La Troisième Noble Vérité

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(cloche)

Chère Sangha, nous sommes le 23 Novembre de l'an 2008. Nous sommes au Monastère de la Bonté Aimante au Hameau Nouveau pendant la retraite d'hiver.


Unir le corps et l'esprit

Aujourd'hui, pendant la discussion, nous allons partager ensemble notre pratique, comment nous pratiquons la respiration conscience, la marche méditative, la méditation du travail, et comment nous nous comportons avec nos formations mentales d'irritation, de mal-être. Premièrement, nous allons partager la pratique de la marche méditative et de la respiration consciente, et dans chaque groupe de discussion il faut des personnes qui ont pratiqué depuis longtemps pour que tout le monde puisse entendre leurs expériences. Chacun va dire aux autres comment il ou elle marche dans sa vie quotidienne, quel gatha il ou elle utilise, et comment il respire quand il est assis, quand il conduit, en faisant la cuisine ou en faisant la vaisselle. La marche et la respiration sont deux moyens très efficaces pour maîtriser notre corps et notre esprit, deux moyens très efficaces qui nous ramènent au moment présent. Avec la respiration en pleine conscience, avec la marche méditative, nous pouvons ramener notre esprit à notre corps, et lorsque notre corps et notre esprit sont unis, nous sommes vraiment présent dans le moment présent, et ainsi nous sommes maître de notre corps et de notre esprit, sinon nous sommes emportés dans notre vie quotidienne, nous sommes noyés. Souvent nous sommes assis là, mais en réalité nous sommes noyés, nous sommes assis dans la Sangha, mais en réalité nous sommes noyés dans nos soucis, dans notre souffrance, dans nos pensées. Nous sommes noyés et nous sommes emportés, nous nous laissons emporter par nos pensées, nos soucis, nos souffrances, nos habitudes, et quand nous sommes noyés ou emportés comme ça, nous ne sommes pas maître de nous-même, nous ne sommes pas maîtres de notre corps et de notre esprit, nous n'avons aucune liberté. En réalité, nous pouvons être maître, mais nous ne savons pas comment utiliser cette maîtrise. Par exemple, nous sommes roi sans savoir comment utiliser notre pouvoir en tant que roi, et nous laissons les autres faire ce qu'ils veulent, et c'est pour cela que notre royaume tombe en désordre. Et notre corps est pareil, il est une sorte de royaume, et la terre de ce royaume est énorme, elle contient le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Mais nous ne sommes pas maître de notre royaume, et nous laissons notre corps, nos sensations, nos perceptions nous emporter, nous sommes emportés par nos habitudes et nous sommes noyés, alors nous sommes roi sans pouvoir dans notre royaume. Alors en utilisant la respiration consciente, la marche méditative, nous retournons à notre corps, nous unissons notre corps et notre esprit, nous sommes vraiment présent et nous sommes maître de nous-même. Nous marchons parce que nous le voulons, et pas parce que nous sommes emportés, nous respirons parce que nous le voulons, nous parlons parce que nous le voulons, non pas parce qu'un fantôme nous pousse à le faire. Nous écoutons parce que nous le voulons, alors nous récupérons notre pouvoir et nous le développons.


Le libre arbitre

Dans la philosophie, il y a le terme 'libre arbitre', et les philosophes posent la question: 'Avons-nous le libre arbitre?', et certains répondent non, et d'autres oui. Dans le bouddhisme, nous savons que si nous sommes en pleine conscience, alors nous commençons à avoir le libre-arbitre, nous commençons à avoir la liberté. Nous sommes libre de dire ce que nous voulons dire, nous sommes libre de faire ce que nous voulons faire. Mais cette liberté est limitée. Elle est limitée parce qu'en nous il y a plusieurs habitudes qui nous emportent. C'est pour cela que si nous sommes débutants, alors même si nous avons la liberté, elle est encore petite,mais si notre pleine conscience et notre concentration grandissent, se développent, notre liberté aussi. Nous avons un peu de liberté, mais cette liberté est limitée, la manoeuvre est encore limitée, mais elle existe, et si nous pratiquons tous les jours, cette liberté grandit, et ainsi nous pouvons marcher comme une personne libre, nous pouvons parler, travailler, manger, boire comme une personne libre et le bonheur grandit tous les jours. C'est pour cela que chacun d'entre nous devrait savoir pratiquer pour avoir de plus en plus de liberté, et Thay, le Bouddha ou la société ne nous donne pas cette liberté. Nous devons faire des efforts pour l'avoir, nous devons pratiquer pour l'avoir. Liberté, être libre pour ne pas être noyé, pour ne pas être emporté. Thay est heureux grâce à la respiration consciente et la marche méditative, et en général Thay utilise les gatha, mais de temps en temps, Thay change de gatha. Pendant une période, Thay utilisait le gatha 'Je prends refuge dans Amithaba, dans la dimension ultime'. Dans une retraite, en Angleterre, il y a cinq ou six ans, Thay l'a utilisé très souvent, et puis parfois Thay utilise le gatha 'Ici, c'est la Terre Pure, la Terre Pure est ici'. Et ce que Thay utilisait le plus souvent dans le passé, c'était le gatha 'Je retourne en moi-même pour prendre refuge, dans cette île verte'. Alors nous faisons moins de pas, mais nous les combinons avec notre respiration consciente, nous allons au rythme de chaque ligne du gatha et nous nous arrangeons de façon que ces gatha, ces lignes aillent exactement au rythme de nos pas. Parfois, nous faisons trois pas pour une inspiration pour une ligne, ou bien deux pas, et puis pour une expiration, nous faisons quatre ou cinq pas. L'expiration est en générale plus longue que l'inspiration. Parfois les deux sont égales. Pour le gatha 'Je retourne en moi-même pour prendre refuge dans cette île verte', Thay marche lentement en inspirant, Thay fait deux pas 'Je retourne, je retourne', et en expirant, Thay utilise le mot 'Je prends refuge, je prends refuge', et puis 'En île verte, en île verte'. Parfois on fait trois pas pour l'inspiration, et puis en faisant trois pas pour l'expiration, Thay change, au lieu de dire 'Retourne, retourne', Thay change en 'Je retourne, je retourne', alors Thay utilise soit deux mots, soit trois mots. Thay change des lignes en deux mots, en trois mots. Et on peut changer tous les gatha, y inclus le gatha 'Je prends refuge en Amithaba, dans la dimension ultime', et en faisant du jogging méditatif, en inspirant, on fait quatre pas, et en expirant, on fait quatre pas. En inspirant 'Je retourne en moi-même', en expirant 'Je prends refuge'. On peut toujours combiner la respiration avec les pas et les gatha, et ces gatha nous aident à prolonger, à maintenir notre concentration. Nous nous accrochons au gatha, à la respiration conscience, aux pas, et pendant le jogging nous avons la concentration. Et pendant le jogging ou pendant la marche, nous faisons en sorte d'être heureux, comme lorsque nous faisons des mouvements en pleine conscience ou le Chi Kong, il faut être heureux pour le faire bien. Une soeur a été mise en prison et elle a fait la marche méditative dans sa toute petite cellule, et là, nous avons beaucoup d'espace pour courir, pour faire la marche méditative. Le gatha 'Je laisse le Bouddha respirer, je laisse le Bouddha marcher' est un très beau gatha, et Thay pratique ce gatha très souvent.


(cloche)

Le Bouddha se promène, le Bouddha est heureux, le Bouddha est libre

Et Thay aime aussi beaucoup le gatha 'Le Bouddha marche, le Bouddha se promène, le Bouddha est heureux'. Le Bouddha est nous-même, nous voyons le Bouddha se promener, le Bouddha est heureux, le Bouddha est libre. Et puis on change ce gatha en 'Je me promène, je suis heureux, je suis libre, je suis comme le Bouddha'. Et puis après un moment, on marche pour maman, on voit que nos pieds sont les pieds de maman, et puis on change le gatha: 'Maman se promène, maman est heureuse, maman est libre', et puis on change le gatha pour papa: 'Papa marche, papa se promène, papa est heureux, papa est libre', et puis après on marche pour Thay: 'Thay se promène, Thay est heureux', et puis on marche pour son étudiant. Alors en voyant que toutes ces personnes sont en nous, et que toutes ces personnes pratiquent, c'est très facile et c'est extraordinaire. En Inde, Thay a pratiqué ce gatha très souvent: 'Le Bouddha s'allonge sur le hamac, il est libre, il est heureux, il se promène'; 'Moi je suis sur le hamac, je suis heureux, je suis libre', et en pratiquant ainsi, nous ramenons tout notre esprit à notre corps dans le moment présent, et nous voyons la vie merveilleuse, la Terre Pure dans le moment présent, le bonheur dans le moment présent, et nous ne cherchons pas le bonheur dans le futur. Dans notre groupe de discussion, chaque personne devrait parler de sa pratique, comment elle pratique la marche méditative, comment elle pratique la respiration consciente. Peut-être qu'il y en a qui parlent longtemps, d'autres qui parlent peu, mais en les écoutant, nous réfléchissons pour voir si notre pratique est bien faite, si elle nous apporte assez de bonheur. Nous devrions savoir utiliser la respiration consciente et la marche méditative pour maîtriser notre corps et notre esprit pour avoir un peu de pouvoir. Il ne faut pas nous laisser noyer. Et cette retraite d'hiver est une grande chance pour faire cela, parce qu'avec la Sangha autour de nous, tout le monde fait la même chose. Alors cela devient naturel, notre pratique devient facile, tout le monde va en pleine conscience, s'établit dans le moment présent, et on ne peut pas se noyer seul, on ne peut pas se laisser emporter seul, sinon quelle honte! Et il faut être déterminé à trouver notre bonheur dans le moment présent. Si pendant ces trois mois, dans notre vie quotidienne, je ne sens pas le bonheur, je ne trouve pas le bonheur, alors quand le trouverai-je? J'ai Thay, j'ai la Sangha, j'ai l'énergie collective qui me soutient, je suis bien guidé, et si je ne suis pas heureux maintenant, alors quand le serai-je? Il faut nous provoquer, il faut trouver le bonheur dans le moment présent. Et la pratique du Village des Pruniers se concentre dans le moment présent. Si vous voulez chercher le Bouddha, ou Dieu, ou le Royaume de Dieu, ou la Terre Pure, ou le Nirvana, il faut le trouver dans le moment présent. Si vous voulez trouver le bonheur, la paix, il faut les trouver dans le moment présent. Si vous voulez trouver la santé, il faut la trouver dans le moment présent, même si vous êtes malade, si vous vous arrêtez au moment présent et savez respirer consciemment et marcher en pleine conscience, vous vous sentirez beaucoup mieux, mais si vous vous inquiétez, votre santé va empirer. Si vous savez retourner au moment présent pour toucher les merveilles du moment présent, alors votre corps, votre esprit profitent des éléments frais, des éléments nourrissants de la Sangha et du moment présent, et votre santé va s'améliorer. C'est pour cela qu'il faut trouver votre bonne santé dans le moment présent, il ne faut pas accrocher votre bonheur dans l'avenir.


Le bonheur, c'est maintenant ou jamais

Si vous voulez trouver le bonheur, alors il faut le trouver dans le moment présent. Si vous ne le trouvez pas dans le moment présent, demain vous ne le trouverez pas. On dit que le bonheur, c'est maintenant ou jamais. Si, soeurs, vous n'êtes pas heureuses maintenant, alors même quand vous aurez la lampe, vous ne serez pas heureuses, même si vous serez enseignantes du Dharma, vous ne serez pas heureuses. Et si vous êtes heureuses, vous n'avez plus besoin de la lampe, n'est-ce pas? Ou bien vous dites que vous serez seulement heureux dans la Terre Pure. Mais si vous n'êtes pas heureux maintenant, alors vous ne serez jamais heureux dans la Terre Pure, parce que là-bas, vous voudrez fuir: « Au revoir Amithaba, je ne me sens pas bien ici ». Alors c'est pour cela qu'il faut être heureux tout de suite, et si vous êtes heureux tout de suite, vous avez tout de suite la Terre Pure, vous n'avez pas besoin d'aller là-bas. C'est pour cela que la pratique du Village des Pruniers est de vous concentrer dans le moment présent et de vous établir dans le moment présent, demeurer dans l'instant présent. Si vous ne demeurez pas dans le moment présent, si vous ne trouvez pas le bonheur dans le moment présent, vous serez noyés, vous continuerez à vous noyer, à vous laisser emporter. Vous vivez au sein de la Sangha, vous écoutez les enseignements de Thay, vous mangez avec la communauté, mais cela est seulement la forme, l'apparence. Si vous ne pratiquez pas, vous serez noyés et emportés et c'est quelque chose qui se passe ici et maintenant, pas dans le futur, et pour arrêter tout ça, il faut vous arrêter, il faut revenir au moment présent. C'est pour cela que la respiration conscience et la marche méditative sont des bouées qui nous aident à ne pas nous noyer, ce sont des ancres qui empêchent notre bateau d'être emporté. Alors, si vous savez utiliser la respiration consciente et la marche méditative, vous commencez à avoir la maîtrise, mais si vous ne maîtrisez pas votre respiration et vos pas, alors vous n'aurez pas votre pouvoir, et c'est la pratique de base au Village des Pruniers. Quand vous marchez, vous devriez savoir que vous êtes en train de marcher, c'est vous qui marchez et ce n'est pas parce que vous êtes poussés à marcher. Quand vous respirez, vous devriez savoir que c'est vous qui respirez, et personne, rien ne vous pousse à respirer. Si vous avez une pensée de colère, de tristesse, vous en êtes conscient: « Ah, c'est une pensée de colère, de tristesse, et ce n'est pas bien pour ma santé ». Et là, vous êtes maître de vous-même. Maître de vous-même ne signifie pas que vous n'avez pas de colère en vous, mais d'être conscient que vous êtes en colère. C'est pour cela que je propose que dans les discussions suivantes vous partagiez entre vous comment vous pratiquez la respiration consciente et la marche méditative et écoutiez aussi les autres. Parce que Thay a pratiqué la respiration consciente et la marche méditative, Thay sait que Thay peut être un lieu de refuge pour la Sanha, et si chacun de nous pratiquons ces deux pratiques, nous pouvons être un lieu de refuge pour la Sangha aussi, et c'est l'offrande la plus grande que nous pouvons offrir aux Trois Joyaux. Il faut être heureux en buvant du thé, il faut être heureux en nous brossant les dents, il faut nous brosser les dents de façon que pendant ces deux, trois minutes, nous soyons heureux, et c'est un défi. En urinant, en déféquant, il faut être heureux, il ne faut pas être emporté. En faisant la cuisine, en nettoyant la salle de méditation, il faut faire en sorte que vous soyez heureux à cet instant. Vous êtes pratiquant ou non, cela dépend de ce fait. Dans la société, tout le monde fait la même chose, mais peut-être que sans la pratique, ils sont emportés, ils sont noyés, mais dans un monastère, vous devriez être libre et maître de vous-même.


Souffrance

L'autre jour, nous avons parlé de la souffrance, du mal-être, les gens d'autrefois on décrit la souffrance comme la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort. Ou alors il disaient que vouloir sans obtenir, c'est de la souffrance, aimer et être loin de l'être aimé, c'est de la souffrance, détester et vivre avec la personne qu'on déteste, c'est de la souffrance, et les cinq agrégats en conflit, c'est de la souffrance. C'est la manière de description des anciens. Siddharta a quitté sa famille pour devenir moine parce qu'en traversant les quatre portails, il a vu la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Il est étrange d'apprendre ça, qu'à son âge, c'était la première fois qu'il voyait la naissance, la mort, la vieillesse et la maladie. Pourtant on sait que Siddharta était un homme très intelligent, très érudit. Dans 'Sur les traces de Siddharta', Thay a écrit que Siddharta est devenu moine parce qu'il a vu autour de lui qu'il y avait beaucoup de souffrances. Dans la cour royale, le roi comme les hommes politiques, même s'ils avaient vu les maladies, la souffrance, la pauvreté autour d'eux, ne pouvaient rien faire, parce que dans la cour royale il y avait beaucoup de jalousie, et même son père, le roi, était incapable de résoudre tous ces problèmes, et il était emporté aussi. C'est pour cela que Siddharta a vu que la politique ne pouvait pas apporter lui la paix, le bonheur, et à son pays non plus, et c'est pour cela qu'il a cherché un autre moyen. Dans le livre 'Sur les traces de Siddharta', c'est plus proche de la réalité, et aujourd'hui, quand on parle de la Noble Vérité de la souffrance, il faut être plus précis, plus correct aussi. Quand on parle de la souffrance, il faut reconnaître en premier nos propres souffrances, dans notre corps et dans notre esprit. Par exemple, il y a la tension, ou le stress corporel, ce sont des souffrances très réelles. Des douleurs, ce sont des choses réelles. En nous, il y a des soucis, il y a de l'anxiété, on ne sait pas pourquoi, mais on a toujours de l'anxiété, jour après jour, et nous nous appelons Monsieur Anxiété ou Madame Anxiété, et ce sont des mal-êtres réels en nous et dans la société. Nous tous, nous sommes Monsieur Anxiété, ou Monsieur Angoisse, ou Madame Angoisse. La violence, c'est l'énergie de la colère qui veut détruire, qui veut frapper, punir, causer de la souffrance à l'autre parce que l'autre a osé nous faire souffrir. Et en nous, il y a l'énergie de la violence, de la colère, nous voulons réagir, nous voulons détruire, nous voulons punir, alors en nous, il y a cela, et dans la société aussi. Il y a le terrorisme, il y a l'antiterrorisme. Dans le terrorisme, il y a la violence, et dans l'antiterrorisme, il y a aussi la violence. Un jour, pendant une visite de la Corée du Sud, Thay a participé à un forum de la paix d'une organisation. À cette époque, l'Irak n'avait pas encore été envahi, mais les États-Unis avaient commencé à envoyer des troupes et l'entouraient et on savait que les guerres pouvaient éclater à tout moment, que Bagdad pouvait être bombardé à tout moment, et dans la conférence de Thay à ce forum de la paix, Thay a dit que les civils, enfants ou adultes à Bagdad, sachant que dans vingt-quatre heures il y aurait des bombardements dans leur ville, étaient angoissés. Tout le monde dans la ville était angoissé, tout le monde vivait dans l'angoisse. Ils ne savaient pas quand leur ville serait envahie ou bombardée. Les États-Unis étaient en train de menacer d'envahir l'Irak, alors ils ont amené plein de troupes, et c'était le terrorisme, et en vivant vingt-quatre heures dans ce terrorisme, bien sûr, la santé diminue beaucoup, sans parler que l'on vit comme ça, dans cet état, jour et nuit, et même si les bombes ne sont pas encore tombées, même si la ville n'est pas encore encerclée, les gens souffrent déjà dans l'angoisse, et c'est le terrorisme. Le terrorisme n'est pas d'un seul côté, mais des deux côtés, la violence ne vient pas d'un seul côté, la violence vient des deux côtés, et on a dû payer cher pour les maladies mentales à cause de l'angoisse, à cause du stress. Et la violence est une énergie qui existe en chacun de nous. Plus ou moins, nous tous, nous l'avons. Si nous en avons beaucoup, nous souffrons beaucoup, et si nous en avons moins, nous souffrons moins, et donc la violence est une souffrance. Et le phénomène de famille brisée est aussi une souffrance. En ce moment, il y a plein de familles brisées dans lesquelles les parents, mari et femme, sont en conflit, et les enfants souffrent. Ces familles brisées sont nombreuses dans le monde aujourd'hui, et c'est de la souffrance. Le divorce est aussi une souffrance. Il y a des pays dans lesquels le pourcentage de divorce est plus élevé que cinquante pour cent, comme la Hollande. C'est une souffrance réelle, et dans une famille divorcée, les enfants souffrent beaucoup, et souvent ces enfants perdent leur foi, leur confiance. Et le suicide: au vietnam, il y a un suicide toutes les heures; douze mille jeunes français se suicident tous les ans en France, c'est à dire trente-trois par jour, à peu près. Ce sont des problèmes actuels, des souffrances dans la société. La guerre, le terrorisme, la destruction de l'environnement, le réchauffement planétaire, ce sont des souffrances actuelles, et nous devons les appeler par leur vrai nom. Les pratiquants devraient savoir reconnaître et appeler par leur vrai nom les souffrance présentes, c'est ça la Noble Vérité de la souffrance, la présence réelle de la souffrance, et tout cela, ce sont des souffrances actuelles. Mais si nous comprenons mal le Bouddha, nous allons dire: 'Souffrance signifie que tout est souffrance', mais en fait les deux choses sont complètement différentes. Que la souffrance est présente et qu'il faille la gérer, c'est une chose, et que tout est souffrance, c'est une autre chose. Ce podium est impermanent, c'est vrai, parce qu'il est comme notre corps, il est impermanent, il est non-soi. Il est correct de dire ça aussi, parce que sans le bois, sans le menuisier, il n'y aurait pas de podium, mais si on dit que ce podium est souffrant, alors c'est absurde. Souffrance signifie que lorsqu'une chose est impermanente nous la croyons permanente. Donc la souffrance est une attitude, une réponse, notre attitude, notre réponse, mais ce n'est pas la nature des choses. Et il y en a qui disent que tout est souffrance et qui cherchent la souffrance comme la nature de toute chose, mais ce n'est pas correct. C'est pour cela qu'il ne faut pas nous laisser endoctriner. Le Bouddha n'a jamais enseigné cela, le Bouddha nous a enseigné simplement qu'il ne fallait pas fuir la souffrance mais lui faire face pour la gérer et la transformer.


La deuxième Noble Vérité

Donc, après avoir parlé de la première Noble Vérité, le Bouddha a parlé de la deuxième Noble Vérité, les cause du mal-être. En regardant la souffrance, on trouve ses causes, par exemple la tension dans le corps. Pourquoi? Parce que nous sommes trop occupés dans notre vie quotidienne, nous voulons faire trop de choses. Nous ne savons pas vivre dans le moment présent. Toujours, nous sommes emportés vers l'avenir, et nous ne sommes pas présents dans le moment présent pour prendre soin de notre corps, pour nous détendre, pour enlever ces tensions. Par exemple, en une journée de travail, nous pouvons accumuler une certaine tension, mais nous ne savons pas comment nous détendre pour l'enlever, et nous allons au lit, et le lendemain nous travaillons encore une journée et nous accumulons un peu plus de tension, et ainsi, après plusieurs jours, ces tensions sont accumulées et se développent. Et puis, nous prenons des médicaments, nous allons chez le médecin pour réduire le stress, la tension, et à partir de cette tension, de ce stress, nous avons d'autres maladies, et la plupart des maladies proviennent du stress. C'est pour cela qu'en regardant le stress, nous voyons les causes du stress, et nous savons que nous devrions vivre notre vie quotidienne de façon que nous soyons détendu à chaque moment. Il faut avoir le temps pour faire la marche méditative, et tous les soirs, il faut pratiquer la relaxation totale, et ainsi on va dormir mieux. On a un peu de tension d'aujourd'hui, et on relâche cette tension, et demain si on a un peu de tension on la relâchera aussi, ainsi la tension n'est plus accumulée jour après jour. Aujourd'hui, dans la société, tout le monde est tendu, alors on voit la deuxième vérité. Notre vie quotidienne est organisée de façon que le stress se développe tous les jours, c'est quelque chose de réel, c'est la vérité, c'est un fait, ce ne sont pas des hypothèses. Dès qu'il y a le mal-être, il y a les causes du mal-être, tout a ses causes, et ça, c'est la loi des causes à effets, il faut trouver l'origine, les causes du stress dans le corps et dans l'esprit, et nous avons des moyens pour réduire, pour transformer ce stress, il faut réorganiser avec intelligence notre vie quotidienne, et nous savons très bien que la respiration consciente et la marche méditative, vivre dans le moment présent, sans avoir de soucis pour l'avenir, sans courir vers l'avenir, permettent de détendre toutes ces tensions, tout ce stress. Toutes les méditations assises et les méditations marchées servent à transformer le stress et la tension, et lorsque nous allons vers une Sangha pour pratiquer, nous avons une chance pour faire cela.


(cloche)

Le chemin menant à la souffrance

Les souffrances dont nous venons d'appeler ne sont pas séparées. Toutes ces souffrances sont liées entre elles. Par exemple, la violence ou les familles brisées sont liées au stress, à la tension. Si nous ne sommes pas stressés, nous résoudrons les problèmes avec calme, et ne serons pas en colère. Alors toutes les souffrances inter-sont, et lorsque nous trouvons les causes d'une souffrance, peut-être que nous trouverons aussi les causes de toutes les autres. Et en général, il n'y a pas qu'une seule raison, une seule cause. C'est une nouvelle proposition, peut-être qu'aucun maître n'en a encore parlé: la cause de la souffrance est le mode de vie, c'est un mode de vie qui mène à la souffrance. La quatrième Noble Vérité, c'est le chemin qui mène au bonheur, et ici c'est le chemin qui mène à la souffrance, et donc la cause de la souffrance peut être décrite comme le chemin menant à la souffrance. Nous avons la vue fausse, un mode de vie basé sur la vue fausse. Par exemple, la vue fausse est que moi et mon enfant sommes deux personnes séparées, sommes deux personnes différentes. Je ne vois pas que mon enfant est aussi ma continuation, alors c'est une vue fausse. On ne voit pas la vérité de l'inter-être, on a la vue dualiste, la vue discriminatoire: son bonheur n'est pas le mien, sa souffrance n'est pas la mienne; mais la vérité, c'est que s'il souffre, je ne peux pas être heureux. La vue fausse signifie qu'on ne voit pas l'interdépendance, le non-soi, l'inter-être de toute chose. Dans le chemin octuple, le chemin menant à la cessation de la souffrance, il y a la vue juste, et dans le chemin menant au mal-être, à la souffrance, une des causes principales est la vue fausse. Les Palestiniens devraient voir la souffrance des Israéliens comme leur propre souffrance, et les Israéliens devraient voir la même chose, et naturellement, avec cette vue juste, les deux vont travailler ensemble. L'un veut le bonheur de l'autre, et c'est pareil pour le père et l'enfant, et c'est pareil pour les Américains et les Irakiens, les hindouistes et les musulmans, ils devraient voir l'inter-être, ils devraient voir qu'ils inter-sont, et c'est ça la vue juste. Mais ici, c'est le contraire, c'est la vue fausse, et quand nous avons la vue fausse, nous avons la pensée fausse. Parce que qu'est-ce que l'éthique? L'éthique, c'est la capacité de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, le faux et le vrai. En vietnamien, juste signifie quand c'est droit comme ça, et quand c'est faux, c'est penché comme ça. 'Faux' signifie en vitnamien 'penché', et 'juste' signifie 'droit'. Et si c'est un peu faux, alors c'est un peu penché, mais si c'est trop faux, alors c'est à l'envers. C'est pour cela que pour avoir l'éthique, il faut savoir distinguer le vrai du faux, et la vue fausse, c'est la vue qui ne distingue pas le vrai et le faux. C'est pour ça que le patriarche Lin-Chi a dit: 'Un pratiquant devrait avoir la vue juste, il devrait avoir une connaissance juste'. Nous aurons la chance d'aller plus en profondeur dans la connaissance juste. Si la vue est fausse, la pensée sera fausse. Et la pensée fausse mène à l'angoisse, les soucis et la violence. Par exemple, si on dit que si je ne tue l'autre en premier, l'autre va me tuer, et que c'est pour ça qu'il faut chercher à tout prix de le tuer, alors c'est la pensée fausse, parce que l'autre ne cherche pas à nous tuer. Et la pensée fausse mène à l'angoisse, aux soucis et aux actions fausses. Ensuite il y a la parole fausse, et puis l'action fausse. L'action fausse était décrite autrefois comme la tuerie, le vol, une mauvaise conduite sexuelle, etc... Ensuite il y a les moyens d'existence faux, les moyens d'existence injustes. On gagne sa vie en détruisant l'environnement, en disant des mensonges, en produisant des produits toxiques pour les autres, pour les consommateurs, ce sont des moyens d'existence injustes. Et puis il y a la diligence fausse: on est très diligent, mais pour l'argent, pour la célébrité. Tous les jours, on regarde les informations pour voir si nos actions montent ou descendent; on a plein de soucis, on travaille dur jusqu'à ce qu'on soit tellement tendu, stressé et malade qu'on s'oublie complètement, on oublie complètement sa famille, on n'a pas la capacité d'être heureux dans le moment présent, on est complètement débordé sans avoir le temps de respirer, de se détendre, alors c'est la diligence fausse. Et puis il y a la conscience fausse, la pleine conscience fausse: on se souvient seulement des choses qui nous mènent à la souffrance, comme chercher à accumuler de l'argent, à devenir célèbre, en bref ces quatre choses: argent, célébrité, sexe et nourriture excessive, et jour et nuit, on ne pense qu'à ça. On ne sait pas que le ciel est bleu, que les nuages sont blancs, que les merveilles de la vie sont présente en nous, que la Terre Pure et le bonheur sont disponibles dans le moment présent, alors on n'a pas la pleine conscience juste, on a seulement la pleine conscience fausse, on court et on est noyé, on est emporté pas ses désirs, on ne pense qu'à ça. Mais la pleine conscience est différente, on est totalement présent dans le moment présent pour la Terre Pure, pour le bonheur, pour l'amour. Et puis il y a la concentration fausse: on est concentré seulement sur ça, sur ces choses là. L'objet de notre concentration n'est pas l'impermanence, le non-soi, l'inter-être, mais l'objet de notre concentration, c'est 'Lui, il n'est pas moi, il est très dangereux, il faut le détruire, il faut le tuer'. On voit l'autre personne comme quelque chose d'inchangeable, de permanent, on est concentré sur quelque chose qui n'est pas la vérité. Alors, lorsque la pleine conscience est forte, elle mène à la concentration. Si l'objet de la pleine conscience est les quatre désirs, alors l'objet de la concentration sera aussi ces quatre désirs, c'est à dire qu'on est concentré seulement sur ces quatre choses. 'Comment faire pour atteindre ce pouvoir, cette position?' Par exemple, le socialisme français est en train d'élire les candidats, et les candidats ne pensent qu'à ça, comment faire pour être élu. Ils ne pensent qu'à ça, ils ne sont concentrés que sur ça, et rien d'autre, et ils ne pensent plus à s'occuper d'eux-même, de leurs bien-aimés. Quand notre concentration a pour objet quelque chose comme un désir pour la richesse, le pouvoir, la célébrité, le sexe, alors notre esprit est concentré seulement sur ces choses, et c'est une concentration, mais c'est une concentration qui n'est pas juste, et comme c'est une concentration fausse, elle va mener à la vue fausse, à la pensée fausse. Ça tourne en rond, ça se nourrit, alors ici ce n'est pas le chemin juste, ce n'est pas le Noble Chemin, mais c'est l'Ignoble Chemin. Si nous avons ces souffrances, c'est parce que nous suivons ce chemin faux, ce chemin ignoble. Peut-être que c'est la première fois que l'on décrit la deuxième Noble Vérité en copiant la quatrième Noble Vérité. La quatrième vérité est le Noble Chemin Octuple, et ici nous avons l'Ignoble Chemin Octuple. Lorsque nous cherchons les causes de la souffrance et que nous appelons ces causes par leurs propres noms, nous voyons que ces causes se situent, se trouvent dans notre mode de vie actuel basé sur la vue fausse, la pensée fausse, la parole fausse, l'action fausse, les moyens d'existence faux, et ainsi de suite. Là, nous ne parlons que de la théorie, mais il faut la théorie en premier, puis la mise en pratique après.


La cessation de la souffrance

Et la troisième Noble Vérité, c'est la cessation de la souffrance. C'est à dire la transformation, la fin des causes menant à la souffrance. La souffrance est la première Noble Vérité. Les causes de la souffrance, c'est la deuxième Noble Vérité. Et ici c'est l'absence. L'absence de quoi? L'absence du mode de vie menant à la souffrance, l'absence de la vue fausse, de la pensée fausse, etc... C'est l'absence des causes, une fois que les racines sont coupées, alors l'arbre ne vit plus, l'arbre est tué. C'est l'absence des causes, des racines, et cela signifie la fin de la souffrance, par la transformation des racines de la souffrance. Donc on a la souffrance, puis les causes de la souffrance, puis la fin des causes de la souffrance. Et la troisième Noble Vérité, c'est la confirmation: on confirme qu'on peut changer ce mode de vie, que nous avons le libre arbitre avec la pleine conscience. Avec la concentration juste, nous pouvons enlever la pleine conscience fausse; avec la pleine conscience juste et la concentration juste, nous atteindrons la vue juste, et la troisième Noble Vérité, c'est la confirmation de la personne libre. Selon Shakyamuni, notre maître, le libre arbitre est quelque chose de possible, et cela commence avec la pleine conscience. Au début, l'espace dans lequel nous utilisons la liberté est petit, mais il y a cette liberté, parce que nous tous, nous sommes capable de boire du thé en pleine conscience, de marcher en pleine conscience, de respirer en pleine conscience, et si notre pleine conscience est forte, nous avons la concentration juste, et c'est ça qui va briser la vue fausse. Donc le bouddhisme dit clairement que nous avons le libre arbitre, commençant avec la pleine conscience, et c'est très concret. Comment est la pleine conscience, c'est le principe, la théorie, mais nous entrons dans la réalité. Nous voyons que la respiration consciente, que la marche méditative sont des choses très concrètes qui rétablissent la liberté, qui développent la liberté, et ainsi nous pouvons mettre fin à la noyade, sinon nous continuerons à nous noyer pour toujours. Peut-être que c'est la première fois que nous disons que la troisième Noble Vérité confirme que l'homme a le libre arbitre, et c'est comme une note de musique très joyeuse. On ne peut pas dire que le bouddhisme est pessimiste, parce qu'ici, c'est un élément très positif: il y a la souffrance, c'est une vérité, mais l'homme peut transformer toutes ses souffrances, et c'est une autre vérité.


Le chemin menant à la cessation de la souffrance

Et la troisième Noble Vérité est concrétisée par la quatrième Noble Vérité. Grâce à la quatrième Noble Vérité, nous voyons le fondement de la troisième Noble Vérité. Donc, la quatrième Noble Vérité est le chemin menant à la cessation des causes de la souffrance. C'est le chemin menant à la transformation des causes de la souffrance. Souffrance, puis les causes de la souffrance, puis la cessation des causes de la souffrance, puis le chemin menant à la cessation des causes de la souffrance. Et nous voyons que le Noble Chemin Octuple est très clair et très concret, et en le mettant en pratique, nous atteignons la liberté, et nous pouvons déraciner les racines de la souffrance. C'est pour cela que cette quatrième Noble Vérité est le fondement de la troisième Noble Vérité, cela démontre la troisième Noble Vérité, que l'homme a le libre arbitre. Au début, le libre arbitre est tout petit, mais si nous nous entraînons, il se développe, il grandit. L'exemple que Thay utilise souvent qui nous aide à comprendre, c'est que l'exemple d'un homme qui a une habitude, un mode de comportement. Chaque fois qu'il entend un mot provocateur qui arrose sa graine d'irritation, tout de suite, il se met en colère. C'est comme quand on allume l'allumette, ensuite il y a le feu. Et dans la réunion, dès qu'il y a quelqu'un qui dit ceci, alors lui il réagit de cette manière, et à chaque fois qu'il réagit, tous les autres voient qu'il n'est pas maître de lui-même. Et puis après ça il est triste, il est en colère avec lui-même: 'Pourquoi, je sais que ce n'est pas bien de réagir comme ça. Je me suis dit de ne pas réagir, mais à chaque fois que ma graine est arrosée, je réagis'. C'est parce qu'il a cette habitude, c'est comme le cheval qui reprend son chemin: il connaît le chemin pour rentrer chez lui. C'est pareil pour le buffle, le gardien de buffle s'assoit sur son dos, mais il n'a besoin de rien faire, le buffle connaît le chemin. Ici c'est pareil, à chaque fois qu'on dit quelque chose, alors cet homme réagit. Alors maintenant, la pleine conscience doit intervenir. Un ami lui dit: 'Bon, je vais à la réunion avec toi aujourd'hui, et je te tiendrai la main pendant toute la réunion, et si une personne dit ce mot, alors je serrerai ta main, et si je serre ta main, il faut tout de suite que tu retournes à ta respiration consciente: 'J'inspire, je ne vais pas me laisser me mettre en colère comme ça'. Je suis là, ta pleine conscience n'est pas très forte, alors je vais t'aider, je serre ta main et puis tu respires, tu souris. Quoique l'autre dise, tu respires.' Alors la pleine conscience intervient, et ce jour-là, il n'a pas explosé comme les autres fois, grâce à l'intervention de la pleine conscience. Sa pleine conscience est encore faible, parce qu'il ne pratique pas encore, et il a besoin de l'aide de quelqu'un d'autre. Il emprunte la pleine conscience de quelqu'un d'autre, et après quelques fois, il est capable d'être en pleine conscience lui-même, et puis une fois il peut dire à son ami: 'Non, c'est bon, tu n'as pas besoin de tenir ma main, ma main droite va serrer ma main gauche'. Et ainsi, il arrive à se maîtriser lui-même, et sa liberté continue à grandir, grandir. C'est ça, le libre arbitre. Et la réponse, c'est la pleine conscience. La pleine conscience, c'est le commencement, c'est le fondement. Si on a la pleine conscience, on aura la liberté.


Bouddhisme et pragmatisme

Et les quatre Nobles Vérités, comme les huit pratiques, le Noble Chemin Octuple, viennent de nos expériences vécues, de nos expériences de pratique. Ça ne vient pas de Dieu, ce n'est pas Dieu qui nous donne, ce n'est pas le Parlement qui nous donne, qui nous offre, mais c'est l'expérience vécue d'une personne, une personne qui a réussi à utiliser la pleine conscience pour arriver à la concentration, et qui a finalement atteint la vue juste. Il a trouvé le chemin, et il a partagé ce qu'il a trouvé avec les autres, comme Gautama. Et les quatre Nobles Vérités comme le Noble Chemin Octuple sont les faits moraux que toute personne peut accepter. Que vous soyez bouddhistes ou non, ceci est une vérité. Que vous croyiez en Dieu ou non, ceci est toujours une vérité. Dans le premier discours, le Bouddha a fondé un chemin d'éthique et c'est quelque chose de très réel, cela nous ramène à la réalité. Dans cette réalité, il y a des souffrances, et en regardant profondément ces souffrances, en regardant profondément dans la nature de ces souffrance, on trouve un chemin. Ce chemin est capable de transformer la souffrance, et c'est pour ça que ce chemin d'éthique est très pratique, est très réel. Aux États-Unis, il y a le pragmatisme qui dit que la vérité est utile, bénéfique. Une vérité est bénéfique, et cette vérité ne sert pas à penser, mais elle est à mettre en pratique. Dès qu'on la met en pratique, elle apporte le résultat. La vérité est quelque chose qui paie, qui est efficace. Et les quatre Nobles Vérités et le Noble Chemin Octuple sont efficaces, ils apportent des résultats. C'est pour cela que l'éthique bouddhique n'est pas abstraite, mais est très pratique et concrète. Est-ce que vous respirez en pleine conscience? Si vous savez respirer en pleine conscience, vous pourrez calmer votre corps et votre esprit, vous pourrez toucher les merveilles de la vie. Est-ce que vous faites la marche méditative? Si oui, alors vous pouvez toucher les merveilles de la vie. Alors on peut dire que le bouddhisme est très proche du réaliste de William James, et que ses vérités sont efficaces et apportent des résultats, des fruits.


Enseignement donné le 23 Novembre 2008 en vietnamien, transcrit par Pháp Thân d'après la traduction française