Les quatre investigations

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(cloche)

Chère Sangha, nous sommes le 22 Janvier de l'an 2009, nous sommes au Monastère Nectar du Dharma au Hameau du Bas, dans la salle de méditation de l'Assemblée des Étoiles.


La communauté des cinq agrégats

Le 20 Janvier dernier était une journée très joyeuse pour les États-Unis, lorsque Obama est devenu Président. Les journalistes européens ont dit que tous les Américains soutenaient le Président, et ce jour-là prouve qu'il y a l'espoir, la détermination d'être ensemble pour rebâtir le pays, pour reconstruire les États-Unis. Après être devenu président, Obama a fait un discours comme un discours du Dharma, et tout le monde l'a écouté comme s'ils écoutaient un discours du Dharma. Dans son discours, il a parlé comme s'il parlait des Quatre Nobles Vérités : il a parlé de la souffrance des Américains, des causes qui ont mené à ces difficultés, à ces souffrances, et il a parlé de l'espoir. Les Américains vont se lever pour faire face aux nouvelles difficultés. Et l'Amérique va passer à une nouvelle période plus claire, et les Américains devraient mettre fin à leurs mauvaises habitudes, comme la consommation excessive, la discrimination. Alors on peut voir que son discours contient les Quatre Nobles Vérités, et il y en a qui l'ont écouté attentivement en pleurant, qui l'ont écouté avec l'attitude des disciples, comme s'ils écoutaient un discours du Dharma. Quand Thay a entendu dire un journaliste que tous les Américains soutiennent leur président, tout de suite, Thay a pensé à notre propre pratique. Nous pratiquons comme des individus, comme une famille, comme un couple mari et femme, comme une Sangha, ou comme une nation. Alors le 20 janvier dernier était comme une journée de pleine conscience de l'Amérique : tout le monde est venu ensemble pour pratiquer l'assise et l'écoute profonde. Premièrement, nous parlons de l'individu. Nous pratiquons en tant qu'individu, mais en même temps, nous pratiquons comme une communauté, une Sangha. Nous tous, nous sommes faits des éléments appelés les cinq agrégats. Nous avons notre corps, nos sensations, nos perceptions, nos formations mentales, notre conscience, nous avons les cinq agrégats, et lorsque nous pratiquons, nous vivons notre vie quotidienne, nos cinq agrégats se mettent derrière nous pour nous soutenir, ou alors ils sont en conflit dans leur contenu. En nous, il y a peut-être la discrimination, les conflits, la séparation, et nos cinq agrégats ne se mettent pas vraiment derrière nous pour nous soutenir ; les soucis nous emportent dans une direction, et la colère nous emporte dans une autre direction, et les peurs, les angoisses, nous emportent dans une autre direction. Et les envies, les désirs, las passions nous emportent dans une autre direction. Et les formations mentales de la diligence veulent aussi nous emporter vers une autre direction : la direction de la pratique. Alors les cinq agrégats ne sont pas vraiment derrière nous pour nous soutenir complètement : il y a l'état de conflit dans toutes les directions, et c'est pour cela que nous échouons dans notre pratique. Parfois, nos cinq agrégats sont comme une communauté, nos cinq agrégats sont une Sangha en harmonie. Et parfois, nos cinq agrégats sont en conflit et créent une sorte de désordre dans notre personne et nous souffrons. Alors il faut faire en sorte que nous puissions faire comme Obama. Nous faisons un discours, et tous les Américains écoutent, tout le monde a la foi et nous soutient. Le Président Obama a réussi dès son premier jour. Tous les Américains veulent se mettre derrière lui pour le soutenir. Quelques jours avant, le président Obama a loué le Sénateur John McCain et l'a invité lui et son parti à participer à la construction du pays. C'est habile, parce que si le pays est divisé en deux parties et que les deux parties s'opposent, alors il ne pourra pas faire ce que tous les Américains veulent faire, alors il a proposé au parti qui s'oppose à lui de travailler ensemble. Et nous voulons faire la même chose : nous avons la bonne volonté de faire la réconciliation en nous, mais il y a les cinq agrégats en nous qui ne sont pas d'accord, et ils vont dans toutes les directions. Alors comment faire pour que nos cinq agrégats soient ensemble pour nous soutenir dans la pratique ? Nous avons cinquante et une formations mentales, et toutes veulent notre attention. Le désir veut notre attention, la colère veut notre attention, l'angoisse aussi, comme si tout le monde voulait prendre la parole en même temps, et voulait que tout le monde le suive, et tout le monde parle et personne n'écoute.


Amener les cinq agrégats dans une seule direction

Dans cet état, que faut-il faire ? Dans le bouddhisme, on parle de la pleine conscience, de la concentration et de la vision profonde. Comment faire pour que tous les éléments des cinq agrégats se tournent vers une seule direction ? Avec la concentration. Thomas Louis, un biologiste Américain, a dit qu'à chaque fois qu'il y a un état de séparation et de discrimination comme ça, de conflit comme ça, il pense que la musique est le meilleur moyen de ramener tous les éléments en nous, de se tourner vers une seule direction. Dans cet état, il faut jouer de la musique : nous jouons un morceau un morceau de musique et nous invitons tous les éléments de nos cinq agrégats à participer, et c'est ce que nous faisons dans notre tradition. Ce matin, avant de chanter, nous avons dit que la Sangha respirait comme un organisme, chantait comme un organisme, écoutait comme un organisme, qu'elle allait comme une rivière et pas en tant que goutte d'eau séparée. Et lorsque toute la sangha écoute comme un organisme, tout de suite il y a un état de concentration, et quand il y a la concentration, cela peut percer, cela atteint une vision, une libération, une paix. Lorsque nous respirons et que notre respiration devient la musique, cela peut attirer, cela peut amener tous les éléments des cinq agrégats vers une seule direction, cela peut les amener à la respiration. En inspirant, il faut les faire participer à l'inspiration, et en inspirant , il faut faire tous les éléments de notre être participer à l'expiration, c'est comme le Président Obama qui était à la Maison Blanche il y a deux jours : tous les Américains se sont tournés vers lui. Par exemple, si notre inspiration va comme cela, cela commence ici et cela se termine là, alors dans le processus de l'inspiration, il faut faire en sorte que toutes les cellules de notre corps participent et suivent l'inspiration. Nous ne respirons pas seulement avec notre poumon et notre nez, et laissons les autres parties du corps vagabonder ailleurs ou faire autre chose : ce n'est pas la concentration. Et nous pouvons respirer de cette façon : si l'inspiration a une bonne qualité, si elle a l'harmonie en elle, elle est un morceau de musique, et en général, dans la tradition du Village de Pruniers, nous inspirons et nous expirons avec un poème, un gatha, et le poème est la poésie, est la musique. Nous avons beaucoup de poèmes, et beaucoup de poèmes ont été mis en musique et nous pouvons respirer comme jouer de la musique, et nous pouvons faire participer toutes les cellules de notre corps, et ainsi il y a la concentration. Et Louis Thomas a dit la vérité : l'important est que la musique soit belle, et que cela apporte l'harmonie, la collaboration, la coopération, comme le discours d'Obama qui inspire la foi dans l'avenir, et Obama devrait continuer à parler comme cela et à faire comme cela. S'il parle comme cela une fois, un jour, cela ne suffit pas. Nous sommes pareil, il faut respirer de telle sorte que nous puissions inviter toutes les cellules de notre corps à participer à la respiration, et bien sûr, les cellules, les sensations, les perceptions doivent suivre. 'J'inspire et je sais que j'inspire.' Et dans cette inspiration, il y a la participation de la pleine conscience de la perception, il n'y a pas seulement les cellules du corps qui participent, mais il y a aussi les formations mentales comme la pleine conscience, la concentration, la vision profonde, le contact, l'énergie d'habitude. Et dans l'inspiration, nous avons le contact, nous avons l'attention à l'inspiration, nous avons une perception de l'inspiration. Contact, attention, sensation, perception, et pensée. Nous devrions investir tous nos cinq agrégats dans notre inspiration pour réussir. J'arrive à faire cela, et beaucoup d'entre nous peuvent faire cela. Et en inspirant, l'inspiration est la chose la plus importante, et nous voulons que toute notre personne, tout notre corps jusqu'à notre conscience, que tout cela participe comme tous les Américains qui soutiennent Obama, pour réussir. Et lorsque nous expirons à partir de ce point, jusque là, l'expiration se termine. Imaginons un violoniste : ceci est l'inspiration, cela est l'expiration, et l'inspiration et l'expiration se succèdent sans interruption. Nous pouvons dessiner l'image, l'inspiration et l'expiration comme cela, mais ce n'est pas très bien. C'est mieux de faire ce dessin. L'inspiration et toute notre personne inspire, l'expiration et tout notre être avec nos cinq skandha expire, et l'inspiration est la continuation de l'expiration, et l'expiration est la continuation de l'inspiration. Si pendant une méditation assise, il y a la musique, la musique de la respiration, et il y a la concentration, l'état de toute l'Amérique qui se met derrière le Président, il est certain que nous réussirons. Tous les Américains soutiennent le Président pendant un jour, mais on ne sait pas s'ils pourront faire la même chose le deuxième jour, le troisième jour. S'ils font cela pendant cent jours, ils réussiront sûrement. Parce que dans cet état de concentration, il y a beaucoup de force.


Changer les habitudes

Lorsque nous avons la force de la concentration, lorsque notre respiration est bien concentrée, nos pas peuvent atteindre la paix, la liberté, et cela mène à la transformation. Dans son discours, Obama a dit que nous avons des habitudes comme l'habitude des plaisirs, des biens. Nous avons l'habitude de penser seulement à notre bénéfice sans penser au bien, au bonheur des autres. Alors nous devrions changer. Nous tous, nous avons ces habitudes. Obama a dit que nous devrions nous lever, prendre la parole, et nous dépoussiérer, et il faut vaincre nous-même, il faut conquérir nous-même pour réussir. Si nous laissons nos énergies d'habitude nous détruire, alors il sera impossible de reconstruire le pays, et c'est ça la voie, la voie qui mène à la réussite pour reconstruire la pays. Nous avons des habitudes, nous savons que nous devons prendre des décisions d'abandonner ces habitudes, mais nous nous retardons, et nous ne voulons pas aller dans cette décision, nous ne voulons pas prendre cette décision. Nous savons que nous avons la capacité de faire cela, mais nous attendons, nous repoussons. Par exemple, la décision de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Nous avons des passions, nous avons des habitudes, sans savoir que celles-ci nous causent la souffrance, nous causent le mal, par exemple l'habitude de consommer excessivement nous cause du mal, mais nous continuons à repousser, repousser la décision. Et le Président Obama a dit clairement qu'il faut réexaminer les programmes : les projets qui répondent aux besoins de notre pays, il faut les soutenir, et les projets qui n'y répondent pas, il faut avoir le courage de les stopper pour s'engager dans d'autres projets, et cela fait partie de la Quatrième Noble Vérité, le chemin. Nous tous, nous avons des habitudes, des passions, des angoisses qui nous empêchent de prendre des décisions. Il faut prendre des décisions, et abandonner ces mauvaises habitudes. Si nous ne pouvons pas le faire nous-même, il faut compter sur la sangha, il faut nous appuyer sur la sangha pour le faire. Si une personne est incapable de le faire, il faut plusieurs qui s'entraident pour pouvoir le faire.


L'énergie collective de la Sangha

Nous avons appris, pendant la marche méditative, à marcher comme une rivière. Quand nous marchons comme cela, avec des centaines de personnes, l'énergie collective de la pleine conscience est très importante. Chaque personne est en pleine conscience, chaque personne se concentre sur ses pas, et l'énergie collective de la pleine conscience est très importante, cela protège chaque personne, cela entre dans chaque personne, comme un groupe d'oiseaux qui voyage, qui émigre : quand ils vont en groupe, ils s'entraident. De même, quand nous pratiquons ensemble, quand nous marchons ensemble, quand nous nous asseyons ensemble, nous avons beaucoup plus de force, plus d'énergie. Alors il faut savoir comment combiner l'énergie de la pleine conscience et de la concentration individuelle avec cette énergie collective. En faisant cela, nous n'avons pas besoin de faire beaucoup d'efforts. Alors en écoutant le chant, en marchant, en nous asseyant, il faut savoir comment nous appuyer sur la sangha. Et c'est pareil dans un pays, il faut nous appuyer les uns sur les autres pour réussir. Si nous cherchons la réussite individuelle sans faire attention aux autres, sans penser aux autres, nous ne pourrons pas réussir facilement. Alors qu'avons-nous appris de ce discours ? Lorsque notre corps et notre esprit ne sont pas en paix, lorsqu'il y a la distraction, le conflit, nous souffrons. Alors il faut tout de suite jouer de la musique. C'est pour cela qu'il y a beaucoup de chant dans les temples, on chante beaucoup. Peut-être que dans le temple il n'y a pas beaucoup de pratique, mais quand c'est l'heure du chant, tout le monde doit se rassembler pour chanter, et c'est le moment le plus beau dans le temple. Tout le monde se concentre dans le chant, et le moment du chant est le meilleur moment du temple. Nous ne sommes pas un temple, nous sommes un centre de pratique, c'est pour cela non seulement nous nous combinons, nous nous rassemblons dans la méditation assise, dans le chant, mais aussi dans la marche méditative, dans la cuisine. Quand nous entrons dans la cuisine pour faire la cuisine pour la Sangha, nous continuons à pratiquer la respiration conscience, et lorsque nous travaillons dans la salle de méditation, nous le faisons en pleine conscience. Alors la musique, la pratique, nous suit toute la journée, et elle fait, elle guide toutes les cellules du corps à suivre la même direction, comme tous les Américains qui se tournent vers le Président, et il faut maintenir cet état jour après jour, heure après heure. Et c'est la pleine conscience, la concentration et la vision profonde. Notre pratique devrait être habile pour devenir intéressante, pour pouvoir attirer tous les cinq skandha, tous les cinq agrégats, comme le discours d'Obama devrait toucher le coeur des hommes, devrait répondre exactement aux besoins des gens, et devrait avoir la capacité d'inspirer la foi pour obtenir le soutien de tout le monde. Son travail n'est pas différent du nôtre : si nous pratiquons en tant qu'individu, en tant que famille, nous devrions réussir. Si les politiciens ont une dimension spirituelle, ils auront plus de force. Dans le discours du Président Obama, il y a le mot 'mindfull', 'pleine conscience'. Il a utilisé le mot pleine conscience, 'mindfull'. On a dit que son visage, sa manière de marcher, de parler, est calme. Il est calme. La presse française parle de la 'force tranquille' d'Obama. C'est intéressant. Vous pouvez lui envoyer un livre de Thay : 'Le miracle de la pleine conscience'. Peut-être qu'il l'a déjà lu.


Investigation du nom

Maintenant, retournons au thème 'Le chemin du Bouddha.' Il ne reste plus que vingt-six jours dans la retraite de trois mois, et il reste beaucoup à faire. La dernière fois, nous avons parlé des quatre sortes d'investigation. Premièrement, l'investigation du nom. Nous investiguons le nom, et lorsque le bodhisattva regarde profondément le nom, il ne voit que le nom, et il ne confond pas le nom avec la chose. La dernière fois, nous avons parlé du coussin. Ceci est appelé coussin. C'est un nom, coussin, qui désigne un objet, une chose. Alors nous employons le nom 'coussin' pour le désigner. Et lorsque nous le regardons, que voyons-nous ? Nous voyons le tissu, le coton, le fil, et nous savons qu'en dehors, du tissu, du coton, du fil, de la couture, le coussin serait impossible. Le coussin n'est qu'un nom que l'on emploie pour désigner un objet, c'est une appellation, une désignation conventionnelle. Et lorsque nous le contemplons, il faut voir que c'est seulement une désignation conventionnelle. Par exemple, le nom Paris désigne une ville, mais le nom Paris a une autre signification pour chacun. Mon Paris n'est pas votre Paris. Mes expériences de Paris sont différentes des vôtres, et même si nous utilisons le même nom, nous sommes en contact avec une réalité différente. Alors souvenons-nous que Paris n'est qu'une appellation, une désignation conventionnelle, et il ne faut pas nous attacher au nom. En dehors du tissu, du coton, du fil, il n'y a rien qui soit coussin. Coussin n'est que ces éléments.


Investigation du sens

Et la deuxième investigation est le sens. Lorsque le bodhisattva regarde le sens, il ne cherche plus, il ne pense plus aux noms, comme 'John', ou 'Élisabeth' ; il laisse de côté tous ces noms, il regarde seulement les cinq agrégats. Les noms comme père, mère, frère, soeur, on les laisse de côté, on regarde seulement le contenu, et on est en contact avec les cinq agrégats de cette personne. Peut-être qu'en regardant nos cinq agrégats, ou les cinq agrégats de notre père, on voit que c'est pareil. On voit clairement que nous sommes la continuation de notre père. Alors le nom père ou fils, père n'est pas fils, fils n'est pas père, mais en réalité, les deux sont pareils, fils est la continuation du père, alors nous ne devrions pas nous attacher au nom. Le bodhisattva qui regarde un objet, une chose, il ne voit que cette chose. Alors en regardant le coussin, il ne voit que le tissu, le coton, le fil. En réalité, il n'y a que cela dans un coussin.


Investigation de la nature propre

La troisième investigation est l'investigation de la nature propre, svabhava en sanskrit. C'est comme lorsque nous regardons une vague : nous cherchons la nature de la vague, c'est-à-dire l'eau. Et lorsque nous regardons les arbres, les maisons, la terre, les humains, les animaux, et que nous voulons connaître leur nature, nous cherchons la base ontologique. Certains pensent que l'ontologie de toute chose est l'atome. Il y en a d'autres qui disent que cette nature propre est Dieu, ou la voie, ou les quatre grands éléments. Il y en a qui offrent de différents points de vue sur la nature propre des choses. Les hommes de science cherchent la base, le fondement des choses dans les atomes, dans des particules élémentaires, ils cherchent l'ontologie, la nature propre des choses. Ici c'est pareil, nous voyons les choses, et nous voulons chercher leur nature, leur fondement, nous sommes convaincus que toute chose a son fondement, son fondement ontologique. Ce matin, les frères et soeurs ont chanté le soutra du coeur. Le soutra du coeur est un texte sur le fondement ontologique : lorsque le bodhisattva contemple les cinq agrégats, il voit que leur nature est vide. Leur fondement ontologique est vide, svabhava est vide, selon ce soutra, c'est-à-dire que les choses n'ont pas de fondement ontologique, pas de nature propre, comme ce coussin : si nous cherchons son fondement ontologique, on ne voit rien. Il est fait du tissu, du coton, du fil, et des efforts des soeurs, à part cela, il n'y a rien. Il est vide. Il est vide, mais il existe. La forme est vide, le vide est forme. Il existe, mais il existe comme vacuité. Dans le bouddhisme, on parle parfois de l'absence de nature propre, parfois de la vacuité. Par exemple, nous cherchons la nature propre de la fleur. Elle est belle, elle est merveilleuse, et nous voulons chercher sa nature propre. Nous pouvons dire que sa nature propre est Dieu ou le vide. En regardant profondément, nous voyons les éléments qui se sont rassemblés pour faire manifester la fleur. Nous voyons la semence, la terre, le soleil, la pluie, tout cela se rassemble et fait se manifester la fleur, et à part tous ces éléments comme la semence, la terre, le soleil, la pluie, il est impossible de trouver la nature propre de la fleur, elle n'a pas de fondement ontologique en dehors de tous ces éléments. La fleur n'est faite que par des éléments non-fleur, c'est notre façon de dire : la fleur est faite des éléments non-fleur, donc la fleur n'a pas de soi séparé, d'identité séparée. Lorsqu'on arrive à cette troisième investigation, nous commençons à trouver la vérité, avec la contemplation, le regard profond. Nous disons : 'Je suis moi, je suis Élisabeth, je suis John, et je cherche la nature propre de John, et je comprend que John est fait des éléments non-John, donc qu'il est vide', et lorsque nous atteignons cela, nous réalisons cela, nous nous sentons tellement bien, nous n'avons plus peur de rien. Notre propre nature est vide, et ce vide n'est pas l'opposé de l'existence, le soutra du coeur dit que la forme est vide et que le vide est forme. La vide est forme. La forme est vide, mais le vide est aussi forme, c'est ça qui est bien. Donc nous disons que puisque la fleur est composée d'éléments, la fleur n'a pas de nature propre. C'est vrai, mais les éléments qui font la fleur ont -ils leur nature propre ? Quand on regarde la fleur, on voit que la fleur est faite des éléments non-fleur, c'est pour cela qu'elle est vide, mais les éléments qui font la fleur, sont-ils vrais, sont-ils réels ? Le soleil, la semence, la terre, la pluie, sont-ils réels, alors il faut avancer pour arriver à la quatrième investigation.


Investigation de la différence

La fleur n'a pas de nature propre, mais la pluie, la terre, le soleil ont-ils leur nature propre ? Si nous regardons profondément la pluie, on voit que la pluie est aussi faite des éléments non-pluie, et le nuage est pareil. Le nuage est fait des éléments non-nuage, et tout est pareil. Et la physique quantique atteint aujourd'hui cette vision. Au début, les scientifiques ont cherché des particules élémentaires, ils pensaient que les particules élémentaires étaient le fondement de toute chose, et ensuite ils ont compris que ces particules aussi sont faites par d'autres choses, comme le gauche et le droit. Le gauche est-il quelque chose de vrai, de réel, ou non? Il semble qu'il soit réel. C'est vrai, c'est très clair qu'on a le gauche et le droit aussi. Il est vrai, il est réel. Mais la vérité est que sans le gauche, il n'y aurait pas le droit. Sans le droit, il n'y aurait pas le gauche. C'est un exemple très simple. Le gauche existe seulement s'il y a le droit. C'est une vérité très scientifique, tout le monde l'admet. Et le Bouddha, dans les soutras, a parlé de cette vérité d'une simplicité extrême : ceci est parce que cela est. Ceci est parce que cela est. Le gauche est parce que le droit est. Sans le droit, le gauche ne serait pas là, c'est très simple. Maintenant, posons-nous la question : ceci existe-t-il avant ou cela existe-t-il avant ? C'est une fausse question : les choses transcendent le temps. Si ceci existe avant, alors ce n'est pas grâce à ceci que cela existe, non, les deux s'appuient l'un sur l'autre pour exister, et c'est pareil pour les positrons et les électrons, les deux n'existent pas indépendamment l'un de l'autre. Ceci est parce que cela est. Ceci aide cela, comme le gauche et le droit. Alors si on cherche la nature propre du gauche, on ne la trouvera pas, parce que le gauche est fait par le droit, et si on cherche la nature propre de la fleur, c'est impossible aussi de la trouver, parce que la fleur est faite par ce qui n'est pas fleur. Le gauche est fait du non-gauche, c'est-à-dire le droit, et le droit du non-droit, c'est-à-dire le gauche, et nous arrivons à la quatrième investigation. La différence est pareille, la différence n'a pas de nature propre. Les noms que nous utilisons ne sont que des désignations conventionnelles. Les choses que nous voyons, que nous percevons sont pareilles, et ce que nous appelons comme nature propre, c'est aussi une désignation conventionnelle, ce que nous appelons différence, c'est aussi une désignation conventionnelle. Gauche est pareil, droit est pareil, la nature du gauche est vide, et la nature du droit est vide, mais ce n'est pas qu'ils n'existent pas, il existe vraiment le gauche et le droit, mais ils n'existent pas séparément, les deux existent en même temps, et c'est cela l'interdépendance, et c'est une contemplation très importante dans l'école de la psychologie bouddhique.


Du phénomène au noumène

Alors dans le bouddhisme, il y a des écoles qui se spécialisent sur l'étude de l'ontologie, et d'autres écoles se spécialisent sur l'étude des différences des phénomènes. En général, on étudie séparément. Quand on étudie l'ontologie, on ne parle que de l'ontologie, et quand on étudie les phénomènes, on ne parle que des phénomènes, et on ne mélange pas les deux. Alors quand on parle de la relation des causes et effets, il ne faut pas mettre Dieu là dedans, et quand on parle de Dieu, on ne peut pas mettre la loi des causes à effet, du karma, dedans, parce que quand on parle des vagues, on peut dire que la vague monte descend, elle est petite, elle est grande, mais quand on parle de l'eau, on ne peut pas utiliser tous les qualificatifs comme haut, bas, grand, petit. Les qualificatifs qu'on utilise pour la vague sont inutilisables pour qualifier l'eau. Et tout ce qu'on utilise pour parler des phénomènes, on ne peut pas l'utiliser pour parler de Dieu, alors il faut respecter ce principe de l'investigation séparée des phénomènes et de l'ontologie, ou bien des noumènes et des phénomènes. Mais dans le bouddhisme, il y a une connexion entre le noumène et le phénomène. Au début, on étudie les phénomènes, on étudie les cinq skandhas, on va en profondeur dans les cinq skandhas, on étudie la différence, et puis à partir de la différence, on a l'opportunité d'entrer dans l'ontologie. Par exemple, au début, on regarde la fleur, et on étudie les éléments qui font la fleur, comme le soleil, le nuage, la terre, la semence, le jardinier. On étudie les phénomènes, et puis plus tard on entre dans le domaine de l'ontologie, on voit que non seulement les fleurs n'ont pas de nature propre, mais les éléments qui font la fleur non plus. Donc, en suivant le phénomène, on entre dans le noumène. De l'investigation des phénomènes, on touche la nature des noumènes. Ces choses sont liées à l'éthique bouddhique, parce que c'est le fondement, et cela fait partie de la méta-éthique. Comment appliquer cela quand on parle du bon et du mauvais. Premièrement, on dit que le bien une appellation, une désignation conventionnelle. Ensuite, on arrive à la deuxième investigation, c'est à dire, le bien, qu'est-ce que c'est ? Ce qu'on appelle comme le bien, qu'est-ce que c'est ? Et on cherche la nature du bien. Qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que vous voulez dire par 'le bien' ? Et c'est un sujet de la méta-éthique. Qu'est-ce que vous voulez dire par 'le bien' ? Qu'est-ce que vous voulez dire par 'le mal' ? Et lorsque l'on va en profondeur, selon le bouddhisme, on voit que le bien est fait du mal, que le bien est fait de non-bien, et à ce moment-là, on n'a pas une attitude fanatique. Dans des religions, on identifie le bien avec Dieu. D'un côté c'est le bien, de l'autre côté c'est le mal, et le bien fait partie de Dieu, ce côté, et puis le mal se trouve dans le côté qui s'oppose, et le mal c'est Satan, c'est le diable. Mais dans la méta-éthique bouddhique, l'absolu, le fondement de la réalité des choses, transcende les concepts du mal et du bien. La vacuité est la non-naissance, la non-mort, la non-pureté, la non-impureté, c'est cela la vraie vacuité, mais la plupart des chrétiens identifient le bien avec Dieu. Lorsque nous investiguons le bien, il faut voir le bien n'est fait que de non-bien, et ce n'est qu'une appellation, et ce n'est pas absolu. Dans le soutra du coeur, il est dit que la vacuité, la nature vide de toute chose, transcende toutes les notions de pureté, d'impureté, comme le lotus pousse dans la boue : sans la boue, il n'y aurait pas de lotus, et si nous courrons derrière le lotus en abandonnant la boue, alors ce n'est pas une attitude intelligente, parce que si nous éliminons toute la boue, le lotus ne sera plus là, et c'est pareil pour la souffrance et le bonheur. Si nous fuyons la souffrance et nous courrons derrière le bonheur, on ne pourra jamais l'attraper car le bonheur est fait de la souffrance. Le lotus a besoin de la boue, et si nous voulons le bonheur, il faut traverser la souffrance. Donc, si nous regardons la souffrance d'un autre regard, le regard non-dualiste, c'est-à-dire que si nous voyons la nature de l'inter-être de la souffrance et du bonheur, comme du gauche et du droit, alors nous voyons que l'attitude de fuir une chose pour courir derrière une autre chose est une attitude dualiste. Nous voyons très clairement que nous avons toujours la tendance à fuir la souffrance pour poursuivre le bonheur, sans savoir que c'est la souffrance qui nous apporte la compréhension et l'amour. Si vous ne souffrez pas, si vous ne regardez pas profondément la souffrance, le désespoir, comment pouvez-vous avoir l'amour et la compréhension ? Sans amour et sans compréhension, vous ne serez jamais heureux, c'est comme si vous ne vouliez pas planter le lotus dans la boue. En nous, il y a la septième conscience qui fuit toujours la souffrance pour chercher le bonheur, sans savoir que la souffrance est très utile. La souffrance peut-être un bienfait, et en regardant la souffrance de ce regard, nous n'aurons plus peur, et nous pouvons l'embrasser pour grandir. Ainsi, le bonheur apparaît avec l'arrière-plan de la souffrance. Si vous ne connaissez pas la faim, vous n'apprécierez jamais la nourriture. Et toutes les idées sur le bien, le mal, le vrai, le faux, premièrement, tout cela, ce ne sont que des mots, il faut arriver à la réalité, et quand on arrive à la réalité, on comprend que cette réalité est faite des autres réalités. Alors le bien, le mal, dans le bouddhisme sont très relatifs. La méta-éthique est un sujet très profond. Après ce discours, nous n'aurons pas la marche méditative, nous allons faire des gâteaux.

(cloche)


Enseignement donné le 22 Janvier 2009 en vietnamien, transcrit d'après la traduction française par Pháp Thân.