Réparer le passé et changer le futur

(Télécharger le PDF)


(cloche)

Vue juste

Chers amis, hier, nous avons parlé de la vision profonde, la vision profonde de l'inter-être, qui est la suppression de toutes les notions, y compris les notions d'être et de non-être, de naissance et de mort. Nous souffrons parce que nous avons des notions, et nous sommes pris dans ces notions, et parmi elles, la notion de bonheur. Nous avons une idée de ce qu'est le bonheur, et ce peut être un obstacle pour notre bonheur. Notre vue sur le bonheur peut être une vue fausse. Nous pensons au bonheur en termes de célébrité, et richesse, et pouvoir, et sexe. Nous pensons au bonheur comme opposé de la souffrance, le bonheur comme étant possible sans souffrance. Nous pouvons penser que la souffrance est l'opposé du bonheur, mais en réalité, la souffrance joue un rôle très important pour faire le bonheur. Ainsi, notre esprit est plein de discrimination, et de perceptions erronées, et c'est pourquoi la pratique de la méditation est d'être tranquille, d'avoir le temps de regarder profondément dans le cœur de la réalité, et de découvrir la nature de l'inter-être, afin que nous soyons libres de toutes les sortes de perceptions fausses, discriminations, et ainsi de suite. C'est la vision profonde de l'inter-être. Et dans les enseignements du Bouddha, cette vision profonde est la fleur, le fruit de notre pratique. Si nous pratiquons la pleine conscience et la concentration, cette vision profonde sera le fruit de notre pratique. Et dans le bouddhisme, nous parlons de cette vision profonde en terme de vue juste. Vue juste. Sammâ-ditthi. Et la concentration est une pratique qui peut mener à la vision profonde, à la vue juste. Et avec la concentration, nous avons la pleine conscience. Donc la pleine conscience, la concentration, et la vision profonde sont appelées les trois entraînements, et c'est le cœur de la pratique bouddhiste. Notre pratique quotidienne est de générer ces trois sortes d'énergie, pleine conscience, concentration, et vision profonde. Au début de notre retraite, nous avons dit que la vision profonde pouvait ne pas être très loin. La vision profonde peut être juste là. Aussitôt que nous produisons l'énergie de la pleine conscience, comme en inspirant en pleine conscience, nous pouvons avoir la vision profonde tout de suite. La vision profonde que vous êtes vivant, que vous êtes là. Et d'être vivant est un miracle, le plus grand des miracles. Cette vision profonde peut être obtenue en seulement une ou deux secondes, simplement parce que vous inspirez en pleine conscience. Et quand vous expirez, vous pouvez déjà célébrer le miracle d'être vivant. Alors ne pensons pas que la vision profonde est quelque chose de très loin, que nous devrions pratiquer huit ans ou dix ans afin de commencer à avoir la vision profonde. Quand vous faites un pas en pleine conscience, la pleine conscience et la concentration vous aident à réaliser que vous êtes en contact avec la Terre mère, que vous êtes en la Terre mère, et que la Terre mère est en vous, vous et la Terre mère n'êtes pas deux entités séparées, c'est déjà une vision profonde qui enlève la discrimination. Normalement, quand nous parlons de l'homme et de l'environnement, nous pensons que ce sont deux choses. Hommes et environnement, mais le fait est que nous sommes une partie de l'environnement, et la Terre est en nous. Vous ne pouvez pas enlever l'un de l'autre. Et vous transcendez la tendance du dualisme, de la discrimination entre vous et la Terre mère, entre les hommes et l'environnement. Vous êtes l'environnement, et l'environnement est vous. Donc la vision peut venir tout de suite, à condition que ce soit la vraie pleine conscience et concentration. La vision profonde, décrite dans le Noble Sentier Octuple comme la vue juste, est une sorte de vue qui est libre de toutes les vues erronées. Les vues de naissance et de mort sont des vues erronées, les vues d'être et de non-être sont des vues erronées, il y a beaucoup de vues erronées à la fondation de notre souffrance. Donc enlever les vues fausses signifie laisser le bonheur être possible. Donc, la vraie pratique, la pratique de base, dans la tradition, est d'enlever les vues erronées, et chaque vue risque d'être une vue erronée. Votre vue sur le bonheur, votre vue sur la souffrance, peuvent être des vues erronées.


Pensée juste

Donc, avec la vue juste, nous pouvons produire ce que nous appelons la pensée juste. La pensée juste est une pensée sous la ligne de la vue juste. La vue juste est libre de la discrimination, libre des notions, c'est pourquoi la pensée juste est la sorte de pensée caractérisée par l'absence de discrimination, de séparation, et ainsi de suite. Donc une pensée produite sur la base de la vue juste sera libre de discrimination, reflétera la vision profonde de l'inter-être, aura la nature de la compréhension juste, aura la nature de la compassion. Une pensée comme cela peut commencer à vous guérir et à guérir le monde. Si vous produisez une pensée pleine de compassion, de compréhension, et qui libre de discrimination, cette pensée est déjà guérissante et nourrissante, pour vous et pour le monde, et c'est la pensée juste. La plupart des pensées que vous produisez peuvent ne pas être de la pensée juste. Si vous produisez une pensée de haine, de colère, de peur, de désespoir, cette pensée peut détruire notre santé et détruire la santé du monde. Imaginez un terroriste penser en termes de haine, de colère, de discrimination, de punition. Il est brûlé par les flammes de la colère, de la discrimination, du désespoir, du désir de revanche, de punir. Cette pensée qu'il produit n'a pas la compréhension et la compassion, et est caractérisée par la discrimination, et la haine, et la peur. Donc quand nous produisons une pensée pleine de haine et de désespoir, nous détruisons notre corps, notre esprit, et nous détruisons le monde, c'est pourquoi il est très important d'apprendre à penser en terme de pensée juste, et la pensée juste est seulement possible quand il y a la vue juste, la vision profonde. La vision profonde de l'inter-être, de la non-discrimination. Et le but ultime de la pratique est de produire la vue juste, ce qui signifie la vision profonde de l'inter-être, libre de la discrimination. Et il est possible pour nous de produire des pensées dans la ligne de la pensée juste chaque jour. Chaque pensée a l'énergie de la compassion et de la compréhension. Et en tant que bon pratiquant, nous devrions être capable de produire beaucoup de pensées comme ça chaque jour pour notre propre guérison et transformation, et pour la guérison du monde. Et avec pleine conscience, nous saurons si c'est une pensée de compassion ou non, si c'est une pensée de discrimination ou non, nous le saurons.


Parole juste

Et avec la vision profonde de l'inter-être, nous pouvons aussi produire ce que nous appelons la parole juste. Si nous avons la vision profonde de l'inter-être, ce que nous disons est libre de discrimination, ce que nous disons est caractérisé par la compréhension, la compréhension de la souffrance en nous et dans le monde. Ce que nous disons est caractérisé par la présence de la compassion. Et tout ce que nous disons comme cela a le pouvoir de guérir nous-même et le monde, et nous pouvons dire beaucoup de choses comme ça en une journée. Nous pouvons écrire une lettre pleine de compassion, de compréhension, et la guérison prend place pendant que l'on écrit. L'autre personne n'a pas vu, n'a pas lu la lettre, mais pendant le processus d'écriture, quand on écrit une lettre comme ça, sous la ligne de la parole juste, vous vous guérissez vous-même et vous guérissez le monde. Et vous pouvez utiliser votre ordinateur, et écrire un email, en pratiquant la pensée juste. Ce que vous écrivez reflète seulement la compréhension et la compassion. C'est un acte de guérison. Ou votre téléphone. Vous pouvez utiliser votre téléphone afin de vous guérir et de guérir le monde. Vous dites quelque chose sous la ligne de la compréhension et de la compassion, pas de haine, pas de colère, pas de discrimination, et ceci est possible avec la vision profonde de l'inter-être, avec la vue juste.


Actions justes

Et avec la vue juste, nous pouvons aussi produire des actions. Des actions qui peuvent guérir, qui peuvent protéger, qui peuvent sauver. Le mot chinois que j'utilise ici signifie karma juste. Karma. Et le mot sanskrit karma signifie action. L'action produite par le corps. Tout ce que vous faites avec votre corps peut être dans la ligne de l'action juste. Cela a le pouvoir de protéger la vie, le pouvoir de soutenir, de sauver, d'aider, d'enlever la souffrance et d'apporter le bonheur. Et un bon pratiquant peut produire beaucoup d'actions comme ça chaque jour. Mais dans la tradition du bouddhisme, les actions ne sont pas seulement produites par le corps, elles sont aussi produites par la parole et par l'esprit. Donc, les actions, le karma, ont trois aspects. Triples actions : corps, parole, et esprit. Triples actions.


Notre continuation

Et l'être humain est défini par ses actions. Le philosophe français Jean Paul Sartre a dit quelque de très similaire. Comment définir l'homme ? Quelle est la meilleure définition de l'homme ? Et il a dit : « L'homme est la somme de ses actes. » Cela signifie que la valeur d'une personne est vue dans ses pensées, ses paroles, et ses actions. Ces choses sont ce que nous produisons dans notre vie quotidienne sont notre continuation. Imaginez un oranger se tenant dans la cour. L'oranger peut produire de belles feuilles, des feuilles d'orange, il peut produire de belles oranges en fleurs, et il peut produire de belles oranges rouges. Et c'est le fruit, le but d'un arbre, de produire des feuilles, des fleurs, et des fruits. Donc, l'être humain est une sorte d'arbre, il produit des pensées, des paroles, et des actions. Et ce sont ses valeurs, et rien ne peut être perdu. Chaque pensée que vous produisez continuera toujours, comme un nuage. Un nuage ne peut jamais mourir. Un nuage peut devenir neige, ou pluie, ou glace, mais un nuage ne peut pas devenir rien. Donc, chaque pensée que vous produisez avec votre esprit, que ce soit sous la ligne de la pensée juste, ou de la pensée fausse, sont là pour durer, et elles vous continuent. Vous n'êtes pas seulement ce corps physique, vous êtes ce que vous produisez, vous êtes vos actions. Et parmi vos actions, il y a des pensées qui sont produites, soit sous la ligne de la pensée juste, soit sous la ligne de la pensée fausse. La pensée erronée peut causer beaucoup de mal, à vous et au monde. Imaginez une personne qui produit seulement des pensées de haine, de colère, et de désespoir. Des pensées comme cela peuvent être très puissantes, peuvent la mener au suicide, peuvent la mener à faire des actes de terrorisme et détruire la vie de milliers de personnes, dans un avion, ou sur une tour jumelle. Donc, vos pensées sont des énergies formidables, puissantes. Aussitôt que vous produisez une pensée, cette pensée aura une action sur votre santé, et sur la santé du monde, c'est pourquoi vous devez faire très attention quand vous produisez une pensée. Nous devrions apprendre à produire une pensée pleine de compréhension et de compassion, qui commencera à nous guérir et à guérir le monde. C'est un art, l'art de penser, et si vous avez la vue juste, si vous avez la vision profonde de l'inter-être, il sera possible, facile pour nous de produire de belle pensées comme cela chaque jour, qui nous rendront heureux, qui rendront nos bien aimés heureux, et qui rendront le monde heureux. Et si nous produisons des pensées de haine et de désespoir, nous nous détruisons et nous détruisons le monde.


Réparer le passé et changer le futur

Que faire si hier j'ai produit une pensée de haine, et que j'ai eu l'intention de punir ? Est-ce trop tard, parce que j'ai produit cette pensée hier ? Vous pourriez vous demander ceci. Ce n'est pas bien de produire une telle pensée, parce qu'elle se passe maintenant, c'est votre continuation. Et ce n'est pas une belle continuation, vous ne voulez pas continuer comme cela. Alors, aujourd'hui, en regardant en arrière, je regrette d'avoir produit une telle pensée de colère, de haine, et que devrais-je faire ? Donc la pratique est de s'asseoir, et de respirer, et de produire une pensée de nature opposée, une pensée de non-discrimination, une pensée de compassion, de compréhension. Et dès que la nouvelle pensée est produite, pleine de compréhension et d'amour, cette pensée va rattraper très facilement l'autre pensée et la neutraliser, tout de suite, parce que la nature de notre pensée n'est pas locale, elle n'a pas le temps de voyager beaucoup, elle peut rattraper la pensée d'hier très facilement, et vous pouvez la neutraliser. Tout vient de l'esprit. Donc il est possible de réparer le passé. Le passé est encore disponible, et si vous êtes établi dans l'ici et maintenant, vous avez l'opportunité de réparer le passé. Même si nos parents ont fait quelque chose de regrettable, même si nos ancêtres ont fait quelque chose de regrettable, le passé est encore là, et nous continuons à souffrir, et nos ancêtres continuent à souffrir en nous, donc avec le Dharma, avec la pratique, nous nous asseyons, et nous embrassons cela, et nous produisons cette sorte de pensée de compassion, de compréhension, afin de neutraliser ce qui était erroné, ce que nous avons fait d'erroné dans le passé. C'est possible. Nous libérer, et libérer nos parents et nos ancêtres, est possible. Et nos ancêtres attendent de nous que nous le fassions. C'est très bien de rencontrer les enseignements et la pratique, et avec cette pratique, nous pouvons changer le passé, et bien sûr changer le futur. Si vous ne faites rien, si vous laissez les choses suivre leur cours, il y aura l'extinction de nombreuses espèces sur Terre. C'est notre futur. Mais si nous savons comment nous asseoir et produire des pensées de pleine conscience, de concentration, de compréhension, et de compassion, nous nous changeons, nous amenons une saine énergie collective, et si beaucoup d'entre nous font la même chose, assis dans l'ici et maintenant, nous pouvons changer le futur. Nous serons capables d'empêcher le futur d'arriver. Nous sommes en contrôle, si nous savons comment nous établir dans l'ici et maintenant fermement, et utiliser la parole juste, l'action juste, et la pensée juste, nous pouvons changer le passé, nous pouvons guérir le passé, et nous pouvons changer le futur. Ce sont les enseignements, et la pratique. Rien n'est perdu. C'est comme ce qu'a dit Lavoisier : « Rien ne se crée, rien ne se perd. Tout se transforme. » C'est pourquoi ce que nous produisons en terme de pensées, paroles, et actions, continuera toujours, et bien sûr, nous voulons continuer bellement. Nous ne sommes pas seulement ce corps, parce que tous les jours, nous nous produisons nous-mêmes, en termes de pensées, paroles, et actions. Nous sommes déjà là, dans le monde. Et si vous regardez autour de vous, vous voyez que vous êtes déjà là. Vos actions ont eu un impact sur le monde, et vous continuez. Un jour, ce corps physique se désintégrera, et ce n'est pas votre fin, non. Vous continuez toujours, avec votre karma, c'est-à-dire vos actions. Vos actions ne seront jamais perdues. Et c'est pourquoi il est très important, dans ce moment présent, de vouloir continuer bellement dans le futur. Nous voulons seulement produire de belles pensées, de belles pensées, et de belles actions, et ceci est possible avec le dharma, avec la sangha. Nous le faisons ensemble. Et s'il est impossible pour un nuage de mourir, il est aussi également impossible pour nous de mourir : la dissolution de ce corps n'est pas la mort, n'est pas ma mort. Je continue toujours avec mon karma, mes actions. Et le karma a deux aspects : individuel et collectif. Nous pouvons faire des choses ensemble, nous pouvons penser collectivement, nous pouvons dire des choses collectivement, et nous pouvons faire des choses collectivement afin de nous changer nous-mêmes et de changer le monde. Nous devrions savoir comment coordonner nos actions avec les actions de la sangha, les actions du monde. Donc, l'idée, la notion, qu'un jour vous mourrez sans aucune continuation, est une vue erronée. Vous continuez toujours, et il est possible de continuer en beauté. Et alors, avec la vue juste, avec la vision profonde de l'inter-être, il sera possible pour nous d'avoir des moyens d'existence justes. Il existe des moyens d'existence qui nous rendent malades et endommagent la planète Terre, la mère de tous. Nous devrions apprendre à ne pas regarder la planète Terre comme matière. Notre esprit discrimine entre esprit et matière, et nous ne devrions pas regarder la planète comme matière. C'est un organisme. La Terre, pour moi, est très sainte, elle est la mère sainte. Elle a produit, elle a donné naissance à de nombreux Bouddhas, de nombreux saints, de nombreux bodhisattva. Le Bouddha Shakyamuni, notre maître, est l'enfant de la Terre. Il est encore là, et nous sommes sa continuation. Jésus-Christ est l'enfant de la Terre, et Jésus est encore là, vous pouvez reconnaître sa présence, parce que rien ne se perd, rien ne meurt. Avec de la pleine conscience et de la concentration, nous serons capables de voir le Bouddha Shakyamuni dans notre vie quotidienne. Quand vous marchez en pleine conscience, que vous vous réjouissez de votre inspiration à chaque pas, je reconnais en vous une continuation du Bouddha. Quand vous pensez sans discrimination, quand vous pensez en termes de compassion, d'inter-être, je vous vois comme une continuation du Bouddha. Le Bouddha est accessible dans l'ici et maintenant. Vous ne voyez pas le nuage dans le ciel, mais vous pouvez toucher le nuage dans votre thé.


L'Évangile selon Luc

C'est la sagesse du sans-signe, vous n'êtes pas pris dans un signe particulier, et vous pouvez reconnaître le Bouddha, notre Maître, dans votre vie quotidienne. S'il y a pleine conscience, concentration, vision profonde, non-discrimination, bonté aimante, vous voyez que le Bouddha continue toujours, et il continue en vous aussi. Et Jésus-Christ est là. Si vous avez assez de concentration et de pleine conscience, vous pouvez reconnaître sa présence, et le Saint-Esprit qui l'habite. Il y a une histoire racontée dans le l'Évangile selon Luc, au chapitre 24 : deux personnes marchaient vers le village de Emmaüs, à environ sept miles de Jérusalem, et les deux parlaient en marchant, ils ne faisaient pas la méditation marchée. Ils parlaient de la crucifixion de Jésus, ils parlaient des anges qui avaient enlevé la pierre, ils parlaient de la tombe vide, du corps de Jésus qui n'était pas là. Ils parlaient et parlaient tandis qu'ils marchaient. Ils se dirigeaient vers un village nommé Emmaüs. Et alors Jésus vient, mais ils ne le reconnurent pas. Et Jésus dit : « Chers amis, de quoi parlez-vous ? » Et ils le regardèrent, ne le reconnurent pas, et lui dirent : « Vous devez être la seule personne visitant Jérusalem qui ne sait pas ce qui se passe. » Ils dirent que Jésus n'était pas en pleine conscience, qu'il n'était pas conscient de ce qui se passait à Jérusalem, ce qui était le contraire. Et alors ils continuèrent à marcher. Et cette nuit-là, ils voulaient s'arrêter, et ils proposèrent à Jésus de stopper de marcher et l'invitèrent à aller se reposer avec eux pour la nuit. Et cette nuit-là, ils lui servirent quelque chose à manger, et les deux hommes assis là, en voyant la façon dont Jésus coupait le pain, le reconnurent. Il doit y avoir une façon de couper le pain qui vous aide à reconnaître Jésus comme Jésus. Nous avons vu de nombreux prêtres couper le pain, mais sommes-nous capables de reconnaître la continuation de Jésus en eux ou non ? C'est la question. Donc, avec pleine conscience et concentration, vous devriez être capables de reconnaître le Christ vivant dans l'ici et maintenant, le Bouddha vivant dans l'ici et maintenant. «Seigneur Jésus, je sais que vous êtes là, et je suis très heureux. Seigneur Bouddha, nous savons que vous êtes là, et nous sommes très heureux. Nous voulons être une bonne continuation de vous-même. » C'est le mantra que vous pouvez prononcer ce dimanche de Pâques.


Diligence juste

Mais il y a une dernière chose à finir avec le Noble Sentier Octuple. La diligence juste. Vous pratiquez régulièrement, vous n'abandonnez pas votre pratique, vous continuez votre pratique, et ceci est la façon prescrite par le Bouddha. Comment définir la diligence ? Il y a quatre aspects de la pratique. La pratique de la pleine conscience. Dans notre conscience, il y a un niveau inférieur, où nous pouvons trouver toutes sortes de matériaux. C'est comme le disque dur de votre ordinateur, il y a beaucoup de matériaux stockés dans votre disque dur. Donc au niveau inférieur de notre conscience, il y a beaucoup d'informations, de graines, et ainsi de suite. Et il y a une graine de colère, il y a une graine de désespoir, il y a une graine d'espoir, il y a une graine de bonté aimante. Toutes sortes de graines, positives et négatives. Dans la psychologie bouddhiste, nous parlons de la conscience en termes de graines, de semences, de potentiels. Quand vous arrosez une graine, elle se manifeste. Ces graines, bîja en sanskrit, sont de cinquante et une catégories. Le désir, la colère, l'ignorance, la jalousie, la peur, le désespoir, sont des sortes de graines négatives. La bonté aimante, la compassion, la joie, la non-discrimination, sont quelques unes des graines positives.


Premier aspect

Et le premier aspect de la pratique de la diligence est que nous devrions laisser ces graines dormir silencieusement en bas, ne jamais leur laisser une chance de se manifester en haut au niveau de la conscience mentale. La conscience peut être visualisée comme ayant deux niveaux. En bas, il y a la conscience du tréfonds, avec toutes sortes de graines et d'informations, et en haut, il y a la conscience mentale, équivalente à l'écran de notre ordinateur. Et à chaque fois qu'une graine en bas est touchée, est arrosée, elle se manifestera en haut comme formation mentale. Ce morceau de papier est une formation physique. Cette main est une formation physiologique, et votre colère est une formation mentale. Donc la graine, la semence de colère ici, en rencontrant des conditions favorables, sera capable de se manifester en haut comme formation mentale, et le paysage de l'esprit sera influencé par les formations mentales. Si c'est une graine négative, alors le paysage de l'esprit sera moins beau. Vous souffrez. Et c'est pourquoi la première pratique est d'essayer de garder toutes ces graines négatives dormant silencieusement en bas, ne pas leur donner une chance de monter. Et cela a besoin de votre talent, de votre habileté, en créant l'environnement, parce que l'environnement aura l'effet de d'exciter ces graines négatives. Pensez à votre voisinage, pour voir si c'est un bon environnement. Si dans cet environnement, les personnes sont trop coléreuses, trop désespérées, trop violentes, alors l'environnement touchera et excitera les pires graines en nous.. Et si vous pensez que l'environnement n'est pas bon, vous ne pouvez pas pratiquer le premier aspect de la diligence, alors vous devez évacuer, vous devez sortir et chercher un meilleur environnement, sinon vous et vos enfants seront contaminés, parce que cela contribue à faire se manifester les pires graines, chaque jour, et plusieurs fois. À chaque fois qu'une graine en bas se manifeste, si nous laissons cette formation mentale rester un peu trop longtemps en haut, alors à la base, elle grandira. Mais si nous ne leur avons pas donné une chance, elles dorment silencieusement en bas, et alors elles deviennent plus faibles, et plus faibles, n'ayant pas de chance de se manifester. C'est le premier aspect de la pratique, et vous pouvez aider votre collègue, votre partenaire à pratiquer. Vous signez un traité de pratique avec lui ou elle. Vous dites : « Chéri, tu sais que j'ai ces graines en moi, pas si belles, donc si tu te soucies vraiment de moi, s'il-te-plaît, n'arrose pas les graines de colère, de peur, de jalousie en moi. Si tu le fais, je vais souffrir, et tu devras souffrir avec moi. Alors si tu te soucies de moi, s'il-te-plaît, essaye de ne pas arroser ces graines. Et je promets, chéri, que je ferai la même chose. Je sais que tu as aussi ces graines, et je promets que je ne les arroserai pas dans notre vie quotidienne. » Et vous signez le traité avec lui ou elle. Et non seulement vous et l'autre personne, mais l'environnement. La sorte de programme de télévision que vous regardez, la sorte de film, la sorte de musique, la sorte de conversation que vous avez peuvent être capable de d'exciter ces énergies qui sont malsaines, et c'est pourquoi nous avons besoin du Cinquième Entraînement à la Pleine Conscience à propos de la consommation en pleine conscience, afin de nous protéger, de ne pas laisser à ces graines négatives une chance de se manifester.


Deuxième aspect

Le deuxième aspect de la diligence est que si une graine négative s'est déjà manifestée, faites quelque chose, essayez de faire quelque chose afin de lui donner une chance de rentrer, de redescendre aussi vite que possible. Vous ne devez pas réprimer, vous ne devez pas combattre, mais il y a des moyens habiles à utiliser afin de les inviter de retour en bas avec non-violence, et une des meilleures façons est d'inviter une bonne graine ici à monter. C'est comme si vous aviez des CD de bonne musique, et des CD de musique qui ne sont pas tellement bien. Alors quand un mauvais morceau de musique est là, ne le laissez pas continuer, nous pouvons changer le CD, nous pouvons demander à de la bonne musique de monter pour le remplacer, et vous avez beaucoup de bonnes choses en bas. Vous y avez beaucoup de bon CD, heureusement : la graine, la semence, de compréhension, la semence d'amour, de compassion, de pardon, chacun de nous les avons. Donc nous devons apprendre à les inviter à se manifester, et quand elles se sont manifestées, les autres graines redescendront. Ce sont les enseignements du Bouddha. C'est un art, la pratique est un art.


Troisième aspect

Et le troisième aspect de la pratique est de faire quelque chose pour donner une chance aux bonnes choses en bas de se manifester. La graine de pensée juste, la graine de compassion, la graine de parole juste, invitez-les à monter, accueillez-les. Et quand elles montent comme ça, le paysage de votre conscience mentale sera beau.


Quatrième aspect

Et le quatrième aspect de la pratique est d'essayer de garder aussi longtemps que possible les belles graines qui se sont manifestées en haut, parce que si vous les laissez longtemps en haut, en bas, elles continueront à grandir. Et c'est ce que nous appelons la transformation à la base. Rendre les graines négatives de plus en plus faibles, et rendre les graines positives de plus en plus fortes. Et c'est pourquoi le pratiquant est comme un jardinier. Donc ceci est le chemin de pratique recommandé par le Bouddha, le Noble Sentier Octuple comprenant la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l'action juste, les moyens d'existence justes, la diligence juste, la pleine conscience juste, la concentration juste, la pleine conscience juste, qui apporteront la vision profonde de l'inter-être. Et nous nous souvenons aussi que la pleine conscience et la concentration peuvent être présentes dans chaque pratique, et ceci est un expression très concrète de la pratique de la pleine conscience menant à la joie, menant à la libération, menant au vrai bonheur.


(cloche)

L'Étranger

Le Quatrième Entraînement à la Pleine Conscience et le Cinquième Entraînement à la Pleine Conscience sont de vraies pratique de pleine conscience, et elles reflètent les enseignements du Bouddha sur le Noble Sentier Octuple. C'est un très beau chemin à prendre, pour créer le bonheur et pour guérir, et pour transformer la souffrance. Le romancier français Albert Camus a écrit un roman nommé « L'étranger », et il a parlé du moment de conscience, du moment de pleine conscience. Il décrit les personnes comme n'étant pas très vivantes. Il y avait une personne qui allait bientôt exécutée, parce qu'elle avait tué quelqu'un, et il y avait un prêtre catholique essayant de venir pour l'aider dans les derniers de sa vie, mais il refusa rencontrer le prêtre, il ne pensait pas que le prêtre pouvait l'aider. Quelques heures avant, il était allongé dans sa cellule et regardait en haut, et il y avait une lucarne, et par la lucarne il vit un morceau de ciel bleu, et il eut soudain l'impression que c'était la première fois de sa vie qu'il voyait le ciel bleu. Il avait environ vingt quatre ou vingt cinq ans, et pourtant il dit que c'était la première fois qu'il voyait le ciel bleu. Ce n'est pas possible. Une personne de vingt cinq ans qui voit le ciel bleu pour la première fois, ce n'est pas possible. Mais c'est ce qu'il a dit, peut-être que parce qu'il était sur le point d'être exécuté, il essayait d'entrer en contact profondément avec ce qui est là, et là un flash de pleine conscience vint, et c'est pourquoi il reconnut le ciel bleu comme quelque chose de tellement merveilleux : le Royaume de Dieu, la Terre Pure du Bouddha, le Mystère de la Vie. Et c'est pourquoi il refusa la visite du prêtre. Il décrivit le prêtre comme vivant comme une personne morte, il ne croyait pas que le prêtre avait cette vision profonde en lui, et qu'il ne pouvait pas l'aider. Alors le jour du dimanche de Pâques, cela pourrait être utile pour nous de réfléchir un petit peu sur l'idée de la résurrection. Quand nous faisons la méditation marchée, nous pouvons remarquer qu'autour de nous les personnes marchent de telle façon qu'elles ne semblent pas prouver qu'elles sont vivantes. Elles marchent, mais elles ne savent pas qu'elles marchent. Elles ne sont pas vivantes, elle portent leur corps mort et circulent autour de vous. Et elles ont besoin d'un flash de pleine conscience afin d'être ressuscitées. Elles ont besoin de seulement porter leur attention sur leur inspiration et d'inspirer, et elles deviennent vivantes, elles deviennent réelles dans l'ici et maintenant. Donc la pratique de la pleine conscience de la respiration, de la marche, peuvent aider à nous ressusciter à n'importe quel moment. Nous devenons vivants de nouveau à chaque fois que la pleine conscience commence à nous habiter. Et la pleine conscience, comme je la vois, est le Saint-Esprit. Quand vous êtes habité par le Saint-Esprit, vous êtes vivant, vous êtes vraiment là, et vous avez le pouvoir de guérir. Et c'est pourquoi la pratique de la pleine conscience nous aidera à devenir vivant encore et encore, à chaque fois que nous la mettons en pratique. Donc aujourd'hui, nous ferons la méditation marchée dans cet esprit, et nous sentirons que Jésus-Christ marche avec nous, et nous le reconnaîtrons en nous et autour de nous.


(cloche)


Creative Commons License fleursdudharma.com

Enseignement donné le 8 avril 2012 en anglais,
traduit et transcrit par Pháp Thân