont la chance de faire la marche méditative avec une communauté ? Et nous sommes toujours encouragés à marcher en pleine conscience, et à chaque pas, nous marchons sur la Terre Pure. Non seulement il ne nous est pas interdit de faire cela, mais on est encouragés à nous asseoir, à marcher, à manger dans le bonheur. Par exemple, ce matin, Thay a pris son petit déjeuner avec ses deux intendants, et il était très clair pour Thay que chaque bouchée était une légende. Thay a mangé avec beaucoup de joie, le repas était très simple. Tout dépend de notre manière de voir. Chaque instant de notre vie est une célébration, nous voyons les merveilles de la vie, et c'est ça le kung-fu. Si nous sentons qu'il y a une pression d'aller à la marche méditative, ou à la méditation assise, alors c'est une tragédie. Si nous, disciples et maître, nous sommes ensemble, deux cent, trois cent personnes ensemble, nous pratiquons pendant trois mois, alors c'est un grand bonheur. Et grâce à la tradition, grâce au Bouddha, grâce aux conditions favorables, nous avons pu faire cela, et dans cette vie, combien de personnes peuvent le faire ? Et si nous ne chérissons pas cela, ce serait très dommage, ce serait une perte. Peut-être que l'année prochaine, on n'aura plus cette chance. Alors il faut tout faire pour que l'année prochaine, nous nous rassemblions de nouveau sous le même toit pour pratiquer ensemble parce que cela nous apporte beaucoup de bonheur et nous pourrons apporter le bonheur aux autres.


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Le rêve de Thay

Autrefois, il y a dix ou quinze ans, une retraitante m'a demandé : « Cher Thay, vous êtes âgé, vous avez déjà presque quatre vingt ans. Avez-vous encore des rêves ? Rêvez-vous de réaliser quelque chose  ? Avant de mourir, est-ce que vous désirez faire quelque chose pour être complètement satisfait ? Qu'est-ce que vous voulez réaliser avant de mourir ? » Et Thay a répondu : « Je pense que je n'ai aucun rêve, je n'ai aucun souhait. » Il y en a qui disent que dans la vie d'une personne, il faut avoir un rêve. Mais quand Thay a entendu cette question, Thay a cherché, et Thay a compris qu'il n'avait aucun rêve, ou plutôt que son rêve se réalisait déjà dans le moment présent. En fait, quand Thay était un jeune moine, Thay avait un rêve : comment faire pour construire, pour fonder une communauté dans laquelle il y a la fraternité, dans laquelle les gens s'aiment et travaillent ensemble, et créent le bonheur pendant la pratique, et Thay a gardé ce rêve pendant longtemps. Et en 1954, c'est-à-dire vers le milieu du vingtième siècle, Thay a eu la chance de faire cela. À cette époque, le Vietnam était divisé en deux : une moitié était communiste, et l'autre moitié était anti-communiste, et il y avait une crise dans le peuple, surtout les jeunes, ils ne savaient pas quoi faire. D'un côté, les gens suivaient l'idéologie du communisme, ils ne croyaient pas aux religions, et de l'autre côté, ils avaient la tendance au capitalisme, basé sur l'Occident, surtout les États-Unis. Et le Vietnam était l'image d'une opposition, de conflit, une image symbolique de l'opposition du monde entier, du communisme et du capitalisme, du conflit entre la Chine et l'Union Soviétique contre les États-Unis et l'Europe. Et les jeunes ne savaient pas où aller, quel chemin prendre. Et durant toute la guerre du Vietnam, la souffrance était immense, et six millions de Vietnamiens sont morts dans cette guerre. Une guerre pendant laquelle les gens du même pays se tuent à cause des idéologies importées, l'idéologie du capitalisme et l'idéologie du communisme. Et non seulement les Vietnamiens étaient obligés d'utiliser les idéologies importées de l'extérieur pour se tuer, mais les Vietnamiens devaient aussi utiliser les armes importées de l'extérieur pour se tuer. Dans le Nord, ils utilisaient les armes de la Chine, de l'Union Soviétique, et les armes utilisées dans le Sud venaient de l'Occident, surtout des États-Unis, et les jeunes Vietnamiens devaient utiliser les idéologies et les armes étrangères pour se tuer. Et c'était une grande tragédie. Et ce peuple n'avait aucune autre direction, aucun autre chemin, aucune autre idéologie. Mais pourquoi se tuer à cause des idéologies et des armes de l'extérieur ? Et il y a eu des jeunes qui ont vu cela, et en 1950, Thay était encore très jeune, c'était il y a plus de soixante ans, et ils ont pensé à un troisième chemin, le chemin qui transcende ce conflit, qui transcende les deux parties, et cette direction se trouve dans le bouddhisme, parce que le bouddhisme ne soutient pas la guerre. Thay se souvient qu'à cette époque, les jeunes étaient très confus, et un million de Vietnamien ont émigré du Nord vers le Sud, et cent mille ont émigré du Sud vers le Nord. À cette époque, un journaliste qui était directeur d'un journal, est venu au temple An-Quang, c'était un temple très simple. Thay était un des fondateurs de ce temple, et Thay y a enseigné les premiers cours pour monastiques. Alors il est venu au temple, et il m'a dit : « Cher Thay, s'il vous plaît, pouvez-vous écrire une série d'articles pour parler du bouddhisme comme une solution, comme une sortie. Ce n'est pas possible d'avoir seulement ces deux chemins, il doit y avoir un autre chemin, un troisième chemin. » Et Thay a été d'accord, et il a écrit dix articles. Et cette série d'articles était intitulée :« Une nouvelle vue sur le bouddhisme ». Elle a été publiée, et le titre de chaque article était en première page en grands caractères rouges. Comme le peuple était très confus, tout le monde cherchait une direction, un chemin, et donc il a utilisé le bouddhisme, les idées de la réconciliation, de la paix, et il a publié ces articles, et pendant toute la guerre, il y a eu un mouvement des jeunes contre la guerre, et beaucoup de jeunes ont participé à ce mouvement, parce qu'ils savaient que le chemin n'était pas de se tuer mais était la réconciliation, la paix. En 1949, beaucoup d'entre vous n'étaient pas encore nés, Thay venait juste de publier sa première collection de poèmes, « Le son de la flûte dans un après-midi d'automne », et un poète a vu cette collection de poèmes, et il était très intéressé de voir ces nouveaux poèmes du bouddhisme, et alors il voulait chercher l'auteur, et il est allé à la maison d'imprimerie, et finalement il a trouvé le temple An-Quang, il il est allé là-bas. Et il a écrit beaucoup de poèmes, et le premier qu'il a écrit sur le bouddhisme était inspiré après avoir lu les poèmes de Thay, et il a amené sa collection de poèmes dans un parc national à Saigon. Il s'est allongé sur l'herbe et il a écrit son poème. Et il a dit qu'il voulait établir un pont entre la poésie et le bouddhisme, comme si la poésie et le bouddhisme étaient deux mondes différents, mais ce n'est pas vrai, parce que dans le bouddhisme, les maître zen ont toujours écrit beaucoup de poèmes, et aujourd'hui, vous devez faire aussi des poèmes, parce que sinon, vous ne pourrez pas recevoir la lampe. C'est un poème très romantique qui décrit la beauté de la nature. Alors il a amené ce poème au temple An-Quang pour l'offrir à Thay. Et plus tard il écrivit beaucoup d'autres poèmes pour soutenir le chemin de la réconciliation. Il a écrit aussi un poème sur une mère vietnamienne, un poème très simple : « J'aime la mère âgée, elle est toutes maigre comme le pays du Vietnam. Ses yeux sont mouillés de larmes, elle travaille la terre, son coeur est divisé en deux. La moitié pour ce fils, et l'autre moitié pour un autre, sans savoir qui est communiste, qui est capitaliste. Ses larmes d'amour sont comme un voile qui l'empêche de voir la couleur du rouge ou du bleu. Le rouge, c'est le communisme, et le bleu est le capitalisme. Tous ce qu'elle voit, c'est que le soir est très violet, et le sang de ses deux fils est rouge. Les deux sont ses fils. L'un est communiste, l'autre est capitaliste, et les deux sont ses fils. » C'était l'état d'esprit des jeunes à cette époque. Et les moines âgés ont confié à Thay une mission : les jeunes moines et moniales étaient totalement dans la confusion, et il était impossible de suivre les communistes ou les capitalistes, il leur fallait un autre chemin, et il fallait trouver ce chemin dans la culture vietnamienne, et Thay était mis dans une situation où il devait trouver ce chemin pour les jeunes. Plus tard, il y eut d'autres personnes qui ont participé à cette mission, comme soeur Chan Kong, et le livre « Le lotus dans l'océan de feu » a été publié clandestinement. C'est le livre que Thay a écrit sur le chemin de la paix, le chemin du bouddhisme qui doit être libre des deux autres chemins, et soeur Chan Kong a été arrêtée par les policiers parce qu'elle imprimait ce livre, et les policiers l'ont mise en prison. Je ne sais pas si soeur Chan Kong a raconté cette histoire dans son livre, mais la vérité est que notre génération voulait suivre le chemin de la paix, et beaucoup ont été mis en prison, beaucoup ont été tués, beaucoup ont été kidnappés, simplement parce qu'on voulait l'amour, on voulait la paix, et les deux côtés ont cherché à nous tuer. Et Thay a fondé l'école pour le service social pour la jeunesse, et Thay a formé les étudiants monastiques et laïcs qui voulaient aller aider à reconstruire les villages détruits après la guerre. Une des premiers membres de la sangha de l'inter-être s'est immolée pour appeler pour la paix. Nous avons eu des grands frères, des grandes soeurs qui ont été très dignes, qui nous ont ouvert un chemin, le chemin de la fraternité, de l'amour, de la réconciliation. Alors Thay a commencé ce nouveau mouvement. Le rêve de Thay était de construire une telle communauté qui a la fraternité. Cette année, Thay voulait inviter beaucoup de vénérables qui étaient étudiants de Thay autrefois, mais seulement quelques uns pourront venir. Alors à la question : « Cher Thay, as-tu encore des rêves à réaliser avant de mourir ? », Thay lui a répondu : « Non, je n'ai plus de rêves, parce que j'ai réalisé mon rêve le plus cher, de construire une sangha. » Que ce rêve continue à se réaliser ou non, cela dépend de chacun, de chacune de nous, si nous pratiquons ou non. Quand voit Thay un moine qui marche en pleine conscience, dans le bonheur, Thay voit que son rêve se réalise. Et quand Thay voit un groupe de moines qui s'assoit pour discuter comment consolider la Sangha, comment aider les gens, alors c'est le rêve de Thay qui se réalise. Tous les jours, si on peut s'asseoir ensemble en méditation, marcher en pleine conscience, alors c'est déjà très beau, on n'a plus rien à chercher, à poursuivre, c'est notre rêve, c'est notre kung-fu. Nous avons toutes les conditions du bonheur, nous avons une sangha, nous avons nos pratiques. Et nos pratiques n'ont pas besoin de la foi, personne ne peut vaciller notre confiance, parce que notre confiance est basée sur nos expériences vécues. Chaque fois que nous sommes assis, chaque fois que nous marchons, chaque fois que nous respirons, nous sommes heureux. Qui pourrait nous enlever cette confiance ? Cette foi vient de nos expériences vécues, elle n'est pas fondée sur les paroles de quelqu'un, sur l'éloquence de quelqu'un, cela ne vient pas de l'extérieur, cela vient de nous-même, de nos expériences vécues. Alors il faut nous souvenir de ces deux lignes : « Quand on arrive à la grotte des immortels, avant de rentrer, il faut changer d'os pour avoir les os des immortels. » Mais nous n'allons pas rentrer, nous restons où nous sommes. Que nous restions, nous sommes heureux, que nous partions, nous sommes heureux, où que nous allions, nous sommes heureux, et nous sommes immortels. À onze heures, au son de la cloche, nous allons tous revenir ici pour la cérémonie de clôture, et ensuite nous aurons un repas ensemble ici, nous allons nous asseoir en cercle, et puis il y aura des chansons, ce sera très joyeux. Nous espérons que l'année prochaine, nous serons de nouveau ensemble pour la retraite de trois mois. Au son de la cloche, nous allons nous lever, nous incliner, les moines et les moniales vont rester, parce que Thay a quelque chose à vous dire avant la cérémonie. Les laïcs peuvent pratiquer la marche méditative, ou prendre du thé. Au son de la cloche, revenez ici, dans cette salle. La cérémonie est une célébration, parce que nous avons passé une retraite de trois mois ensemble. S'il y a des enseignants du dharma laïcs, vous pouvez rester. Les autre peuvent sortir pour faire la marche méditative ou prendre du thé.


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Enseignement donné le 19 février 2012 en vietnamien,
transcrit par Pháp Thân d'après les traductions françaises et anglaises.