Inter-être

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(cloche)

Chère Sangha, nous sommes le 7 Décembre de l'an 2008, nous sommes au Temple du Nuage du Dharma au Hameau Nouveau pendant la retraite d'hiver de l'an 2008-2009.


Reconnaître et accepter la souffrance

Chacun d'entre nous a la graine du talent, de l'amour et du bonheur, et si ces graines sont reconnues et arrosées par nous-même et par les autres autour de nous, nous serons heureux et nous pourrons rendre les autres heureux. Mais chacun d'entre nous a aussi des graines de souffrance, des difficultés, dans le corps et dans l'esprit. Il faut prendre le temps de nous assoir pour reconnaître notre souffrance, nos difficultés dans notre corps et dans notre esprit. Il faut reconnaître la présence de ces souffrances, de ces douleurs, de ces difficultés, il faut les appeler par leur vrai nom. C'est très important. Il ne faut pas les fuir, il ne faut pas les ignorer, les négliger, comme si ces souffrances n'existaient pas, comme si ces faiblesses, ces difficultés n'étaient pas là. Il ne faut pas faire comme si elles n'existaient pas. Il faut admettre leur présence, il faut les appeler par leur vrai nom, il faut les reconnaître et les accepter. Peut-être que ces difficultés, ces souffrances, ont été transmises par nos parents. Peut-être que ce sont des souffrances, ces difficultés ont été transmises par nos ancêtres. Maintenant, nous avons la chance d'avoir rencontré le Dharma et les pratiques, et nous pouvons transformer ces souffrances pour nos parents, pour nos ancêtres, pour nos grand-parents. Une fois que nous pouvons appeler le nom de nos souffrances et de nos difficultés, nous nous sentons beaucoup mieux. Si nous ne les acceptons pas, nous souffrons. Une fois que nous les appelons par leur vrai nom, une fois que nous les acceptons, nous nous sentons beaucoup mieux et nous pouvons aller plus loin. Si nous les fuyons, ne les acceptons pas, nous n'aurons pas la chance de les transformer. Et nous pouvons aussi voir les souffrances des autres. La souffrance des autres affecte aussi notre bonheur, et c'est pour ça qu'il faut regarder profondément et voir les souffrances, les difficultés, les faiblesses des autres. Et il faut trouver les causes de ces souffrances, de ces difficultés. Une fois que nous les trouvons, nous pouvons les accepter, et une fois acceptées, naturellement nous souffrons moins et nous pouvons aider les autres à se transformer aussi. Nous acceptons les autres tels qu'ils sont, nous n'attendons rien d'eux, nous les acceptons. Ce principe peut être appliqué pour nous-même et pour les autres. Premièrement, nous acceptons la souffrance, les difficultés, les faiblesses en nous-même. Nous nous réconcilions avec elles: 'oui c'est bon, ça va', nous nous souvenons que ces souffrances et ces difficultés peuvent être transmises par nos parents, nos grand-parents, nos ancêtres, et nous les acceptons toutes, et nous pouvons regarder profondément pour voir leurs racines. Une fois que nous voyons leur racines, nous les acceptons plus facilement. Nous nous acceptons d'abord, ensuite nous pourrons accepter les autres. Les autres ont leurs souffrances, leurs difficultés, ils ont causé la souffrance à eux-même et à nous. Il faut regarder et voir ce qui est négatif chez les autres, et nous méditons, nous contemplons, pour en voir la racine. Peut-être que l'autre personne ne veut pas faire ou dire cela, mais elle le fait parce que ses souffrances, ses difficultés, lui ont été transmises par les autres générations. Cette personne est simplement victime et elle ne peut pas faire autrement, et elle cause la souffrance à elle-même et à nous. En comprenant cela, nous pouvons l'accepter et nous souffrons beaucoup moins. Notre façon de la regarder, de lui parler, est plus compatissante, est plus acceptante, l'autre personne souffre beaucoup moins. Nous l'acceptons telle qu'elle est, sans attente, sans demande, et grâce à cette acceptation, nous pouvons nous transformer et nous pouvons aussi transformer l'autre personne. Nous pouvons écrire une lettre à nous-même à propos de nous, nous pouvons partager nos souffrances et nos difficultés à l'autre personne, nous pouvons lui écrire les causes, les racines de notre souffrance et de nos difficultés, et quand nous réussissons à faire cela pour nous-même, nous pouvons aider l'autre personne à contempler pour reconnaître sa souffrance et ses difficultés, pour trouver les causes de ces difficultés et de cette souffrance. Et l'autre personne sera en paix, nous pourrons l'aider. Il ne faut pas lui causer de pression, nous l'aidons simplement dans la contemplation. Les psychothérapeutes ont le rôle d'aider à reconnaître la souffrance, les douleurs de leurs clients, ils ont la capacité de les aider à reconnaître les causes et les racines de leurs souffrances et les deux travaillent en même temps, les deux travaillent ensemble. Le malade doit travailler aussi et le psychothérapeute travaille aussi, les deux travaillent ensemble pour aider la personne à voir sa souffrance, ces douleurs, et la racine, les causes de sa souffrance, et les deux font exactement comme les pratiquants, c'est-à-dire qu'ils admettent la première vérité, la présence de la souffrance, et puis ils cherchent la cause de cette souffrance, qui est la deuxième vérité. Les deux pratiquent les Quatre Nobles Vérités sans le savoir. Les médecins pratiquent aussi les Quatre Nobles Vérités, parce que c'est aussi une méthode médicale: reconnaître le mal-être, trouver les causes du mal-être, et une fois qu'on les trouve, on connaît le chemin, le chemin de la pratique, le chemin de la guérison.


(cloche)

La souffrance et le bonheur

Lorsque nous regardons profondément et attentivement la nature de la souffrance pour en comprendre la racine, nous commençons à avoir une vision profonde, une vision qu'on appelle la vue juste, et avec cette vue juste, nous ne faisons plus de reproches à la terre, au ciel, aux autres, parce que nous avons vu l'origine de la souffrance. Et cette vision profonde, cette vue juste, est d'abord la vision profonde sur les Quatre Nobles Vérités comme principe de guérison. En regardant profondément, nous découvrons aussi la nature de l'inter-être des choses, et à ce moment-là, nous voyons clairement que la souffrance inter-est avec le bonheur, parce que sans souffrance, il n'y aurait pas le bonheur, et sans le bonheur il n'y aurait pas de souffrance. Et une fois qu'on voit la nature de l'inter-être de la souffrance et du bonheur, notre comportement change. La souffrance joue un certain rôle dans la construction du bonheur, comme la boue joue un certain rôle dans la création des lotus, et ceux qui n'ont jamais souffert ne connaissent pas le bonheur. C'est pour cela que l'on peut parler de l'utilité de la souffrance, des bienfaits de la souffrance. Nous pouvons apprendre beaucoup de la souffrance. C'est grâce à cela que nous avons une compréhension, un amour, et c'est cette compréhension et ce bonheur qui créent le bonheur véritable. Une personne qui n'a pas de compréhension et d'amour ne peut pas être heureuse. Comprendre signifie d'abord comprendre la souffrance, l'origine de la souffrance, la contemplation des Quatre Nobles Vérités, ce qui mène au bonheur. Personne ne veut la souffrance, tout le monde a la tendance de fuir la souffrance, mais la vérité est que la souffrance nous apprend beaucoup. Parmi nous, il y en a qui ont traversé la souffrance et qui ont la capacité de comprendre et d'aimer les autres. Il ne faut pas avoir peur de la souffrance, il faut faire face à la souffrance, l'embrasser et la regarder profondément et on trouvera le bonheur. Et ce regard, cette vision s'appelle la vision non-dualiste, la vision de l'inter-être. En regardant le lotus, on voit la boue, parce que sans la boue, il n'y aurait pas le lotus. Dans la boue, il y a les futurs lotus. Et cette vision de l'inter-être nous aide à voir la vérité de la non-dualité. Cette vérité de la non-dualité est présente dans tous les phénomènes, comme le gauche et le droit, le bon et le mal, le vrai et le faux, le bon et le mauvais. Si entre la souffrance et le bonheur il y a la relation de l'inter-être, alors il y a la même chose entre le bon et le mal, le vrai et le faux. En regardant ceci, on voit cela, en regardant le gauche, on voit le droit, en regardant le haut, on voit le bas, lorsqu'on regarde la souffrance, on voit le bonheur. C'est la vérité. Et cela nous aide à avoir une vision plus transcendante, une vue plus juste. La vue juste transcende toute vue fausse, et c'est un processus de pratique. Lorsque nous sommes emprisonnés dans l'idée qu'il faut fuir la souffrance et trouver le bonheur, c'est la vue dualiste: la souffrance est une chose et le bonheur est une autre chose. Mais si nous savons que le bonheur et la souffrance inter-sont, nous pouvons voir le bonheur même dans la souffrance. Il faut trouver le nirvana même dans le monde de la naissance et de la mort, on trouve la dimension ultime même dans la dimension historique, et on n'a plus l'attitude de fuir.


Le doigt et la lune

Lorsque nous somme emprisonnés dans la vue de la permanence, le Bouddha nous offre un outil pour nous libérer de cette vue, et cet outil est l'enseignement de l'impermanence. La vue de l'impermanence sert à nous guérir, à nous traiter, sert à traiter la vue de la permanence comme la vue du non-soi sert à traiter la vue du soi. Mais la vue du non-soi est aussi une vue, et la vue de l'impermanence est aussi une vue, et si nous sommes emprisonnés dans une vue, qu'elle soit l'impermanence ou le non-soi, nous n'atteignons pas encore la vue juste. Par rapport à la permanence, l'impermanence est une vue juste. Par rapport à l'impermanence, la permanence est une vue fausse, mais l'impermanence est encore une vue. Il faut chercher à transcender cette vue, parce que selon l'esprit bouddhique, la vraie vue juste est une vue qui transcende toute vue. Comme cette horloge, nous pouvons la voir de plusieurs côtés: ceci est une horloge, ceci est aussi une horloge, mais rien n'est vraiment horloge, il faut transcender ces six vues pour voir vraiment l'horloge. C'est la vérité. La vue de la permanence est une vue fausse, mais la vue de l'impermanence est aussi une vue fausse, parce que cela s'oppose à la permanence. La vue juste est de libérer à la fois de la permanence et de l'impermanence. Dans les soutra, le Bouddha a enseigné que ses enseignements concernant l'impermanence, le non-soi, le nirvana sont comme le doigt qui nous montre la lune. Ils ne sont pas la lune, et il faut suivre le doigt pour voir la lune, mais le doigt est seulement un moyen, comme les enseignements de l'impermanence, du non-soi, de l'interdépendance sont le doigt. Ils ne sont pas la lune, ceci est très important. Et les concepts du bon et du mal sont pareils: il y a le bon pour traiter le mal, mais il faut aussi transcender ce concept du bon. Une autre image utilisée dans les soutra, c'est l'image d'un radeau, dans le soutra de celui qui attrape le serpent, ou le soutra du diamant. Il est dit que les enseignements du Bouddha sont comme le radeau qui nous transporte jusqu'à l'autre rive, et l'important c'est d'arriver à l'autre rive, pas le radeau. Il ne faut pas nous attacher au radeau, et ce qui est offert comme les enseignements du non-soi, de l'impermanence, ne sont pas l'autre rive, ils sont des moyens pour nous aider à atteindre l'autre rive, et il ne faut pas nous y attacher. L'esprit bouddhique est le non-attachement aux vues: nous ne sommes emprisonnés dans aucune vue. Et c'est exactement pareil avec la science: lorsque nous avons une telle vue, une telle découverte, nous sommes contents, nous croyons que c'est la vérité absolue, mais lorsque nous sommes emprisonnés dans cette vérité absolue, nous ne pouvons plus avancer. C'est comme lorsque nous arrivons au quatrième barreau de l'échelle. Pour arriver au cinquième barreau, il faut le courage d'abandonner le quatrième, c'est ce qu'on appelle le lâcher-prise des vues.


Le marchand et son fils

Dans le soutra des cent paraboles, il y a l'histoire d'un marchant qui est parti en voyage. Pendant ce temps, son fils a été kidnappé par des bandits, et ces bandits ont brûlé sa maison. À son retour, le marchand voit que sa maison a été brûlée, que son fils a disparu, et dans sa panique, il a vu le cadavre d'un enfant brûlé par le feu, qui avait le même âge que son fils, et il a cru que c'était son fils mort par le feu, alors il a crié, hurlé, pleuré, et puis finalement, il a ramassé les cendres de l'enfant pour les mettre dans un petit sac de soie, tout en croyant que c'était les cendres de son fils, mais en fait, son fils a été kidnappé par les bandits. Et comme il adorait son fils, il a porté ce petit sac sur lui partout où il allait, même pendant le repas, pendant son travail, et quand il allait au lit aussi. Ceci est l'attitude des personnes qui sont attachées au vues: quand ils trouvent quelque chose qu'ils considèrent comme vérité, ils s'y attachent. Et puis une nuit, son fils a été libéré par les bandits et il a retrouvé son chemin et est rentré chez lui. Il a frappé à la porte, et son père était sur son lit avec son petit sac, il pleurait. « C'est moi, papa! » Et le père ne le croyait pas: « Ce n'est pas vrai, vas-t'en, mon fils est mort depuis longtemps, vas-t-en! » Et il ne voulait pas ouvrir la porte, parce qu'il était tellement sûr que son fils était déjà mort, et comme il n'ouvrait pas la porte, finalement son fils est reparti. Après avoir raconté cette histoire, le Bouddha a fait une conclusion: il y en a qui sont tellement attachés à une vue qu'ils considèrent comme vérité que quand la vraie vérité vient frapper à leur porte, ils n'ouvrent pas leur porte. C'est ça l'attachement aux vues, et c'est pour cela que dans entraînements à la pleine conscience, la pratique la plus importante est celle du non-attachement aux vues, même si c'est la vue de l'impermanence, du non-soi, de l'interdépendance. Dans un soutra qui parle de la vacuité, il y a une très belle phrase. Le Bouddha sait qu'il y en a qui sont emprisonnés dans la vue de l'existence, et c'est pour cela que le Bouddha a enseigné les enseignements de la vacuité. Mais des personnes qui ont entendu ces enseignements se sont emprisonnés dans cette vue de la vacuité, et c'est pour cela que le Bouddha a dit qu'il vaut mieux s'attacher à la vue de l'être que de s'attacher à la vue de la vacuité, parce que quand vous êtes attachés à la vue de l'être, vous avez encore une chance avec l'enseignement de la vacuité qui peut encore vous libérer, mais quand vous êtes emprisonnés dans la vue de la vacuité, vous n'avez aucune chance.


La dialectique de Nagarjuna

Dans toute vue, il y a une petite partie d'erreur, et la théorie de Hegel est très proche au bouddhisme: quand nous avons une thèse, nous donnons une antithèse, et les deux se complémentent, les deux se combinent, pour mener à une synthèse. Il faut utiliser l'antithèse pour améliorer la thèse afin d'aboutir à une synthèse. Dans notre Sangha, quand nous discutons sur un sujet, il y en a qui donnent l'idée A, et il y en a d'autres qui disent que A n'est pas parfaite, et ils offrent une autre idée B, et A peut être opposé à B, et si nous votons, nous votons soit pour A, soit pour B, mais la vérité, c'est que nous pouvons combiner A et B pour arriver à une synthèse qui est C, et tout le monde dans la Sangha sera heureux. Pour y arriver, il faut une discussion, il faut combiner toutes les idées pour aboutir à une idée C, et tout le monde, quand on arrive à C, sera content. Et peut-être qu'une personne dans la Sangha n'est pas d'accord avec C, parce qu'il y a aussi des failles dans C, et cette personne donne une autre antithèse qui est D, alors la Sangha devrait combiner C et D pour arriver à E. Dans le bouddhisme, au début, il y a l'impermanence, et puis on donne l'antithèse de l'impermanence, mais l'impermanence est aussi une vue, c'est pour cela qu'il faut la transcender. Karl Max, en étudiant Hegel, a accepté que c'était une philosophie très belle , mais Karl Max a dit que la philosophie de Hegel est upside-down, est à l'envers, et c'est pour cela qu'il a proposé le marxisme. Dans le bouddhisme, on utilise beaucoup la dialectique, comme dans le shastra sur la voie du milieu. Nous avons des idées, des vues, et nous pouvons nous y attacher, nous pouvons y être emprisonnés, par exemple être emprisonnés par la vue de la naissance. En ce qui concerne les phénomènes, il y a la naissance et la mort, mais dans la dimension ultime, il n'y a ni naissance, ni mort. En ce qui concerne l'impermanence, le non-soi, il y a la naissance et la mort, mais en ce qui concerne le nirvana, il n'y a ni naissance ni mort. Comment faire, d'un côté on dit qu'il y a la naissance et la mort, et de l'autre côté on dit qu'il n'y en a pas, alors que ces deux vues sont bouddhiques? La dialectique de Nagarjuna nous aide à utiliser un langage partant du phénoménal pour arriver à l'ultime Avec la première phrase du premier chapitre, qui est le chapitre des conditions, Nagarjuna pose cette question: ce phénomène est né lui-même ou il est né à partir d'une autre chose? Là on parle de la création, de la naissance, par exemple des fleurs, de la cloche ou des nuages- La première question est la suivante: la fleur, le nuage, sont-ils nés eux-même ou à partir d'un autre? Cet univers est-il né lui-même ou à partir d'autre chose? Et la première phrase dit que les phénomènes ne sont ni nés par eux-même, ni par autre chose, ni les deux à la fois, ni sans cause. Donc il y quatre thèses: les phénomènes sont nés par eux-même, ou bien par autre chose, ou bien les deux à la fois, ou bien les phénomènes n'ont pas de cause, et la conclusion est qu'il n'y a pas de naissance, et il n'y a pas de création, et que la naissance est juste une idée. Dans le texte chinois, il y a six mots, mais ce passage est très profond, et petit à petit on regarde chaque mot, on lit chaque mot. Il est impossible pour les phénomènes d'être nés par eux-même ou par autre chose, ou les deux à la fois, ou sans cause, il est impossible que les phénomènes n'aient pas de cause, et la conclusion est qu'il n'y a pas de naissance. Au Village des Pruniers, nous avons appris plusieurs chapitres de ce shastra, mais maintenant les moines et les moniales ont tout oublié. Nous pouvons conclure qu'avec cet esprit, le bouddhisme est un processus de recherche, d'étude, un processus continuel de découverte. L'attitude d'un bouddhiste devrait être l'ouverture, et il ne faut nous attacher à aucune vue, parce qu'une fois que nous sommes attachés à une vue, nous devenons un dictateur fanatique, et quand nous avons cette attitude, nous pouvons commettre des erreurs, des crimes, comme la guerre, la tuerie, la violence. C'est pour cela que l'entraînement le plus important est l'entraînement au non-attachement aux vues. Quand nous utilisons une vue, il nous faut être très habile, et il ne faut pas la considérer comme la vérité absolue. Elle est seulement un moyen, un outil. C'est comme quand nous utilisons le radeau, il ne faut pas croire que le radeau est l'autre rive. Nous avons besoin du radeau, mais il n'est pas l'autre rive, nous avons besoin du doigt pour voir la lune, mais il ne faut jamais le prendre pour la lune, c'est cela le plus important. Le premier entraînement à la pleine conscience des quatorze est le non-attachement aux vues, et il faut faire en sorte d'introduire cet élément dans le premier entraînement des cinq entraînements, parce que quand on est violent, quand on hait, quand on tue, c'est parce qu'on est emprisonnés dans une vue.


La vue d'annihilation

L'autre jour, nous avons présenté une vue chrétienne et une vue judaïque de l'univers. Ensuite, nous avons parlé de la vue scientifique et nous avons vu clairement que les deux vues, la vue religieuse et la vue scientifique ont besoin d'avancer. Par exemple, avec la vue scientifique de Bertrand Russel, tout est fini après la décomposition de l'univers, mais ce n'est pas vrai, parce qu'il n'y a rien qui disparaît. Relisons le passage de Bertrand Russell: Les causes de l'apparition des humains n'ont pas prévu où les humains irons et ce qu'ils feront. La racine des humains, le développement des humains, les espoirs, les angoisses, leurs croyances ne sont que le fruit des frottements au hasard des électrons. Mais pour le christianisme, cette phrase nie la croyance que Dieu est le créateur de cet univers. Nous pouvons prendre la croyance religieuse de la création de l'univers comme une thèse et la vue scientifique comme une antithèse. La racine des humains, leur développement, leur espoir, leur angoisse et leur croyance ne sont que le fruit du frottement au hasard des électrons, mais les religieux disent qu'il y a un but, un programme, qu'il n'y a pas de hasard, mais ici il dit que la vie apparaît comme un hasard, sans programme, sans but, et qu'il n'y a que la loi de l'évolution de la vie qui est basée sur le hasard. Et qu'a dit le Bouddha? Le Bouddha ne parle pas de Créateur, le Bouddha ne parle non plus du hasard. Dans les enseignements de l'inter-être et de l'interdépendance, tout a une cause, et surtout selon le karma, tout ce que nous faisons, disons, pensons, crée une énergie, et cette énergie prend son chemin, et c'est cette énergie qui fait se manifester la vie dans tous ses aspects, et ce n'est pas le hasard. « Il n'y a aucune flamme, aucune doctrine, aucune pensée, aucune sensation profonde capable de maintenir l'existence des humains après la décomposition de leur corps. » Ici, c'est la vue de l'annihilation, le contraire de la vue de la permanence. La vue de la permanence dit qu'après la mort, les humains seront toujours là, qu'ils iront soit au paradis, soit en enfer. Mais les hommes de science disent le contraire: après la décomposition du corps, il n'y a plus rien. Donc, d'un côté, c'est la vue de la permanence, et de l'autre côté c'est la vue d'annihilation, d'un côté c'est une thèse, de l'autre côté c'est une antithèse. Mais il y a d'autres hommes de science qui disent le contraire: rien ne se crée, rien ne se perd. Le Dharma explique que notre personne crée tous les jours l'énergie. Nos pensées sont une énergie, nos paroles, nos actions sont toutes des énergies, et ces énergies prennent leur chemin, et lorsque ce corps se décompose, ces énergies des pensées, des paroles, des actions sont toujours là, c'est notre continuation. Si l'on dit qu'il ne reste plus rien après la décomposition de ce corps, c'est une vue fausse, comme si l'on dit que quand un nuage se transforme en pluie, alors il disparaît, il n'existe plus. Ce n'est pas vrai. Même si l'on dit que c'est scientifique, cette vue n'est pas vraiment scientifique. Mais les vues scientifiques sont aussi en progression, et si les hommes de science prennent l'attitude du non-attachement aux vues, ils feront beaucoup de progrès, et c'est pareil pour les bouddhistes. Donc, selon Bertrand Russell, il n'y a ni but ni programme, la vie est le résultat du frottement au hasard des électrons, et après la mort il n'y a plus rien. Mais cette vue est totalement opposée à la vue religieuse. On l'appelle vue scientifique mais ce n'est pas sûr que c'est la vérité. « Toutes les dures labeurs de tant de générations, toutes les vénérations, toutes les inspirations, et toutes les gloires des talents, des capacités des humains s'éteindront parfaitement avec la mort de l'univers, et tout le temple des réalisations des humains sera complètement enfoui sous la destruction de cet univers. » C'est une vue très pessimiste. La destruction de cet univers peut être le début de la création d'un autre univers. Nous savons que lorsque les étoiles dans le ciel se décomposent, leurs poussières peuvent aboutir à la naissance des humains, parce que sans cela, il n'y aurait pas les humains. Les humains sont la continuation des étoiles, nous sommes faits des étoiles, c'est pour cela que la mort des étoiles ont aidé à la création des humains, à la naissance des humains. Et en ce qui concerne l'échelle du temps et de l'espace sans limite, nous ne pouvons pas dire comme a dit Bertrand Russell. Il faut regarder très loin, très profondément pour ne pas nous emprisonner dans la vue d'annihilation. Ici, dans ce texte, c'est la vue d'annihilation.


Inter-être

Thay a écrit quelques lignes pour proposer une vue bouddhique. Peut-être qu'il y a des hommes de science qui ne sont pas d'accord, mais il faut se réunir pour une discussion. On peut dire que c'est une vue bouddhique sur l'univers:

Le sujet et l'objet de la perception se manifestent à partir de la conscience selon le principe de l'inter-être. Les humains sont présents dans toutes choses, et toute chose est présente dans les humains.

Lorsque nous voyons, entendons, percevons, il y a la formation mentale 'perception'. Et cette perception a une partie 'sujet de la perception' et une autre partie 'objet de la perception'. Tous ce que nous voyons, tout ce que nous percevons, comme les étoiles, la lune, la montagne, la rivière, les humains, tout cela sont des objets de la perception. Et selon la vue bouddhique, les objets de la perception et les sujets de la perception inter-sont, les deux se manifestent en même temps, pas un seul ne se manifeste avant ou après, et c'est ce qui le plus difficile dans le bouddhisme.

Le sujet et l'objet de la perception se manifestent à partir de la conscience selon le principe de l'inter-être.

En général, nous croyons qu'il y a une perception objective et un monde subjectif, un à l'intérieur et l'autre à l'extérieur. À l'extérieur, c'est le monde objectif qui est indépendant de ce qui est à l'intérieur, de ce qui est subjectif, et cette vue, on l'appelle dans le bouddhisme 'la double-saisie'. Nous somme emprisonnés dans des paires, dans l'idée qu'il y a un monde indépendant à l'extérieur, et un autre monde indépendant à l'intérieur. Le plus important, c'est de transcender ces paires. Un exemple qu'on utilise est celui une pièce de monnaie, qui a un côté pile et un côté face, et les deux se manifestent en même temps: dès qu'il y a pile, il y a face, et les deux sont faits de la même matière qui est le métal. Maintenant, prenons cette feuille. Il y a deux côtés. Est-ce que c'est vrai que les deux côtés se manifestent en même temps, ou bien un côté existe-il en premier et l'autre côté après? Nous voyons très clairement que les deux côtés se manifestent simultanément. On ne peut pas dire que le côté gauche se manifeste en premier pour créer le côté droit. Non, les deux se manifestent en même temps, et leur nature est le papier. Donc le sujet et l'objet de la perception, tous les deux se manifestent à partir de la conscience, et la conscience est le papier et le sujet et l'objet sont les deux côtés. Le sujet et l'objet de la perception viennent tous de la conscience. Aujourd'hui, la physique quantique commence à voir cela. Ce qu'on appelle matière, c'est d'abord la conscience des humains.

Les humains sont présents dans toute chose, et toute chose est présente dans les humains.

Le soutra du diamant nous enseigne qu'il faut enlever la notion des humains et la notion des animaux, des plantes, des minéraux comme d'autres espèces. Dans la vue scientifique, les humains sont apparus très tard dans l'histoire de la vie, et ils sont nés à partir d'autre espèce. S'il n'y avait pas les minéraux, les végétaux et les animaux, il n'y aurait pas d'humains. C'est pour cela que quand les humains n'existaient pas encore, les humains existaient déjà sous d'autres formes, dans ces autres espèces, et quand les humains sont apparus, ces éléments, ces autres espèces y sont restés. C'est pour cela que dans les humains, il y a toute chose, et dans toute chose, il y a les humains. Nous n'avons pas encore d'enfants, mais nos enfants sont déjà en nous, il suffit d'un moment propice pour la manifestation de nos enfants. C'est la vue non-dualiste. Et lorsque que les humains voient qu'il sont toute autre espèce et que toutes les autres espèces sont eux-même, alors ils comprennent qu'il faut protéger l'environnement, et c'est l'écologie profonde. On peut atteindre l'écologie profonde seulement quand nous avons une vue non-dualiste. Chez les humains, il y a toutes les autres espèces, et dans toutes les autres espèces, il y a les humains. Dans la première phrase, il y a déjà l'inter-être. Sujet et objet inter-sont, les humains et les autres espèces inter-sont. En ce qui concerne le domaine de la forme, il semble qu'il y ait naissance et mort, mais dans le domaine ultime, il n'y en a pas. En premier, il y a la perception, et le sujet et l'objet de la perception inter-sont. Le sujet embrasse, le sujet contient l'objet et l'objet contient le sujet. Les humains et les autres espèces inter-sont. Les humains et la nature inter-sont, les humains et l'environnement inter-sont. Vous êtes l'environnement, c'est très clair dans le bouddhisme. Nos cinq agrégats sont notre personne, et ces cinq agrégats, notre personne, vivent dans l'environnement, et les deux sont des rétributions: rétributions du soi et rétribution de l'environnement.

Le nirvana et le monde des naissances et des morts inter-sont.

Nous parlons des trois sceaux du Dharma: l'impermanence, le non-soi et le nirvana. Le nirvana est la dimension ultime et l'impermanence et le non-soi font partie de la dimension historique, et les deux inter-sont. En regardant profondément le monde de l'impermanence et du non-soi, nous voyons le nirvana, et quand nous touchons le nirvana, nous pouvons toucher profondément l'impermanence et le non-soi, et les deux ne sont pas dualistes. Nous avons le premier sceau, le deuxième sceau, et le troisième sceau. Dans le nirvana, il n'y a ni naissance, ni mort, ni être, ni non-être, mais dans la dimension historique, il y a la naissance et la mort, et les deux dimensions ne s'opposent pas, mais les deux s'embrassent et se contiennent.

Donc premièrement, c'est la perception, deuxièmement, c'est le monde des humains, et troisièmement, c'est l'ontologie. Nous avons vu seulement trois phrases, mais cela parle beaucoup de la vie bouddhique qui est l'inter-être. Premièrement, l'inter-être de l'objet de l'objet et du sujet de la perception. Deuxièmement, l'inter-être des humains et de son environnement, et troisièmement, l'inter-être de la dimension ultime et de la dimension historique.


Le monde que nous sommes

La conscience en mouvement, la conscience active s'appelle la conscience du karma. Ce qui est caractéristique du bouddhisme, c'est le karma, et c'est ce que nous produisons tous les jours. Lorsque nous produisons une pensée, c'est le karma, une pensée peut affecter notre corps, notre personne et notre monde, c'est quelque chose de vrai, de concret. Une pensée peut apporter le bonheur ou la souffrance, l'angoisse. Donc une pensée est une énergie. En tant qu'être humains, tous les jours nous produisons ce karma, c'est le karma des pensées. Et puis nos paroles aussi peuvent apporter le bonheur, la réconciliation, ou bien la division, la souffrance, alors c'est aussi une force, une énergie. Nous disons des mots gentils de pardon, et nous nous sentons bien et le monde se sent bien. Quand nous disons des mots méchants, nous souffrons et le monde souffre aussi, et c'est le karma des paroles. Et la troisième énergie, ce sont nos actions, ce que nous faisons avec notre corps. Nous pouvons créer la souffrance ou le bonheur. Donc les humains produisent leur karma tous les jours, et c'est leur karma qui les mènent au bonheur ou à la souffrance. C'est pour cela que le bouddhisme parle du karma, mais les autres religions et les sciences ne parlent pas du karma, et ce karma mène à la rétribution. Le bon karma mène à la bonne rétribution et le mauvais karma mène à la mauvaise rétribution. Et la rétribution a deux facettes: l'une est la rétribution du soi et l'autre est la rétribution de l'environnement. La rétribution du soi est nos cinq agrégats et la rétribution de l'environnement est notre environnement. Nous sommes nos cinq agrégats et nous sommes aussi notre environnement. Le nouveau livre de Thay s'intitule 'The world we have', Le monde que nous avons', et nos frères et soeurs à Deer Parc veulent organiser une retraire sur le thème 'The world we are', 'Le monde que nous sommes'. Et c'est encore mieux, parce que notre environnement est nous-même, c'est encore mieux que le monde que nous avons, le monde que nous sommes, c'est l'inter-être. Et la rétribution du soi et la rétribution de l'environnement inter-sont. Les deux s'embrassent, les deux se contiennent. Tout fonctionne selon la loi de l'interdépendance, de l'inter-être, mais il y a aussi le libre arbitre, nous avons toujours la capacité de changer notre karma. Lorsque nous nous réunissons au Village des Pruniers, nous avons notre karma collectif. Nous sommes ici ensemble, c'est notre karma collectif, c'est parce que nous voulons pratiquer, nous voulons transformer notre souffrance. Et le karma collectif est fait du karma individuel, et le karma individuel crée le karma collectif. Donc le collectif et l'individuel inter-sont. Dans l'individuel, nous voyons le collectif, et dans le collectif, nous voyons l'individuel. Sans l'individuel, il n'y aurait pas de collectif. Et le karma inter-est aussi. Il y a l'inter-être des cinq agrégats et de l'environnement, l'inter-être de l'individuel et du collectif, l'inter-être du karma individuel et du karma collectif, mais il y a toujours le libre arbitre et nous avons la capacité de changer notre karma. Si nous avons la pleine conscience, la concentration juste et la vue juste, en prenant le chemin octuple, nous pouvons changer notre vie. Le bouddhisme admet le libre arbitre. Ainsi, nous expliquons pourquoi il y a la probabilité. Il y a un espace dans lequel nous pouvons commencer à changer, une marche de manoeuvre qui nous permet de changer. Au début, nous avons l'impression d'être victime, victime d'un filet du karma, mais en réalité, lorsque nous savons utiliser la pleine conscience, la concentration juste et la vue juste, nous commençons déjà à changer, c'est pour cela qu'il y a le libre arbitre. Et l'élément du hasard est là mais pas beaucoup, suffisamment pour que nous ayons assez de libre arbitre. Une seule action affecte le tout, et le tout affecte l'un. Notre sourire affecte le monde, et le monde affecte aussi l'un. L'inter-être de l'un et du tout. Et l'inter-être est aussi le non-soi, l'impermanence, la vacuité, le karma, le monde illimité. Avec la vue juste, l'action diminue la souffrance et crée la paix et le bonheur. La paix, le bonheur et la souffrance inter-sont aussi, et la vérité, la réalité, transcende toute notion du bon et du mal, du juste et du faux. Ce passage est seulement une proposition de la vue bouddhique concernant le cosmos, et l'éthique bouddhique peut s'appuyer, se fonder sur ce passage. Mais considérons toujours ce passage comme un doigt qui montre la lune ou le radeau qui nous aide à atteindre l'autre rive, il faut nous en souvenir.


Questions/Réponses

Est-ce que vous avez des questions? On a assez de temps pour quelques questions.

« Cher Thay, chère Sangha, merci beaucoup pour votre discours qui fait beaucoup bouger de choses en moi. J'ai l'aspiration de devenir moine, et pourtant j'ai aussi beaucoup envie de quitter ce lieu. Qu'est-ce qui me pousse à vouloir partir d'ici? Que me conseillez-vous pour ma pratique?
- Rester ou partir, cela ne fait pas de grande différence. Cela ne fait pas de différence si nous restons ou si nous partons, cela dépend de notre façon de nous comporter. Avec notre comportement, c'est la même chose si nous restons ou si nous partons. Si nous avons envie d'apprendre, de découvrir, alors c'est bien de rester, c'est bien aussi de partir. Donc, la question, ce n'est pas rester ou partir. Rester ou ne pas rester, ce n'est pas la question. La question, c'est apprendre à regarder, à regarder vos sensations, vos perceptions, vos émotions. Nous devrions nous entraîner à reconnaître nos sensations, nos émotions, nos perceptions pour comprendre, et une fois que nous comprenons, naturellement, nous avons la vue juste, et la vue juste nous montrera le chemin. Une Sangha comme le Village des Pruniers n'est qu'une condition favorable pour nous. Nous pouvons utiliser ces conditions pour faire ce que nous avons envie de faire, c'est-à-dire contempler, regarder profondément. Peut-être que notre hésitation, notre recul, notre confusion, sont le résultat de plusieurs vues, ou bien d'habitudes que nous avons depuis longtemps, ou bien d'habitudes transmises par nos ancêtres. Ce sont tous des objets de notre contemplation. Les frères, les moines, peuvent nous aider à reconnaître ces habitudes, ces hésitations, cette confusion. Permettons-nous de rester ici pendant quelques mois, et puis peut-être qu'avec les mérites de nos ancêtres, un jour nous serons bien imprégnés par le dharma. L'important, c'est de ne pas nous attacher aux vues, de ne pas avoir de préconceptions. Il faut laisser la chance, il faut laisser toutes choses nous arriver. D'autres questions? Aujourd'hui, c'est l'anniversaire d'un frère, il a vingt et un ans, chantons pour lui. (La Sangha chante 'Happy Birthday to you'.) Maintenant, on souffle la bougie? »

« Cher Thay, chère Sangha, je comprends intellectuellement ce que Thay a dit en ce qui concerne le sujet et l'objet de la perception, mais j'ai envie d'avoir une expérience plus profonde. J'ai beaucoup médité, et je me demande si je ne suis pas avide d'expérience, et si je ne devrais pas relâcher cette avidité d'expérience. Peut-être que j'ai soif de compréhension.
- Cela peut vous aider, nous pouvons contempler l'impermanence. Cette question concerne l'unité de l'objet et le sujet de la perception et comment atteindre cette unité. Nous pouvons contempler l'impermanence, parce que probablement, nous pensons au sujet comme quelque chose qui dure, qui est permanent, et l'objet comme quelque chose qui dure en permanence, mais en réalité, le sujet et l'objet de la perception se manifestent seulement en une seconde, c'est la vérité. C'est comme lorsque nous projetons un film: nous savons qu'un film est fait d'images séparées qui se rassemblent, qui se suivent, et quand ces images se succèdent sur l'écran, nous avons l'impression qu'il y a une personne qui marche, qui parle, qui sourit, mais en regardant profondément, on voit qu'il n'y a que des images séparées de cette personne. Et notre conscience est pareille. Plusieurs philosophes ont dit que notre conscience a la nature de la cinématographie, c'est-à-dire qu'elle apparaît comme un flash qui est sur l'écran. Ensuite, d'autres images se succèdent et cela nous donne l'impression qu'il y a quelque chose qui dure, que le sujet est quelque chose qui dure, et que l'objet est quelque chose qui dure, et quand nous sommes attachés à l'idée que le sujet et l'objet sont quelque chose qui dure, nous n'avons pas la chance de voir la nature de l'inter-être du sujet et de l'objet. C'est comme quand dans la nuit une personne qui se tient à peu près à dix mètres, et elle tient une torche allumée, et elle dessine un cercle très rapidement. De loin, nous avons l'impression qu'il y a un cercle de feu très réel, mais en réalité il n'y a pas un tel cercle, il y a juste une torche, mais le mouvement est tellement rapide qu'il nous donne une illusion. Si nous analysons ce cercle, on voit qu'il n'y a que des flammes qui se suivent, et la perception de ce monde est pareille: l'objet et le sujet apparaissent seulement en un millième de seconde, mais comme tous ces phénomènes se suivent, nous avons l'impression qu'ils durent. Tout ce que nous voyons, entendons, ou sentons, c'est comme ça. Si nous commençons notre contemplation sur l'impermanence, nous avons plus de chance. Nous avons des sensations, des émotions, des perceptions qui se suivent, et cela donne un courant continuel, et nous avons l'impression qu'il y a un soi qui se succède dans l'espace, mais en fait il n'y a que des secondes de sensations, d'émotions, c'est comme une rivière: nous avons l'impression que cette rivière est là depuis des mois, depuis des années, mais c'est juste une illusion, parce qu'en une demi-seconde, la rivière n'est plus la même. L'eau que nous avons vue n'est plus là, elle a coulé. C'est pour cela que la contemplation de l'impermanence nous aide à voir les choses plus clairement. Nous comprenons que la rivière est impermanente et non-soi. Et avec la contemplation de l'impermanence d'une personne, nous voyons une succession des cinq agrégats de cette personne, comme un courant, et pourtant, nous sommes attachés à cette image. Nous la détestons ou nous l'aimons, mais ce ne sont que des successions de forme, de sensations, de perceptions, etc... C'est pour cela que nous pratiquons le gatha 'Il n'y a pas de respireur, il n'y a pas de marcheur'. La façon de marcher et la façon de respirer est tellement bénéfique, cela nous fait tellement du bien, et c'est pour cela que nous reconnaissons que cette façon de marcher et de respirer est le Bouddha. Il n'y a que la respiration, il n'y a que la marche, il n'y a pas de respireur, il n'y a pas de marcheur, et c'est une ligne très profonde dans ce gatha. La science d'aujourd'hui cherche aussi à monter cette pente, la pente de la non-dualité, mais on ne sait pas si les sciences réussiront. Il y a des preuves et des découvertes qui nous donnent des signes, qui nous montrent que les sciences sont en train de monter cette pente, comme le sujet et l'objet de la perception de la mécanique quantique. Les hommes de science commencent à voir ça. Cet objet que nous voyons est aussi nous-même. Dans le livre Winnie l'Ourson, il y a une histoire très amusante. Ce matin, il neige, et l'ourson sort, il fait un tour sur la neige, et puis il voit des traces de pied d'une espèce d'animal. 'Mais c'est étrange, qui est venu avant moi et qui a fait un tour?' Et l'ourson a peur, et il fait un autre tour pour chercher cet animal, et après le deuxième tour :'Il y a deux animaux maintenant, et ces deux animaux peuvent être très dangereux'. Et l'ourson a très peur, mais grâce à Christopher, il y a compris que ce sont ses propres empreintes de pied. Un anglais, Eddington, un homme de science très renommé a exprimé la même idée, pour dire que le sujet et l'objet sont un. Et si les hommes de science méditent, ils vont transcender facilement la dualité. Ce siècle, ce 21ème siècle peut être un défi pour les hommes de science. Si les hommes de science utilisent seulement les outils et les mathématiques, ils ne vont pas réussir. Ils devront utiliser la méditation, la pleine conscience et la concentration pour réussir. »


(cloche)


Enseignement donné le 7 Décembre 2008 en vietnamien, transcrit par Pháp Thân d'après la traduction française.