Flâner dans la Dimension Ultime (9ème partie)

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Suivons une vie chaste sans aucune tache.
Connaissons-nous nous-même, transcendons le temps, atteignons la paix dans la vie de pratique.
La première chose à faire est de quitter le sexe,
Équipons-nous du vinaya, du Bouddha dès maintenant.


Mettre fin aux afflictions, se libérer du monde de la souffrance,
Est aussi facile que l'oiseau qui prend son envol dans le ciel.
Si vous comprenez ces mots du Dharma,
Allez donc de tout coeur sur cette voie.


Cette voie franchit le fossé des naissances et des morts,
Fait cesser les souffrances et la détresse et transcende tous les accident.
Sur le chemin spirituel, il n'y a plus de discrimination entre les proches et les lointains,
Plus de discrimination entre gagnants et perdants.


Ce qui est le plus important est de ne pas être pris par les perceptions.
Le né et le non-né sont tous les deux purs.
Ne discriminant plus entre le né et le non-né, vous êtes libres.
Le sage ne s'attache plus à ce corps physique, si facile à se décomposer.


(cloche)

Chère Sangha, nous sommes le 5 Décembre de l'an 2010. Nous sommes dans la salle de méditation Assemblée des Étoiles du Hameau du Bas au Village des Pruniers pendant la retraite de trois mois d'hiver. Un frère nous a rapporté que Plum Village Online Monastery marche très bien et beaucoup de personnes vont écouter les enseignements d'aujourd'hui directement dans le monde. Ils les écoutent en même temps que nous, soit en vietnamien, soit en anglais, et ceci depuis le début de la retraite d'hiver. La Sangha parisienne nous a rapporté qu'il y a trois cent laïques qui participent à la retraite d'hiver en tant que retraitants chez eux, c'est à dire qu'après le travail, ils pratiquent avec nous, ils ne sortent pas, ils ne boivent pas d'alcool, ils observent les entraînements à la pleine conscience même s'ils sont chez eux, ils écoutent les enseignements, ils font la marche méditative, la méditation assise comme nous. Et il y a trois cent retraitants, trois cent français qui font ça. Et Thay est très content, Thay est très heureux d'apprendre cela parce que les autres Sangha dans le monde peuvent faire de même. Même si les gens ne peuvent pas venir au monastère, ils restent chez eux, ils peuvent pratiquer aussi, ils peuvent écouter les enseignements, ils peuvent participer à la discussion du Dharma. À Paris, les parisiens peuvent aller à la Maison de l'Inspir pour participer à la discussion du Dharma. Pendant la première semaine de la retraite, nous avons appris la pratique de l'écoute de la cloche, et pendant la deuxième semaine de la retraite, nous avons appris comment toucher la terre. Et à ceux qui viennent d'arriver, à la troisième semaine, cherchez à écouter ces enseignements pour savoir comment écouter la cloche et toucher la terre.


Apprendre à souffrir pour ne pas souffrir inutilement

La pratique au Village des Pruniers est de savoir comment faire pour être heureux. Pendant qu'on est assis, pendant qu'on marche, pendant qu'on respire, pendant qu'on se brosse les dents, pendant qu'on se rince les dents, pendant qu'on se rince la bouche, qu'on nettoie la salle de méditation, pendant qu'on prépare le petit déjeuner pour la Sangha, on fait en sorte qu'à chaque instant de notre vie quotidienne il y ait la joie et le bonheur. Il y a vingt-quatre heures par jour, et chaque heure a soixante minutes, et il faut faire en sorte qu'à chaque minute de notre vie quotidienne nous puissions générer le joie et le bonheur, et lorsque nous arrivons à générer la joie et le bonheur, nous savons que nous pratiquons correctement. S'il faut souffrir, on peut souffrir, cela ne fait rien, mais s'il n'y a que la souffrance, alors cela ne va pas. Cela ne va pas s'il n'y a que la souffrance. Autrement dit, pendant la pratique, il faut avoir la capacité de générer la joie et le bonheur. En faisant un pas, ce pas doit générer la joie et le bonheur, ou bien quand on soulève sa tasse de thé pour boire, il faut faire en sorte qu'il y ait la joie et le bonheur pendant qu'on boit le thé, c'est ça le point. Quand on se brosse les dents, on se brosse les dents de façon qu'il y ait la joie et le bonheur. Alors il faut apprendre, il faut s'entraîner pour faire cela, pour générer la joie et le bonheur en se brossant les dents, en mangeant, en marchant, en s'asseyant, parce que tout le monde peut souffrir, mais il faut savoir comment générer la joie et le bonheur, on n'est pas permis de seulement souffrir, il faut apprendre à savoir souffrir pour que cette souffrance devienne utile. Parce qu'il y a des souffrances qui sont totalement inutiles. Il y a des souffrances qui sont utiles, qui nous apprennent une leçon, qui nous offrent la compréhension, la vision profonde. Alors s'il faut souffrir, alors on peut souffrir, mais il faut apprendre à souffrir pour ne pas souffrir inutilement, pour avoir la capacité de générer la joie et le bonheur et de transformer ses souffrances. Quand on arrive au Village des Pruniers, on apprend à faire cela, on pratique pour faire cela. Le Village des Pruniers n'est pas une école où l'on accumule des connaissances pour les raconter aux autres. Non, ce n'est pas un tel lieu. Au Village des Pruniers, on apprend comment générer la joie et le bonheur, on apprend comment souffrir pour nous aider à voir la vérité, à transformer cette souffrance et à générer la joie et le bonheur, parce que la souffrance est liée au bonheur, comme la boue et la terre sont liées au lotus. S'il n'y avait pas la boue et la terre, il n'y aurait pas de lotus. Et de même, la joie et le bonheur sont liées à la souffrance. Lorsque nous faisons un pas, si nous sommes habiles, alors ce pas peut nous apporter la joie et le bonheur. Lorsque nous voyons quelqu'un qui court, comme s'il était chassé par un fantôme, et que cette personne n'a pas de joie et de bonheur, alors on voit que c'est dommage pour cette personne, qu'elle soit laïque, ou moine ou moniale. On veut l'aider à marcher de manière qu'elle ait la liberté, la joie, le bonheur, et la meilleure manière de l'aider, c'est de marcher comme cela, de marcher de manière qu'à chaque pas, on puisse générer la joie et le bonheur.


On offre à la cloche le titre de bodhisattva

Quand on invite la cloche, on s'incline devant la cloche avant d'inviter la cloche, parce qu'on a de la gratitude envers la cloche. Le son de la cloche résonne et arrête toute pensée, toute parole, et tout le monde retourne au moment présent, alors on voit la cloche comme un bodhisattva qui nous aide, qui nous réveille, c'est pour cela qu'on s'incline devant la cloche. Peut-être que la cloche dit: 'Mais moi je n'ai rien fait. Vous me tapez et je crie, c'est tout.' Mais en réalité, on offre à la cloche le titre de bodhisattva parce qu'on voit qu'elle nous réveille pour revenir au moment présent. Au Village des Pruniers, on dit que le son de la cloche est la voix du Bouddha qui nous rappelle de revenir au moment présent, et c'est pour ça qu'on s'incline devant la cloche, on voit que la cloche est comme un bodhisattva. Et quand on marche en pleine conscience, on devient un son de la cloche pour les autres, les autres nous voient marcher en pleine conscience, alors ils sont inspirés et ils veulent marcher de la même manière, parce qu'en marchant de la même manière, chaque pas génère l'élément de la liberté, de la joie et du bonheur, et quand les autres le voient, peut-être qu'ils sont inspirés et qu'ils s'arrêtent, et ils commencent à faire les même pas. Alors on joue de rôle de la cloche, et on est digne que les autres s'inclinent devant nous, on est aussi un bodhisattva. Même si on ne veut pas être un bodhisattva, on l'est, parce que notre manière de marcher inspire les autres.


Pourquoi nos pas ne génèrent-ils pas la joie et le bonheur?

Maintenant, posons la question: 'Pourquoi nos pas ne génèrent-ils pas la joie et le bonheur?' La réponse: premièrement, parce que nous ne sommes pas présents, nous ne sommes pas présents dans le moment présent. Le futur nous emporte, ou bien le passé nous emporte. Ou bien les soucis, la tristesse, les projets nous emportent. Alors la première réponse est : 'Si je marche sans bonheur, c'est parce que je ne suis pas vraiment présent. Je ne suis pas présent dans l'ici et le maintenant. Je suis emporté, je ne suis pas une personne libre, j'ai des soucis, des projets qui m'emportent, et je ne suis pas présent, alors je marche comme si j'étais chassé par des fantômes'. Et que veut dire être présent? C'est un entraînement. Si nous savons comment faire une respiration, une inspiration en pleine conscience, alors nous ramenons notre esprit à notre corps et nous sommes présents. Il suffit de deux secondes, ou trois secondes, j'inspire et je ramène mon esprit à mon corps et je suis présent, ou bien je fais un pas en pleine conscience. Je m'arrête, j'arrête le vagabondage dans le futur ou dans le passé, ou bien j'arrête de penser à ce que j'ai envie de faire. C'est ça l'arrêt, et quand j'arrive à arrêter, je suis présent. La présence va en parallèle avec l'arrêt. Si on fait ce pas sans joie, sans paix, sans bonheur, c'est parce qu'on n'est pas présent, et on n'est pas présent parce qu'on n'arrive pas à arrêter. Donc la deuxième réponse est qu'on n'arrive pas à arrêter. Si on veut être vraiment présent, on doit s'arrêter. Être présent ne signifie pas la présence du corps physique seulement, mais la présence de l'esprit aussi. Parfois, le corps physique est là, mais l'esprit non, alors ce n'est pas vraiment la présence. On ne sait pas si l'autre personne aimée est là, on lui pose la question: 'Chéri, es-tu là?', et l'autre personne peut répondre: 'Oui, je suis là', mais ce n'est pas sûr, parce que son corps peut être là, mais son esprit peut être ailleurs, alors pour être sûr, on lui demande: 'Es-tu sûr? Es-tu sûr que tu es là?' 'Chéri, es-tu là? 'Oui, je suis là.' En es-tu sûr?' Alors cette question aide notre bien-aimé à ramener son esprit à son corps. 'Oui, maintenant je suis vraiment là pour moi et pour toi'. Il faut s'arrêter en premier pour être présent. Et lorsque nous sommes vraiment présent, corps et esprit ensemble, alors nous reconnaissons ce qui se passe, comme le ciel bleu, le nuage blanc, la neige, le chant des oiseaux, nos deux jambes en bonne santé et d'autres conditions de bonheur, nous voyons que nous sommes vivants et que la vie est merveilleuse. Alors, naturellement, nos pas génèrent la joie et le bonheur. Et donc la troisième réponse est que l'on n'est pas encore en contact avec les merveilles, les conditions de bonheur qui sont là. Si on est en contact avec celles-ci, avec les merveilles de la vie qui sont là, alors naturellement ces pas génèrent la joie et le bonheur. Si on fait un pas sans bonheur, c'est parce qu'on n'est pas présent, on ne s'arrête pas, on ne reconnaît pas les merveilles qui sont là.


Lâcher prise grâce à la vision profonde

Et si on continue à poser des questions, on peut avoir d'autres réponses, comme : 'Je ne suis pas libre. Les soucis, la colère, la haine, l'angoisse me contrôlent. Alors mes pas ne peuvent pas générer la joie et le bonheur'. Alors il faut faire en sorte que l'on puisse maîtriser ses soucis, sa colère. Par exemple, il y a de la tension dans notre corps. Toute personne peut avoir une tension dans son corps, plus ou moins, et avec cette tension il y a un peu de douleur, et quand on fait un pas, cette tension, cette douleur est un obstacle pour générer la joie et le bonheur, et quand on est vraiment présent, on reconnaît la présence de la douleur, de la tension, et lorsqu'on la reconnaît, on sourit et on lâche prise, on lâche prise de cette tension. Quand on a la tension, on est complètement crispé, et si on est crispé, il est difficile d'avoir la joie et le bonheur, mais dès qu'on relâche, on a la joie et le bonheur. Le Bouddha nous a appris à faire ceci: 'J'inspire, je suis conscient de la tension et de la douleur dans mon corps, j'expire, je relâche cette tension et cette douleur.' Et on sait que c'est sa pratique. Il faut une certaine vision profonde qui nous montre: 'Tiens, toute la journée, je suis crispé, je suis tendu, cela ne sert à rien. Pourquoi je ne sais pas que dehors, le ciel est tellement clair, les rayons du soleil sont tellement beaux, il y a tellement de merveilles qui m'attendent dehors, et pourquoi je suis complètement emporté par mes soucis, ma tristesse, ma souffrance? Combien de jours me restent-ils pour vivre? Et pourquoi est-ce que je laisse toutes ces occupations, tous ces soucis, m'envahir, m'emporter? C'est dommage.' Alors ça, c'est la vision profonde. Et quand on a la vision profonde, il est facile de lâcher prise. On ne peut pas se forcer à relaxer. On veut se relaxer mais on ne peut pas se forcer. Il faut une vision profonde qui nous réveille, et alors il est plus facile de se détendre. Donc ne croyez pas que les exercices des respirations de contemplation du corps dans le corps sont faciles. Il faut une certaine vision profonde pour pouvoir les faire. Mais quand on a cette vision profonde, il est très facile de lâcher prise. C'est comme lorsqu'on est en colère, notre colère peut être causée par un malentendu ou de l'ignorance, et on se dit 'ce n'est pas bien la colère, il faut arrêter la colère', et on se force à arrêter la colère, mais c'est très difficile, mais dès qu'on voit la vérité, et quand on voit que la colère vient de l'ignorance, que l'autre personne souffre aussi, qu'elle n'a aucune intention de nous faire souffrir, qu'elle a besoin d'aide, et pourtant que nous lui avons fait plein de reproches, quand on voit cela, la colère peut se dissiper facilement. On ne peut pas se forcer à arrêter la colère, il faut la vision profonde pour transformer la colère. Il faut la pleine conscience, la concentration et la vision profonde, et on n'a pas besoin d'y passer des années. Il suffit juste de quelques secondes, et ces formations mentales peuvent se transformer tout de suite. Alors quand on pose la question: 'Je fais un pas, et pourquoi n'ai-je pas le joie et le bonheur?', on peut donner plein de réponses parmi lesquelles: 'Parce que je ne suis pas présent, parce que je n'arrive pas à arrêter, parce que je n'ai pas la vision profonde, parce que je ne suis pas en contact avec les merveilles de la vie', il y a plein de réponses, et il faut voir que si nos pas ne peuvent pas générer la joie et le bonheur, peut-être que ce n'est pas parce que nous ne voulons pas la joie et le bonheur, mais peut-être parce qu'il y a l'habitude, l'habitude de courir, l'habitude de se faire des soucis pour le futur, et peut-être que cette habitude a été transmise par plusieurs générations. Et quand on est en pleine conscience, on reconnaît cette habitude de courir et on dit: 'Chère habitude, je sais que tu es là. Tu a été transmise par des générations d'ancêtres, mais maintenant je rencontre le Dharma, alors arrête-toi.' Et quand on la reconnaît comme cela, cette habitude ne peut plus nous dominer, et nous pouvons nous ralentir, et nous arrivons à générer la joie et le bonheur. C'est ce qu'on appelle la vision profonde. Et la pleine conscience nous aide à reconnaître l'habitude, c'est une énergie qui nous aide à reconnaître cette habitude, l'énergie de la pleine conscience.


La présence est un fruit de la pratique

Il y avait un retraitant qui était venu au Hameau du Haut il y a une vingtaine d'années. Un jour, il a été faire des courses pour la Sangha, et il était pressé. Grâce à sa pratique, pendant quelques semaines, il a reconnu cette habitude de courir qui a été transmise par sa maman. Les deux semaines passées, il a vécu avec sa Sangha, il était entouré et protégé par sa Sangha, et cette habitude ne s'est pas manifestée, mais quand la Sangha l'a envoyé à faire les courses seul, sans l'énergie collective de la Sangha, son habitude s'est manifestée et il était étonné. Pendant plusieurs semaines, il était libre, tranquille, et puis tout à coup, il est devenu plus pressé, il a couru et il a reconnu que c'était une habitude qui a été transmise par sa maman, parce que sa maman courrait tout le temps, et il l'a reconnu et il a dit : 'Bonjour maman, je sais que tu es là', et naturellement cette habitude l'a relâché et il a regagné sa tranquillité. Alors la pleine conscience mène à la concentration, et la vision profonde nous permet de lâcher prise de cette habitude, et si nous courrons et que nous n'arrivons pas à générer la joie et le bonheur, peut-être que ce n'est pas parce que nous ne voulons pas la joie et le bonheur, mais peut-être que c'est à cause de l'habitude de nos ancêtres, de nos parents, qui est tellement puissante qu'elle nous emporte. Et la pleine conscience nous permet d'arrêter et de reconnaître cette habitude, et puis nous pouvons relâcher cette habitude et nous ralentissons. La pleine conscience mène à la concentration et à la vision profonde, et la vision profonde nous permet de nous détendre, de nous arrêter, et de générer la joie et le bonheur. La présence est un fruit de la pratique. Il faut être vraiment présent, corps et esprit unis, et nous devons nous entraîner pour être présent à chaque instant. Nous sommes vraiment présent en nous brossant les dents, nous sommes vraiment présent pour nous, pour la Sangha, en faisant la cuisine, en nous lavant, en nous douchant, en marchant, en nous tenant debout, en nous asseyant, en nous allongeant. Nous devons être vraiment présent, et si nous pratiquons correctement, alors nous aurons une nouvelle habitude, une très belle habitude, l'habitude d'être présent, et nos ancêtres, nos parents et nos descendants en nous en profitent. Nous nous entraînons non seulement pour nous-même, mais nous nous entraînons aussi pour la transformation pour nos parents, pour nos ancêtre, et pour nos descendants, parce que nous n'avons pas de soi séparé.


L'ambassadeur

Lorsqu'un ambassadeur arrive pour transmettre une lettre au président, le président ne regarde pas l'ambassadeur comme un individu, parce que cet ambassadeur représente tout un régime, tout un pays. C'est pourquoi le président regarde l'ambassadeur comme un pays, comme un régime, mais pas comme un individu. Et lorsque le président parle à l'ambassadeur, il parle à tout un régime, pas à un seul individu. Et nous sommes pareils, lorsque nous rencontrons une personne, comme notre grande soeur, notre petite soeur, notre grand frère, notre petit frère, nous voyons que cette personne représente toute une lignée, une tradition, un pays dans lequel il y a des ancêtres, des parents, la culture, les coutumes, il faut voir cela. Depuis des milliers d'années, il y a une continuité, et cette personne devant nous représente toute une longue tradition, des milliers d'années, il faut voir cela en la regardant, il faut voir cette personne comme un ambassadeur. Cette personne représente une lignée, une histoire, et nous n'avons pas vu beaucoup de choses dans cette personne,. On ne doit pas la sous-estimer, elle est un ambassadeur, et quand on est en contact avec elle, on est en contact avec son père, sa mère, ses grands-parents, ses ancêtres. Il faut voir tous les talents, toutes les expériences, toute la souffrance de sa lignée dans cette personne et alors on commence à voir vraiment cette personne, et en la voyant comme cela, on ne peut pas la sous-estimer, même si c'est un bébé, même si c'est un enfant. Et peut-être que cette personne ne voit pas cela parce qu'elle ne pratique pas, elle ne voit pas qu'elle porte en elle tout son pays, toute sa lignée, peut-être qu'elle ne le voit pas, mais nous, en tant que pratiquant, nous le voyons comme un président qui regarde l'ambassadeur et voit que l'ambassadeur représente tout un pays, tout un régime, tout un peuple, et qu'il n'est pas un individu séparé. Alors l'autre personne peut être papa, maman, ou notre époux, notre épouse, notre bien-aimé, notre petit enfant, notre disciple, notre maître, il faut apprendre à le regarder comme cela, il faut voir en lui toute une continuation de générations. Il ne faut pas croire qu'on a tout, vu, non, c'est très difficile de tout voir, il ne faut pas croire qu'on connaît déjà cette personne. En réalité, en profondeur, dans cette personne, il y a plein de choses que l'on n'a pas vues. Et si on continue à regarder profondément, on voit aussi le nirvana, le Royaume de Dieu, dans cette personne, le Bouddha, on ne peut pas la sous-estimer.


(cloche)

Apprendre à souffrir

Selon la vision bouddhique, dans cette personne, il y a le Bouddha, Dieu, Jésus, la Terre Pure, le bonheur, la paix, il y a tout. Mais si cette personne n'arrive pas à manifester la paix, le bonheur, parce qu'il y a des choses qui l'en empêchent. On voit que cette personne manifeste de la souffrance, de la violence, de la haine, mais en réalité, dans cette personne il y a d'autres choses, mais les conditions ne permettent pas que les éléments positifs puissent se manifester. Et si on l'emprisonne, si on la tue, on tue aussi le Bouddha, les patriarches, Dieu, le Royaume de Dieu, la Terre Pure en elle, et c'est la vision bouddhique. Et avec cette vision, on peut se comporter autrement, on sait que cette personne a besoin de notre aide. Nous pouvons parler, regarder, nous comporter de manière à ce qu'on puisse aider l'autre à s'ouvrir, à manifester ce qui est beau. C'est seulement quand a une grande vision profonde, qu'on a le grand amour, et seulement quand on arrive à faire cela à nous-même que l'on peut aider l'autre à faire la même chose. Donc il faut toujours commencer avec soi-même. Il faut faire en sorte que le Bouddha, la Terre Pure, la joie et le bonheur se manifestent à partir de nous-même. Les talents, les expériences de nos ancêtres se manifestent à partir de nous-même, et nous sommes heureux, nous avons le bonheur, la vision profonde pour aider l'autre personne. On n'a pas besoin de punir, on a besoin seulement de l'amour. Et la leçon d'aujourd'hui est que s'il faut souffrir, on peut souffrir, c'est bon de souffrir, mais s'il n'y a que la souffrance, alors cela ne va pas. Si on souffre seulement, cela ne va pas. Il faut apprendre à gérer sa souffrance. Il faut apprendre à souffrir de manière à ce qu'on puisse comprendre la souffrance, la transformer et la laisser contribuer à générer la joie et le bonheur, parce que la souffrance a son rôle, elle peut contribuer à générer la joie et le bonheur. La boue peut contribuer à créer des lotus, mais bien sûr, la boue n'est qu'une condition : le lotus a besoin aussi des rayons de soleil, de la chaleur, mais la boue est un élément nécessaire pour les lotus, et dans le bouddhisme, les enseignements de l'inter-être nous montrent que la souffrance joue son rôle : s'il faut souffrir, on peut souffrir, mais il ne faut pas souffrir inutilement. Il y a plein de souffrances inutiles, il faut apprendre à souffrir, et si on sait comment souffrir, on ne souffre pas beaucoup, parce qu'on sait comment utiliser sa souffrance pour générer le bonheur. La souffrance fait partie de la vie. Qui n'a pas souffert ? Qui n'a pas souffert ne sait pas ce qu'est le bonheur. C'est pour cela qu'on dit : 'C'est bon de souffrir.' Mais il ne faut pas souffrir inutilement, et c'est un art. Dans le bouddhisme, on apprend clairement que le bonheur et la souffrance inter-sont. Ceci fait l'autre comme le gauche fait le droit. Si on souhaite arriver à un monde où il n'y a pas la souffrance, alors c'est très naïf. Pourtant, parmi nous, il y en a plein qui souhaitent arriver à un lieu où il n'y a pas la souffrance, où il n'y a que le bonheur, c'est comme dire : 'Moi, je veux seulement le gauche, je ne veux pas le droit', alors c'est impossible. Quand on arrive au Village des Pruniers, il faut apprendre à traverser la souffrance de manière à ce qu'on aide la souffrance à jouer son rôle, c'est à dire qu'elle puisse générer la joie et le bonheur, et quand on a cette attitude, alors on ne souffrira pas beaucoup. Le mot souffrance, en chinois et en vietnamien, signifie amertume. Il y a des plats qui sont amers et qui sont très bons, comme le melon amer est très bon. Quand il y a un peu de souffrance, c'est bon. Souvenons nous qu'on vient vers la Sangha pour apprendre à gérer la souffrance. Il y a une manière très intelligente de gérer la souffrance. On apprend à générer la joie et le bonheur, et les deux sont étroitement liés. Générer la joie et le bonheur, c'est lié à gérer la souffrance. Qui sait gérer la souffrance sait générer la joie et le bonheur, qui sait générer la joie et le bonheur sait gérer la souffrance, et c'est un art. On apprend les uns des autres, on vit ensemble, et c'est très réaliste, on ne vient pas ici pour avoir des connaissances, ce ne sont pas des études bouddhiques que l'on vient faire ici, on vient pour apprendre à pratiquer. Maintenant, nous continuons avec le soutra, le 29ème verset.


Verset 29 :

Suivons une vie chaste sans aucune tache.
Connaissons-nous nous-même, transcendons le temps, atteignons la paix dans la vie de pratique.
La première chose à faire est de quitter le sexe,
Équipons-nous du vinaya, du Bouddha dès maintenant.


Suivons une vie chaste sans aucune tache.


La vie pure, la vie chaste, la vie noble. On peut reconnaître cet élément, cette qualité noble quand il y a la pleine conscience, la concentration et la vision profonde. Dans notre tradition, la pleine conscience, la concentration et la vision profonde sont aussi les entraînements à la pleine conscience, les préceptes. Quand on est en pleine conscience, on observe les préceptes, c'est pour cela qu'on appelle les cinq préceptes les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience, et si, en tant que laïcs, nous observons les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience, nous avons cet élément de sainteté, nous sommes nobles. Dans les soutra, on parle des nobles disciples. Les disciples, les moines et les moniales qui observent les 250 préceptes sont des nobles disciples. Les laïcs qui observent les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience sont aussi des étudiants nobles, parce qu'en nous il y a l'élément de sainteté, et ce n'est pas le pape ou quelqu'un qui nous offre cette sainteté, mais c'est notre pratique. Dès qu'on a la pleine conscience, la concentration et la vision profonde, nous avons cet élément en nous. C'est ça, la vie noble, la vie chaste. La vie de chasteté, la vie avec la pratique, qui va avec la pratique des préceptes, pour les laïcs, c'est une conduite sexuelle correcte, et pour les moines et les moniales, c'est l'absence totale de sexe.


Connaissons-nous nous-même.


Nous savons qui nous sommes. C'est très difficile, hein ? Parfois, nous croyons que nous nous connaissons, que nous savons qui nous sommes, mais en réalité, ce n'est pas vrai. Tout à l'heure, on a dit que l'on était un ambassadeur, nous représentons toute une lignée, tout un pays, toute une histoire. Nous avons nos ancêtres, notre pays, notre lignée, nous ne sommes pas des individus séparés, nous ne sommes pas des soi séparés, nous sommes des ambassadeurs de toute une lignée. Connaissons-nous nous-même, grâce au regard profond, grâce à la pleine conscience, la concentration et la vision profonde.


Transcendons le temps, atteignons la paix dans la vie de pratique.


Il y a trois temps : le passé, le présent et le futur. Transcender le temps signifie que nous touchons ce qui est hors du temps. Au Village des Pruniers, en Thaïlande, nous avons une salle de méditation qui s'appelle 'l'espace hors de l'espace', ou bien 'le temps en dehors du temps'. L'espace que nous voyons ici et le temps fait des jours, des mois et des années, ne suffisent pas, ne sont pas assez vastes pour nous, ils sont encore très limités, nous avons besoin d'un autre espace, nous avons besoin d'un autre temps, et cet espace est l'espace hors de l'espace et le temps le temps hors du temps. Le temps fait des minutes, des jours, des mois est très limité pour nous, est très étroit, nous avons besoin de transcender le temps, c'est le temps hors du temps, et ici c'est transcender le temps. Nous nous connaissons, nous transcendons le temps. Ce qu'il y a à pratiquer en premier pour atteindre l'espace immense et le temps illimité du nirvana, c'est transcender, nous libérer de la passion. Si on a encore la passion, on est enfermé dans le temps et l'espace.


La première chose à faire est de quitter le sexe,
Équipons-nous du vinaya, du Bouddha dès maintenant.


C'est pour cela qu'il faut nous équiper, et nous nous équipons dès maintenant du vinaya que le Bouddha a enseigné. C'est très clair, la première chose à faire est d'observer des préceptes. Les laïcs doivent observer les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience, ou les Quatorze Préceptes, les novices doivent observer Dix Préceptes, les moines, les moniales doivent observer 250 ou 348 préceptes, parce que sans les préceptes, il n'y a pas la pleine conscience, sans la pleine conscience, il n'y a pas la concentration, et pas la vision profonde. Comment faire pour toucher la liberté ? Les préceptes sont la condition de base de la liberté. On dit que de recevoir les préceptes, c'est perdre sa liberté, mais la vérité est le contraire, c'est grâce aux préceptes qu'on a la liberté. Par exemple, si l'on boit de l'alcool et on consomme des drogues, on perd sa liberté, mais justement, parce qu'on observe ses préceptes, on ne boit pas d'alcool et ne prend pas de drogue, on est libre. Celui qui est tombé dans l'alcool et la drogue perd complètement sa liberté, et c'est pour cela que les préceptes sont la condition de base de la liberté. Si on observe le précepte de ne pas boire de l'alcool, alors on a la liberté vis-à-vis de l'alcool. Alors il y a différentes de liberté, et chaque précepte offre une zone de liberté, chaque précepte nous offre un espace et une liberté, c'est pour cela que dans les soutra, il est dit que si on veut continuer sur la voie, il faut quitter le sexe, il faut nous équiper du vinaya enseigné par le Bouddha.


Verset 30 :

Mettre fin aux afflictions, se libérer du monde de la souffrance,
Est aussi facile que l'oiseau qui prend son envol dans le ciel.
Si vous comprenez ces mots du Dharma,
Allez donc de tout coeur sur cette voie.


Mettre fin aux afflictions, se libérer du monde de la souffrance, ce n'est pas difficile. Quand on a la capacité de mettre fin aux formations mentales de l'avidité, de la haine et de l'ignorance, on se libère du domaine des afflictions. Mettre fin aux afflictions, se libérer du monde de la souffrance, c'est aussi facile que l'oiseau qui prend son envol dans le ciel. C'est une très belle image. C'est très facile, c'est comme un oiseau qui prend son envol dans le ciel et que rien ne retient. Si vous comprenez ces mots du Dharma, c'est à dire Dhammapada, si vous comprenez la signification de cette phrase de tout coeur, vous suivrez cette voie.


Verset 31 :

Cette voie franchit le fossé des naissances et des morts,
Fait cesser les souffrances et la détresse et transcende tous les accident.
Sur le chemin spirituel, il n'y a plus de discrimination entre les proches et les lointains,
Plus de discrimination entre gagnants et perdants.


Quand on va sur la voie de la popularité, de l'argent, il y a beaucoup de détresse, il y a beaucoup d'accidents. Cette voie, c'est la voie qui nous libère des naissances et des morts, qui met fin aux souffrances et à la détresse. Dans le Dharma, il n'y a plus de discrimination entre proche et non-proche. On ne cherche pas des alliés, on ne crée pas des bandes, des groupes, tout le monde est notre frère et soeur, les pauvres comme les riches, les puissants, ceux qui ont du pouvoir comme ceux qui n'en ont pas. Nous ne prenons pas partie, nous ne nous rangeons pas du côté de ceux qui ont du pouvoir pour profiter des pauvres, et nous ne nous rangeons pas du côté des pauvres pour aller contre les puissants. Nous aimons notre peuple comme ceux les autres peuples, nous aimons ceux qui appartiennent à notre tradition comme les autres. C'est ça l'équanimité. Dans le Dharma, il n'y a plus de discrimination, c'est l'équanimité. On ne demande plus qui gagne et qui perd. Qui a du pouvoir et qui n'en a pas. Nous aimons tout le monde, nous n'aimons pas seulement ceux qui perdent. C'est comme avec nos frères et soeurs à prajna qui ont été battus. Bien sûr, nous les aimons, mais nous aimons aussi les policiers qui les ont battus. Ceux qui sont faibles et qui sont battus, on les aime, et ceux qui ont beaucoup de pouvoir, on les aime aussi, et c'est ça le Dharma, on veut aider tout le monde.


Verset 32 :

Ce qui est le plus important est de ne pas être pris par les perceptions.
Le né et le non-né sont tous les deux purs.
Ne discriminant plus entre le né et le non-né, vous êtes libres.
Le sage ne s'attache plus à ce corps physique, si facile à se décomposer.


Nos perceptions peuvent être fausses. Les perceptions comme la naissance, la mort, l'être et le non-être, moi, autrui, l'ennemi, la personne proche, tout cela crée la haine, l'angoisse, et il faut regarder profondément pour nous libérer de tout cela. L'attachement et l'ouverture ne sont pas opposés. On ne discrimine plus entre l'attachement et l'ouverture. C'est comme notre main que l'on peut ouvrir ou fermer. Fermer ou ouvrir, c'est la même chose, c'est la main. Il faut voir la main. La main peut fermer ou ouvrir. Ce n'est pas parce qu'elle ferme qu'on veut la tuer, qu'on veut la détruire. Il faut voir que la main peut fermer ou ouvrir, et l'autre personne est pareille, elle peut être bonne ou mauvaise, mais elle est toujours une personne, alors il faut l'aider à devenir bonne, il ne faut pas chercher à la détruire, c'est ça la vision du Bouddha. Notre ennemi n'est pas l'être humain, notre ennemi est le fanatisme, la haine, la discrimination, l'angoisse, la passion, l'ignorance. Notre ennemi n'est pas l'être humain, et il faut voir que dans la fermeture ou l'ouverture, les deux sont la main, et une fois qu'on le voit, on est tranquille, on n'a plus de haine, on ne souffre plus.
Le sage ne s'attache plus à ce corps physique, si facile à se décomposer. Il ne voit pas qu'il est son corps. Ce corps n'est pas moi, je ne suis pas emprisonné dans ce corps, je suis la vie immense, je ne suis jamais né et je ne mourrai pas. Alors avec ce corps physique, nous pouvons faire, créer des choses, nous avons ce corps, nous avons des idées, des paroles, et nous pouvons commettre des actes, des pensées, des paroles et des actions. Ce que l'on fait est notre continuation, nous ne sommes pas dans ce corps, nous sommes à l'extérieur de ce corps, nous sommes dans notre maman, dans le monde, et nous devons voir, regarder de manière à ce que nous puissions nous voir là-bas, parce que ce corps va se décomposer et si nous croyons que nous sommes ce corps, alors c'est une vue fausse, parce que les pensées, les paroles, les actes que nous avons commis sont déjà partis. Ils sont notre continuation, et il ne faut pas croire que nous sommes simplement ce corps. Alors les sages voient cela. Nous sommes beaucoup plus grands que ce corps, ce corps se décomposera un jour mais nous continuons toujours, et il faut continuer bellement, c'est le point, il faut continuer bellement. Et si on veut continuer bellement, il faut que ces paroles, ces pensées et ces actes aillent en parallèle avec la compréhension et l'amour. Il faut avoir la pleine conscience, la concentration et la vision profonde. Il nous reste quatre autres versets. Nous finirons ce soutra la prochaine fois.


(cloche)


Enseignement donné le 5 Décembre 2010 en vietnamien,
transcrit par Pháp Thân d'après les traductions anglaises et françaises.