Sortir du deuxième rêve

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Les moments les plus beaux

Ces trois sources d'énergie, la pleine conscience, la concentration et la vision profonde, nous aident à survivre dans les moments difficiles de notre vie. Sans elles, nous souffrirons beaucoup. Alors dans notre vie quotidienne, il faut générer ces énergies pour les réserver, comme on dit qu'il faut réserver le bois pour les temps de pluie. Lorsque nous réservons la pleine conscience, la concentration et la vision profonde, ce n'est pas seulement pour les utiliser lorsque nous avons des difficultés : nous pouvons les utiliser tout de suite pour être heureux ; même quand il n'y a pas la pluie, de tempête, si nous avons ces trois éléments, nous sommes beaucoup plus heureux, plus en paix. Lorsque vous venez ici, essayez de maîtriser tout de suite les pratiques de la marche méditative, de la méditation assise, des repas en silence. Avec ces pratiques, nous pouvons générer l'énergie de la pleine conscience, de la concentration et de la vision profonde. Et lorsque nous scions du bois, après un moment, nous transpirons, mais lorsque nous pratiquons la méditation assise, la méditation marchée, les repas en silence, nous ne transpirons pas, nous n'avons pas besoin de faire des efforts, parce que toutes ces pratiques nous apportent tout de suite déjà la paix et le bonheur. On peut dire que les meilleurs moments, les moments les plus beaux et les plus heureux de notre vie sont pendant la méditation assise, la méditation marchée. Il y a des moments, pendant la méditation marchée ou la méditation assise, où nous avons l'impression que ce sont les moments les plus heureux, les moments les plus beaux de notre vie, parce que nous nous sentons tellement bien, en paix. Ce ne sont pas des sensations fortes comme lorsqu'on boit de l'alcool ou que nous prenons des drogues. Et parmi nous, il y en a qui ont déjà pratiqué la méditation assise, la méditation marchée, et qui ont fait cette expérience : pendant ces moments, vous ne voulez rien d'autre, parce que vous vous sentez tellement bien. Et tout pratiquant peut atteindre les meilleurs moments, les moments les plus beaux de leur vie pendant ces pratiques. Pendant la marche méditative, avec cent personnes ou mille personnes, nous montons la colline avec des pas en paix, détendus, et nous touchons les merveilles, la beauté de la nature, de la vie, et chaque respiration, chaque pas nous apporte beaucoup de bonheur, et nous comprenons que nous n'avons besoin de rien d'autre. Alors nous pouvons nous dire que c'est ça, ce que nous cherchons, c'est ça. Alors, moines, moniales, pratiquants laïques, il est certain que vous avez eu de telles expériences. Le bonheur est quelque chose de possible, et ce bonheur est plus ou moins profond, cela dépend de la qualité de notre pleine conscience et de notre concentration. Plus la pleine conscience et la concentration sont solides, plus le bonheur est profond.


Percer le voile de l'ignorance

Pendant la méditation assise, notre dos est bien droit et détendu, nous avons un léger sourire sur la bouche, nous faisons attention à notre respiration, nous inspirons avec légèreté et nous ressentons que l'air entre dans chaque cellules de notre corps, et nous pouvons générer la joie et le bonheur. Et cette joie, ce bonheur, sont profonds ou superficiels, cela dépend de la qualité de la pleine conscience et de la concentration. Si la pleine conscience et la concentration sont solides, alors la joie et le bonheur sont profonds. Nous savons que la joie et le bonheur sont impermanents, mais ils sont quand même la joie et le bonheur. Et avec cette joie et ce bonheur, nous pouvons générer d'autres joies et d'autres bonheurs. Et comme nous avons des pratiques, avec la respiration consciente, avec les pas en pleine conscience, nous pouvons ramener la joie et le bonheur. Même s'ils sont impermanents, ils sont toujours la joie et le bonheur. Et lorsque cette joie et ce bonheur s'en vont, il y a d'autres joies et d'autres bonheurs qui arrivent. Les maîtres zen nous rappellent qu'il ne faut pas nous arrêter à la joie et au bonheur, il faut aller plus loin, parce que si la pleine conscience et la concentration sont importants, nous pouvons percer le voile de l'ignorance pour arriver à la vision profonde. Et quand nous avons la vision profonde, nous sommes libres, nous sommes libérés. Et la libération augmente notre joie et notre bonheur. Et la libération, ici, c'est la libération des soucis, de l'anxiété. Même si nous avons la joie et le bonheur, cette joie et ce bonheur ont un arrière-plan de soucis et d'anxiété en-dessous. Alors si nous demeurons seulement dans cette joie et ce bonheur, ce serait dommage. Il faut utiliser notre pleine conscience et notre concentration non seulement pour générer la joie et le bonheur, mais aussi pour percer le voile de l'ignorance. Lorsque nous avons la pleine conscience et la concentration, nous avons la vision profonde, et c'est cette vision profonde qui nous libère. Le but du bouddhisme est la libération, et ce n'est pas seulement la joie et le bonheur. Et la libération apporte beaucoup de joie et de bonheur. La libération est le but ultime. Et la libération ici n'est pas une grâce d'un Dieu mais c'est la vision profonde, la libération causée par la vision profonde et pas par la grâce. Le fondement de la souffrance est la croyance en un soi permanent, et toutes les angoisses, les anxiétés, sont basées sur ce fondement. L'ignorance est le fondement. Le fondement est le manque de vision profonde. Alors cette joie et ce bonheur ne sont pas encore très profonds, parce qu'ils sont basés sur l'arrière-plan d'ignorance. Et lorsque l'énergie de la pleine conscience et de la concentration sont bien solides et arrivent à percer le voile de l'ignorance, cette joie et ce bonheur se multiplient par cent ou mille fois. Prenons comme exemple notre peur de mourir. Aujourd'hui, nous avons la joie et le bonheur sans savoir si demain, nous aurons cette joie et ce bonheur, sans savoir si demain que peut-être demain nous tomberons malades et mourrons. Alors il y a encore l'anxiété et le soucis. Aujourd'hui, nous sommes en vie, nous ne sommes pas malades, nous avons des pratiques, mais peut-être que dans le futur, ce ne sera plus pareil. Aurons-nous encore cette joie et ce bonheur ? Cette joie et ce bonheur sont encore basés sur un soi, et la vision profonde nous aide à briser tout cela, l'ignorance, le soi. Ici la libération ne vient pas de la grâce mais de la vision profonde.


Un rêve de Thay

Une fois, dans un rêve, Thay a vu qu'il était en guerre et qu'il devait émigrer. Nous sommes des Vietnamiens, nous sommes des Palestiniens, nous sommes des Israéliens, c'est sûr que dans un rêve nous pouvons nous voir être en guerre, et nous devons fuir la guerre. Nous avons vu des scènes terribles, nous étions sous les bombes, et il est certain que toutes ces images restent encore dans notre conscience profonde, et dans un rêve, cela remonte. Et dans le rêve, Thay se voit courir, fuir la guerre. Pendant ce temps, son corps était bien allongé sur son lit, mais dans le rêve, Thay a vu vraiment une scène terrible: tout le monde courait partout dans tous les sens. Alors ici c'est une personne qui dort, et là, c'est le rêve, et dans le rêve, il y a les bombes qui tombent, et il court, il fuit les bombes, et nous ne savons quand nous fuyons qu'il y a un corps qui reste allongé ici. Nous croyons que nous sommes ceci, et que notre situation est celle-ci. Et bien sûr, nous tous, nous avons eu des rêves comme cela, dans lequel nous avons un soi, un corps et une situation, et nous croyons que tout cela est vrai. Seulement quand nous sommes réveillés, nous comprenons que ce n'est pas vrai, mais dans le rêve, nous croyons que tout est vrai. Mais quand nous sommes réveillés, nous comprenons que la personne qui court, qui fuit la guerre n'est pas vraie, et que la personne qui est réveillée sur le lit est vraie. Seule notre chambre est vraie, avec la lampe, le lit, et ainsi de suite, mais la guerre n'est pas vraie. Alors dans ce rêve-là, Thay a vu que Thay courait, et quand Thay est arrivé à un lieu où il n'y avait pas de bombes, Thay a ralenti pour faire la marche méditative, et Thay a fait la marche méditative dans son rêve. Thay était conscient que là, Thay était sain et sauf, sans bombes, sans guerre, et donc, Thay a ralenti pour faire la marche méditative, et dans la marche méditative, Thay a vu clairement que c'était un rêve, que ce n'était pas la réalité. Et dans le rêve, Thay savait qu'il rêvait, c'est-à-dire qu'il était presque réveillé. Mais il est dit que si dans le rêve on sait qu'on est en rêve, cela signifie qu'on est encore dans le rêve. Si dans un rêve, nous savons que nous sommes en rêve, nous sommes encore dans un rêve. Ce qui est drôle, c'est que dans la marche méditative, Thay a réalisé que cette personne qui faisait la marche méditative était une illusion. Et quand Thay s'est réveillé, Thay a vu qu'il était allongé sur son lit. Et Thay a réalisé que cette personne et cette chambre étaient aussi une sorte de rêve. Lorsque l'on est réveillé, c'est aussi une sorte de rêve. Pourquoi ? Parce que nous vivons encore sous l'influence d'une vue fausse, d'une illusion. Nous croyons que nous sommes réveillés, mais en fait nous sommes encore dans un rêve, nous sommes encore dans l'illusion. Nous croyons que ce corps est notre corps, et qu'une fois que notre corps est mort, nous continuons notre chemin soit en enfer, soit au paradis, nous croyons que tout cela est vrai, mais en fait c'est aussi une sorte de rêve, c'est plus vrai que l'autre rêve, mais c'est encore un rêve. Alors dans la psychologie, comme dans les sciences, comme dans le bouddhisme, on cherche la vérité. Les scientifiques ont découvert que cette table qui paraît bien solide n'est qu'une illusion. Les scientifiques savent très clairement que cette table n'est pas quelque chose d'immuable, de solide, de vrai. Avec les yeux scientifiques, en regardant cette table, on voit que cette table est faite d'espace. Et donc les scientifiques, les hommes spirituels, les psychologues, tous cherchent la vérité. Nous avons tous l'impression que nous sommes encore dans un rêve.


Sortir du deuxième rêve

Et une personne est sorti de son deuxième rêve, et il nous a montré des pratiques concrètes pour nous aider à sortir de ce rêve, et c'est le Bouddha. Le Bouddha est un homme spirituel, il s'est réveillé de son rêve, tout en sachant qu'il est encore dans un autre rêve. Bouddha signifie l'Éveillé. Budh signifie 's'éveiller' et Buddhâ signifie 'celui qui est éveillé'. Et quand on est éveillé, nous ne vivons plus dans l'illusion, nous ne voyons plus que nous sommes un soi séparé, et que l'univers est une réalité indépendante du soi. Un pratiquant comme nous ne cherche pas seulement un peu de joie, un peu de bonheur pour soulager sa vie. Notre but est de percer le deuxième rêve. Ceci est le premier rêve. Sorti du premier, nous croyons que nous sommes réveillés, mais en réalité, si nous nous comparons au Bouddha, nous sommes encore dans un autre rêve, et dans ce rêve, il y a nous-même et notre environnement. Il y a quelque chose d'extraordinaire, c'est que nous tous nous avons cette graine de la pleine conscience, et nous tous nous pouvons commencer avec la pleine conscience. Et avec la pleine conscience, nous avons la concentration, puis avec la concentration nous pouvons avoir la vision profonde, et c'est cette vision profonde qui nous secoue, qui nous réveille du deuxième rêve. Parmi nous, il y en a qui commencent à se réveiller du deuxième rêve, qui réalisent que ce corps n'est pas un corps solide, un vrai corps, mais qu'il n'est qu'une manifestation. Nous sommes dans un deuxième rêve qui a l'air vrai, mais c'est quand même un rêve. Il y en a qui ont vu à la surface, il y en a qui ont vu profondément. Vivant au vingt-et-unième siècle, nous savons que les scientifiques et les hommes spirituels peuvent se tenir la main pour marcher ensemble sur le chemin pour trouver la vérité, et il est certain qu'un jour nous pourrons sortir de ce second rêve. Nous avons beaucoup de chance, parce qu'en nous nous avons les graines de la pleine conscience, de la concentration et de la vision profonde, et parce que nous avons toutes ces graines, nous avons de l'espoir, nous avons la capacité de nous réveiller, nous pouvons sortir du deuxième rêve.


(cloche)

Une bonne nouvelle

Dans le christianisme, il y a une bonne nouvelle : il existe Dieu ou Jésus-Christ qui nous sauve. Dans le bouddhisme, il y a aussi une bonne nouvelle : nous avons tous en nous les graines de la pleine conscience, de la concentration et de la vision profonde, et nous tous nous avons la bouddhéité, la nature du Bouddha. Les graines de la pleine conscience, de la concentration et de la vision profonde sont les graines de l'éveil, et donc nous tous nous pouvons devenir Bouddha. Ce matin, nous chanté les trois refuges, et dans ce chant il y a trois parties. La troisième partie, est 'Je prends refuge dans le Bouddha en moi-même', et le Bouddha en soi-même est quelque chose de très concret, ce n'est pas une croyance abstraite. Nous ne cherchons pas le Bouddha dans le ciel, dans un lieu lointain dans le temps et dans l'espace, nous cherchons le Bouddha en nous-même, et le Bouddha en nous-même est quelque chose de très concret que nous pouvons toucher, expérimenter : c'est les graines de la pleine conscience, de la concentration et de la vision profonde, et cela dépend de ces graines si nous pouvons nous réveiller ou pas. Nous sommes tous dans le rêve. Il y en a qui sont dans le rêve profonde il y en a qui sont à peine dans le rêve, cela dépend. Voici un poème que Thay aime beaucoup : 'Le soleil brille après la pluie, et dehors un vent léger souffle. Le son de la cloche sonne. A-t-il réveillé quelqu'un de son rêve ?' Nous avons la chance de rencontrer le Bouddha, le Dharma. Le Bouddha nous a transmis des pratiques, et nous savons que nous avons tous les graines de la bouddhéité en nous, que nous avons tous la possibilité de nous éveiller, et que percer ce voile de l'ignorance pour atteindre la vision profonde est possible. Une fois que nous réussissons à percer ce voile d'ignorance, la joie et le bonheur sont vraiment la joie et le bonheur parce qu'à ce moment là il n'y a plus l'angoisse, il n'y a plus l'anxiété, les soucis. Nous sommes libérés de toutes les vues fausses, les vues du soi, de la persmanence, et notre joie et notre bonheur sont bien profonds. Nous vivons ensemble comme une communauté de pratique, et nous savons qu'en vivant ensemble, nous pouvons nous soutenir dans la pratique. Si nous sommes encore faibles dans la pratique, nous pouvons nous appuyer sur celle de nos frères, de nos soeurs, et c'est ça l'avantage des personnes qui vivent dans une communauté. Nous pouvons quand même pratiquer chez nous, mais nous aurons beaucoup plus de difficultés. Dans la communauté, nous sommes obligés de suivre tout le monde, et une fois que nous arrivons à la salle du Bouddha, nous nous asseyons et nous nous sentons tellement bien, et nous pensons : 'Ah, quelle chance ! Heureusement que ma soeur m'a réveillé et m'a rappelé d'aller à la salle du Bouddha.' Il y a des amis qui ont économisé de l'argent, qui ont organisé pour avoir quelques jours de congé pendant un an ou deux ans, pour pouvoir venir ici et pratiquer avec nous, et ils chérissent leur séjour ici, ils chérissent le temps de pratique avec une communauté, ils savourent chaque pas qu'ils font pendant la marche méditative, et pendant la méditation assise, ils savourent chaque respiration. Ils ont fait beaucoup d'efforts pour pouvoir passer une semaine ici. Et vous, résidents permanents, moines, moniales, pratiquants laïques, vous pouvez passer autant de temps que vous le souhaitez pour faire la méditation assise, la méditation marchée, et si vous ne le faites pas, c'est très dommage. Dans notre Sangha, il y en a qui sont capables d'apporter le bonheur à tant de personnes. Il y en a qui sont de très bon cuisiniers, cuisinières, qui font du bon pain, qui s'occupent bien du jardin, qui organisent bellement l'anniversaire du Bouddha, ou les Noëls, et ils ont apporté beaucoup de bonheur à tant de personnes. Et dans la Sangha, il y en a d'autres qui n'ont pas de tel talent, mais qui sont très heureux pendant la méditation assise, pendant la méditation marchée. Il y en a qui sont devenus moines et moniales depuis trois mois ou quatre mois, mais leur bonheur est aussi une source de joie et de bonheur pour toute la Sangha. Lorsque nous avons la joie et le bonheur pendant la méditation assise, cela nourrit non seulement nous-même, mais cela nourrit toute la communauté, cela nourrit Thay. Alors nous pouvons nourrir Thay, nous pouvons nourrir notre communauté avec notre pratique de la respiration consciente, de la marche méditative, et lorsque nous sommes heureux, nous pouvons partager ce bonheur. Nous n'avons pas besoin de passer dix ans pour faire cela. Même si nous sommes aspirants, si nous avons des moments de joie et de bonheur pendant notre pratique, nous sommes en train de nourrir notre communauté.


Il suffit de pratiquer la pleine conscience pour être heureux

Et nous sommes conscients des merveilles de la vie, comme les rayons du soleil qui traversent la fenêtre pour entrer ici, nous savons que c'est un matin clair, que nous avons des rayons de soleil, que nous avons passé la méditation assise ensemble. Et nous avons respiré ensemble comme un organisme, nous avons écouté le chant comme un organisme, nous avons chanté ensemble comme un organisme, et nous écoutons les enseignements transmis par le Bouddha, comment faire pour générer la joie et le bonheur, et notre bonheur est grand. Pourquoi chercher un bonheur ailleurs ? Même si dans notre corps, il y a encore certaines douleurs, quelques maladies, parce que personne n'a une santé parfaite, même si dans notre esprit, il y a encore quelques soucis, quelques petites souffrances, nous pouvons survivre comme nous avons survécu après la tempête, nous avons encore quelques bougies, nous avons encore quelques morceaux de bois. Nous avons pu survivre, et avec un peu de douleur, avec un peu de soucis dans notre esprit, nous pouvons aussi atteindre la joie et le bonheur pendant la méditation assise, pendant la marche méditative, et ça c'est sûr. Vous n'avez pas besoin d'avoir une santé parfaite, vous n'avez pas besoin d'éliminer toute la souffrance pour pouvoir savourer les moments de la méditation assise ou la marche méditative. Non, vous n'avez pas besoin de faire cela. Vous pouvez porter encore quelques douleurs en vous, quelques soucis, quelques souffrances, mais vous pouvez quand même générer la joie et le bonheur qui vous nourrissent et qui nourrissent la communauté. Alors il faut une prise de conscience, c'est la pleine conscience. Il suffit de pratiquer la pleine conscience pour être heureux. Et quand notre pleine conscience est solide, cela nous apporte la concentration ; lorsque nous sommes en contact avec quelque chose, si la pleine conscience est là, le contact est beaucoup plus profond, et cela nous apporte la concentration, et quand la concentration est solide, cela nous apporte la vision profonde. Alors nous pouvons lâcher-prise de beaucoup de souffrances, de la jalousie, de la haine, et nous n'avons pas besoin de chercher le bonheur ailleurs. Lorsque nous nous projetons ailleurs pour chercher le bonheur dans l'espace et dans le temps, cela signifie que nous échouons dans la pratique, parce que nous avons toutes les conditions du bonheur dans le moment présent pour nous nourrir et pour nourrir la Sangha.


La consommation en pleine conscience

Aujourd'hui, il faut continuer un petit peu avec les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience. Nous en sommes au cinquième. Le cinquième concerne la consommation, la santé. Nous devrions consommer de façon à maintenir notre santé physique et mentale. La consommation en pleine conscience est l'objet du cinquième entraînement à la pleine conscience. Si nous voulons réviser le cinquième entraînement, il nous faut introduire les éléments du bonheur. Dans le bouddhisme, il faut introduire les enseignements des quatre aliments. Nous avons besoin des aliments, et nous avons quatre sources d'aliments. La première est les aliments que nous consommons par la bouche, la deuxième par nos organes sensoriels, la troisième par notre volition, et la quatrième par notre conscience. Puisque le cinquième entraînement concerne la consommation, il est impossible de ne pas introduire les quatre aliments. La plupart d'entre nous, nous cherchons des aliments toxiques : nous aimons manger ce qui nous rend lourds, ce qui nous apporte beaucoup de cholestérol. Nous prenons de l'alcool, de la drogue, nous cherchons des sensations fortes. En ce qui concerne les aliments consommées par nos organes sensoriels, aujourd'hui, non seulement les jeunes, mais la plupart des gens passent trop de temps sur internet. On ne passe plus le temps avec ses parents, ses frères, ses soeurs, ses enfants, on n'a plus le temps pour regarder le lever du soleil, pour parler aux arbres, aux oiseaux, pour être en contact avec la nature, on se colle devant l'écran de l'ordinateur. Alors quand vous révisez le cinquième entraînement, il faut mentionner tout cela, ce sont les problèmes d'aujourd'hui non seulement pour les jeunes mais aussi pour les adultes. On ne fait plus attention à nos bien-aimés, aux merveilles de la vie, parce que nous cherchons des aliments comme cela. Et nous savons très bien que sur internet, il y a beaucoup d'aliments toxiques. Bien sûr, avec habileté, nous pouvons trouver des éléments très constructifs, nous pouvons trouver les enseignements, les discours du Dharma, les soutras, mais même si ces éléments sont nécessaires, il faut les consommer avec modération. Il faut la modération, il faut l'équilibre, il faut un régime équilibré. Alors nous avons le droit d'utiliser internet pour consommer quelques éléments, mais au Village des Pruniers nous avons un règlement : lorsque nous allons sur internet, il faut toujours y aller avec un second corps, pour être sûr de ne pas nous perdre dans ce filet, c'est le règlement du Village des Pruniers depuis des années. On ne sait pas si cela peut s'appliquer dans les familles, mais lorsque nos enfants sont encore jeunes, ils peuvent être tentés. Il y a beaucoup de jeunes qui vont sur internet et qui sont charmés par les autres, et ils ne sont plus eux-même, ils ont perdu leur innocence, leur lumière, ils ont détruit leur corps et leur esprit à cause des tentations sur internet. Alors pour que le cinquième entraînement soit bien approprié à notre temps, il faut parler un petit peu d'internet, parce que cela fait partie de la deuxième sorte d'aliments. Le troisième, c'est l'aliment consommé par notre volition. Il faut des aspirations constructives : par exemple, nous voulons protéger l'environnement, nous voulons aider les pauvres, les affamés, nous voulons travailler pour les droits de l'homme, la justice sociale. Tout cela, c'est très constructif, c'est très beau, et si nous cherchons les objets des désirs sensuels, cela peut être toxique, cela peut nous détruire. L'envie de détruire, de se venger, l'envie de tuer, tout cela, cela fait aussi partie des aliments consommés par la volition, alors il faut étudier le soutra des quatre aliments, et il faut introduire ces éléments dans le cinquième entraînement. Cet entraînement concerne la recherche du bonheur. Si on consomme, c'est parce qu'on veut être heureux. Mais le problème de notre temps, c'est que la plupart d'entre nous avons des souffrances, des peines, que nous sommes incapables de résoudre, de transformer, et la plupart d'entre nous cherchons à les oublier par la consommation. Nous buvons de l'alcool pour oublier nos peines, notre souffrance, notre désespoir, et le nombre de personnes qui cherchent l'oublie et le soulagement dans la consommation est très élevé. C'est une caractéristique de notre société, et le cinquième entraînement devrait répondre à ce problème. Dans le bouddhisme, nous avons une idée du bonheur, nous avons l'enseignement de vivre heureux dans le moment présent. On n'a pas besoin de chercher le bonheur ailleurs. Si nous savons comment utiliser la respiration consciente et la marche méditative, nous pouvons toucher les merveilles de la vie en nous et autour de nous, nous pouvons générer la joie et le bonheur tout de suite. Alors le cinquième entraînement devrait parler de l'utilisation de la respiration consciente, de la marche méditative pour retourner au moment présent pour être heureux ici et maintenant, sans chercher le bonheur basé sur les désirs, l'argent, le pouvoir, et ainsi de suite. Avec la pleine conscience et la concentration, nous sommes riches, nous pouvons générer beaucoup de bonheur, alors il faut parler de l'art de vivre dans le moment présent, dans le cinquième entraînement, comment faire pour ne pas nous laisser entraîner par le passé, par le futur. Le cinquième entraînement est très profond, et le Dharma du cinquième entraînement est très solide. 'Je fais le voeu d'utiliser la respiration et la marche méditative pour retourner au moment présent, pour toucher les conditions de bonheur qui sont déjà disponibles afin de pouvoir vivre profondément, en paix et dans le bonheur, pour vivre pleinement chaque moment de ma vie quotidienne, sans laisser les regrets et les chagrins m'entraîner vers le passé ou le futur, et l'anxiété et la peur m'emporter loin du moment présent.' Après cette retraite, il faudra faire une esquisse des cinq nouveaux entraînements, et à la fin du mois de juin, nous allons annoncer formellement la révision de ces cinq entraînements à la pleine conscience, et c'est le travail de toute la Sangha. Pendant cette retraite de trois mois, nous avons étudié, contemplé, médité pour réviser les cinq entraînements à la pleine conscience, pour qu'ils deviennent plus appropriés. Il ne nous reste plus que dix-sept jours avant d'arriver à la fin de cette retraite, alors il faut pratiquer sérieusement. Les discussions du Dharma devraient être très sérieuses, parce que notre travail a été interrompu par tant de célébrations, tant de fêtes, et ce sera notre offrande au Bouddha, au Dharma, à la Sangha, à tant de personnes dans le monde. Nos cinq entraînements sont déjà très beaux, mais ceux qui seront révisés seront encore plus beaux, même s'ils seront un petit peu plus longs.


Enseignement donné le 1er Février 2009 en vietnamien, transcrit d'après la traduction française par Pháp Thân.