Samskâras – Formations mentales

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'Le soleil de mon coeur' et les palmiers

Chère Sangha, vous pouvez réaliser que vous êtes assis auprès de quatre palmiers, et je me souviens très bien du jour où nous avons planté ces quatre palmiers, il y a environ vingt-huit ans. Cette année-là, un enfant naquit en France d'une famille de réfugiés, et il est venu au Village des Pruniers avec ses parents, et son nom est 'Le soleil de mon coeur', et vous savez que 'Le soleil de mon coeur' est le titre d'un des livres de Thay. Alors son père, comme réfugié, lisait le livre, et quand sa femme donna naissance à l'enfant, le nom 'Le soleil de mon coeur' lui fut donné. Et c'était l'hiver, et ils voyagèrent au Village des Pruniers par le train, et le bébé était très petit. Et il n'y avait aucun ciel bleu durant ce mois, et le bébé n'avait pas vraiment ouvert ses yeux, alors il était enveloppé dans des couvertures et on l'apporta au Village des Pruniers, et il resta de nombreux mois au Hameau du Haut. Et un jour, le temps était superbe, le ciel bleu était là, alors Thay suggéra qu'ils sortent le bébé, afin qu'il entre en contact avec le beau temps. Alors c'était la première fois que le bébé fut apporté hors de la chambre, et Thay était là ce matin-là, 'Le soleil de mon coeur' fut apporté au grand air par son grand frère. Et Thay assista à ce moment, le moment même où 'Le soleil de mon coeur' ouvrit ses yeux et entra en contact avec le ciel bleu pour la première fois de sa vie. Cela arriva au Hameau du Bas, Thay vit 'Le soleil de mon coeur' ouvrir ses yeux et entrer en contact avec le ciel bleu pour la première fois. C'est tellement immense, c'est tellement grand pour lui, alors il avait peur, et il était sur le point de pleurer, parce qu'il n'avait jamais vu quelque chose de grand comme ça, d'immense comme ça, et cela a duré seulement une portion d'une seconde. Alors il décida de ne pas pleurer, il s'est réjouit, et nous avons eu une merveilleuse méditation marchée ce jour-là. Et quelques mois plus tard, nous avons planté ces quatre palmiers ici. Et pendant que nos amis plantaient ces arbres, j'ai dit que cet endroit, cette place, serait réservé pour 'Le soleil de mon coeur' pour donner un enseignement du Dharma, quand il atteindrait l'âge de trente ans. Et je pense que de nombreux amis se souviennent de cela, que quand 'Le soleil de mon coeur' atteindra l'âge de trente ans, il sera capable de donner un enseignement du Dharma, et il s'assiéra juste là, et donnera un enseignement du Dharma. Mais il est un peu derrière. Il est devenu un novice il y a seulement un an. Alors il viendra sûrement et donnera un enseignement du Dharma ici. Cela prendra quelques années afin qu'il soit entraîné comme novice, et alors il sera ordonné comme moine. Et je pense que les novices peuvent aussi donner un enseignement du Dharma, comme une personne laïque peut aussi donner un enseignement du Dharma, il n'attend pas. Donc aujourd'hui je donne un enseignement du Dharma pour lui, pour 'Le soleil de mon coeur.' Donc l'idée qu'un jour, cet espace, parmi les quatre palmiers, deviendra une salle de Dharma, est devenue une réalité. C'est la première fois que nous tenons un enseignement du Dharma ici. 'Le soleil de mon coeur' pratique comme novice dans un temple à Paris. C'est très proche. Et je pense que son français est meilleur que son vietnamien.


Chère Sangha, aujourd'hui, nous sommes le 19 Mars de l'année 2009, nous sommes au Hameau du Haut, à la salle de Dharma Nuages du Dharma, pendant la retraite de printemps. Aujourd'hui, nous avons l'enseignement du Dharma en plein air. Et Thay donne un enseignement du Dharma à la place de 'Le soleil de mon coeur.'


Samskâras – Formations mentales

Dans le bouddhisme, nous avons le terme samskâra, qui est un terme technique dans le bouddhisme. Cela signifie formations. Et il est dit que toutes les formations sont impermanentes. Tout est une formation, comme une fleur. Une fleur est une formation, est un samskâra. Toutes les formations sont impermanentes. Et la fleur est une sorte de formation physique. Quand nous parlons de notre coeur, c'est aussi une formation, mais c'est une formation physiologique. Et le coeur est aussi impermanent, comme la fleur. Tout est impermanent. Et nos soucis, nos peurs, sont aussi des formations, des formations mentales. Et les formations mentales sont aussi impermanentes. Elles ne durent pas, elles doivent mourir un jour, afin de renaître encore, et de mourir encore. Et dans la tradition du Village des Pruniers, nous apprenons les cinquante et une formations mentales que nous devons reconnaître à chaque fois qu'elles se manifestent. Un bon pratiquant devrait reconnaître une formation mentale à chaque fois qu'elle se manifeste. C'est comme quand vous étudiez la pharmacie, vous devez apprendre les herbes médicinales, vous devez savoir par coeur le nom de nombreuses herbes médicinales, vous devez les reconnaître, vous devez être capables de les appeler par leur nom. Donc l'entraînement, dans la tradition bouddhiste, est beaucoup comme la pharmacie. À chaque fois qu'une formation mentale se manifeste, vous devriez être capable de reconnaître et d'appeler la formation mentale par son propre nom. C'est très utile. Et comme moine novice, je devais mémoriser toutes les cinquante et une formations mentales, et j'ai appris le contenu, la nature de chaque formation mentale. Il a de bonnes, positives formations mentales, et il y a des formations mentales négatives devant être reconnues. Mais elles sont toujours là en nous, les bonnes, les négatives, et les indéfinies. Il y a des formations mentales qui peuvent être soit bonnes, ou non-bonnes, cela dépend. Comme la formation mentale appelée 'penser.' Penser peut être mal, mais cela peut être bien. C'est comme le regret. Regretter peut être bien. Mais si nous le laissons devenir un complexe de culpabilité, c'est mauvais. Donc il y a des formations mentales qui ne sont ni bonnes, ni mauvaises, cela dépend de la situation. Si vous voulez apprendre, savoir plus à propos de ces formations mentales, nous les avons dans de nombreux livres, et dans de nombreux enseignements du Dharma du Village des Pruniers. Nous avons offert de nombreux cours sur la psychologie bouddhique, et ainsi de suite, où dans ces enseignements du Dharma, les formations mentales sont mentionnées. Parce que si nous savons, nous deviendront accoutumés à ces formations mentales. Nous les comprendrons bien, et alors nous pourrons mieux pratiquer. Nous savons comment elles fonctionnent. Et la méthode est de les reconnaître aussitôt qu'elles se manifestent. Seulement les reconnaître, et ne pas essayer de s'y accrocher, ou de les repousser. Ne pas essayer de s'y accrocher si elles sont agréables, et ne pas essayer de les repousser si elles sont désagréables, et c'est la pratique appelée 'simple reconnaissance.' Simple reconnaissance des formations mentales. Et en inspirant et en inspirant, nous devrions être capable de reconnaître les formations mentales qui sont en nous, et de leur sourire affectueusement, sans avoir l'intention de les garder, de s'y accrocher, ou de s'enfuir d'elles ou les supprimer. Simple attention.


(cloche)

Prajna, avidyâ

Il y a une merveilleuse formation mentale, son nom est 'prajna'. Chacun de nous a cette formation mentale, c'est la formation mentale nommée 'vision profonde', ou compréhension, sagesse. Vous pouvez le traduire de différentes façons, mais sa nature est sagesse, vision profonde, compréhension. Et il y a aussi son opposé en nous, qui est la formation nommée 'avidyâ', ignorance, illusion, nous avons les deux. La formation mentale nommée illusion, ignorance, avidyâ, et aussi la formation mentale nommée vision profonde, prajna, compréhension. Et elles coexistent paisiblement en nous, notre ignorance et notre vision profonde. La formation mentale nommée prajna est premièrement la compréhension, la vision profonde à propos de notre propre souffrance, et de la souffrance des autres personnes. Vous pouvez dire que la compréhension, la vision profonde est plus que cela, mais dans le contexte bouddhiste, cela commence toujours par cette compréhension. La vision profonde est en premier lieu la compréhension et la vision profonde à propos de la douleur, la souffrance, les difficultés qui sont en nous et qui sont dans les autres êtres vivants. Dans le bouddhisme, quand nous parlons de la vérité, nous mentionnons dukkha comme la sorte de vérité que nous devrions comprendre en premier, dukkha signifie mal-être. Il y a le mal-être en moi, il y a le mal-être en vous, et il est très urgent que nous occupions de ce mal-être en nous, afin que nous nous sentions mieux aussi vite que possible. Donc cette sorte de vérité est très importante. Au lieu de se demander la question si le cosmos est fini ou infini, si nous continuons encore après la mort ou pas après la mort, nous posons l'autre question en premier. La souffrance est-elle là ? Quelle est la racine de notre propre souffrance ? Quelle est la racine de la souffrance de l'autre personne ? Le bouddhisme est très pragmatique, et c'est pourquoi le Bouddha, en parlant de la vérité, mentionna la Première Noble Vérité comme dukkha, mal-être. Mal-être, ça ne va pas. Il y a quelque chose en moi qui ne me laisse pas être heureux. Il y a quelque chose en vous qui ne vous laisse pas être heureux. Il y a dukkha, mal-être. Et je dois regarder en elle et l'identifier, et la capacité de la voir et de comprendre ses racines est la vision profonde. Et cette vision profonde en nous est petite ou grande, cela dépend de notre pratique. Méditer est premièrement diriger notre attention vers notre mal-être afin de le reconnaître et de comprendre ses racines, et c'est pourquoi dans le bouddhisme, la Première Noble Vérité est le mal-être, et la Seconde Noble Vérité est la cause du mal-être. Donc quand vous avez la vision profonde du mal-être et de la cause de mal-être, alors vous êtes équipés d'assez de vision profonde, prajna, afin de travailler et de vous transformer et de transformer le monde. Mais la sagesse n'est pas quelque chose qui doit être très spectaculaire, elle peut être très simple.


S'occuper de l'enfant blessé en nous

Supposons qu'un père fasse souffrir son fils, ou qu'une mère fasse souffrir sa fille. Et cela arrive dans notre vie quotidienne. À la fois la mère et la fille souffrent. Mal-être. La souffrance dans la mère, la souffrance dans la fille est là, mal-être. Nous devons la reconnaître comme existante. Le père fait de la vie de son fils un enfer, mais il ne le sait pas. Il n'est pas conscient qui cause beaucoup de souffrance à son fils. Il croit que traiter son fils comme ça le fera se sentir mieux. Il essaie de ventiler sa souffrance, et sa colère hors de lui, et il fait souffrir son fils. Il ne connaît pas un autre moyen de s'occuper de son mal-être. Et quand nous observons, nous voyons qu'il y a la souffrance dans le père, et qu'il y a la souffrance dans le fils. Nous devons reconnaître cela, et nous pouvons regarder profondément afin de voir quelle est la racine de cette souffrance. Pourquoi le père s'est-il comporté comme cela ? Cela ne l'aide pas, cela ne l'a pas aidé, cela n'a pas aidé son fils, mais il a continué de faire cela, et rendre la vie des deux misérable. Veut-il souffrir ? Veut-il que son fils souffre ? Peut-être pas. Mais il souffre quand même, et il fait souffrir son fils quand même. Et ils sont dans un cercle vicieux. Donc avec la pratique de regarder en profondeur, c'est à dire la pratique de la méditation, nous pouvons découvrir. Et au Village des Pruniers, nous avons des exercices qui nous aident à intensifier notre vision profonde, notre formation mentale appelée prajna. 'Inspirant, je me vois comme un enfant de cinq ans. Expirant, je serre mon enfant de cinq ans tendrement. Inspirant, je vois l'enfant de cinq ans en moi très fragile, très vulnérable, très facile à être blessé, et je vois que le petit enfant en moi est encore profondément blessé.' Et au moment où reconnaissez l'enfant blessé en vous, et commencez à le serrer tendrement avec compassion, le processus de guérison commence. Vous avez négligé le petit enfant blessé en vous. Vous êtes tellement occupés, vous voulez faire tellement de choses, vous n'avez pas le temps de retourner en vous et de vous occuper de l'enfant blessé en vous. La plupart d'entre nous ont un enfant blessé en nous. Une petite fille, un petit garçon. Il faut prendre le temps de revenir, de reconnaître que votre petit enfant est encore vivant en vous. Il vous a appelé mais vous avez été tellement occupés, vous n'avez pas le temps pour lui, pour elle, donc juste avoir de temps de s'asseoir et de revenir à votre enfant est très important, reconnaître que l'enfant blessé est encore là, et commencer à lui sourire avec compassion. Et avec ça, votre vision profonde grandit, avec cela, la guérison commence à arriver. Parce que là où il y a vision profonde, il y a guérison. La vérité qui guérit. Et alors vous continuez avec cet exercice. On offre à chaque personne qui vient au Village des Pruniers cette vision profonde. 'Inspirant, je vois mon père comme un enfant de cinq ans.' Peut-être que c'est la première fois que vous visualisez votre père comme un enfant de cinq ans. Vous l'avez seulement comme une personne, un adulte. Mais votre père a été un enfant de cinq ans, et il a pu être très vulnérable, fragile, et profondément blessé comme un enfant de cinq ans. Vous n'avez jamais vu cela, mais c'est peut-être la vérité, et dans de nombreux cas c'est la vérité. Parce que votre grand-père l'a peut être traité comme il vous a traité. Quand nous avons beaucoup de souffrance en nous, et si nous ne savons pas comment nous occuper de la souffrance en nous, nous poursuivons notre souffrance sur l'autre personne, spécialement notre enfant. Nous voulons ventiler notre mal-être, et l'autre personne va la recevoir. Cela a été comme cela pendant plusieurs générations. La continuation de la souffrance. Le grand-père fait souffrir le père. Le père fait souffrir le fils. Le fils fait souffrir le petit-fils, et ainsi de suite. Donc il est très important d'utiliser la prajna, d'inviter prajna à intervenir. L'intervention de prajna dans le processus tout entier. 'Inspirant, je vois mon père comme un petit garçon de cinq ans. Expirant, je lui souris avec compassion.' En fait, ce n'est pas trop difficile de visualiser notre père comme un garçon de cinq ans. Il a été comme ça. Et peut-être que dans l'album de famille, vous pouvez encore le voir comme un garçon de cinq ans. Et si vous passez quelques minutes à le regarder, pour voir que ce garçon de cinq ans était aussi fragile, facile à être blessé, vulnérable, soudainement, la compassion peut s'élever dans votre coeur. Et vous savez que la compassion est très guérissante. La compassion est l'antidote de la colère, de l'aversion. Et c'est la vision profonde, c'est prajna qui fait s'élever la compassion. Qu'est-ce que la compassion ? La compassion est une autre formation mentale qui est en vous. Chacun a une graine de compassion en lui. Et quand vous demandez à la vision profonde d'intervenir, la vision profonde aidera à inviter la compassion à venir, et la situation changera. Il y a une chose que nous pouvons ne pas avoir été capable de voir. Le garçon de cinq ans qui a été notre père est encore dans notre père, vivant. Et notre père n'a pas eu le temps de s'occuper de lui pour la guérison. Mais cet enfant, cet enfant de cinq ans qui est vulnérable, fragile, blessé, n'est pas seulement en lui, mais aussi en nous. Donc au début, nous voyons deux garçons de cinq ans différents. Un de notre père, et un de nous. Nous pensons qu'ils sont deux petits garçons distincts. Mais en fait, notre père nous a transmis ce garçon. Notre père s'est transmis à nous, et notre père est pleinement présent dans chaque cellule de notre corps. Donc l'image du garçon de cinq ans qui a été notre père est en nous. Donc si vous pratiquez profondément, vous voyez que ces deux petits garçons ne sont ni un ni deux garçons différents, et si vous êtes capable de serrer l'un d'eux tendrement avec compassion, vous êtes capables de serrer l'autre aussi. Et si vous êtes capable de serrer ce petit garçon qui a été votre père, alors le processus de guérison viendra très rapidement. Et ceci est possible. Ceci est ce que nous pouvons faire. C'est faisable.


Dans une retraite qui dure cinq ou six jours, vous, enseignant du Dharma, vous devriez offrir des exercices de méditation guidée comme cela. Parce que la retraite de six jours est une opportunité très rare pour les gens. Nous devons arranger pendant une année afin d'être capable de venir à une retraite, et ainsi, en cinq ou six jours, vous devriez vous organiser afin de leur offrir quelques-uns de ces exercices de méditation guidée, afin qu'ils sachent quelle sorte de pratique ils devraient prendre afin de continuer avec leur transformation et guérison. Et il y des pratiques de méditation guidée très basiques que vous devriez leur offrir. Et ainsi, dans chaque retraite de pleine conscience, un jour, un matin, vous devez leur offrir cet exercice, ou d'autres exercices qui sont très cruciaux pour la transformation et la guérison. Comme vous continuez à pratiquer le regard profond, notre vision profonde grandit, et nous savons qu'à chaque fois que nous demandons à la formation mentale de vision profonde à intervenir, elle fera une différence. Si la vision profonde n'intervient pas, la colère, la frustration, et le désespoir est ce avec quoi nous devons finir. Mais avec la vision profonde, nous allons sur un autre chemin. Nous finissons toujours avec le pardon, la compassion, et l'amour. Donc nous devrions toujours inviter la formation mentale appelée prajna à intervenir. Mais il y a une tendance à ne pas inviter en nous, ne pas inviter prajna. Nous avons la formation mentale prajna, mais quelquefois, nous ne voulons pas l'utiliser. Nous savons que nous l'avons, mais nous ne voulons pas l'utiliser. Spécialement quand nous sommes le pouvoir de la passion, ou quelque chose comme ça. 'Oh, je ne veux pas la vision profonde.' Et c'est très humain. Vous savez que si la vision profonde intervient, vous stopperez, mais vous ne voulez pas stopper, donc vous ne voulez pas inviter la vision profonde, vous ne voulez pas le Bouddha. Le Bouddha est disponible, vous dites : 'Merci, Bouddha, je ne veux pas de toi maintenant.'


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Pleine conscience

Et à cause de cela, nous avons besoin d'une autre formation mentale appelée 'pleine conscience.' La pleine conscience nous dira : 'Mon cher ami, c'est le moment où tu as vraiment besoin de la vision profonde. S'il-te-plaît, laisse la vision profonde venir.' Nous ne devrions pas laisser la situation empirer. Nous devrions laisser la vision profonde venir et jouer son rôle. Cela s'appelle la pleine conscience juste. Il y a une expression : pleine conscience juste. Samma smriti. Parce qu'il y a une autre sorte de pleine conscience qui n'est pas positive. Le mot smriti signifie se souvenir. Mais quelquefois vous vous souvenez de choses qui ne sont pas bonnes. Vous voulez vous souvenir de choses qui ne sont pas bonnes. Et c'est déjà devenu une habitude. Vous êtes habitués à souffrir, et vous êtes accoutumés à la souffrance, vous ne voulez pas sortir de la souffrance. Nous n'avons pas beaucoup d'espace où vivre, nous n'avons pas beaucoup de liberté, nous avons beaucoup de souffrance, mais nous nous sommes habitués à cela, et nous ne voulons plus sortir. C'est aussi humain. Vous savez que votre maison est très petite, pas assez confortable, vous vous revenez quand même chez vous. Vous êtes accoutumés à votre souffrance, au manque d'espace, vous n'êtes pas capables de vous réjouir du ciel illimité, d'une vie heureuse. Nous sommes habitués à notre propre souffrance, nous ne voulons pas sortir, et c'est pourquoi nous ne voulons pas que la vision profonde intervienne et nous libère, nous ne voulons pas le Bouddha. Il y a un temps où vous aimez écouter la musique, et vous savez que quand vous continuez à écouter cette chanson, vous souffrez plus, et pourtant, vous n'avez pas le courage de pousser le bouton pour la stopper, vous aimez la souffrance, vous êtes habitués à la souffrance, vous voulez garder la souffrance en vous. Toutes les choses que vous consommer est seulement pour vous garder dans le domaine de votre souffrance, vous ne voulez pas sortir, vous êtes attachés à votre souffrance, vous ne voulez pas que la vision profonde vienne et vous libère, et c'est le travail de notre subconscient. Toute expérience, toute image et son que nous avons, est stocké dans notre conscience, et les matériaux de la subconscience, la quantité de matériaux subconscients est énorme. Nous stockons beaucoup de films et de disques en nous, et nous les rejouons toujours. Ils ne sont pas la vie réelle, ils sont juste des souvenirs, ils sont juste des images, ils sont juste des films, et nous les rejouons et nous vivons avec eux. Nous sommes pris par cela, nous ne voulons pas en sortir. Et ainsi nous ne sommes pas capables de venir et de nous établir dans le moment présent afin d'entrer en contact avec le ciel bleu et la vie réelle. Nous sommes en pilote automatique, nous voulons vivre dans notre domaine de souffrance du passé, nous ne sommes pas capables de sortir pour être libres, et vivre la vie libre d'un Bouddha. Et cela continue comme ça depuis longtemps. Nous ne voulons pas que prajna intervienne et nous sorte de là.


Le vétéran américain et la guérillera vietnamienne

Il y avait un vétéran américain de la guerre du Vietnam qui est venu à une de nos retraites en Amérique. Il portait avec lui un hamac, fait de nylon, qui a été utilisé par une guérillera au Vietnam. Dans une opération militaire, la guérillera fut profondément blessée, et le soldat américain l'a porté vers l'hélicoptère, et a ramené cette guérillera au Quartier Général afin de la soigner. Mais à mi-chemin du quartier général, la femme mourut dans l'hélicoptère. La femme fut capturée avec son hamac, parce qu'elle avait l'habitude de dormir dans la jungle, dans la forêt, dans un hamac. Et le soldat s'occupant de la guérillera pendant ses derniers moments vit ses yeux, les yeux de la guérillera lui disait beaucoup de choses, de colère, et ainsi de suite. La question est comme ça: 'Pourquoi es-tu venu dans mon pays, pourquoi détruis-tu mon pays, pourquoi nous tues-tu ?' et des choses comme ça. Et alors quand il regarde la personne mourante, il vit l'expression de ses pensées, dans les yeux de la guérillera mourante. Donc après cela il garda le hamac avec lui. Et il vécut avec cette souffrance. Et à la fin de la retraite, nous avons organisé une cérémonie pour prier pour les personnes mortes au Vietnam, vietnamiennes et américaines, et nous avons demandé à tout le monde d'écrire le nom des personnes qu'ils connaissaient mortes au Vietnam pour mettre sur une plaque commémorative. Et s'il ne savaient pas le nom de ceux qu'ils avaient tué, alors ils écrivaient juste ceux qui sont tués pendant le service militaire au Vietnam. Et après cela, nous avons fait une procession vers le lac, chantant, et nous avons fait un grand feu auprès du lac, et nous voulions brûler tout. Et on avait conseillé au vétéran américain de jeter son hamac dans le feu, mais il ne voulait pas faire cela, il ne voulait pas se débarrasser de sa souffrance. Nous avons dit que nous devions recommencer, nous devions tourner la page, nous devions laisser le passé être le passé, et nous devions venir au moment présent, pour la transformation et la guérison, et il résista beaucoup. Mais finalement, il m'a écouté, il me donna le hamac, et je le mis dans le feu.


Donc le fait est que bien que nous souffrons, nous nous accrochons à notre propre souffrance, nous ne voulons pas sortir. Et ainsi la formation appelée vision profonde devrait avoir besoin de la formation appelée pleine conscience juste pour l'aider, pour intervenir, afin qu'ils viennent ensemble. Et quand ils viennent comme un groupe, ils sont puissant. Il y a la formation appelée concentration. Il y a la formation appelée bonne volonté. Vous voulez sortir. Vous voulez tourner la page. Vous voulez vous libérer. Vous demandez à la pleine conscience de venir. La pleine conscience apporte la concentration. Quand la concentration est là, la vision profonde viendra, et alors au lieu d'aller dans la direction de la souffrance, et de l'agonie et du désespoir, vous irez dans la direction du pardon, et de la compassion. C'est possible. Nous devons reprogrammer notre ordinateur interne. Nous ne devrions pas laisser notre ordinateur aller dans le chemin qu'il veut. Il veut s'accrocher au passé. Donc comme pratiquant de méditation, nous devons savoir comment s'occuper de nos matériaux subconscients. Nous ne devrions pas les laisser conduire notre vie. Nous devons leur dire : 'Vous êtes seulement des films, vous essayez toujours de me retenir dans le passé, et je veux être libre. Je veux vivre ma propre vie.' Nous devons répéter cela, nous devons dire cela à nous-même. Nous ne voulons pas être en pilote automatique. Nous voulons le faire manuellement. Nous voulons vivre chaque moment de notre vie dans le moment présent. C'est pourquoi nous venons à la Sangha, et nous fions au pouvoir de la sangha pour nous aider à laisser le passé derrière, cette énorme quantité de films et de disques. Nous voulons que les bonnes formations mentales en nous viennent et nous secourent. Et c'est pourquoi il est très important que nous apprenions à identifier les formations mentales en nous, il y une bonne équipe de formations mentales en nous que nous pouvons organiser et elles peuvent former une bonne CTC, care-taking counsil, et elles nous aideront dans notre chemin de transformation et de guérison.


(cloche)


Enseignement donné le 19 Mars 2009 en anglais, traduit et transcrit par Pháp Thân