Une douche de pleine conscience

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(cloche)

Chère Sangha, aujourd'hui nous sommes 8 Février de l'an 2009, nous sommes dans la salle de méditation de la Pleine Lune du Hameau Nouveau au Village des Pruniers pendant la retraite d'hiver, et il reste encore dix jours avant la fin de cette retraite. Ceci est la liste des apprentis enseignants du dharma monastiques. Ils vont être apprentis enseignants à partir d'aujourd'hui, et ils vont l'être pendant un an ou deux ans ou trois ans, cela dépend de leur progrès, puis ils recevront la lampe afin de devenir enseignant du Dharma. Et ces personnes devront participer aux réunions des enseignants du Dharma, et ils devront participer à des retraites en tant qu'enseignants du Dharma. Aujourd'hui, nous avons seulement la liste des apprentis monastiques, nous n'avons pas encore la liste des apprentis laïques. Et seulement certains d'entre eux recevront la lampe après un an, d'autres vont la recevront deux ans après ou trois ans après selon leur progrès. Si on est de bons apprentis, on peut faire encore mieux que ceux qui ont déjà reçu la lampe.


Une douche de pleine conscience

Chère Sangha, au Village des Pruniers, nous pratiquons afin de créer la joie et le bonheur dans la vie quotidienne, et nous avons besoin d'être nourris par la joie et le bonheur des pratiquants. Nous cherchons le bonheur, un pratiquant cherche le bonheur, mais pas dans la direction des objets du désir, c'est à dire la richesse matérielle, le pouvoir, la popularité ou le sexe. Nous cherchons le bonheur créé par la compréhension et l'amour. Si nous réussissons en tant que pratiquant, nous avons la joie et le bonheur dans la vie quotidienne, et nous pouvons les offrir aux autres autour de nous dans la vie quotidienne. Quelqu'un qui réussit devrait avoir ces éléments. Et sous la lumière de l'éthique bouddhique, la joie et le bonheur sont liés à la souffrance. En regardant la joie et le bonheur, nous pouvons aussi voir la souffrance. C'est comme lorsque nous n'avons jamais connu la faim, nous ne pouvons pas voir la valeur de la nourriture. Lorsque nous connaissons la valeur de la nourriture, lorsque nous connu la faim, quand nous avons la nourriture dans la main, dans l'assiette ou dans le bol, nous l'apprécions vraiment. Lorsque nous avons connu le froid, lorsque nous n'avons pas eu de logement, alors nous connaissons le bonheur lorsque nous avons un foyer, une maison, ou des vêtements à porter pour nous tenir chaud. Pendant la tempête, en France, dans le Sud-Ouest de la France, il y avait un million et demi de foyer qui n'avaient pas l'électricité, et on avait froid, on n'avait pas d'électricité. À ce moment-là, on arrive vraiment à apprécier l'électricité, on sait qu'avoir l'électricité est vraiment un bonheur. C'est seulement en rencontrant les difficultés qu'on arrive à vraiment apprécier les conditions de bonheur. Et nous, ici, on a traversé ces expériences. C'est un grand bonheur d'avoir l'électricité et l'eau, et le jour où on a regagné l'électricité, tout le monde a sauté de joie. Mais ce bonheur, combien de temps dure-t-il ? Cela dure une semaine, deux semaines, et après, cela devient une habitude, et puis on voit que l'eau et l'électricité ne sont pas si importants. Donc, le bonheur est très lié à notre esprit. Et un pratiquant sait utiliser son esprit, sa pleine conscience, pour être heureux, et si on veut être heureux, on peut l'être tout de suite. C'est cela qui est extraordinaire : les conditions du bonheur sont toujours là, il suffit d'y penser et on est tout de suite heureux. C'est encore plus rapide que les nouilles instantanées, c'est beaucoup plus rapide. Et un pratiquant sait comment créer le bonheur avec son esprit. Lorsqu'on est nourri par la joie et le bonheur, on peut nourrir les autres autour de soi. Et ce qu'il faut ce souvenir, c'est que dans la joie et le bonheur, il y a aussi l'arrière-plan de la souffrance, parce que sans la souffrance, sans le manque des choses, on ne peut pas reconnaître ces conditions de bonheur. Donc si on a souffert dans le passé, ce n'est pas si négatif, car justement, grâce à ces souffrances du passé, on arrive à reconnaître son bonheur. Et lorsque nous vivons dans la pleine conscience et dans la concentration, non seulement nous avons des moments de bonheur, de joie, mais à chaque fois que la souffrance arrive, on a la capacité de la reconnaître, de l'embrasser, et de la transformer, de la guérir. La semaine dernière, une retraitante m'a écrit : 'J'ai pratiqué ceci : à chaque fois que la dépression revient, je lui donne une douche avec l'eau de la pleine conscience, une douche de pleine conscience.' Nous avons une salle de bains de pleine conscience, et à chaque fois que la dépression revient, on l'invite à prendre un bain ou une douche. Au lieu de la chasser ou de la rejeter, on l'invite à prendre un bain de pleine conscience. La pleine conscience est une énergie qu'on peut générer en marchant, en nous asseyant, en mangeant, et avec la pleine conscience, quand la souffrance et la dépression arrivent, on peut les inviter à rester, on peut les embrasser ou les reconnaître pour en prendre soin, pour les transformer, parce que cette souffrance ou cette dépression sont nous-même. Et dans cette lettre, notre amie a écrit : 'Lorsque je permets à ma dépression de prendre un bain, je réalise que c'est un groupe, une délégation, et pas un individu. Il y a des éléments négatifs dedans, et en général, j'ai la tendance à me juger, et j'ai l'impression aussi que les autres autours de moi sont en train de me juger, et la dépression arrive comme une délégation, avec les complexes, avec les soucis. Alors je reconnais chaque membre de la délégation pour lui sourire, et après cela je me sens soulagée, je me sens bien, et je ne suis plus victime de ma dépression. Maintenant, à chaque fois qu'elle revient en tant que délégation, je l'invite correctement, sans peur, et je lui laisse prendre un bain. Elle peut rester autant de temps qu'elle veut, et je suis prête à rester là pour l'embrasser.' C'est une pratiquante laïque qui a réussi à faire cela, et c'est très bien.


Être ami avec sa souffrance

Et lorsque nous savons reconnaître, embrasser et traiter notre souffrance, notre dépression, nous avons aussi la capacité de transformer ce qui est négatif en ce qui est positif, comme lorsque l'on transforme le compost en fleur. Sans compost, il n'y aurait pas de fleur, sans boue, il n'y aurait pas de lotus. La boue est nécessaire pour le lotus, et notre souffrance a un certain rôle, une nécessité, une utilité. Alors il faut pratiquer à nous habituer à notre souffrance, à être son amie, à l'embrasser, et quand on arrive à faire cela, on peut générer la joie et le bonheur. C'est cette souffrance qui nous fournit des matériaux pour créer la joie et le bonheur, comme le compost qui nous permet de cultiver les fleurs de notre jardin. Alors lorsqu'on arrive au Village des Pruniers, il y a deux choses à faire. Premièrement, il faut nous entraîner à respirer, à marcher, à nous asseoir de façon que nous puissions générer la joie et le bonheur. Chaque pas, chaque respiration que l'on fait, à chaque fois qu'on prend du thé, qu'on faut la vaisselle, on fait en sorte que l'on ait la joie et le bonheur. Et on peut poser la question : 'Mais il est impossible pour moi d'avoir la joie et le bonheur, parce qu'en moi il y a tellement de souffrance qui bloque le chemin'. Et la réponse est : 'Dans ce cas, il faut laisser votre souffrance prendre un bain, un bain de la pleine conscience, parce que les pratiques de la méditation assise, de la méditation marchée, de manger en pleine conscience, tout cela sert à nous aider à générer la pleine conscience, à générer la joie et le bonheur, et si la souffrance arrive, on l'invite à prendre un bain de la pleine conscience. Un pratiquant devrait être capable de générer la joie et le bonheur et de reconnaître, embrasser et transformer sa souffrance. Un pratiquant est un artiste capable de générer la joie et le bonheur, capable de reconnaître et de transformer sa souffrance, et nous nous entraînons pour faire cela. Et le meilleur discours du Dharma est celui qui nous offre des outils, qui nous aide à faire cela.


(cloche)

Alors lorsque nous sommes assis pendant une demi-heure, ou trois quarts d'heure, nous devrions nous poser une question : 'Comment faire, comment nous asseoir pour créer la joie et le bonheur ?' Parce que sinon, ce serait inutile de nous asseoir, ce serait une perte de temps. Et lorsque l'on fait la marche méditative, seul ou avec la Sangha, c'est aussi une opportunité de créer la joie et le bonheur. Et si on n'arrive pas encore à générer la joie et le bonheur, il faut s'entraîner, il faut apprendre à le faire. Il y en a parmi nous qui sont capables de générer la joie et le bonheur avec leur respiration et leurs pas. On fait la vaisselle, ou on balaie, et il faut pratiquer de façon à générer la joie et le bonheur en faisant tout cela. Par exemple, en préparant son petit déjeuner. Tout le monde prépare son petit déjeuner, qu'il pratique ou non, mais un pratiquant devrait le faire de façon que pendant toute la préparation, il y ait la joie et le bonheur. Il faut nous lancer un défi. Ce serait un gaspillage de temps si on préparait son petit déjeuner juste pour avoir un petit déjeuner. Si nous faisons cela juste pour avoir un petit déjeuner, ce serait très dommage. Il faut le faire avec la joie et le bonheur, et on peut le faire avec la pleine conscience et la concentration. Donc c'est une question d'habileté : il faut être habile dans la pratique, et pratiquer, c'est être un artiste, et on peut apprendre les uns des autres. La joie et le bonheur nous nourrissent, la joie et le bonheur fortifient notre pleine conscience et notre concentration. Avec une pleine conscience et une concentration bien solides, on peut parvenir à des visions, à des compréhensions profondes, et ces visions et ces compréhensions profondes nous libèrent de notre souffrance, de nos soucis, de notre peur, de notre jalousie, et c'est la libération. Notre but n'est pas seulement d'avoir seulement la joie et le bonheur. Notre but, ce n'est pas simplement d'embrasser et de transformer notre souffrance. Notre but est beaucoup plus profond, c'est de parvenir à des visions, des visions profondes, et ces visions profondes nous libèrent des soucis, des anxiétés, des peurs, des jalousies.


Réviser les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience

Si nous travaillons bien, à la fin de cette retraite, nous aurons un texte, un brouillon, le premier brouillon des cinq nouveaux entraînements à la pleine conscience en vietnamien, en anglais, en français. Nous avons révisé les cinq entraînements plusieurs fois, et cet hiver, nous les révisons encore une autre fois, et cette fois, les cinq entraînements serons plus riches, plus complets, ils contiendront plus d'essence du bouddhisme. Notre retraite a pour thème 'Le chemin du Bouddha, les contributions bouddhiques à l'éthique globale', et ces cinq entraînements sont un l'espoir parce qu'ils représentent le chemin du Bouddha, ils peuvent montrer pour les pratiquants les contributions que le bouddhisme peut offrir à une éthique globale, et nous avons cherché à les présenter avec un langage non-religieux, et les non-bouddhistes pourront les comprendre et les mettre en pratique. Les cinq entraînements sont un chemin de libération dans l'humanité, et ils doivent être bien appropriés à notre époque, et représenter le bouddhisme authentique. Dans cette retraite, nous avons regardé profondément, nous avons fait des discussions du Dharma, et nous voulons les rendre profonds, plus complets. Nous avons essayé d'introduire toutes les essences des quatorze entraînements dans les cinq. Par exemple, nous avons introduit la pratique de vivre heureux dans le moment présent, nous avons introduit la pratique de la maîtrise de la colère dans le quatrième entraînement, ne pas dire des mots méchants qui vont briser notre communauté. Le quatrième entraînement devrait aider à traiter la colère, aider pour l'entraînement à la maîtrise de la colère et des formations mentales. Il faut savoir comment reconnaître la colère et la transformer. Et ainsi cet entraînement devient plus riche, ainsi que les autres. Par exemple, pour le troisième entraînement à la pleine conscience, on introduit l'idée qu'en ce moment, le monde souffre trop, parce qu'il y a trop de sexualité et moins d'amour. Comment faire pour rétablir l'équilibre, pour développer l'amour ?


Le conséquentialisme

Il y a une théorie d'éthique qui s'appelle 'conséquentialisme'. C'est Elizabeth Anscombe, une philosophe anglaise, qui a inventé ce terme. En 1956, elle s'opposa à la remise d'un prix au président Harry Truman. Ce président a donné l'ordre de lancer deux bombes atomiques sur le Japon au nom de la paix, et selon Elizabeth Anscombe, on ne peut tuer personne, même au nom de la paix. Nous ne pouvons tuer personne au nom de la paix. Alors, lorsque le président Truman est allé en Angleterre pour recevoir le prix d'honneur de l'Université Oxford, elle a protesté. En fait, même si c'est elle qui a inventé ce terme, elle était contre le conséquentialisme. Sa propre éthique suivait les Commandements de Dieu. Ce qui est correct, ce qui est beau, c'est Dieu qui le déclare et il faut le suivre. Mais selon le conséquentialisme, il faut raisonner. Le conséquentialisme dit qu'on peut faire tout acte qui nous apporte le bonheur. Tout acte qui nous apporte le bonheur est un bon acte, c'est à dire qu'on regarde le résultat, les conséquences de l'acte pour justifier l'acte. Si la conséquence est bonne, cela signifie que l'action est bonne. La fin justifie les moyens. C'est comme lorsqu'on dit que la paix est une bonne conséquence : en regardant la paix, après le bombardement, on dit que le bombardement était un bon acte. Ou alors, nous sommes très pauvres, nous avons beaucoup de difficultés et nous voulons emprunter de l'argent, tout en sachant qu'on ne pourra pas rendre cet argent. Mais si on dit la vérité : 'Cher ami, je veux t'emprunter de l'argent, mais je suis sûr que je ne pourrai pas te le rendre', il est certain que l'autre personne ne va pas nous le prêter, et on a la tendance à mentir, nous ne voulons pas être honnête. 'Je vais tout faire pour te le rendre, alors prête moi cet argent'. Sa femme est malade, ses enfants n'ont rien à manger, et la vérité est que si cette personne emprunte de l'argent, elle ne pourra pas le rendre, et elle doit mentir pour avoir cet argent. Alors le mensonge peut être un moyen pour lui d'obtenir cet argent afin de guérir sa femme et de nourrir ses enfants. Et donc le conséquentialisme est difficile à interpréter. La théorie du Commandement de Dieu est très facile à suivre. On a qu'à suivre exactement ce que Dieu a dit, tout ce que Dieu dit est vrai. Si Dieu dit 'Ceci est vrai', alors ceci est vrai, on n'a qu'à le suivre, c'est très difficile si on doit prendre la décision soi-même. Dans le bouddhisme, lorsque nous étudions les quatre nobles vérités, nous voyons la première noble vérité comme souffrance, la deuxième comme les causes de la souffrances, et c'est une sorte de conséquentialisme : si vous ne voulez pas ceci, alors ne faites pas cela. Si vous semez le vent, vous récolterez la tempête, alors si vous ne voulez pas la tempête, ne semez pas le vent. Et la troisième noble vérité, c'est la cessation de la souffrance, qui signifie aussi le bonheur. La cessation de la souffrance signifie la présence du bonheur, et si on veut mettre fin à la souffrance et avoir le bonheur, il faut un chemin. Si vous voulez avoir le bonheur, il faut suivre un chemin, et c'est aussi une sorte de conséquentialisme : tout ce qui peut mettre fin à la souffrance et qui apporte le bonheur est bon. Si on enlève tout ce qui peut mener à la souffrance, ceci est bon. Donc, à première vue, on voit que les quatre nobles vérités sont une forme de conséquentialisme : si on sème les graines de maïs, on récolte le maïs, si on sème le vent, on récolte la tempête, c'est la théorie des causes et effets.


Qui est là ?

Mais nous sommes allés plus profondément pour comprendre les quatre nobles vérités : nous avons regardé les nobles vérités sous la lumière de l'inter-être, et nous avons vu que la souffrance et le bonheur ont une liaison étroite. Sans souffrance, il n'y aurait pas le bonheur. La souffrance joue un rôle pour créer le bonheur, comme quand nous avons sauté de joie quand l'électricité est revenue, parce que nous avions souffert pendant quelques jours. Sans cela, nous n'aurions pas sauté de joie quand l'électricité est revenue. Le lotus est fait des éléments non-lotus. Ainsi, dans le bouddhisme, la souffrance joue un certain rôle pour la libération, pour le bonheur, et la vue bouddhique en ce qui concerne la souffrance est différente de la vue des autres traditions. On regarde les choses, la souffrance, les nobles vérités, avec les yeux de l'inter-être, et on voit les bénéfices de la souffrance, les bienfaits de la souffrance. Chacun de nous devrait traverser un peu de souffrance, une certaine dose de souffrance, pour grandir, pour devenir une bonne personne. Et donc l'attitude de fuir la souffrance n'est pas une bonne attitude. Il faut comprendre les quatre nobles vérités sous la lumière de l'inter-être, pour comprendre que la souffrance peut jouer un rôle très important pour créer le bonheur. Il ne faut pas voir les quatre nobles vérités avec un regard dualiste, un regard de discrimination. Alors comment faire pour inclure tout cela dans les cinq entraînements ? C'est ça le vrai bouddhisme. Si on fuit la souffrance pour chercher le bonheur, ce n'est pas le bouddhisme, il faut trouver le bonheur dans la souffrance, et c'est ça le bouddhisme : trouver le nirvana dans la naissance et la mort, trouver le Bouddha dans les êtres ordinaires. Si on rejette les êtres ordinaires pour chercher le Bouddha, alors ce n'est pas le bouddhisme. Et les contributions bouddhiques à l'éthique globale devraient inclure la sagesse de l'inter-être, sinon on n'a aucune particularité à offrir. Il faut inclure le rôle de la souffrance, la nécessité de la souffrance : si nous avons souffert, c'est un fondement très utile que l'on peut utiliser. Il ne faut pas avoir peur de la souffrance, il faut chercher à l'embrasser, à la reconnaître, et avec cette attitude, on n'a plus peur, on ne fuit plus. Lorsque la dépression arrive, au lieu d'être paniqué, on se dit : 'Viens, je vais m'occuper de toi, je vais prendre soin de toi'. Et avec cette attitude, on souffre beaucoup moins, on n'a plus peur, on ne souffre plus, parce qu'on a l'énergie de la pleine conscience, de la concentration, et on peut générer la joie et le bonheur, on peut embrasser ses peines, et en les embrassant, on se sent proche de soi-même. Parce qu'on ne s'enfuit pas, on se sent chaleureux, on se sent très proche de soi-même. Si on cherche à fuir soi-même, comment peut-on se comprendre? On pratique pour retourner à soi-même, pour avoir l'opportunité de se comprendre. L'autre jour, une moniale est revenue d'Allemagne, et en la voyant, Thay a dit : 'Qui est là, qui nous est si familier, qui est-ce ?' Bien sûr, Thay savait très bien qui c'était, Thay connaissait très bien son nom, et Thay a posé la question : 'Qui est là ?' Et la soeur a répondu : 'Moi même, je ne sais pas qui je suis.' Donc, maître et disciple sont pareils. 'Cher Thay, c'est pareil, moi-même je ne sais pas qui je suis. Cela signifie que moi-même, je suis en train de me chercher'. Donc c'est un couple maître/disciple qui parle zen sans le faire exprès. 'Qui est-ce ? Elle a l'air si familière.' 'Cher Thay, je ne sais pas non plus qui je suis'. Et elle est retournée en Allemagne, et avant de partir, elle est allé dire au revoir à Thay, et Thay lui a dit : 'Il semble qu'aujourd'hui je sais qui tu es.' Nous tous, nous sommes sur le chemin de nous chercher nous-même, nous ne savons pas qui nous sommes, et tant que nous ne savons pas, la souffrance est encore là. En nous regardant nous-même, nous voyons notre corps, nos sensations, nos perceptions, nos formations mentales, notre conscience. En les regardant profondément, nous ne voyons pas un moi séparé. Nous voyons nos parents, nos ancêtres de sang, nos ancêtres spirituels, nous voyons notre société, notre culture très clairement. On ne trouve pas un soi, et parce qu'on a le temps, l'opportunité de chercher nous-même, nous commençons à nous libérer de l'idée que nous sommes une entité séparée, seule, solitaire. Cette idée nous apporte beaucoup de peine, de souffrances, de soucis, et un pratiquant est quelqu'un qui cherche : 'Qui sommes-nous ? Qui suis-je ?' Et lorsque nous regardons nous-même, nous voyons les autres éléments, comme lorsque nous regardons le lotus, nous voyons les éléments non-lotus, lorsque nous regardons le bonheur, nous voyons les éléments non-bonheur. À ce moment-là, nous ne rejetons plus rien : où que nous regardions, nous nous voyons.


L'utilitarisme

Il existe aussi une forme de conséquentialisme, l'utilitarisme, qui a été élaboré par Jeremy Bentham, avocat anglais, et par la suite par John Stuart Mill, un économiste anglais. Ils étaient aussi philosophes, et ils ont hérité de la pensée d'autres philosophes, comme David Huhm. L'utilitarisme est une pensée est très proche du bouddhisme, et si ces philosophes avaient étudié le bouddhisme, Thay pense qu'ils seraient allés très loin. C'était au dix-huitième siècle, à la révolution française, en 1789, et tout le monde cherchait un chemin pour le peuple. Le Président français Sarkozy a dit une phrase qui m'a attiré l'attention : il a dit qu'il fallait introduire l'éthique dans les matières à l'école, parce que les jeunes n'ont pas de chemin spirituel. Et certains intellectuels français ont dit : 'Oui, mais on ne sais pas quoi enseigner'. Au Village des Pruniers, nous savons qu'il y a plein de choses à enseigner, à partager dans les écoles. Il y a beaucoup à enseigner. Premièrement, il faut leur parler de leur propre souffrance, et les moyens de faire face à leurs souffrances, et cela fait partie de l'éthique, et on peut utiliser les entraînements à la pleine conscience pour partager avec eux. Alors si vous êtes enseignant, en France, vous pouvez réfléchir sur comment faire pour utiliser le chemin du Bouddha, la vue non-dualiste, la vue de l'inter-être, et les entraînements à la pleine conscience pour proposer au Ministère de l'Éducation quelque chose pour que les jeunes aient une direction, parce que les jeunes ont aussi des graines de spiritualité, des graines d'éthique. Si nous travaillons dans l'enseignement, dans l'éducation, nous pouvons reconnaître les éléments positifs dans le bouddhisme pour offrir un chemin spirituel aux jeunes. En ce moment, les jeunes moines et moniales du Village des Pruniers établissent un mouvement pour les jeunes , 'Wake up', 'Réveillez-vous', pour créer un groupe de jeunes pour une société saine et compatissante, et nous avons besoin de la vue non-dualiste, la vue de l'inter-être, et nous avons besoin des pratiques pour transformer la discrimination, les soucis, la colère, la souffrance, pour que les jeunes puissent en profiter. Si vous avez des idées, alors parlez aux jeunes moines, aux jeunes moniales, nous avons un site. Si vous êtes parents, si vous êtes enseignants, vous avez aussi envie de trouver un chemin pour les jeunes. Alors l'utilitarisme est simple aussi. Premièrement, il faut parler de ce qu'on veut pour ce monde. Par exemple, ce qui peut apporter le bonheur au peuple, comme la liberté, les droits de l'homme. Alors il faut faire une liste de ce que nous pensons comme bonheur. Et après avoir établi ce qu'on voit comme nécessaire à l'humanité, on cherche l'action, toute action qui mène à la liberté, à la nourriture, aux vêtements, aux droits de l'homme. Et tout action qui mène à cela est bonne, est juste, alors en regardant les conséquences, on voit ce qu'il faut faire. Et l'utilitarisme est une forme de conséquentialisme. Comme dans le bouddhisme, c'est la troisième et la quatrième noble vérité. Ce qui peut apporter ce bonheur, cette joie, la bonté aimante, la compassion, il faut faire. Tout ce qui met fin à la souffrance, tout ce qui apporte le bonheur est juste et bon, alors l'utilitarisme, les utilitaristes réfléchissent, pensent comme les quatre nobles vérités, ils pensent aux plaisirs et aux peines. Ce qui mène à la souffrance n'est pas juste, n'est pas bon, et ce qui mène au bonheur est bon, est correct, est juste. Cela ressemble aux quatre nobles vérités, mais il n'y a pas ici l'idée de l'inter-être. Ils ne voient pas que la souffrance joue un certain rôle. Et bonheur d'aujourd'hui peut être la souffrance de plus tard. Par exemple, si on boit de l'alcool ou on fume, on a du plaisir, mais on sait que si on continue à boire et à fumer, quelque chose nous arrivera qui ne sera pas le bonheur, par exemple un cancer des poumons ou un accident de voiture. Alors le bonheur et la souffrance, chacun les comprend à sa manière. Premièrement, ce bonheur est quel bonheur ? Et pour qui ? Par exemple, parmi nous, il y en a qui voient que l'emploi est la chose la plus importante, que le reste n'est pas aussi important, et pour ces personnes, la première priorité, c'est l'emploi. Mais pour d'autres, c'est différent : le réchauffement planétaire est plus important, il faut en prendre soin. Et quelle est la priorité ? Et chacun a son avis, et on n'est pas tous d'accord. Alors quand on établit l'état du monde, on a beaucoup de difficultés parce qu'il faut quelqu'un qui a assez de sagesse pour voir tous les besoins et les relations entre toutes les choses pour l'établir. Par exemple, aux États-Unis, le président Obama est en train d'établir une liste : comment faire pour résoudre la récession, comment faire pour éviter la faillite des banques, comment faire pour éviter le chômage dans les compagnies, comment faire pour réduire la tension entre les États-Unis, l'Iran, la Russie, etc... C'est la liste de l'état des affaires, et on cherche des actions, ce qu'il faut faire pour atteindre cela, et toutes ces actions sont alors bonnes et justes, et ceci est le conséquentialisme. Et l'un des principes de l'utilitarisme, c'est de savoir comment faire pour que tout le monde voit clairement que tout le monde devrait avoir autant de chance : on ne cherche pas seulement à atteindre son but tout en faisant du mal aux autres. Chacun devrait faire attention au bonheur des autres, on ne cherche pas seulement à satisfaire ses propres besoins. Donc, dans l'utilitarisme, il y a l'impartialité. Dans cette théorie, on pense au bonheur collectif en premier. Il y a l'idée d'un observateur parfait. Lorsqu'on a un observateur parfait, nous pouvons faire une liste de ce que nous voulons vraiment, avec les priorités, et nous pouvons voir les actions nécessaires qui nous permettent de parvenir au but. Mais dans la réalité, il n'y a pas d'observateur parfait. Dans le bouddhisme, le Bouddha est celui qui a une vue qui embrasse tout, une vue parfaite, et le Bouddha est un observateur parfait, et dans le christianisme, Jésus est l'observateur parfait, quelqu'un qui a la sagesse parfaite, et c'est pour cela que Jésus peut nous éclairer le chemin.


Les trois outils pour atteindre la vérité

Et ceux qui suivent Jésus et le Bouddha, d'un côté s'appuient sur leur propre sagesse, et de l'autre côté, s'appuient sur la sagesse de leur maître. Dans le bouddhisme, on parle aussi de la vue directe, sans passer par le raisonnement. Une perception directe, l'intuition, un éveil direct sans passer par le raisonnement, est un outil qui nous permet de parvenir à cela. Et le deuxième outil, c'est la comparaison, la réflexion :grâce au raisonnement, grâce aux comparaisons, on comprend des choses. En voyant la fumée, on comprend qu'il y a le feu. Et en dehors de ces deux outils pour trouver la vérité, il y a un troisième outil : les grands maîtres qui sont éveillés. Le troisième outil, c'est les éveillés. Alors pour les bouddhistes, c'est la vision du Bouddha, parce qu'il est plus sage et plus profond que nous, et pour les chrétiens, c'est la vision de Jésus-Christ. Ce sont les trois moyens, les trois outils qui nous permettent d'atteindre la vérité. Premièrement, il faut utiliser notre propre vision profonde pour établir le programme, ou bien pour établir plus clairement ce que nous voulons, non seulement pour nous mais pour le monde tout entier. Et après avoir établi cela, on peut voir ce qu'il faut faire pour atteindre cela, c'est comme la quatrième noble vérité, le chemin. En réalité, les utilitaristes ne croient pas en Dieu, ils croient seulement au raisonnement des humains. Une particularité de cette théorie est de laisser Dieu de côté, laisser les soutra de côté. Il faut chercher avec notre propre raisonnement pour voir ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce qui est bien, ce qui est mal, il faut nous appuyer surtout sur nos expériences, et non pas sur les soutras, sur le Dharma. Dans le christianisme, il y a deux théories de base : le Commandement de Dieu, et la loi de la nature. Dans la nature, nous observons des lois, et en nous appuyant sur ce que nous découvrons, nous évitons les actions que l'on considère comme mauvaises ou incorrectes. Dans le christianisme, le Commandement de Dieu est très important, mais en fait, il n'est pas aussi important que la loi de la nature. Ceux qui ont établi les lois de la nature ont dit que dans le monde, il y a un ordre, des valeurs et des buts. Par exemple, la pluie sert à faire pousser les plantes. La fonction de la pluie est de faire pousser les plantes, et les plantes poussent. Pourquoi ? Pour que les vaches, les animaux, les plantes aient quelque chose à manger. Et pourquoi ces animaux ont-ils besoin de la nourriture ? Pour que les humains aient quelque chose à manger. Mais en fait, ce raisonnement ne marche pas, parce que l'humain est ce qui apparaît en dernier. Les dents servent à manger, et la sexualité sert à donner naissance aux bébés, et donc les homosexuels n'ont pas le droit d'utiliser la sexualité, parce que s'ils utilisent la sexualité non pour donner naissance aux bébés, alors ce n'est pas correct. Et le christianisme a accepté cette loi de la nature et l'a mise en pratique, et leur attitude est très rigide. L'autre jour, nous avons dit que des philosophes avaient affirmé que les yeux sont là pour regarder, mais qui nous empêche de les utiliser pour exprimer notre amour ? Nous pouvons regarder avec des yeux compatissants, ou alors nous pouvons regarder avec un regard sévère pour empêcher l'enfant de faire quelque chose. Donc, les yeux servent à communiquer. Donc la sexualité ne sert pas seulement à faire des enfants, on peut aussi l'utiliser pour exprimer son amour. Alors il y a des philosophes qui s'opposent à la théorie de la loi de la nature. Et nous devrions être un observateur parfait. Il faut apprendre pour savoir quelle action est bonne, quelle action n'est pas bonne. Et si nous avons la vue de l'inter-être, la vue non-dualiste, nous serons plus souples.


(cloche)

Le rétributivisme

Si nous regardons profondément, nous voit que nous pouvons compléter cette théorie de l'utilitarisme. Il y a de très bons éléments dans cette théorie. Selon elle, tout ce qui apporte la souffrance, il ne faut pas le faire. Cette théorie s'oppose à la punition des criminels. C'est très gentil. Et puis une autre théorie s'oppose à cela, et cette théorie dit que les criminels doivent payer, c'est le rétributivisme. Si vous semez le vent, vous devez récolter la tempête, si vous tapez quelqu'un, on va vous taper. C'est comme la théorie de cause à effet, du karma. Si vous faites du mal, on va vous faire du mal, si vous tuez, on va vous tuer, si vous voler, vous irez en prison, et cette théorie se justifie avec la raison. Pourquoi doit-on punir les criminels ? Premièrement, si le criminel ne paie pas, cela va causer la colère des victimes. La famille des victimes veut que le criminel soit mis en prison, et quand le criminel est en prison, sa famille se sent mieux, alors le criminel doit payer. C'est la première raison. La deuxième raison est que si on ne les punit pas, ces personnes vont continuer à exister dans la rue, dans la société, alors il faut les enfermer, les punir. C'est la deuxième raison. La troisième raison est pour montrer aux autres, pour faire peur aux autres, comme ça les autres ne vont pas faire de mal et on pourra garder la société en ordre. Il y a des raison comme ça qui rend le rétributivisme très attirant. Si vous tuez, on va vous tuer, si vous volez, vous irez en prison. Mais l'utilitarisme est très gentil : à quoi cela sert-il de faire souffrir les gens ? Il faut les aider à changer, à se transformer, sans les punir. Ils proposent de ne pas tuer les criminels, mais de chercher à les changer. Ils n'utilisent pas le mot 'prison', mais le terme 'maison de rééducation'. Le but est de les changer. Alors il y a des prisons en Amérique qui ne sont pas appelées 'prisons' mais 'maisons de correction'. Et dans ces maisons, il y a des librairies, il y a des salles d'étude, il y a tout, c'est presque comme un hôtel, c'est extraordinaire, et c'est le résultat de ce groupe d'utilitaristes : au lieu de les punir, on cherche à les changer. Et les gardiens de prison ne sont pas appelés 'gardiens', mais comme des 'officiers de correction', et les prisonniers ne sont pas appelés 'prisonniers', mais ils sont appelés 'internes'. C'est très gentil, c'est extraordinaire. Mais il y a une chose qui nous étonne, c'est que les gens qui sont dans ces maisons ne s'améliorent pas, ils empirent, et on ne comprend pas pourquoi. Peut-être qu'ils ne font cela que dans la forme. Voici un exemple d'utilitarisme : cet homme-là est très égoïste, et un jour, notre voiture est tombée en panne, on lui a demandé s'il pouvait nous emmener à notre bureau pour ne pas manquer une journée de travail, et il n'était pas d'accord. Il est très égoïste. Et un jour, sa propre voiture est tombée en panne, et il nous a demandé de le conduire, et notre tendance est de se dire : 'Il est égoïste, je vais lui donner une leçon', et on veut dire non. Mais si on suit l'utilitarisme, on va dire : 'À quoi cela sert-il de le faire souffrir ? Monte dans ma voiture, je vais t'emmener.' Alors on ne le punit pas, on a de la compassion, et peut-être qu'en faisant cela, il va changer et il ne sera plus aussi égoïste, c'est ça la pensée de l'utilitarisme, c'est très beau. Dans le discours d'aujourd'hui, nous avons dit que la souffrance joue un certain rôle, parce que chacun d'entre nous avons besoin d'une certaine dose de souffrance pour grandir, pour être heureux. Mais qui décide cette dose, de la bonne dose ? Personne ne veut la souffrance. Et selon la loi de cause à effet, la loi du karma, on peut dire : 'Si tu as causé le vent, tu dois récolter la tempête, je ne peux pas t'aider.' Mais le bodhisattva a beaucoup de compassion, il suit l'utilitarisme : à quoi cela sert-il de punir ? Il y a déjà tant de souffrances dans la vie, il faut aider à soulager la souffrance. Mais le rétributivisme s'y oppose : 'Non, vous allez les gâter. En les punissant, on aide la société.' Mais quand une personne reçoit la peine de mort, on ne l'aide pas, cela ne l'aide en rien, on lui coupe la tête et c'est fini.


Karma collectif et individuel

Dans le bouddhisme, il y a la loi du karma collectif et du karma individuel. Et tout a ces deux aspects. Par exemple, le Village des Pruniers est collectif, mais il y en a qui en profitent plus que d'autres, alors dans le collectif, il y a aussi l'individuel. En France, il y a des régions qui reçoivent plus de soleil que d'autres, alors il y a l'individuel et aussi le collectif, l'un dans l'autre. Et c'est pareil pour le karma : cette personne souffre, mais il y a une certaine connexion entre nous et l'autre personne. Si nous faisons quelque chose, peut-être que cette personne ne souffrira pas autant. Parce que depuis toujours, nous prenons soin seulement de nous-même, et l'autre personne n'a pas un chemin, c'est pour cela qu'elle souffre. Mais si dans le passé nous avions fait quelque chose, peut-être que cette personne ne souffrirait pas autant aujourd'hui. Alors dans le karma individuel, il y a aussi le karma collectif, et si nous vivons de façon que nous ayons un peut de temps pour les autres, cela va changer. Alors le rétributivisme peut changer avec l'idéal du bodhisattva. Le bodhisattva est là pour soulager la souffrance. Le rétributivisme dit que l'on récolte ce que l'on sème, mais ce n'est pas vraiment correct, parce qu'il y a la présence des bodhisattva dans la vie aussi. Et il faut propager le bonheur jusqu'aux animaux, parce que si les humains prennent soin seulement de leur propre bonheur et causent la souffrance des autres espèces, ce n'est pas bien. Un très bon élément de l'utilitarisme est qu'il embrasse aussi les animaux, il est opposé aux sur les animaux. Mais ce qui lui manque, c'est la sagesse de l'inter-être, du non-dualisme, mais cette théorie est très proche du bouddhisme. De toutes les philosophies, cette théorie est celle qui est la plus juste, et elle est originaire d'Angleterre. On n'a pas beaucoup de temps pour aller plus profondément, mais vous pouvez aller chercher des livres et lire plus sur cette philosophie. Selon l'utilitarisme, le bonheur et la souffrance, le plaisir et la peine sont le plus important, mais selon le bouddhisme, le bonheur et la souffrance ne sont pas des réalités indépendantes : ce que nous appelons souffrance, ce que nous appelons bonheur ne sont pas des réalités séparées. Cela dépend de notre esprit. Si nous changeons notre esprit, ce n'est plus la souffrance. C'est comme lorsque nous nettoyons les toilettes, nous pouvons penser : 'Comment, moi, je dois nettoyer les toilettes ?' Mais au contraire, si on se dit : 'Quel bonheur de nettoyer les toilettes pour la sangha. Quel bonheur d'avoir des toilettes pour les nettoyer. Il y en a qui n'ont pas de toilettes, qui n'ont pas de cuisine, qui n'ont pas l'eau courante, et nous avons des toilettes pour les nettoyer, c'est un grand bonheur.' Donc la souffrance et le bonheur dépendent de notre façon de penser, ils ne sont pas des réalités séparées, indépendantes, et ainsi le bouddhisme peut contribuer beaucoup à l'utilitarisme. Un deuxième point, c'est que l'utilitarisme ne voit pas le rôle important de la souffrance. Nous tous, nous avons besoin d'une certaine dose de souffrance pour grandir. On continuera un autre jour.


(cloche)


Enseignement donné le 8 Février 2009 en français, transcrit par Pháp Thân.