Le Fondement de l'Éthique Bouddhique

(Télécharger le PDF)


L'arrêt

Si vous n'êtes pas arrêté, si vous n'êtes pas détendu, alors vous ne pouvez pas aller loin. La deuxième étape de la méditation, c'est le regard profond, la contemplation. Ici c'est arrêt, et là, c'est le regard profond. Arrêter pour vous détendre. En nous, il y a l'énergie de la course. Nous courons quelque part, nous voulons trouver quelque chose. Nous courons d'une vie à une autre. Nous sommes incapables de nous arrêter, et c'est pour cela que nous ne sommes pas détendus, et si nous ne sommes pas détendus, nous ne pouvons pas être heureux, nous ne pouvons pas être calmes. Lorsque vous venez ici, au Village des Pruniers, vous devriez maîtriser la pratique de la respiration consciente. En inspirant, vous vous arrêter. Vous arrêtez cette course et vous vous sentez détendus, en paix, heureux Lorsque vous marchez, à chaque pas vous pouvez vous arrêter, même si vous êtes en train d'aller, vous vous arrêtez en même temps, parce qu'à chaque pas vous êtes en contact avec la vie, les merveilles de la vie, et chaque pas peut vous aider à vous arrêter, à vous détendre. En respirant, en marchant, vous faites la relaxation totale et étant détendu, vous êtes nourris, vous êtes guéris. Il suffit de respirer et de marcher de façon saine. Pendant la méditation assise aussi, vous utilisez votre respiration, vous vous arrêtez complètement. La méditation assise est une chance, et pendant cette pratique vous utilisez votre corps et votre esprit pour contrôler la situation, pour être maître de vous-même. Vous êtes maître de votre corps et de votre esprit, vous vous arrêtez. Faire la méditation assise signifie d'abord vous arrêter, dans une position confortable. Si vous combattez, faites des efforts pendant la méditation assise, alors vous n'êtes pas détendu. Dans la méditation assise, vous devriez tout relâcher, et vous utilisez la respiration pour relâcher. Vous pouvez pratiquer le sutra de la pleine conscience de la respiration. En inspirant: 'Je suis conscient de ce corps, de mon corps, j'utilise mon esprit pour rentrer partout dans mon corps'.


Le corps plein d'esprit

C'est comme si nous laissions des haricots s'imprégner dans de l'eau. Nous ramenons notre esprit dans notre corps pour qu'il y soit bien imprégné. C'est l'esprit dans le corps, l'esprit qui revient au corps. Le corps embrasse l'esprit, et dans le corps, il y a l'esprit. À ce moment là, notre corps est un corps en pleine conscience, ce n'est plus un cadavre mais c'est un corps vivant, une réalité vivante, parce que l'esprit est bien imprégné dans le corps, dans chaque cellule du corps. Le corps est plein d'esprit. Mindfull body, la pleine conscience du corps, signifie le corps plein d'esprit. Pendant la méditation assise, notre corps est plein d'esprit et notre esprit est plein de corps, et c'est pareil pendant la marche méditative, et quand le corps et l'esprit sont parfaitement unis, nous sommes vraiment vivants, nous vivons pleinement, profondément. La méditation est une pratique, lorsque nous pratiquons la méditation, nous sommes heureux. Le bonheur commence avec l'arrêt, la relaxation. Sans l'arrêt, sans la relaxation, on ne peut pas être heureux. C'est la joie de la méditation, le bonheur du Zen, et un pratiquant devrait se nourrir quotidiennement de cette joie de la méditation, de ce bonheur de la méditation. La joie de la méditation comme la nourriture quotidienne. Lorsque nous offrons du riz au Bouddha, nous chantons ce vers: 'Que tous les êtres vivants profitent de la nourriture de la méditation, de la joie du Dharma'. Tous les jours, nous avons faim. Il ne faut pas vous laisser affamés, et il ne faut pas laisser vos amis, vos visiteurs, affamés. Il ne faut pas laisser la Sangha et les visiteurs affamés. Et lorsque nous avons cette joie, quand nous nous sommes arrêtés, nous pouvons regarder profondément les choses pour avoir une vision profonde. Alors samatha, c'est l'arrêt, et vipassana, c'est le regard profond. Il faut bien pratiquer l'arrêt. Pendant la méditation assise, nous pouvons pratiquer l'exercice donné par le Bouddha: 'En inspirant, je suis conscient de mon corps.' Alors l'esprit entre dans le corps et le corps entre dans l'esprit. Nous avons l'esprit dans le corps et le corps plein d'esprit. C'est super! 'En expirant, je suis conscient de tout mon corps.' Et nous respirons comme ça, tout en laissant l'esprit entrer dans le corps et le corps entrer dans l'esprit. En inspirant, je laisse mon corps se détendre. Toute la tension, toute la pression s'en vont, et naturellement, nous sommes détendus, et cette détente apporte la nourriture et la guérison. Tout le monde a de la pression, a de la tension dans le corps, et le Bouddha nous a appris une façon très efficace, une technique de base pour nous détendre. Lorsque nous parlons de la souffrance comme une vérité, lorsque nous appelons la souffrance par son nom, nous parlons de la tension, nous ne parlons pas de la pauvreté, de la faim, nous parlons de la tension. Pendant la marche méditative, c'est pareil. Nous allons, nous marchons de façon que nous nous arrêtions à chaque pas. Et chaque pas nous permet de nous détendre. Nous ne courons pas, c'est comme si nous nous promenions dans la Terre Pure. Même si le chemin est long, nous nous promenons en liberté. Et si le chemin est long, c'est encore mieux, parce que comme ça nous avons plus de chance pour nous promener. Et nous ne pouvons pas laisser affamés les retraitants qui viennent ici. Même si nous ne sommes pas enseignants du Dharma, nous jouons tout de même ce rôle. Nous sommes monastiques, nous sommes laïques résidant au village. Même si nous ne sommes pas enseignants du Dharma, nous devrions aider toutes les personnes qui viennent ici, parce que nous sommes nourris tous les jours, nous sommes nourris des aliments de la méditation, et à toute personne qui vient, nous devrions lui offrir cette nourriture, l'aider à respirer et à marcher en pleine conscience. Pendant la méditation assise, pendant une demi-heure ou trois-quarts d'heure, nous devrions être maîtres de nous-même, laisser notre corps se détendre, sinon ce serait une perte. C'est très précieux. Dans la vie, dans la société, les gens riches ont de l'argent pour s'assoir tranquillement, pour se reposer, mais il y en a plein qui ne savent pas comment s'assoir, comment se reposer. C'est pour cela qu'il faut nous entraîner, parce que s'assoir comme ça, c'est très nourrissant, très guérissant.


Préceptes, pleine conscience

Une fois que nous avons bien pratiqué l'arrêt, nous avons la pleine conscience et la concentration. L'arrêt a besoin de la pleine conscience et de la concentration. Pleine conscience signifie savoir ce qui se passe, ce qui est là. Par exemple, avec la pleine conscience de la respiration, quand j'inspire, quand j'expire, je sais que j'inspire, que j'expire. C'est ça la pleine conscience de la respiration. Et lorsque nous marchons, nous savons que nous marchons, nous savons que nous faisons des pas, c'est ça la pleine conscience de la marche. Et en prenant du thé, si nous savons que nous prenons du thé, c'est la pleine conscience du thé. Et en nous brossant les dents, nous savons que nous nous brossons les dents, nous le faisons dans le bonheur, alors c'est la pleine conscience du brossage des dents. Et en urinant, nous pouvons pratiquer la pleine conscience de l'urinage. Et à chaque instant de notre vie quotidienne, nous pouvons pratiquer la pleine conscience. Nous sommes présent à chaque instant de notre vie quotidienne, nous savons ce que nous faisons, ce qui se passe, et c'est la pratique de base, et c'est aussi le fondement de l'éthique bouddhique, la pleine conscience. Dans le bouddhisme, on parle des trois pratiques pour arriver à la libération, les trois entraînements: les préceptes, la concentration et la vision profonde. Les préceptes sont sila, la concentration est samadhi, la vision profonde est prajna. La pratique des préceptes mène à la concentration et lorsque la pratique des préceptes et de la concentration sont bien fortes, nous avons la vision profonde et nous sommes libérés. Les préceptes, sila, sont traduits par les érudits comme moralité. Mais au Village des Pruniers, nous ne traduisons pas 'précepte' par 'moralité' mais par 'entraînements à la pleine conscience'. Donc les trois entraînements ne sont pas préceptes, concentration et vision profonde, mais ils sont plutôt pleine conscience, concentration et vision profonde. Smirti, samadhi, et prajna. Parfois on parle des préceptes dans les trois entraînements et parfois on parle de la pleine conscience. Il y a quarante ou cinquante ans, Thay a découvert que les préceptes sont pleine conscience. On peut décrire les trois entraînements comme précepte, concentration et vision profonde ou pleine conscience, concentration et vision profonde. La pleine conscience signifie être conscient de se qui se passe. Par exemple, il y a la tension et nous savons qu'il y a la tension: 'En inspirant, je suis conscient de la tension dans mon corps, en expirant, je relâche la tension dans mon corps'. Premièrement, nous reconnaissons la présence de la tension, c'est à dire de la souffrance, du mal-être, et si nous avons beaucoup de concentration, alors naturellement, nous sommes centrés, nous sommes focalisés, et nous focalisons toute notre attention dans cette vérité, la première vérité: le mal-être, la souffrance. Ensuite nous trouverons la deuxième vérité, la cause de la souffrance, c'est-à-dire la pression quotidienne. La pleine conscience nous aide à reconnaître le mal-être et elle nous aide à voir l'origine du mal-être. Dans notre vie quotidienne, nous nous dépêchons, nous courons, nous ne somme pas détendus, il y a la tension, et la pleine conscience combinée à la concentration mène à la vision profonde, c'est-à-dire que nous comprenons l'origine du mal-être, de la tension, et nous ne voulons plus cette tension, nous voulons l'absence de la tension, nous voulons la présence de la relaxation, c'est ça la cessation du mal-être. Et il faut faire quelque chose, et c'est ça le chemin, l'exercice que nous venons d'apprendre: 'En inspirant, je suis conscient de mon corps, en expirant, je relâche la tension dans mon corps; je me suis arrêté et je relâche toute tension dans mon corps.' C'est pour ça que cette pleine conscience est le bout du fil. Grâce à la pleine conscience, il y a la concentration, et grâce à la concentration, il y a la vision profonde, et grâce à ces trois éléments, nous voyons la vraie nature des Quatre Nobles Vérités. Au début, c'est seulement la pleine conscience, mais quand elle est forte et solide, il y a la concentration et la vision profonde en elle. C'est pour cela que nous ne traduisons pas pleine conscience comme 'moralité' mais comme 'entraînement à la pleine conscience'. Quand nous pratiquons la pleine conscience, cela signifie que nous pratiquons les préceptes, les entraînements à la pleine conscience, la moralité. Dans le bouddhisme, la pleine conscience est le fondement de l'éthique, c'est le bout du fil qui commence tout. Nous savons ce que nous faisons et nous savons ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire, c'est ça la signification des préceptes, des entraînements à la pleine conscience. C'est ça l'éthique, c'est le code de vision profonde qui nous montre ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire pour ne pas souffrir.


(cloche)

Vision profonde

Peut-être que dans l'histoire bouddhique, il y avait beaucoup de patriarches, beaucoup de maîtres qui ont trouvé que 'préceptes' signifiait 'pleine conscience', et que les trois entraînements pouvaient être appelés préceptes, concentration et vision profonde, ou pleine conscience, concentration et vision profonde. Mais peut-être que Thay est le premier à l'expliquer clairement. Nous savons que la pleine conscience porte en elle la concentration. Si la pleine conscience est solide, la concentration est là. Et puis il y a la vision profonde. Et dans le domaine de l'éthique, la vision profonde est en premier lieu une vision premièrement des quatre vérités. Nous venons de prendre un exemple: la tension. La tension est une vérité, et la seconde vérité, c'est le mode de vie quotidien, avec beaucoup de pression, de soucis; cette tension peut se terminer, la relaxation est possible, et il y a des pratiques qui mènent à la relaxation, qui mettent fin à la tension. Alors cette vision est la vision profonde. Et c'est très important, parce que sans vision profonde, on ne connaît pas le chemin de la pratique. La vision profonde est une vue juste. Pleine conscience juste, concentration juste et vue juste. La vision profonde est la vue juste. Avec la vue juste, nous avons la pensée juste, nous n'avons pas d'idées fausses, et une fois que nous avons la pensée juste, nous avons la parole juste, c'est-à-dire que nous parlons correctement, nous ne causons pas de souffrances à nous et aux autres par nos paroles. Une fois que nous avons la vue juste, nous avons aussi l'action juste, nous agissons correctement, en pleine conscience. Pensée, parole, actions correctes sans causer de souffrances grâce à la vue juste. Et une fois que nous avons la vision profonde, nous avons un moyen d'existence, une profession qui ne cause pas la souffrance, qui ne détruit pas l'environnement et les autres, et c'est ça le moyen d'existence juste. Nous sommes actifs, nous voulons réussir, et nos efforts vont dans la bonne direction. Nous sommes diligents, et cette diligence ne vise pas à satisfaire la popularité, l'argent, le sexe, mais le bonheur, notre propre bonheur et le bonheur des autres. Voilà la diligence juste.


Le fondement de l'éthique bouddhique

Et le Noble Chemin Octuple nous offre huit pratiques juste, et il peut être considéré comme le fondement de l'éthique bouddhique. Nous venons d'avoir une vue générale de la pleine conscience, de la vue juste. Si nous regardons l'ensemble, nous voyons que cette éthique n'est pas seulement réservée aux moines et aux moniales, ces enseignements ne sont pas seulement réservés aux moines et aux moniales pour qu'ils atteignent le nirvana, délaissant les personnes dans la société. Non, ce n'est pas ça, la raison. Parmi ces huit pratiques, il y a les moyens d'existence justes, c'est-à-dire une profession, une carrière juste, en accord avec le Dharma. Le Noble Chemin Octuple n'est pas réservé aux moines et aux moniales qui vivent dans la montagne, il est destiné aux personnes qui vivent dans la société. Dans la société, nous devons être en contact avec les autres personnes, les autres espèces, et c'est pour cela que nos actions ne devraient pas causer de destruction, nos paroles ne devraient pas causer de difficultés, et il est très clair que le chemin octuple est réservé aux gens qui vivent dans la société et non pas aux gens qui vivent dans la montagne. Ce Noble Chemin Octuple est le fondement d'une éthique sociale, et nous comprenons ici que le bouddhisme est toujours très engagé, engagé dans la vie, dans la société. Nous voyons que l'origine du bouddhisme se trouve ici, dans ces enseignements. Ce n'est pas quelque chose de nouveau qui vient d'apparaître il y a une quarantaine d'années. La parole juste et les moyens d'existence justes suffisent à montrer que le chemin octuple est réservé à la société et non pas aux personnes qui abandonnent la vie, qui se cachent dans la montagne. C'est pour cela que nous sommes convaincus que le Noble Chemin Octuple est le fondement d'une éthique pour toute une société. Le bouddhisme engagé se trouve bien dans ces enseignements. Pour avoir le regard profond, dans le bouddhisme, il faut utiliser l'énergie de la pleine conscience et de la concentration, et l'objet de la pleine conscience et de la concentration est d'abord la souffrance, les difficultés, les problèmes dans la vie. Le bouddhisme ne donne pas la priorité à l'observation des étoiles, du cosmos, à savoir d'où vient ce monde, d'où vient et où ira cet univers, qui a créé ce cosmos. Le bouddhisme ne va pas dans cette direction, il nous ramène à la situation actuelle pour reconnaître la souffrance actuelle, pour la transformer afin d'atteindre la libération, la paix, le bonheur. C'est pour cela que l'éthique bouddhique est très pratique, et lorsque nous ramenons notre esprit à notre corps pour regarder profondément la vérité de la souffrance, en même temps nous découvrons qu'il y a le bonheur. Nous découvrons aussi que le bonheur et la souffrance ont tous des origines. Et nous découvrons que les quatre vérités inter-sont, qu'elles sont inséparables, interdépendantes. C'est pour cela que cette vision profonde est le fondement de l'éthique bouddhique. Et comment faire pour avoir la vision profonde? Pour avoir la vision profonde, il faut la pleine conscience et la concentration. Et une fois que nous avons la vision profonde, nos pensées sont justes, nos paroles sont justes, nos actions sont justes, nos moyens d'existence sont justes, notre diligence est juste et nous sommes heureux, nous ne souffrons plus. C'est pour cela que le Noble Chemin Octuple commence avec la vue juste. Et la vue juste est la vue de l'inter-être, de l'interdépendance, c'est-à-dire que ceci, tout ça se trouve dans l'un, ceci est aussi cela, et nous devrions atteindre cette vue. Et avec cette pratique, nous pourrons aller plus loin dans les sept autres pratiques.


La graine et le plant

Par exemple, lorsque nous regardons un plant de maïs, nous voyons les graines de maïs, et nous voyons que le plant ainsi que les graines ne se trouvent pas à l'extérieur les uns des autres mais qu'ils se trouvent à l'intérieur les uns des autres. Dans la retraite organisée au début de cette année en Italie, Thay a donné a chaque retraitant, qu'il soit âgé, ou jeune, ou enfant, une graine de maïs. Thay a demandé à son intendant d'aller acheter deux paquets de graines de maïs, il y avait huit-cent retraitants et on leur a donné à chacun une graine, et je leur ai demandé que quand ils rentrent chez eux, ils plantent cette graine dans un pot, l'arrosent, et une fois qu'elle pousse, germe, pousse en un plant de maïs, ils lui demandent: 'Cher plant de maïs, est-ce que tu te souviens qu'autrefois tu étais une graine de maïs?', et après avoir posé la question il faut l'écouter attentivement, et si le plant oublie, il faut le lui rappeler, parce que c'est possible que le plant oublie, il peut être bien embarrassé: 'Moi, j'ai été graine? Mais non, je ne me souviens pas.' Il faut le lui rappeler: 'C'est moi qui t'ai planté, c'est moi qui t'ai ramené de la retraite, je t'ai mis dans ce pot, je t'ai arrosé et je t'ai vu germer, et doucement, une feuille est apparue, et puis une deuxième feuille, crois-moi, je te dis la vérité.' Nous sommes pareils, parfois nous sommes en colère avec notre père, notre mère, nous croyons qu'ils sont des réalités à l'extérieur de nous. Nous avons oublié que nous venons d'eux, que nous avons en nous notre père, notre mère, que quand nous faisons un pas, papa fait un pas, que quand nous sourions ,papa sourit. C'est ça la vue de l'inter-être, et avec cette vue, nous ne pouvons pas nous mettre en colère avec papa, avec maman. Si les islamistes et les hindouistes voient l'inter-être en eux, ils ne feront plus de discrimination. Si les Palestiniens et les Israéliens voient qu'ils sont frères et qu'ils ont la même racine, ils ne feront plus de discrimination et ne s'entretueront plus. Si nous voyons que nous sommes en eux et qu'ils sont en nous, que nous voyons l'inter-être, nous ne pouvons plus tuer l'autre personne. La vue de l'inter-être est la vue de base découverte par le Bouddha.


(cloche)

Non-soi, impermanence, interdépendance, vacuité

Les neurologistes posent la question: 'Notre cerveau et notre conscience sont-ils liés l'un à l'autre? La conscience est-elle née à partir du cerveau?' Il y a un sujet de la perception à l'intérieur, ici, et puis un objet de la perception à l'extérieur, là-bas. Il y a de telles questions, ce sont les soucis les plus importants des hommes de science d'aujourd'hui, des physiciens, dans la physique quantique, ainsi que des psychologues. Pour les hommes de science, cette question est très importante. Y a t-il une relation entre la conscience subjective et le monde objective à l'extérieur? La conscience et le cerveau sont-ils deux ou non? Est-ce que la conscience vient du cerveau? Depuis des centaines d'années, les sciences suivent le chemin dualiste, mais dans le bouddhisme, c'est très clair, nous avons appris l'autre jour le dharma, l'objet de l'esprit, le connaissable. Le dharma se trouve dans la conscience, la conscience se trouve dans le corps, les deux ne peuvent pas se séparer, il est impossible d'avoir un corps à l'extérieur de l'esprit et un esprit à l'extérieur du corps. C'est la vue non-dualiste, la vue de l'inter-être. Selon cette vue non dualiste, le cerveau et la conscience se contiennent: dans le cerveau, il y a la conscience, et dans la conscience, il y a le cerveau, comme dans le plant de maïs il y a la graine, et dans la graine il y a le plant, dans l'enfant il y a les parents, et dans les parents il y a les enfants. C'est la vue de l'inter-être, la vue non-dualiste. Dans le bouddhisme, nous avons plusieurs pratiques, beaucoup de contemplation: la contemplation de l'impermanence, la contemplation du non-être, la contemplation de l'interdépendance, la contemplation de la vacuité. Ce sont des enseignements très importants du bouddhisme, et ces contemplations inter-sont. Si nous réussissons dans une contemplation, nous comprenons toutes les autres; si nous contemplons l'impermanence et que nous réussissons, alors nous comprendrons aussi le non-soi, parce que le non-soi est aussi l'impermanence. L'impermanence concerne le temps et le non-soi concerne l'espace. Cette cloche est impermanente si on parle du temps et elle est non-soi si on parle d'espace. Elle n'a pas d'identité séparée, elle vient de tous les autres pour se former, pour apparaître. C'est pour cela que l'impermanence est le non-soi, et le non-soi est l'interdépendance: tous les phénomènes se manifestent à partir du rassemblement des conditions, comme les fleurs, le podium, les personnes, même les étoiles, elles se manifestent à partir du rassemblement, de la combinaison des conditions. Tout est condition, et c'est pour cela que tout est non-soi, et donc le non-soi est l'impermanence, et l'interdépendance est la vacuité. La vacuité signifie l'absence d'identité séparée. La graine de maïs ne peut pas exister séparément du plant de maïs, et le père ne pas être indépendant, séparé de l'enfant, comme le gauche et le droit: si j'enlève le gauche, le droit ne peut pas exister, le droit et le gauche inter-sont. Où il y a le gauche, il y a le droit; où il n'y a pas de gauche, il n'y a pas de droit. C'est pour cela que si vous êtes d'un parti de droite, alors ne cherchez pas à éliminer la gauche. Et c'est pareil pour le haut et le bas: sans le haut, il n'y aurait pas le bas, sans ceci, cela n'existerait pas. Et nous avons compris cela parce que nous avons ramené la pleine conscience pour contempler les Quatre Nobles Vérités, et nous comprenons que la souffrance et le bonheur inter-sont aussi.

Avec la vue de l'inter-être, nous n'avons pas besoin d'aller dans le cosmos pour contempler, nous contemplons simplement notre propre souffrance, et nous comprendrons tout. Tout est impermanent, non-soi, interdépendant, vide, mais quand nous utilisons le mot vide, vacuité, cela peut causer des malentendus. Il y en a qui croient que le bouddhisme enseigne l'annihilation. Le mot vacuité nous fait penser à non-être, et ça fait peur. Dans le bouddhisme, il y a beaucoup de contemplations, et nous pouvons utiliser notre pleine conscience et notre concentration pour se focaliser sur une contemplation, et si nous réussissons dans cette pratique, nous aurons la vision profonde. Cette contemplation peut être sur l'impermanence, ou le non-soi, ou l'interdépendance, ou la vacuité, ou l'inter-être, mais lorsque nous focalisons toute notre attention sur cette contemplation, nous atteignons la vision profonde, la vision de l'inter-être, et avec cette vision profonde, nous avons un fondement solide de l'éthique, un fondement solide, juste. Lorsque nous avons une vision pénétrante, une vision parfaite, ce qu'on peut appeler une vue de l'inter-être, ou non-dualiste, nous ne sommes plus emportés par des pensées erronées, par des vues erronées. La vue juste est le contraire de la vue erronée. La vue erronée va à l'encontre de l'impermanence, du non-soi, de l'interdépendance, de la vacuité, et lorsque nous avons la vue fausse, la vue erronée comme fondement, nos pensées sont fausses, nos paroles sont fausses, nos actions sont fausses et nous causons beaucoup de souffrance. C'est pour cela que nous sommes convaincus que la vue juste, la vision profonde, est le fondement d'une éthique juste. Mais cette vue juste, cette vision profonde, d'où vient-elle? Elle vient de notre regard profond. Dans le bouddhisme, c'est très clair, cette vue juste vient de la pleine conscience et de la concentration, elle ne vient pas d'un dieu. Grâce à la pleine conscience et à la concentration, nous observons la souffrance, l'origine de la souffrance, la cessation de la souffrance, le chemin et nous atteignons la vue de l'inter-être, la vue de l'impermanence, du non-soi, de l'interdépendance, de la vacuité et la vue non dualiste. C'est pour cela que nos patriarches ont bien dit que la vue juste, la vision profonde, est d'abord la vision profonde des Quatre Nobles Vérités, et à partir de là nous pouvons comprendre tout le cosmos. Nous n'avons pas besoin d'apprendre l'astrologie et nous pouvons comprendre la nature de tout le cosmos.


Aristote et la loi naturelle

Autrefois, il y avait les enseignements, la loi naturelle. Aristote a dit qu'il fallait poser des questions sur la nature et la fonction des choses: 'Qu'est-ce que c'est? De quoi cela est-il fait? Comment fabriquer cela? À quoi cela sert-il?' Ce sont les quatre questions posées par Aristote. Par exemple, un couteau. Il est fait en quoi? En fer. Pourquoi existe-t-il? Parce qu'un forgeron l'a fait. À quoi sert-il? À couper. Nous ne disons pas couper la viande, nous disons couper les légumes. Et tout dans ce monde est comme ça. Qu'est-ce que c'est? C'est une dent. De quoi est-ce fait? De calcium, d'os. D'où cela vient-il? On est né et puis ça pousse, et ça pousse naturellement. À quoi cela sert-il? À mâcher la nourriture. Et les yeux. À quoi servent-ils? À regarder, à voir. À quoi sert la langue? À goûter. Alors, pour tout ce qui est, il y a une cause dans ce monde, une cause d'existence, un but, une cause et un but, Aristote a vu que tout dans le cosmos a une cause et un but, une raison d'existence. Une cause d'existence et un but. Lorsque nous regardons une chose, nous trouvons sa raison d'existence et nous comprenons a quoi cela sert. Par exemple, le couteau, la dent ou les yeux. Et à partir de cela, à quoi servent les nuages? Le nuage fait la pluie. À quoi cela sert-il? À faire pousser la végétation. C'est le raisonnement. Et à quoi servent les plantes? C'est pour la nourriture des bovins. Et à quoi servent les bovins? À être mangé par les humains. Et à quoi cela sert-il de manger? Et on trouvera des réponses. Pourquoi les hommes existent sur cette Terre? Et on trouvera des réponses, c'est la loi naturelle, et Aristote a vraiment cru que la pluie servait à faire pousser la végétation, mais les sciences croient plutôt au hasard, à la sélection. Il y a des vues, et on ne sait pas si ce sont des vues justes ou des vues erronées, et quelle vue peut être le fondement de l'éthique. Les microbes ou les maladies, pourquoi existent-elles? Quelles sont les raisons d'existence des microbes et des maladies? Peut-être qu'Aristote ne trouvera pas de réponse, peut-être sera t-il dans l'embarras. Et quand il y a des tempêtes, des tsunamis, qui tuent, qui détruisent, des tremblements de terre ou des incendies, ou bien la sécheresse, alors à quoi cela sert-il? Il est difficile de répondre, et puis on tourne en rond. Peut-être est-ce Dieu qui utilise cela pour punir les hommes parce que les hommes n'ont pas vécu correctement. Alors les épidémies, c'est la punition de Dieu, et puis on tourne en rond, et la loi naturelle a des difficultés. Le christianisme dit que c'est Dieu qui a créé ce monde, et que Dieu a mis dans le coeur des choses des lois, et qu'en regardant les choses, nous voyons la volonté de Dieu. Le christianisme a enseigné que l'univers a été créé par un Dieu tout puissant et aimant pour en faire un lieu de refuge pour les humains. Les humains sont créés selon l'image de Dieu, et ces humains sont créés ainsi pour être ses enfants, et c'est pour cela que la présence de cet univers a une signification et un but, et cet univers est le lieu où réaliser le programme, le but de Dieu. C'est la vue des chrétiens, des juifs, et bien sûr, en se fondant sur cette vue, nous fondons une éthique, et dans cette éthique, ce sont les ordres de Dieu, c'est le commandement de Dieu le fondement de cette éthique. Dieu dit que ceci est correct, que cela est faux, qu'il faut faire ceci, qu'il faut faire cela. Donc l'éthique du christianisme et du judaïsme est basée sur le commandement de Dieu. Ceci est bon, cela est mauvais, c'est ce qu'il faut faire, c'est ce qu'il ne faut pas faire, il faut suivre le commandement de Dieu. C'est pour cela que les Dix Commandements de Dieu sont là.


Vues erronées, vues justes

Au contraire, les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience ne viennent pas du commandement du Bouddha, mais ils viennent de la vue du Bouddha comme de sa Sangha. Avec la pratique de la pleine conscience, nous sommes conscients de la souffrance causée par la destruction. C'est ça la pleine conscience. Conscients de la souffrance, conscients de la vue erronée, de la vue dualiste, de la discrimination, des soucis, de la colère, de l'angoisse, qui ont causé la tuerie, je fais le voeu d'abandonner les vues erronées pour suivre la vue juste. Je m'entraîne à regarder les choses avec la vue non-dualiste, la vue de l'inter-être afin de protéger la vie de tous les êtres, de tous les hommes et de toutes les espèces. Nous voyons que dans les Quatorze Entraînement à la Pleine Conscience, il y a des entraînements liés à la vision profonde, c'est-à-dire à la vue juste. Avec le premier entraînement, nous ne nous laissons pas tomber dans la vue erronée, nous ne nous attachons pas à une vue erronée, nous ne nous laissons pas emprisonner dans une vue, nous sommes prêts à abandonner les vues erronées Les quatorze entraînements contiennent des entraînements qui complètent les Cinq Entraînement à la Pleine Conscience. Lorsque nous parlons du premier entraînement, la protection de la vie, la non-tuerie, nous disons que nous sommes conscients de la souffrance causée par la tuerie, par la destruction de la vie. C'est la pleine conscience n'est-ce pas? C'est la première vérité, la souffrance. La destruction de la vie est l'origine de la souffrance. C'est la seconde vérité. Mais sous la lumière du Noble Chemin Octuple, l'origine de la souffrance n'est pas seulement la destruction de la vie. Cette destruction de la vie a lieu parce que nous n'avons pas la vue juste, nous ne voyons pas que l'autre est notre frère, qu'il est nous-même. C'est pour cela que nous devrions modifier le premier entraînement des Cinq Entraînements à la pleine conscience afin que le pratiquant puisse voir plus clairement. Si on tue, c'est parce qu'on a une vue erronée. On a une vue qui ne correspond pas à la vérité, c'est pour cela qu'il faut étudier le premier entraînement et les autres entraînements sous cette lumière. Dans cette retraite, nous allons corriger les entraînements pour que les cinq entraînements deviennent une contribution bouddhique à l'éthique planétaire. Nous sommes conscients de la souffrance causée par la destruction de la vie. À Bombay, trois ou quatre-cent personnes sont mortes. La souffrance est immense à cause de la destruction de la vie. Mais s'il y a cette destruction de la vie, c'est parce qu'ils veulent tuer, et cela vient des vues erronées. Parfois, nous croyons que les autres vont nous tuer, mais en fait ils n'ont pas envie de nous tuer, et nous avons peur, et avant qu'ils nous tuent, il faut que nous les tuions en premier. Cela vient de l'angoisse, et l'angoisse se trouve derrière la tuerie. Derrière la tuerie, peut-être y a t-il la discrimination, le racisme, la discrimination religieuse. En ce moment, le racisme est encore important, la discrimination religieuse est aussi très importante, et c'est la discrimination qui pousse les gens à tuer. Derrière la tuerie, peut-être y a t-il l'avidité. Nous voulons assez de pétrole pour tout le pays, pour toute la nation; nous voyons beaucoup de pétrole dans cette région-là, et si nous sommes maîtres de cette région, nous sommes plus sûrs. Put-être cela vient-il de l'angoisse et de l'avidité, et nous aboutissons à une guerre pour envahir cette région. Alors derrière cette tuerie, il y a quelque chose, peut-être la discrimination, ou l'angoisse, ou l'avidité, et surtout la vue erronée. La vue erronée, le contraire de la vue juste, de la vision profonde. Nous sommes conscients de la destruction de la vie dont l'origine est la vue non-dualiste, l'avidité, la discrimination. La vue dualiste mène à la discrimination, c'est pour cela que la vue juste est le vrai fondement de l'éthique, et cette vue juste vient du regard profond et non pas du commandement de Dieu. On dit que le Bouddha a créé des préceptes, mais en fait il a utilisé avec sa Sangha la pleine conscience pour regarder profondément afin de créer ces préceptes comme un moyen de gérer la souffrance, un moyen de faire face à la souffrance. Alors la racine de ces enseignements, c'est la pleine conscience créée, le fondement de l'éthique, et grâce à la pleine conscience et à la concentration, nous avons une vue juste, et cette vue juste est le fondement de la pratique, des actions. Nous savons ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Nous continuerons jeudi prochain, nous allons doucement. Les moines, les moniales, les pratiquants laïques, regardez profondément les Cinq Entraînement à la Pleine Conscience. Chacun de vous, chacune de vous, essayez de réécrire les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience pour qu'ils contiennent l'élément de la vue juste.


Enseignement donné le 30 Novembre 2008 en vietnamien, transcrit par Pháp Thân d'après la traduction française