Un Océan Sans Limites

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(cloche)

Chère Sangha, aujourd'hui, nous sommes le 14 Décembre de l'an 2008, nous sommes au Monastère de la Bonté Aimante au Hameau Nouveau, pendant la retraite d'hiver.


Un océan sans limites

Autrefois, quand Thay venait de recevoir sa pleine ordination, et le pratimoksha, Thay devait réciter les préceptes en chinois classique et non en vietnamien. Aujourd'hui, nos frères et soeurs peuvent les réciter en vietnamien, ou en anglais ou en français, mais la plupart des moines et des moniales au Vietnam en ce moment les récitent encore en chinois, et ils ont l'impression que c'est plus sacré de les réciter en chinois qu'en vietnamien. Comme ici, on a l'impression que c'est mieux de chanter en latin dans les églises, cela fait plus majestueux, plus sacré, ou bien en sanscrit, en latin. Thay aime beaucoup l'introduction de la récitation des préceptes. Les préceptes sont comme l'océan et on peut passer toute sa vie à les étudier. Ils sont comme l'océan sans rives, sans limites. Ils sont comme des joyaux qu'on cherche dans une montagne de trésors. Il y a tellement de joyaux, trois joyaux ne suffisent pas, cinq ne suffisent pas, on a l'impression de n'être jamais rassasié, et c'est pareil quand on étudie les préceptes, quand on les recherche, on n'en est jamais fatigué. Quand Thay était un jeune bhikkhu, Thay aimait beaucoup ces lignes, cette introduction, mais Thay ne comprenait pas parfaitement que les préceptes n'avaient pas de limite. Maintenant, Thay comprend que les préceptes n'ont pas de limites, de frontières, ils sont immense, et plus on les étudie, plus on les trouve profonds. Au début, on se dit: 'Mais quand même, c'est trop, il n'y en a que cinq, ne pas voler, ne pas tuer, etc, pourquoi sont-ils un océan sans limites, sans frontières?' Parmi vous, il y en a qui ont appris les Entraînements à la Pleine Conscience, mais à un moment, vous vous sentez rassasiés, satisfaits, mais dans cette introduction, il est écrit que vous ne serez jamais satisfaits et rassasiés, plus vous les étudiez, plus vous les trouvez extraordinaires, et si vous avez l'impression que ça y est, vous les avez étudiés et cela vous suffit, alors cela veut dire que vous n'avez pas encore saisis les entraînements, parce que les entraînements sont très profonds: ils contiennent la pleine conscience, la concentration et la vision profonde, et la vision profonde est un trésor d'amour et de compréhension. C'est pour cela que nous pouvons passer toute notre vie à étudier les préceptes sans nous sentir rassasiés, sans sentir que cela nous suffit, parce que les préceptes sont comme un océan sans limites, comme une montagne de joyaux que l'on recherche pendant toute sa vie sans jamais se fatiguer. Et parce que nous voulons protéger cet héritage sacré des grands êtres, nous nous rassemblons ici pour les réciter. Nous avons un héritage très précieux, les entraînements à la pleine conscience, et si nous pouvons garder cet héritage, nous serons toujours riches, mais si nous le perdons, nous serons pauvres. C'est pourquoi les préceptes, shila en sanscrit, dans le bouddhisme, sont très importants. Bientôt, nous aurons une cérémonie de grande ordination, et il y aura des gens qui viennent ici pour solliciter les entraînements à la pleine conscience. Shila en sanscrit signifie 'entraînement à la pleine conscience', ou 'précepte'. Les préceptes mènent à la concentration, c'est à dire samadhi en sanscrit. Et quand la pratique des entraînements à la pleine conscience et de la concentration est solide, on peut faire une percée, on peut atteindre une vision profonde, prajna en sanscrit. Donc, dans les entraînements à la pleine conscience, il y a la concentration et la vision profonde. Si dans les entraînements, il n'y a pas la concentration et la vision profonde, ce ne sont pas les entraînements, ce ne sont pas les préceptes. C'est pour cela qu'il faut savoir que les entraînements à la pleine conscience contiennent la concentration, et dans la concentration, il y a la vision profonde. Et si plus tard la concentration et la vision profonde sont bien développées, c'est parce que dans les entraînements, il y a la concentration et la vision profonde, et quand nous pratiquons les premier entraînement, ne pas tuer et protéger la vie, il faut savoir qu'il y a la concentration et la vision profonde dans cette pratique. Il y a la vision profonde qui est le fondement de cet entraînement. Les dernières semaines, nous avons clairement vu que la vision profonde est la vue juste, la vue correcte.


L'un est le tout

La vue juste, la vue correcte est la vue qui mène à l'harmonie, à l'amour, elle ne mène pas à la discrimination et la division, c'est ça la vue juste, et cette vue s'appelle la vue de l'interdépendance, de l'inter-être. L'interdépendance signifie que ceci s'appuie sur cela, comme le gauche dépend du droit pour exister. Cela signifie que l'un dépend de l'autre, parce que sans le gauche, il n'y aurait jamais le droit, sans ceci, cela n'existerait jamais, et dans les soutras, le Bouddha a enseigné clairement que ceci est parce que cela est. Alors si le gauche n'était pas là, le droit ne serait pas là non plus. Au début, on pense que le gauche et le droit sont opposés, mais en réalité, les deux s'embrassent et se contiennent. Le gauche suit le droit partout, parce que sans le gauche, il n'y aurait pas le droit. C'est ça la vue juste. C'est comme lorsque l'on dit moi et autrui, moi et toi, ou bien l'un et le tout. L'un est le tout. Dans le bouddhisme, il est dit que l'un est le tout. Ceci est l'un et ceci est le tout. Pourquoi l'un est le tout? Parce qu'en regardant profondément, on voit tout dans l'un. Au Village des Pruniers, on utilise souvent la fleur comme exemple: en regardant cette fleur, c'est à dire l'un, on voit tout dans cette fleur, on voit les nuages, le soleil, la conscience, il n'y a rien dans le cosmos qui ne se trouve pas dans cette fleur. Le tout est inhérent dans l'un, et si on enlevait le tout, la fleur ne serait plus là. Si on enlevait le tout de la fleur, la fleur n'existerait plus. C'est pour cela que l'un contient le tout, et le tout embrasse l'un. À l'extérieur du tout, il n'y a pas l'un, et à l'extérieur de l'un, il n'y a pas le tout. L'un dépend du tout, on ne peut pas dire que l'un existe en premier, puis le tout après, ou le tout en premier et l'un après. C'est un regard très profond, une vision très profonde, et en voyant l'interdépendance, l'inter-être, que ceci est cela, que ceci embrasse cela, on commence à voir. Et lorsque l'on voit que dans les préceptes, il y a la concentration et la vision profonde, on commence à voir les préceptes. Si on voit les préceptes séparés de la concentration et de la vision profonde, on ne les comprend pas encore, parce qu'ils inter-sont. Il faut pratiquer le regard profond pour comprendre, on ne peut pas écouter seulement et comprendre. Un jour, on aura une vision, et cette vision s'appelle la vision juste. Une fois qu'on a la vision juste, l'entraînement à la pleine conscience devient quelque chose de très naturel. Si l'on voit que l'autre est nous-même, on ne peut plus le tuer, parce que tuer l'autre veut dire tuer nous-même. Aujourd'hui, on parle de l'homme et de l'environnement. Si on a une vision erronée, on dit que l'homme est une entité séparée de l'environnement, et ce n'est pas la vision juste. Sans la vision juste, il n'y a pas l'entraînement à la pleine conscience, et selon les enseignements du Bouddha et la vue des êtres nobles, l'environnement est l'homme, l'homme vient de l'environnement et l'environnement fait l'homme, et c'est pour cela que l'on peut dire que vous êtes l'environnement et que l'environnement est vous. En voyant cela, nous avons la vue juste, et en voyant l'inter-être entre nous et l'environnement, on ne peut plus le détruire, parce qu'en détruisant l'environnement, on se détruit soi-même, tuer l'environnement signifie se tuer soi-même. Maintenant les scientifiques et les sociologues voient tout cela, et si on ne tue pas, si on ne détruit pas, c'est parce que l'on a la vision profonde. C'est pour cela qu'on dit qu'il y a la vision profonde dans les préceptes et dans ce cas, ils sont de vrais préceptes. Si l'on dit que le premier entraînement est de ne pas tuer sans voir l'interdépendance, l'inter-être, alors ce n'est pas vraiment un entraînement à la pleine conscience. Si vous comprenez que si vous le tuez, vous souffrirez beaucoup, et en voyant l'inter-être et l'interdépendance, cet entraînement devient une réalité. En cherchant les entraînements à la pleine conscience, on trouve tout. C'est pour cela que les entraînements à la pleine conscience sont comme l'océan sans limites: plus on les étudie, plus on comprend, plus on voit les choses. Plus on pratique, plus on a la concentration et la vision profonde. Et la vision profonde est immense et sans limites. Déjà, la rivière est grande, mais en comparaison, l'océan est immense. Et les entraînement à la pleine conscience sont pareils.


Amour illimité

Si la vision est immense, l'amour est sans limites aussi. Nous avons appris que l'amour dans le bouddhisme est sans limites. L'amour est fait des quatre éléments: la bonté aimante, la compassion, la joie et la non-discrimination, ce sont les quatre esprits illimités. Et si l'amour est illimité, la vision profonde qui fait l'amour est illimité aussi. Et dans les entraînements à la pleine conscience, il y a la vision profonde. C'est pour cela que les entraînements à la pleine conscience sont aussi sans limites. Thay comprend maintenant que les entraînements à la pleine conscience sont comme l'océan sans limites, comme les joyaux que l'on recherche pendant tout sa vie sans jamais se fatiguer. En tant que pratiquant, si on étudie les entraînements à la pleine conscience avec cet esprit, on est sur la bonne voie. Il y a des maîtres du Vinaya qui passent vingt ou trente ans à étudier le Vinaya, et plus ils l'étudient, plus ils sentent qu'ils ont encore plus soif de cette étude. Il y a vingt-cinq ans, nous nous sommes rassemblés en tant que Sangha pour présenter les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience, et à cette époque, on les a trouvés très très beaux, mais vingt-cinq ans après, on voit qu'il faut les réviser, parce qu'il faut les présenter de façon qu'à chaque récitation, on sente qu'ils contiennent la concentration et la vision profonde. C'est pour cela que depuis plusieurs semaines, la sangha aide Thay à réviser le premier entraînement, la protection de la vie. Autrefois, le Bouddha a créé des entraînements à la pleine conscience en présence des moines et des moniales, aujourd'hui, on doit les réviser. Nous travaillons en tant que sangha, il ne faut pas laisser Thay travailler seul. C'est pour cela que dans les discussions du Dharma, on ne s'assoit pas simplement pour écouter, mais il faut contribuer, il faut parler, il faut partager notre vision. Ce que nous voyons dans cet entraînement, il faut le dire, il faut contribuer. Et plus tard, on dira à nos petits-enfants: 'Tu sais, quand on a révisé les préceptes, j'étais là.' On sera très vieux, et on dira à nos petits-enfants: 'J'ai beaucoup contribué, je ne restais pas silencieux.' Il faut contribuer. Et lorsque vos petits-enfants demanderont, vous direz: 'Oui, oui, j'étais là, j'ai contribué.' Et aujourd'hui, dimanche, nous allons contribuer à réviser le premier entraînement à la pleine conscience. Il ne faut pas que ce soit trop long, l'entraînement devrait contenir la concentration et la vision profonde sur cet entraînement de la protection de la vie. Il faut voir la vision profonde de l'inter-être, de l'interdépendance, et à ce moment-là, on ne fait plus de discrimination, on n'est plus endoctriné. Avec la vision profonde, on accepte, on aime, et quand on aime, on ne peut plus tuer. Si on tue l'autre, on se tue soi-même, c'est pour cela que le premier entraînement doit contenir le fondement de la vision profonde.


La pratique du non-attachement aux vues

Nous savons que l'esprit bouddhique est l'ouverture d'esprit, étudier sans s'attacher à une idéologie, à une doctrine. Dans la société, il y en a qui au nom d'une idéologie, d'une doctrine, d'une religion, de Dieu, tuent. Dans la tradition bouddhique, nous avons la pratique de non-attachement aux vues. On ne s'attache ni à la doctrine, ni à l'idéologie, même si celle-ci est bouddhique. Il faut voir les enseignements du Bouddha comme le doigt qui montre la lune, comme un radeau qui nous aide à atteindre l'autre rive, mais ils ne sont pas à vénérer, à tuer pour les protéger, pour protéger ce qu'on considère comme l'idéal. L'année dernière, quand on est allé au Vietnam, Thay a organisé de grandes cérémonies pour les victimes de la guerre, et dans la cérémonie, on a dit une phrase, qui a été imprimée dans une revue au Vietnam: 'Devant nos ancêtres spirituels et génétiques, nous faisons voeu qu'à partir d'aujourd'hui, nous n'entrerons jamais dans une guerre à cause d'une idéologie.' Cette phrase est très importante, les générations d'aujourd'hui devraient apprendre que la guerre du Vietnam était une guerre d'idéologie entre le communisme et la capitalisme. Notre pays, notre peuple est devenu une bataille, parce que un côté a accepté le marxisme et l'autre côté a accepté le capitalisme, et non seulement nous avons utilisé les idéologies importées de l'extérieur, mais nous avons aussi utilisé les armes importées de l'extérieur, et les frères et soeurs d'une même famille se sont entretués à cause des idéologies. Lorsque nous sommes fanatiques, nous pouvons nous entretuer, et l'esprit bouddhique doit être ouvert, sans s'attacher à aucune idéologie, aucune doctrine. Même si celles-ci sont bouddhiques, il ne faut pas s'y attacher, il ne faut pas s'y emprisonner, c'est le non-attachement aux vues. C'est ce qui est extraordinaire dans le bouddhisme, et c'est pour cela qu'il faut le mettre dans le premier entraînement. Premièrement, il faut une vision d'inter-être: je suis vous, vous être moi. Si je vous tue, je me tue moi-même. Ensuite, il faut le non-attachement aux vues, et ainsi la non-tuerie, la non-destruction de la vie devient vraiment un entraînement à la pleine conscience bouddhique. En ce moment, en Inde ou en Irak, tous les jours, il y a des massacres, il y a des bombes qui explosent, parce que les gens s'attachent à leurs vues. C'est pour cela que quand on réécrit ces entraînements, il faut inviter un grand son de la cloche pour réveiller tout le monde. Il faut sortir du fanatisme pour mettre fin à la violence, à la haine, à la tuerie. Alors comment faire pour que le premier entraînement soit concis et contienne la vision profonde, qui est le fondement de l'action, et que quand quelqu'un le lit, il y voit la concentration et la vision profonde? Peut-être que nous, ensemble, pendant cet hiver, nous pourrons offrir le nouveau texte des Cinq Entraînements à la Pleine Conscience, et peut-être que ce texte va être employé pendant vingt ou trente ans, mais peut-être que dans vingt ou trente ans, la situation mondiale va changer, et on va devoir s'assoir ensemble pour les réviser, parce que les entraînements devraient être bien appropriés d'un côté au Dharma, aux enseignements, et d'un autre côté à la situation actuelle du monde. Aujourd'hui, s'il vous plaît, travaillez sérieusement. Nous avons déjà eu des groupes de discussion sur les entraînements, et dans ces groupes, il y en a qui sont éloquents, il y en a qui partagent, il y en a qui écrivent bien, alors il faut leur demander de se réunir pour écrire et Thay leur donnera tous les documents des discussions précédentes. Ce texte vient de la vision profonde collective, de nous tous, et il peut être une offrande aux Trois Joyaux à la fin de cette année, pour le nouvel an ou pour Noël.


Vue religieuse, scientifique, bouddhique

Pendant ces dernières semaines, nous avons essayé de présenter trois vues. Nous avons vu premièrement un passage sur la vue religieuse. Puis nous avons vu un passage parlant de la vue scientifique, et à la fin, nous avons vu un passage parlant de la vue bouddhique, qui parle de la conscience et du karma. Chacun d'entre nous, nous devrions avoir ces trois textes qui représentent ces trois vues: la vue religieuse, la vue scientifique et la vue bouddhique. Le bouddhisme n'est pas vraiment une religion, c'est un art de vie, parce que dans le bouddhisme, on ne parle pas vraiment de Créateur. Si Dieu est considéré comme le fondement de l'existence, de l'être, s'il est perçu comme la réalité ultime, comme l'ainsité, le nirvana, alors dans le bouddhisme, il y a Dieu. Mais si on le considère comme quelqu'un qui se met en haut dans le ciel et qui crée le monde, alors dans le bouddhisme, il n'y a pas de tel Dieu. Cela dépend de la signification de Dieu pour dire qu'il y a Dieu dans le bouddhisme ou pas. Si l'on dit que l'homme a été créé à l'image de Dieu, alors dans le bouddhisme, il n'y a pas ce Dieu, mais si on dit que Dieu est la réalité ultime, est la fondation de tout, alors il y a Dieu dans le bouddhisme.


(cloche)


La fleur embrasse l'univers

Thay a proposé un texte d'une dizaine de lignes à propos de la vue bouddhique. Cette vue bouddhique est seulement le doigt qui montre la lune ou le radeau qui mène à l'autre rive, et elle peut s'améliorer, on peut la présenter mieux, comme la vue qui représente la vue scientifique. Il y a des hommes de science qui sont allés très loin, il y a en a d'autres qui sont restés derrière, et parmi les hommes de science, il y en a qui s'opposent, parce qu'ils ont des vues complètement différentes. La vue scientifique avance, la vue religieuse avance aussi, et la vue bouddhique devrait avancer aussi. Pourquoi? Parce que si l'amour est illimitée, la vision profonde est pareille, elle est illimitée. Les sciences ne disent pas que c'est la fin, que cette vue est la vue ultime. S'il y a des théologiens parmi nous, ici dans notre Sangha, alors il faut réfléchir pour présenter une autre vue religieuse sur le cosmos, parce que la vue que nous utilisons jusqu'à aujourd'hui comme fondement de l'éthique est peut-être déjà très vieille et il faut la revoir. La vue bouddhique est comme ceci: le sujet et l'objet de la perception se manifestent à partir de la conscience, selon le principe de l'inter-être. Partout, on rencontre l'inter-être: le sujet et l'objet de la perception ne sont pas deux identités séparées. Le sujet embrasse l'objet, et l'objet embrasse le sujet, comme cette fleur qui embrasse l'univers, et l'univers qui l'embrasse à son tour: on ne peut pas les séparer, et c'est la vue bouddhique. Les humains sont présents dans tout le cosmos, et tout le cosmos est présent dans les humains. Les humains sont présents dans l'environnement, et l'environnement est présent dans les humains, les deux inter-sont, et c'est très fidèle à la vue de l'inter-être. Vous contenez l'environnement, et l'environnement vous contient, vous êtes l'environnement, et le bouddhisme va encore plus loin. En apparence, il semble qu'il y a la naissance et la mort, mais dans la dimension ultime, il n'y a ni naissance ni mort. C'est très bouddhique. Et c'est juste une façon de dire, mais si vous faites des recherches, vous pouvez exprimer cette idée encore mieux.


L'outil le plus important est notre conscience

Il en va de même pour la vue scientifique: sûrement que parmi nous il y a des hommes de science ou des femmes de science, des physiciens nucléaire, ou quelque chose comme ça, et vous savez que les sciences avancent en ce moment. Les sciences ont laissé derrière les connaissances classiques pour chercher à se libérer, pour avancer. Il y a des hommes de science qui sont très proches de la vue bouddhique, et ils commencent à voir l'univers comme leur propre conscience, ils commencent à voir les quanta comme leur propre conscience. Les dialogues entre les hommes de science et les hommes spirituels est quelque chose qui se passe en ce moment. Si les hommes de science font la méditation, ils pourront réussir. Ils ont des outils très sophistiqués, comme les accélérateurs, en Suisse, et cela coûte très cher. Mais dans le bouddhisme, il est dit que l'outil le plus important est notre conscience, mais notre conscience peut être encore voilée par les afflictions. Mais lorsque notre conscience est purifiée, que l'on enlève les poussières de l'avidité, de la colère, de l'ignorance, alors elle est plus claire, et on peut voir mieux. C'est pour cela quel les hommes de science devraient aussi être des pratiquants spirituels pour réussir. Les hommes de science ne peuvent pas utiliser seulement leur mental, leur intellect, ils doivent utiliser aussi leur coeur. D'après Thay, la vision de l'inter-être est une vision très scientifique. Avec la vue juste, l'action diminue la souffrance et crée le bonheur, et c'est pour cela que la vision profonde est très importante dans l'éthique. La souffrance et le bonheur inter-sont eux aussi. Dans le bonheur, il y a la souffrance, et dans la souffrance, il y a le bonheur, les deux inter-sont. L'un fait l'autre. Peut-être que dans les autres traditions, il ne font pas très attention à cette vision, mais dans le bouddhisme, c'est quelque chose de très important. La réalité des choses transcende toute notion de bon, de mauvais, de bien, de mal, de juste, de non-juste. Tout cela est relatif, a une valeur relative.


Domaine ultime, domaine des humains

Il y a deux domaines: le domaine de l'ultime, et le domaine des humais. Parce qu'il y a le monde des humains, il y a la souffrance, le bonheur, on établit ce qui est juste, ce qui n'est pas juste, ce qui est bon, ce qui est mauvais, et tout cela est utile, mais cela a une valeur seulement relative, il ne faut pas s'y accrocher, il ne faut pas s'y attacher. Le bon, le mauvais, le bien, le mal, tout cela n'a qu'une valeur relative. Ceci est très important, parce que lorsque vous arrivez au domaine de l'ultime, de la dimension ultime, il n'y a plus le bon, le mauvais, le bien et le mal, le juste et le faux. Ce que l'on appelle nirvana transcende toutes les notions, d'être, de non-être, de bon, de mauvais. Le nirvana n'est pas bon, il n'est pas mauvais non plus. Bon et mauvais, se sont des pensées, des notions que l'on utilise dans le monde des humains, mais le nirvana transcende tous ces concepts, comme l'idée du haut et du bas. Le haut, c'est le haut de quoi? Et le bas, c'est le bas par rapport à quoi? Nous sommes ici, en France, notre tête vers le haut, et nous pensons qu'en bas, c'est le bas. Au Vietnam, en ce moment, ils sont à l'envers. Alors ce que l'on considère comme haut, c'est le bas pour eux. Le haut et le bas ne s'appliquent pas dans le cosmos, cela s'applique seulement sur la Terre. C'est pour cela qu'il ne faut pas s'attacher aux idées de haut et de bas. Le corps du Dharma est pareil. Le corps du Dharma est pur. Non, c'est faux de dire cela. Le corps du Dharma n'est ni pur, ni impur. C'est faux de dire que le corps du Dharma est souillé, bien sûr que c'est faux, mais même quand on dit qu'il est pur, c'est faux aussi. On a demandé à un maître Zen : 'Qu'est-ce que le corps du Dharma?', il il a répondu que c'est la bouse, c'est l'excrément, c'est l'urine des vaches. Et ce que Thay veut dire, c'est que que vous soyez religieux, théologiens, hindouistes, juifs ou chrétiens, il faut savoir que notre vision sur le cosmos peut toujours avancer. On peut quitter la vue classique, la vue ancienne pour avoir une nouvelle vue. Nous pouvons faire avancer notre tradition pour qu'elle s'approche des sciences. Le Dalaï-Lama a dit la même chose: 'Si je vois quelque chose dans le bouddhisme opposé aux sciences, je suis prêt à l'abandonner', et c'est ça le non-attachement aux vues, c'est le courage de lâcher-prise de tout ce qu'on découvre comme faux, et c'est l'attitude bouddhique.


Les libertés de Gandhi

Le premier Octobre 2008, à New-Delhi, en Inde, Thay a donné une conférence en mémoire de Gandhi, et Thay a tiré un extrait des paroles de Gandhi. Il a dit que dans sa recherche de la vérité, il a abandonné beaucoup d'idées pour, et il a appris beaucoup de nouvelles choses. Cela montre que Gandhi ne s'attachait pas aux vues. Il n'était pas bouddhiste, il était hindouiste, et dans cette tradition, il y a aussi cet esprit de pratique. Si nous sommes chrétiens ou juifs, nous pouvons avoir aussi cette attitude, nous pouvons lâcher prise des connaissances que nous avons eues pour fait d'autres découvertes, de nouvelles découvertes.


'I am not at all concerned with appearing to be consistent. In my search after Truth I have discarded many ideas and learnt many new things. Old as I am in age, I have no feeling that I have ceased to grow inwardly or that my growth will stop at the dissolution of the flesh.'


'Dans ma quête de la vérité, j'ai abandonné beaucoup d'idées et appris beaucoup de choses nouvelles. Vieux comme je le suis, je n'ai pas le sentiment d'avoir cessé de grandir à l'intérieur ou que ma croissance s'arrêtera à la dissolution de la chair.'


Cela prouve que Gandhi ne s'attachait pas à l'annihilation, c'est à dire la vue qu'après la décomposition du corps, plus rien n'existe. En revanche, il a dit qu'après la décomposition du corps, il continuerait à apprendre pour grandir, pour lâcher prise des connaissances anciennes afin de faire d'autres découvertes. Donc, il est libre de l'annihilation, et cette phrase montre que premièrement, il a la capacité de lâcher prise des vues, et que deuxièmement il a la capacité de transcender l'annihilation. Beaucoup d'hommes de science s'y attachent encore. Même s'ils sont scientifiques, ils s'y attachent. Ce sont deux choses très importantes, et Gandhi en est libre. Il a la capacité de lâcher prise des connaissances et la liberté face à l'annihilation.


Le deuxième entraînement à la pleine conscience

Il faut avancer un petit peu. Il faut parler du deuxième entraînement. Même si nous travaillons encore le premier, il faut parler du deuxième, parce que nous avons seulement trois mois. Le deuxième entraînement, c'est le partage avec ceux qui ont besoin. On ne vole pas, on ne s'approprie pas. Le deuxième entraînement doit aussi contenir la vision profonde de l'inter-être, et quand vous le présentez, il faut le présenter en sorte qu'il y ait la vision profonde de l'inter-être, la vision que la souffrance de l'autre est ma propre souffrance, que la destruction de l'environnement est ma propre destruction, il faut que cela entre dans le deuxième entraînement. Le second entraînement, c'est ne pas voler. On partage son temps et son énergie, ses ressources avec les autres. Et donc, l'objet de cet entraînement, c'est la transformation de l'avidité. Le premier, la protection de la vie, transforme aussi l'avidité. C'est parce que l'on est avide que l'on tue, que l'on envahit les autres pays. On désire les ressources naturelles de ce pays, et on l'envahit. On désire toujours plus consommer. Donc le premier entraînement répond à l'avidité, et le deuxième entraînement aussi. À cause de l'avidité, on veut voler, on veut s'approprier. Parce que l'on veut devenir riche, on détruit l'environnement, et donc l'objet de cette avidité est la richesse, le matériel. Et le troisième entraînement traite aussi du désir, mais du désir de sexe. Donc, les cinq entraînements répondent à l'avidité, transforment l'avidité, et ils cherchent aussi à transformer l'aversion, parce que quand on tue, il y a aussi l'aversion. Et aussi l'ignorance, parce c'est par manque de vision profonde de l'inter-être que l'on tue, que l'on vole. Donc, les cinq entraînements inter-sont, et si l'on pratique parfaitement l'un des cinq, on pratique aussi les autres. Donc, quand on va présenter le deuxième entraînement, ne pas voler, partager son temps, son énergie, et sa richesse avec les autres, il faut introduire la vision profonde de l'inter-être. La personne que l'on veut voler est nous-même, et cette ressource naturelle, cet environnement que l'on est en train d'exploiter et de polluer est nous-même, nous sommes l'environnement. Il faut voir cela pour pouvoir pratiquer profondément cet entraînement, pour que celui qui lit cet entraînement voit cette vision profonde de l'inter-être entre soi et autrui. Pour que cet entraînement soit correct, il faut qu'il contienne la vision de l'inter-être. On peut par exemple dire 'La souffrance de l'autre est liée à ma propre souffrance. Je pense que je dois être riche pour être heureux, mais ma richesse ne peut pas se construire sur la pauvreté des autres. Je fais le voeu de regarder profondément pour voir que la bonheur et la souffrance de l'autre est lié à mon propre bonheur et ma propre souffrance.' Le bonheur et la paix seraient impossibles sans la compréhension et l'amour. Il y en a qui croient qu'il faut la richesse, la popularité, le pouvoir et le sexe pour être heureux, il y en a beaucoup qui pensent comme ça, et donc il faut montrer par cet entraînement que sans amour et sans compréhension, on ne peut jamais être heureux. Même si vous avez beaucoup d'argent, beaucoup de pouvoir, beaucoup de renommée, vous pouvez souffrir beaucoup, vous pouvez avoir envie de vous suicider. L'amour et la compréhension sont le fondement du bonheur, et nous devrions aller dans cette direction, sans courir derrière la richesse, la renommée, etc... Le vrai bonheur et la paix seraient impossibles sans amour et compréhension. Une fois que j'arrive à générer la compréhension et l'amour, je peux aider moi-même et les autres à surmonter les difficultés, les angoisses, et je peux créer le bonheur. Et il faut aussi introduire l'idée que je suis l'environnement, l'environnement est moi-même. Le bonheur est notre but. On ne peut pas trouver le bonheur dans la richesse, dans la popularité, dans le pouvoir. Le jour où on était à New-Delhi, Thay a aussi parlé de la vue de Gandhi sur le bonheur. C'est un extrait que Thay a lu:


« Nos ancêtres avaient compris cela et placé une limite à nos indulgences. Ils avaient remarqué que le bonheur était surtout une condition mentale. Un homme n'est pas nécessairement heureux parce qu'il est riche, ou malheureux parce qu'il est pauvre. On voit souvent que les riches sont malheureux et que les pauvres sont heureux. Des millions de personnes seront toujours pauvres. En observant ceci, nos ancêtres nous ont dissuadé du luxe et des plaisirs. »


S'il y a la compréhension et l'amour dans notre esprit, il y a le bonheur. Quelqu'un n'est pas forcément heureux parce qu'il est riche ou pauvre. Ce n'est pas forcément en étant riche qu'on est heureux, ou quand on est pauvre que l'on souffre. Parfois, il y en a qui vivent dans la simplicité, dans la pauvreté, et ils sont heureux aussi. Ils n'ont pas un grand salaire, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais ils sourient tout le temps, donc une personne riche n'est pas forcément heureuse, et une personne pauvre ne souffre pas forcément. Et nos ancêtres ont vu cela, et c'est pour cela qu'ils ont cherché à nous dissuader de suivre la direction des plaisirs sensuels, parce que ce chemin peut nous faire souffrir, et c'est une vision profonde commune dans la tradition chrétienne, dans la tradition juive, dans la tradition hindouiste.


Les trésors des Entraînements

Il faut montrer cette vision profonde dans ces entraînements. Une fois que vous avez reçu les cinq entraînements, il faut tout de suite les apprendre, et même un seul de ces entraînements est déjà comme un océan sans limites, et plus on l'approfondit, plus on voit comme il est immense. Et chaque entraînement est comme ça, chacun est aussi immense que l'océan. Un retraitant a écrit à Thay: 'Je dois rentrer mardi, et je regrette beaucoup, parce que je suis venu ici et je voudrais recevoir les cinq entraînements, est-ce que vous pouvez faire quelque chose pour que je puisse les recevoir avant mardi?' Thay a donné cette lettre à un frère pour savoir s'il pouvait organiser une cérémonie de transmission pour lui demain matin, avant son départ, et il a été d'accord. Avec amour, il y aura cinq, ou six frères, qui vont faire une cérémonie de transmission pour lui. Ces entraînements contiennent des trésors, et quand on a les entraînements, on a tout, parce qu'il y a les Trois Joyaux dans les entraînements, il y a le Bouddha, le Dharma, la Sangha, la pleine conscience, la concentration, la vision profonde. Quelqu'un qui pratique les entraînements est toujours protégé, il n'a à avoir peur de rien. Quelqu'un qui a le corps des préceptes, des entraînements à la pleine conscience, est toujours protégé par les Trois Joyaux, et nous tous, nous devrions rechercher, solliciter les entraînements. Il y en a d'autres qui restent ici jusqu'à la fin de la retraite de trois mois, et ils pourront recevoir les entraînements pendant les grandes cérémonies d'ordination, en janvier.


(cloche)


Enseignement donné le 14 Décembre 2008 en vietnamien, transcrit par Pháp Thân d'après la traduction française.