Éthique normative, éthique appliquée, méta-éthique

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Chère Sangha, aujourd'hui, nous sommes le 4 Janvier de l'an 2009, nous sommes au Hameau Nouveau, au Monastère de la Bonté Aimante pendant la retraite de trois mois d'hiver. Cet hiver, nous apprenons le chemin du Bouddha, les contributions du bouddhisme à l'éthique globale, et je vous souhaite à tous, moines, moniales, pratiquants laïques, une nouvelle année avec une bonne pratique, de pouvoir aider beaucoup de personnes, d'être heureux et de pouvoir apporter le bonheur à beaucoup de personnes.


Les feuilles tombent à leurs racines

Au réveillon, Thay a parlé du toucher de la vie, comment toucher la vie et offrir la vie. La vie est merveilleuse, et nous-même, nous pouvons offrir la vie aux autres, aux autres espèces, et la sagesse du bouddhisme peut nous aider à voir tout cela d'une façon très claire. Thay a aussi parlé d'une marche méditative, où il était en contact profond avec les feuilles de chêne sur le chemin. Ces feuilles de chêne sont tombées depuis deux mois, elles se sont décomposées pour devenir la terre, et si nous sommes attentifs, nous verrons très clairement qu'en peu de temps, toutes ces feuilles de chêne deviendront la terre, et une fois qu'elles deviennent terre, on ne les voit plus, on ne voit que la terre, mais avec le regard profond, nous pourrons les voir dans la terre. En regardant attentivement, nous voyons aussi les os, la peau, la chair des autres espèces dans la terre, les branches décomposées. La terre embrasse beaucoup. Lorsque les feuilles de chêne tombent, elles ne sont pas tristes parce qu'elles savent qu'elles retournent à la terre. C'est seulement un retour. Les vietnamiens disent que les feuilles tombent à leurs racines. Les feuilles de chêne qui tombent retournent seulement à leurs racines, et on peut dire que leurs racines sont la terre. Elles vont s'intégrer dans la terre pour devenir les éléments nutritifs de l'arbre, et peut-être que l'année prochaine, au printemps, l'arbre va donner naissance à d'autres nouvelles feuilles de chêne, et en regardant ces nouvelles feuilles, on peut voir les anciennes. Ceux qui regardent profondément peuvent voir plein de choses. En regardant la terre, on voit les feuilles de chêne d'autrefois et les nouvelles feuilles de chêne, ceci embrasse cela et rien ne se perd.


Inter-être

Nous avons parlé aussi des enseignements de l'inter-être : ceci est cela, la terre est la terre, les feuilles sont les feuilles, mais la terre est aussi les feuilles et les feuilles sont aussi la terre. Et lorsque nous nous regardons, si nous sommes fils, si nous sommes fille, nous sommes en même temps père et mère, parce qu'en nous regardant profondément, nous voyons aussi notre père, notre mère, tous nos ancêtres. De même, on ne peut pas enlever les feuilles de la terre, on ne peut pas enlever les parents des enfants, on ne peut pas enlever les ancêtres des enfants, et où qu'ils aillent, les enfants portent leurs parents et leurs ancêtres en eux. Ceci embrasse cela, cela embrasse ceci, et on ne peut pas les séparer. Nos parents nous offrent la vie, mais en réalité, ils nous offrent eux-même. Celui qui offre et l'objet offert deviennent un, et l'objet offert et celui qui reçoit l'offre sont un, ils ne sont pas deux. Celui-ci embrasse celui-là, et sans ceci, cela n'existerait pas. Au début, nous croyons qu'il y en a deux, mais en regardant profondément, nous voyons que les deux s'embrassent, comme le gauche et le droit. Nous croyons que le gauche et le droit s'opposent comme le soleil et la lune, mais en réalité, où il y a le gauche, il y a le droit, et réciproquement. En réalité, celui-ci embrasse celui-là et celui-là embrasse celui-ci. Et sans le gauche, il n'y aurait jamais le droit, sans le droit, il n'y aurait jamais le gauche, et nous pouvons conclure que la naissance et la mort sont pareil. La naissance et la mort sont étroitement liées. La naissance embrasse la mort et la mort embrasse la naissance. En regardant profondément la mort, nous comprenons que sans elle, il n'y aurait pas la vie, comme en regardant les lotus, nous voyons la boue, parce que sans boue, il n'y aurait pas de lotus, et on comprend que cette boue deviendra le lotus. La vie et la mort ont l'air de s'opposer, mais dans la sagesse du bouddhisme, les deux inter-sont, et l'un est fait de l'autre, et l'autre est fait de l'un. Sans la vie, il n'y aurait pas la mort, et sans la mort, il n'y aurait pas la vie, c'est pareil que le droit et le gauche. Alors nous n'avons plus peur, en regardant profondément les feuilles de chêne qui tombent et qui renaissent dans l'arbre, c'est comme quand nous regardons profondément la présence de nos parents en nous. Nous comprenons que nous sommes nos parents-même, et les perceptions fausses ne sont plus là. La vue juste nous permet de ne pas être triste, de ne pas avoir peur, de ne pas être en colère, et si nous chérissons la vie, nous comprenons que la mort fait partie de la vie, c'est un élément qui rend la vie possible. Nous savons que dans notre corps, il y a beaucoup de cellules, et ces cellules naissent et meurent à chaque instant. Tous les jours, il y en a qui meurent et d'autres qui naissent, et s'il n'y avait pas la mort des anciennes cellules, il n'y aurait pas le naissance de nouvelles cellules, c'est pour cela que la mort est très nécessaire, aussi bien que la vie, et on peut embrasser les deux. Lorsque nous comprenons qu'il faut chérir la vie, cela ne signifie pas qu'on a peur de la mort.


Les enseignements de la non-poursuite

La pratique au Village des Pruniers est la pleine conscience, et à chaque pas, à chaque respiration, nous comprenons que nous sommes présents, que nous sommes la vie, et que nous pouvons offrir la vie aux espèces. En général, nous courons derrière un bonheur lointain dans le futur, nous ne sommes pas satisfaits dans le moment présent, et nous n'avons pas la chance de reconnaître les merveilles de la vie disponibles dans le moment présent. Le Bouddha nous a appris que nous pouvons vivre heureux dans le moment présent même, sans avoir besoin de nous projeter dans le futur, sans avoir besoin de chercher quoi que ce soit. Ce sont les enseignements de la non-poursuite, et ce n'est pas difficile de les comprendre, de les mettre en pratique. La non-poursuite, la non-obtention, signifie que l'on ne courre pas derrière la silhouette d'un bonheur dans le futur, mais qu'on peut être heureux dans le moment présent même. Au début de la nouvelle année, nous devrions être déterminés à apprendre, à nous entraîner et à vivre ainsi. Le bonheur est quelque chose de possible ici et maintenant. Premièrement, avec la respiration et la marche méditative, nous voyons que la vie est présente avec toutes ses merveilles en nous, dans notre esprit, autour de nous, et il faut être en contact avec la vie. Il faut être en contact avec elle, avec l'énergie de la pleine conscience, comme quelqu'un en pleine conscience, comme un éveillé. Un éveillé peut reconnaître la vie et les merveilles de la vie en lui et autour de lui, et sans la pleine conscience, on ne peut pas toucher la vie et ses merveilles. Lorsque nous reconnaissons la vie avec ses merveilles, nous reconnaissons que chaque instant est précieux. Le matin, nous respirons et nous sentons le parfum de l'air pur, très parfumé. Et cela nous apporte tout de suite le bonheur, il y a des moments où l'air n'est pas du tout odorant, parfois l'air n'est pas du tout pur, et pourtant, nous devons respirer, tandis que là, nous ouvrons la porte, nous sortons, et tout de suite, nous pouvons sentir la pureté, le parfum de l'air. Nous touchons la vie et ses merveilles et nous respirons. Nos poumons nous permettent de respirer, et nous profitons de cet air si pur, à partir du moment où nous sommes nés, où nous sortons du ventre de notre maman. C'est un moment très difficile, parce que dans le ventre de notre maman, tout était bien douillet, parce que nous étions dans l'eau, et c'était comme un matelas bien douillet, et on n'avait jamais chaud, on n'avait jamais froid, et maman respirait pour nous, maman mangeait pour nous, et nous n'avions rien à faire, nous restions allongés dans ce palais. Lorsque nous venons au monde, il y a un grand choc. D'un endroit bien douillet, on arrive à un lieu où on doit toucher ce qui est dur, et la chose la plus importante est que nous devons respirer nous-même. Dans le ventre de notre maman, il y a le liquide, et une fois mis au monde, nous devons cracher le liquide hors de nos poumons pour respirer, sinon, si nous n'arrivons pas à faire cela, nous mourons. Et c'était un moment très important. Nous avons dû expulser le liquide de nos poumons. Et nous devons, à partir de ce moment-là, respirer nous-même. Maintenant, nous avons traversé ce moment difficile, ce moment a duré seulement quelques secondes. Si nous survivons ou pas, cela dépend de ce moment. Maintenant, nous pouvons respirer avec nos poumons, nous pouvons respirer tranquillement l'air pur, nous pouvons faire des pas tranquilles pour toucher les herbes, les arbres, les cailloux, et nous pouvons être en contact avec les couleurs, les images, les sons, et les merveilles de la vie. Les brins d'herbe, les feuilles, les fleurs sont tous merveilleux, les étoiles, la lune, les étoiles, les ruisseaux, sont tous merveilleux, et si nous sommes dans l'oubli, nous ne pouvons pas les reconnaître et nous nous emprisonnons dans une coquille de tristesse, du désespoir, et nous perdons toutes ces merveilles de la vie, parce que nous ne pouvons pas être en contact avec elles.


La capacité d'être heureux est ce qui est le plus précieux

Les enseignements sur la pratique de vivre heureux dans le moment présent sont merveilleux. On n'a pas besoin de courir vers le futur, ou de rêver d'un lieu quelque part, nous pouvons être heureux tout de suite, ici et maintenant, et ce que nous cherchons est ici et maintenant. Et c'est ça, ce que nous cherchons est là, juste devant nous, et si nous sommes capables de retourner au moment présent, nous pouvons toucher tant de merveilles de la vie et tant de conditions de bonheur. Par exemple, nous respirons, nous pouvons respirer sans danger, comme le moment où nous sommes mis au monde, et nous pouvons prendre du thé, nous pouvons contempler les nuages, nous pouvons sourire, nous regarder, nous sourire, nous tenir la main pour une marche méditative, nous pouvons être en contact avec tout cela pour être heureux, et nous avons un trésor, tout un trésor, même si notre santé n'est pas parfaite, même si rien n'est parfait, mais nous pouvons être heureux dans le moment présent. Si nous sommes en pleine conscience, si nous savons comment utiliser la respiration consciente et la marche méditative. Si nous regardons les choses en pleine conscience, nous pouvons être heureux tout de suite et nous pouvons célébrer la vie. Tous les jours, nous faisons la marche méditative, c'est comme une célébration de la vie, et chaque pas est une célébration. Nous pouvons célébrer en faisant la vaisselle, en prenant du thé, nous pouvons célébrer chaque instant de la vie. Quelle merveille, la vie est là en nous, autour de nous, et chaque instant, nous pouvons la célébrer. Tout à coup, notre vie quotidienne devient quelque chose de merveilleux, nous n'avons pas besoin de devenir quelqu'un d'autre, nous n'avons pas besoin de devenir Bouddha ou Dieu, nous n'avons pas besoin d'obtenir un diplôme ou une position, il suffit de toucher les merveilles de la vie. Vivons de façon que chaque instant devienne un instant de célébration de la vie. Vivons de façon que chaque instant de notre vie devienne une légende pour nos enfants, nos descendants. Nos ancêtres vivaient de cette façon : chaque instant était un instant de joie, de bonheur. Chaque instant de notre vie peut être une légende pour nos descendants, et la capacité de vivre heureux être la vertu la plus précieuse, la plus grande vertu d'une personne. Il y en a qui sont très riches, qui sont très puissants. Il y en a qui sont très beaux, mais qui n'ont pas la capacité d'être heureux, alors à quoi cela sert-il ? Donc la capacité d'être heureux est ce qui est le plus précieux. Et parmi nous, il y en a qui sont capables, il y en a qui ont la capacité de vivre heureux, ce sont les personnes les plus chanceuses, et nous pouvons nous entraîner pour ça. Ne cherchons pas le bonheur ailleurs, ne cherchons pas le bonheur dans le futur, retournons au moment présent pour toucher la vie merveilleuse. Réalisons que ce que nous cherchons, le bonheur que nous cherchons est ici et maintenant. Pourquoi devrions nous courir partout ? Et une fois que nous sommes heureux, il est très facile de rendre les autres heureux autour de nous. Chaque sourire, chaque regard, chaque instant de notre vie est le bonheur, et nous devenons une source de bonheur pour les autres, et nous pouvons faire cela. Pour la nouvelle année, soyons déterminés, vivons de façon que nous puissions être heureux à chaque instant, nous n'avons besoin de rien d'autre.


(cloche)

Le critère de la souffrance et du bonheur

L'éthique est une matière qui demande de la réflexion, du raisonnement. L'éthique vise à trouver ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. L'éthique normative. Il faut parler des critères de souffrance et de bonheur. Ce qui cause la souffrance, on ne le fait pas. Ce qui apporte le bonheur, nous le faisons. Alors, c'est un critère, mais qui n'est pas absolu, parce qu'il y a des choses qu'on voit comme souffrance, mais qui en réalité ne sont pas souffrance. Cela dépend de notre façon de voir les choses que ce soit la souffrance ou pas. Par exemple, nettoyer les toilettes, on peut se poser la question : est-ce la souffrance ou le bonheur ? Cela dépend. Il y en a qui n'ont pas de toilettes à nettoyer. Il y en a qui ont des toilettes mais qui n'ont pas de produit pour nettoyer. Il y en a qui ont des toilettes mais qui n'ont pas le temps pour les nettoyer. Alors pour ces personnes, c'est une grand bonheur de nettoyer les toilettes, c'est à dire, c'est un grand bonheur d'avoir des toilettes à nettoyer. Mais si nous nous disons : 'Moi, je suis comme ça, et je dois aller nettoyer des toilettes?' Alors nous souffrons. Donc, la souffrance et le bonheur dépendent de notre façon de voir les choses. Par exemple, tous les jours, les enfants doivent aller à l'école. Pourquoi ? Pourquoi faut-il tant étudier, les enfants se posent la question. Il y en a qui disent qu'ils ont de la chance d'aller à l'école, qui ont les moyens d'aller à l'école, il y en a d'autres qui voient que c'est une corvée, et donc la souffrance et le bonheur n'ont pas de valeur absolue, cela dépend de notre jugement. Lorsque nous prenons de l'alcool ou de la drogue, cela nous apporte le bien-être, une sensation agréable, c'est la joie, le bonheur, mais faut-il faire cela ou pas ? Cela apportera de la souffrance dans le futur, et ce bien-être causera la souffrance, donc la souffrance et le bonheur ont une signification relative, et il faut réexaminer ce critère. Il y a d'autres systèmes d'éthique qui disent que pour cette éthique, ce qui apporte la souffrance n'est pas juste, et ce qui apporte le bonheur est juste, mais nous voyons qu'il est difficile de donner une définition pour la souffrance et le bonheur. Et la souffrance elle-même est un élément qui fait le bonheur, parce que nous avons appris l'inter-être. Sans souffrance, il n'y aurait pas le bonheur, sans gauche, il n'y aurait pas le droit, il n'y aurait pas la vie sans la mort. Nous voyons clairement que sans boue, il n'y aurait pas le lotus, et la souffrance joue un rôle très important pour créer le bonheur. Par exemple, si vous n'avez jamais eu faim, alors vous ne connaîtrez jamais le bonheur d'avoir quelque chose à manger. C'est seulement quand vous avez faim que vous savez apprécier la nourriture. Il y a des jeunes qui grandissent et qui ne connaissent pas la guerre, et ils n'ont pas peur de la guerre et sont prêts à aller en guerre, mais il y en a qui ont traversé la guerre, et ils voient clairement que la guerre est quelque chose à éviter à tout prix. Ils apprécient beaucoup la paix, et ils chérissent la paix, ils ne veulent pas perdre la paix. Donc, en traversant la souffrance, on grandit beaucoup, et on a la capacité de reconnaître le bonheur. Donc la souffrance a aussi une valeur positive, et en regardant profondément, nous voyons qu'en tant qu'être humain, il faut traverser un peu de souffrance, parce qu'on peut apprendre beaucoup de la souffrance, et grâce à la souffrance, on peut développer la compréhension et l'amour. C'est pour cela que le critère de souffrance et de bonheur ne suffit pas à fonder une éthique solide. Chacun d'entre nous, chacune d'entre nous, nous avons besoin de la souffrance. La souffrance nous aide à comprendre et à aimer, et sans la compréhension et l'amour, il est impossible d'être heureux, c'est pour cela que la souffrance joue un rôle important dans la création du bonheur, c'est la vue de l'inter-être du bouddhisme.


Le critère du bénéfique et du nuisible

Ensuite, le prochain critère, c'est le bénéfice et le nuisible. Ce qui est nuisible à notre bonheur, il ne faut pas le faire, et ce qui apporte le bénéfice, il faut le faire. Quand on parle de ce critère dans le bouddhisme, on parle de l'utilité à la pratique, si c'est utile ou inutile, si c'est bénéfique ou non-bénéfique, on parle du domaine de la pratique. Par exemple, l'environnement qui nous aide à être en pleine conscience, en concentration, est un environnement bénéfique, mais l'environnement qui nous empêche, l'environnement qui nous encourage à accumuler des vues fausses, est un environnement non-bénéfique. Donc ce critère complément ce critère de souffrance et de bonheur. Si cette souffrance est bénéfique, alors pourquoi ne pas l'accepter ? Dès qu'on l'accepte, cette souffrance ne peut plus nous faire souffrir. Par exemple, à propos de la randonnée, il y en a qui disent : 'Pourquoi passer tout son temps, toute sa journée à faire de la randonnée ? On monte dans la montagne, et puis on rentre complètement épuisé, complètement sale avec les vêtements déchirés.' Mais il y en a d'autres qui voient cela comme quelque chose d'extraordinaire. Et d'autre disent : 'Pourquoi ne pas rester à la maison pour regarder la télé, pourquoi se torturer comme ça ?' La souffrance peut être bénéfique pour notre évolution, alors il faut souffrir un petit peu. Certaines choses que l'on voit comme bonheur peuvent nous faire du mal, alors il ne faut pas chercher ce bonheur, il ne faut pas chercher cette joie. Au début, on souffre beaucoup quand on ne mange pas de viande, mais en comprenant qu'en étant végétarien, on peut protéger la vie, on peut protéger l'environnement, en voyant cela, on ne souffre plus en étant végétarien, et on a beaucoup de bonheur, on voit que c'est une grande chance d'être végétarien. Donc tous ces critères sont relatifs. Le critère du bien-être et du mal-être est relatif, et le deuxième critère, bénéfique et non-bénéfique, complémente le premier critère.


Le critère de l'illusion et de l'éveil

Et ensuite, le troisième critère, c'est l'illusion ou l'éveil. L'illusion, ou l'oubli. On est dans l'état de l'oubli, de l'illusion, on n'est pas lucide, et on ne peut pas prendre de bonnes décisions. Par exemple, on est en colère avec son fils, et on fait le testament, et en écrivant ce testament, si on écrit un testament en état de colère, alors notre fils reçoit toute cette colère, et plus tard, il n'aura rien. C'est pour cela qu'il ne faut jamais faire de décision dans cet état. Ou alors on n'est pas en colère, mais on est passionné, on est attaché, on fait une décision dans la passion, et cette décision peut causer beaucoup de mal dans notre vie, on quitte sa Sangha, on perd sa Sangha, on perd sa vie de pratique. Les décisions pour notre vie ne doivent jamais être faites dans les moments d'oubli, dans les moments d'illusion. Il faut les faire avec toute sa lucidité, et dans l'état de non-clairvoyance, tout ce que nous voyons comme bien-être, mal-être, bénéfique ou non-bénéfique est faux, c'est pour cela qu'il faut utiliser ce critère, de voir si nous sommes vraiment dans le meilleur état. C'est un critère qui vient compléter les deux premiers critères.


Le critère de l'ouverture et de la prévention

Le prochain critère est celui de l'ouverture et de la prévention. Ces deux mots sont bouddhiques. Aucune loi n'est absolue. Toute loi éthique est relative. Il faut des exceptions, il faut une ouverture. Par exemple, ne pas mentir est un critère éthique, mais si un meurtrier arrive et nous demande : 'Avez-vous vu quelqu'un se cacher par ici?' Ce meurtrier chercher cette personne et nous répondons: 'Oui, elle est là-bas, dans le coin.' Alors si vous dites la vérité, la personne sera tuée, et dans ce cas dire la vérité est un acte non-éthique. Donc même si ne pas mentir est un critère éthique, parfois il y a des exceptions, et il faut une ouverture pour des exceptions. Il y a d'autres, comme celui où on aide l'autre personne à mourir tranquillement, sans douleur, sans peine. Cette personne a trop de douleurs, trop de souffrances, et elle veut mourir rapidement, mais selon la loi de ne pas tuer, on ne peut pas tuer la personne, alors dans ce cas, faut-il l'ouverture ou pas ? Est-ce qu'on peut laisser la personne mourir rapidement ou pas ? C'est une question que l'on pose dans tous les pays. En ce moment, dans le monde, il n'y a que trois pays qui font la loi pour cette ouverture, parce qu'on a peur que cette loi cause des l'abus. Il y a aussi le cas de l'avortement. Les églises chrétiennes ont une vue très solide sur l'avortement. Pendant une certaine période, l'église chrétienne pensait qu'à un certain point, quand le foetus est encore très petit, il n'y a pas encore l'âme et donc qu'on peut avorter, mais que plus tard, c'est impossible. Mais en ce moment, il disent très clairement qu'avorter est tuer, et que c'est inacceptable, et pendant ce temps, aller en guerre, c'est possible, ce n'est pas interdit, mais c'est aussi tuer. Et puis le contrôle des naissances est considéré comme l'opposition à la volonté de Dieu. Si Dieu veut la naissance de quelqu'un, alors il ne faut pas intervenir dans ce cas. Il y a beaucoup de personnes qui sont contre le contrôle des naissances, et nous connaissons les problèmes de donner naissance aux bébés non reconnus. Ces enfants sont maltraités. Il y a beaucoup d'occidentaux qui vont travailler en Asie et qui laissent plein d'enfants qui ne sont pas reconnus, 250 000 bébés comme ça par an. En Corée, en Chine, au Vietnam, et pendant ce temps, on interdit le contrôle des naissances, et tout cela, ce sont des problèmes réels dans notre monde, et l'éthique devrait répondre directement à ces problèmes. Dans la Chine d'autrefois, il y avait le système qu'un homme peut avoir beaucoup de femmes, comme au Vietnam. En Occident, en principe, un homme peut avoir seulement une femme, mais probablement l'énergie sexuelle n'est pas bien gérée, et donc il y a des hommes qui ont des relations, et il y a aussi les enfants qui ne sont pas reconnus. Il y a plein de bébés qui ne sont pas reconnus par leur père, et leur mère veut les donner à l'orphelinat. En Asie, la femme peut laisser son époux se marier à une deuxième femme, à une troisième femme, et dans ce cas, il n'y a pas d'enfant illégitime. Alors ce sont des problèmes réels dans la société que l'éthique devrait résoudre directement. C'est l'éthique appliquée. Par exemple, pour les homosexuels, l'église chrétienne a une vue très ferme : la sexualité entre les personnes du même genre est quelque chose d'immoral, et selon l'église chrétienne, les homosexuels ne devraient pas se comporter comme cela. Mais récemment, selon l'église chrétienne, on comprend que les homosexuels sont nés comme cela, et qu'il faut les accepter comme cela, et c'est ce que l'église chrétienne arrive à accepter, mais elle n'accepte pas encore que les homosexuels puissent avoir une relation, et quand les homosexuels parlent de leur droit, de leur droit de mariage, alors l'église chrétienne dit que non, que c'est immoral, quand c'est immoral, vous n'avez pas le droit, et c'est la vue chrétienne en ce moment. Et nous savons qu'autrefois, il y en a qui ont parlé de la loi naturelle. Aristote a dit que tout dans l'univers a un but, par exemple les dents servent à mâcher, la langue sert à goûter, les yeux servent à regarder, et l'église chrétienne a accepté cette loi, cette pensée. Dieu a créé cela, et si Dieu a créé la sexualité, à quoi cela sert-il ? Et la réponse est très naturelle. S'il y a l'énergie sexuelle, c'est pour avoir des enfants, parce que tout phénomène dans l'univers a un but. Et si nous avons l'énergie sexuelle, c'est pour avoir des enfants, pour avoir une continuation, et c'est cela la volonté de Dieu. Pour les homosexuels, ils ne peuvent pas faire des enfants, et donc leur sexualité n'est pas correcte. Alors les homosexuels sont critiqués, sont condamnés, et c'est le raisonnement de l'église chrétienne a une certaine période de temps dans l'histoire. Et la loi naturelle, c'est que tout phénomène dans l'univers a un but, a une fonction : les dents sont là pour mâcher, la sexualité sert à avoir des enfants, et si la sexualité ne sert pas à avoir des enfants, alors elle est mal utilisée. Et puis il y en a d'autres qui disent que les yeux servent à regarder, mais il y a des pères qui utilisent leurs yeux pour regarder de façon que l'enfant ait très peur, c'est pour interdire, un regard qui interdit. Et puis un regard qui provoque la sexualité aussi, et donc ce n'est pas seulement pour regarder, c'est pour s'exprimer, pour exprimer l'amour quand on aime beaucoup, quand on aime bien quelqu'un, on peut exprimer cet amour. Il y en a qui disent qu'avec la sexualité, on offre son corps, et qui croient que la sexualité entre homosexuels est acceptable, de même qu'on peut utiliser les yeux pour regarder, mais qu'on peut aussi les utiliser pour interdire, pour gronder, pour se quereller, pour se disputer. Alors dans le bouddhisme, on a beaucoup d'espace, grâce à ce mot, l'ouverture, l'ouverture pour des exceptions. Pour des exceptions, on peut avorter, pour des exceptions, on peut contrôler la naissance, pour des exceptions, on peut aider quelqu'un à mourir en paix, pour des exceptions, on peut mentir, mais tout cela, on devrait le faire en se basant sur l'amour. Et si on ne suit pas les critère d'éveil et d'illusion, de souffrance et de bonheur, on ne pourra pas faire cette ouverture pour les exception, et il y a des philosophes comme Kant qui ne sont pas d'accord avec cela.


(cloche)

La prévention

Kant a dit que il y a des ordres absolus. Si on ne peut pas mentir, alors on ne peut pas mentir. On ne peut pas avoir des raisons pour mentir. Dans tous les cas, on ne peut pas mentir, à cent pour cent. Il faut faire en sorte que tout le monde fasse la même chose, et cette attitude est très rigide. Et on peut aussi penser que l'éthique, ce qui est juste et non-juste, ce qui est correct et incorrect, ce qui est vrai et ce qui est faux, le vrai et le faux est déterminée par Dieu. Si c'est vrai, c'est parce que Dieu dit que c'est vrai, si c'est faux, c'est parce que Dieu dit que c'est faux, et on n'a qu'à suivre ce critère, parce que Dieu est le créateur et que nous sommes les créatures, et le créateur met le vrai et le faux dans des créatures. Ce sont des Commandements, la théorie des Commandements de Dieu qui est absolue. Dans l'éthique bouddhique, il y a les moyens habiles de l'ouverture et de la prévention. Prévention signifie qu'on empêche un acte d'advenir. Peut-être que cet acte ne cause pas de souffrance, ne cause pas de mal maintenant, mais peut-être que dans le futur il sera nuisible. Par exemple, il y a beaucoup d'accidents de voiture en France à cause de l'alcool. Quand on boit de l'alcool et qu'on conduit, c'est très dangereux pour nous-même et pour les autres, et c'est pour cela que le ministère des transports a dépensé de l'argent pour une publicité à la télévision : 'Un verre, ça va. Trois verres, beaucoup les dégâts.' Il y a des compagnies d'alcool qui vendent des bouteilles d'alcool et sur la bouteille, on peut voir une petite phrase : 'À boire avec modération'. Bien sûr, il souhaitent vendre beaucoup, mais ils mettent cette petite phrase sur l'étiquette, 'S'il vous plaît, consommez avec modération'. On boit un verre sans devenir ivre et on peut conduire, mais le premier verre a la tendance à inviter le deuxième, et même si le premier n'est pas très nuisible, qu'il ne cause pas d'accident, il mène au deuxième et au troisième, et la vérité est que sans le premier, il n'y aurait pas le deuxième et le troisième, alors ne pas boire le premier verre est la prévention. Une dame anglaise, après avoir écouté la présentation des Cinq Entraînements, a dit que le lendemain, elle ne recevrait que les quatre premiers entraînements. 'Le cinquième, ne pas boire d'alcool, je ne le recevrait pas, parce que depuis des années, je prends un verre tous les week-end, et depuis des années, cela ne fait rien, alors pourquoi devrais-je recevoir cet entraînement pour abandonner ce verre qui ne cause aucun mal ?' Alors on lui a répondu : 'Oui, non sommes d'accord, vous avez raison, depuis trente ans, tous les week-end, vous prenez un verre d'alcool, et cela n'est rien, et rien ne s'est passé, mais vous ne savez pas que vos enfants, ou vos petits enfants, s'ils vous voient boire, ils vont peut-être boire aussi, et peut-être que parmi eux il y en a un qui ont des graines d'alcoolisme, alors si vous arrêtez de boire, ce n'est pas pour vous, mais pour vos enfants, vos petits-enfants.' En général, les enfants et les petits-enfants font ce que leurs parents et leurs grands-parents font, et finalement, elle a compris, et cette nuit-là elle a réfléchi et le lendemain elle a reçu l'entraînement, elle l'a reçu pour ses enfants et ses petits-enfants, et c'est ça la prévention. Donc dans le bouddhisme, il y a le critère d'ouverture et de prévention. Par exemple, une moniale va à internet. Selon les préceptes au Village des Pruniers, aucun moine, aucune moniale n'a le droit d'aller à l'internet seul, il faut un second corps, parce que dans internet il y a des zones dangereuses. On ne sait pas si les parents peuvent appliquer cet entraînement à leurs enfants, parce qu'en ce moment, les enfants à sept ans, à dix ans vont à l'internet seuls, et ils peuvent se perdre dans des zones très dangereuses. Alors est-ce qu'il faut les empêcher ? Mais peut-être que c'est impossible de les empêcher, mais on peut faire une loi : 'Si tu vas à l'internet, il faut y aller avec moi, avec papa ou maman.' On ne sait pas si c'est possible, mais c'est un entraînement au Village des Pruniers : lorsqu'un moine ou une moniale va à internet, il ou elle y va à côté de quelqu'un. Alors peut-être que ce moine, cette moniale y va seul plusieurs fois et rien ne se passe, mais c'est la prévention : on y va avec un second corps. Peut-être que vous buvez un verre d'alcool et que vous conduisez et que vous n'avez pas d'accident, parce que vous avez de la chance, mais ne pas boire, c'est encore mieux, c'est ça la prévention.


Le critère de la tenue et la transgression des préceptes

Une autre paire de critère est la tenue et la transgression des préceptes. Quand on pratique, tout est bon, mais quand on ne pratique pas, on transgresse. Il est dit qu'il ne faut pas faire cela, mais on le fait quand même, alors on transgresse. Il ne faut pas faire cela et on ne le fait pas, alors on pratique bien. Lorsqu'on on ne ment pas, on pratique, et le corps de préceptes est intact, c'est tenir les préceptes. Tenir les préceptes sans les lâcher. Dès qu'on les lâche, on les brise, et les personnes qui tiennent les préceptes ont un corps de précepte qui est pur et intact. Si on ne les tient pas, on les lâche, et on transgresse, on brise les préceptes. Par exemple, dans le cas du mensonge : un meurtrier cherche à tuer quelqu'un et il vous pose la question : 'Est-ce que vous l'avez vu ?' Nous l'avons vu, nous savons où la personne se trouve et on doit mentir. Et dans ce cas, même en mentant, on pratique les préceptes, et si on ne ment pas, on transgresse les préceptes. Si on ne ment pas, on tue, et on transgresse, alors on est obligé de mentir. On ment parce qu'on aime, alors on transgresse les préceptes mais pour pratiquer les préceptes. Le bouddhisme n'est pas rigide, il est très flexible, très souple. Et dans le cas où une personne est en danger et que nous ne l'aidons pas, alors même si nous ne la tuons pas, nous transgressons les préceptes. Quand nous voyons quelqu'un tuer une autre personne et que nous sommes tranquilles, assis tranquillement, alors nous transgressons les personnes, c'est la non-intervention. Avec la non-intervention, nous transgressons aussi les préceptes. Nous voyons quelqu'un abuser, tuer une autre personne et nous ne faisons rien pour l'en empêcher, alors nous transgressons nos préceptes. Le critère de tenir et de transgresser est aussi très vivant. Parfois dans la forme, nous pratiquons, nous tenons les préceptes, mais dans le contenu, nous transgressons, ou bien dans la forme nous transgressons, mais dans le contenu, en profondeur, nous tenons les préceptes. Nous savons que l'éthique bouddhique est très vivante, n'est pas du tout fixe, et qu'elle peut être appropriée à la situation.


L'éthique appliquée

Nous avons l'éthique normative, mais il faut aller plus loin avec l'éthique appliquée, pour pouvoir mettre en pratique l'éthique normative dans des situations très concrètes. Nous savons que tout cela peut se baser sur la vision profonde de l'inter-être, la vision profonde de la non-dualité, et nous répétons toujours, par exemple, lorsque nous parlons du vrai et du faux, ou du bien-être et du mal-être, que dans le bouddhisme, nous comprenons que les deux s'appuient l'un sur l'autre pour exister. Nous avons une vue très souple, et quand nous disons que nous avons le Bouddha et l'être ordinaire, nous avons une paire d'opposés comme bénéfique et non-bénéfique, ou bien-être et mal-être, illusion et éveil, gauche et droit, feuille de chêne et terre. Ceci embrasse cela, et dans le cas du Bouddha et de l'être ordinaire, c'est pareil :le Bouddha embrasse l'être ordinaire et l'être ordinaire embrasse le Bouddha ; on trouve le Bouddha dans l'être ordinaire et on trouve l'être ordinaire dans le Bouddha, les deux sont inséparables pour exister, comme la feuille de chêne et la terre. C'est pourquoi dans le bouddhisme, il y a l'enseignement que le Bouddha et l'être ordinaire ne sont pas deux : les deux sont inséparables, c'est la non-dualité entre le Bouddha et l'être ordinaire. Si nous ne comprenons pas cela, nous ne pouvons pas comprendre l'éthique bouddhique. Si nous voulons trouver le Bouddha, il faut le trouver dans l'être ordinaire, parce qu'à l'extérieur de l'être ordinaire, le Bouddha n'existe pas. Et nous, lorsque nous devenons Bouddha, cela ne veut pas dire que nous ne sommes plus un être ordinaire. Thay a dit l'autre jour que le Bouddha a un corps de Bouddha, parce sans corps, le Bouddha ne peut pas être Bouddha, et il a besoin d'un corps de Bouddha, et le Bouddha et l'être ordinaire ne sont pas deux choses opposées : comme le lotus et la boue, l'un embrasse l'autre, et l'autre embrasse l'un. La vue dualiste nous empêche de voir et de comprendre l'éthique bouddhique. Quand nous chantons le soutra du coeur, nous chantons le mot vacuité ou vide, et sous la lumière du soutra du coeur, sous la lumière de la vacuité, nous voyons que les paires d'opposés comme la naissance et la mort, l'être et le non-être, nous voyons que tout cela est relatif. « Shariputra, la forme est vide, le vide est forme. » Il est très clair que tout inter-est. À l'extérieur de la forme, il n'y a pas de vide, et à l'extérieur du vide, il n'y a pas de forme. Et c'est pareil pour les sensations, les perceptions, etc... Les perceptions embrassent le vide et le vide embrasse les perceptions. Tout est vide. Il n'y a ni naissance ni mort, ni pur, ni impur.


La méta-éthique

La vacuité transcende toutes les paires d'opposées. Sous la lumière de la vacuité, il n'y a plus de vrai, de faux, de bien-être, de mal-être, parce que l'un embrasse l'autre, et en voyant cela, nous sommes capables d'établir une éthique. Et ce domaine, dans la société, on l'appelle la méta-éthique. La méta-éthique devient très importante dans notre temps. On a parlé de l'éthique appliquée, on a parlé de l'éthique normative, on a cherché à dire clairement ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire pour être heureux, mais la méta-éthique pose des questions, réexamine tout. Vous parlez du vrai et du faux, et qu'est-ce que le faux et le vrai ? Vous parlez du mal-être et du bien-être, et que sont le mal-être et le bien-être. Vous parlez du bénéfique et du non-bénéfique, mais qu'est-ce que c'est ? La méta-éthique pose une question à tout ce que les autres éthiques ont montré. Si nous ne maîtrisons pas la vue non-dualiste et la vue de l'inter-être, nous ne pourrons pas établir une éthique basée sur la vision profonde du bouddhisme. En étudiant l'étique bouddhique, on peut la présenter avec la méta-éthique, l'éthique normative et l'éthique appliquée. Et lorsque nous révisons les cinq entraînements ou les quatorze, il faut utiliser notre vue sur les trois domaines, et il faut faire des efforts pour que les cinq entraînements aussi bien que les quatorze puisse être présentés dans un langage que les non-bouddhistes puissent accepter et comprendre. C'est le travail que le Bouddha veut que nous continuons. L'éthique bouddhique a débuté il y a 2500 ans et le Bouddha n'a pas encore fini. Le Bouddha avait seulement quarante cinq ans à travailler, et avant de nous quitter, il nous a demandé de continuer. Nous vivons dans une période de temps où il y a beaucoup de problèmes, et nous devrions continuer l'oeuvre du Bouddha, et nous ne pourrons pas le faire sans comprendre le Bouddha. Cette retraite est une chance pour nous de nous asseoir ensemble pour faire ce travail, pour offrir au monde une proposition d'une éthique globale. Depuis le début de la retraite, vous avez reçu un texte du Parlement des Religions du Monde, et en l'étudiant, il faut toujours retourner à tout ça pour voir ce qu'on peut compléter dans ce texte. Le troisième entraînement qu'on est en train de réviser concerne la conduite sexuelle. Dans notre temps, il y a beaucoup de sexualité mais beaucoup moins d'amour, et le troisième entraînement est lié à la sexualité. Nous avons trop de sexualité mais trop peu d'amour. Dans le troisième entraînement, il faut introduire les quatre esprits illimités. Dans l'amour, il faut avoir la bonté aimante, la compassion, la joie et la non-discrimination. Il faut vivifier l'amour et diminuer la sexualité. Et c'est le but du troisième entraînement. Les quatre esprits illimités créent beaucoup de bonheur, surtout le quatrième, la non-discrimination, qui est merveilleux. La non-discrimination signifie l'équanimité. On ouvre son coeur pour embrasser tout le monde, tous les êtres, et plus l'amour grandit, plus le bonheur augmente, et on n'est pas emprisonné dans un soi, dans l'égo. Upeksha en sanskrit se traduit par équanimité ou non-discrimination. On peut traduire upeksha comme équanimité, ou inclusivité, non-discrimination. Dans les éthiques, ils utilisent le mot impartialité, qu'on peut aussi utiliser. Cela signifie qu'on veut que tout le monde reçoive la même chose. Nous ne sommes pas spéciaux, tout le monde devrait recevoir la même chose. Quand vous étudiez, quand vous faites la discussion sur le troisième entraînement, rappelez-vous qu'en ce moment il y a trop de sexualité dans notre monde, ce qui cause beaucoup de souffrances. Il faut chercher à introduire les quatre esprits illimités dans le troisième entraînement.


(cloche)

Comment faire pour que nous puissions toucher la non-dualité, en lisant chaque entraînement des cinq ou des quatorze ?La non-dualité est la fondation de l'éthique normative et de l'éthique appliquée, la fondation de tous nos actes. Bien sûr, les nouveaux cinq entraînements des cinq entraînements révisés seront plus longs, et il faut faire en sorte qu'ils présentent bien la sagesse du bouddhisme. Peut-être qu'ils vont être deux fois plus long que les anciens, mais il ne faut pas qu'ils soient trop longs.


(cloche)


Enseignement donné le 4 Janvier 2009 en vietnamien, transcrit d'après la traduction française par Pháp Thân.