Gratitude

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Gratitude

Dans la tradition chrétienne, nous sommes reconnaissant envers Dieu qui nous a mis au monde, nous a donné de la nourriture, des vêtements, tout ce dont nous avons besoin pour vivre. Mais dans la tradition bouddhiste, la gratitude se tourne d'abord vers nos parents, puis vers nos enseignants. Nos parents nous ont donné ce corps, et nos enseignants nous ont donné la vie spirituelle, la vision profonde. Ensuite, nous sommes reconnaissant envers nos amis, parce que ceux-ci nous guident, nous soutiennent, surtout dans les moments difficiles, et finalement notre gratitude se tourne vers tous les êtres, les êtres animés ainsi que les êtres inanimés. Nous sommes reconnaissants envers toutes les personnes, puis tous les animaux, tous les végétaux et tous les minéraux, parce que nous reconnaissons que nos ancêtres ne sont pas seulement les humains. Nous avons des ancêtres qui appartiennent à d'autres espèces, comme les animaux, les végétaux, et les minéraux, parce que dans l'histoire de la vie, les hommes sont apparus beaucoup plus tard, et avant nos ancêtres il y avait les minéraux, les végétaux et les animaux. C'est pour cela que notre gratitude ne se tourne pas seulement vers les humains, mais aussi vers les animaux, les végétaux, les minéraux, parce qu'avant d'être humains, nous étions des minéraux, des végétaux et des animaux. En Orient, on est reconnaissant envers le ciel et la terre. Le ciel nous enveloppe, nous protège, nous protège comme un parapluie. Le ciel est comme un parapluie qui nous protège, qui nous couvre. Et puis la terre nous porte, sans la terre nous tomberions dans l'espace. Donc en haut, il y a le ciel qui nous couvre, et en bas il y a la terre qui nous porte, c'est pour cela qu'en Orient il y a la gratitude envers le ciel et la terre. Et lorsque nous avons cette sagesse, nous ressentons de la reconnaissance pour tout ce que nous regardons. Lorsque nous voyons l'eau couler du robinet, nous ressentons de la gratitude envers l'eau, l'eau venant du haut de la montagne, ou du bas d'une source, qui coule merveilleusement et nous sommes toujours emplis de gratitude envers elle. Nous ressentons la gratitude envers la terre, l'air lorsque nous respirons. Nous avons aussi la gratitude envers le feu, parce que sans lui, il n'y aurait pas la vie. C'est pour cela que notre gratitude embrasse tous les êtres. Aux États-Unis, pendant Thanksgiving, les Américains mettent beaucoup de potirons, ce sont les cadeaux du ciel, de la terre, mais à travers ces cadeaux, nous devrions ressentir de la gratitude envers tous les êtres, non seulement nos parents, nos enseignants, nos amis, mais aussi tous les êtres, y inclus l'air, le ciel, la terre. Le potiron que nous voyons est un cadeau de la terre, de la planète Terre, mais sans le soleil, la terre ne pourrait pas produire un si grand potiron. C'est pour cela que les rayons du soleil, la lumière du soleil sont notre source de nourriture.


Le soleil est notre père, la terre est notre mère

Nous disons que notre père travaille pour nous élever, c'est vrai. Nous avons trois repas par jour grâce à notre père qui travaille si dur pour nous élever, et notre mère fait la couture pour nous donner des vêtements, mais en réalité, le ciel, le soleil et la terre sont notre père et notre mère, parce que sans le soleil, comment les plantes pousseraient-elles? Le soleil est notre père, et la terre est notre mère. En regardant profondément, nous voyons que tout est nos parents, comme le ruisseau ou l'arbre dans la cour. Sans cet arbre, comment aurions-nous l'oxygène pour respirer? C'est pour cela que nous avons de la gratitude envers tous les êtres. Thanksgiving signifie nous remercions tous ceux envers qui nous ressentons cette gratitude, et dans le bouddhisme, cet enseignement est très profond. Si nous regardons profondément, celui qui donne et celui qui reçoit ne sont pas deux réalités séparées. Celui qui donne est aussi celui qui reçoit, et celui qui reçoit est aussi celui qui donne. Par exemple, quand on dit que ce corps a été donné, mis au monde par nos parents, alors nous avons l'impression que nos parents sont une réalité différente et que nous sommes une autre réalité, mais en regardant profondément, nous comprenons que ce corps contient nos parents. Que nous donnent nos parents? Qu'est-ce qu'ils nous ont transmis? En regardant profondément, nous comprenons que nos parent nous ont transmis leur propre personne, leur propre corps. Dans notre corps, il y a la présence de nos parents. Les semences, les gènes sont tous là, et c'est pour cela que nos parents nous ont transmis eux-même, et c'est pour cela que quand nous recevons, nous voyons très clairement que l'objet de la réception et le récepteur font un, et c'est un enseignement très profond, c'est la vision non-dualiste très spéciale, très caractéristique du bouddhisme. Qu'est-ce que nos parents nous ont transmis? Ils nous ont transmis eux-même, c'est pour cela que l'objet transmis est aussi le transmetteur. J'ai mon père et ma mère, ils sont en moi. Mon père et ma mère ne sont pas à l'extérieur de moi, ils sont en moi. Alors que nous ont-ils transmis? Ils se sont transmis eux-même à l'enfant, c'est pour cela que l'enfant est aussi les parents, c'est la vue non-dualiste.


Dieu le Père et Dieu le Fils

Et si nos amis chrétiens regardent profondément, ils verront aussi que Dieu et nous, nous ne sommes pas deux réalités séparées. Dieu nous a transmis, et avec la vue dualiste, nous voyons que Dieu est une réalité complètement différente, et que nous sommes une réalité différente, mais avec la vue non-dualiste, nous voyons clairement que nous contenons Dieu. Il y a l'idée du créateur et de la créature. En regardant profondément la créature, nous voyons le créateur, il y a une relation entre les deux, parce que sans cette relation, comment le créateur pourrait-il créer une créature? Sans cette relation, comment le transmetteur pourrait-il transmettre? C'est pour cela que l'objet de la transmission et le sujet de la transmission sont un. Avec la vue non-dualiste, nous ne pouvons pas séparer l'objet de la transmission du sujet de la transmission. Nos amis chrétiens pourront contempler pour voir que Dieu le Père et Dieu le Fils ne sont pas deux réalités séparées. Dans Dieu le Fils, il y a Dieu le Père, parce que sinon Dieu le Fils ne peut pas être Dieu le Fils, c'est la vue non-dualiste, c'est la vue orientale qui ne sépare pas l'objet du sujet. Quand nous regardons nous-même, nous voyons notre père, notre mère, nos ancêtres, et c'est pareil, quand la créature regarde elle-même, elle voit le créateur en elle, et c'est seulement dans ce cas qu'il y a vraiment une communication entre elle et le créateur. Si le créateur est une réalité séparée de la créature, alors il n'y a pas de communication. Et dans la tradition chrétienne, il y a des mystiques, des pratiquants qui ont vu cela, grâce à la vue non-dualiste, et ils ne cherchent pas Dieu à l'extérieur d'eux. Et dans la Bible il y a aussi de tels enseignements. Dieu se trouve dans notre coeur et pas à l'extérieur. Le transmetteur est l'objet transmis, parce qu'il se transmet lui-même. Et puis il y a le récepteur, celui qui reçoit. Nous avons reçu ce corps transmis par nos parents, mais nous sommes aussi ce corps, nous recevons ce corps mais nous sommes aussi ce corps, c'est pour cela que le récepteur et l'objet transmis sont un. C'est pour cela que dans la transmission, il y a trois éléments: le transmetteur, l'objet transmis et le récepteur, et en regardant profondément on voit que les trois sont un. C'est la vacuité de la transmission, c'est à dire les trois n'ont pas d'identité séparée, les trois sont étroitement liés, pour exister. Sans un, les deux autres disparaissent. C'est pour cela qu'aujourd'hui, nous pouvons donner naissance à un sentiment de gratitude très profond, et si ce sentiment est profond ou non, c'est en dépendance de notre vision profonde. La vision profonde est la vision non-dualiste. Est-ce que nous voyons que la personne en qui nous sommes reconnaissant est nous-même? Soyons conscient que nous avons de la chance. Il faut regarder profondément. Grâce à la pratique, aujourd'hui, nous pouvons générer la vision profonde non-dualiste. Il suffit de regarder le potiron pour voir le soleil, la terre, nous-même, notre conscience dans le potiron, parce que le potiron est d'abord l'objet de la conscience.


Dharma

Dans le bouddhisme, il y a le terme 'dharma' et le mot dharma ne signifie pas les enseignements du Bouddha, dharma signifie simplement 'objet', 'phénomène', 'chose'. Par exemple, ce marqueur est un dharma, ces yeux sont des dharma, un potiron est un dharma, et tout est dharma. Et le mot 'dharma' dans le bouddhisme signifie l'objet de la conscience, l'objet de l'esprit. Nous avons six organes sensoriels: les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et le mental. Nous avons aussi les six objet des sens: l'image est l'objet des yeux, le son l'objet des oreilles, l'odeur l'objet du nez, le goût l'objet de la langue, l'objet tactile l'objet du corps, et qu'est-ce que l'objet du mental? C'est un dharma, alors le dharma, l'objet de l'esprit, est l'objet du mental, c'est pour cela que nous pouvons ici traduire 'dharma' comme 'le connaissable'. C'est à dire ce que nous percevons. Lorsque nous avons une perception, cette perception a deux parties. Une partie est le sujet, l'autre partie est l'objet, et ces deux se manifestent en même temps. Lorsque nous voyons, nous voyons toujours quelque chose, nous ne voyons pas sans objet de la vue. Quand nous entendons, nous entendons toujours quelque chose. Donc l'objet et le sujet se manifestent en même temps. Notre mental est pareil, lorsqu'il a un objet, nous avons une pensée, sans objet, nous n'avons pas de pensée. L'objet et le sujet se manifestent en même temps. Le sujet de la perception et l'objet de la perception se manifestent en même temps. C'est quelque chose de difficile à comprendre dans le bouddhisme, mais c'est quelque chose de fondamental, quelque chose de base. Dharma, c'est ça, le connaissable, c'est ça, c'est pour cela qu'il faut nous entraîner. Quand on regarde le potiron, il faut savoir tout de suite que c'est l'objet du mental, et dharma signifie l'objet du mental, l'objet de l'esprit. L'esprit et l'objet de l'esprit. Et l'objet de l'esprit ne peut pas se séparer de l'esprit, donc ici c'est aussi une question de non-dualisme, c'est à dire que le sujet de la perception et l'objet de la perception ne sont pas indépendants, ils sont complètement collés ensemble, comme le transmetteur et l'objet transmis ne sont pas deux choses séparées, et le récepteur et l'objet transmis ne sont pas deux réalités séparées. C'est difficile à comprendre, mais nous pouvons comprendre. Les scientifiques de la physique quantique d'aujourd'hui commencent à voir cela. Quand ils voient les objet de leurs recherches, comme les électrons, il y voient leur conscience, leur esprit.


(cloche)

L'obstacle le plus grand, c'est l'attachement aux concepts, aux idées, comme l'objet et le sujet de la perception étant deux choses indépendantes. Si nous sommes emprisonnés dans cette vue dualiste, si nous sommes emprisonnés dans la double saisie, la double prise, et il est très difficile de transcender. C'est seulement avec la contemplation, le regard profond que nous pouvons nous libérer de cet attachement, et en ce moment les hommes de science font beaucoup d'efforts pour transcender cette double prise: la croyance que l'objet de la perception et le sujet de la perception sont deux. Et c'est notre croyance en général, qu'il y a un sujet subjectif, et un objet objectif à l'extérieur, et c'est ça l'obstacle le plus grand. Alors, lorsque nous ressentons la gratitude, si nous nous disons que nos parents et nous sommes deux, ou bien que le créateur et la créature sont deux, alors nous nous trompons, nous sommes emprisonnés dans la double prise. Que l'objet et le sujet soient deux réalités séparées et indépendantes, deux réalités indépendantes, c'est ça la double prise. Que vous soyez libéré du cycle des naissances et des morts ou non dépend du fait que vous soyez libéré de la double prise ou non. Et la bonne traduction pour 'dharma', c'est 'le connaissable'. Dans la méditation, nous avons quatre objets. Premièrement, la contemplation du corps dans le corps, puis la contemplation des sensations dans les sensations, la contemplation de la conscience dans la conscience, et la contemplation du dharma dans le dharma. Ce sont les quatre établissements de la contemplation, et pour le quatrième établissement, nous traduisons en général dharma par objet de l'esprit. Il faut vous souvenir tout le temps que pháp, c'est l'objet de l'esprit. Il ne peut pas se séparer de l'esprit, et c'est toujours comme ça dans le bouddhisme, pháp, c'est l'objet de l'esprit, ce n'est pas une chose à l'extérieur de l'esprit, indépendante de l'esprit.


Plusieurs sortes de souffrance

L'autre jour, nous avons essayé d'appeler les noms de la vérité de la souffrance. Nous avons mentionné la tension, le stress, les soucis, l'anxiété, l'angoisse, la peur, la violence, la famille brisée, le divorce, le suicide, les guerres, le terrorisme, les conflits, la destruction de l'environnement, le réchauffement planétaire. Bien sûr, la liste est plus longue, mais en appelant les noms de la souffrance, nous parlons en premier lieu de la souffrance réelle dans notre coeur. En ce qui concerne les hommes politiques, les économistes, les révolutionnaires, ils disent qu'ils appellent leur souffrance la pauvreté, la maladie, le chômage, l'injustice sociale, l'esclavage, la discrimination, et ainsi de suite, nous pouvons en rajouter encore. Mais si les hommes politiques, les économistes, regardent profondément, ils verront que ces phénomènes de la maladie, de la pauvreté, du chômage, de l'injustice sociale, de l'esclavage et de la discrimination sont liés au stress, à l'angoisse, à la violence, etc... Par exemple, même s'il n'y avait pas la pauvreté, la maladie, le chômage, l'injustice sociale, il pourrait y avoir toujours le stress, la violence, la famille brisée, c'est pour cela que ces souffrances sont mêlées à d'autres souffrances, ces souffrances mènent à d'autres. Et quand nous n'avons pas de stress, ne sommes pas angoissés, violents, etc... et la maladie, le chômage diminuent. Donc cela dépend de notre vue que la vraie souffrance soit telle ou telle souffrance. Par exemple, quelqu'un lutte, fait des efforts pour avoir un emploi, une maison, de la nourriture, et la liberté, mais cette personne peut aussi avoir le stress, l'angoisse, la colère, et elle souffre aussi. C'est pour cela qu'il y a plusieurs sortes de souffrance, et quand nous parlons de la deuxième vérité, les causes de la souffrance, ou alors le chemin injuste, l'Ignoble Chemin Octuple, alors si nous n'avons pas la vue juste, la pensée juste, nous aurons telle ou telle souffrance.


La boue et le lotus

Maintenant, parlons de la cessation de la souffrance, c'est à dire l'absence de la souffrance. L'absence des ténèbres signifie la présence de la lumière, n'est-ce pas? Alors l'absence de la souffrance signifie la présence du bonheur, et le bonheur est d'abord le contraire du stress, c'est à dire la détente. Le contraire de l'anxiété, c'est ashoka, le contraire de l'angoisse, c'est la non-peur, abaya. Ashoka, c'est l'insousciance, et puis le contraire de la violence, c'est ahimsâ. Alors nous avons l'insouscience, la non-peur, la non-violence, et le contraire de la famille brisée, c'est la famille intacte, et ainsi de suite, c'est ça la cessation de la souffrance. Mais est-ce que le bonheur est là? Plus ou moins. C'est comme la souffrance est là plus ou moins. Nous reconnaissons la souffrance, mais cela ne signifie pas qu'il n'y a pas le bonheur. Quand nous disons qu'il n'y a pas la boue, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de lotus. Quand nous venons au Village des Pruniers, c'est pour nous entraîner à nous détendre. Tous les jours, nous allons à la méditation assise, nous vivons en pleine conscience, pour nous détendre. C'est pour cela que nous comprenons clairement que la détente et le stress sont là en même temps, mais la question est 'Qu'est-ce qu'il y a le plus?' Cela dépend de notre mode de vie si nous avons plus de détente ou plus de stress. En nous, il y a la boue et le lotus en même temps, le compost et la fleur en même temps, et les deux sont présents en même temps. Nous disons que la souffrance est une vérité, et le bonheur est aussi une vérité. Il y a la souffrance de la vie, mais il y a aussi le bonheur. Ce matin, nous avons eu la méditation assise ensemble, et j'ai ressenti le bonheur, c'est quelque chose de réel. C'est pour cela que quand nous parlons des Quatre Nobles Vérités, il faut en parler justement, nous ne pouvons pas dire que tout est souffrance. Nous disons 'La souffrance est présente, et le bonheur est aussi présent'. La question est 'Comment réduire la souffrance?', et si nous regardons profondément, nous voyons que la souffrance joue un rôle pour construire le bonheur. Si nous comparons Paris et Bagdad, nous voyons qu'il y a plus de paix à Paris que dans la capitale de l'Irak, n'est-ce pas? Nous n'avons pas peur d'être kidnappé à Paris, n'est-ce pas? Moins qu'à Bagdad, donc, il y a Bagdad, mais il y a aussi Paris. Donc, quand nous parlons de la souffrance, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas le bonheur. Il y a la souffrance, mais il y a aussi le bonheur, et l'éthique est un principe, une action pour réduire la souffrance et augmenter le bonheur, et on a pas besoin de neutraliser complètement la souffrance pour être heureux. Non. À sept heures, le matin, en hiver, même s'il fait noir dehors, on commence à voir le chemin quand même. À ce moment là, il y a les ténèbres, mais aussi un peu de lumière, il y a les deux à la fois. La souffrance et le bonheur sont la même chose, les deux sont interdépendants, et il faut voir les choses avec cette vue non-dualiste: sans cela, l'autre n'existerait pas. Et en voyant cela, nous avons la vision profonde bouddhique. Si nous disons qu'il n'y a que la souffrance dans la vie, alors ce n'est pas correct, et que seulement quand il n'y a plus de souffrance, il y a le bonheur, ce n'est pas correct.


Les cinq skanda

C'est pour cela que nous pouvons enlever les erreurs. La première erreur est que tout est souffrance. Le Bouddha ne voulait pas dire ça. Le Bouddha a dit simplement qu'il y avait la souffrance et qu'il fallait regarder profondément pour la transformer, le Bouddha n'a jamais dit que tout était souffrance. Parce que nous somme théologiens, en écoutant le Bouddha, nous cherchons à aider le Bouddha à démontrer que tout est souffrance pour démontrer que le Bouddha a raison. Mais au contraire, nous ne comprenons pas le Bouddha. Dans la sagesse de l'inter-être, ceci est fait par l'autre, et l'autre est fait par ceci. Ceci est parce que l'autre est. Et la souffrance et le bonheur sont pareils, ils inter-sont, ils sont comme le lotus et la boue. Sans boue, il n'y aurait pas de lotus, c'est pour cela que l'idée que tout est souffrance est une idée fausse. Reconnaître qu'il y a la souffrance est une chose, mais dire que tout est souffrance est une autre chose, il faut enlever cette erreur. Et la deuxième erreur est que c'est seulement quand il n'y a plus de souffrance que l'on peut être heureux. Ce n'est pas vrai. Il y a la souffrance dans la vie, mais avec la pratique, nous avons des moment très heureux, comme ce matin, nous avons eu une demi-heure pour faire la méditation assise sans rien faire, on était très heureux, très nourris, et c'était le bonheur. Donc, la deuxième erreur, c'est que c'est seulement quand la souffrance est complètement enlevée que nous somme heureux, ce n'est pas vrai. La souffrance est là, c'est une vérité, mais le bonheur est là aussi, à un certain degré, même s'il y en a peu. Donc ce n'est pas correct de dire que tout est souffrance, et ce n'est pas correct de dire que tout est joie. Si vous n'avez pas faim, vous n'avez pas d'appétit, n'est-ce pas? Il faut avoir faim pour être heureux avec la nourriture. Si votre estomac est toujours plein, vous ne serez pas heureux quand vous mangez. C'est pour cela qu'en regardant cet inter-être, nous voyons clairement que nous pouvons enlever le deuxième malentendu: seulement quand il n'y a plus du tout de souffrance, nous pouvons être heureux, non, ce n'est pas vrai. Le nirvana est là, le bonheur est là. Il est dit dans les sutra que les cinq skanda sont la souffrance. C'était une façon de décrire la souffrance autrefois. Autrefois, ils décrivaient la souffrance d'une manière, et aujourd'hui, il faut la décrire d'une autre manière. Naissance est souffrance, vieillesse est souffrance, maladie est souffrance, désirer sans obtenir, c'est souffrance, détester et vivre avec la personne qu'on déteste, c'est souffrance, les cinq souffrances sont souffrance. Les cinq agrégats sont les cinq éléments qui font une personne, c'est à dire le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Si nous sommes attachés à ces cinq skanda, nous croyons que nous sommes ces cinq skanda, ou bien qu'il nous appartiennent, et alors nous souffrons. Les cinq skanda ne sont pas souffrance, mais l'attachement aux cinq skanda est souffrance. Et le Bouddha est aussi les cinq skanda, mais le Bouddha n'a pas souffert, et grâce à ces cinq skanda, nous avons ce merveilleux Dharma, c'est pour cela que les cinq agrégats du Bouddha ne sont pas souffrance. Le Bouddha n'était pas attaché à ces cinq skanda, il ne croyait pas qu'il était ces cinq skanda et que ces cinq skanda lui appartenaient. Tout à l'heure, nous avons appris le mot 'double-prise', maintenant, c'est la prise, l'attachement aux cinq skanda. Donc les cinq skanda ne sont pas souffrance, mais l'attachement aux cinq skanda est souffrance. Les dharma ne sont pas souffrance, mais l'attachement aux dharma est souffrance.


Adrénaline et système digestif

Continuons avec la description du bonheur présent que nous voulons développer. C'est l'insouscience, la non-peur, la non-violence, et tout ça, nous pouvons le générer. Chacun d'entre nous est capable de générer cela en tant qu'individu, et nous sommes une communauté d'humains, nous pouvons venir ensemble pour les générer. Par exemple, nous sommes enseignants, maître d'école ou maîtresse d'école, et nous pouvons produire la détente pour nous et nous pouvons aider nos élèves à faire la même chose, à se détendre, et avec la détente, l'enseignant ne souffre pas et les élèves non plus. On enseigne facilement et les élèves étudient facilement. Il y a des enseignants qui sont détendus, et peut-être qu'il y en a d'autres qui ne sont pas détendus. La question est de savoir comment faire pour introduire la détente et la développer, l'augmenter, et c'est quelque chose que nous pouvons faire. Et dans le chemin, il y a des méthodes concrètes pour créer la détente. Dans le Chemin Octuple, il y a des pratiques concrètes. La détente est le premier exemple du bonheur. Le stress et la souffrance, en ce qui concerne la biologie créent des maladies. Dans notre cerveau, il y a l'hypothalamus, et chaque fois que nous sommes en danger, il secrète une substance, et en quelques secondes, cela touche un autre organe qui secrète l'adrénaline, et quand l'adrénaline est secrétée dans le sang, tout de suite, notre coeur bat plus rapidement, plus vite. Quand nous sommes angoissés, quand nous sommes en danger, notre coeur bat plus vite pour nous apporter assez de sang, et l'adrénaline bloque le système digestif pour renforcer nos jambes, nos bras pour faire face au danger. Et à chaque fois que nous sommes conscients du danger, l'adrénaline est secrétée, et en quelques secondes, le coeur bat beaucoup plus vite pour pousser le sang vers les jambes, les bras, pour faire face au danger. C'est une réaction pour lutter ou fuir, et le système digestif est bloqué à ce moment là, il y a une tension, et si ça dure, c'est très nocif, ça détruit le système digestif, ça détruit l'estomac. C'est pour cela que ceux qui sont tendus ont tous des problèmes avec leur estomac. Un autre exemple: nous sommes un athlète aux jeux olympiques, et nous sommes dans la position de partir, et pendant le moment où nous sommes en attente pour partir de la course, l'adrénaline bloque le système digestif, et le sang bat vers les bras, les jambes, et c'est le moment le plus tendu, et heureusement que cela dure seulement quelques secondes. Si cela durait cinquante secondes, vous mourriez tout de suite. Si cela dure trop longtemps, vous allez mourir. La tension est immense. Et dans notre vie quotidienne, parfois, nous entendons la sonnerie du téléphone, et nous avons peur, nous avons des soucis, lorsque nous voyons le journal, nous avons peur, nous ne savons pas si la bourse augmente ou diminue. Nous n'avons pas de grand danger, mais il y a les petits dangers, il y a les petits soucis tous les jours, et l'adrénaline est secrétée aussi, et c'est pour cela que notre système digestif est bloqué, et la tension d'aujourd'hui reste, et le lendemain nous avons un peu plus de tension et puis il y a une accumulation de tensions qui créent toutes sortes de maladies, et notre société est organisée de façon à ce que tout le monde soit de plus en plus tendu, de plus en plus stressé, et quand on est stressé, on n'est plus gentil, notre comportement, nos paroles ne sont plus gentilles, et cela brise la famille, cela brise des relations amicales, c'est pour cela qu'il est très important d'avoir des pratiques, des méthodes. Il faut réorganiser notre vie pour ne pas accumuler la tension.


(cloche)

L'éthique appliquée

Lorsque nous faisons la méditation assise, la méditation marchée, nous nous détendons, et pendant ces moments, l'adrénaline n'est pas secrétée, et notre respiration est consciente et profonde, avec cette détente. La détente commence. J'inspire, je suis conscient de mon inspiration. Je suis content, je suis heureux d'inspirer. Je suis encore vivant, je suis heureux'. Et en inspirant comme ça, il n'y a pas la tension, mais il y a la détente. 'En inspirant, je suis conscient de mon corps, en expirant, je détends mon corps'. C'est l'entraînement de la détente. Si nous sommes pratiquant, nous devrions savoir nous détendre à chaque instant de notre vie quotidienne: en balayant la salle de méditation, en faisant la cuisine. Il faut nous détendre. Nous venons ici pour pratiquer, nous devrions maîtriser cette pratique de la détente à chaque instant de notre vie quotidienne. Il faut marcher de façon que nous soyons détendus, nous ne courons pas, nous nous asseyons de façon que nous soyons détendus, comme si nous étions assis sur un lotus, et ainsi notre coeur bat plus lentement. Dans la détente, notre système immunitaire se renforce et cela nous protège. Cela nous protège contre les microbes, les virus, et c'est ce que les docteurs, les hommes de science nous disent. C'est pour cela qu'en venant ici, il faut faire tout pour maîtriser cette pratique, et quand vous rentrerez chez vous, vous ne serez plus victime de la pression quotidienne. Parce que la pression quotidienne vous enlève la détente, vous êtes stressés et cela entraîne toutes sortes de maladies. C'est pour cela que le stress est une souffrance. Et nous savons que la détente ne concerne pas seulement notre physique. Si dans notre esprit, il y a les soucis, l'angoisse, alors il est très difficile de nous détendre, c'est pour cela qu'il faut pratiquer en sorte que nous n'ayions pas de soucis, et il faut regarder profondément: 'De quoi j'ai peur, de quoi je m'inquiète?'. Quand nous avons la violence, comment notre corps peut-il se détendre? C'est pour cela qu'il faut nous entraîner à respirer, à marcher de façon que nous puissions reconnaître et embrasser la violence, la colère, la haine en nous. Si ces éléments sont embrassés, ils sont apaisés et nous pouvons nous détendre. Notre nouvelle civilisation est une civilisation pleine de stress, et notre pratique devrait aboutir à l'apaisement, à la détente. C'est pour ça que le Chemin Octuple devrait contenir l'apaisement. Lorsque nous voyons que nous avons besoin de la détente sur le chemin de la pratique, il faut des pratiques concrètes, c'est pour cela que l'éthique, ici, c'est l'éthique appliquée, et pas l'éthique théorique. L'éthique concrète, pratique. Si nous voulons la détente, qu'est-ce qu'il faut faire, qu'est-ce qu'il ne faut pas faire? Il faut faire une liste très concrète, et c'est l'éthique appliquée.


La nature d'inter-être des Quatre Nobles Vérités

Les patriarches expliquaient la vue juste comme une vue profonde sur les Quatre Nobles Vérités. La vue juste est d'abord la compréhension profonde des Quatre Nobles Vérités. Les patriarches étaient tous d'accord sur ça. Nous, les humains, en général nous cherchons la vérité sur l'univers, sur les étoiles. D'où vient cet univers, ce monde? Nous voulons avoir une vue juste, et c'est pour cela que nous avons la tendance à entrer dans la métaphysique, à entrer dans l'ontologie, nous avons la tendance à nous projeter dans l'univers et nous poser des questions comme 'd'où vient cet univers, quels sont les principes qui contrôlent cet univers?'. Mais le Bouddha est très pratique, il nous dit de ne pas nous projeter dans l'univers. Il faut revenir à nous-même, ramener notre esprit à nous même, pour nous regarder, pour regarder la situation actuelle dans laquelle nous vivons. Il faut reconnaître la souffrance, il faut trouver les causes de la souffrance et le chemin qui nous libère de la souffrance. C'est très pratique, avec les deux pieds sur terre. Donc l'éthique bouddhique est comme ça, c'est très pratique, mais il faut une vue juste, et les patriarches disent que la vue juste ne concerne pas l'univers, mais elle concerne les Quatre Nobles Vérités. Vous avez besoin d'une vue profonde, d'une vue solide sur les Quatre Nobles Vérités, et toute personne qui vient vers le bouddhisme apprend les Quatre Nobles Vérités et le Chemin Octuple. C'est le premier discours du Dharma du Bouddha. Nous, à la première année, nous nous disons 'Mais, c'est facile, tout le monde connaît', mais en réalité, nous ne connaissons pas encore. Il y a un an, Thay a dit que si quelqu'un demandait à Thay: 'Est-ce que vous connaissez parfaitement les Quatre Nobles Vérités?', Thay répondrait: 'Non, je suis sur le chemin d'étude, parce qu'une vue profonde sur les Quatre Nobles Vérités demande beaucoup de temps et beaucoup de pratique'. La plupart d'entre nous avons quelques concepts sur les Quatre Nobles Vérités, mais ne maîtrisons pas, ne saisissons pas la vérité, la réalité, la nature des Quatre Nobles Vérités. Dans cette retraite, nous verrons l'inter-être de ces Quatre Nobles Vérités. L'une contient les autres, et sans comprendre la souffrance, nous ne pouvons pas comprendre les causes de la souffrance, sans voir les causes de la souffrance, nous ne pouvons pas voir la souffrance. Et la vue juste est d'abord la vue profonde des Quatre Nobles Vérités. Premièrement, nous voyons la nature d'inter-être des Quatre Nobles Vérités. Elles ne sont pas indépendantes, elles sont liées les une aux autres à tel point que sans voir ceci, on ne peut pas voir l'autre. C'est comme quand nous disons que sans nous voir, nous ne pouvons pas voir notre père. Sans connaître qui est notre père, nous ne pouvons pas savoir qui nous sommes. Et en voyant la nature d'inter-être des Quatre Nobles Vérités, naturellement, nous voyons l'inter-être de tous les autres phénomènes. L'inter-être signifie 'Ceci est cela', 'Ceci est compris dans cela', 'Ceci se situe dans cela', 'Sans ceci, cela ne peut pas être', et les Quatre Nobles Vérités sont comme ça. Les Quatre Nobles Vérités ne sont pas séparées. Aucune vérité n'est séparée, et c'est ce qu'on appelle la vacuité. C'est comme la fleur que nous tenons dans la main: elle est faite des rayons du soleil, des nuages, du soleil, de la pluie. La fleur n'a pas d'identité séparée, elle est pleine de cosmos, elle est le cosmos, elle n'existe pas indépendamment. Et les Quatre Nobles Vérités sont pareilles. La souffrance ne peut pas exister seule. Sans joie, il n'a aurait pas de souffrance, sans boue, il n'y aurait pas de lotus, sans lotus, il n'y aurait pas de boue. C'est pour cela qu'il faut voir l'inter-être de l'univers, et si nous admettons que les Quatre Nobles Vérités sont séparées, nous avons tort. C'est pour cela que le sutra du coeur dit qu'il n'y a pas de souffrance et pas de cause de souffrance sans cessation de la souffrance, sans chemin. La nature de chaque vérité est la vacuité, parce que chaque vérité est faite d'autres vérités. La première vérité est faite de la deuxième, de la troisième, de la quatrième. Si on enlève la deuxième, la troisième et la quatrième de la première, la première n'existerait pas. C'est ça la nature de l'inter-être, c'est pour ça que la première vérité est vide. Vide signifie sans identité séparée. Maintenant vous comprenez le sutra du coeur, n'est-ce pas? Avant, vous avez entendu dire que les Quatre Nobles Vérités sont des vérités absolues, mais le sutra du coeur dit le contraire, et cela ne s'oppose pas. C'est seulement quand vous voyez l'inter-être que vous voyez les Quatre Nobles Vérités. Tant que vous les voyez comme des identités séparées, alors vous ne les voyez pas encore. C'est pour cela que le sutra du coeur dit qu'il n'y a pas de souffrance, ni cause de la souffrance, ni cessation de la souffrance, ni chemin. Cela veut dire qu'il n'y a pas ces vérités indépendantes. Le sutra du coeur ne dénie pas les Quatre Nobles Vérités.


Enseignement donné le 27 Novembre 2008 en vietnamien, transcrit par Pháp Thân d'après la traduction française