Flâner dans la Dimension Ultime (2ème partie)

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La faim est la maladie la plus insupportable,
La formation mentale est ce qui cause le plus de souffrance,
En observant la réalité, on réalise que le nirvana est le plaisir le plus grand.


Dans la vie, peu de personnes ont la chance d'aller dans le bon chemin,
En revanche, beaucoup prennent la mauvaise voie,
Il suffit d'observer la vérité pour réaliser que le nirvana est le lieu le plus sûr.


Nous renaissons dans les cieux parce que nous avons semé de bonnes graines,
Et nous tombons dans les royaumes des ténèbres à cause de nos mauvaises graines.
Le nirvana est de même, il est le fruit des graines de notre pratique comme causes et conditions.


Les cerfs prennent refuge dans la campagne, et les oiseaux dans le ciel,
Les phénomènes se manifestent à partir de la discrimination,
Et les grands êtres prennent refuge dans le nirvana pour vivre librement.


La non-poursuite signifie voir le non-avant, le non-après,
Le non-être et le non-non-être, ce qui est également l'inconcevable.


(cloche)

Chère Sangha, nous sommes le 1er Juillet de l'an 2010, nous sommes dans la salle de méditation de l'Assemblée des Étoiles, du monastère Nectar du Dharma au Hameau du Bas, et dans une semaine nous allons commencer la retraite d'été. Aujourd'hui nous allons continuer avec le sutra 'Flâner dans la Dimension Ultime'.


Quatrième verset:

Dans la vie, peu de personnes ont la chance d'aller dans le bon chemin,
En revanche, beaucoup prennent la mauvaise voie,
Il suffit d'observer la vérité pour réaliser que le nirvana est le lieu le plus sûr.


Les personnes qui vont sur la mauvaise voie sont la majorité, elles sont nombreuses. Le chemin, en sanscrit marga. Dans les enseignements des Quatre Nobles Vérités, le bon chemin est la quatrième vérité. Alors le bon chemin ici signifie la quatrième vérité, c'est à dire le Noble Chemin Octuple, il faut comprendre comme ça. La première vérité est la souffrance, la deuxième est la cause de la souffrance. La deuxième vérité est la cause de la souffrance, et c'est aussi un chemin, mais ce n'est pas le bon chemin, c'est le mauvais chemin. En sanscrit, dukkha est la souffrance, samudaya la cause de la souffrance, nirodha est la cessation de la souffrance, et marga le chemin. Et le chemin ici est le bon chemin, c'est à dire le Noble Chemin Octuple, mais samudaya est la racine de la souffrance, la cause de la souffrance, ou bien le chemin menant à la souffrance. Donc samudaya est aussi une sorte de chemin, mais ce n'est pas le bon chemin, c'est le mauvais chemin, c'est l'Ignoble Chemin Octuple, et peu de personnes vont sur le Noble Chemin Octuple, alors que beaucoup vont sur le mauvais chemin, et il faut comprendre comme cela, il faut comprendre que peu de personnes vont sur le Noble Chemin Octuple, et la majorité vont sur l'Ignoble Chemin Octuple. Il faut comprendre comme ça, parce que sinon, il n'y a rien de particulier si on dit que peu de personnes vont sur le bon chemin et beaucoup vont sur le mauvais chemin. Et puis on parle de la vérité. Quelle vérité? Alors ici c'est très clair, ce sont les Quatre Nobles Vérités. Donc il y a le Noble Chemin Octuple et l'Ignoble Chemin Octuple. Le Noble Chemin Octuple mène à l'extinction de la souffrance, c'est à dire au nirvana, au bonheur, et l'Ignoble Chemin mène à la souffrance, à la naissance et à la mort. Alors cette phrase, en observant la vérité, cette ligne est très claire, quand on apprend, quand on étudie un sutra, il faut étudier comme ça, en regardant la vérité à travers les Quatre Nobles Vérités. Alors, la vérité, ici c'est les Quatre Nobles Vérités, on regarde la vérité à travers ça. La vérité, c'est que peu de personnes vont sur le Noble Chemin Octuple, et beaucoup vont sut l'Ignoble Chemin Octuple. Et la troisième chose est que le nirvana est ce qui est de plus sûr, la sécurité la plus grande, on voit donc trois choses. Lorsque nous lisons ce sutra, nous voyons que ces trois lignes n'ont rien de spécial. Dans la vie, peu de personnes vont sur le bon chemin, et beaucoup de personnes vont sur le mauvais chemin, alors il n'y a rien d'étonnant, et en observant la vérité, on comprend que le nirvana est le lieu de plus sûr, rien de spécial, mais en regardant profondément, on voit que ces lignes sont basées sur les enseignements de base. En regardant les Quatre Nobles Vérités, on voit que peu de personnes vont sur le Noble Chemin Octuple, et beaucoup vont sur le chemin contraire, et peu de personnes voient que le nirvana est le lieu le plus sûr. Sûr, ici, cela veut dire la sécurité, on n'a plus peur de rien, mais on peut comprendre ce mot lorsque nous le comparons avec le deuxième et le troisième verset:


Le nirvana est le bonheur le plus élevé


et le troisième: le nirvana est le plaisir le plus grand


Le plaisir, c'est à dire le bonheur. Le nirvana est le bonheur le plus grand, ce qui est opposé à la souffrance. Il faut toujours retourner au texte chinois. La deuxième ligne 'c'est bonheur suprême'. Ensuite, dans le troisième verset, le nirvana est le bonheur le plus grand. C'est pour cela que dans les deux versets précédents, le nirvana est décrit comme le bonheur, et dans ce verset, le bonheur est décrit comme quelque chose de sûr, la sécurité. Alors, si nous voulons chercher la sécurité, il faut chercher le nirvana.


Cinquième verset:

Nous renaissons dans les cieux parce que nous avons semé de bonnes graines,
Et nous tombons dans les royaumes des ténèbres à cause de nos mauvaises graines.
Le nirvana est de même, il est le fruit des graines de notre pratique comme causes et conditions.


Dans l'original en chinois, il n'y a pas le mot 'cieux'. Avec des causes, avec de bonnes pratiques, nous renaissons dans le meilleur monde, par exemple, le Village des Pruniers est un bon environnement. Peut-être que dans le passé nous avons fait de bonnes actions, et que c'est pour cela que nous sommes ici. Le Village des Pruniers est un beau monde, ce n'est pas nécessairement dans les nuages que l'on trouve les beaux mondes, il faut comprendre comme cela. Ce n'est pas par hasard que nous renaissons dans un beau monde, mais grâce aux bonnes graines que nous avons accumulées dans le passé. Et c'est pour cela que l'on traduit par 'les cieux', mais les cieux se trouvent aussi sur terre. Si nous renaissons dans les cieux, c'est parce que nous avons semé de bonnes graines dans le passé. Et s'ils y en a qui tombent dans les royaumes des ténèbres, c'est qu'ils vivent dans le paradis et vont retomber dans le monde de la souffrance, parce qu'ils ne pratiquent pas. Lorsque nous tombons dans les royaumes des ténèbres, c'est à cause de nos mauvaises graines. Quand nous vivons dans le paradis, nous n'avons pas la capacité de reconnaître le bonheur, nous ne pratiquons pas les préceptes, nous les prenons à la légère, et tout ça nous fait chuter dans le mauvais monde, et ce mauvais monde se trouve ici, pas ailleurs. Donc ces deux lignes confirment que rien ne se passe par hasard. Si nous sommes dans un beau monde, c'est grâce à nos bonnes graines, et si nous tombons dans le monde de la souffrance, c'est à cause aussi de nos graines, et le nirvana est pareil, c'est le fruit des graines de notre pratique, c'est à cause des causes et conditions. Nous avons fait quelque chose pour avoir le nirvana, il y a les causes et les conditions, c'est pareil. À cause des causes et des conditions et de la pratique, il y a le nirvana. C'est comme dans le cas de la renaissance dans les cieux ou dans le monde des ténèbres, c'est pareil, le nirvana est pareil. Ce qu'il faut bien comprendre dans ce verset, c'est que le nirvana n'est pas quelque chose qui est créé, mais que c'est une chose inconditionnée. Le nirvana n'est pas une formation, samskara en sanscrit. Ce n'est pas un dharma conditionné, c'est une chose inconditionnée. Le nirvana n'est pas fait du rassemblement, de la réunion des causes. Tout ce qui est fait à partir du rassemblement des causes est une chose conditionnée, mais le nirvana est différent, c'est pour cela qu'il faut comprendre que celle ligne ne signifie pas que les causes et les conditions font le nirvana, mais c'est le fruit de notre pratique, parce que le nirvana existe déjà, il est déjà là, et si nous pratiquons, nous pouvons en profiter. Il faut comprendre ça. Si nous disons que le nirvana est comme le monde formé par les causes et les conditions, alors le nirvana dans ce cas est une chose conditionnée, mais ce n'est pas le cas. Grâce à ça nous pouvons profiter du nirvana. Voici une très belle image comme exemple: à quatre heures du matin, au Hameau du Haut, le ciel est très clair, très beau, et les étoiles, la lune, sont très claires dans le ciel, le ciel est parfumé, et nous, nous sommes bien couvert, nous sommes dans notre lit, et puis nous nous levons, nous sortons. La nature à l'extérieur représente le nirvana, mais si nous restons couchés au lit, alors nous ne pouvons pas profiter de toute cette belle nature, et quand la cloche sonne, et que notre frère nous tire du lit, nous sortons. Donc le nirvana est toujours là, à l'extérieur, mais si nous nous habillons et sortons de notre chambre, alors nous pouvons entrer en contact avec toute cette beauté. Alors ces causes ne font pas le nirvana, mais ces causes nous aident à profiter du nirvana. Le nirvana est une chose inconditionnée. Il y a des écoles qui disent que seul le nirvana est inconditionné, et Thay suit cela: toutes choses sont conditionnées sauf une, c'est le nirvana. Cette ligne peut causer des malentendus. Non, le nirvana ne se manifeste pas à cause des causes et des conditions, le nirvana transcende les causes et les conditions, c'est une chose inconditionnée.


Nous renaissons dans les cieux parce que nous avons semé de bonnes graines,
Et nous tombons dans les royaumes des ténèbres à cause de nos mauvaises graines.
Le nirvana est de même, il est le fruit des graines de notre pratique comme causes et conditions.


Le nirvana est toujours là dans le moment présent. Pendant un dialogue avec des chrétiens, nous pouvons leur dire que le Royaume de Dieu est ici et maintenant, est maintenant ou jamais. C'est pareil que lorsque nous disons que la beauté est toujours là, que si nous voulons en profiter, nous n'avons qu'à sortir de notre chambre. Il faut sortir maintenant pour en profiter. Et c'est ça, il existe déjà, il est là, la question est 'Est-ce que nous le voulons ou pas, est-ce que nous avons la capacité d'en profiter ou pas?' Le bonheur est vrai, il est là, et la question est de savoir si nous avons la capacité d'en profiter.


Sixième verset:

Et nous arrivons au sixième verset, un très beau verset de ce soutra:


Les cerfs prennent refuge dans la campagne, et les oiseaux dans le ciel,
Les phénomènes se manifestent à partir de la discrimination,
Et les grands êtres prennent refuge dans le nirvana pour vivre librement.


Ce verset est très beau, comme un poème. S'il n'y a pas la campagne, les cerfs ne sont pas heureux. S'ils sont emprisonnés, s'ils vivent dans le zoo ou dans des cages, ils ne sont pas heureux, ils sont heureux seulement à la campagne. Et dans le canon pali, il y a un sutra très court qui parle des cerfs, alors nous allons lire ce court sutra.


'En ce temps là, il y avait beaucoup de bhikhkus qui passaient leur retraite de trois mois dans la forêt de Koshala, et après avoir fini leur retraite de trois mois, ils ont quitté la forêt pour continuer leur voyage. Un dieu de cette forêt était très triste, et il se plaignait quand il ne voyait plus ces bhikkhus dans la forêt, et il a dit ceci: 'Aujourd'hui, dans mon coeur, il y a un grand vide, il est sans joie, sans bonheur. Les sièges d'autrefois, maintenant, sont vides, il n'y a plus personne. Ces grands êtres qui enseignaient si bien, les disciples du Bouddha, où sont-ils maintenant? Après la retraite de trois mois ils sont tous partis et la forêt est vide.' Ce dieu pleure, et en l'entendant, un autre dieu lui a répondu: 'Où sont-ils? Ils sont allés à Magada, ils sont allés à Koshala, et d'autres sont allés à Vagga, comme les cerfs libérés des pièges'


Ils voyagent partout, c'est ça la vie des moines et des moniales, libres comme des cerfs libérés des pièges, et qui voyagent partout, qui sautent et qui courent partout, c'est ça la vie des moines et des moniales, ils sont très libres. Alors les cerfs n'aiment pas être emprisonnés, ils aiment vivre à la campagne.


Les cerfs prennent refuge dans la campagne, ou vivent à la campagne, les oiseaux dans le ciel, dans l'espace. S'il n'y a pas l'espace, les oiseaux ne peuvent pas être heureux. Il suffit de les regarder s'envoler très haut dans le ciel pour voir combien ils sont heureux, et les cerfs sont pareils, ils ont leur lieu de bonheur. Et ces mots: 'les phénomènes se manifestent à partir de la discrimination', c'est tout un sujet, c'est tout un thème.


(cloche)

Les phénomènes se manifestent à partir de la discrimination, et ce mot discrimination traduit le mot 'vikalpa'. Parfois on traduit vikalpa comme conscience. Notre conscience fait la discrimination, notre mental fait la discrimination. La manifestation de la conscience est la discrimination, parce que quand la conscience se manifeste, elle devient la discrimination, c'est à dire vikalpa ici, en principe il faut traduire comme ça: la manifestation de la conscience signifie la discrimination. Et il y a deux discriminations: l'objet de la discrimination et le sujet de la discrimination, mais on peut mal comprendre, on peut comprendre que l'objet et le sujet sont deux choses séparées. Si vous avez été à l'institut, en Allemagne, souvenez-vous, dans un enseignement, Thay a utilisé une pièce de deux euros, et Thay a donné cette pièce à un vénérable. Il y a pile et face, mais les deux côtés sont fait de la même matière, le métal. La conscience est comme la matière, et les côtés pile et face de cette pièce sont comme la manifestation, c'est à dire que la conscience est le métal, et quand elle se manifeste, elle devient pile et face, pile et face de la pièce d'euro. Il faut donc traduire que la manifestation de la conscience est la discrimination. Alors cette ligne est très profonde, très merveilleuse, on ne connaît pas la nature propre des choses, la vraie nature des choses. Ce que nous percevons avec notre mental, c'est seulement vikalpa, la discrimination, comme les arbres et la lumière du soleil, tout cela sont des manifestations de la conscience. La conscience perçoit comme cela, mais ce n'est pas sûr que ces choses soient comme ça, c'est la discrimination, c'est vikalpa. La conscience perçoit comme ça, mais la chose n'est pas telle qu'elle est perçue. Quand on regarde une personne, on croit qu'on la comprend, mais en fait ce qu'on comprend c'est notre propre perception. Et c'est pareil pour le soleil, on croit qu'on sait ce qu'est le soleil, mais en fait c'est simplement notre construction mentale. Et avec les hommes de science de la physique quantique, c'est la même chose: ils cherchent à tout prix à voir la nature des quanta, mais peuvent-ils à la nature à svabhava, à la vraie nature? Dans le bouddhisme, la réponse est non, parce que si nous utilisons la conscience de la discrimination, alors ce que nous voyons est notre conscience et pas la réalité, parce que ce quanta dépend de notre conscience que prendre la forme. Parfois, il se manifeste comme une onde, parfois il se manifeste comme une particule, cela dépend de notre conscience, cela dépend de la forme de notre question pour qu'il se manifeste, alors qu'il soit onde ou particule, on ne sait pas. Les choses se manifestent à cause de la discrimination. Alors les hommes de science devraient étudier cette ligne merveilleuse: 'Les choses se manifestent à partir de notre conscience'. La croyance que notre conscience et la chose observée sont deux choses séparées est l'erreur de base. C'est pour cela que cette ligne est très profonde, 'Les phénomènes se manifestent à partir de la discrimination'. Les phénomènes prennent refuge dans la discrimination pour se manifester et les grands êtres prennent refuge dans le nirvana pour vivre librement. Alors le domaine des choses, c'est la conscience, la maison des choses, des phénomènes, c'est la conscience, comme le foyer des cerfs est la campagne, et le foyer des oiseaux est l'espace, le ciel. Le foyer des phénomènes est la conscience, la conscience contient tout. Et quel est le foyer des pratiquants? Les êtres vrais, ceux qui veulent vivre en vérité avec eux-même, qui veulent mener une vie vraie. C'est un très beau terme. L'être vrai, l'homme vrai, c'est un beau terme du taoïsme et du confucianisme. Et des maîtres ont été très courageux, ils ont utilisé le vocabulaire du taoïsme et du confucianisme pour traduire les sutra, c'est pour ça qu'il y a le mot 'l'homme vrai', et notre patriarche 'l'homme vrai n'a pas de place', de location, et un pratiquant est un homme vrai qui vit avec honnêteté, qui ne porte pas de masque, et le foyer pour ces grands êtres est le nirvana. Si les cerfs ont leur lieu de bonheur qui est la campagne et les oiseaux ont leur lieu de bonheur qui est l'espace, alors les pratiquants ont leur lieu de bonheur qui est le nirvana et qui est déjà là. Le nirvana est déjà là, nous sommes dans le nirvana. Au Village des Pruniers, nous avons un très bel exemple très simple pour l'illustrer, celui de l'eau et de la vague.: lorsque nous vivons la vie d'une vague, nous traversons des hauts et des bas, nous sommes angoissés, parce que la vague doit monter et descendre, doit traverser la naissance et la mort. La vie d'une vague est difficile, nous pouvons le voir très clairement, mais lorsque la vague découvre qu'elle est l'eau, elle s'entraîne à vivre en tant que l'eau. La vague monte et descend, commence et finit, mais l'eau est libre de tout ça, alors le point, la question est: 'La vague peut-elle vivre sa vraie nature qui est l'eau ou bien peut-elle seulement vivre en tant que vague?' Mais elle peut s'entraîner à vivre en tant que l'eau. La vague n'a pas besoin de chercher l'eau parce qu'elle est l'eau, elle est déjà l'eau. C'est un exemple très simple pour nous montrer ce qu'est le nirvana. Si la vague s'établit dans l'eau, elle n'a plus peur, elle vit en sécurité, même si elle monte ou descend, et les concepts de l'être, de non-être, ne peuvent plus l'effrayer. Et nous sommes une vague, mais en même temps nous sommes l'eau, mais la plupart d'entre nous ne peuvent seulement vivre la vie de la vague, et ne peuvent pas vivre la vie de l'eau. Dans le christianisme, nos amis utilisent le terme 'Resting in God', 'se reposer en Dieu', et Dieu, ici, c'est l'eau, si la vague s'appuie sur l'eau, prend refuge dans l'eau, la vague est tranquille, elle n'a plus peur de rien. C'est pour cela que le nirvana est le lieu le plus sûr, et le nirvana peut être traduit comme bonheur, et Dieu peut aussi être traduit comme bonheur, comme sécurité. Un écrivain français a définit Dieu comme bonheur. Beaucoup ont défini Dieu comme Amour, mais cet écrivain français, c'est le premier qui a définit Dieu comme Bonheur, c'est André Gide. Dieu est bonheur. Et lorsque nous disons se reposer en Dieu, nous pouvons sentir que Dieu est la sécurité, lorsque nous prenons refuge en Dieu, et que nous revenons à notre vraie nature, au nirvana, nous n'avons plus peur de rien, une fois que la vague sait qu'elle est l'eau et qu'elle sait vivre sa vie d'eau, elle n'a plus peur de rien, elle est heureuse en montant, en descendant, si elle est haute, si elle est basse, si elle est en haut ou en bas, elle est toujours heureuse. Et c'est ça le nirvana. C'est le contraire des formations, c'est à dire les choses conditionnées. Les grands êtres prennent refuge dans le nirvana, et Thay a rajouté 'pour vivre librement'. Nous avons le droit de rajouter cela parce qu'il y a cette idée dans le sutra. Les cerfs sont libres dans la campagne, les oiseaux sont libres quand ils retournent dans le ciel, et les grands êtres retournent au nirvana, et là ils sont heureux, ils sont libres. Et nous n'avons pas besoin de chercher le nirvana, parce que nous sommes déjà dans le nirvana. C'est comme pour la vague qui n'a pas besoin de chercher l'eau puisqu'elle est l'eau. Cela dépend de nous. Nous sommes vague, nous n'avons pas besoin de détruire la vague, nous vivons toujours dans le monde des choses conditionnées, mais lorsque nous vivons profondément, nous pouvons toucher l'inconditionné et les choses conditionnées ne peuvent plus nous faire souffrir.


Troisième verset:

Retournons au troisième verset, parce que nous n'avons pas encore fini le troisième verset.


La faim est la maladie la plus insupportable,
La formation mentale est ce qui cause le plus de souffrance.


'La faim est la maladie la plus insupportable, la formation mentale est ce qui cause le plus de souffrance', c'est ce qu'il faut regarder plus profondément. Nous avons encore un devoir. Thay a dit que lorsque on pratique à cent pour cent, on ne parle pas en marchant, sauf quand on donne un enseignement du Dharma, et puis après Thay a réfléchi, et a pensé que non, il ne faut pas donner d'exceptions, mais en donnant un discours du Dharma, Thay pratique la même chose. La formation est ce qui cause le plus de souffrance. Ces quatre caractères signifient que les formations causent le plus de souffrance, et ce caractère signifie simplement les choses conditionnées. Pourquoi n'avons-nous pas traduit que ce sont les choses conditionnées qui causent le plus de souffrance, et avons-nous traduit que c'est la formation mentale qui cause le plus de souffrance. Pourquoi? C'est ça notre devoir. Dans les choses conditionnées, il y a la formation physique, la formation mentale, le domaine des choses conditionnées est vaste, et parmi les choses conditionnées, il y a notre corps, notre conscience, et puis d'autres choses comme la nature, les arbres, les nuages, alors donc la formation mentale est juste une fraction, et quand nous traduisons formation mentale, nous prenons seulement une fraction des choses conditionnées. Est-ce que c'est faux, pourquoi ne restons-nous pas fidèles à l'original, en traduisant que ce sont les choses conditionnées qui causent le plus de souffrance. Nous avons traduit que c'est la formation mentale qui cause le plus de souffrance parce qu'il y a un danger lorsque les gens pensent que les choses conditionnées sont quelque chose d'indépendant de la conscience, et que c'est la nature des choses conditionnées de causer la souffrance. Ceci est un malentendu, c'est un très grand malentendu dont peu de personnes échappent: ils pensent que choses conditionnées signifient l'impermanence, le non-soi, et que pour cette raison elles causent la souffrance, que l'impermanence et le non-soi vont en parallèle avec la souffrance, mais la vérité, c'est comme ceci: les choses conditionnées sont impermanentes, mais parce que nous les considérons, nous les voyons comme permanentes, nous souffrons. Les choses conditionnées sont non-soi, nous les percevons comme soi, et c'est pour cela que nous souffrons, et cette souffrance vient de nous-même, et pas des choses conditionnées. Si nous disons que les choses conditionnées causent la souffrance, alors pauvres choses conditionnées! Vous comprenez? Les choses conditionnées sont impermanentes, il n'y a rien de mal, mais parce que nous, nous les croyons permanentes, nous souffrons. Leur nature est impermanente, c'est vrai, mais la souffrance n'appartient pas aux choses conditionnées. Nous souffrons parce que nous avons une perception fausse à propos des choses conditionnées. C'est pour cela que si l'on dit que les choses conditionnées causent la souffrance, c'est vrai, mais ce n'est pas vrai non plus. Les choses conditionnées sont comme ça, mais parce que notre perception est fausse, nous souffrons. C'est pour cela que nous avons traduit par 'la formation mentale est ce qui cause le plus de souffrance', parce que si nous traduisons 'les choses conditionnées sont ce qui cause le plus de souffrance', cela peut causer des malentendus. Dans un sutra, il y a un très bel exemple: un homme a lancé un caillou sur un chien, et le chien a mal, et donc il court derrière le caillou pour aboyer, parce que le chien croit que le caillou est la cause de sa souffrance, mais en réalité, la cause de sa souffrance est l'homme, alors le chien aurait dû courir derrière l'homme pour aboyer, et pourtant il a couru derrière le caillou. Ici, c'est pareil, les choses conditionnées ne nous font pas souffrir, mais nous souffrons parce que nous avons une perception erronée à leur propos. Donc, la racine de la souffrance est notre perception erronée et pas les causes conditionnées. C'est pour cela qu'en traduisant que ce sont les choses conditionnées qui causent le plus de souffrance, cela peut causer des malentendus, et c'est pour cela que Thay a traduit par 'formation mentale' Dans la formation mentale, il y a l'avidité, la colère, l'ignorance, et à cause des perceptions fausses, les choses conditionnées nous font souffrir, mais si nous sommes éveillés, avec la vision profonde, les choses conditionnées ne peuvent pas nous affecter. Donc ceux qui ne comprennent pas peuvent poser la question: 'Pourquoi Thay a t-il traduit comme ça? Dans le sutra il est très clair que ce sont les choses conditionnées qui causent le plus de souffrance', et c'est vrai, mais Thay a traduit comme 'formation mentale', mais la formation mentale est une petite partie des choses conditionnées.' Formation inclut formation mentale, formation physique, et puis d'autres choses, et on a traduit ici comme 'formation mentale'. Il faut être très habile, il ne faut pas rester emprisonné dans des mots. Lorsque nous avons appris la ligne 'les phénomènes se manifestent à partir de la discrimination', nous comprenons alors clairement que cette phrase parle des perceptions.


Les cerfs prennent refuge dans la campagne, et les oiseaux dans le ciel,
Les phénomènes se manifestent à partir de la discrimination,
Et les grands êtres prennent refuge dans le nirvana pour vivre librement.


Si vous êtes musicien, faites une chanson avec ce verset qui est très beau.


Septième verset:

Essayons de continuer avec un autre verset:


La non-poursuite signifie voir le non-avant, le non-après,
Le non-être et le non-non-être, ce qui est également l'inconcevable.


Ce sont des pièces de musique jouées pas nos patriarches. Ces pièces de musique se trouvent déjà dans beaucoup de sutra et nos patriarches les ont jouées. C'est comme notre grand frère qui nous dit: 'Il fait très beau à l'extérieur, il faut sortir du lit', et lorsque nous écoutons notre grand frère, nous sortons du lit et nous pouvons profiter de toute cette beauté. Les patriarches jouent le rôle du grand frère pour nous aider à profiter du grand bonheur du nirvana. Le nirvana est là, on a pas besoin de le chercher. C'est un verset difficile. Thay a fait beaucoup d'efforts pour traduire ce verset. Et ainsi nous pouvons traduire 'Il n'y a ni commencement, ni non-commencement'. Si vous êtes astrologue, et que vous croyez au Big-Bang, alors il faut lire ce sutra. Selon le principe du Big-Bang, il y a un commencement, et avant le commencement, avant le Big-Bang, il n'y avait rien. L'espace et le temps se manifestent après ce Big-Bang, et il y en a qui demandent: 'Qu'y avait-il avant le Big-Bang?' et ils sont donc liés aux concepts de commencement et de non-commencement. Il y a un commencement, cela peut être faux. Il n'y a pas de commencement, cela peut être faux aussi, parce que tout cela, ce sont des concepts, des idées. Dans le christianisme, il y a aussi l'idée de la création de l'univers: au début, il n'y avait rien et puis Dieu a tout créé, et donc il y a aussi un commencement, mais avant cette création, qu'y avait-il? Est-il possible que l'être vienne du non-être? À partir du non-être, cela devient être, est-ce possible? Avant l'être, y a t-il un non-être? C'est une grande question, et en ce qui concerne le nirvana, nous ne pouvons pas réfléchir, penser en termes d'être et non-être. Dire que le nirvana est l'être, c'est faux. Dire que le nirvana est le non-être, c'est faux aussi, parce que le nirvana est l'extinction de tout concept. Et si on va profondément dans la théologie, il est faux aussi de dire que Dieu est être ou non-être, parce que tout ça, ce sont des concepts dans notre tête, et cela ne s'applique pas à la réalité merveilleuse. Et pour nous entraîner, nous pouvons utiliser la pratique de la vague qui revient à l'eau. Une fois que la vague revient à l'eau, elle est en sécurité, elle est heureuse, et c'est la pratique aussi de nous tous, des grands êtres, la pratique des grands êtres. Être, et ne pas être, ce n'est pas la question. Ce n'est pas la question de savoir comment sont le commencement et le non-commencement, ce n'est pas la question. L'être ou le non-être, ce n'est pas la question, le nirvana transcende tous les concepts de commencement, de non-commencement, d'être, de non-être. Si vous traduisez des sutra, il faut faire des notes de bas de page, 'dans tel ou tel texte, c'est écrit comme ça, et dans d'autres textes, c'est écrit autrement'. On parle de l'insaisissable. Le printemps est là, nous essayons de le saisir, de saisir le printemps ou un coup de vent, mais non, on ne le peut pas. Est-ce qu'on peut enfermer ce coup de vent dans notre caisse? C'est pareil pour la personne que nous aimons, nous croyons que nous pouvons la saisir. Non, ce n'est pas vrai. Il est insaisissable, elle est insaisissable, vous ne pouvez pas le saisir ou la saisir. C'est ça, l'insaisissable. Les hommes de sciences cherchent à saisir le quanta avec leur esprit, sans savoir que la nature du quantum est insaisissable. Et tout est insaisissable. Le concept de Dieu, le concept de nirvana, il est impossible de les saisir en utilisant les catégories mentales, c'est impossible, c'est comme Dieu, vous ne pouvez pas saisir Dieu, c'est pour cela que l'insaisissable est une caractéristique du nirvana. Nous ne pouvons que chanter le nirvana, ce sutra est une chanson, une pièce de musique qui nous aide à nous approcher du nirvana. L'insaisissable ne signifie pas que ça n'existe pas, comme le vent du printemps ou la lumière du soleil, ça existe mais on ne peut pas les saisir avec nos cinq doigts. Et inconcevable. Ce caractère signifie penser, concevoir, vous ne pouvez pas concevoir, vous ne pouvez pas penser, ou saisir avec votre mental, avec vos catégories mentales l'inconcevable. Nous ne pouvons pas saisir avec notre mental. Il faut voir en premier lieu ce sutra comme une chanson, un poème, et il nous faut pas nous emprisonner dans cette chanson, ce poème. Le pire est de nous emprisonner dans des idées, dans des concepts, mais si nous avons de la chance, grâce à cette chanson, à ce poème, nous pouvons nous rapprocher du nirvana qui est déjà là. Le nirvana, comme Dieu, est maintenant ou jamais. Voir le non-avant, le non-après, le non-être et le non-non-être, alors c'est l'insaisissable, ce qui est également l'inconcevable. Nous avons encore un autre enseignement avant la retraite d'été. On ne pourra sûrement pas finir tout le sutra, mais on continuera, et une fois que vous aurez traduit en français ou en anglais, il faudra retraduire après avoir écouté ces enseignements pour que cela corresponde bien à la pensée du Bouddha.


(cloche)


Enseignement donné le 1er Juillet 2010 en vietnamien,
transcrit par Pháp Thân d'après la traduction française.