Tourner la Roue du Dharma

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(cloche)

Chère Sangha, nous sommes le 20 Novembre de l'an 2008. Nous nous trouvons au Hameau du Bas au Village des Pruniers de la salle de méditation l'Assemblée des Étoiles, et aujourd'hui nous écoutons le premier discours de la retraite d'hiver de trois mois de l'an 2008-2009.


Introduction sur la retraite de trois mois

Hier, la communauté s'est réunie dans la salle de méditation locale du Hameau du Haut pour faire la cérémonie de prise de refuge et nous avons appris que cette année au Village des Pruniers, il y a 52 pratiquants laïques qui passent la retraite de trois mois avec les moines et les moniales. En général, les pratiquants laïques sont occupés à cause de leur travail, de leur carrière, et il est rare pour eux de passer trois mois dans une retraite, mais au Village des Pruniers, nous avons 52 pratiquants laïques capables de suivre toute la retraite de trois mois, c'est un grand progrès. On a entendu aussi dire qu'au centre de pratique Intersein en Allemagne, il y a aussi 50 pratiquants laïques qui passent leur retraite d'hiver sous la guidance de nos enseignants du Dharma Karl et Helga. Autrefois, pendant le temps du Bouddha, seuls les moines et les moniales passaient la retraite de trois mois. Aujourd'hui, nous avons aussi les pratiquants laïques, c'est un progrès, nous avons fait mieux qu'au temps du Bouddha, et le Bouddha est très content. Et nous devrions respecter le règlement de la retraite d'hiver, nous ne devrions pas sortir de l'enceinte de notre centre, et il faut faire en sorte que chaque instant de notre vie quotidienne pendant cette retraite de trois mois devienne un instant de pratique, un moment de pratique. Nous pratiquons pour être en paix, pour être heureux, pour transformer nos souffrances, nos difficultés dans notre coeur. Pratiquer avec la Sangha est beaucoup plus facile que de pratiquer seul, parce que dans la Sangha, il y a l'énergie collective, et nous savons qu'en comptant sur cette énergie collective, il est plus facile de générer l'énergie de la pleine conscience et de la concentration, parce qu'autour de nous, d'autres personnes pratiques, les moines, les moniales, les pratiquants laïques, et pendant la pratique, dans les quatre positions du corps, nous générons l'énergie de la pleine conscience, de la concentration juste, et cette énergie nous soutient, ainsi nous pouvons retourner à la pleine conscience, à la concentration juste plus facilement. C'est pourquoi l'énergie collective est très utile, et quand nous nous rassemblons pour passer la retraite d'hiver, nous profitons de cette énergie. Les moines, en Europe, en Amérique, les grands vénérables sont conscients du besoin, de la nécessité de la retraite de trois mois, et ils font tout leur possible, mais il y a des monastères où les moines, les moniales, se sont réunis pour passer une retraite de seulement quelques semaines, parce qu'ils ont trop de travail, et ils ont perdu leur tradition de cette retraite de trois mois, et c'est une grande perte. Nous sommes heureux ici, parce que jamais nous n'avons perdu cette tradition de la retraite annuelle de trois mois, et c'est pour cela que dans la cérémonie d'hier, au Hameau du Haut, Thay a remercié le Bouddha d'avoir créé cette tradition de la retraite de trois mois, et grâce à ça, Thay peut rester avec sa Sangha pendant trois mois. Thay a remercié le Bouddha, car grâce au Bouddha, nous restons là, tranquilles, nous n'allons nulle part pendant ces trois mois. Et Thay a aussi dit que la Sangha est le lieu de refuge de Thay, et la source de bonheur de Thay. Pendant trois mois, avoir un lieu de refuge, avoir une source de bonheur est une grande chance, un grand bonheur pour Thay. Et Thay a demandé à la Sangha de continuer d'être le lieu de refuge et une source de bonheur pour Thay. Et quand nous sommes conscients que nous avons la chance d'avoir une retraite de trois mois, cette prise de conscience nous apporte le bonheur, parce que dans cette vie même, dans la communauté bouddhique, beaucoup de personnes n'ont pas la capacité de s'arrêter pour avoir une retraite de trois mois.


Notre vraie demeure

Ce matin, quand Thay a ouvert le robinet pour se laver, Thay a senti le contact entre ses doigts et l'eau du robinet. L'eau était tellement fraîche, et Thay était conscient que l'eau venait d'une source du haut de la montagne, ou bien du profond d'une source, et l'eau est arrivée à la main de Thay, et comme il faisant froid dehors, l'eau était froide aussi, et quand Thay a mis de l'eau sur ses deux yeux pour se laver, c'était très frais, comme l'eau de la compassion, et les deux yeux étaient rafraîchis par l'eau fraîche, et Thay était très content pendant cet instant. Il suffit d'ouvrir le robinet, il suffit de mouiller ses doigts avec de l'eau et il suffit de mettre de l'eau sur ses yeux pour être heureux. Et en se brossant les dents, on peut être libre, tranquille, on peut être bien établi dans le moment présent, et pendant ces quelques minutes, on peut être très heureux. Le bonheur dépend de nous, dépend du fait que nous sommes en pleine conscience ou non. Et tout à l'heure, avant les enseignements, Thay a entendu le son de la cloche, et Thay est retourné au moment présent, et Thay voyait très clairement que dehors à gauche, il y avait des bambous, et qu'à droite il y avait une forêt, et Thay voyait clairement que Thay était bien présent, et le son de la cloche l'a ramené à sa vraie demeure. « J'écoute, j'écoute, ce son merveilleux me ramène à ma vraie demeure. » Au Vietnam, depuis longtemps, on chante 'Notre vraie demeure est une branche de framboisier, notre vraie demeure, c'est le chemin qui nous mène à l'école' et ainsi de suite, mais selon l'esprit de notre pratique, notre vraie demeure est différente. Notre vraie demeure, notre pays natal, ne se trouve pas dans les souvenirs qu'on amène avec soi, parce qu'une branche de framboisier peut appartenir au passé, le cerf-volant peut appartenir au passé, et bien sûr, beaucoup d'entre nous, pendant notre enfance, avons été très heureux. Mais en grandissant, nous avons été trop occupés, nous sommes entrés dans la vie, et notre enfance nous manque, les moments de jouer avec le cerf-volant, les moments d'attraper les papillons sur le chemin d'aller à l'école, et pendant ces moments-là, nous avons été vraiment heureux, mais peut-être que nous n'en étions pas conscients. Être heureux est une chose, et être conscient de ce bonheur est une autre chose. Avoir de la chance, c'est une chose, et être conscient qu'on a de la chance est une autre chose. Et quand nous chantons la chanson, notre pays natal est une branche de framboisier, et le cerf-volant est la petite barque, alors nous pensons à notre paradis d'autrefois, mais cette image peut être perdue, et ce pays natal n'est plus que souvenirs, mais en tant que pratiquant, notre vraie demeure est le moment présent. Notre vraie demeure d'autrefois était un bananier, mais ici, nous n'avons pas de bananier, nous avons un pommier, nous avons un poirier, alors notre vraie demeure peut-être un pommier ou un poirier. C'est pour cela que dans le moment présent, sur cette terre, nous pouvons toucher notre vraie demeure, notre pays natal, et lorsque nous entendons le son de la cloche, nous retournons à notre respiration, nous voyons que nous sommes présents, que la vie merveilleuse est présente pour nous: le ciel bleu, les nuages blancs, le chêne vert, le pommier, nos amis de pratique autour de nous, et tout cela appartient à notre vraie demeure, et tout cela est là dans le moment présent, même sans le framboisier, sans la petite barque, alors nous pratiquons pour être dans notre vraie demeure dans le moment présent. Où que nous soyons, nous nous sentons bien. Il y a des choses dans le moment présent que nous ne chérissons pas, et nous attendons jusqu'à ce qu'elles disparaissent pour savoir les apprécier, mais quand nous n'avons plus ces choses-là, alors elles appartiennent au passé, et pour nous, notre vraie demeure doit être dans le moment présent. Notre vraie demeure n'est pas un souvenir du passé, alors pratiquons de façon que notre Sangha devienne notre vraie demeure. Notre Sangha est partout, notre Sangha est notre source de bonheur. Au début de cette retraite, nous voyons beaucoup de moines et de moniales venant de loin, et nous sommes tellement heureux de nous rencontrer ici, et commençons cette retraite avec ce bonheur. Alors pendant ces trois mois, il faut faire en sorte que notre vraie demeure soit ici et maintenant. Si nous prenons refuge dans la Sangha pour pratiquer, si nous prenons cette retraite comme notre vraie demeure, nous serons heureux.


Le chemin du Bouddha

Le thème de la retraite, cette année, est le chemin, la voie du Bouddha. Le chemin que le Bouddha a suivi et le chemin que le Bouddha nous montre. Le chemin menant au bonheur, le chemin menant à la transformation. Nous avons eu des retraites comme le coeur du Bouddha, les yeux du Bouddha, les pieds du Bouddha, et aujourd'hui, nous avons le chemin du Bouddha. Nous pouvons poser la question: « Mais tous les ans, nous apprenons le chemin du Bouddha, pas seulement cette année. Tout ce que nous avons appris dans les soutra est le chemin du Bouddha, alors pourquoi y a t-il ce thème cette année? » Parce qu'il y a un nouveau besoin, une nouvelle nécessité. Notre monde va à un nouvel ordre, la globalisation, il y a un nouvel ordre, l'ordre global. Un nouvel ordre global. L'économie est en train de se globaliser aussi, ainsi que la politique, l'éducation, et l'éthique suit aussi la globalisation, alors un ordre global a besoin d'une éthique, d'une éthique globale. Dans le passé, nous avons eu des éthiques spécifiques, appartenant à chaque culture, à chaque pays, à chaque tradition, et chaque éthique a une valeur spécifique. Comment faire aujourd'hui pour arriver à une reconnaissance des valeurs universelles, des valeurs communes? Nous devons établir une éthique globale, une éthique universelle, car ce nouvel ordre global demande une nouvelle éthique globale. Et nous qui avons pratiqué le bouddhisme, nous avons la responsabilité d'exposer en quoi le bouddhisme peut contribuer à la construction, à la création d'une nouvelle éthique globale, quels éléments bouddhiques peuvent contribuer à former une nouvelle éthique globale. Bien sûr, dans le monde, il y a d'autres, il y a différentes traditions, et chaque tradition a des visions, des visions profondes, des sagesses, des expériences sur l'éthique. Et chaque religion, chaque tradition, chaque philosophie a sa vision profonde et ses expériences et peut contribuer à cette nouvelle éthique globale. Alors en ce qui concerne le bouddhisme, qu'avons de précieux à contribuer à cette nouvelle éthique globale? C'est le thème de cette retraite d'hiver: le chemin du Bouddha, les contributions du bouddhisme à la nouvelle éthique globale. Et nous avons trois mois pour aller en profondeur dans ce thème. Ces enseignements seront en vietnamien traduits en anglais et en français, et l'année prochaine, dans la retraite de 21 jours, nous reprendrons ce thème pour le condenser dans la retraite de 21 jours en anglais. Donc, nous allons apprendre ce thème en vietnamien, puis encore en anglais, mais en plus condensé. Et maintenant, nous avons 90 jours pour apprendre ce thème. C'est comme ce qui c'est passé avec le coeur des enseignements du Bouddha. Autrefois, nous avons passé une retraite d'hiver et de printemps à apprendre en vietnamien le coeur des enseignements du Bouddha, et plus tard, dans une retraite de 21 jours, nous avons repris le même thème en anglais. Dans les discussions du Dharma, nous pouvons contribuer beaucoup, et aider nos amis qui viennent d'arriver.


(cloche)

Notre façon d'étudier est différente de celle suivie à l'université ou à l'école. Dans les écoles, nous devons lire beaucoup de livres, et lire très rapidement, parce qu'à l'école, on donne plus d'importance à la connaissance de la théorie, des notions. Ici, nous focalisons plus sur le regard profond, et si nous avons trop de documents, nous n'aurons plus le temps pour regarder en profondeur. Nous pouvons lire très rapidement, mais nous ne gardons en mémoire que les idées principales. Mais notre façon de faire est très différente, et nous regardons en profondeur, et pendant cette retraite, vous aurez très peu de documents à lire. Premièrement, il y a un document d'un forum de Chicago de 1993, où s'est déroulé un forum du Parlement des religions du monde, où ils ont rédigé une déclaration pour une éthique planétaire, et il y a juste une dizaine de pages à lire (Télécharger le PDF). Vous devriez lire ce document pour réfléchir, pour regarder profondément, pour comprendre en quoi nous pouvons contribuer à cette éthique globale et dans quel domaine. Et ce document est en anglais. Si vous allez sur internet, vous pourrez le trouver en allemand et probablement en français. Alors, Thay demande à certains frères et à certaines soeurs d'aller sur internet pour trouver ces documents, mais Thay ne croit pas qu'on puisse le trouver en vietnamien, et c'est pour cela que l'on devra le traduire en vietnamien. Le théologien allemand Hans Küng a fait un compte rendu de ce Forum des religions du monde dans un petit livre, 'Manifeste pour une éthique planétaire. La déclaration du Parlement des religions du monde', et c'est un document que l'on va utiliser pour regarder profondément, et en lisant ce document, en réfléchissant, nous allons toucher des semences de vision profonde en nous, et ces visions profondes seront nos contributions à cette éthique globale. En vietnamien, 'éthique' se traduit 'luân lí'', et en général 'luân lí' signifie 'moralité', on traduit 'moralité' plus avec 'luân lí', mais on peut aussi traduire 'moralité' comme 'đạo đức', ou 'éthique'. Le mot 'luân lí' a son origine en sino-vietnamien. 'Luân' signifie notre façon de nous comporter afin de ne pas causer de souffrances, le code de comportement entre les hommes pour réduire la souffrance, pour minimiser la souffrance. Et 'lí' signifie 'principe de base', principes fondamentaux pour des actions, pour des relations, des règlements, des règlements de base dans des comportements et 'luân lí' peut être l'abrégé de 'luân tổng đạo lí'. 'Tổng' signifie 'commun', 'général', ce que tout le monde accepte, ce qui est pour tout le monde, et qui est durable. Ce n'est pas seulement aujourd'hui que c'est comme ceci, demain, ce le sera encore. Ce sont les principes, les codes de comportement entre les humains, entre les hommes, toujours acceptés universellement, dans tous les temps. Et 'lí' signifie 'raisonnement', ou bien 'principe'. 'lí' a au moins deux significations. Premièrement, cela signifie les principes, et deuxièmement, les raisonnements. Nous devons utiliser notre vision profonde pour regarder profondément. Nous ne prenons pas seulement notre coeur, mais nous prenons aussi notre vision profonde, ou le raisonnement, pour regarder profondément, pour découvrir des principes de base, des principes fondamentaux, le fondement des comportements. Alors le mot complet, c'est 'luân tổng đạo lí', 'les principes fondamentaux créant le chemin'. 'đạo' signifie 'chemin', et ce chemin se manifeste dans des comportements entre les hommes acceptés par tout le monde, et c'est la signification de 'luân tổng đạo lí', c'en est le sens, dans le sens de la moralité en Orient, les principes, les codes, les raisonnements qui mènent à un chemin qui se manifeste dans des comportements entre les humains qui sont acceptés par tout le monde. C'est le sens des orientaux, la signification en Orient, et ce mot, 'đạo đức' peut se traduire aussi comme 'moralité' ou 'éthique'. Il y a le mot 'đạo', le chemin, et 'đức' qui signifie les vertus, les qualités, par exemple l'honnêteté, la franchise, la générosité, la tolérance, ces éléments qui apportent le bonheur et ne causent pas de souffrance, ce sont des qualités, des vertus. Le chemin, les vertus qui nous offrent un chemin de comportement et qui ne causent pas de souffrance à nous-même ou aux autres, mais qui nous apportent le bonheur, c'est ça, 'đạo đức', 'chemin et vertu', ou bien 'chemin des vertus'. Nous pouvons traduire 'đạo đức' comme 'le chemin et les vertus' ou 'les vertus qui nous montrent le chemin de comportement'. C'est la définition des mots 'luân lí' et 'đạo đức' en Orient. Lorsque le Bouddha a atteint l'éveil, tout de suite, il a pensé à un chemin. Nous avons le terme 'đạt đạo', atteindre l'éveil, réaliser la voie ou atteindre l'illumination. Sous l'arbre de la Bodhi, le Bouddha a atteint l'éveil. La traduction mot à mot de 'đạt đạo', est 'réaliser la voie', et donc, le mot la voie ici ne signifie pas seulement le chemin mais aussi la vérité, la vérité absolue. Chemin ici signifie aussi la grande vision profonde qui nous libère, c'est ça le chemin, c'est ça, la voie. En Orient, le mot 'đạo' signifie d'abord la voie, ensuite la voie signifie vision profonde, et 'đạo'. Nous pouvons dire que 'đạo' est cette vision profonde mais aussi le chemin menant à cette vision profonde. Nous traduisons souvent le mot 'tôn giáo' comme 'religion'. 'Tôn' signifie 'tradition', ou 'école'. 'Tôn' signifie 'tradition' et 'giáo' signifie 'enseignement'. Tradition des enseignements, des pratiques. En occident, la religion est liée à Dieu, au Créateur, et à la croyance en un créateur, mais le mot 'tôn giáo' ne signifie pas vraiment cela, il ne demande pas la croyance en un créateur ou quelque chose comme ça. 'Tôn giáo' signifie simplement 'tradition des enseignements'. Et 'giáo' ici signifie enseigner. Et parfois, nous traduisons 'đạo' comme 'religion', comme le christianisme, ou le bouddhisme, le catholicisme, mais en fait, 'đạo' signifie simplement 'chemin', 'voie', alors il n'est pas correct de traduire 'đạo' comme 'religion', parce que dans les religions, il faut un créateur, comme dans le christianisme, mais 'đạo' signifie quelque chose qui n'a rien à voir avec un créateur, et c'est pour cela qu'il n'est pas juste de traduire 'tôn giáo' comme 'religion', et qu'il n'est pas correct de traduire 'đạo' comme 'religion 'non plus. Mais dans le bouddhisme, l'idée de la voie est très claire. Et dans cette retraite, nous allons apprendre la voie du Bouddha.


Tourner la Roue du Dharma

Le premier discours, le premier enseignement du Bouddha destiné à ses cinq amis de pratique a fondé une tradition d'éthique, et cet enseignement a tourné la Roue du Dharma dans lequel le Bouddha a parlé des Quatre Nobles Vérités et du Chemin Octuple. Le Bouddha a parlé de l'éthique bouddhique, et si on veut parler de l'éthique, il faut parler de ce discours. Après avoir atteint l'éveil, le Bouddha voulait partager sa vision profonde. Après avoir atteint l'éveil, le Bouddha s'est promené partout, dans la forêt, autour des étangs de lotus, et aussi il a passé du temps avec des enfants, et pendant plusieurs semaines probablement, il a réfléchi sur comment partager sa vision avec les autres, puis il s'est posé la question de savoir avec qui il allait partager, et il a pensé à ses cinq anciens amis de pratique, et parmi ces cinq, il y avait Kondana. Et à partir de Bodhgayâ, c'est à dire, de l'arbre de la Bodhi, il est allé au parc des cerfs, à Sarnat, à pieds, pour trouver ses cinq anciens amis de pratique, et il a mis au moins deux semaines pour y arriver. Il a marché sur des chemins en terre, au bord des rizières. C'était le maître qui était à la recherche de ses étudiants. Pendant le dernier voyage en Inde, nous avons pris l'autocar de Sarnat, du parc des cerfs, là ou le Bouddha a offert son premier enseignement à ses cinq amis. Nous avons pris l'autocar de Sarnat à Bodhgayâ, et c'était fatiguant, même si on a pris l'autocar, ça a mis six heures, et autrefois le Bouddha a marché à pied, il a fait la marche méditative de l'arbre de la Bodhi jusqu'au parc des cerfs. Il a entendu dire que ses amis étaient au parc des cerfs, et c'est pour ça qu'il est parti, ce n'était pas sûr qu'ils soient encore là, mais il est parti, et heureusement pour le Bouddha et ses cinq amis, ses cinq amis étaient encore là, et c'est pour cela qu'ils se sont rencontrés, et dans son partage, le Bouddha a parlé des Quatre Nobles Vérités et du Chemin Octuple, et c'est le contenu de la tournée de la Roue du Dharma, et le soutra de la tournée de la Roue du Dharma peut-être un document de base pour l'éthique de base, parce qu'il est très pratique, très concret, ce n'est pas de la philosophie, mais c'est plutôt très scientifique, c'est très éthique. Le Bouddha a parlé de la souffrance des hommes, et de comment faire pour transformer la souffrance, et il a offert des pratiques concrètes, il a offert un chemin pour transformer la souffrance, et c'est le contenu des Quatre Nobles Vérités. Les Quatre Nobles Vérités. Tứ Diệu Đế. Parfois, cela se traduit comme les Quatre Merveilleuses Vérités, les Quatre Vérités Merveilleuses, les Quatre Nobles Vérités et parfois, on traduit comme les Quatre Vérités Véritables, les Quatre Vraies Vérités, les Quatre Vérités Justes, les Quatre Vérités Authentiques. Et pendant le dernier voyage en Inde, Thay a été invité au Parlement sur le sujet de 'comment diriger', comment peut-on être un leader avec compassion, quelles sont les qualités nécessaires d'un leader, comment être un leader avec courage et compassion. Et celui qui a écrit l'invitation à Thay était le directeur du comité de la culture internationale du Parlement. Il a invité Thay chez lui pour prendre le thé, et il a invité Thay à aller voir son autel plus haut chez lui. Autrefois, il était prince d'un royaume au Cachemir, normalement, il devait être roi, mais il a choisi une autre voie, il a été élu au Parlement, et il est un des dirigeants du Parlement, l'un des leaders, et sur son autel il y a aussi une statue du Bouddha, et il a dit: « Cher Thay, je récite aussi les trois refuges: 'Je prends refuge dans le Bouddha, je prends refuge dans le Dharma', mais je ne récite pas 'Je prends refuge dans la Sangha', parce qu'ici il n'y a pas de Sangha. C'est pour cela que je lis seulement les deux refuges, je récite seulement les deux refuges. » Et pour le troisième refuge, il récite 'Je prends refuge dans la vérité'. Je prends refuge dans la vérité. C'est triste de ne pas avoir une Sangha pour prendre refuge, et il a pris refuge dans la vérité. Retournons à notre vraie demeure.


(cloche)

La vérité de la souffrance

Alors, d'après le premier enseignement, le premier discours donné par le Bouddha, la première vérité, c'est qu'il existe des souffrances réelles dans le présent. C'est la première Noble Vérité, dukkha, qu'on traduit comme mal-être. Alors même avec la première Noble Vérité, vous avez vu que le Bouddha est très réaliste, très pratique. Il ne passe pas son temps à parler de l'univers, du cosmos, qui a créé ce monde, au contraire, il nous amène à la vérité qu'il existe des souffrances en nous et dans notre société. C'est une vérité, c'est l'objet de notre attention, c'est notre travail, de reconnaître la présence de la souffrance pour résoudre le problème des souffrances, et c'est ça l'éthique, au lieu de nous projeter dans l'univers, dans les galaxies pour faire des recherches, nous ramenons notre esprit pour examiner notre situation, notre corps, nos souffrances, notre mal-être, pour trouver une solution, pour trouver un chemin de comportement. Que devrions nous devrions faire? Alors, l'éthique, la moralité ici, c'est l'action, et ce n'est pas la théorie. Un nombre de ses étudiants n'ont pas compris son intention, et en entendant que la souffrance est une vérité, ils passent tout leur temps à démontrer que tout est souffrance: la naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, tout est souffrance, juste pour démontrer que le Bouddha a dit la vérité. Mais le but du Bouddha n'est pas dire que tout est souffrance, le Bouddha a dit simplement que la souffrance est là, et qu'il fallait la gérer, la transformer. Le Bouddha n'a pas dit que tout est souffrance, qu'il n'y a rien de joyeux, mais beaucoup de personnes ont suivi cette façon de penser, et ils disent qu'il y a trois sortes de souffrance. La première souffrance, c'est la souffrance-souffrance, c'est la vraie nature de la souffrance. Elle a une souffrance, par exemple le mal de dents, c'est de la souffrance, perdre un bien-aimé, c'est de la souffrance. Et puis il y a la souffrance-formation. Toute formation est souffrance, par exemple, notre mal de dents est une formation, c'est une souffrance, mais quand nous n'avons pas mal aux dents, c'est aussi une souffrance, parce que notre dent est une formation. En sanscrit, samskara. Et ce mot 'formation' est un terme spécifique. Il signifie toute formation, tous les événements faits de la combinaison, du rassemblement des formations, comme cette fleur. Il y a toutes les conditions, et formation signifie quelque chose qui se manifeste à partir d'un rassemblement de conditions, et dans les soutra il est dit que toute formation est impermanente, et c'est la vérité: il n'y a aucune formation, il n'y a rien qui ne soit pas impermanent, non seulement notre mal de dents est impermanent, mais notre dent est aussi impermanente, et c'est vrai, parce que tout est impermanent. Et le Bouddha a bien dit cela, mais d'autres int dit que toute formation est souffrance, que bien sûr, on souffre, mais que même quand on n'a pas mal aux dents, on souffre aussi parce que dès qu'on a une dent, on souffre. Tout se décompose: cela ne se décompose pas encore, mais cela se décomposera, et donc cela souffre. Cela ne se décompose pas encore, mais cela souffre quand même, et ceci montre que la personne veut absolument montrer que le Bouddha a dit la vérité et tout est souffrance, mais en vérité, le Bouddha n'a jamais dit ça, le Bouddha a dit simplement que la souffrance existe, il qu'il fallait chercher à résoudre ce problème. Il faut être un peu intelligent, il ne faut pas nous attacher aux concepts, il faut bien comprendre ce que le Bouddha a dit. Le Bouddha a dit simplement que la souffrance existe, et qu'il fallait la gérer, et la résoudre. Donc, si vous voulez enseigner la Première Noble Vérité, il faut être habile: vous pouvez dire que tout est impermanent, que tout est non-soi, et alors c'est correct. Dans notre société, quand on met au monde un bébé, c'est un grand bonheur, et on célèbre l'anniversaire, on chante 'Bon anniversaire'. Mais si l'on dit que la naissance est souffrance, si vous acceptez que la naissance est souffrance, alors il ne faut pas chanter 'Bon anniversaire', et il ne faut pas la célébrer. Et on dit aussi que la vieillesse est souffrance, mais parfois on peut être très heureux dans la vieillesse. Thay est vieux, et c'est pour ça, Thay le sait. On peut être très joyeux, très heureux quand on est vieux. Quand on est vieux, on n'est pas poussé par des énergies temporaires, on est détendu, on est plus calme, et on peut vivre profondément, on a des visions profondes. Donc la vieillesse n'est pas forcément souffrance, n'ayez pas peur, n'ayez pas peur de la vieillesse, c'est très bien d'être vieux. Quand on est jeune, on est comme un ruisseau qui saute, qui coule très vite, on a tellement hâte d'arriver, on court, on veut arriver à l'océan aussi vite que possible, mais quand on arrive à la plaine, la rivière se ralentit, et puis elle voit les nuages, le ciel en son sein, et elle reflète tant de beauté, alors on n'est pas seulement heureux en tant que ruisseau, on est heureux en tant que rivière aussi. Et puis on dit que la maladie est souffrance. Mais il est dit dans les soutra que la maladie nous aide à avoir la vision profonde. Si nous ne connaissons pas la maladie, nous sommes très loin de la réalité. Quand nous sommes enfant, si nous ne tombons pas malade, notre système immunitaire est très faible, et le bébé qui tombe malade renforce en même temps son système immunitaire et en grandissant, il pourra faire face à l'invasion des microbes. Donc la maladie des bébés est très utile, et elle aide le bébé à grandir, à être plus fort contre les microbes, et aussi il est dit que si on n'est jamais malade, la fierté, l'arrogance se développent. Donc c'est très bien d'être malade de temps en temps, et vous le savez, quand vous êtes malade, vous avez la chance de vous reposer, et puis vous pouvez apprécier la santé, et grâce à la maladie, vous grandissez, alors la maladie n'est pas forcément souffrance, ça peut être une condition favorable pour le bonheur. Et puis on dit que la mort est souffrance, mais si il n'y avait pas la mort, il n'y aurait pas la naissance. Si on ne meurt pas, il n'y aura plus de place pour nos enfants, nos petits-enfants, et ils n'auront pas d'avenir. En vieillissant, nous aurions mille ans, des milliers d'années, et puis sur cette planète terre il y aurait plein de vieux qui marchent avec le dos courbé, il n'y aurait plus de place pour les jeunes. Et dans notre corps, s'il n'y avait pas de cellules qui meurent, alors il n'y aurait pas de place pour les nouvelles cellules. Alors la mort est indispensable, et avec la vision profonde, nous mourons, mais nous ne mourons pas, et nous ne souffrons pas, et c'est pour cela que la vieille explication des Quatre Nobles Vérités est bien démodée. La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance. Aujourd'hui, il faut connaître bien la souffrance d'aujourd'hui. Qu'est-ce que c'est? Autrefois, il n'y avait pas encore le réchauffement planétaire, et aujourd'hui, c'est un vrai problème, une grande souffrance, un accident, et il faut exposer la souffrance avec ces problèmes, avec ces dangers, et nous devrions avoir le temps pour nous assoir et regarder profondément. Aujourd'hui, il y a beaucoup de violence dans la société, beaucoup de terrorisme, et ce sont les nouvelles souffrances, les nouvelles souffrances qui n'existaient pas dans le passé. Et il y a beaucoup de personnes qui sont mentalement malades, beaucoup de guerres entre les religions, ce sont les souffrances que nous devons mentionner. Et il faut être conscient de ces nouvelles souffrances: le fanatisme, la séparation, la discrimination, la violence, le terrorisme, la récession économique, la destruction de l'environnement, et nous devrions avoir une nouvelle vision sur la vérité de la souffrance, il faut connaître le chemin, il faut le voir pour aller vers la transformation de ces souffrances. Alors la première vérité, le mal-être, il faut la reconnaître et appeler le nom de ces souffrances, nos vraies souffrances, les souffrances universelles, les souffrances collectives et les souffrances individuelles. Bien sûr, nos souffrances sont liées à la souffrance planétaire, mais nous avons nos propres souffrances aussi, il faut les reconnaître. Peut-être que c'est le désespoir, la rancune, la haine, l'anxiété, les soucis, et il faut les admettre, il faut les accepter pour trouver un chemin de transformation. Et le point, ce n'est pas de démontrer que la vie est souffrance, mais il faut reconnaître toutes ces souffrances pour trouver un chemin de transformation.


La vérité des causes de la souffrance

Et pour voir le chemin de la transformation, il faut voir les causes de la souffrance, l'origine de la souffrance. Par exemple, si nous voulons résoudre le problème du réchauffement planétaire, alors il faut savoir pourquoi, quelle est l'origine de ce problème. Notre façon de consommer quotidiennement, l'utilisation des voitures, la destruction des forêts, l'élevage, tout cela, ça contribue au réchauffement planétaire. Et donc, la deuxième vérité, c'est de trouver les causes de la souffrance. Nous utilisons trop de voiture, nous détruisons les forêts, nous mangeons trop de viande, nous produisons trop de dioxyde de carbone, et c'est pour cela qu'il y a le phénomène du réchauffement planétaire. Il faut trouver la raison, il faut trouver la cause, sans voir la cause, il ne faut pas espérer trouver la solution. Il faut regarder la souffrance pour voir la cause de la souffrance. D'où vient cette souffrance? Il faut voir clairement tout ça. Alors ça, c'est la contribution du bouddhisme dans l'éthique globale. C'est très concret, on ne parle pas des choses dans les nuages. Il y a la souffrance actuelle, et il faut voir la cause de tout ça, ce sont les principes de base qui nous permettent d'avoir des visions profondes, et ce principe de souffrance et de cause de la souffrance peuvent s'appliquer à notre propre situation. Quelles souffrances avons-nous, concernant la souffrance physique ou la souffrance mentale. Il faut regarder profondément pour voir d'où viennent toutes ces souffrances, il faut trouver une solution. Quand nous avons une maladie, c'est le même principe. Quelles sont les causes de cette maladie, cela vient-il de la nourriture, ou bien des soucis, ou bien de l'excès de travail, du manque de détente ou quelque chose comme ça, alors il faut trouver toutes ces causes pour espérer trouver une solution. Nos propres souffrances et aussi les souffrances du monde, non seulement les souffrances des hommes, mais aussi les souffrances de tous les êtres. D'où viennent ces souffrances? Pourquoi y a t-il une récession économique, pourquoi cette pollution, pourquoi ce réchauffement planétaire, pourquoi trop de violence, trop de haine? Et il faut poser ces questions pour trouver la deuxième vérité: les causes du mal-être. La Première Noble Vérité, c'est la souffrance, la Deuxième Noble Vérité, c'est la cause de la souffrance. Et les autres traditions sont invitées aussi à regarder profondément, même si vous êtes chrétien ou musulman, vous admettez que ces souffrances sont réelles, ces souffrances ont des raisons, proches ou lointaines, et il faut nous assoir ensemble pour trouver ces causes. Ce n'est pas parce que vous êtes chrétien ou musulman que nous ne travaillons pas ensemble, ni que nous ne soyions pas d'accord sur la vérité. C'est pour cela, que tout d'abord, il faut appeler le nom des souffrances actuelles en nous et autour de nous. Ensuite, il faut regarder attentivement, profondément pour reconnaître les causes, l'origine menant à ces souffrances. Et c'est la pratique bouddhique, et ça ne demande pas une croyance, on n'a pas besoin d'une croyance en Dieu ou en quiconque, il suffit d'utiliser notre vision profonde pour admettre la souffrance et les cause de la souffrance, et c'est pour cela que les contributions du bouddhisme ne sont pas vraiment religieuses, mais sont fondées sur l'expérience et la vision profonde. Et la déclaration sur l'éthique globale à Chicago a été signée par plusieurs traditions. Il faut la lire et il faut voir quelles peuvent être les contributions du bouddhisme, il faut la lire avec notre liberté de perception, et en lisant avec cet esprit, nous aurons la vision profonde et nous pourrons la compléter.


(cloche)


Enseignement donné le 20 Novembre 2008 en vietnamien, transcrit par Pháp Thân d'après la traduction française