Entrer en contact avec ses ancêtres et ses descendants

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(cloche)

Chère Sangha, aujourd'hui, nous sommes le 15 Février de l'an 2009. Nous sommes au Monastère du Nectar du Dharma, dans la salle de méditation l'Assemblée des Étoiles pendant la retraite d'hiver, et aujourd'hui, c'est le dernier discours du Dharma de la retraite d'hiver de trois mois.


Réussir à ne rien faire

Nous sommes souvent assis dans la position du lotus, et cette position du lotus est une position très stable. Il y en a qui n'arrivent pas à s'asseoir en lotus, et ils doivent chercher d'autres positions assises, et en cherchant, il est certain qu'ils trouveront une manière de s'asseoir qui les met bien à l'aise, dans la solidité. Il y en a qui ont besoin d'un coussin, il y en a qui ont besoin d'une chaise, mais tout le monde doit trouver une position bien solide et bien confortable. Parce que s'asseoir est une des quatre positions du corps, et nous tous, nous avons envie de nous asseoir tranquillement. Les quatre positions sont la position assise, debout, marchée, allongée, et nous avons envie de nous asseoir bellement, de nous allonger bellement, de nous tenir debout bellement, et de marcher bellement. Chacun d'entre nous a besoin de trouver une position assise dans laquelle il se sent bien, solide et heureux. Et lorsque nous avons une position assise bien solide, bien à l'aise, nous pouvons nous asseoir longtemps, nous pouvons nous asseoir pendant une demi-heure, ou bien pendant trois-quarts d'heure, pendant une heure, ou pendant une heure et demie, cela dépend. Et lorsque nous nous entraînons dans la méditation assise, premièrement, il faut réussir à nous arrêter. S'asseoir signifie en premier arrêter tout mouvement du corps et tout mouvement de l'esprit, toute action du corps et de l'esprit, et il faut de l'entraînement pour arriver à faire cela. C'est la pratique de l'arrêt, samatha en sanskrit. La pratique de l'arrêt est très importante. Et puis nous avons aussi la pratique du regard profond, vipassana. Nous pouvons faire beaucoup de choses, Thay peut nous montrer comment faire plein de choses, Thay arrive à faire cela, nous arrivons à faire cela, à condition que nous nous entraînions. Et une des choses à faire, c'est de ne rien faire. On s'assoit simplement et c'est la pratique de l'arrêt. Nous croyons que c'est difficile de faire ceci ou cela, mais en fait, ne rien faire est la chose la plus difficile, et un pratiquant devrait réussir à ne rien faire. On s'assoit simplement sans rien faire, on ne lutte pas, on ne fait pas d'efforts, on ne fait rien. C'est ça, arrêter. Arrêter tout soucis, tous projet, tout effort, arrêter tout plan, toute action, tout projet. Arrêter avec son corps et avec son esprit.


Utiliser son corps

Et pour arrêter avec son corps, il faut utiliser son corps, il faut une position assise bien solide, il faut savoir comment utiliser la respiration consciente, et avec notre corps et notre respiration consciente, nous pouvons aider notre esprit à arrêter. Lorsque nous inspirons et que nous faisons attention à notre inspiration, alors nous pouvons reconnaître notre inspiration. Notre respiration est quelque chose de vrai, de réel, qui se passe : 'J'inspire et je sais que l'inspiration a lieu.' Nous sommes en contact avec notre inspiration. Et une fois qu'on arrive à entrer en contact avec l'inspiration, on peut être en contact avec plein d'autres choses, parce que l'inspiration est liée à notre corps. Parce qu'on a un corps, on a la respiration, et la respiration est la porte qui ouvre et qui nous permet d'entrer en contact avec notre corps. Dans les enseignements du Bouddha, il y a le troisième exercice dans le soutra de l'attention à la respiration : 'En inspirant, je suis conscient de tout mon corps.' Le premier exercice, c'est : 'En inspirant, je suis conscient de mon inspiration, et en expirant, je suis conscient de mon expiration.' Et le troisième exercice : 'En inspirant, je suis conscient de tout mon corps.' Et ainsi, au début, on reconnaît sa respiration, et ensuite, on reconnaît la source de la respiration, c'est-à-dire le corps, parce que sans le corps, il n'y aurait pas la respiration. Mais le corps, c'est un corps vivant et pas un cadavre. Le corps qu'on touche, dont on entre en contact avec, est un corps vivant, et pas un cadavre. Et donc quand on arrive à entrer en contact avec son corps, on peut toucher aussi ce qui rend notre corps vivant, et c'est notre esprit, parce que sans esprit dans le corps, le corps n'est qu'un cadavre. Parce qu'il y a la conscience, l'esprit, ce corps est vivant. Donc le corps et l'esprit, les deux s'appuient l'un sur l'autre pour se manifester. Sans corps, il n'y aurait pas l'esprit, et sans esprit, il n'y aurait pas le corps. Quand on entre en contact avec le corps, on peut entrer en contact avec l'esprit, parce que l'esprit se trouve dans le corps et le corps dans l'esprit. Alors on commence avec la respiration pour entrer en contact avec le corps, et puis avec l'esprit : c'est lié, on ne peut pas enlever la respiration hors de l'esprit ou hors du corps. Et c'est ça qui est extraordinaire, avec le soutra de l'attention à la respiration, pas à pas, on pratique, et c'est le retour à son corps, le retour à son esprit, et on retourne pour gérer, pour arranger, pour ranger, pour calmer, pour mettre à l'aise, pour pacifier, pour remettre dans l'ordre. Tout cela, cela fait partie de la pratique de l'arrêt. On arrête et puis on calme. Et pour ceux qui sont habitués à la méditation, retourner à la méditation consciente pour reconnaître son corps et son esprit, pour apaiser son corps et son esprit, c'est quelque chose qu'ils peuvent réaliser au bout de dix secondes. On peut le faire très vite quand cela devient une habitude. Quand cela devient une habitude, c'est très facile. C'est comme lorsqu'on est habitués à préparer du thé, on nettoie les théières, on bout l'eau, et on on rajoute l'eau bouillie, et c'est très rapide, et tous les matins, on prépare le thé, et au bout d'une minute, on peut verser du thé et en boire. Et la méditation assise est pareille : si nous sommes habitués à ramener notre esprit à la respiration, et si on sait comment respirer tranquillement, si on sait comment utiliser la respiration pour reconnaître son corps et son esprit, alors on embrasse la respiration, le corps et l'esprit, et on peut les calmer, et au bout de dix secondes, vingt secondes, on peut apaiser et pacifier son corps et son esprit. Et la méditation assise peut être très agréable, cela peut nous apporter beaucoup de bonheur. La pratique de l'arrêt suit la pratique du regard profond, comme l'ombre qui suit la forme. Dès qu'il y a l'arrêt, il y a le regard profond, parce que lorsqu'on fait attention à quelque chose, on le voit plus clairement, et voir plus clairement, c'est la pratique du regard profond. Au début, on fait attention à la respiration, et comme on fait bien attention, on voit plus clairement. Au début, on fait attention à son corps, et parce qu'on prête beaucoup d'attention à son corps, on se concentre dans son corps, et on voit son corps en profondeur, et on voit son esprit en regardant ce corps, on voit que ce corps contient le corps de papa, de maman, de tous nos ancêtres.


Ancêtres

Nous avons des ancêtres humains, mais nous avons aussi des ancêtres qui sont des animaux, des végétaux, et des minéraux. Les humains sont apparus beaucoup plus tard que les autres espèces sur la planète Terre. Au début, il y avait seulement les êtres monocellulaires dans l'eau, et puis pluricellulaires, et puis les végétaux, les animaux, et bien, bien plus tard, les humains sont apparus. Donc nous ne sommes pas seulement humains, mais nous venons des animaux, des végétaux et des minéraux, et lorsque nous retournons à notre corps, lorsque nous sommes en contact avec ce corps, si nous sommes en contact profond, alors nous verrons nos ancêtres en nous, tous nos ancêtres en nous. Et ce que nous voyons, c'est que nous sommes la continuation de nos ancêtres, nous sommes la continuation de papa, de maman, de grand-père, de grand-mère, nous sommes la continuation de notre lignée familiale, nous sommes la continuation de nos ancêtres humains, mais aussi de nos ancêtres animaux et végétaux, et lorsque nous étudions l'anthropologie, la biologie, et l'histoire ou l'archéologie, nous voyons tout cela très clairement. Notre personne contient nos ancêtres humains et nos ancêtres qui sont des animaux, des végétaux et des minéraux. En voyant cela, l'idée du soi, d'idée d'un soi séparé commence à se dissoudre. L'idée du soi est comme une prison et lorsque nous sommes emprisonnés dans cette prison, nous avons beaucoup de souffrances. Alors ce regard profond, cette vision, nous aide à transcender les frontières de cette prison, et nous comprenons que nous ne sommes pas seulement nous-même, nous sommes nos parents, nous sommes notre mère, notre père, nos grands-parents, notre lignée familiale, nos ancêtres. Alors le principe, la théorie, nous pouvons l'apprendre à l'école, ou nous pouvons lire des livres et nous comprenons, mais peut-être que nous comprenons seulement avec notre intellect, mais que nous ne le sentons pas encore, ne l'expérimentons pas encore, jusqu'à ce qu'un jour, cela mûrisse et que nous sentions clairement que c'est la vérité, que ce n'est pas seulement ce que nous apprenons avec notre intellect. L'année dernière, dans la retraite pour les italiens, à Rome, Thay a distribué à tous les retraitants une graine de maïs. Les enfants étaient nombreux. Chacun, chacune a reçu une graine de maïs, et je leur ai dit de la planter dans un pot et de l'arroser jusqu'à ce que la graine devienne un plant de maïs, et alors de lui parler : il faut lui demander : 'Chère plant de maïs, te souviens-tu que tu étais une graine de maïs ? Il y a seulement une douzaine de jours, tu étais une graine de maïs'. Il faut lui demander, et peut-être que la plante de maïs a oublié que dans le passé elle était une graine de maïs, au bout de douze jours, elle a oublié. Et non seulement elle était une graine de maïs, mais maintenant aussi elle est une graine de maïs. Même si elle prend la forme d'une plante de maïs, elle est aussi la graine de maïs parce qu'elle a la continuation de la graine de maïs. Nous avons reçu cette graine de maïs de la main de Thay, et nous l'avons semée, nous l'avons arrosée et nous savons très bien que ce plant de maïs est la continuation de la graine de maïs, sans aucun doute, mais le plant de maïs a oublié. 'Comment ? Vous dites que j'étais une graine de maïs ?' - 'Mais oui.' C'est cela, la méditation, nous croyons que nous sommes un soi séparé, nous oublions que nous avons été notre père, notre mère, nos ancêtres autrefois, nous avons complètement oublié cette période de temps, et nous croyons que nous sommes quelqu'un d'autre, quelque chose d'autre, et nous sommes emprisonnés dans cette idée du soi, et nous souffrons depuis longtemps. Alors pendant la méditation assise, nous avons des exercices comme : 'En inspirant, je vois la présence de mon père dans chaque cellule de mon corps. En expirant, je souris à mon père dans chaque cellule de mon corps.' Au début, on pratique comme cela, et c'est vraiment étrange : comment papa pourrait-il entrer dans mes cellules ? Mais en arrêtant complètement, on voit papa dans son corps. Parce que si nous avons l'idée que papa est quelqu'un à l'extérieur de nous, notre vision de papa est très superficielle.


Qui es-tu ?

Et il y en a qui vivent avec leur papa pendant vingt ans, trente ans, quarante ans, sans savoir qui il est et sans savoir qui ils sont. Nous sommes trop sûrs, nous croyons que nous savons qui nous sommes. Nous croyons que nous connaissons, que nous savons qui notre père est, mais en fait nous sommes très loin de la vérité, de la réalité. L'autre jour, une soeur est rentrée de l'Allemagne, et Thay lui a demandé : 'Qui es-tu ? Tu me semble très familière...' Et la soeur a répondu : 'Moi non plus, je ne sais pas qui je suis.' Nous sommes pratiquants, nous pratiquons le regard profond. Ne croyons pas que nous savons qui nous sommes. Nous, nous ne savons pas encore qui nous sommes. Il faut retourner à la respiration consciente pour reconnaître notre corps, il faut voir notre esprit, et il faut regarder profondément. Et plus nous regardons, plus nous voyons clairement, et petit à petit, nous apprenons qui nous sommes. Un jour, pendant la méditation assise, en regardant la montagne par la fenêtre, Thay a vu cela très clairement, Thay a vu très clairement que Thay regarde la montagne, et en même temps, tous ses ancêtres, son papa, sa maman, ses grands-parents, eux tous, ils regardent aussi la montagne, tout le monde regarde la montagne, parce que nous sommes la continuation de nos ancêtres, alors si nous regardons la montagne, tous nos ancêtres regardent en même temps la montagne. Et nous voyons le lever du soleil, nous voyons le matin si beau. C'est comme une symphonie. Et ces yeux, à qui sont-ils ? Bien sûr, ce sont nos yeux, mais ce sont aussi les yeux de papa, de maman, de nos grands-parents, de nos ancêtres. Sans les yeux de nos parents, de nos ancêtres, il n'y aurait pas nos yeux. Nous avons la chance d'être en contact avec le Bouddha-Dharma, alors nous avons la pleine conscience, et grâce à la pleine conscience, avec ces yeux, nous pouvons voir la merveille, la beauté d'un lever du soleil. Et nous voyons que nos ancêtres, depuis de nombreuses générations, ont eu beaucoup de soucis, ils ont lutté, ils ont été occupés jour et nuit pendant toute leur vie, et peut-être qu'ils n'ont jamais eu l'occasion de s'asseoir tranquillement sur un coussin, en saisissant la respiration, en reconnaissant, en maîtrisant leur esprit, et en regardant, en contemplant le beau lever du soleil qui se manifeste comme une symphonie devant eux. Lorsque nous nous arrêtons, tous nos ancêtres s'arrêtent en même temps. Lorsque nous regardons le lever du soleil, tous nos ancêtres sont en contact avec le beau lever du soleil, et nous offrons une occasion, une chance à nos ancêtres. Peut-être que dans le passé, ils ont eu cette occasion, mais ils ne se sont pas arrêtés, ils ne sont jamais entrés en contact avec la beauté du lever du soleil. Aujourd'hui, nous avons cette occasion, et nos ancêtres ont de nouveau une occasion, et lorsque nous arrivons à nous arrêter, nos ancêtres arrivent à le faire aussi. Et peut-être que nos ancêtres attendent beaucoup de nous. Peut-être que nos ancêtres, depuis des générations, ont voulu s'arrêter mais n'ont pas réussi. Aujourd'hui, nous avons beaucoup de chance, beaucoup de mérites. Nous avons le Bouddha, Thay, la Sangha, et nous réussissons à arrêter, avec notre corps, avec notre esprit . Nous ne courons plus, nous ne tournons plus en rond, nous arrêtons et nous entrons en contact avec les merveilles de la vie, la merveille d'un lever du soleil, la merveille d'un matin.


Le moment de l'éveil

Il y a beaucoup de vie en nous, la vie est là en nous et autour de nous, et si nous ne nous arrêtons pas, comment pouvons-nous entrer en contact avec toute cette beauté ? Alors le moment où nous nous arrêtons, le moment où nous entrons en contact avec le beau matin, le beau lever du soleil, le moment où nos ancêtres font la même chose, quel est ce moment, est-ce que c'est le moment de l'éveil ? L'éveil n'est pas quelque chose de très lointain qui se trouve hors de notre portée. L'éveil est un moment qui peut arriver à chaque fois que nous nous arrêtons. Et nous amenons tous nos ancêtres en nous, alors quand nous nous arrêtons, tous nos ancêtres s'arrêtent aussi, tout le monde est libéré en même temps avec nous. Pourquoi n'aimons-nous pas nos parents, nos ancêtres, pourquoi n'exprimons-nous pas nos gratitude envers eux pour arrêter, pour les laisser arrêter, pour sourire, pour les laisser sourire, pour les laisser contempler le lever du soleil, sans aucune peur ? Et nous avons le devoir de faire cela, en tant que pratiquants, nous avons le devoir d'aider tous nos ancêtres à s'arrêter, à se détendre. C'est ça l'éveil, c'est ça, la libération. La libération de quoi ? Premièrement, la libération des soucis, du désir de chercher, de trouver quelque chose qu'on n'atteint jamais, pendant toute sa vie. Et tant de générations ont traversé cela. Et aujourd'hui, nous avons l'occasion, l'opportunité, alors nous pratiquons non en tant qu'individu, mais nous pratiquons pour toute notre lignée familiale, pour tout notre pays. Nous pouvons le faire. Pourquoi ne le faisons-nous pas ? L'éveil peut être un moment de grand éveil, parce que ce n'est pas l'éveil d'une personne, mais l'éveil de toute la lignée ancestrale qui s'arrête pour regarder profondément ce lever du soleil. Et ce moment de grand éveil est à notre portée, est à la portée de nous tous.


(cloche)

Toucher le temps

Au Village des Pruniers, nous avons la pratique du toucher de la terre, les trois touchers de la terre, et l'un des trois touchers de la terre nous aide à entrer en contact avec les ancêtres en nous, à les accepter tout en comprenant que nous sommes la continuation de tous nos ancêtres et que nous les portons en nous pour avancer. Et le toucher de la terre n'est pas un acte de dévotion, de prière, le toucher de la terre est un acte de regard profond, de méditation, qui nous aide à briser la prison du soi en reconnaissant la présence de tant de générations d'ancêtres en nous, des ancêtres de sang et des ancêtres spirituels. Et bien sûr, nous avons des ancêtres extraordinaires, des ancêtres de sang et spirituels qui sont extraordinaires, mais nous avons aussi des ancêtres qui ne sont pas très heureux, mais nous les acceptons tous. Nous les acceptons tous, même s'il y en a qui ont beaucoup de souffrances, et lorsque nous arrivons à les accepter, nous nous sentons légers, en paix. Et nous savons que parmi nos ancêtres, il y en a qui sont extraordinaires, très sages, très talentueux, et nous pouvons faire comme eux. Avec notre pratique de méditation, nous pouvons les libérer. Nous pouvons les libérer en nous. Nous marchons pour nos ancêtres, nous nous asseyons pour nos ancêtres, nous respirons pour nos ancêtres, nous sourions pour nos ancêtres, et en pratiquant ainsi, nous brisons la prison du soi, la prison de l'attachement au soi. La dernière fois, nous avons parlé du courant de temps. Et nous avons mis un frère assis ici. Avant, nous n'avons pas mis sa position, aujourd'hui, nous mettons sa position, il est assis ici, et naturellement, ce lieu devient le passé, et ce côté devient le futur. Et nous allons le dessiner assis en regardant vers le futur, et en regardant ce frère, nous voyons tous ses ancêtres en lui. Et ce n'est pas le frère qui s'assoit, mais tous les ancêtres, toutes les générations de ses ancêtres qui s'assoient et respirent. S'il est solide, tous ses ancêtres sont solides, s'il est libre, tous ses ancêtres sont libres. Alors le frère est très important. Ses ancêtres attendent beaucoup de lui. Nous avons passé des milliers de vie sur le chemin d'évolution, et nos ancêtres ont eu des réussites, des accomplissements, et le frère est en train de transporter tous ses ancêtres pour de nouveaux accomplissements, et si le frère est libre, ses ancêtres atteignent la liberté aussi. Premièrement, on parle de la libération du soi. Alors dans le premier des trois touchers de la terre, le frère voit tous ses ancêtres en lui, et en même temps, il voit tous ses descendants en lui. Lorsqu'on regarde une graine de maïs, que nous allons la semer dans un pot, nous voyons déjà la plante de maïs dans la graine, et c'est une vérité. Sinon, à quoi cela sert-il de la semer ? La plante se trouve déjà dans la graine. Ainsi, non seulement toutes les générations d'ancêtres se trouvent en lui, mais toutes les générations de ses descendants se trouvent aussi en lui, alors lorsque le frère sourit, toutes les générations de ses descendants sourient aussi, c'est pour cela que le frère est très important, le frère a beaucoup de pouvoir, encore plus de pouvoir qu'un empereur. Et avec sa respiration et sa pleine conscience, il peut libérer toutes les générations de ses ancêtres et de ses descendants, c'est le premier toucher de la terre des trois touchers de la terre. Et ce toucher de la terre n'est pas un acte de dévotion, mais c'est un acte de regard profond. Si vous n'avez pas pratiqué les trois touchers de la terre, essayez, apprenez ces trois touchers de la terre, ils sont extraordinaires. Nous avons trois touchers de la terre, et cinq touchers de la terre, ils sont tous merveilleux.


Toucher l'espace

Et le second toucher de la terre est lié à l'espace. Ce chemin est le chemin du temps, mais en lui, il y a aussi le chemin de l'espace qui le traverse. Toutes les personnes, toutes les choses sont présentes en même temps que lui. Non seulement le frère contient le temps, il contient aussi l'espace, parce que le temps et l'espace inter-sont. L'espace et le temps ne sont pas deux réalités séparées, comme le gauche et le droit. Les deux s'appuient l'un sur l'autre pour exister. Où qu'il y ait le gauche, il y a le droit. Lorsque c'est long comme ça, il y a le gauche et le droit, et si lorsque c'est court comme ça, il y a aussi le gauche et le droit, et si c'est encore plus court, il y a aussi le gauche et le droit, les deux vont ensemble. C'est pareil avec le temps et l'espace, les deux vont ensemble. Alors dans ce frère, il y a le temps et l'espace. Si dans l'espace, il y a l'air, en lui, il y a l'air. Si dans l'espace, il y a la chaleur, il y a aussi la chaleur en lui. S'il y a la terre dans l'espace, il y a aussi la terre dans le frère. Les quatre grands éléments sont dans l'espace et dans le frère. Si dans l'espace, il y a les êtres vivants, il y a aussi les êtres vivants dans le frère, les végétaux, les animaux, les minéraux. Non seulement dans le passé, le frère a été un oiseau, mais en ce moment le frère est encore un oiseau. Il est humain, mais en même temps, il est oiseau, en même temps, il est rose, il est étoile. Et ce n'est pas de la poésie, c'est une vérité très scientifique. Nous tous, nous sommes faits des étoiles, les étoiles transformées en poussière, et ce sont ces poussières qui ont fait les êtres vivants. C'est une vérité scientifique, ce n'est pas de la poésie, c'est la vérité. Alors ce frère contient tout l'univers, l'un contient le tout. Le frère ne devrait pas croire qu'il est seulement lui-même, il est aussi oiseau, rose, lapin, et en regardant profondément, nous voyons que toutes ces choses sont en nous. Chaque fois que le frère boit du thé, il boit aussi des nuages, et c'est le regard profond, et cette vision brise la prison du soi. Le frère voit qu'il contient tout l'univers. Il est quelque chose de merveilleux, une manifestation merveilleuse, et c'est une vision qui peut nous apporter beaucoup de bonheur, qui peut briser les frontières, la souffrance. Le soutra d'Avatamsaka est extraordinaire, ce soutra parle de l'interdépendance, de l'inter-être, en utilisant de belles images très poétiques pour parler de l'interdépendance, et dans ce soutra, nous apprenons que l'un contient le tout. Donc le frère est l'un, mais en même temps, il est le tout. Et les sciences d'aujourd'hui commencent à toucher cette vérité. Le tout se trouve dans l'un. Et lorsque nous touchons cette vérité avec la pleine conscience et la concentration, c'est un moment d'éveil. Et le bouddhisme parle seulement de cela, le bouddhisme parle seulement de l'éveil, du réveil. L'éveil signifie réveil, réveil avec la pleine conscience, avec la concentration, et la vision profonde. Et quand on a la vision profonde, on n'a plus besoin de faire quoi que ce soit. Quand le frère s'assoit et comprend cela, il n'a plus besoin de rien faire, et c'est lui qui contribue le plus à la paix du monde, parce que tous les soucis, toutes les anxiétés, toute la violence, ne sont plus là, grâce à l'éveil. Alors la vie d'un pratiquant est comme ça. Nous avons une grande chance, il ne faut pas la perdre, surtout lorsque nous vivons avec la sangha. Tous les jours nous sommes rappelés, tous les jours, nous voyons que nous avons les conditions pour faire cela, et nous pouvons le faire aujourd'hui, et pas dans vingt ans ou trente ans.


(cloche)

Méta-éthique

Nous avons un brouillon en anglais, en français, et en vietnamien, des cinq entraînements à la pleine conscience, et après cette retraite, nous allons continuer à travailler sur ces brouillons, et espérons qu'au début de la retraite de juin, nous aurons la version finale des Cinq Entraînements à la Pleine Conscience. Et ceci est le certificat pour ceux qui ont accompli la retraite de trois mois au Village des Pruniers. Si vous voulez un certificat, il faut vous inscrire. Notre retraite d'hiver a comme thème : 'Le chemin du Bouddha, les contributions bouddhiques à une éthique globale', et les cinq entraînements sont notre proposition. Nous avons pratiqué, nous avons regardé profondément, nous avons eu des discussions du dharma pour proposer un nouveau texte des Cinq Entraînements à la Pleine Conscience qui peut être utilisé par tout le monde. L'éthique a besoin d'un fondement. Beaucoup de philosophes pensent qu'il faut des fondements métaphysiques, et il y a la méta-éthique, et dans la méta-éthique, on pose des questions comme : qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le mal, qu'est-ce que le bon, qu'est-ce que le mauvais?

Dans la tradition du confucianisme, Confucius a enseigné que la nature humaine est bonne, est originellement bonne. Et quand l'être humain naît, est-il bon de nature ? Autrefois, quand les enfants qui allaient à l'école, le premier livre qu'ils apprenaient était celui-ci. Tous les enfants en Asie apprenaient tout cela par coeur. 'Lorsque l'être humain est né, il est bon de nature.' Donc le philosophe confirme que le bon est quelque chose de vrai dans cette vie. Il a dit que les humains étaient très proches des animaux, étaient presque pareils, et les sciences d'aujourd'hui disent la même chose : les gènes des humains, le code génétique des humains est très proche du code génétique des animaux, il y a une toute petite différence. Et grâce à cette bonté, on arrive à établir une éthique, parce que sinon, comment pourrait-on faire ? Alors on lui a demandé : 'Pourquoi dites-vous cela ? Pourquoi les humains sont-il bons par nature ?' Alors il y a quatre éléments. Premièrement, les humains ont la compassion, karuna. Par exemple, nous sommes assis chez nous, nous sommes occupés, et nous voyons à l'extérieur un enfant de deux ans ou deux ans et demie qui va tomber dans un puits, et qui va mourir. Mais comme nous sommes enfermés dans cette maison, on ne peut pas sortir pour le sauver, et même s'il n'est pas notre enfant, nous perdons toute notre paix, nous avons beaucoup de compassion, nous ne pouvons pas rester tranquille, et c'est naturel. Et ce n'est pas pour notre profit que nous voulons sauver cet enfant, ce n'est pas pour faire plaisir à ses parents, nous ne voulons rien. En voyant un enfant qui va tomber dans le puits, tout de suite, nous perdons toute notre paix, et nous voulons faire quelque chose, et c'est ça la bonté humaine. Et ce n'est pas par l'éducation qu'on a cela, on n'a pas besoin de l'éducation pour avoir ça, c'est naturel, c'est la bonté naturelle en nous. Deuxièmement, les êtres humains ont un sentiment de honte. Si vous avez encore de la honte en vous, vous êtes une bonne personne. Quand on faut quelque chose d'incorrect, on est embarrassé, on a honte, et sentiment est naturel, ce n'est pas par l'éducation qu'on a ce sentiment. Lorsque nous voyons quelqu'un qui est avide, qui trahit, nous ne l'aimons pas, c'est-à-dire nous n'aimons pas ce qui n'est pas bon. On a l'embarras, la honte, et on n'aime pas ce qui n'est pas bon, alors par nature, nous avons ces sentiments en nous. Ensuite, le troisième élément est la capacité de céder, d'offrir aux autres, de lâcher prise. Ce n'est pas l'esprit de compétition, on lâche prise, on cède, on laisse le meilleur aux autres. Et le quatrième élément est la capacité de savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais. Les humains ont ces éléments, et pas les animaux, ou bien les animaux ont ces éléments, mais pas aussi développés que les humains.

Et il y a un philosophe français, La Rochefoucauld, qui est pessimiste. Il dit qu'en apparence, l'homme possède des qualités, mais qu'en regardant profondément, derrière ses actions apparemment désintéressées ou altruistes, on pouvait voir l'égo.

Et le philosophe chinois Siun-tse a dit que lorsqu'on regarde un enfant qui est avide, qui est jaloux, on voit bien que les humains sont par nature mauvais, et que c'est grâce à l'éducation qu'ils deviennent devient meilleurs, mais que par nature, les humains sont mauvais. Alors ce sont deux pensées opposées.

Et un autre philosophe, Kao-tse, un philosophe chinois, qui disait que la nature humaine n'était ni bonne, ni mauvaise. Si on l'arrose, on la pousse vers la bonne direction, elle est bonne ; si on la pousse dans la mauvaise direction, elle est mauvaise. C'est comme un courant d'eau : si on le dirige vers la bonne direction, il devient bon ; si on le dirige vers la mauvaise direction, il devient mauvais. Donc la nature humaine, pour lui, est indéterminée, elle n'est ni mauvaise ni bonne. Autrefois, Thay a appris par coeur aussi ce livre, et Thay connaît encore par coeur, comme les enfants qui allaient à l'école autrefois, ils apprenaient tout par coeur, et en ce moment, au Vietnam, les moines et les moniales connaissent aussi tout cela par coeur. 'Notre conscience n'est ni mauvaise, ni bonne, notre conscience profonde n'est ni bonne, ni mauvaise.' Et les philosophe comme Lao-tse, Tchouang-tse, enseignaient que la nature humaine transcende tous les concepts du bon et du mauvais. C'est comme dans le bouddhisme, on dit que cela transcende tous ces concepts. Ce n'est ni pur, ni impur, ni bon, ni mauvais. Et donc, on trouve des équivalences entre ces philosophies chinoises et le bouddhisme, et aussi dans les philosophies occidentales, il y en a qui sont équivalentes, et Kao-tse pensait pense que la nature humaine n'est ni bonne ni mauvaise. Si on la dirige dans la bonne direction, elle devient bonne, si on la dirige dans la mauvaise direction, elle devient mauvaise. Mais un autre s'y oppose : 'Non, ce n'est pas vrai. C'est bon pour l'eau, si on creuse un canal, l'eau va dans la direction où l'on veut, mais vous avez oublié une chose, l'eau se dirige toujours vers le bas. L'eau ne fait pas de discrimination dans les quatre directions, l'est, l'ouest, mais elle se dirige toujours vers le bas, elle fait la distinction entre le bas et le haut. Donc la nature humaine ne peut pas être comparée à l'eau.'

Dans le bouddhisme, quand on parle de la conscience profonde, de l'alaya, on dit que dans la conscience du tréfonds, il y a des graines. Alaya est la conscience des réserves, la conscience du tréfonds, et la conscience du tréfonds est faite des semences, bîja en sanskrit. Il y a de bonnes semences et de mauvaises semences. L'être humain a de mauvaises semences et de bonnes semences. Alors la conscience du tréfonds a aussi un autre nom : la conscience qui contient toutes les semences, sarva bîjaka en sanskrit. Sarva signifie tout, et bîja signifie semences, graines, et sarva bîjaka est un autre nom pour la conscience du tréfonds, alaya. Et l'alaya n'est ni bonne, ni mauvaise, mais elle contient toutes les semences, les bonnes semences et les mauvaises semences. Donc nous pouvons commencer l'éthique bouddhique par la psychologie bouddhique lorsque nous parlons de la conscience du tréfonds, cela fait partie de la méta-éthique. Et lorsque nous parlons des semences, nous parlons de l'éthique normative. Alors le bon et le mauvais sont comme le gauche et le droit qui s'appuient l'un sur l'autre pour exister. Dès qu'il y a le bon, il y a le mauvais, dès qu'il y a le mauvais, il y a le bon. Comme le haut et le bas : dès qu'il y a le bas, il y a le haut ; dès qu'il y a le haut, il y a le bas. Le bien et le mal, c'est pareil : dès qu'il y a le bien, il y a le mal, les deux s'appuient l'un sur l'autre pour exister. Donc il faut voir le lien entre le bon et le mauvais, le bien et le mal. Lorsque la psychologie bouddhique parle des mauvaises semences et des bonnes semences, nous apprenons qu'il y a des formations mentales positives, des formations mentales négatives, et des formations mentales indéterminées, qui sont parfois bonnes, parfois mauvaises. Et nous apprenons aussi que les semences, lorsqu'elles se manifestent, peuvent nous rendre heureux ou malheureux.

(La fin de l'enseignement n'est pas disponible... Désolé! Ceci clôture la retraite d'hiver 2008-2009.)


(cloche)


Enseignement donné le 15 Février 2009 en vietnamien, transcrit d'après la traduction française par Pháp Thân.