Regarder profondément l'objet de la perception (3ème partie)

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(cloche)

Chère Sangha, aujourd'hui nous sommes le 9 février de l'an 2012, nous sommes dans la salle de méditation de l'Eau Tranquille au Hameau du Haut au Village des Pruniers pendant la retraite d'hiver 2011-2012.


Invocation et visualisation

Aujourd'hui, le Hameau Nouveau ne peut pas venir à cause de la neige. Parmi nos pratiques, il y a la pratique d'invoquer le nom du Bouddha. Nous avons le chant des trois refuges, qui comprend trois partie. Dans la première partie, nous disons : « Je prends refuge dans le Bouddha, celui qui me montre la voie dans cette vie. » Dans la deuxième partie, nous disons : « Prenant refuge dans le Bouddha, Je vois clairement la voie de beauté et de lumière. » Et dans le troisième partie : « Prenant refuge dans le Bouddha en moi-même, je souhaite aider tous les êtres à trouver leur nature d’éveil. » Dans la tradition Théravada, ils répètent trois fois la même chose, alors qu'au Village des Pruniers, les trois parties sont différentes. La troisième partie est : 'Prenant refuge dans le Bouddha en moi-même', et cela signifie que le Bouddha n'est pas en dehors de nous, le Bouddha est en nous. Il y a une méthode pour invoquer le nom du Bouddha, il y a la méthode d'invocation par le nom, comme « Namo Shakyamuni », ou « Namo Avalokita », ou « Namo Amitabha ». Invoquer le nom, mais si nous ne sommes pas habiles, au bout d'un moment, notre bouche répète le nom, mais notre esprit pense à autre chose. Et non seulement dans le bouddhisme, mais aussi dans les autres traditions religieuses, il y a la pratique d'invocation par le nom. On invoque de Marie, ou Jésus, ou Mohamed, c'est aussi l'invocation. On invoque de telle façon que pendant l'invocation, les énergies de bonheur, de liberté, de sagesse, puissent se développer en nous. Mais si nous disons « Namo Shakyamuni » en pensant à autre chose, si on pense à autre chose, c'est comme dire « un, deux, trois », et ce n'est pas utile. Dans le bouddhisme ou dans le christianisme, il y a le chapelet, et à chaque fois qu'on invoque le nom du Bouddha ou d'Avalokita, on compte un grain de chapelet, mais si on n'est pas habile, notre main le fait mécaniquement, et notre bouche aussi. Donc c'est la forme sans le fond, sans le contenu, et cela arrive dans toutes les traditions. Invoquer, appeler le nom. Nous devons invoquer le nom afin que le Bouddha puisse se manifester en nous. Mais si on le fait mécaniquement, cela n'est pas utile. Il y a une deuxième méthode, la visualisation. On visualise le Bouddha comme quelqu'un de libre, légère, fraîche, heureuse, et très compatissante. Donc on s'assoit et on visualise le Bouddha comme cela, qui agit, marche, s'assoit, parle, avec beaucoup de compassion. C'est la visualisation. Ce sont  les deux méthodes dont on parle souvent. L'invocation et la visualisation.


Bodhisattva-mahasattva

Dans le bouddhisme, on apprend que le Bouddha et l'humain, sont liés. S'il n'y a pas le Bouddha, il n'y a pas l'humain, et s'il n'y a pas l'humain, il n'y a pas le Bouddha. C'est la non-dualité. Dans le soutra du diamant, on apprend qu'il faut enlever l'idée que les êtres vivants sont opposés au Bouddha. D'un côté, il y a le Bouddha, de l'autre côté, les être vivants. Êtres vivants, sattva en sanskrit. Un Bouddha est un être vivant, un sattva, qui est éveillé, libéré. Bodhisattva. Un bodhisattva est un être vivant qui a atteint l'éveil. Et quand un être est éveillé, il a beaucoup de valeur, c'est un grand être. Un bodhisattva est un grand être. Dans le bodhisattva, il y a la grandeur de l'éveil. Alors nous avons le terme mahasattva, grand être. Maha signifie grand, et sattva être vivant. Et nous avons le terme bodhisattva-mahasattva. Un être ayant atteint l'éveil devient un grand être, un mahasattva, et on peut l'appeler bodhisattva-mahasattva. Mais s'il n'y a pas d'être vivant, comment peut-il y avoir l'éveil ? L'éveil vient des êtres, s'il n'y a pas d'êtres vivant, comment peut-on avoir l'être éveillé ? Donc entre l'éveil et les êtres vivants, il y a un lien. Le Bouddha ne peut pas exister en dehors des êtres, et en dehors des êtres, il ne peut pas y avoir de Bouddha. C'est comme le gauche et le droit : sans gauche, pas de droit, sans droit, pas de gauche. Sans êtres vivants, pas de Bouddha, sans Bouddha, pas d'êtres vivants. C'est l'inter-être, l'interdépendance. Dans l'enseignement bouddhique, il est dit que dans les êtres vivants, il y a les graines du Bouddha, la nature du Bouddha. Si on est un être vivant, alors on a la nature du Bouddha, la capacité d'être éveillé, la capacité d'avoir la pleine conscience, la concentration et la vision profonde. Et tous les êtres vivants ont cette capacité d'être éveillé. Dans le bouddhisme, c'est comme ça. Dans les autres traditions, on ne sait pas comment c'est. Entre Dieu et les êtres vivant, y a t-il la même relation ? Parce qu'il y a des mystiques qui disent que Dieu est en nous, existe en nous, mais ce n'est pas l'avis de tout le monde. Et dans le bouddhisme, c'est très clair, si l'on veut trouver le Bouddha, il faut le trouver dans l'être vivant. En dehors de l'être vivant, il n'y a pas le Bouddha. On ne sait pas si dans les autres religions ils disent la même chose. Faut-il chercher dans Dieu dans les êtres vivants ? Dieu se trouve t-il dans les êtres vivants?Je ne sais pas s'ils disent cela. Dans le bouddhisme, les Bouddha et les êtres vivants inter-sont. C'est comme le soleil et nous : bien que nous et le soleil sommes deux, nous ne sommes qu'un, parce que nous avons le soleil en nous. Tout ce que nous mangeons vient du soleil, donc le soleil n'existe pas en dehors de nous mais il est en nous.


Comment invoquer le nom du Bouddha

La méthode d'invocation du nom du Bouddha est une méthode très profonde. À chaque fois que nous touchons la terre, nous récitons le gatha : « Celui qui s'incline et celui devant lequel il s'incline ont tous deux la nature du vide. » Dans le Bouddha, il y a nous, et en nous, il y a le Bouddha. Avant de toucher la terre, nous devons pratiquer cette vision profonde. Nous devons nous dire : 'Cher Bouddha, je sais que tu n'es pas en dehors de moi. Je sais que tu es en moi et que je suis en toi.' Il faut voir cela pour que quand nous touchons la terre, nous touchions la nature du Bouddha en nous. Et si on pense que le Bouddha est quelque chose de différent, et que nous sommes différents de lui, nous ne pourrons pas avoir cette connexion. Quand nous avons cette vision non-dualiste, que nous voyons que le Bouddha et les autres êtres ne sont pas des entités séparées, alors cela a un sens d'invoquer le nom du Bouddha ou de toucher la terre. Et si on pense que le Bouddha est quelque chose de sacré, de beau, et que nous sommes faibles, laids, alors entre le Bouddha est nous, c'est comme le jour et la nuit, et il y a une discrimination, il y a une vue dualiste entre nous et le Bouddha. Donc, dans le soutra du diamant, il est dit qu'il faut enlever la notion d'être vivant, sortir de nous cette notion que l'être vivant est quelque chose d'opposé au Bouddha. C'est la première méthode afin que l'invocation du Bouddha réussisse. En invoquant le Bouddha ou en visualisant le Bouddha, ou en touchant la terre, nous devons avoir cette compréhension, cette vue qu'entre le Bouddha et les autres êtres il y a une connexion très intime. En tant que pratiquant, nous devons voir qu'en nous, il y a des graines de sagesse, de compréhension, de pleine conscience, de concentration, d'éveil, et c'est déjà le Bouddha. Donc, quand on invoque le nom du Bouddha ou qu'on se prosterne devant le Bouddha, nous faisons de telle sorte que cette graine de bodhi, d'éveil, se manifeste, soit arrosée. C'est comme ça qu'on peut réussir dans la pratique. Ce n'est pas qu'on invoque un être sacré afin qu'il vienne nous sauver. Ce n'est pas correct. Par exemple, quand nous lisons le livre 'Sur les traces de Siddharta,' nous devons le lire en plusieurs jours pour le finir. Et en lisant ce livre, en regardant la forme, ce n'est pas invoquer le nom du Bouddha, mais en fait, quand nous lisons ce livre, nous arrosons les graines d'éveil, d'amour, de bonheur, et de ce fait nous invoquons le nom du Bouddha et arrosons les graines de Bouddha sans nous en rendre compte. Les graines de pleine conscience, de concentration, de Bouddha, se manifestent de façon très claire en lisant ce livre. Donc, lire le livre 'Sur les traces de Siddharta', est une forme d'invocation du nom du Bouddha. Et quand nous écoutons un enseignement, bien qu'on ne dise pas 'Namo Amitabha' ou 'Namo Shakyamuni', quand nous écoutons un enseignement, les graines de pleine conscience, de concentration, de vision profonde sont arrosées en nous, et c'est déjà invoquer le nom du Bouddha. Et nous devons voir cela sous cette lumière. Ce n'est pas seulement invoquer verbalement le nom. Et si nous pratiquons bien, le Bouddha reste avec nous toute la journée. Et le Bouddha n'est pas un être sacré en dehors de nous, mais une énergie en nous, existante en nous. Vous pouvez essayer cette méthode. Cette une pratique très facile. Quand nous nous brossons les dents, nous pouvons dire 'Le Bouddha est en train de se brosser les dents.' Et on laisse le Bouddha brosser les dents pour nous. Et on sait que quand le Bouddha se brosse les dents, il le fait tranquillement, avec liberté, il ne se presse pas. Alors nous devrions nous brosser les dents de telle façon que le Bouddha puisse utiliser notre brosse à dents, afin qu'il puisse le faire pour nous. À chaque fois que nous nous brossons les dents, ne nous devrions pas nous brosser les dents comme un sattva, mais comme un bodhisattva. Quand vous vous brossez les dents en pleine conscience, que vous savez que vous êtes en train de vous brosser les dents, et vous avez la liberté, vous ne vous pressez pas, et c'est le Bouddha qui est en train de se brosser les dents. Alors vous êtes en train d'invoquer le nom du Bouddha. Il y a deux façon de se brosser les dents : on laisse l'être vivant se brosser les dents, ou on laisse le Bouddha se brosser les dents, c'est à nous de choisir. Si on laisse le Bouddha se brosser les dents, alors on a plus de bonheur, c'est très clair. Boire le thé, c'est pareil. En tenant la tasse de thé, on peut inviter le Bouddha à boire le thé, parce que le Bouddha prend la tasse de manière très consciente, et il boit gorgée par gorgée, avec liberté. Et c'est aussi invoquer le nom du Bouddha, cela signifie que le Bouddha se manifeste avec pleine conscience, concentration et vision profonde pendant qu'on boit le thé. Quand Thay marche de sa hutte jusqu'à la salle de méditation, il laisse le Bouddha marcher sur la neige. En Inde, il n'y a pas de neige, mais ici, le Bouddha a l'opportunité de marcher sur la neige et il est très content. C'est le bodhisattva qui marche, pas le sattva. En nous, il y a le sattva, l'être vivant, et le bodhisattva, à nous de choisir entre laisser le sattva marcher ou le bodhisattva. Si on laisse le bodhisattva marcher, alors il y a beaucoup de bonheur. Pourquoi laisser le sattva marcher ? Ce n'est pas bien de laisser marcher le bodhisattva ? Quand nous cuisinons pour la sangha, ne nous pressons pas. Faisons-le avec joie et bonheur, et de cette façon, c'est le bodhisattva qui cuisine, et pas le sattva. Donc invoquer le nom du Bouddha peut se faire à chaque moment de notre vie quotidienne. Quand nous allons aux toilettes, c'est pareil. Aller aux toilettes est quelque chose de très agréable. Alors laissons le bodhisattva le faire. Pourquoi nous presser ? Nous pouvons choisir entre laisser le sattva aller aux toilettes ou laisser le Bouddha le faire. Quand le Bouddha va aux toilettes, c'est beaucoup mieux. Dans notre vie quotidienne, pendant que nous sommes au Village des Pruniers, nous devrions inviter le bodhisattva à tout faire. Ne laissons pas le sattva le faire. Le sattva et le bodhisattva sont présents en nous. Ce sont les mêmes poumons, c'est le même nez, mais quand le Bouddha respire, il le fait avec beaucoup de bonheur, tandis que quand le sattva respire, il n'y a pas autant de bonheur, parce que le sattva n'est pas conscient de sa respiration, il n'est pas en contact avec sa respiration. Dans le bouddhisme, le Bouddha et les êtres vivants ne sont pas deux entités séparées. Nous pouvons choisir de vivre comme un être éveillé, ou dans l'oubli. Nous pouvons marcher comme un être éveillé ou comme un somnambule. Le bonheur peut être présent tout de suite, on n'a pas besoin de le chercher ailleurs. Il suffit de se brosser les dents, de boire le thé, de marcher sur la neige ou sur l'herbe, ou de faire le petit déjeuner pour la Sangha, et c'est déjà le bonheur. Ce n'est pas difficile, le problème est de savoir si nous voulons le faire ou non. Et on ne considère pas le Bouddha comme un être sacré que l'on appelle pour qu'ils nous sauve. Le Bouddha est présent sous la forme de l'énergie de la pleine conscience, de la concentration, et de la vision profonde. Et si nous savons comment utiliser ces trois sortes d'énergie pour nous brosser les dents, pour préparer le petit déjeuner, pour aller aux toilettes, nous avons tout de suite le bonheur. C'est notre pratique ici, au Village des Pruniers. Nous ne gaspillons pas notre temps à essayer de trouver l'éveil, la libération, ailleurs. Vous devriez essayer d'invoquer le nom du Bouddha de cette façon, afin que le Bouddha soit présent à chaque moment de votre vie quotidienne. Laissez le Bouddha respirer, marcher, s'asseoir, se brosser les dents. Et c'est quelque chose que nous pouvons faire, parce que chacun d'entre nous a la capacité d'être en pleine conscience. Nous pouvons nous brosser les dents, aller aux toilettes, laver le linge en pleine conscience, et chaque moment apporte la liberté, la joie. Chaque minute où nous sommes présents sur cette Terre est un moment de miracle, un moment merveilleux. La neige tombe, le soleil est beau, tout est une merveille. Nous devrions être vraiment présents afin de vivre chaque moment pleinement. Si on peut le faire, il y aura une grande différence. Nous allons continuer à étudier le soutra.


(cloche)

Premier verset :

1. Même si les atomes sont la cause de la représentation pour les sens,
Puisque la représentation n'apparaît pas sous la forme de ces atomes,
Les atomes ne sont pas objets de la représentation,
De la même façon que les organes des sens ne le sont pas.


Au temps de maître Dinnaga, il y avait des philosophes qui prônaient la théorie des atomes. Ils disaient que l'atome étaient la substance de la nature, que les atomes étaient la réalité ultime. Et dans les sciences actuelles, il y a aussi des personnes qui pensent comme cela, que l'on peut diviser les choses en minuscules parties, jusqu'à la particule de base. C'est une théorie, le substantialisme. Le monde a une substance, et cette substance est composée des particules de base. Les particules de base créent le monde, et il y a un monde réel en dehors de notre conscience. Notre conscience est un sujet, et en dehors de notre conscience, il y a un monde réel, une réalité, et ces particules de base existent en dehors de notre conscience, et même nous, nous sommes faits de ces particules de base. C'est le substantialisme, svahabava en sanskrit. Une nature propre qui existe par elle-même. La théorie du substantialisme a la caractéristique du réalisme : le monde en dehors existe réellement, et la méthode de maître Dinnaga est de ne pas nier ces théories. Il dit par exemple : « Même si j'accepte que les particules dont vous parlez, les particules de base, existent réellement, dans ma conscience, je ne vois pas ces particules de base. Je n'ai jamais vu un atome. Je n'ai jamais vu un électron. Mais je vous crois. Supposons qu'ils existent, mais en fait, dans mon esprit, les images de ces particules de base n'apparaissent jamais. C'est le premier gatha. Le premier gatha dit que l'objet de ma perception n'est pas une particule de base, n'est pas un atome, parce que je ne les vois pas. Je vois la cloche, la montagne, le nuage, la neige, mais je n'ai jamais vu d'atome, de particule de base. Donc la particule, l'atome, ne peuvent pas être objet de la perception, ils peuvent seulement être une des conditions. D'autres conditions sont les yeux ou les oreilles. Grâce à l'oeil, il y a la conscience de l'oeil. Grâce à l'oreille, il y a la conscience de l'oreille. Il y a la vue, il y a l'écoute. Donc l'atome peut être une des conditions, mais il ne pas être l'objet de la perception. L'atome ne peut être qu'une condition comme mes yeux ou mes oreilles, mais il n'est pas l'objet de ma perception. Les atomes peuvent être une cause pour aider à la la manifestation de la perception, mais ils ne sont pas l'objet de ma perception, parce que je ne les voit pas. C'est la première phrase. Donc ce sastra est une oeuvre épistémologique, une théorie de la connaissance.


Deuxième verset :

2. La représentation d'une agglomération n'est pas produite par l'agglomération,
Car l'agglomération n'est pas réelle, comme la deuxième lune.
Ainsi, dans ces deux cas,
L'externe ne peut pas être objet de la perception.


Donc nous avons ceux qui prônent l'atome. Ils disent que vous ne voyez pas les atomes, mais que quand les atomes s'associent entre eux, se combinent, vous pouvez les voir. Mais maître Dinnaga dit que quand ils s'assemblent, on voit autre chose, et pas les particules, pas les atomes. Je peux voir seulement la cloche, les étoiles, la neige, la pluie, ou les nuages, mais je ne vois aucune particule de base ou atome. C'est comme pour un point. Un point peut créer en se déplaçant un triangle, ou un cercle, ou un carré. (Thay dessine un triangle, un cercle et un carré.) Je ne peux voir que le triangle, le carré ou le cercle. Mais si vous enlevez les points, le triangle, le cercle, le carré, ne peuvent pas être là. Ce sont tous des constructions mentales. Ils ne sont pas atomes, parce que je ne les voit pas. Donc ces images sont des constructions mentales, comme la deuxième lune. C'est comme quand on voit une corde et qu'on pense que c'est un serpent, mais en fait, ce n'est pas un serpent. Quand on voit un arc-en-ciel, c'est une construction mentale. C'est le deuxième gatha. Le deuxième gatha dit que pour cette combinaison, cette association des atomes, je peux accepter que les images de ce que je vois sont l'objet de ma conscience, mais elles ne sont pas les atomes. Elle sont comme la deuxième lune quand je me frotte les yeux. Quand les atomes viennent ensemble pour faire manifester quelque chose, cette chose peut être considérée comme objet de perception, mais elle n'est pas les atomes. C'est seulement une construction mentale. C'est la deuxième phrase.


Troisième verset :

3. Certains tiennent l'état d'agglomération
Comme la cause de la représentation.
La forme de l'atome n'est pas un objet de la représentation,
De la même façon que la solidité, etc... ne le sont pas.


Maintenant, ceux qui prônent les atomes ont un troisième raisonnement. Ils disent que chaque atome contient quatre éléments, mahabuta : terre, eau, feu et vent. Alors quand ils se manifestent comme des choses que nous voyons, en même temps, ils sont objets de notre perception. Et Maître Dinnaga dit : 'Ce n'est pas vrai, parce que les quatre éléments, terre, eau, feu, vent, que l'on dit exister dans les atomes, je ne les vois pas. Donc ils ne sont pas objet de perception. Les atomistes essaient pour la troisième fois. Ils disent que dans la substance de l'atome, il y a les éléments terre, eau, feu, et vent. Et c'est pourquoi quand ils se rassemblent, ils deviennent l'objet de la conscience, et Dinnaga dit : « Non, parce que dans l'objet de ma conscience, je ne vois pas ces quatre éléments. Et si vous sortez les atomes un par un, vous ne voyez rien. Donc ce que vous voyez est vraiment une construction mentale. Ce n'est pas la substance. »


Quatrième verset :

4. Selon eux, les perceptions de vase, de tasse, etc...
Seraient identiques.
Si l'on dit que la différence existe en raison de la diversité des formes
La différence n'existe pas dans les atomes.


Le quatrième gatha. Les atomistes disent que quand les atomes se rassemblent, ils produisent des formes différentes, et en dépendance de la quantité de ces atomes, il y a des formes différentes. Par exemple, un vase est plus grand qu'un bol. Un vase a une bouche, un cou, un col, un corps, et un pied. C'est l'universel. Et l'universel est fait du particulier. Et maître Dinnaga dit : 'Ce n'est pas juste non plus, parce que ces formes diffèrent, mais les atomes ne diffèrent pas. Les particules de base sont toutes les mêmes, mais on ne les voit pas. Donc nous voyons que les formes sont différentes, et ce sont des constructions mentales. Quand les atomes se combinent ils produisent différentes sortes de formes, et c'est pour cela que les formes sont objets de notre perception. Et Dinnaga dit : « Les atomes sont identiques. Ils sont très petits, ils sont tous de forme sphérique, ils sont extrêmement petits. Donc toutes ces formes qui sont différentes, vous ne pouvez pas les voir dans les atomes. Ce sont seulement des constructions mentales. Si vous prenez les atomes un par un, les différences de forme n'existent plus. Ainsi, tout ce que vous voyez, tout ce que vous entendez, est seulement une construction mentale, pas la réalité, pas la vérité ultime.


Cinquième verset :

5. Elle n'existe pas car il n'y a pas en eux de différence de mesure.
Ainsi la différence n'existe pas substantiellement,
Parce que si les atomes sont éliminés,
La perception qui apparaît cesse.


Les atomes sont extrêmement petits et se ressemblent. Il n'y a rien de différent entre eux. Si on voit une différence, c'est seulement une construction mentale. Les apparences sont fausses. Dans ce que l'on voit, la perception, il y a le petit, le grand, le haut, le bas, le beau, le moins beau, ce ne sont pas des atomes, cela n'existe pas en tant qu'entités réelles, parce qu'ils sont seulement des constructions mentales. Les atomes se ressemblent, la différence que l'on voit dans l'objet de la conscience n'appartient pas aux atomes. C'est une construction mentale. C'est comme l'arc-en-ciel, ou la deuxième lune ou le serpent. Si nous sortons les atomes un par un du vase, l'objet de perception n'est plus là.


Sixième verset :

6. Les formes intérieures perçues,
Qui apparaissent comme extérieures,
Sont objets de la perception,
Parce qu'elles sont la forme de la perception et leur condition.


Les objets qui se manifestent à l'intérieur de la conscience apparaissent comme s'ils existaient à l'extérieur de la conscience. Ils sont seulement l'objet de la conscience. On peut seulement dire que ces images existent dans la conscience et qu'elles ont comme fonction de produire la conscience. La forme intérieure et la forme extérieure. Ce que vous voyez à l'intérieur de votre esprit subjectif a l'air d'exister à l'extérieur de votre esprit. Les objets de la conscience sont des images qui se manifestent à l'intérieur de la conscience, nous pensons qu'elles viennent de l'extérieur, mais en fait, elles sont seulement objets de la perception. Elles servent comme objet de notre perception. Vous devriez être capables d'identifier la différence entre condition et objet de perception. Les choses qui apparaissent dans notre conscience servent comme objet de perception. Les images qui apparaissent dans votre esprit, votre perception, aident à produire la la perception.


Nous avons appris, quand nous parlons d'une perception, qu'il y a toujours la partie sujet et la partie objet, et ces deux parties se manifestent en même temps, elles s'appuient entre elles pour se manifester, elles inter-sont. C'est comme cette feuille de papier : il y a les deux faces, recto et verso, et le verso est là pour que le recto soit là, et le recto est là pour que le verso soit là. Sans recto, pas de verso, sans verso, pas de recto. Il est impossible d'enlever un de l'autre. Ce n'est pas possible. Le recto et le verso se manifestent toujours ensemble. Je ne peux pas demander à quelqu'un de prendre le verso et d'aller à la résidences des moines, et moi prendre le recto pour aller à la salle de méditation. C'est impossible. Et c'est la même chose avec le sujet de notre perception et l'objet de notre perception. Le sujet et l'objet de notre perception ne peuvent se séparer. Le sujet et l'objet sont une paire qui va toujours ensemble. Ils se produisent l'un l'autre.


En Occident, il y a une école de philosophie appelée phénoménologie, et ils disent à peu près la même chose. Ils disent que la conscience est toujours conscience de quelque chose. Il ne peut pas y avoir conscience sans objet de conscience. Quand nous sommes tristes, nous sommes tristes à propos de quelque chose. Quand nous voyons, nous voyons quelque chose. Il ne peut pas y avoir de tristesse sans objet de la tristesse. Il ne peut pas y avoir de vision sans objet de la vision. La tristesse ne peut pas exister sans l'objet de la tristesse. Si nous avons des soucis, nous avons des soucis à propos de quelque chose, on ne peut pas avoir des soucis sans objet du soucis. Si nous voyons quelque chose, il doit y avoir quelque chose à voir. S'il n'y a pas d'objet, comment la vue serait-elle possible ? C'est pourquoi il est possible de voir que sujet et objet inter-sont. Ils se produisent l'un l'autre, et ils se manifestent en même temps. Comme quand je dessine un triangle abc, on trace un trait de a jusqu'au milieu de ab, qu'on appelle ah, et tout à coup, vous voyez l'apparence de deux petits triangles, abh et ahc. Donc ceci est là (Thay montre le triangle abh) parce que cela est là (Thay montre le triangle ahc). Cela est là (Thay montre le triangle ahc) parce que ceci est là (Thay montre le triangle abh). Ils co-existent, ils inter-sont. Ils ne peuvent pas être sans l'autre, et c'est ce que nous appelons inter-être. Et dans les soutra, cela est dit très clairement : ceci est parce que cela est. C'est une déclaration très simple et très profonde. Ceci est parce que cela est. C'est la description du Bouddha à propos de la réalité : ceci est parce que cela est. Si ceci n'est pas, cela ne peut pas être. Dans l'épistémologie, on voit que sujet et objet de la perception se manifestent en même temps, ne pensez pas que l'objet de la perception existe en dehors. On pense que c'est une forme extérieure,mais ce n'est pas correct, en fait c'est une forme intérieure. Quand on entend cela, vous pouvez penser que maître Dinnaga appartient à l'école idéaliste. Les idéalistes disent qu'à l'extérieur il n'y a rien. Il y a seulement l'intérieur, la conscience. Mais en fait maître Dinnaga n'est ni idéaliste, ni substantialiste. Il dit qu'il accepte que des atomes existent à l'extérieur, mais il guide doucement les personnes à la vision qu'il n'y a ni intérieur ni extérieur. (... fin non disponible ...)


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Enseignement donné le 9 février 2012 en vietnamien,
transcrit par Pháp Thân d'après les traductions françaises et anglaises.