Questions / Réponses

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(cloche)

Bonjour chère sangha. Aujourd'hui, nous sommes le lundi 9 avril 2012, et nous sommes dans notre cinquième jour de la retraite « Cultiver le bonheur. » Aujourd'hui, nous avons une session de questions – réponses, et les enfants aurons la chance de poser leurs questions en premier, peut-être trois, quatre, cinq, et ensuite les adolescents auront la chance de poser leur question, et les enfants pourront continuer dans une autre pièce, mais les adolescents pourront rester après leurs questions s'ils le souhaitent. Ensuite, les autres personnes, nous adultes, aurons notre propre temps pour poser des questions. Nous savons qu'une bonne question peut aider beaucoup de personnes, et c'est pourquoi nous devrions poser une vraie question, une question du cœur, une question qui a à voir avec notre souffrance, notre bonheur, notre pratique, et nous pouvons toujours poser une question pour un de nos amis qui n'est pas là. Peut-être y a-t-il déjà quelques questions écrites, et de temps en temps, nous prendrons une de ces questions, et nous y répondrons. Si durant la session, vous avez une question, vous pouvez l'écrire sur un morceau de papier et la donner à une sœur. Mais maintenant, ceux d'entre nous qui ont une question, je vous invite à venir et à vous asseoir avec Thay, ici, sur l'estrade, enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes, vous êtes invités à venir, il y aura assez de place pour trente personnes assises là haut. C'est très joli d'ici, la sangha est toujours belle. Et nous prenons notre tour pour nous asseoir sur la chaise afin que tout le monde puisse nous voir, et avant de poser la question, nous devrions écouter la cloche, et tout le monde se réjouira d'inspirer trois fois avant de poser la question. O.K. ? Les enfants ? Ceux qui ont une question ? Vous avez la chance de poser environ quatre ou cinq questions. Et les adolescents, s'il-vous-plaît, venez. Spécialement, nous voulons encourager les adolescents à venir. Et les adultes aussi, s'il-vous-plaît, venez. Et si une question vient à vous, vous pouvez continuer à monter ici et vous asseoir. Et nous savons qu'une bonne question n'a pas à être très longue.


(cloche)

(Thay) : Chère sangha, voici la première question.

(Question) : Il semble que la façon dont ma maman s'occupe de mon frère est différente de celle dont elle s'occupe de moi, c'est-à-dire mieux. Comment pourrais-je faire pour que cela soit juste ?

(Thay) : Cela peut être une fausse impression. Ta mère vous traite peut-être de manière égale, mais tu as l'impression que ta mère traite ton frère mieux. Cela peut être faux. Alors tu dois être sûre, tu dois observer, tu dois te demander encore si c'est la vérité ou seulement tes sentiments. Nous ne devrions être sûrs de rien. Donc tu dois regarder profondément, c'est pourquoi nous avons besoin de méditation. Méditation signifie regarder profondément, ne pas sauter tout de suite à une conclusion. O.K. Bonne chance.


(cloche)

(Question) : Avez-vous déjà fait du mal à quelqu'un intentionnellement ?

(Thay) : Par manque de pleine conscience, oui. Par ignorance, oui. Mais il n'y avait pas d'intention de le ou de la faire souffrir. Et je sens toujours que je n'aime pas faire du mal aux gens, je ne veux pas faire souffrir une personne, mais parce que quelquefois nous ne sommes pas assez calmes, quelquefois nous ne sommes pas assez en pleine conscience, alors on dit quelque chose et faisons quelque chose et la ou le faisons souffrir, et ce n'est pas intentionnellement, c'est par ignorance, par manque de pleine conscience. Et j'ai fait cela plusieurs fois, et je regrette toujours cela, et je fais le vœu à moi-même que je ferai plus attention, et ne pas le faire la fois prochaine. Merci.


(cloche)

(Question) : D'où avez-vous les idées pour vos livres ?

(Thay) : J'écris des livres parce qu'il y a un besoin à l'intérieur pour dire, pour dire ce qui est dans mon cœur. Quand vous avez quelque chose dans votre cœur, vous aimez le partager. Alors il y a déjà quelque chose à l'intérieur, je n'ai pas besoin de chercher des idées afin d'écrire un livre. Les idées sont déjà à l'intérieur, et quelquefois, il y a trop d'idées déjà, vous n'avez pas besoin de chercher des idées afin d'écrire un livre. Écrire un livre est un besoin pour vous de partager votre expérience de vivre avec d'autres personnes, et quand j'écris un livre, c'est comme si je faisais une conversation avec un ami. C'est très agréable de communiquer avec l'écriture. Comme le livre « Sur les traces de Siddhartha », c'est un grand livre à propos de la vie du Bouddha, j'espère qu'un jour tu le liras. Ce livre, je l'ai écrit grâce aux enfants, parce que dans de nombreuses retraites, j'avais l'habitude de raconter aux enfants la vie du Bouddha, quand le Bouddha était un petit garçon, comment il a souffert, et ainsi de suite. Mais un jour, quelqu'un a dit à Thay : « Pourquoi n'écrivez-vous pas un livre sur la vie du Bouddha ? Vous avez parlé aux enfants de la vie du Bouddha, maintenant, vous écrivez simplement toutes les choses que vous nous avez dites. » Et j'ai dit oui, et je me suis assis et j'ai commencé à écrire. Je n'avais pas besoin de chercher des idées. C'était au Hameau du Haut du Village des Pruniers. En ce temps, au Hameau du Temps, il n'y avait pas de système de chauffage central, c'était froid, et dans ma chambre, j'avais seulement un chauffage à bois, alors j'avais le chauffage à bois à ma gauche, et j'ai écrit sur la vie du Bouddha avec mon stylo, je n'écris jamais de livres avec un ordinateur ou une machine à écrire. Et j'ai posé ma main gauche sur le chauffage, il était froid. Et sur le chauffage, il y avait un théière. J'avais toujours de l'eau chaude pour faire du thé, et de temps en temps, je m'arrêtais d'écrire, et faisais du thé, et me réjouissais de boire mon thé. Et je continuais d'écrire l'histoire du Bouddha. J'étais tellement heureux d'écrire à propos de la vie du Bouddha, tellement heureux. Parce que c'était comme s'asseoir et parler et jouer avec le Bouddha. Donc c'était un heureux temps d'écriture, je n'ai pas du tout souffert, je me suis réjoui du temps d'écriture. Il y a quatre-vingt chapitres. Et j'étais sûr que si j'avais beaucoup de bonheur en écrivant le livre, mes lecteurs seraient heureux en lisant le livre aussi. De temps en temps, je m'arrêtais et faisais la méditation marchée, parce que je rencontrai quelques difficultés, comment exprimer, comme le chapitre quand le Bouddha, quand Siddhartha est déjà devenu un Bouddha, et après une année d'enseignements il revenait chez lui et visitait sa famille. C'était un des chapitres difficiles à écrire. Vous êtes devenu un Bouddha et avez enseigné à tellement de personnes, mais comment vous comportez quand vous allez visiter votre famille ? Vous êtes encore un fils pour votre père, vous êtes encore un grand frère pour votre frère, un père pour votre fils, vous êtes un Bouddha, mais vous êtes un être humain en même temps. Donc je devais faire la méditation marchée, stopper toutes les pensées, et finalement, je fus capable d'écrire ce chapitre. Un autre chapitre est à propos de comment le Bouddha a convaincu les trois frères Kashyapa d'abandonner l'adoration du feu et de se réjouir de la pratique de la pleine conscience. Et dans les soutra, les personnes racontent que le Bouddha a utilisé des pouvoirs miraculeux. Et j'ai dit : « Le Bouddha n'avait pas besoin de pouvoirs miraculeux. Il avait beaucoup de compassion et d'intelligence, il a dû seulement utiliser son intelligence et sa compassion. » Donc je me suis déterminé à faire la méditation marchée en premier, et de revenir et d'écrire, et de décrire le Bouddha utilisant la compassion et la compréhension afin d'aider les trois frères Kashyapa. C'est de cette façon que j'écrivis ce livre, et c'est pourquoi ce livre fut capable de révéler le Bouddha non comme un Dieu, mais comme un être humain. Quand vous voyez le Bouddha comme un être humain, il est très facile pour vous de lui faire confiance, mais s'il est un Dieu, c'est beaucoup plus difficile. Et c'est l'histoire d'un livre. Et il y a beaucoup de livres qui viennent de mes enseignements du dharma, mais je ne les ai pas écrit. Il y a des disciples, des amis, qui transcrivent les enseignements, et j'ai seulement besoin de les relire et de les mettre sous forme de livre. En fait, je ne cherche pas des idées pour faire mes livres. J'essaie seulement d'arranger pour que ces idées soient placées sur le papier. Merci. Une autre question ?


(cloche)

(Question) : Quand vous avez commencé à apprendre la méditation, avez-vous souffert ?

(Thay) : Non, pas du tout. La méditation est quelque chose de très agréable à faire. En fait, quand j'ai été ordonné comme moine novice, mon maître m'a donné un livre de versets à mémoriser. Et la méditation consistait à ce moment à réciter ces versets. Chaque verset avait quatre lignes. Et vous inspirez avec la première ligne, expirez avec la deuxième ligne, et ainsi de suite. Donc c'est très agréable. Comme quand vous mettez votre t-shirt, il y a un verset pour vous à lire, afin d'inspirer et d'expirer pendant que vous mettez votre t-shirt. Quand vous vous lavez les dents, il y a un verset pour vous à réciter et à respirer pendant que vous vous lavez les dents. Et même quand vous allez aux toilettes, il y a un verset pour vous à utiliser pendant que vous êtes aux toilettes. Et aussi quand vous allez allumer la lumière. En ce temps-là, il n'y avait pas d'électricité dans mon temple, il n'y avait pas l'eau courante. Nous novices, nous devions aller chercher l'eau dans le puits, nous devions utiliser des lampes kérosène, et à chaque fois que nous allumions la lumière, il y avait un verset pour nous à inspirer et expirer. C'est la pratique de la pleine conscience. Et avant de faire la méditation marchée, vous lisez un verset, afin de vous concentrer sur chaque pas. Mais le premier verset du jour est quand vous vous réveillez. En vous réveillant, avant de chercher vos chaussons, vous devriez inspirer et expirer avec le verset. Et le verset est très beau, vous voyez, il est comme ceci : « Me réveillant ce matin, je souris. Vingt-quatre heures toutes nouvelles sont pour moi. » C'est quand vous inspirez et expirez. Et : « Je fais le vœu de vivre chaque heure profondément, et à apprendre à regarder les personnes avec les yeux de la compassion. » Inspirer, et expirer, inspirer, expirer. Et seulement après cela, vous vous levez, et quand vous cherchez vos chaussons, il y a un autre verset qui est très beau, qui est comme ceci : « Du matin au soir, chacun doit regarder pour se protéger. Si par accident, je marche sur l'un de vous, je suis désolé. Je souhaite que vous renaissiez tout de suite dans la Terre du Bouddha. » Parce que quand vous marchez, vous pouvez marcher sur un petit insecte. C'est très gentil, c'est la pratique de la méditation sur la compassion, et c'est un de mes versets préférés : « Du matin au soir, chacun, tout être vivant doit essayer de se préserver. Si par accident, je marche sur l'un de vous, je suis désolé. Je souhaite que vous renaissiez tout de suite dans la Terre de Félicité. » Et c'est une très bonne façon de cultiver la compassion. Donc cette sorte de méditation ne vous fait pas souffrir, cela vous rend très heureux. Et j'ai appris l'assise et la marche. Ne pensez pas que pour méditer, vous devez souffrir. Non. Peut-être la dernière question pour les enfants.


(cloche)

(Question) : Comment est-ce au Village des Pruniers ?

(Thay) : Viens voir. C'est difficile à dire. Je ne peux pas le décrire. C'est comme quelqu'un qui n'a jamais mangé une orange qui demande : « Quel est le goût d'une orange ? » C'est tellement difficile à dire. Alors s'il-te-plaît, viens, et fais l'expérience toi-même. On se voit là-bas.

Les adolescents sont invités à venir, si les enfants sont intéressés, ils peuvent rester.


(cloche)

(Question) : De votre point de vue, quel est le sens de la vie, de l'univers, et de tout ?

(Thay) : Quand les gens regardent le cosmos, regardent les planètes, regardent les vies sous leurs différentes formes, ils posent la question : « Quel est le sens ? » Donc chacun essaie de trouver le sens de la vie. Le sens de la vie n'est pas quelque chose d'objectif que l'on trouve, mais c'est une façon de regarder et de trouver un sens. Si vous avez une idée à propos du sens de la vie, vous pouvez être pris dans cette idée, donc vous devriez vous laisser être ouvert afin de continuer d'entrer en contact avec les merveilles de la vie, et vous découvrirez plus. Si vous avez déjà une idée sur le sens de la vie, c'est peut-être une sorte d'obstacle pour vous pour pouvoir aller plus profondément. Une chose que nous pouvons remarquer est qu'il y a tellement de merveilles de la vie. Votre corps est une merveille, la fleur est une merveille, la planète Terre est une merveille, les étoiles sont des merveilles, et il est possible pour vous d'être pleinement présent afin d'être en contact avec toutes les merveilles de la vie qui ont une capacité de vous nourrir, de vous guérir. En faisant ainsi, vous pouvez approfondir votre compréhension du mystère de la vie. Mais si vous vivez de telle façon qui apporte tellement de désir et de colère et de désespoir, vous vous perdez, et vous manquez la chance d'être dans l'ici et le maintenant afin d'être en contact avec les merveilles de la vie. Et méditer n'est pas seulement pour trouver le sens de la vie, mais pour vous guérir, pour vous nourrir. Chacun de nous a besoin de nourriture et de guérison, et dans le processus de nous nourrir et de nous guérir, notre compréhension de la vie s'approfondit, et nous pouvons partager les uns les autres. Et le Bouddha a fait cela, il avait beaucoup à partager avec nous, et ses disciples ont fait la même chose, ils ont continué le travail du Bouddha, ils vivaient de telle façon, ils essayaient de vivre de telle façon que la compassion, l'amour, la fraternité, et la paix, soient possibles, pour que le monde souffre moins. Et durant ce temps, la compréhension de la vie et du monde s'approfondissent toujours.

Quand les enfants entendent la petite cloche, ils peuvent se lever et s'incliner devant la sangha avant de partir.


(petite cloche)

Enfants, nous nous verrons plus tard. Tournez-vous vers la sangha et préparez-vous à vous incliner.


(petite cloche)

Merci. S'il vous plaît, continuez à venir, et préparez-vous à poser une question.

(Question) : Je voudrais vous demander, avez-vous une vache, comme un objet spécial ou quelque chose comme ça, comme à la télé, nous parlons de voitures, comme objets spéciaux, je voulais demander à Thay s'il en avait une, une chose spéciale.

(Thay) : Durant cette retraite, nous avons fait des efforts afin d'identifier nos vaches, afin d'apprendre à les relâcher. Mais nous avons aussi appris que les vaches qui sont les plus difficiles à relâcher sont nos idées, nos idées, spécialement nos idées de bonheur. Le bouddhisme est une vache aussi. Si vous ne faites pas attention, le bouddhisme devient une vache et le Bouddha devient une vache, et vous souffrez. Cela dépend de vous. Quand j'étais ordonné comme moine novice, je ne savais pas beaucoup du bouddhisme. Un jeune homme de seize ans, comment pourrait-il comprendre le bouddhisme assez profondément ? Mais il y avait quelque chose comme un désir, comme une intention de pratiquer, afin que vous puissiez avoir plus de liberté et de légèreté et de joie, et il y avait cette sorte de conviction que si vous continuez, vous découvrirez ce que le bouddhisme est, qui le Bouddha est, et que vous réussirez. Il y avait cette sorte de conviction, qui peut-être m'a été transmise par les ancêtres. Quand j'avais quatorze, quinze ans, j'avais déjà lu des livres d'histoire et ainsi de suite, et appris qu'il y avait des moments où il y avait la paix dans le pays, quand les gens du pays étaient capables de repousser les invasions étrangères facilement, et en ce temps les personnes pratiquaient bien le bouddhisme, ils avaient assez de compassion, ils avaient assez d'unité et de force, et c'est pourquoi la pratique du bouddhisme peut aider une nation à moins souffrir, à être assez forts pour se défendre des invasions étrangères, et ainsi de suite. Donc c'était cette conviction que vous trouverez ce que le bouddhisme est et qui le Bouddha était. Et vous continuez à pratiquer la pleine conscience, la concentration, la vision profonde, et vous continuez votre processus de découvrir le bouddhisme. Et un jour j'ai découvert que le bouddhisme était fait seulement d'éléments non-bouddhistes. Le bouddhisme n'est pas quelque chose qui peut exister par lui-même, c'est comme fleur. Et ce jour était un jour très heureux. Le bouddhisme n'est plus une vache pour vous à protéger et à défendre, parce que vous avez la vision profonde que la fleur est faite seulement d'éléments non-fleurs, et le bouddhisme est fait seulement d'éléments non-bouddhistes. Et vous découvrez aussi qu'un Bouddha est fait seulement d'éléments non-bouddha. Vous êtes libre, et vous pouvez relâcher la vache nommée bouddhisme, et vous pouvez relâcher la vache nommée Bouddha, et vous êtes libre du bouddhisme, vous êtes libre du Bouddha, vous vous sentez merveilleusement bien. C'est pourquoi il est dit que la vache la plus difficile à relâcher est votre idée, votre notion, et spécialement votre notion du bonheur. Donc si vous êtes libre de votre notion du bonheur, le bonheur peut venir tout de suite à vous, et d'autres vaches sont plus faciles à relâcher. Je me souviens d'un enseignant du dharma en Allemagne, du nom de « Vrais Yeux du Dharma ». Il a suivi le bouddhisme tibétain avant, mais quand Thay est venu en Allemagne et offert cette retraite, il a tellement aimé cette pratique, alors il a continué à pratiquer dans la tradition du Village des Pruniers, et finalement il est devenu un enseignant du dharma du Village des Pruniers, enseignant en Allemagne. Durant la première retraite, Thay a aussi parlé de relâcher les vaches, et il fut très touché par cela, il était un homme d'affaires ayant réussi, et après la retraite, il nous a dit au revoir, et j'ai dit : « Pourquoi n'assistes-tu pas la seconde retraite ? Tu as tellement aimé la première retraite, pourquoi n'assistes-tu pas à la deuxième retraite, tu pourras approfondir ta pratique. » Il a dit : « Oui, Thay, j'aimerais beaucoup, mais j'ai une réunion d'affaires en Italie, mais je ferai de mon mieux pour venir à d'autres retraites. » Alors il a dit au revoir. Mais le jour suivant, quand nous avons inauguré la deuxième retraite en Allemagne, quand Thay est venu dans la salle de méditation, il le vit assis à la porte d'entrée. Et j'étais surpris, parce qu'il avait dit au revoir pour aller en Italie pour sa réunion d'affaires ou quelque chose comme ça, et il dit : « Thay, je conduisais vers le sud, mais à mi-chemin, soudainement je me suis dit que participer une retraite est plus important qu'aller à cette réunion, alors j'ai fait demi-tour, et je fus capable de relâcher cette vache. » Donc c'est bien de relâcher les vaches. Le plus de vaches vous relâchez, le plus libre vous devenez, et le plus heureux vous devenez comme personne.


(cloche)

(Question) : Quels sont les bénéfices d'être moine ?

(Thay) : La façon la plus facile pour pratiquer est d'être moine. C'est beaucoup plus facile que d'être une personne laïque pratiquant dans le monde. C'est le premier bénéfice, parce que vous vivez ensemble avec beaucoup de frères, de frères moines, et quand vous entendez la cloche pour la méditation assise, naturellement, vous allez avec d'autres moines pour l'assise. Vous n'avez pas besoin de faire d'effort spécial. Mais si vous vivez seul dans une famille, si vous voulez avoir avoir une pratique régulière, alors vous devez faire beaucoup d'efforts pour aller à l'assise, et ainsi de suite. Et quand vous allez manger, comme tous les moines autour de vous mangent en pleine conscience, lentement, focalisant leur esprit sur la nourriture et sur la sangha, ne pensant pas à ceci et cela, alors vous vous trouvez à faire cela très facilement. Si vous mangez seul, vous ne pouvez peut-être pas faire cela, et vous pouvez allumer la télévision et faire des choses comme ça. Alors c'est pourquoi pratiquer comme moine est le plus facile, et vous n'avez pas de famille à vous occuper, passant la plupart de votre temps à vous en occuper, vous avez seulement une famille spirituelle, vous n'avez pas besoin de salaire, vous avez beaucoup de temps pour pratiquer, et pour aider les personnes à pratiquer, et c'est très satisfaisant. Vous avez le temps pour faire ce que vous voulez faire, vous pouvez dévouer tout votre temps à le faire, à pratiquer, à vous transformer, et à organiser la pratique afin que vous puissiez aider beaucoup de personnes à avoir la chance de pratiquer. Et à chaque fois que vous organisez une retraite, vous avez la chance de pratiquer avec les autres personnes qui viennent pour la retraite. Donc il y a beaucoup de bénéfices. S'il te plaît, viens et essaie. Nous avons un programme pour les jeunes personnes. Cinq ans de programme monastique pour l'entraînement et le service. Vous pouvez essayer d'être un moine ou une nonne pour cinq ans, et après cela, si vous aimez beaucoup, vous pouvez continuer toute votre vie, ou vous pouvez retourner à la vie laïque et vivre la vie d'une personne laïque, et vous pouvez aussi être un enseignant du dharma laïque. C'est une nouvelle porte du dharma, les cinq années d'entraînement monastique et de service. O.K. Pense-y. À propos, nous avons besoin de beaucoup de moines et de nonnes pour nous aider à organiser des retraites comme cela, parce que nous n'avons pas assez de moines et de nonnes. Nous avons besoin d'au moins un millier de plus. Alors s'il vous plaît, signez.


(cloche)

(Question) : Il est dit dans le Premier Entraînement à la Pleine Conscience, je pense, de ne jamais commettre aucune sorte de tuerie. Qu'en est-il de choses comme assister au suicide et des choses comme ça, où quelqu'un est malade en phase terminale et que son corps ne peut pas le soutenir, et il est constamment en souffrance et en douleur, et des choses comme éteindre le respirateur artificiel ?

(Thay) : Nous avons à être intelligents dans notre pratique des entraînements. Nous ne devrions pas être pris par la forme. Nous devons être flexibles, nous devons être intelligents. Le but est de soulager la souffrance, de réduire la souffrance, et non d'ajouter plus de souffrance. C'est pourquoi dans le cas de maladie terminale, je pense que nous devons méditer ensemble pour voir s'il est possible d'aider une personne à mourir paisiblement plutôt que de le ou la laisser, le ou la forcer à continuer à vivre et continuer à souffrir, parce que le but est de réduire la souffrance et non de la promouvoir, de la continuer. Je pense que nous devons prendre en compte le souhait de la personne, prendre en compte l'opinion des membres de la famille, et la décision sera faite par cette sorte de concentration. Et cette personne peut être capable de continuer sous une forme plus saine de vie, parce que rien de meurt. C'est pourquoi nous avons besoin d'intelligence, nous avons besoin d'ouverture pour traiter ces problèmes, ces problèmes médicaux.


(cloche)

(Question) : Cher Thay, chère sangha. Il a-t-il une différence entre le bouddhisme engagé et le bouddhisme appliqué, et quelle est votre vision pour l'Institut du Bouddhisme Appliqué ?

(Thay) : Le bouddhisme engagé est la sorte de bouddhisme qui peut être pratiqué toute la journée, et partout. Le bouddhisme comme pratique dans un centre de pratique devrait être possible aussi dans notre vie quotidienne. Et c'est pourquoi entre le bouddhisme engagé et le bouddhisme appliqué, il y a une connexion très profonde, c'est presque la même chose. La pratique de la pleine conscience peut être faite dans le domaine de l'éducation, le domaine des soins, le domaine de la politique, du travail social. Donc, où que vous soyez, vous pouvez toujours pratiquer la respiration en pleine conscience, la marche en pleine conscience, l'assise en pleine conscience. Relâcher les tensions du corps, s'occuper des sensations de douleur, tout le monde peut le faire. Donc quand vous appliquez ces techniques de méditation, vous trouvez que vous n'avez pas besoin d'être bouddhiste, de vous nommer bouddhiste afin de pratiquer ces choses. Chacun doit revenir à son propre corps, se connecter avec son propre corps. C'est une pratique très importante. Et la pratique de la respiration en pleine conscience peut ramener votre esprit à votre corps tout de suite, pour être connecté à votre corps, et soudainement, vous devenez établi dans l'ici et maintenant, entrant en contact avec les éléments rafraîchissants et guérissants de la vie pour votre nourriture et guérison. Vous ne devez pas vous appeler bouddhiste pour faire cela. Et chacun peut pratiquer la respiration, dans la position assise ou la position allongée, pour relâcher les tension du corps, pour se sentir mieux, que l'on soit un enseignant, ou un étudiant, ou un politique, ou un officier de police. En fait, nous avons aidé à organiser un nombre de retraites pour les officiers de police et les personnels d'administration de prison, parce que ces personnes souffrent de beaucoup de stress. Nous avons appris que le nombre de policiers en Amérique qui ont pris leur propre vie par leur arme est plus et elle a organisé une retraite pour officiers de polices à Madison, dans l'État de Wisconsin. Il est très émouvant de voir des officiers de police pratiquant la marche en pleine conscience, relâchant les tensions. C'est le bouddhisme appliqué et le bouddhisme engagé. Et depuis peu, nous ne voulons plus utiliser le mot bouddhisme, parce que le mot bouddhisme peut être un obstacle. Nous essayons d'utiliser le terme éthique globale, ou éthique appliquée. Le Président français Sarkozy souhaite beaucoup ramener la moralité dans les écoles. Les enseignants en France ne savent pas exactement quoi enseigner dans cette heure de cours, mais les moines et nonnes du Village des Pruniers savent quoi offrir. Nous avons entraîné de nombreux groupes d'enseignants, un petit peu partout : en Thaïlande, en Malaisie, au Vietnam, en Inde, en France, et ainsi de suite. Nous venons d'avoir une retraite pour éducateur à Londres, il y a dix jours. Si un enseignant sait comment appliquer ces techniques, il souffrira moins. En tant qu'enseignant, il sera un enseignant heureux, il pourra aider les étudiants à moins souffrir. Il y a beaucoup d'enfants qui n'ont pas eu de chance, qui n'ont pas pu apprendre l'amour et la compréhension de leur famille, leurs parents ne savaient pas comment prendre soin d'eux, et ont crée beaucoup de blessures dans l'enfant. Donc si un enseignant est heureux, connaissant la pratique, il ou elle peut transformer la classe en famille et donner à l'enfant une deuxième chance, pour apprendre ce qu'est l'amour, ce qu'est la compréhension. Selon cette pratique, il est possible pour les enseignants et les étudiants de s'asseoir et de s'écouter les uns les autres. Les enseignants peuvent parler aux étudiants de leurs souffrances et de leurs difficultés, et si les étudiants connaissent les difficultés et les souffrances de l'enseignant, ils ne rendront pas leur vie plus difficile, et si l'enseignant écoute la souffrance des enfants, la même chose arrivera. S'il y a une bonne communication entre enseignants et étudiants, s'ils parlent entre eux de leurs souffrances et difficultés, ils amélioreront leurs relations, et l'enseignement et l'étude deviendront beaucoup plus faciles pour les deux parties. Et l'enseignement peut transmettre la connaissance et la pratique, alors les enfants peuvent revenir chez eux, et se réconcilier avec leurs parents, et aider leurs parents à se réconcilier entre eux. Et ceci est possible. Dans nos retraites, de nombreuses jeunes personnes obtiennent transformation et guérison, et ils rentrent chez eux et se réconcilient avec leurs parents, et ils aident même leurs parents à se réconcilier, et ils amènent leurs parents à la prochaine retraite. Ces miracles de réconciliation arrivent toujours dans nos retraites. Donc, si nous entraînons les enseignants et si les enseignants maîtrisent la pratique, alors ils peuvent très bien enseigner et faire que les étudiants souffrent moins, et améliorer la qualité de l'enseignement et de l'étude. Quand nous étions en Californie la dernière fois, nous avons parlé au Gouverneur de Californie, Jerry Brown. Il a pratiqué la méditation avant, et il a proposé de nous aider à promouvoir cette sorte d'éthique appliquée, afin que les écoles de l'État puissent se réjouir de l'enseignement et de l'étude de l'éthique appliquée, et nous pouvons offrir les enseignements et la pratique dans une forme qui n'est pas sectaire, religieuse, du tout. Quand nous nous sommes adressés récemment à la Maison du Droit, nous avons aussi discuté de ceci, parce que s'il y a une loi qui peut aider à amener ces sortes d'enseignements et de pratique dans les écoles, nous changerons notre société. C'est notre conviction que les enseignants heureux changerons le monde. Et ces jours-ci, au Village des Pruniers, les enseignants du dharma, monastiques et laïques, font de leur mieux pour promouvoir cette sorte d'éthique appliquée. Nous avons déjà fait une version des Cinq Entraînements à la Pleine Conscience dans un langage qui n'est pas bouddhiste, et nous travaillons sur une version non-bouddhiste des Quatorze Entraînements à la Pleine Conscience, parce que ces pratiques sont des expressions très concrètes de la pratique de la pleine conscience, basées sur la vision profonde de l'inter-être, la non-discrimination. Donc il devrait être possible de faire une éthique globale, et chacun de nous, que nous soyons enseignants, ou parents, ou politiciens, ou psychothérapeutes, nous pouvons toujours aider à promouvoir ces sortes de pratique et aider à changer le monde.


(cloche)

(Question) : Ma question est un petit peu longue, mais je voudrais la rendre claire pour la sangha. Je comprends très profondément ce que vous dites à propos d'être une part d'un large organisme, vivant, respirant, rien n'est jamais perdu, et nous sommes connectés. Quand je regarde un arbre, je comprends qu'il vit en harmonie comme part d'un organisme, ne pas prendre trop ou trop peu, et c'est très connecté. Et nous avons cette conscience qui semble être d'une autre sorte, et je voudrais savoir ce qu'est cette conscience, cet esprit. Est-ce juste une part de mon corps physique, ou est-ce quelque chose d'autre ? Qu'est-ce que c'est ? D'où est-ce qu'elle vient ?

(Thay) : Dans les neurosciences, ils parlent de la conscience d'arrière-plan, qui est très semblable à notre conscience du tréfonds. Dans le bouddhisme, on parle de la conscience du tréfonds comme la partie de la conscience qui fonctionne toujours, jour et nuit. Le tréfonds est capable de recevoir des informations, de stocker des informations, de traiter des informations, et d'apprendre. Quand vous conduisez une voiture, c'est votre conscience du tréfonds qui conduit, et non votre conscience mentale. Au début, quand vous apprenez à conduire, vous devez utiliser votre conscience mentale, vous devez focaliser votre attention, c'est difficile, mais dans le processus, le tréfonds apprend, et finalement, vous n'avez pas à y penser, et vous pouvez conduire comme ça, avec votre esprit pensant à d'autres choses. Donc c'est votre conscience du tréfonds qui fait la plupart des choses, y compris conduire votre voiture. Durant la nuit, quand vous dormez, et que votre corps se sent froid, que vous prenez la couverture, c'est la conscience du tréfonds qui le fait, pas la conscience mentale. Votre conscience mentale peut être en train de rêver, vous pouvez voir quelque chose, que vous nagez dans un lac glacé, vous pouvez voir des choses comme ça, et vous prenez la couverture, et c'est la conscience du tréfonds qui le fait. La conscience mentale est beaucoup plus lente. Pendant que vous conduisez, vous rencontrez quelque chose, et si vous pouvez éviter un accident très rapidement, c'est grâce à la conscience du tréfonds. Elle a appris et peut réagir très rapidement. Si vous attendez que votre esprit prenne une décision, il pourrait être trop tard. C'est pourquoi nous pouvons conclure que l'esprit est plus lent, et plus coûteux aussi, parce que notre cerveau dépense beaucoup d'énergie, alors que notre tréfonds dépense beaucoup moins d'énergie. La conscience mentale est une sorte de conscience qui peut de temps en temps arrêter de fonctionner totalement, alors que le tréfonds continue toujours. Dans le cas où vous êtes dans un coma, la conscience mentale peut s'arrêter complètement, ou quand vous entrez dans une sorte de concentration, appelée concentration du non-esprit, vous arrêtez aussi complètement votre esprit. Il n'y a aucune pensée du tout. Et la conscience mentale peut fonctionner avec la conscience de l’œil, la conscience de l'oreille, du nez, de la langue, du corps, et l'esprit peut fonctionner tout seul. Quand vous fermez toutes les fenêtres des cinq sens, l'esprit peut fonctionner par lui-même, et quand vous pratiquez la concentration profonde, vous pouvez ignorer toutes les choses qui se passent, vous fermez toutes les cinq portes des sens, et vous êtes profondément dans l'objet de méditation avec la conscience mentale. La conscience mentale peut être dans un état de concentration, la conscience mentale peut être dans un état de confusion. L'opposé de concentration est dispersion, l'esprit en dispersion, et la conscience mentale peut être dans un état de psychose. Mais dans les enseignements du Bouddha, que ce soit la conscience mentale ou la conscience du tréfonds, la conscience doit s'appuyer sur le corps, elle ne peut pas se manifester sans le corps, et le corps aussi ne peut pas être lui-même sans conscience. Donc corps et esprit inter-sont, c'est comme la gauche et la droite. Si nous pensons que le corps peut être sans l'esprit, c'est faux, ce n'est pas un corps vivant, c'est un corps mort. Donc c'est pourquoi l'esprit doit s'appuyer sur le corps pour être esprit, et le corps doit s'appuyer sur l'esprit pour être corps, corps et esprit inter-sont, et ils se manifestent en même temps. Nous ne pouvons pas dire que le corps vient en premier et l'esprit plus tard, non, c'est un processus de manifestation mutuelle. Et alors, si vous allez plus en profondeur, vous voyez que l'esprit est une sorte de corps, et le corps est une sorte d'esprit. Votre corps est en premier lieu un objet de votre esprit, non seulement votre corps, mais toutes les autres choses, comme une fleur, ou un arbre, ou une montagne, vous pouvez penser que ce sont des choses objectives, existant à l'extérieur de votre esprit, mais il y a seulement des choses dont vous pouvez être sûrs : la montagne, la fleur, les arbres, sont objets de votre esprit, vous ne pouvez pas démontrer que ces choses existent à l'extérieur de votre esprit, et vous vous comportez encore comme si elles existaient à l'extérieur de votre esprit, mais dans ces enseignements, votre corps, votre environnement, tout, est objet de votre esprit, et c'est pourquoi dans les enseignements du Bouddha, il y a quatre domaines de méditation : vous méditez sur votre corps, vous méditez sur vos sensations, vous méditez sur vos perceptions, et vous méditez sur l'objet de votre perception, qui est l'objet de votre esprit. L'esprit est objet de méditation, et objet de l'esprit est objet de méditation. C'est comme dire esprit et réalité à l'extérieur de l'esprit, et dans le bouddhisme, nous disons toujours esprit et objet de l'esprit, donc esprit et objet de l'esprit inter-sont. Sans esprit, il n'y a pas d'objet de l'esprit, sans objet de l'esprit, il n'y a pas d'esprit. Et si vous allez en profondeur, vous voyez que les notions d'esprit et de matière devraient être ôtées. Notre distinction entre esprit et matière est un obstacle, et de nos jours, les scientifiques ont découvert qu'une particule élémentaire est très intelligente, il y a l'esprit en elle, et c'est l'esprit. En quelque sorte c'est l'esprit. Donc quand nous regardons la planète Terre, si nous voyons que c'est un bloc de matière, nous avons tort. Nous devons commencer à voir la Terre comme un organisme vivant. Décrire la Terre comme esprit seulement est faux, décrire la Terre mère comme matière seulement est faux. Nous devons transcender les deux notions, et la même chose est vraie avec nous. Dans le bouddhisme, nous disons nama-rupa, corps et esprit, mais nama-rupa reposent l'un sur l'autre pour se manifester. Hier, nous avons eu un enseignement à propos des actions. Nos actions continuent toujours, et nos actions sont une sorte d'énergie produite par nous, et l'énergie peut se manifester en corps et esprit encore, encore et encore, et il est possible, si nous vivons en pleine conscience, nous pouvons assurer une plus belle continuation dans le futur, comme nama-rupa, ou corps-esprit, corps et esprit ne sont pas deux.


(cloche)

(Question) : Mon problème est que j'aime danser, mais je ne sais pas comment danser. Et la seule fois que je me souviens comment danser est dans une boîte de nuit, avec l'aide de différentes substances dont je sais qu'elles sont du poison pour mon corps, et je sais que c'est un problème de confiance, et je me demandais ce que vous pourriez conseiller à propos de construire la confiance.

(Thay) : Je pense que si vous aimez quelque chose beaucoup, vous serez capable de le faire, c'est ce que j'ai trouvé. Le problème est que si vous ne l'aimez pas assez, vous ne pouvez pas le faire, mais si vous l'aimez vraiment, alors vous pouvez le faire, c'est ma conviction. D'une manière ou d'une autre, vous serez capable de le faire, il y a de nombreuses façons. Et quand il y a la volonté, il y a une moyen.

Une question écrite, oui.


(cloche)

(Question) : Cher Thay, c'est une question de mon amie Marie, et elle dit : « Cher Thay, comment aider ma famille à gérer le suicide d'un père de quatre enfants. Maintenant, dans la famille, il y a beaucoup de rage, et de haine, et de déni qu'il y ait quelque chose de bien. »

(Thay) : Je pense que la solution est la compréhension. Quand quelqu'un commet un suicide, nous avons tendance à le voir ou la voir comme n'ayant pas eu assez de responsabilité. Nous avons la tendance à penser comme cela. Cette personne n'a pas le sens de la responsabilité, et nous souffrons parce que nous sommes pris par cette idée. Cette personne peut avoir un grand sens de responsabilité. Oui. Mais c'était couvert, cela ne pouvait pas se manifester, juste à cause de l'énorme somme de souffrance en lui ou en elle. Et cela peut être vrai que cette personne ne voulait pas commettre un suicide, elle ne voulait pas le faire, mais quelque chose était plus forte qu'elle, et l'a poussée à le faire, et c'est pourquoi en pratiquant la respiration et le regard profond, nous arrêtons de blâmer cette personne pour avoir eu ce désir de se tuer, pour avoir eu ce manque de responsabilité. La vérité peut être qu'elle n'avait pas ce désir, la vérité est qu'elle avait peut-être un grand sens de responsabilité, mais la somme de souffrance en elle était trop écrasante. Donc comprendre la souffrance enlèvera cette sorte de colère, rage, et haine, et pourra apporter de la vision profonde que si cette personne n'était pas capable de s'occuper de cette souffrance, nous l'aiderons à le faire. Elle est encore là d'une certaine façon, elle continue toujours, au moins, en nous. Si elle n'est pas en nous, nous ne devons pas souffrir. Nous souffrons parce qu'elle est encore en nous. C'est une réalité. C'est pourquoi nous devons commencer à lui parler : « Cher père, cher ami, je sais que tu es encore en moi, et je vais t'aider. » Et commencer à respirer, et toucher la souffrance, et écouter la souffrance. Si nous en venons à comprendre la souffrance, et laissons l'énergie de la compassion s'élever, nous commençons le processus de guérison pour nous et pour lui, nous le faisons pour lui aussi. Il n'y pas eu la chance de rencontrer la pratique, personne ne lui a dit comment s'occuper de ces sensations de désespoir, et de colère et de souffrance. Donc il est une victime, et vous ne devriez pas être en colère contre une victime, vous devriez seulement aider. Donc les enfants devraient dire : « Bonjour papa, il y a tellement de souffrance que tu ne pouvais pas gérer. Nous t'aiderons. Nous pratiquerons pour toi. Nous écouterons et comprendrons la souffrance en toi et en nous, et nous générerons l'énergie de la compassion pour nous guérir, et nous transformerons la boue en un beau lotus. » Je pense que nous avons besoin d'un ami, un frère, une sœur dans la pratique, pour venir et aider, avec bonté aimante, et montrer le chemin de la compréhension et de la réconciliation. La compréhension, ici, signifie en premier lieu comprendre la souffrance, c'est la Première Noble Vérité.


(cloche)

(Question) : Cher Thay, chère sangha. Ma question est aussi à propos de conscience. Je me demandais si vous pouviez nous dire quelque chose à propos de la pertinence, de l'importance de nos rêves dans notre temps de sommeil.

(Thay) : Si nous nous souvenons des rêves, cela peut être très utile, parce que les rêves sont comme d'autres événements, il y a une signification en eux. Quelquefois, nous sommes surpris, parce que durant la journée, nous n'avions pas pensé à cela du tout, et pourtant, durant la nuit, il apparaît comme cela, comme une surprise. Peut-être que notre corps, notre esprit, ou nos ancêtres, essaient de montrer quelque chose. Peut-être qu'un ancêtre veut que nous regardions ce problème. Supposons que vous viviez dans un pays où il n'y a pas la guerre. Les personnes, les enfants, se réjouissent de la paix, et toute la journée, vous parlez de la paix, et vous aidez les gens à pratiquer la paix, et pourtant, durant la nuit, vous vous voyez dans une situation de guerre et vous fuyez les bombes, et vous vous êtes obligé d'entrer dans l'armée et de tenir un fusil. Vous ne pouvez pas imaginer cela. Donc si vous vous souvenez des rêves, vous voyez qu'il doit y avoir une cause pour laquelle les rêves viennent à vous. Peut-être que nous nous réjouissons de la paix dans notre pays, mais que nous ignorons ce qui se passe à l'extérieur du pays, et les gens continuent de courir sous les bombes, les enfants et les adultes continuent de mourir, donc nous ne devrions pas seulement nous réjouir de la paix, mais nous devrions faire quelque chose, nous devrions souffrir un petit peu, afin que nous ayons cette sorte d'énergie. Nous avons besoin de boue afin de faire pousser une fleur de lotus, et c'est pourquoi je pense que chaque rêve a son propre message, et nous pouvons recevoir le message de nos rêves. Et aussi durant le temps où nous ne dormons pas, des images peuvent venir comme ça, très soudainement, et chacune d'entre elles vient de la profondeur de notre conscience, et il doit y avoir une cause, ils peuvent nous rappeler de quelque chose. Dans la pratique de manger en pleine conscience, quand vous restez en ligne, attendant votre tour de vous servir la nourriture, vous pratiquez la respiration en pleine conscience, vous regardez autour de vous, vous vous voyez vivant dans une sorte de bel environnement, vous avez des frères et sœurs dans la pratique qui pratiquent la respiration en pleine conscience, la marche en pleine conscience. C'est tellement beau, et vous vous réjouissez de l'atmosphère et de l'énergie de la paix. Et quand vous prenez de la nourriture et la posez dans votre assiette, vous dites : « Mon assiette est vide maintenant, mais dans seulement quelques minutes, elle sera remplie avec de la bonne nourriture. » Et en même temps, vous visualisez des enfants dans le Tiers-Monde, dans un pays en guerre, il y a des enfants qui tiennent une assiette cassée comme ceci, attendant pendant des heures et des heures, et n'ont rien dedans. Soudainement, la compassion s'élève, et il y a de la souffrance. La bonheur est que tout de suite, nous avons de bonnes choses à manger, la souffrance est qu'il y a des enfants au même moment attendant et qui n'ont rien à manger. Donc la souffrance est utile, elle nous transforme en bons êtres humains, donc entrer en contact avec la souffrance est bien, et c'est pourquoi nous parlons de l'utilité de la souffrance. Et tout est comme ça, un rêve est fait d'éléments non-rêve. Et notre souffrance, notre bonheur, c'est la même chose.


(cloche)

(Question) : Cher Thay, chère sangha, il y aura les Jeux Olympiques cet été. Quels sont les rôles de la pleine conscience et de l'inter-être dans un environnement où la compétition est une partie intégrale de la nature même de l'environnement ?

(Thay) : Je pense que ce sera une chance pour les gens de faire des affaires, de faire de l'argent, de consommer. Et quand quelqu'un gagne, quelqu'un d'autre souffrira. C'est la compétition, et c'est la comparaison entre soi : « Je suis meilleur que vous », et ainsi de suite. Donc cela crée beaucoup de discrimination et de complexes. Nous sélectionnons, nous aimons, nous prenons parti, et nous pratiquons la comparaison : « Mon héros ! » Donc cette sorte de joie, cette sorte de compétition, nous la considérons comme une sorte de bonheur, et si nous ne gagnons pas, si notre héros ne gagne pas, alors nous souffrons. C'est parce que tout est basé sur la discrimination entre soi et non-soi, et si nous regardons profondément, nous voyons que tout est dans cette sorte d'humeur, de compétition, même dans le domaine de l'éducation. Dans le domaine de l'éducation, les enseignants sont poussés à enseigner plus, à travailler plus dur, afin que les étudiants puissent aller dans une école plus célèbre, et aller au sommet, et c'est pourquoi les deux, enseignants et élèves, doivent souffrir du stress, du surmenage, et ainsi de suite. Et même si vous arrivez au sommet, vous devez continuer afin de garder cette position au sommet. Donc en regardant profondément, nous voyons que nous allons vers la direction de la destruction : nous détruisons notre corps, notre esprit, en essayant trop dur, nous nous épuisons. Il est très clair que dans cette compétition, il n'y aura pas de vainqueur. Ceux qui sont au sommet devront souffrir, et ceux qui ne sont pas allés au sommet souffrent aussi. Et la même chose est vraie dans le domaine politique, dans le domaine des armes nucléaires. Nous allons vers la direction de l'auto-destruction. C'est pourquoi nous devons nous réveiller, nous devons changer la course de la civilisation. Nous allons vers notre propre destruction. C'est très clair. Notre destruction comme race, race humaine, notre destruction comme environnement. C'est très clair, si nous continuons comme ceci, nous allons vers l'extinction. Il y a seulement une chose qui peut l'arrêter, la changer, c'est un éveil collectif. Si vous voulez sauver le monde, changer le monde, vous avez besoin d'un immense éveil collectif. Vous ne pouvez pas changer la société et le cours de l'histoire à moins que vous ne produisiez un éveil collectif. Avec cet éveil collectif, vous savez que vous allez vers l'auto-destruction, et c'est assez fort pour vous aider à arrêter et à changer la façon de vivre. Donc les Jeux Olympiques nous donnent une autre chance de réfléchir à ceci. Dans cette compétition, il n'y aura pas de vainqueur, tout le monde perdra. Et non seulement nous perdons comme race humaine, mais nous perdons comme animaux, plantes, et minéraux. La notion de soi, soi contre non-soi, cela cause beaucoup de souffrance, et c'est pourquoi la sagesse de non-discrimination : « Tu es moi et je suis toi, tu es en moi, je suis en toi », cette vision profonde de l'inter-être est très importante. Quand j'étais ordonné novice, mon maître m'a montré comment s'incliner devant un Bouddha, et il y avait un verset : « Celui qui s'incline et celui devant lequel on s'incline, les deux sont vides par nature. » Vide de soi. « Bouddha, tu ne devrais pas être fier de toi comme Bouddha, et moi, je ne devrais pas être honteux de ne pas être un Bouddha. Bouddha, tu es fait seulement d'éléments non-Bouddha, y compris moi en toi, et je suis fait de non-moi éléments, et tu es en moi. » Quand vous voyez la nature de l'inter-être en vous et dans le Bouddha, vous voyez le Bouddha en vous et vous dans le Bouddha, à ce moment, vous touchez la nature de l'inter-être, et quand vous vous inclinez, il y a une vraie communication profonde. Et si le Bouddha était seulement le Bouddha., et vous seulement vous, aucune vraie communication ne serait possible. C'est la pratique de s'incliner basée sur la vision profonde de l'inter-être. Donc la vision profonde de l'inter-être nous aidera à nous sauver, et il y a besoin d'un éveil collectif. Alors chacun d'entre nous devrait travailler ensemble pour cet éveil collectif. Si vous êtes journaliste, travaillez comme journaliste. Si vous êtes un maître d'école, travaillez comme maître d'école. Nous devons produire cet éveil.

Une dernière question.


(cloche)

(Question) : Cher Thay, je n'aimerais pas être et ne trouverais pas très sain de me trouver dans un endroit où tout le monde se sent pareil, et pourtant, je me cause très souvent à être dans un conflit de souffrance, de manque de liberté, à cause de mon anxiété. Je ne suis pas d'accord avec tout, relations, proches, relations de travail, ou pratiques spirituelles comme ici. Comment puis-je me libérer de ceci ?

(Thay) : Quand nous regardons quelque chose comme une fleur, bien que nous regardions la même chose, la façon dont nous voyons la fleur peut être différente. Donc chacun regarde cette fleur, mais chacun a une sensation différente, la voit différemment. Je ne pense pas que nos devrions essayer de faire que les personnes pensent de la même façon que nous. La pensée devrait être productive, la pensée devrait apporter plus de compréhension et plus de compassion, et il y a différentes façons de penser. C'est comme la méditation, la méditation assise. Nous ne devrions pas souhaiter que l'autre personne fasse exactement ce que nous faisons, parce que c'est un autre corps. Les sensations en lui ou en elle sont différentes, donc avec intelligence, cette personne devrait arriver à coordonner son corps, ses sensations, de telle façon que la respiration et l'assise lui apportent la meilleure chose pour lui ou pour elle, et la façon de faire de cette personne peut être différente de la façon. Donc nous ne devrions pas attendre de l'autre personne qu'elle fasse exactement ce que nos faisons, nous devrions seulement espérer qu'elle soit capable d'arriver à plus de paix, plus de clarté, plus de compassion, mais la façon peut être différente. Alors nous pouvons être en paix avec cela, parce que chaque fleur est une merveille, chaque personne est une merveille. Donc je pense que ce que nous pouvons dire est que ce que nous voulons vraiment est plus de paix, plus de fraternité, plus de joie, plus de liberté. Plus de liberté. Et la façon de produire ces merveilleuses choses peuvent être différentes, et nous devrions être assez libres, assez tolérants, afin que les gens puissent le faire de leur propre façon, donc vous pouvez combiner les deux. Vous avez ceci, et vous avez aussi cela, qui est la liberté.

Merci. Nous aurons quelques minutes pour une tasse de thé, et nous nous rassemblerons et aurons une méditation marchée.


(cloche)


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Enseignement donné le 9 avril 2012 en anglais,
traduit et transcrit par Pháp Thân