Le Voyage de l'Esprit

par Le Très Vénérable Khenchen Thrangu Rinpoché

Khenchen Thrangu Rinpoché

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Mettre efficacement les enseignements sur le bardo en pratique pendant dans cette vie

En Mai et Juin 1997 à Vancouver, en Colombie Britannique, Le Très Vénérable Khenchen Thrangu Rinpoché donna un enseignement de cinq jours sur le bardo, portant le titre de Voyage de l’Esprit. Ce qui suit est la transcription éditée de cet enseignement que Rinpoché donna en tibétain et qui fut traduit par Lama Yeshe Gyamtso.


Khenchen Thrangu Rinpoché

Je suis heureux de vous rencontrer tous autant que vous êtes, et de voir que vous êtes venus ici ce soir pour entendre cette explication sur le bardo. Nous commencerons en récitant la supplication traditionnelle à la lignée. En le faisant, restez dans un état de croyance et de dévotion.

Recevoir ces instructions sur le bardo, ou « intervalle », et aussi les pratiquer est très important, particulièrement parce que nous sommes nés en tant qu’êtres humains. Il est très important non seulement de recevoir ces instructions mais aussi de les mettre en pratique. Certaines personnes considèrent le bardo comme quelque chose de sans importance et se comportent comme s’il n’y avait aucune raison d’y penser ou de s’en préoccuper. C’est une attitude erronée. Le bardo est quelque chose que nous avons déjà expérimenté dans le passé et que nous expérimenterons, à coup sûr, de nouveau dans le futur, ainsi c'est une réponse irréaliste et insuffisante à notre situation dans la vie, de simplement l'écarter comme si il n’était pas nécessaire d’y penser.

D’autres personnes sont si terrifiées par l’idée du bardo et par ce qu’elles ont entendu sur celui-ci qu’elles n’aiment pas en entendre parler ou y penser. Peut être, d’un certain point, de vue le bardo est-il effrayant, mais, d’un autre point de vue, il ne l’est pas. Depuis le début de cet univers et depuis des temps immémoriaux, tous les innombrables êtres qui sont nés et qui sont morts sont passés par le bardo, et tous les êtres qui mourront dans le futur y passeront aussi. Ainsi le devons-nous.

L’expérience du bardo ne doit pas être une expérience si mauvaise ou si terrifiante. Elle peut être très négative, mais elle peut être aussi très positive. Néanmoins, plutôt que de l’oublier, il peut être en fait plus profitable d’éviter que le bardo ne devienne une expérience négative et d'en faire une expérience positive en se préparant pour cela dans cette vie. Ainsi, la meilleure attitude envers le bardo est la résolution de faire tout ce que vous pourrez pour garantir que le bardo devienne pour vous une expérience positive et non pas négative. C’est l’attitude appropriée, parce que si vous mettez cet enseignement en pratique, vous pourrez, en fait, déterminer ce qui arrivera.

Parfois les gens pensent que, bien que les instructions pour traverser le bardo existent, elles ne sont pas faciles à pratiquer. Ces gens semblent être trop timides pour mettre en pratique ces instructions, pensant qu’ils ne seront soit pas du tout capables de les suivre, soit [pas capables] de les pratiquer efficacement. Mais ce n’est pas si difficile de comprendre le processus du bardo, et ce n’est en aucune façon impossible de mettre en pratique efficacement les enseignements sur le bardo. De même que les apparences de ce monde sont produites par les états de l’esprit, ainsi les apparences dans le bardo et les apparences de notre prochaine vie sont produites par les états d’esprit. Des états d’esprit positifs produisent des expériences positives, et des états d’esprit négatifs produisent des apparences ou des expériences négatives.

C’est pourquoi, si vous cultivez un état d’esprit positif dans cette vie, les apparences ou expériences de cette vie, des vies futures, ainsi que celles du bardo deviendront de plus en plus positives. Bien que vous puissiez regarder le bardo comme un état sur lequel vous avez peu de contrôle, le fait est que si vous cultivez un état d’esprit fortement positif, vous gagnerez un certain contrôle sur lui.


Dans les instructions des mahasiddhas, nous rencontrons différentes classifications des bardos ou intervalles, d’abord classés en six bardos puis en quatre bardos. Si nous utilisons la classification des bardos en quatre, le premier d’entre eux est appelé l’intervalle naturel ou bardo naturel entre la naissance et la mort. [Tib : rang bzhin skye gnas kyi bar do]. C’est la période ou bardo qui commence à votre naissance et se termine à votre mort. La signification particulière de ce bardo, qui semble d’une certaine façon être distinct des bardos arrivant après la mort, est d’utiliser la période de notre vie pour pratiquer la préparation de notre mort et de notre expérience des bardos ultérieurs. En pratiquant, on donne un certain coup de pouce ou élan dans le bardo naturel de la vie, qui seront bénéfiques quand le bardo du dharmata, du devenir et ainsi de suite, arriveront au moment de la mort et après. Ainsi, ce soir je commencerai par observer le premier des quatre bardos, le bardo naturel entre la naissance et la mort.

Que devons nous principalement pratiquer dans notre vie présente, le bardo naturel entre la naissance et la mort, afin de nous préparer à la mort ? Par exemple, la différence la plus manifeste entre cet état ou ce bardo et le bardo du devenir qui arrive après la mort, réside dans la caractéristique des apparitions qui surgissent. Les apparitions qui naissent à nous maintenant, quelque soit l’instabilité de nos esprits, sont ancrées dans notre corps physiques. Le fait d’être ancré ainsi a pour effet une stabilité de place et de localisation. Par exemple, dans notre état présent, si nous pensons à un endroit autre que celui où nous nous trouvons, nos esprits resteront où nous sommes, parce que nos esprits sont retenus ici, par nos corps. Ainsi, dans ce présent bardo, le bardo naturel entre la naissance et la mort, les apparitions sont caractérisées par une stabilité produite par cette base physique.

Toutefois, dans le bardo du devenir, parce que le corps et l’esprit se sont séparés et que, ainsi, l’esprit n’est plus physiquement ancré, l’esprit est instable. Lorsque l’esprit pense à un endroit, il se retrouve immédiatement là-bas. Puis, de nouveau, pensant à un autre endroit, il se retrouve à cet autre endroit. Ainsi, dans le bardo du devenir, l’esprit est instable. Même s’il le désirait, il ne pourrait pas rester à un seul endroit. C’est pourquoi la pratique de la méditation dans cette vie, dans notre état actuel de possession d’une base physique, aidera énormément dans ce futur bardo. Si vous pratiquez la méditation pendant votre vie, le principal bénéfice que vous en tirerez en sera le contrôle sur l’esprit et la liberté de l’esprit. Si vous ne pratiquez pas la méditation, vous ne serez pas capable d’envoyer l’esprit à un certain endroit ou de maintenir l’esprit sur un objet choisi dans le bardo.

Par la pratique de la méditation, vous acquérez la possibilité de stabiliser votre esprit sur un objet choisi ou un état d’esprit et de le maintenir là. Cela fournit une stabilité de l’esprit qui est d’une grande aide après la mort dans le bardo du devenir, là où la seule stabilité est produite par la stabilité mentale, et non pas par la base physique, comme dans la vie présente. Lorsque quelqu’un n’a eu aucune expérience de méditation d’aucune sorte, lorsque son esprit expérimente le bardo, sa conscience vagabonde sans contrôle. Il ne peut contrôler ce qui arrive, et n’a donc aucune capacité d’aucune sorte pour diriger ou contrôler sa renaissance.

D’un autre coté, si quelqu’un a eu une expérience de la méditation et a ainsi gagné un certain contrôle et quelque stabilité sur l’esprit, il a, à un certain degré, le contrôle ou la liberté dans le bardo. En se rappelant que cet intervalle entre le début de la mort et la renaissance est d’une importance vitale – une [période] pendant laquelle la personne mourante/l’être du bardo ne doit pas être distrait et ne doit pas permettre à son esprit de vagabonder - et en se rappelant qu’il doit être vigilant, et par la vertu de l’élan de son précédent entraînement à la méditation, il sera capable d’éviter la souffrance et d’éviter les renaissances négatives et aura un certain degré de contrôle sur ce qu’il lui arrive dans le bardo. C’est pour cette raison, parmi de nombreuses autres, que la méditation est importante. Particulièrement au début de notre voie, la pratique de shamata, ou de méditation de la tranquillité, est importante.

La pratique de la méditation de la tranquillité produit un état de stabilité mentale, et cette stabilité mentale en retour vous donne la possibilité de contrôler ou de diriger votre traversée des états du bardo. Alors que la méditation de la tranquillité a bien s’autres avantages, du point de vue de la traversée du bardo, nous dirons que le bénéfice le plus significatif est celui- ci.

Dans les états du bardo après la mort, parce que notre esprit manque de stabilité, il est facilement affecté par l’apparition des kleshas [émotions négatives]. De la même façon que les kleshas apparaissent dans notre situation présente, elles continueront à apparaître dans le bardo. Ces kleshas, tels que la colère et l’attachement ainsi que les états d’anxiété et ainsi de suite, du fait de la situation spécifique après la mort, peuvent prendre l’ascendant sur vous et devenir très fortes. Dans le but d’empêcher que cela arrive, il nous faut pratiquer la méditation dans cette vie et, en particulier, la méditation de la tranquillité.

L’approche particulière de la méditation que l’on suit en préparation à cet aspect qu’est la bardo consiste à focaliser sa méditation sur ces kleshas qui apparaissent, spécialement sur celles qui sont les plus fortes pour vous en tant qu’individu. Maintenant, les individus diffèrent. Pour certains, la colère ou l’agression est leur plus importante klesha, pour d’autres, la jalousie est la plus forte, et pour d’autres encore c’est l’orgueil. Pour commencer, il est profitable de reconnaître quelles kleshas vous affectent le plus, puis de concentrer votre pratique sur le développement d’une pleine conscience qui sera utile en tant que remède effectif à l’apparition de ces kleshas.

Lorsque vous focalisez votre méditation pour qu’elle soit un remède à ces kleshas, lorsque vous avez ce désir et cette intention, au mieux vous serez capable d’éradiquer ces kleshas et au minimum vous atténuerez vos kleshas dans cette vie, et en résultat, avec l’habitude d’atténuer les kleshas et d’y remédier par l’attention dans cette vie, lorsqu’elles arriveront dans le bardo, elles seront très atténuées et moins accablantes. Les apparences du bardo, spécialement les hallucinations produites par les kleshas, seront beaucoup moins confuses et moins accablantes. Ainsi, ce que nous pratiquons dans cette vie en préparation pour le bardo est de cultiver la méditation, spécialement de dédier notre méditation pour qu’elle soit un remède à nos kleshas, en commençant par celles que nous reconnaissons comme nous affligeant le plus.

L’utilisation de votre pratique dans cette vie pour faire face et remédier à la composition particulière de vos kleshas est très utile dans le bardo et d’une manière générale. Nous voyons que certaines personnes pratiquent la méditation sur une courte période et découvrent que leur esprit est véritablement pacifié et domestiqué par leur pratique, alors que d’autres peuvent pratiquer la méditation beaucoup plus longtemps sans en tirer un grand profit. Lorsque nous regardons la différence entre ces deux types de pratiquants, nous pouvons dire que le samadhi ou méditation qu’ils pratiquent est fondamentalement le même. La différence qui existe entre eux ne réside pas tellement dans la technique de méditation utilisée mais plutôt dans l’intention ou la concentration avec laquelle la méditation est pratiquée. Dans le cas d’une méditation très efficace, la personne applique véritablement la méditation sur ses kleshas, les véritables problèmes qu’elle rencontre. Si quelqu’un à cette intention, l’intention que sa pratique de la méditation serve comme remède à des kleshas particulières, la pratique de la méditation servira comme remède et, ainsi, sera efficace. D’un autre coté, si quelqu’un pratique une méditation fondamentalement identique, mais avec une vague motivation, sans se concentrer sur les choses particulières qui doivent être travaillées ou abandonnées, la méditation elle-même sera moins efficace. Ainsi, il est important de se rappeler que la méditation, et en fait toutes les pratiques du dharma, deviennent plus efficaces lorsque vous les appliquez expressément et consciencieusement en tant que remède à des problèmes particuliers ou à des kleshas particulières. Ceci est bénéfique en général, et particulièrement lorsque ces kleshas apparaissent dans le bardo.

En plus de la pratique de shamata ou de la méditation de la tranquillité, une autre technique efficace dans l’entraînement pour le bardo est la technique du vajrayana ou mantra secret appelée l’étape de génération [Tib. : bskyed rim], qui fait référence à la visualisation de la forme ou du corps de différentes déités ou yidams. Parmi ces déités beaucoup sont pacifiques, beaucoup sont courroucées, et ainsi de suite. En général, indifféremment de la nature de la déité, cette technique qui consiste à vous visualiser sous la forme de la déité est très efficace en facilitant la progression de la méditation et en causant la bénédiction de ces déités pour qu’elles vous pénètrent. La méditation sur les déités est spécialement bénéfique en guise d’entraînement pour le bardo, parce que dans le bardo après notre mort une palette d’apparitions surgira, quelques unes apparemment menaçantes. En fait, ces apparitions ne vous sont en aucune façon extérieures et ne sont que les simples projections de votre esprit, à cause de la confusion de votre esprit dans cet état vous aurez tendance à les croire extérieures à vous et, ainsi, à avoir tendance de les voir comme menaçantes, ce qui, bien entendu, produira de la peur.

Le point important à se rappeler dans le bardo c’est de reconnaître ces apparences comme n’étant que les simples projections de votre esprit. Ainsi, travailler avec la pratique et la visualisation d’un yidam tel que Avalokiteshvara, le Bouddha Amitabha, ou d’autres déités, est très efficace, parce que en faisant ces visualisations de déités dans cette vie, vous cultivez l’habitude de reconnaître les apparitions comme des projections de l’esprit. Lorsque vous pratiquez ces méditations pour la première fois, la forme de la déité peut paraître peu claire, mais en continuant la pratique, vous serez finalement capables de générer une image claire. Parfois, bien que l’image soit claire, elle peut d’abord être instable, mais si vous continuer à pratiquer, elle ne sera pas seulement claire mais deviendra une image stable. Cela vient simplement de l’accoutumance à la pratique elle-même.

Lorsque vous avez cultivé une image claire et stable de la déité dans cette vie, à travers cette habitude vous génèrerez une image encore plus grande et encore plus stable de la déité dans le bardo. Quand cette image particulièrement vivace et stable apparaîtra dans le bardo, elle sera utilisée comme un remède aux projections confuses et terribles que vous génèreriez normalement et viendra s’y substituer ou la purifier.

L’autre aspect de la pratique vajrayana est appelée l’étape d’achèvement [Tib. : ntzogs rim]. L’étape d’achèvement, distincte de l’étape de génération, est essentiellement l’équivalent vajrayana de ce que l’on appelle discernement ou vipashyana dans la tradition des soutras, distinct de la technique de la tranquillité ou shamata.

Essentiellement, nous utilisons le terme vipashyana pour dire à peu près la même chose que ce qui est dit par étape d’achèvement. Ce en quoi cette méditation consiste est ce que le Bouddha a appelé dans les soutras la méditation sur la vacuité et dans les tantras la méditation sur la nature de l’esprit ou sur l’esprit lui-même. Si nous nous référons aux traditions des instructions qui sont apparues à travers différents maîtres au Tibet, nous observons que l’objet principal de la méditation a aussi été la nature de notre propre esprit. Ainsi, ayant cultivé une bonne pratique de la tranquillité comme fondations, on doit alors poursuivre et recevoir les instructions à ce sujet et cultiver la pratique de la méditation du discernement.

Ce qui est reconnu à travers la pratique de la méditation du discernement est que, dans sa nature, votre esprit est sans naissance ou origine et est sans existence substantielle d’aucune sorte. Cette reconnaissance vous libère de la peur qui serait autrement produite par les apparitions du bardo. Ayant reconnu la nature de votre esprit, vous reconnaissez que la chose dont il faut avoir peur dans le bardo est la panique, la peur, et la souffrance que l’esprit expérimente à la rencontre de ses propres apparitions. Vous reconnaissez que cette peur et cette panique arrivent simplement parce que vous n’avez aucun contrôle sur votre esprit. Si vous le comprenez, et si vous choisissez de prendre le contrôle ou de gagner le contrôle de votre esprit, alors, grâce à la pratique de ces discernements ou vipashyana, vous pouvez prendre contrôle de votre esprit et être ainsi libéré de n’importe quelle sorte de peur qui autrement apparaît lorsque l’esprit fait l’expérience de ses propres projections.

C’est pour cette raison qu’il est toujours digne d’intérêt de recevoir des instructions sur la méditation du mahamoudra et sur le dzogchen et de les pratiquer. Bien sûr, idéalement, c’est magnifique si vous pouvez pratiquer cela de façon complète et atteindre une réalisation définitive, mais même si vous ne pouvez pas atteindre une réalisation définitive, n’importe quel degré de connexion avec ces enseignements et ces pratiques est toujours avantageux, parce que n’importe quel degré de création d’habitude de ces sortes de reconnaissance dans votre esprit est toujours profitable. Ainsi, le plus vous pouvez implanter cette habitude de reconnaissance, mieux c’est.


Il y a deux autres aspects de notre entraînement à la méditation : la méditation elle-même et la post-méditation. Comme nous l’avons vu, la méditation consiste fondamentalement en trois types de techniques : la tranquillité ou méditation shamata ; l’étape de génération ou méditation sur les déités, et le discernement ou méditation vipashyana, aussi appelée l’étape d’achèvement. Nous avons vu comment, en les pratiquant en coordination les unes avec les autres, celles-ci apportent un grand bénéfice dans le bardo après la mort. Néanmoins, notre pratique consiste plus en post-méditation qu’en méditation elle-même, parce que la quantité de temps que nous consacrons à méditer formellement peut proportionnellement ne pas représenter beaucoup de notre temps. C’est pourquoi nous ne pouvons pas ignorer le besoin de pratiquer de façon informelle continuellement à travers toutes nos activités diverses. Même si nous ne pratiquons pas formellement la méditation dans la post-méditation, nous ne pouvons néanmoins pas nous permettre de laisser nos esprits se conduire sauvagement. Il nous faut préserver un certain degré de conscience, de vigilance et d’attention dans notre conduite. Par exemple, si votre pratique principale est la tranquillité ou méditation shamata, alors à travers toutes vos activités variées – mangeant, étant assis quelque part, marchant, étant allongé, parlant, et ainsi de suite – vous devez essayer de préserver un certain niveau de conscience, de vigilance et d’attention dans votre esprit et dans votre conduite. En préservant cette sorte de conscience et ainsi de suite, la conduite de votre post-méditation, plus que de vous maintenir écarté de votre méditation, en arrivera à l’améliorer. En résultat, votre méditation formelle, en arrivera, aussi bien, à produire naturellement un état de conscience en post-méditation et à améliorer cet état. Ainsi, fondamentalement, nous avons toujours besoin d’appliquer la conscience, la vigilance, et l’attention.

Si votre pratique principale est la méditation sur les déités, alors de la même façon vous devez essayer d’apporter un certain degré d’attention ou de conscience de cette pratique dans votre post-méditation. Même si vous ne pouvez pas générer une apparence claire de la déité en post-méditation, vous pouvez générer une confiance ou fierté d’être véritablement la déité. Ceci est basé sur la compréhension de la nature des apparences. La véritable nature des apparitions, peu importe combien impures nous considérons que celles-ci soient, est pure, parce que la nature de toutes choses est la vacuité, pas une vacuité statique ou morte, mais une vacuité qui est en même temps l’entièreté de toutes les qualités de la nature de bouddha. Ainsi, parce que c’est la nature de toutes choses, la nature fondamentale de toutes les apparitions et de toutes les expériences est pure.

Cette reconnaissance, qui est la base de l’application de la méditation sur les déités en post- méditation, produit une confiance dans la pureté des apparitions qui sera très utile dans le bardo, parce que cela fera que vous serez moins confus ou accablés par les différentes apparitions qui naîtront à ce moment.

La troisième technique de méditation est vipashyana ou la méditation sur le discernement. A travers cette pratique, vous générez dans votre esprit quelques expériences de sa propre nature. Ces expériences apparaissent principalement initialement dans la pratique formelle de la méditation. Néanmoins, en post-méditation vous ne renoncez ni n’abandonnez ces expériences, mais essayez de les ramener ou des les faire apparaître subrepticement sans cesse au travers de vos différentes activités. Si vous ne le faites pas, si vous rejetez simplement l’expérience de la méditation formelle dans votre post-méditation, quelle qu’ait été la qualité de vos expériences, elles progresseront peu, parce que vos activités en post-méditation interfèreront avec la pratique de la méditation.

Ainsi, il est important, quelque soit votre pratique, de cultiver la concentration, la vigilance, l’attention dans la post-méditation. En inculquant ces habitudes à votre esprit, ces mêmes habitudes apparaîtront pour vous dans le bardo. Et quand les habitudes de concentration, vigilance, attention et ainsi de suite apparaissent dans le bardo, elles rendent les apparitions du bardo beaucoup moins accablantes. Et parce que les expériences des apparitions du bardo seront ainsi moins accablantes, vous gagnerez en contrôle sur ce qui vous arrive, y compris en contrôle sur votre renaissance. C’est pourquoi, concentration et vigilance sont extrêmement importantes.

Non seulement la concentration et la vigilance sont importantes et bénéfiques mais elles sont aussi faciles à pratiquer. Nous devons tous travailler dans ce monde, manger, parler, et ainsi de suite et d’un certain point de vue nous pouvons voir ces activités comme gênantes, parce qu’elles semblent interférer avec notre pratique de la méditation. Mais si vous comprenez la méditation comme consistant non seulement en méditation formelle mais aussi en post- méditation, qui peut être facilement combinée avec nos activités quotidiennes, alors vous comprendrez que la pratique de la concentration à travers vos nombreuses activités, loin d’être une concession à ce qui interfère avec votre pratique, est un moyen de l’améliorer et une façon d’installer une très grande habitude de concentration, qui vous aidera dans le bardo. Toutes les pratiques dont j’ai parlé jusque là sont fondamentalement mentales. Mais nous ne pratiquons pas seulement, isolés, avec nos esprits ; nous devons aussi être concernés par et travailler avec nos corps et notre langage.

C’est tout particulièrement important en rapport avec le bardo. Bien qu’il soit vrai que lorsque nous nous trouvons dans le bardo après la mort, nous n’avons pas véritablement un corps physique et, ainsi, n’avons pas vraiment un langage physique, néanmoins à cause d’une très longue habitude, il y a l’apparence dans le bardo d’un corps mental et d’une faculté correspondante de langage. Plus encore, les apparitions qui naissent dans le bardo sont fondamentalement produites par les habitudes qui ont été développées dans notre esprit. Ainsi, si vous avez l’habitude d’une bonne conduite du corps et de la parole, alors les apparences du corps et de la parole qui naissent dans le bardo seront de la même façon positives ; et si vous avez l’habitude de peu d’attention ou d’une conduite négative du corps et de la parole, alors les apparences qui correspondront à cela et qui apparaîtront dans le bardo seront, de la même façon, négatives.

Maintenant, tous ces points concernent comment on peut utiliser le présent intervalle ou bardo, qui est le bardo naturel de cette vie, comme un moyen pour préparer les états après la mort. J’aimerai arrêter là, mais si vous avez des questions, posez-les s’il vous plait.


Question : Rinpoché, est-ce que ce premier bardo commence à la conception, ou commence-t- il à la naissance ?


Rinpoché : D’une façon générale, ce bardo est classé comme commençant au moment de la naissance, et se poursuit jusqu’au moment de la mort, spécialement en ce qui concerne les pratiques qui peuvent être faites par quelqu’un vivant dans un corps humain.


Question : Est-ce que l’apparence du corps et de la parole d’une personne dans le bardo est identique à celle qu’il avait dans sa précédente vie ? Est-ce qu’il maintient les mêmes apparences ou caractéristiques ?


Rinpoché : Il y a plusieurs explication à cette question, mais la plus commune est que, étant donné que le bardo dure sept semaines, pour les trois premières semaines le corps semble prendre la forme du corps que l’on avait dans la vie précédente; pour la quatrième semaine, c’est un mélange de l’apparence du corps que l’on avait dans la vie précédente et de celui qu’on aura dans la prochaine ; et pour les trois dernière semaines il prend généralement la forme du corps que l’on aura dans la prochaine vie.


Question : Rinpoché peut il s’étendre sur la pratique de la post-méditation de l’attention en connexion avec la pratique de la méditation sur la déité ?


Rinpoché : La pratique de la méditation sur la déité est constituée fondamentalement de trois éléments, qui sont l’apparence claire, la fierté stable ou la confiance stable et le souvenir de la pureté. De ces trois, il est difficile de cultiver l’apparence claire, et le souvenir de la pureté en post-méditation. C’est pourquoi, la principale pratique de post-méditation en rapport avec l’étape de génération est la maintenance de la fierté stable ou confiance stable d’être réellement la déité – ce qui consiste à maintenir la confiance ou la certitude que la véritable nature de votre corps, votre parole et votre esprit est le corps, la parole et l’esprit de la déité pratiquée. Nous trouvons cela précisément exprimé dans les commentaires de la méditation sur la déité, où il est communément dit, « en post-méditation, ne jamais se séparer de la confiance d’être la déité ».


Question : Lorsque quelqu’un fait des cauchemars, est-ce le signe d’un manque de contrôle sur son esprit ?


Rinpoché : Faire des cauchemars n’est pas particulièrement le signe que vous n’avez absolument aucun contrôle sur votre esprit. Les cauchemars peuvent arriver pour différentes raisons. Parfois nous faisons des cauchemars parce que nous pensons beaucoup aux choses ou parce que nous devons être très perturbés émotionnellement ou anxieux à propos de quelque chose. Mais parfois vous ferez un cauchemar, même si vous n’avez pas été spécialement perturbé ou anxieux ce jour là, à cause de l’apparition d’une habitude à un moment dans le passé, peut-être même il y a très longtemps dans le passé. Si vous êtes sujet aux cauchemars, une chose qui aidera consistera à méditer immédiatement avant d’aller se coucher, sans autoriser votre esprit à se disperser dans de nombreuses pensées ou de nombreuses kleshas ou même énormément d’anxiété. Si vous allez vous coucher dans un état méditatif, les cauchemars auront tendance à ne pas apparaître ; a contrario si, juste avant d’aller vous coucher, votre esprit se disperse dans des pensées, des peurs et des anxiétés, alors, bien entendu, cet état d’esprit aura tendance à produire des cauchemars.


Question : Dans le contexte du bardo, quelle est la définition du moment de la mort ?


Rinpoché : D’abord, le terme bardo ou intervalle fait référence à un intervalle ou espace entre deux choses, un moment qui suit la fin de quelque chose et précède le début de quelque chose d’autre. Ainsi nous utilisons le terme pour faire référence à ces quatre ou six états qui sont des moments entre une chose et une autre. Nous parlons du bardo naturel entre, ou intervalle entre, la naissance et la mort, le bardo du moment de la mort, le bardo du dharmata, le bardo du devenir, et ainsi de suite. La définition de base de la mort, et, en conséquence, le moment / évènement précis de la mort, est la séparation du corps et de l’esprit, parce que ce qui définit un être vivant, de ce point de vue, c’est que le corps de cet être et l’esprit de cet être sont combinés de telle façon que quoiqu’il arrive à l’un affectera l’autre. Ainsi, par exemple, lorsque vous êtes en vie, si votre corps physique devient malade, cela produit en vous une expérience mentale de souffrance, et ainsi de suite.
Maintenant ce qui arrive lorsque vous mourrez, c’est que, à cause de cette séparation du corps et de l’esprit, votre esprit devient inconscient. Lorsqu’il émerge de cet état d’inconscience vers un état de conscience, non seulement il ne réside plus dans ce précédent corps, mais il n’est pas capable dans les faits d’y re-entrer. C’est différent de l’état d’inconscience que nous expérimentons dans cette vie. Lorsque nous réapparaissons de l’inconscience dans cette vie nous sommes toujours dans notre corps. Mais lorsque l’inconscience est produite par la séparation du corps et de l’esprit, la conscience ne peut pas re-entrer le corps. C’est ici la définition de la mort.


Question : Est-il possible dans un état de profonde méditation que l’âme quitte le corps ?


Rinpoché : Il existe de telles pratiques de méditation.
Nous pourrions arrêter pour ce soir et conclure avec la dédicace.



Voyage de l’Esprit : Passer par le bardo du moment de la mort

Khenchen Thrangu Rinpoché

J’aimerai commencer en vous remerciant tous d’être de nouveau là ce soir. Je suis ravi de pouvoir donner cet enseignement et que vous puissiez le recevoir, parce que, bien que je ne possède moi-même aucun pouvoir miraculeux d’aucune sorte, ces instructions que j’essaye de vous transmettre sont à la fois profondes et utiles. Elles le sont particulièrement parce que le bardo ou intervalle entre la mort et la renaissance est quelque chose que chacun et tous parmi nous finirons par expérimenter. Je peux vous garantir à cent pour cent que chaque être qui est né finira par expérimenter le bardo. Ainsi, nous avons tous besoin d’être guidé. Recevant ces directives sous la forme de ces instructions est à coup sûr bénéfique. Merci pour votre intérêt et enthousiasme. Comme nous l’avons fait hier soir, commençons en récitant la supplication à la lignée.

Hier soir, des quatre bardos ou intervalles, nous avons observé le bardo naturel entre la naissance et la mort, qui habituellement, limitant le sens en utilisant le terme bardo pour signifier l’intervalle après la mort, n’est pas du tout, en fait, un bardo [ou « le bardo »]. Néanmoins, la raison pour laquelle nous en parlons comme d’un bardo est que c’est pendant ce moment de votre expérience, pendant la période durant laquelle vous êtes toujours en vie, que vous pouvez pratiquer de la façon la plus utile afin de vous préparer pour le bardo après la mort. C’est pourquoi il est nécessaire d’en discuter.

Ce soir je vais parler du second bardo, qui est le bardo du moment de la mort. Parce que le moment de la mort peut être un moment particulièrement traumatisant, il est souvent appelé le bardo de la souffrance ou de la misère du moment de la mort [Tib. : ‘chi kha sdug bsngal gyi bar do]. La période exacte incluse dans ce bardo est la période qui commence au moment ou vous contractez la maladie ou une autre condition qui causera votre mort jusqu’au moment ou votre esprit et votre corps se sépareront véritablement. Le moment où la mort arrive véritablement et lorsque, en résultat de la mort, ce qui est appelé la luminosité de base apparaît, n’est plus le bardo du moment de la mort mais le bardo suivant, le bardo du dharmata. Ainsi le bardo de la mort consiste véritablement en les derniers moments de votre vie, pendant lesquels les apparences de cette vie ce dissolvent progressivement, ou dont la vigueur diminue.

Il est nécessaire de faire une distinction dans la façon dont la mort est expérimentée par différentes personnes, basée sur la quantité de pratique qu’elle a réalisé. De manière simple, on peut dire qu’il y a trois sortes de personnes dans cette perspective : ceux qui ont pratiqué de manière intensive, ceux qui ont pratiqué un peu, et ceux qui n’ont pas du tout de pratiqué. Par ceux qui ont pratiqué de manière intensive on entend les grands êtres tels que les fameux mahasiddhas du passé et ainsi de suite. De tels individus, parce qu’ils ont complètement et pleinement reconnu le dharmata, la nature de toutes les choses, ne laissent même pas un corps derrière eux. Leur reconnaissance est si intense que même leur corps physique se dissout dans la vacuité, ce qui fait référence à un corps d’arc en ciel. C’est une indication que cette personne a atteint la complète bouddhéité. De tels individus ne se promènent même pas du tout dans le bardo.

La deuxième sorte d’individus est ceux qui, par un certain niveau de pratique et d’entraînement, ont reconnu le dharmata, la nature des choses, mais n’ont pas parfait cette reconnaissance. Ainsi, leur réalisation n’est pas suffisante pour faire que leur agrégat physique, leur corps physique, se dissolve dans la vacuité, mais est suffisamment forte pour que, en mourant, ils n’aient pas le moindre concept de pensée comme, « Je suis entrain de mourir, je dois quitter ce monde et aller dans un autre, » et ainsi de suite. En fait, une telle personne meurt dans un état de samadhi ou d’absorption méditative. Pour eux non plus il n’y a pas de bardo.

Ceux qui doivent véritablement faire l’expérience de cette errance dans le bardo sont ceux du troisième type, qui n’ont aucun entraînement d’aucune sorte, ou très peu. C’est pourquoi, parce que virtuellement nous allons tous expérimenter le bardo, nous avons absolument tous besoin de quelques sortes d’instructions.

Il est habituel pour ceux qui vont mourir d’expérimenter un intense sentiment de perte à cause de l’attachement aux circonstances, apparences, et expériences de cette vie. Ainsi, nous n’aimons habituellement pas la mort ; nous l’observons comme un évènement triste, et nous sommes effrayés par elle. Mais il nous faut reconnaître que la peur de la mort ne nous aide pas particulièrement au moment de la mort, ni n’est appropriée, parce que, peu importe l’intensité de notre mort, nous ne pouvons pas rester dans cette vie en y étant attaché.

Ce qui nous aide au moment de la mort, c’est d’avoir cette sorte de confiance qui est produite par la reconnaissance du mode de fonctionnement des choses. Par exemple, vous pouvez vous dire, « Bien, je ne suis pas tout seul, je ne suis pas le seul être qui va mourir. Tout le monde meurt. Bien entendu, si j’étais la seule personne qui devait mourir, cela serait déprimant. Mais c’est une chose normale, et il n’y a aucune raison pour que je sois particulièrement déprimé ou que je me sente particulièrement affligé par cela. » Si vous comprenez le contexte dans lequel votre mort arrive, vous pouvez trouver la force et la stabilité d’esprit pour l’affronter et pour avoir véritablement une liberté d’esprit au moment de la mort. Ainsi, il est profitable de penser à la mort de cette façon.


Une autre aide est d’apprendre les signes qui indiquent que vous approchez du moment de la mort. En les apprenant, vous serez capable de les reconnaître lorsqu’ils commenceront à arriver. Vous serez alors capable de vous dire que la mort va commencer à se produire, et vous serez capable de vous préparer correctement pour cela. Les signes sont à la fois mentaux et physiques. Il y a quelques signes extérieurs qui peuvent être observés aussi par les autres, mais ce qui nous concerne principalement c’est ce que le ou la mourante va expérimenter. La base des différents types d’expériences dont on parle dans ce contexte est le fait que votre corps est composé, depuis le [tout] début, des cinq éléments : la terre, l’eau, le feu, l’air et la conscience, dans ce cas [l’espace et la conscience dans cet enseignement sont utilisés de manière interchangeable]. La vitalité de votre corps, qui maintient votre vie, est basée sur ces cinq éléments restant ensemble. En mourant, ces mêmes éléments se dissolvent au cours de différents états. Dans la tradition des instructions méthodiques, ce processus de dissolution est très lié aux canaux et chakras existant dans votre corps, et ce que vous observez est en relation avec la destruction de ces chakras et la cessation du mouvement des vents à l’intérieur. D’une façon générale, pendant que vous êtes en vie, il existe un mouvement d’énergie ou vents (appelé prana en sanskrit et chi en chinois) à travers les canaux de votre corps, qui correspondent à votre état mental et physique. Lorsque vous mourez, la dissolution des éléments se produit sous la forme de la cessation des vents dans les parties spécifiques de votre corps. Ces vents et ces parties de votre corps correspondent aux éléments spécifiques. Lorsque cela arrive, des expériences internes et des apparences définies apparaissent dans votre expérience, celles-ci indiquent qu’un état spécifique particulier de dissolution est entrain de se passer. Si vous êtes au courant de cela, cela peut vous aider à reconnaître ce qui est en train de se passer.


Le premier état de cette dissolution arrive quand les canaux du chakra du nombril commencent à se séparer. Lorsque cela arrive, parce que l’élément terre se dissout, votre esprit devient excessivement embrouillé, égaré, et torpide. C’est l’expérience cognitive, interne de base. Au même moment, vous expérimentez une apparence secrète. A cause de la diminution graduelle des perceptions habituelles ou apparences, vous commencez à approcher les subtiles et très subtiles apparences du dharmata, qui apparaîtront dans le prochain bardo du dharmata. Ainsi, dans cette première étape de dissolution, vous percevez quelque chose qui ressemble très fort à un mirage chatoyant. La deuxième étape de dissolution se produit quand les canaux et les vents de votre cœur cessent de fonctionner, ce qui revient à dire, les canaux se désintègrent et les vents se déplaçant dans ces canaux cessent de se déplacer. Il en résulte que l'élément eau se dissout dans l'élément feu. Cela produit encore un état d'obscurité mentale ; mais dans ce cas, à cause de la relation avec le cœur, cette obscurité est caractérisée par une qualité sauvage ou de perturbation. C'est l'expérience cognitive. Parce que vous vous rapprochez de plus en plus des apparitions ou représentation de la vacuité, que vous expérimenterez dans le prochain bardo, pendant ces moments vous expérimentez de nouveau une apparition secrète. Ce qui était précédemment vu comme un mirage chatoyant devient plus vif et commence à ressembler plus à une épaisse fumée.


La troisième étape de dissolution est en relation avec la dissolution des canaux et vents de la gorge. A cette étape, l'élément feu se dissout dans l'élément vent. Il en résulte que vous commencez à avoir assez froid, physiquement, la chaleur de votre corps commence à diminuer. A ce point, votre esprit, dans la mesure où l'expérience cognitive se poursuit, alterne entre clair et embrouillé; ce n'est plus seulement un état de torpeur. Et lorsque vous approchez plus de l'expérience de la vacuité, votre apparence secrète ou expérience devient même plus réelle. A ce point, ce qui était précédemment vu comme de la fumée commence à se préciser dans votre perception et prend l'apparence de quelque chose comme des lucioles. La quatrième étape de dissolution est liée au chakra secret, le chakra de la partie basse de l'abdomen, au niveau des organes génitaux. A ce moment, lorsque les canaux et les souffles de cette partie du corps cessent de fonctionner, l'élément vent se dissout dans l'élément de la conscience même. A ce point, les quatre éléments se sont dissous en conscience. Pour cela, notre esprit devient extrêmement confus ou perplexe et dérouté, et différentes hallucinations peuvent apparaître à ce point. C'est l'expérience cognitive de base. Concernant l'apparence secrète, ce qui était auparavant apparu comme des lucioles devient plus clair et prend l'apparence de flammes d'une lampe.


Traditionnellement il est dit que, même si quelqu'un avait atteint ce point dans le processus de la mort, sous certaines circonstances et en fonction de ce qui avait causé sa mort, il lui est toujours possible d'être ramené à la vie. Il n'a pas atteint le point de non retour. Mais après ce point, les étapes suivantes de la dissolution sont celles qui arrivent seulement après la dissolution du grossier, les apparences physiquement produites s'étant déjà terminées. Il n'y a ensuite qu'une continuité, une dissolution interne de ces éléments plus subtiles et mentaux. Après, il n'y a plus de possibilité de ramener la personne en arrière.

Pendant la prochaine étape - la cinquième du processus - les composants fondamentaux qui ont engendré nos corps, c.a.d. l'élément blanc qu'on trouve en haut de la tête, et l'élément ou composant rouge qui se trouve sous le nombril, se déplacent de l'emplacement qu'ils ont occupé pendant notre vie.* [Note de l'éditeur : Ici, on traduit le mot sanskrit bindu (tibétain : tigle), aussi bien par élément, composant ou goutte.] D'abord l'élément blanc se déplace ou flotte du haut de la tête vers le cœur. Pendant qu'il descend, on expérimente une blancheur brillante et omniprésente, comme si tout était entièrement composé de lumière blanche. Cette apparence s'intensifie tant que la goutte blanche s'approche du cœur. A ce moment, le déplacement du composant blanc fait cesser toutes les différentes pensées que nous avons eu pendant notre vie, toutes les conceptualisations et pensées liées à l'aversion, à la colère et à l'agression. Traditionnellement, on dénombre quatre-vingt différents types de pensées, dont trente trois liés à l'agression. Ces trente trois types de pensées agressives s'arrêtent à ce moment.


La deuxième étape de cette subtile et finale dissolution consiste en ce que la goutte rouge ou constituant rouge, trouvée précédemment en dessous du nombril, flotte ou se déplace vers le haut, s'approchant ainsi de votre cœur. En ce déplaçant vers le haut, alors que dans l'étape précédente tout était perçu comme une brillante blancheur, tout est maintenant vu comme une brillante rougeur, comme si tout était une lumière rouge brillante. Pendant que cette étape de la dissolution se produit, toutes les pensées et concepts en rapport avec l'attachement ou le désir cessent. Dans l'énumération traditionnelle des quatre-vingt différents types de pensées, quarante sont en rapport avec le désir, et cessent à ce moment.

La troisième étape se produit lorsque les deux gouttes - la goutte blanche qui descend de la tête et la goutte rouge qui arrive de l'abdomen - se rencontrent au niveau du cœur. Lorsqu'elles se rencontrent, elles enferment ou mettent en sandwich entre elles votre conscience, et il en résulte que vous faites l'expérience d'un noirceur omniprésente, une obscurité totale. A cet instant les sept dernières pensées des quatre-vingt différents types, les sept pensées en relation avec la perturbation, cessent.

Ce processus n'est normalement pas reconnu pour la plupart des gens. Néanmoins, parce que à ce point du processus de la mort toutes les différentes sortes de pensées en relation avec les trois kleshas fondamentales ont cessé, s’il y a une certaine stabilité de l'esprit et une certaine reconnaissance de ce processus chez la personne mourante, ce moment devient une importante opportunité, et le processus de la mort peut devenir la base de la libération. C'est pour cette raison que Padampa Sangye dit que la mort n'est pas la mort pour le yogi ou la yogini, c'est la bouddhéité. Ce qu'il faut comprendre ici c'est que, si vous possédez les instructions et l'entraînement, ce qui se passe naturellement au moment de la mort, à cause de la cessation de la conceptualité, peut être l'occasion d'atteindre la bouddhéité.


Maintenant, quel type de pratique ou d'instruction nous aidera à ce moment là ? Comme le processus de dissolution l'indique, les empêchements ou obstacles devant être vaincus au moment de la mort sont les kleshas elles-mêmes, et parmi elles, principalement l'attachement et l'aversion. C'est pourquoi, la préparation ou pratique fondamentale pour s'en sortir dans cette étape du bardo est de diminuer ou réduire ces kleshas de toutes les façons possibles. Par exemple, nous avons une quantité énorme d'attachement aux expériences et choses de cette vie. Nous sommes attachés à nos amis et à nos familles; nous sommes attachés aux possessions, à la nourriture, à la richesse, et à des circonstances et places diverses. Et nous souffrons énormément au moment de la mort à cause de notre peur de perdre cela. Ainsi si vous pouvez diminuer votre attachement- ce qui veut dire en diminuant votre attachement à partir de maintenant- en préparation de votre mort, alors ceci vous aidera énormément au moment de votre mort. Vous diminuer l'attachement par la réflexion sur la situation de l'attachement et son inutilité, et par la pratique de la méditation.

Nous souffrons aussi d'aversion et d'agression. Nous avons une très forte aversion contre ceux que nous percevons en tant qu'ennemis ou étant menaçants, et nous avons beaucoup d'émotions réactives, comme la jalousie et autres, associées à ces personnes. Dans le bardo, tous ces aspects d'aversion deviennent un énorme problème pour nous, et même en étant en vie, aucun de ces aspects ne nous fera du bien. Donc, l'approche fondamentale en rapport avec le bardo de cette vie consiste à reconnaître qu'il est inutile et peu judicieux de cultiver les kleshas, et consiste par conséquent à les affaiblir, surtout l'attachement et l'aversion.


Quant à savoir comment on abandonne ou affaiblit effectivement les kleshas, trois approches ont été enseignées. La première, qui fut enseignée par le Bouddha dans les soutras, est en se distançant, c-à-d se distancer soi-même de toute klesha particulière. Vous faites cela, d'abord, en reconnaissant la présence d'une klesha dans votre caractère, et, en second lieu, en reconnaissant combien cela vous fait du tort. Donc, par exemple, vous pourriez penser: "Je suis affligé par la klesha de l'attachement", ou de l'orgueil, ou de l'aversion et ainsi de suite, quelle que soit la klesha. Vous reconnaissez que cette klesha est présente dans votre caractère et ensuite vous réfléchissez à l'effet véritable que cette klesha a eu sur votre vie et sur la vie des autres. Ce qui maintient les kleshas dans nos caractères est l'illusion ou la fausse conception que ces kleshas nous aident d'une certaine manière. Nous tenons à ces kleshas parce que nous pensons en avoir besoin pour fonctionner ou parce qu'elles nous rendent plus efficace. Si vous arrivez à comprendre que ces kleshas ne vous aident en aucune manière, qu'elles font du tort à vous et à toute personne qui est en relation avec vous, alors vous voudriez naturellement vous en débarrasser. Le désir de s'en débarrasser crée une distance entre notre esprit et la klesha, ce qui rend plus facile la tâche de l'abandonner.


La seconde approche concernant les kleshas est de les affaiblir ou de les attaquer directement [attaque directe]. C'est ce que je disais hier en parlant de l'application de la pratique de méditation à un problème ou à une klesha spécifique. Fondamentalement, cette technique consiste à avoir l'intention de diriger la pratique pour qu'elle serve de remède à une klesha spécifique afin d'affaiblir cette klesha. Cette approche peut être appliquée à toute pratique de méditation. Nous pouvons par exemple utiliser la technique vajrayana de la phase de la génération, qui consiste principalement en la méditation sur les déités. Si vous pratiquez Vajrasattva, pendant laquelle vous visualisez Vajrasattva au-dessus de votre tête, vous visualisez alors le mantra des cent syllabes dans son cœur, et que l'amrita ou ambrosia de sagesse qui s'écoule du mantra, entre dans votre corps, le remplit entièrement en purifiant toutes les obscurations et toutes les mauvaises actions. En effectuant cette pratique, il faudrait bien sûr inclure, en tant qu'objets à purifier, toutes les obscurations et les mauvaises actions. Mais il faudrait se focaliser particulièrement sur la klesha qui est la plus problématique à ce moment, votre klesha principale. Peut-être pensez vous "Je suis quelqu'un de jaloux", ou "Je suis confus" ou "Je suis une personne agressive". Peux importe la klesha, en pratiquant vous pensez que toute cette klesha - toute la jalousie ou toute la confusion ou toute l'agressivité - est balayée et complètement purifiée par l'amrita qui s'écoule du corps de Vajrasattva. De la même manière, la pratique de méditation de Chenrezig pourrait être appliquée au même problème. Il faudrait visualiser la forme de la déité Chenrezig ayant le mantra des six syllabes dans son cœur, et vous pouvez penser que les rayons de lumière émanant des syllabes de son mantra purifient tous vos kleshas en général et spécialement la klesha sur laquelle vous vous focalisez cette fois.

La troisième approche permettant d'appréhender les kleshas s'appelle éradication, et signifie l'expulsion directe de la klesha de notre esprit. Ceci est réalisé par le moyen de ce qu'on appelle le samadhi du dharmata, une absorption méditative dans laquelle vous demeurez en reconnaissant directement la nature de toute chose. Dans le contexte spécifique du travail avec les kleshas, cela veut dire regarder directement à la klesha et percevoir sa nature, c.a.d. son absence de véritable existence et sa non substantialité.

Ceci peut être fait en commençant par une sorte d'analyse. Par exemple en nous mettant en colère, nous avons la tendance à réagir fortement par la pensée « Oh, je suis en colère » et à paniquer.

Si, à la place, vous regardez directement la colère et essayez de la trouver à l'endroit exact où elle se trouve, et si oui ou non elle possède des caractéristiques substantielles, ceci peut aider beaucoup.

Vous dites par exemple “Je suis en colère ”. Qu'est-ce exactement que cette colère ? A quel endroit se trouve-t-elle ? A l'intérieur ou à l'extérieur de mon corps ? Si c'est la mienne, elle doit certainement se trouver dans mon corps, auquel cas ce doit être à un endroit bien spécifique.

Se trouve-t-elle dans la partie supérieure ou dans la partie inférieure de mon corps ? Et ainsi de suite. Vous le faites de façon expérimentale; vous essayez réellement de localiser cette émotion et de trouver à quel endroit de notre corps elle se situe. Si elle se situe quelque part, vous serez capable de la trouver, car c'est votre émotion présente dans votre esprit.

De plus, elle devrait avoir, si elle existe vraiment, quelques caractéristiques substantielles, une certaine forme, une certaine couleur, une certaine taille, un certain emplacement, etc. Ainsi vous continuez à rechercher ses caractéristiques jusqu'à avoir trouvé, par l'expérience directe, que cette klesha de la colère ne possède aucune de ces caractéristiques. En expérimentant cela de manière directe, la nature de la klesha est perçue, ce qui engendre sa dissolution.

Ceci pacifiera la klesha, mais en sortant de la perception de la nature de la klesha, la klesha peut revenir, auquel cas il faut refaire le processus.

Lorsqu'on applique l'un de ces trois remèdes, il doit être appliqué continuellement. Une seule application du remède n'éradiquera pas la klesha de manière définitive.

Mais en cultivant progressivement l'habitude d'appliquer ces remèdes à nos kleshas, celles-ci seront progressivement affaiblies.

De plus, cette habitude de remédier contre les kleshas a une signification particulière. A l'heure de la mort, la façon de penser et le sujet des pensées sont très significatifs et ont beaucoup d'impact sur la direction que nous prenons après la mort.

Il est pour cela très important d'être dans un état d'esprit positif en mourant.

Si nous sommes restés la plupart de notre temps de vie en état de klesha, alors les kleshas émergeront certainement à l'heure de la mort et détermineront notre direction.

Si, au contraire, nous avons dédié la plupart de notre temps de vie à un état de pleine conscience, dans lequel nous avons remédié aux kleshas dès leur apparition, alors cette habitude que nous avons cultivée émergera également à l'heure de la mort et nous aidera en conséquence.

Il est donc nécessaire de générer cet état de pleine conscience maintenant, en étant encore en vie.

Aussi bien la personne mourante que les personnes accompagnantes ont besoin de la plus grande stabilité d'esprit possible.

En effet, quand nous sommes sur le point de mourir, nous devons choisir ceux qui vont nous accompagner avec beaucoup de soin.

Ces personnes devraient être capables de ne pas se laisser complètement submerger par le chagrin que leur inspire notre mort, de telle manière que leurs pleurs et les autres expressions de leur chagrin ne nous troublent pas et ne distraient pas notre expérience de la mort en pleine conscience.

Il faut également s'assurer que les personnes qui nous entourent quand nous sommes en train de mourir, ne parleront pas de choses qui feront remonter nos kleshas.

Par exemple, pendant que nous mourrons, il faudrait éviter que l'une des personnes qui nous entourent dise des choses comme « En fait, que va devenir ton argent ? » ou « Devrions-nous poursuivre telle ou telle personne ? » ou d'autres sujets susceptibles de faire émerger dans notre esprit trop d'attachement et d'aversion inutiles.

Il est très dommageable que les personnes qui accompagnent un mourant disent ou fassent des choses qui le perturbent.

Par conséquent, il est nécessaire de choisir, comme personnes qui vous accompagnent à cet instant, des gens positifs, bienveillants, calmes et dont l'esprit est stable. Et la personne mourante doit aussi, bien sûr, éviter autant que possible de penser aux choses susceptibles de la perturber.

Le meilleur type de personne pour nous accompagner lorsque nous mourrons est quelqu'un qui connait suffisamment bien le processus de la mort pour pouvoir nous guider tout au long de ce processus, quelqu'un qui peut nous rappeler ce qui va se passer, et qui peut nous aider à reconnaître des différents signes de dissolution, etc.

Mais si une telle personne n'est pas disponible, il est absolument nécessaire que la ou les personnes qui vous accompagnent soi(en)t aussi stable(s) que possible.

Voilà qui conclut la présentation du bardo du moment de la mort, le second bardo. Le troisième bardo que nous traiterons par la suite est celui du dharmata. Je souhaiterais m'arrêter ici pour ce soir, mais si vous avez des questions, s'il vous plaît, n'hésitez pas à les poser.


Question: Rinpoché, est-ce que la période de temps nécessaire pour que les éléments se dissolvent l'un dans l'autre peut varier ?


Rinpoché: De deux ou trois jours tout au plus. Normalement, ce processus de dissolution se réalise en une journée. Dans le cas d'une mort soudaine, la situation est différente, tout cela arrive très, très rapidement et, en fait, on ne peut même pas parler d'un ordre défini.


Question: Si nous apprenons qu'un ami est mort, et que nous n'étions pas présents à ce moment là, est-il possible de réciter ces conseils après sa mort; et, si c'est le cas, cela pourra-t- il l’aider ?


Rinpoché: Oui, ceci sera sans aucun doute d'un grand secours pour la personne, car lorsque les gens sont morts et qu'ils ont repris connaissance dans le bardo, leur conscience a la faculté miraculeuse de voyager, et cette conscience aura tendance à retourner auprès des personnes envers lesquelles elle était le plus attachée. Alors, si vous étiez l'ami d'un défunt, il est très possible, à un certain moment, qu'il revienne auprès de vous. Maintenant, si vous faites certaines récitations comme celle de "La Grande libération au travers de l'écoute dans le bardo" [Le Livre tibétain des morts, tib: bar do thos grol] etc., avec votre réelle intention de l'aider par la récitation, cette personne pourra, parce qu'elle vous aime, expérimenter directement la qualité de votre intention. Par conséquent, elle se sentira bien et elle écoutera, or ce qu'elle entend peut l'aider considérablement.


Question : Le corps de quelqu'un qui meurt brusquement dans un accident, traverse-t-il également ce processus en expérimentant ces signes ?


Réponse : Dans ce cas, on peut difficilement parler de dissolution des éléments physiques, mais les derniers stades - l'arrêt des pensées liées aux kleshas de base, etc. - auront certainement lieu.
Ceci peut toutefois se dérouler très vite.


Question : Comment peut-on guider au mieux une personne mourante qui est inconsciente pendant quelques jours ou même pendant quelques semaines avant sa mort, et qui ne peut pas parler de ce qu'elle expérimente?


Rinpoché : Quelqu'un qui se trouve, avant sa mort, dans le coma, ne peut évidemment pas communiquer avec vous. On croit pourtant que cette personne peut encore être capable d'entendre et de comprendre ce qu'on lui dit.
Pour cette raison, il est utile d'essayer de lui communiquer ce processus de dissolution. Il faudrait lui donner ces conseils d'une manière très douce et rassurante.


Question : J'ai travaillé comme infirmière pédiatre avec des enfants mourant de leucémie et de cancer, et j'ai remarqué que dans bien des cas, peut être trois ou quatre jours avant leur mort, ils se plaignaient d'un poids leur pressant la poitrine, rendant inconfortable la position allongée, et demandaient à s'asseoir. Et aussi, pendant au moins vingt-quatre heures avant leur mort, ils n'étaient plus capable d'uriner ou de déféquer. Dans certains cas, et dans le cas d'une personne en particulier, j'ai noté que la voix semblait disparaître à l'intérieur et devenir moins distincte. Est-ce en relation avec la dissolution des éléments ?


Rinpoché : En général, oui, c'est en relation avec la dissolution des éléments. De façon plus détaillée, les choses dont vous parlez sont des signes spécifiques de la cessation de vents spécifiques. Parmi les cinq vents racines ou énergies qui constituent la vitalité d'un être vivant, celui qui est en relation avec la parole et aussi avec le fait de manger est appelé le vent se déplaçant vers le haut; et lorsque le vent se déplaçant vers le haut commence à s'arrêter ou à s'affaiblir, la voix et le reste deviennent plus faible. Ensuite, il en existe aussi un appelé le vent se déplaçant vers le bas ou éliminant vers le bas; et le vent éliminant, comme son nom pourrait l'indiquer, est lié à l'élimination des déchets et d'autres processus semblables. Et lorsque ce vent cesse de fonctionner, la personne commence à ne plus être capable de déféquer ou d'uriner. C'est pourquoi, lorsque la personne mourante cesse de pouvoir évacuer les matières liquides et solides, cela indique que le vent éliminant vers le bas cesse de fonctionner. Un autre des cinq vents est appelé le vent omniprésent. C’est le vent ou énergie qui permet et produit le mouvement, comme le mouvement des membres et ainsi de suite. Lorsque ce vent cesse, les mouvements deviennent impossibles, et un sentiment de paralysie s'installe.


Question : Aujourd'hui, il existe de plus en plus d'informations sur les expériences de mort imminente et l'expérience de personnes qui étaient soi-disant mortes et qui sont revenues ou ont été ramenées à la vie.
Est-ce qu'il y a une certaine signification à cela, outre des changements évidents dans leur vie tant pour eux que pour les autres. Et si c'est le cas, quelle est cette signification ?


Rinpoché : Les textes sur le bardo parlent du fait qu'il est possible, même après la traversée des quatre étapes de la dissolution physique des éléments, et en fonction de la cause de la mort approchante, que la personne puisse être ramenée à la vie. En même temps, on dit que, une fois que le processus de la dissolution interne des composants subtils est entièrement terminée, il est impossible pour la personne de revenir à la vie.
Ainsi, lorsque des personnes font des expériences de mort imminente, il semble que ce qui arrive, de ce point de vue, c'est qu'elles soient passées par la dissolution grossière des éléments physiques, puis ramenées à la vie.
En ce qui concerne la signification de ceci, leur expérience peut parfois être, à un certain degré, inspirante pour les autres, mais, de manière réaliste, il est difficile pour ces récits ou expériences de personnes ayant traversé une expérience proche de mort imminente d’avoir véritablement un effet sur d'autres personnes.


Question : Rinpoché, pourriez-vous nous dire s'il vous plait pourquoi Yamantaka est appelé le tueur {celui qui rend esclave ... le maître} du seigneur de la mort, et pourquoi cette pratique est utile, et si elle est utile en relation avec le fait de mourir ?


Rinpoché : Yamantaka est une déité courroucée, et il est normal pour les déités courroucées d'avoir des noms qui les font sembler sauvages et violentes, Ainsi en sanskrit, Yamantaka signifie le tueur {maître} du seigneur de la mort. Mais ceci n'indique pas spécialement que ce yidam particulier soit plus lié à la préparation à la mort pendant l'expérience des bardos qu'aucun autre.
On pourrait arrêter ici.



Vers le Bardo du Dharmata, un intervalle sans confusion

Khenchen Thrangu Rinpoché

Je voudrais, encore une fois, vous souhaiter la bienvenue ici ce soir. Je continuerai mon explication des bardos, mais auparavant, laissez-moi souligner qu'il est important de ne pas traiter ce sujet simplement comme quelque chose que je vous dis et que vous entendez. Il faut que cette information devienne effectivement utile et bénéfique pour vous, mais le degré d'utilité réelle dépend tout d'abord du fait de recevoir la bénédiction de la lignée. Pour cela, je vais, comme je l'ai fait les deux soirées précédentes, réciter la supplication traditionnelle de la lignée. Je vous prie de m'accompagner dans une attitude de foi et de dévotion.

Le prochain sujet dans notre présentation des bardos est la pratique de l'éjection ou du transfert de la conscience, phowa. C'est donc la suite de la discussion du second bardo, du bardo douloureux du moment de la mort. Selon la tradition, on donne à ce stade du parcours des bardos quelques instructions de phowa. Le vajrayana se caractérise principalement par la diversité de ses méthodes. Cette approche consiste à donner au pratiquant un ensemble de méthodes qui vont lui permettre de gérer toutes sortes de situations ou de problèmes, de manière à pouvoir appliquer une deuxième méthode si la première ne fonctionne pas. Vous trouvez donc ici les instructions pour le bardo du moment de la mort. Ceci vous permettra peut-être de les utiliser et de traverser ce bardo sur le chemin, mais au cas où cela ne fonctionnerait pas, vous aurez également les instructions pour le bardo suivant, le bardo du dharmata, et ainsi de suite. Dans tous les cas, il est important d'avoir une certaine compréhension du transfert ou de l'éjection de la conscience.

Phowa est une technique particulière basée sur le lien entre le corps et l'esprit. Comme nous l'avons vu, quand vous mourrez, vos perceptions de toutes les choses changent énormément, la manière dont les choses vous apparaissent change beaucoup, et la raison de cela est que votre corps et votre esprit se séparent.

Lorsque vous êtes en vie, votre corps et votre esprit sont tellement reliés entre eux qu'ils semblent ne former qu'une seule chose. Les expériences semblent être à la fois physiques et mentales.

En fait, pour être plus précis, c’est comme si notre esprit habitait l'intérieur de notre corps. Maintenant, vu sous cet angle, nous dirons que l'esprit est un résident à l'intérieur du corps, et qu'il y a neuf entrées ou portes, qui correspondent aux orifices majeurs du corps, par lesquels l'esprit quitte le corps au moment de la mort.

Maintenant, il a été dit par le pandit Naropa, « Huit portes forment les entrées du samsara, et une porte représente le chemin du mahamoudra ».

La signification en est que, si au moment de la mort, votre conscience quitte votre corps par n'importe quel orifice autre que celui qui correspond à l'ouverture du sommet du crâne, cela engendrera pour vous une renaissance dans le royaume du samsara correspondant à cet orifice – comme par exemple dans le royaume des enfers, celui des prétas, ou des animaux.

Cependant, la technique de phowa consiste à bloquer les huit autres orifices pour que, de cette manière, votre conscience s'échappe seulement par le haut de votre tête.

Maintenant, quelles sont les caractéristiques ou conditions requises pour la personne qui pratique ou accomplit phowa ? Si quelqu'un a une excellente préparation et réalisation du mahamoudra ou du dzogchen, il n'aura pas besoin de la pratique de phowa, parce qu'au moment de sa mort, il sera certainement libéré dans le dharmata, dans la nature des choses (ou claire lumière)

Maintenant, malgré cela, d’après les récits que nous avons de leur vie, certains mahasiddhas semblaient pratiquer phowa au moment de leur mort. En fait, cette présentation de phowa par certains mahasiddhas n’est qu’un enseignement visuel destiné à initier les gens à cette pratique; ce n'était pas qu'ils avaient besoin spécialement de s'entraîner à l'éjection de la conscience. Lord Marpa en est l'exemple même, qui à la fin de sa vie s'assit très droit et dit: "Si vous pratiquez l'éjection de la conscience, faites le comme ceci", et immédiatement il expulsa sa sagesse en une forme lumineuse sphérique de cinq couleurs, depuis le sommet de son crâne jusqu'à l'espace. En fait, il ne faisait pas vraiment phowa - il avait déjà réalisé quelque chose de supérieur à cela - mais il le mimait comme une forme d'entraînement.

Si ceux qui ont parfait leur réalisation n'ont pas besoin de pratiquer phowa, qui donc en a besoin ? C'est nous autres, nous qui connaissons quelques progrès dans la pratique mais qui ne sommes pas si sûrs de pouvoir nous libérer spontanément au moment de la mort dans la nature de toutes choses. A quel moment est-ce que quelqu'un doit effectuer cette éjection de conscience ? Cela devrait être fait après la dissolution des éléments grossiers - terre, eau, feu, et vent - avant l'instant où se produit la dissolution finale des éléments subtils.

Il y a deux aspects dans la pratique de phowa. L'un est l'entraînement, qui est réalisé durant notre vie, en vue d'effectuer l'éjection véritable au moment de la mort; et la seconde est l'éjection concrète au moment de la mort. Il y a aussi de nombreuses et différentes sortes de phowa, que l'on peut ordonner en types deux, trois, cinq, etc.

D'abord, on a ce que l'on appelle le phowa dharmakaya, qui est l'éjection de la conscience dans le dharmakaya lui même. C'est le type de phowa qui est effectué par ceux qui ont un grand degré de réalisation.

Lorsque quelqu'un a une complète réalisation du mahamoudra ou du dzogchen, alors, au moment de sa mort, par le pouvoir de sa réalisation, il est spontanément ou automatiquement libéré dans la sphère de la nature de toutes les choses. Cela est appelé le phowa du dharmakaya. Ce n'est pas vraiment intrinsèquement une technique de phowa qui doit être travaillée séparément. Le second type de phowa est appelé sambhogakaya phowa. Ce phowa est fait par un pratiquant qui a une pratique stable de l'étape de génération de son yidam, ce qui veut dire qu'il a réellement vu le visage du yidam. Il a véritablement terminé entièrement sa pratique de yidam, et il a, par conséquent, une expérience certaine de ce que l'on appelle le corps illusoire.

Un tel pratiquant, par le pouvoir de sa réalisation, se retrouvera naturellement immédiatement transporté au moment de sa mort au pur royaume de son yidam. Par conséquent, il n'a pas besoin de s'entraîner à une technique particulière de phowa. Néanmoins, son transfert est appelé le sambhogakaya phowa.

Le phowa qui est vraiment pratiqué comme technique distincte est appelé le Phowa du nirmanakaya. La véritable pratique du phowa-nirmanakaya commence avec la prise de refuge préliminaire dans les trois joyaux et la génération de la bodhicitta. Puis, la pratique véritable consiste à cordonner l’application des trois techniques, qui sont la technique physique, la technique respiratoire et la visualisation. La technique physique est la posture que vous prenez lorsque vous pratiquez phowa. Le point essentiel de cette posture étant que votre dos soit le plus étiré et droit que possible. Ceci pour la raison que la technique de phowa repose sur le travail avec le canal central, l’avadhuti, et sur l’utilisation de l’avadhuti comme voie pour expulser votre conscience depuis le sommet de votre tête. Cependant, cela est plus efficace si votre dos est étiré. Afin de l’étirer, vous redressez votre dos.

Le second aspect de la pratique est la respiration, et le point clé ici est que vous reteniez un peu votre souffle, et ensuite, au moment où vous exécutez la visualisation de l’expulsion de votre conscience en partant de votre cœur à travers l’avadhuti et jusqu’au sommet de votre tête, vous exhalez et laissez aller votre souffle, vous laissez votre souffle s’échapper. Le troisième point est la visualisation qui comporte plusieurs éléments. Le premier, comme nous l’avons vu, est la fermeture ou le blocage de ce que l’on nomme les portes impures, qui sont les ouvertures ou orifices du corps. Si votre conscience sort par l’un d’entre eux, ceci causera la renaissance dans le samsara. Ce sont les huit suivants (de bas en haut) : l’anus, l’urètre, le nombril, la bouche, le nez, les deux oreilles (comptant comme un seul) les deux yeux (comptant comme un seul) et l’entre sourcils. Ce sont les huit portes impures. Elles sont scellées en visualisant une syllabe HRI à l’extérieur, tout contre chacune d’entre elles, empêchant ainsi la conscience de quitter par ces portes.

Le second aspect de la visualisation est lorsque vous visualisez dans le centre de votre corps, en commençant cette fois ci par le cœur, et en l’étirant vers le sommet de votre tête, un canal de lumière, le canal central ou l’avadhuti en sanscrit. A ce moment, le canal ressemble à un tube de lumière qui remonte directement sans obstacle et sans distorsion de toute sorte ou obstruction. La seule autre caractéristique qu’il possède est, au sommet du crâne, de s’élargir comme la bouche d’une trompette ; donc il s’évase au sommet. Et au-dessus de l’ouverture de l’avadhuti, juste au milieu du sommet de votre tête, vous visualisez, le plus souvent lors de la pratique de phowa, le bouddha Amithabha. Mais, alternativement, et en accord avec le pratique spécifique que vous utilisez, vous pouvez être incité à visualiser votre yidam particulier, etc. En outre, vous visualisez, initialement dans votre cœur, soit une goutte de lumière, soit la figure de votre déité. Ce que vous visualisez exactement dépendra de la forme particulière de pratique de phowa que vous utilisez. Celui des trois que vous utilisez ne fait aucune différence. L’idée est que ce que vous représentez par n’importe laquelle de ces trois visualisations est votre esprit, qui est inséparable des vents subtils qui le portent. Ainsi, ceci est désigné sous le nom de la réalisation inséparable des vents et de l’esprit [Tib: rlung sems dbyer med].

La pratique s'effectue en projetant cette goutte ou syllabe ou déité vers le haut, à travers le canal central et en la faisant sortir par le sommet du crâne, en coordination avec la respiration comme nous l'avons décrit précédemment.

En pratiquant ceci dans la vie normale, c.a.d. à une heure autre que l'heure de la mort, vous la projetez jusqu'au sommet du crâne et la ramenez ensuite vers le bas.

La répétition de ceci constitue la partie principale de la pratique.

Si par exemple vous visualisez Amithaba assis au dessus de votre tête en tant que cible du phowa, vous devez penser que ses pieds bloquent véritablement l'ouverture du sommet de votre tête, et au moment de la projection de votre conscience vers le haut, celle-ci touche uniquement les plantes de ses pieds et revient vers le bas, pour réessayer une nouvelle fois etc. L'entraînement du phowa consisterait en la répétition de ce type de visualisation. En pratiquant cette expulsion de la conscience hors du corps il existe un petit risque de raccourcir votre période de vie.

Afin d'y remédier et pour éviter que cela ne devienne un problème, on visualise habituellement que la lettre HUM, un double vajra d'or ou quelque chose de semblable, bloque l'ouverture qu'on a visualisé au sommet de la tête, de manière à garder la conscience fermement ancrée dans votre corps : On génère cette visualisation de manière soutenue à la fin de chaque session de pratique formelle.

Vous vous rappelez certainement que j'ai parlé de cinq types de phowa.

Nous venons de parler du troisième type.

Le quatrième type est appelé gourou-phowa : pendant cet entraînement vous essayez d'éjecter véritablement votre conscience dans le corps visualisé de votre maître racine.

C'est une forme de phowa basée sur une confiance et une dévotion insurpassables pour le maître, et sur laquelle on n'insiste pas beaucoup de nos jours.

Le cinquième type s'appelle le phowa céleste, ou kachari-phowa, et il existe sous différentes formes.

Une des pratiques de cette catégorie implique la pratique de rêves lucides afin de s'entraîner à l'approche et au transfert dans des royaumes purs.

Par une telle pratique, en cultivant le rêve lucide et l'état de rêve, on obtient la capacité d'envoyer, à volonté, son esprit hors du corps vers des royaumes purs tel que les royaumes des cinq bouddhas des cinq familles de bouddhas, comme Amitabha et ainsi de suite.

Et si vous gagnez ce genre d’accoutumance avec un royaume particulier durant votre vie, vous pourrez y renaître après votre mort.

Donc, parmi les cinq types de phowa, celui qui est vraiment pratiqué et utilisé dans l’entraînement et la préparation à la mort est le troisième, qui est le phowa nirmanakaya que nous avons présenté.

Maintenant, la manière de réaliser ce phowa lorsque vous l’appliquez vraiment au moment de votre mort est, comme il a été dit, quelque peu différente de la manière de le pratiquer de votre vivant. D’abord, la chose la plus importante à propos de la réalisation de phowa au moment de la mort est que vous n’ayez aucun absolument attachement aux choses de cette vie. L’attachement à cette vie et aux choses de cette vie gênera sérieusement votre capacité à réaliser l’éjection de la conscience. Et, en outre, si vous y pensez vraiment, l’attachement aux choses de cette vie ne vous aidera pas au moment de la mort en aucune manière. Donc, le premier point consiste à complètement lâcher prise de cette vie.


Le second point est que, lorsque vous essayez de réaliser l’éjection de votre conscience, si vous êtes gênés ou agités par l’apparition de kleshas comme la colère ou la jalousie, etc., cela vous distraira et contrariera aussi l’intensité de la visualisation qui est nécessaire pour procéder effectivement au transfert. Ainsi, vous avez besoin d’une visualisation très stable qui est non gênée et non distraite que ce soit par l’apparition de kleshas ou d’attachements aux choses de cette vie.

Maintenant, il y a une grande différence entre pratiquer phowa pendant votre vie et l’appliquer réellement au moment de la mort. Lorsque vous pratiquez phowa alors que vous êtes tout à fait vivants et que votre esprit est encore bien installé dans votre corps, votre esprit ne quittera pas en réalité votre corps. Et ainsi, dans un sens, vous trouverez que ce que vous pratiquez est comme prétendre que quelque chose qui n’arrivera pas se produit. Quoi qu’il en soit, lorsque vous serez sur le point de mourir et que vous ferez cette même visualisation, cela se produira. Il en découle quelques différences dans la visualisation. Par exemple, que vous visualisiez votre yidam ou le bouddha Amitabha comme objet ou objectif du transfert, au moment de la mort vous ne visualiserez pas que son pied bloque le sommet de votre tête.

Vous les visualiserez un cubit au-dessus de votre tête. [Note de l’éditeur : un cubit est la distance entre la pointe du coude et le bout du majeur déployé.] Et plutôt que de simplement toucher le pied de la déité ou du Bouddha, lorsque vous réalisez l'éjection, vous visualisez que votre conscience sous la forme de la goutte, ou de la syllabe, ou du sceptre de la déité, quelque soit la spécificité de votre pratique de phowa, s'envole complètement hors de votre corps et monte à travers le corps de la déité jusqu'à ce qu'elle atteigne le cœur de la déité et s'installe là.

Maintenant, je réalise que le phowa en lui-même n'est pas réellement un sujet qui est inclus dans la discussion sur les bardos, mais c'est ce qu'on pourrait appeler une parenthèse utile, et c'est présenté comme une parenthèse utile, à ce point, dans les commentaires traditionnels. Il est important de parler de cette pratique parce que, si vous la pratiquez réellement, elle vous aidera beaucoup au moment de la mort.

Notre véritable sujet pour ce soir est le troisième bardo, qui est appelé le bardo lumineux du dharmata [Note de l'éditeur : littéralement dharmata, bardo de luminosité; dharmata, bardo de la claire lumière; ou dharmata, bardo de la clarté rayonnante (Tib: chos nyid .od gsal gyi bar do)]. Le bardo lumineux du dharmata commence lorsque les étapes de dissolution présentées la nuit précédente sont achevées. Donc, après la dissolution des éléments grossiers dans le dharmadhatu, la base essentielle, la luminosité de la base - ou la représentation de la base – émerge. La durée de l'apparition de la luminosité de base et sa représentation dépendent largement du degré d'entraînement de l'être particulier qui vient juste de mourir. Lorsque quelqu'un s'est entraîné à la méditation et à l'absorption méditative ou samadhi, le laps de temps pendant lequel il est capable, sans distraction aucune, de ne pas utiliser son esprit pendant sa vie est appelée une journée de méditation. Et lorsque, dans les commentaires du bardo, on parle du premier, du deuxième, du troisième jour, on se réfère aux jours de méditation.

Ainsi, à la base, la durée de l'apparition de la luminosité sera cinq fois le temps total pendant lequel cette personne pouvait, de son vivant, ne pas utiliser son esprit dans un état de complète non distraction. Donc, si par exemple quelqu'un s'est entraîné à la méditation au point de pouvoir ne pas utiliser son esprit pendant une heure sans la moindre distraction, le troisième bardo – le bardo du dharmata – durera alors cinq jours, qui seront appelés cinq jours de méditation. Si quelqu'un peut ne pas utiliser son esprit pendant cinq minutes, alors son expérience du bardo du dharmata durera vingt-cinq minutes, qui seront aussi appelés cinq jours de méditation, un jour de méditation étant aussi long que la personne peut ne pas utiliser son esprit. Et si une personne n'a pas le moindre entraînement en méditation et ne peut garder son esprit sans distraction pour aucune durée, alors la luminosité de la base et ses apparitions seront expérimentés très, très rapidement. Elles apparaîtront et disparaîtront quasi- simultanément. Si quelqu'un a beaucoup d'entraînement, et bien il sera capable de ne pas utiliser son esprit sans distraction pendant une très longue période, et alors les apparitions du bardo du dharmata pourraient durer de nombreux jours.

De toute façon, sans tenir compte de l'entraînement de la personne, l'expérience du bardo du dharmata aura lieu à coup sûr. Les apparitions surgiront sans aucun doute. La seule variation est dans leur durée. Plus l'entraînement de la personne sera important, plus la durée du bardo sera longue et si son entraînement est moindre, ce sera d'autant plus court.

Maintenant, afin de comprendre la raison de ceci, il est nécessaire comprendre la vue essentielle des apparitions défendue par cette tradition. La vue essentielle est que les apparitions dont nous faisons l'expérience sont des projections confuses. * [*Note de l'éditeur : ce terme (Tib. : khrul snang) est parfois traduit par projections illusoires, et, d'autres fois, par apparitions confuses, apparitions trompeuse ou apparitions erronées.] En d'autres termes, ce sont des apparitions qui n'existent pas vraiment comme elles semblent être. Ce qui arrive au moment de la mort, précisément durant le bardo, est ceci : Comme les conditions qui ont produit les apparitions précédentes de la vie précédente ont cessé d'être présentes, ces apparitions ont cessé d'être expérimentées et, comme les conditions qui produiront les apparitions de la prochaine vie n'ont pas complètement pris effet, les apparitions de la prochaine vie ne sont pas encore apparues. Ainsi, il y a un espace, un intervalle ou bardo, sans confusion. Le point-clé, ici, consiste à reconnaître la nature essentielle à ce moment. La nature essentielle sera expérimentée sans aucun doute. La question est de savoir si elle sera ou pas reconnue.

Maintenant, il y a une analogie simple qui pourrait être donnée pour [illustrer] ce qui se passe à ce moment dans le bardo. Pensez aux apparitions de cette vie comme si elles apparaissaient sur un écran de télévision. Même si une télévision est une boîte ou un conteneur relativement petit, elle contient quand même tout un monde d'apparitions. Nous pouvons voir des montagnes et des rivières, des arbres et ainsi de suite, tous projetés sur l'écran de la télévision. Maintenant, supposez que la télévision soit éteinte et laissée pendant un court moment, et puis qu'elle soit rallumée un certain temps plus tard. Dans ce cas, éteindre la télévision c'est comme une vie qui se termine et l'allumer plus tard, c'est comme le commencement de la vie suivante. De même que dans cette situation il y aurait un espace ou un intervalle où il n'y aurait pas de télévision, de la même manière, dans ce bardo il y a un espace ou un intervalle où il n'y a pas de projections confuses, pas de projection de confusion. Maintenant, si la nature fondamentale, le dharmata, ou la luminosité de la base, qui est vécu sans confusion à ce moment, est reconnue, c'est ce qu'on appelle la réunion de la mère et de l'enfant. La luminosité mère se réfère à la nature proprement dite, et l'enfant se réfère à l'expérience méditative de la luminosité cultivée par le pratiquant au cours de la vie précédente. À ce stade, si les pratiquants du dharma peuvent méditer dans cette situation, alors, leur expérience antérieure partielle de la luminosité devient complète, parce qu'elle rencontre directement la mère, la luminosité originelle elle-même.

Maintenant, ce qui est initialement expérimenté dans le bardo du dharmata est appelé la luminosité de la base. Et la luminosité de la base est ce qui est appelé prajñaparamita dans les soutras. C'est ce qui est appelé dans les enseignements madhyamika la vérité absolue, la vacuité. C'est ce qui est appelé dans les enseignements mahamoudra la grande sagesse non conceptuelle. C'est la vraie nature de toutes choses et un état qui est au-delà de la confusion de l'esprit. Dans la voie soutrique, nous tentons de réaliser cette vraie nature par l'analyse logique. Dans les voies tantriques, nous tentons de l'expérimenter après qu’elle nous ait été révélée directement. Dans le cas de l'expérience de cette vraie nature dans le bardo, elle apparaît naturellement dans l'expérience de chacun. Et elle apparaît simplement parce que, comme nous l'avons vu l'autre soir, les huit types de conceptualités ou pensées connectées aux kleshas ont cessé. Toutefois, bien qu'elle apparaisse à chacun à ce moment du processus de la mort, il se peut qu'elle ne soit pas reconnue. C'est afin de la reconnaître que nous avons besoin de nous entraîner à la méditation. Parce que, bien qu'elle apparaisse, si elle n'est pas reconnue, alors, quand sa durée, quelle qu'elle soit, se sera écoulée, la confusion réapparaîtra comme avant.

Afin de se préparer à cette phase du bardo, on doit cultiver un type de samadhi, ou de méditation, particulier. Dans les instructions des mahasiddhas du passé, il y a à la base deux approches pour le faire. Elles s'appellent prendre la connaissance inférentielle valide comme voie et prendre la connaissance valide directe comme voie. Ces deux approches n'existent pas seulement en tant qu'approches concernant le bardo mais en tant que deux aspects ou styles de pratique distincts et importants du dharma en général.

Le premier d'entre eux, prendre la connaissance inférentielle valide comme voie, utilise le raisonnement logique afin de déterminer la nature réelle des choses. Elle utilise votre intelligence, votre capacité à raisonner clairement, avec réflexion, dans le but de déterminer correctement que les choses ne sont pas ce à quoi elles ressemblent. La pratique consiste à la base à penser très, très attentivement. Pour donner un exemple rapide, si vous deviez prendre en considération la nature des apparitions, vous pourriez dire, ma foi, quelle est la nature réelle de ce qui apparaît ? Ensuite, par l'analyse détaillée, vous détermineriez que les substances grossières qui vous apparaissent sont véritablement composées de particules et n'ont pas d'existence d'aucune sorte comparable à ce qu’elles semblaient être. Vous détermineriez que ce que cela semble être [chaussures, bateaux et cire à cacheter, choux et rois] n’est qu’impositions ou imputations mentales. Ensuite vous détermineriez que les particules qui font exister ces objets eux-mêmes n'ont, l'une après l'autre, pas d'existence substantielle ou matérielle, et que l'existence de tous les matériaux identiques n'est simplement qu'une imputation mentale.

Ensuite, vous devriez vous mettre à examiner le statut de votre cognition, ou esprit, et déterminer que c'est une série d'instants discontinus qui n'ont pas de durée. * [Note de l'éditeur : c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'instant de cognition de base, aussi petit soit-il, dans la mesure où ils sont infiniment divisibles en commencement, milieu et fin.]

Ce genre d'analyse est la base pour parvenir à la compréhension exprimée dans le Soutra du Cœur, par exemple, où il est dit, Pas d'yeux, pas d'oreilles, pas de bouche, pas de nez... et ainsi de suite. L'approche de base consiste à décomposer les choses de plus en plus. ** [Note de l'éditeur : Trouver ainsi par l'analyse qu'aucune matière, ne serait-ce que la plus petite unité de matière de base ou le plus petit instant de temps, ne puisse être une particule ou un instant substantiel ou réel parce qu'il est encore divisible et que, en conséquence, la matière et le temps ne peuvent pas vraiment exister]. Vous utilisez l'analyse de cette manière au point de résoudre, de manière décisive, la véritable nature des choses et, ensuite, vous méditez dans la confiance de la compréhension de cette nature. Ceci est, essentiellement, la première approche qui considère l'inférence, ou la cognition inférentielle valide, comme la voie.

Maintenant, quand ce genre d'analyse est conduit consciencieusement, il résout deux choses qui sont appelées l'absence de Soi des personnes ou des individus et l'absence de Soi*** des choses ou dharmas en général. [Note de l'éditeur : l'absence de Soi, dans les écrits de Chögyam Trungpa Rinpoché est appelée absence d'ego. L'absence d'ego en un volet est l'équivalent de l'absence de Soi des personnes. L'absence d'ego en un volet et demi est l'absence de Soi des personnes, plus l'absence d'existence inhérente des phénomènes, tandis que l'absence d'ego en deux volets est l'absence de Soi des personnes, l'absence d'existence inhérente des phénomènes, plus l'absence d'existence inhérente de la conscience. Dans l'interprétation de Thrangu Rinpoché ici, l'absence de Soi des dharmas - les phénomènes – inclut les deux moitiés du second volet de l'absence d'ego. La vue présentée par Trungpa Rinpoché était la vue de Maitreya et, donc, elle appartient à la vue shentong, alors que, dans ce contexte de la méditation analytique, Thrangu Rinpoché présente la vue rangtong de Nagarjuna et Chandrakirti. Dans la dernière vue, puisque les phénomènes existent seulement par dépendance à la conscience qui les perçoit et que les consciences existent seulement par dépendance au phénomène qu'elles perçoivent, c'est un non-sens de les examiner ou de les catégoriser comme s'ils étaient des entités indépendantes.] L'absence de Soi des personnes est l'absence d'existence inhérente des personnes ou des individus et l'absence de Soi des dharmas est l'absence d'existence inhérente des dharmas en général. Le format de base de ce genre de méditation et d'étude a été établi très clairement. D'une manière générale, il vient des instructions du Seigneur Nagarjuna et fut transmis et introduit au Tibet par le Seigneur Atisha. Ces instructions existent, et nous les utilisons, mais nous ne les utilisons pas comme notre technique principale de méditation. La raison en est que, tout d'abord, dans l'application de cette approche de la méditation, beaucoup d'étude rigoureuse est nécessaire et c'est seulement après que cette étude ait été engagée que vous pouvez commencer le processus tout aussi rigoureux d'un examen, en appliquant ce qui a été appris par l'étude. Et par cet examen et cette analyse, vous développez graduellement la certitude quant à la nature des choses comme elles ont été analysées. Mais à ce moment là, lorsque vous commencez cette analyse et que la certitude en naît comme une base pour la pratique de la méditation, il semble que cela prenne très longtemps pour développer réellement une réalisation méditative. Donc, selon la lignée des instructions extraordinaires [vajrayana], il est traditionnel d'utiliser ce genre de raisonnement analytique comme mode d'étude ou de réflexion mais pas comme technique principale de méditation.

Lorsqu'on en vient à la pratique concrète de la méditation, nous insistons sur l'autre approche, qui consiste à prendre la cognition valide directe comme voie. Selon cette approche, dans laquelle nous utilisons l'expérience directe comme base de la technique de méditation, nous ne nous soucions pas trop du statut existentiel des choses externes. Si les choses extérieures qui nous apparaissent sont vides, c'est bien. Si elles ne sont pas vides, c'est bien aussi. Parce que notre problème, notre situation est réellement causée et déterminée par notre esprit. Donc, à partir de ce point de vue, nous dirons que ce qui est le plus important comme objet d'examen est l'esprit lui-même. Nous faisons l'expérience du bonheur et de la tristesse, nous faisons l'expérience de l'attachement et de l'aversion, nous faisons l'expérience de la foi et de la dévotion, et toutes ces expériences sont des pensées ou des styles de pensées qui apparaissent dans notre esprit. Elles ne sont pas produites par des objets externes. En conséquence, ce sont nos esprits eux-mêmes qui doivent être examinés et c'est la vraie nature de nos esprits qui doit être reconnue.

Maintenant, nous ne regardons jamais nos esprits, généralement. Nous n'examinons jamais nos esprits pour voir en quoi ils consistent réellement. Nous formulons l'hypothèse habituelle et sous-jacente que nos esprits existent et nous avons tendance à supposer qu'ils doivent avoir une certaine existence et des caractéristiques substantielles. Mais nous n'avons jamais vraiment vérifié, pour voir. Nous n'avons jamais vraiment jeté un coup d'œil à nos esprits pour voir s'ils existent bien ou pas.

Maintenant, quand vous regardez directement votre esprit, ce que vous n'avez probablement jamais fait, ce que vous découvrez, c'est que votre esprit est la nature des choses, que votre esprit est le dharmata lui-même. Les caractéristiques de l'esprit évidentes et pleinement manifestes sont les caractéristiques de la nature ultime. Et ceci peut être vu et est vu directement par vous en tant qu'individu, et cette vision n'a absolument rien à voir avec le raisonnement logique ou l'élaboration des inférences de quelque sorte que ce fut. Parce que c'est votre esprit, vous êtes la seule personne qui peut directement faire l'expérience de votre esprit. Et c'est pour vous la chose la plus facile à regarder et la chose plus facile dont vous puissiez faire l'expérience directement comme individu. Personne d'autre ne connaît votre esprit mais vous, vous connaissez votre esprit.

Maintenant, comment regardez l'esprit ? Vous pourriez commencer en cherchant à voir où l'esprit se trouve. Est-il à l'intérieur du corps ou à l'extérieur ? Certes, vous pourriez dire qu'il n'est pas à l'extérieur du corps mais s'il est à l'intérieur, où est-il exactement ? Pouvez-vous le localiser ? Et, si vous trouver où il se trouve, combien d'espace occupe-t-il exactement ? Quelles est la taille de votre esprit ? Est-il grand ou petit ? Et quelles caractéristiques substantielles, comme la couleur, la forme, etc., a-t-il ? Quand vous essayez de trouver et d'examiner l'esprit, en posant ces diverses questions et en cherchant les réponses, pas par le raisonnement mais par ce dont vous faites l'expérience quand vous le regardez et que vous le cherchez, vous découvrez graduellement qu'il n'y a rien à trouver. L’esprit ne semble être nulle part. En fait, l'esprit semble être complètement non existant. Vous découvrez que, en fait, nous avons seulement tout le temps entretenu cette supposition que l'esprit existait et de nouveau il ne semble pas qu'il y ait là quoi que ce soit.

Maintenant, vous pourriez penser à ce moment que vous ne trouvez pas l'esprit parce que vous ne regardez pas de la bonne manière, que vous ne savez pas comment regarder, mais ce n'est pas le cas. Où vous pourriez penser que vous ne trouvez pas l'esprit parce que l'esprit est trop petit ou parce que l'esprit est trop subtil ou parce que l'esprit est trop transparent, trop diaphane pour être vu. Mais, en fait, ce n'est pour aucune de ces raisons que vous ne pouvez pas trouver l'esprit. La raison pour laquelle vous ne pouvez rien trouver quand vous cherchez votre esprit est que l'esprit n'est pas un soi. L'esprit n'a pas d'existence réelle ou inhérente, c'est ce que le Bouddha voulait dire quand il parlait d'absence de Soi et quand il parlait de vacuité, c'est ça, exactement. Et quand vous avez vu que votre esprit n'a aucune existence, vous n'avez nul besoin de demander à qui que ce soit ce qu'est cette nature, ce qu'est la vacuité et ainsi de suite. C'est quelque chose dont nous pouvons faire l'expérience, chacun d'entre nous en tant qu'individus, pour nous-mêmes, dans nos propres esprits. C'est très important. Et la première chose que vous devez comprendre à ce sujet est que ce n'est pas une sorte de doctrine ou de croyance. Ce n'est pas quelque chose que vous devriez adopter sur la base de la foi ou de l'autorité. Vous ne devriez pas avoir l’attitude : « Bon, le lama a dit qu'il n'y a pas d'esprit, donc ça doit bien être comme ça, il ne doit pas y avoir d'esprit. » Ou : « J'ai entendu qu'il n'y a pas d'esprit, que l'esprit n'existe pas, bien, ça doit être vrai. » Ceci n'a absolument rien à faire avec ce qui vous a été dit sur l'esprit parce que c'est quelque chose que vous pouvez voir en tant qu'individu pour vous-même. Et ce n'est pas quelque chose qui soit difficile à découvrir, en aucune manière. A chaque fois que vous voudrez bien regarder votre esprit, vous verrez ceci tout de suite. Ce n'est pas seulement facile à voir, mais il vous est impossible de regarder votre esprit et de ne pas constater qu'il n'y a rien à voir. Alors, s'il vous plaît, regardez votre esprit.

Maintenant, lorsque vous regardez votre esprit pendant votre vie, vous voyez la nature basique au milieu des apparitions grossières de cette vie. La différence entre le regarder maintenant et le regarder pendant le bardo du dharmata est que, lorsque vous regardez cette même nature dans le bardo du dharmata, aucune apparition ne viendra vous en distraire ou l'obscurcir. Aussi, si, à ce moment, vous avez une reconnaissance de cette nature, alors, cette reconnaissance de cette nature basique et l'immersion en elle deviendront très puissantes. Le bardo du dharmata comprend deux phases. Ce dont nous avons discuté, la luminosité de la base, qui est aussi appelée la luminosité du dharmakaya fondamentalement pur, est la première phase. Lorsqu'on émerge de cette phase, dans laquelle il n'y a absolument aucune apparition, il y a une seconde phase qui implique les apparitions qui sont appelées apparitions spontanées du dharmata, consistant en des apparitions telles que de la lumière, des rayons lumineux, des sons variés, des gouttes ou des sphères de lumière, et ainsi de suite. Mais je ne veux pas aller plus loin à ce sujet ce soir parce que j'ai peur que si nous traitons trop de choses en une seule soirée, vous oubliez la première chose en ne vous souvenant que de la seconde. Ce que nous avons parcouru tout de suite est si important que je ne veux pas l'éclipser en le faisant suivre de quoi que ce soit d'autre.

Mais s'il y a des questions que vous souhaiteriez poser, allez-y s'il vous plaît.


Question : Dans l'application de la cognition valide inférentielle dans une technique de méditation qui, dans sa forme basique, utilise la cognition valide directe, est-ce que l'on prolonge la cognition valide inférentielle jusqu'à ce qu'elle se transmute en cognition valide directe ou bien est-ce qu'on l'abandonne consciencieusement ou qu'on laisse de côté la cognition valide inférentielle et qu'on transfert son attention à une discipline différente ou à la cognition valide directe ?


Rinpoché : l'une des manières traditionnelle qui a été expliquée est que l'on commence par créer une cognition valide inférentielle correcte de la vacuité, de la nature des choses et, sur la base de détermination inférentielle de la nature, alors on peut créer une cognition valide directe de cette même nature. Ce que ceci implique initialement, c'est de développer une certitude conceptuelle de la nature des choses, en bref, une certaine compréhension de la signification de la déclaration selon laquelle tous les dharmas ou toutes les choses sont vides. Ce que l'on entend par certitude ici, selon les instructions des maîtres du passé, c'est une telle intense certitude, une telle conviction absolue que, peu importe qui pourrait venir devant vous et dire : Ce n'est pas vrai, tous les dharmas ne sont pas vides, cela ne pourrait ébranler ou vous troubler le moins du monde dans votre conviction.
Maintenant, ayant d'abord acquis une telle conviction par l'analyse de la cognition valide inférentielle, on peut s'employer à l'affiner en y pensant encore et encore.
Graduellement, la clarté ou l'intensité de la certitude devrait grandir et par ce processus alors, son contenu conceptuel devrait s'affiner de plus en plus par l'accroissement de la clarté de cette certitude jusqu'à ce que cela devienne, à un certain moment, une cognition valide directe de la vacuité.


Question : Rinpoché, si, comme vous l’avez dit, les apparitions de la vie précédente ont cessé et que les apparitions de la suivante n’ont pas encore commencé dans cette phase du bardo du dharmata, alors comment est-il possible pour la conscience de cet être de ne pas reconnaître cette nature quand elle se manifeste. Et si elle n’est pas reconnue, à quoi ressemble exactement l’expérience de cette conscience dans le bardo ?


Rinpoché : Bien, en réponse à la première question, la raison pour laquelle il est possible pour un être dans cette phase du bardo de ne pas reconnaître la luminosité de la base est l'ignorance co-émergente, le niveau d'ignorance le plus subtil et fondamental qui persiste même en l'absence de ce qui pourrait être appelé confusion manifeste ou perplexité. C'est quelque chose dont nous pouvons faire l'expérience dans nos propres vies. Par exemple, lorsque nous regardons nos esprits, comme on nous a appris à le faire, il n'y a absolument aucune raison que nous n'en fassions pas l'expérience. En fait, il n'y a absolument aucune raison pour laquelle nous ne devrions pas faire l'expérience de nos esprits continuellement, car, dans un sens, nous en faisons l'expérience de toute façon. Pourtant, nous ne le faisons pas. * [Note de l'éditeur : on ne sait pas clairement ici si l'intention de Rinpoché était la « reconnaissance ininterrompue de la véritable nature de l'esprit » ou la « reconnaissance continue de la véritable nature de l'esprit ». Le premier cas sous-entendrait la bouddhéité, le second cas, que nous reconnaîtrions constamment des intervalles dans notre confusion.] Et lorsque nous avons vraiment quelque expérience de la nature de notre esprit dans la méditation, y ayant été introduit, ensuite, lorsque nous sortons de cette méditation, nous la perdons, nous retournons à la même confusion que celle où nous étions auparavant. Nous pourrions dire, de même, qu'il n'y a pas non plus de raisons pour que la confusion recommence, mais c'est le cas, à cause de l'habitude ou de la continuité de l'ignorance subtile.
En ce qui concerne la seconde question : Quelle est l'expérience d'un être qui ne reconnaît pas la luminosité de la base mais qui en fait néanmoins l'expérience – la réponse est qu'il n'a pas beaucoup d'expérience du tout. Ça ressemble beaucoup à ce qui se passe quand nous allons dormir. En fait, chaque fois que nous allons dormir, c'est une version moins intense ou plus subtile des mêmes étapes de dissolution qui surviennent que quand vous mourrez. Mais, bien qu'ils apparaissent à chaque fois que nous allons dormir, nous ne les reconnaissons pas lorsqu’ils se passent, pas plus que nous ne nous en souvenons. En fait, quand nous allons dormir, bien qu'il y ait un moment spécifique où vous passez effectivement de l'état éveillé à celui de sommeil, il est rare que nous en soyons conscients. En fait, nous ne souvenons même pas être allés nous coucher, pas plus que nous ne nous souvenons exactement du moment où nous nous sommes endormis. C'est la même chose lorsqu'un être meurt. Lorsqu'un être meurt et va dans le bardo, bien qu'il fasse l'expérience de la luminosité de la base à ce moment, il n'est pas conscient d'en faire l'expérience. Il n'est, en fait, pas plus conscient d'être mort ou quoi que ce soit de ce genre. Ainsi, ça ressemble beaucoup à ce qui arrive quand vous allez vous coucher.


Question : Dans le contexte des cinq voies, à quel stade de ces cinq voies pourrait-on dire qu'un pratiquant reconnaîtra sans aucun doute la luminosité de la base dans ce bardo ? Rinpoché : Bien, quand nous considérons les cinq voies, * à la base, ce que vous pratiquez dans la seconde voie, la voie de la jonction, est la culture d'une fabrication mentale de vacuité.


[*Note de l'éditeur : les cinq voies tshogs lam, sbyor lam, mthong lam, sgom lam, and mthar phyin pa.i lam décrivent en tibétain, les étapes de la voie de l'éveil, depuis le tout début de la voie jusqu'à la bouddhéité. Ces voies sont rendues de manières variées en anglais. Les traductions habituelles incluent la voie de l'accumulation ou préparation, la voie de la jonction, association, unification ou application, la voie de la vue ou vision pénétrante, la voie de la méditation, et la voie de la perfection ou accomplissement. Cf. Jewel Ornament of Liberation de Gampopa pour clarification.] La pratique à ce niveau est appelée prendre l'enthousiasme ou l'aspiration comme la voie parce qu'il y a seulement une fabrication mentale et pas une expérience directe de la nature des choses. Donc, il n'y a aucune certitude qu'un pratiquant de ce niveau reconnaîtra la luminosité de la base. Le premier niveau auquel la luminosité de la base est reconnue par le pratiquant et, en conséquence, le niveau auquel la luminosité de la base sera reconnue à coup sûr au moment de la mort, est la voie de la vue. Toutefois, ceci soulève une autre question, à savoir qu'une comparaison des voies du soutra et du tantra n'est pas toujours aussi facile ou simple, parce que, lorsque nous comparons les qualités et réalisations aux divers niveaux de ces deux voies parallèles, nous trouvons que, en comparant l'un à l'autre, se pose la question supplémentaire de comment la voie est traversée. Il peut y avoir une traversée de la voie graduelle et séquentielle ou une traversée de la voie instantanée, et ensuite, il peut y avoir ce qui est appelé une traversée de la voie par bonds ou par sauts où des choses peuvent être quelque peu en dérangement. Et cela rend ceci plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord. Toutefois, à la base, si nous devons dire quelque chose, nous dirions que le niveau auquel un pratiquant reconnaîtra à coup sûr la luminosité de la base au moment de la mort est la voie de la vue.


Question : Qu'est-ce qu'on entend par le terme luminosité de la base ? Et en ce qui concerne la différence physique entre les hommes et les femmes, et spécifiquement en ce qui concerne certains orifices, est-ce que cette différence est prise en compte dans la visualisation de blocage à propos de phowa ?


Rinpoché : pour répondre à votre première question, en ce qui concerne les termes base et luminosité de la base : ces apparitions dont nous faisons l'expérience – le monde extérieur et tout ce qu'il comporte, votre corps, votre esprit et toutes les apparitions, les pensées, les kleshas qui émergent dans votre esprit, tous ces différents aspects de ce dont vous faites l'expérience – sont considérés comme les projections de la confusion.. Ceci signifie que ce sont des projections ou des images qui se produisent sur une certaine base ou qui émergent d'une certaine base. Cette base ou fondement pour leur émergence est en même temps leur vraie nature, ce qu'elles sont réellement. Et c'est comme, par exemple, l'écran sur lequel les images d'une télévision apparaissent. Toutes les images d'une télévision sont une projection qui apparaît sur l'écran et quand les images sont enlevées, l'écran est encore là comme la base toujours présente pour leur émergence.
Maintenant, dans le cas des apparitions réelles dont nous faisons l'expérience, la base est leur vacuité, leur vraie nature. Et nous appelons ceci la base parce que tout émerge de cette nature de vacuité, et tout est de cette nature de vacuité et donc se dissout à nouveau en elle. Quand nous appelons ceci vacuité de la base toutefois, ça ne veut pas dire que c'est un néant absolu, comme l'idée d'espace complètement vide. Si vous pensez à l'espace complètement vide, vous y pensez comme à une absence ou une vacuité, un néant et aussi vous pensez à quelque chose qui n'a pas de cognition. Ici, ce qu'il faut entendre par la base est une vacuité au sens d'une absence absolue d'existence substantielle et inhérente mais, cependant, [ce n'est] pas un néant absolu parce que c'est, en même temps, une lucidité cognitive. Pourtant, cette lucidité cognitive, qui est la caractéristique de la base, n'est en aucune manière substantielle ou existante dans le sens usuel du terme et, en conséquence, elle est au-delà de toute appréhension conceptuelle ou estimation. Vous pouvez prendre deux approches pour comprendre ceci. L'une consiste à développer une compréhension conceptuelle par la cognition valide inférentielle et puis de parfaire ça pour l'appliquer dans votre expérience. Et l'autre manière consiste à acquérir une expérience directe de cette nature en regardant votre esprit et ceci, à son tour, vous donnera une compréhension conceptuelle.
Quant à la seconde question, à savoir si les femmes ont besoin de visualiser un HRI supplémentaire, la réponse est non. La raison en est que, fondamentalement, les canaux, qui sont la source réelle des ces portes, sont plus similaires chez les hommes et les femmes que les apparences de leur corps ne le suggèreraient. La seconde raison est que la plupart des pratiques de phowa, que vous soyez un homme ou une femme, impliquent la visualisation de vous-même comme déité féminine de toute façon, donc vous utilisez un HRI pour bloquer cette entrée entière. La raison pour laquelle vous vous visualiser comme une déité féminine est que les déités féminines sont la personnification de prajña ou sagesse transcendante et, donc, la plupart des pratiques de phowa impliquent votre propre visualisation comme déité féminine, le plus communément Vajrayogini.


Question : Est-ce que la divinité même, telle qu’Amitabha ou le Bouddha de Médecine, que vous visualisez au-dessus de votre tête quand vous pratiquez phowa, détermine réellement le royaume spécifique dans lequel votre conscience se transfère ? Et si c'est le cas, est-on par la suite limité à ce royaume ?


Rinpoché : D'abord, en ce qui concerne la question de savoir si la déité que vous visualisez au-dessus de votre tête affectera le lieu où vous irez en fait après avoir effectué phowa, cela dépend en partie de la qualité de votre phowa. Si vous avez une très forte pratique de phowa, alors il est possible que ça puisse faire une différence. Il se pourrait que, en éjectant votre conscience par le sommet de votre tête dans le cœur d'Amitabha, vous réussissiez à renaître à Sukhavati. Et il se pourrait qu'en éjectant votre conscience par le sommet de votre tête dans le cœur du Bouddha de Médecine, vous réussissiez à renaître dans son royaume qui est appelé « Magnifique à Voir ». Mais il est aussi possible que le transfert réussi de votre conscience par le sommet de votre tête conduise simplement à une excellente renaissance et pas nécessairement à un royaume pur. Dans ce cas, la déité que vous visualisiez n'aura pas fait de grande différence, à part que, méditer sur une déité pour laquelle vous ressentez une forte dévotion et en laquelle vous avez une grande confiance peut faire une différence en termes d’efficacité. Quant à savoir si le transfert dans un royaume pur vous limitera ou pas à ce royaume, ça dépend du royaume. Il y a différentes sortes de royaumes pures et il y a aussi des royaumes impurs. Il y a des royaumes purs de sambhogakaya et des royaumes purs de nirmanakaya et puis, il y a des royaumes ordinaires qui ne sont pas vraiment des royaumes purs. Si vous renaissez dans certains d'entre eux, vous êtes libre de vous déplacer. Par exemple, selon les soutras, si vous renaissez à Sukhavati, alors, vous pouvez rester là à servir Amitabha mais vous êtes également libre d'aller dans les royaumes des autres bouddhas, de les servir, et de recevoir leurs enseignements et ainsi de suite. Donc, selon le royaume, vous pourriez être en mesure de voyager.


Maintenant nous allons conclure avec la dédicace de mérite.



La luminosité de la présence spontanée surgit ensuite dans le bardo du Dharmata

Khenchen Thrangu Rinpoché

Je suis très heureux de voir tous à nouveau ce soir pour poursuivre la présentation des instructions sur le bardo. Le but de ces instructions, comme je l’ai mentionné, est de nous éviter d’avoir à souffrir beaucoup à l’avenir et de nous permettre de progresser facilement sur la voie. Comme pour les soirées précédentes, je voudrais commencer en récitant la supplication de la lignée. S’il vous plaît, joignez-vous à moi, en priant avec la plus grande dévotion.

Nous avons vu que l’apparition du bardo du dharmata est causée par la cessation des huit types de pensée ou conceptualité. Nous avons vu également que le bardo du dharmata a deux aspects, qui apparaissent dans l’ordre. Le premier d’entre eux est appelé la luminosité du dharmakaya, qui est la pureté primordiale [kadag], * et le second est appelé la luminosité de la présence spontanée. [*Note de l’éditeur : Auparavant dénommée la luminosité du dharmakaya primordial pur.] La luminosité du dharmakaya est ce que nous avons examiné hier soir, l’expérience directe dans cette phase du bardo de la vacuité. Afin d’apprendre à reconnaître cette nature ou vacuité lorsqu’elle apparaît, nous suivons notre pratique. Toute pratique contribuera à faciliter cette reconnaissance. Ce soir, nous allons étudier la seconde phase du bardo du dharmata qui est appelée la luminosité de la présence spontanée.

Vous vous souviendrez que ce qui a conduit au bardo du dharmata était la dissolution des éléments l’un dans l’autre : la terre s’est dissoute dans l’eau, l’eau s’est dissoute dans le feu, le feu s’est dissout dans l’air et, finalement, l’air s’est dissout dans l’espace. Le douloureux bardo du moment de la mort prend fin et l’on entre dans la luminosité de la pureté primordiale lorsque l’espace se dissout dans la luminosité, dans la claire lumière.

Maintenant, ce qui advient à la fin de l’apparition de la luminosité de la base, ou de la luminosité de la pureté primordiale, c’est que la luminosité ou claire lumière se dissout dans ce qui est appelé unité ou intégration [Tib. : zung .jug]. Unité se réfère ici à l’unité de l’apparition et de la vacuité, ce qui signifie qu’à ce moment dans la bardo du dharmata, à partir de cet état, ou à l’intérieur de cet état, de pureté primordiale – la base ou vacuité elle- même – il y a émergence de ce qui est appelé les apparitions de la présence spontanée. Ces apparitions se manifestent essentiellement sous trois formes de base. Il y a les apparitions des formes des déités. Il y a des gouttes ou des sphères de lumière. Et il y a des rayons brillants et pénétrants de lumière multicolore.

Les formes de déités sont aussi de trois types de base : courroucées, paisibles et semi courroucées. Il est dit que les déités courroucées apparaîtront en premier. Elles consistent en les cinq bouddhas et les huit bodhisattvas masculins et féminins, se manifestant non pas sous leur forme paisible mais sous leur forme courroucée. La principale des déités parmi les courroucées est appelée le Suprême et Grand Heruka. Et dans sa suite, on trouve les cinq bouddhas sous la forme de déités courroucées ou herukas des cinq familles de bouddhas. Puis, ceux qui en tant que déités paisibles sont les huit bodhisattvas masculins et féminins apparaissent dans ce contexte sous leur forme courroucée comme deux groupes de huit déités féminines. Les premiers sont appelés les huit Matrikas ou huit mères, et les seconds sont appelés les huit Tramens ou huit déesses d’apparence mixte. Toutes sont féminines. Ces déités courroucées apparaissent dans toutes sortes de costumes et tiennent différentes sortes de choses. Certaines ont trois visages. Certaines ont un visage. Certaines ont même les têtes de différentes sortes d’animaux et ainsi de suite.

Maintenant, en même temps que ces déités courroucées apparaissent, vous entendrez un son aigu, fort et pénétrant qui est appelé le son du dharmata lui-même. On dit que ce son est comme celui d’un coup de tonnerre multiplié par mille en intensité. Donc, tout en même temps, à cette première phase des apparitions de la présence spontanée, vous entendez ce son extrêmement fort et intense et vous voyez ces formes courroucées de déités et, venant du corps de ces déités courroucées, vous voyez des rayons de lumière multicolore intensément brillants, qui semblent s'étirer dans votre direction. Maintenant, si la personne a une expérience étendue de la méditation, et si, à la suite de cela, elle reconnaît ces déités comme sources de refuge et non comme quelque chose de menaçant ou comme des ennemis, et si elle les reconnaît aussi simplement comme ses propres projections et non comme quelque chose d’externe, elle ne sera pas terrifiée par elles. Mais une personne qui n’a pas d’expérience et pas d’entraînement sera terrifiée par l’éclat, la majesté et la forme de ces formes et sons variés. Et en percevant ces choses comme externes à elle-même et, par conséquent, comme extrêmement menaçantes, elle s’évanouira de terreur. Puis, quand elle se réveillera de cet évanouissement, ces formes et sons auront disparus dans l’espace.

Après le réveil du précédent évanouissement, il y aura ensuite émergence dans le bardo avec apparition des déités paisibles. A ce moment, vous commencez à percevoir tout votre environnement comme complètement sans substance, plus du tout composé d’éléments grossiers ou solides tels que de la terre, des pierres, des montagnes, des rochers et ainsi de suite. Tout est perçu comme une étendue sans borne et sans limite de lumières d’arc-en-ciel et d’arcs-en-ciel. Cette lumière d’arc-en-ciel dans laquelle vous vous trouvez est extrêmement brillante et éclatante, extrêmement vaste et spacieuse, et complètement dénuée d’obstacle de quelque sorte que ce soit. En fait, les apparitions à ce moment deviennent extrêmement belles. Et si vous regardez devant vous, derrière vous, à votre gauche, à votre droite, au-dessus et en dessous de vous, il vous semble que vous êtes capable de voir au loin, aux extrêmes limites de l’espace. Et tout cet espace est rempli d’arcs-en-ciel composés d’une lumière aux cinq couleurs. Certains de ces arcs-en-ciel sont comme des arcs-en-ciel en voûte, certains s’étendent tout droit dans l’espace et certains sont enroulés sur eux-mêmes pour former des cercles de lumière d’arc-en-ciel. Dans ces cercles, vous percevez les déités paisibles : les déités paisibles sont Vairocana et ainsi de suite, les bouddhas des cinq familles avec leurs parèdres, les bouddhas féminins des cinq familles* [Note de l’Editeur : les cinq bouddhas masculins sont Vairocana, Akshobya, Ratnasambhava, Amitabha et Amoghasiddhi. Les cinq boudhhas féminins sont Dhatvishvari, Locana, Mamaki, Pandaravasini et Samayatara.] et de même les huit bodhisattvas masculins – Avalokiteshvara ou Chenrezig et ainsi de suite – et les huit bodhisattvas féminins – la déesse des fleurs et ainsi de suite.**

[Note de l’Editeur : les huit bodhisattvas masculins sont Kshitigarbha, Maitreya, Akashagarbha, Samantabhadra, Avalokiteshvara, Manjusri, Vajrapani et Sarvanirvanavishkambin. Les pratiquant du ngöndro les reconnaîtront comme étant identiques aux huit grands bodhisattvas qui représentent la sangha exaltée dans le champ du refuge. Les huit bodhisattvas féminins sont Lasya, Pushpa, Mala, Dhupa, Gita, Aloka, Gandha et Nritya. Elles sont identiques aux déesses d’offrande dans l'offrande du mandala.] Toutes ces déités sont paisibles en apparence mais ont des costumes variés, des positions variées et tiennent des choses variées et ainsi de suite. Elles sont toutes extrêmement majestueuses et d’apparence plaisante – mais si majestueuses qu’il est difficile de les regarder.

Du cœur de toutes ces déités, des rayons de lumière multicolore sont projetés et tous ces rayons de lumière brillent directement sur votre cœur. Egalement, émergeant de ces bandes ou rayons de lumières, il y a de petites sphères de la même lumière multicolore. Après que vous ayez perçu ces visions, à un certain moment, toute cette scène se dissout dans votre cœur. A la fin de cette scène, toutes ces apparitions de déités et ainsi de suite, se dissoudront en vous et cela achèvera la section au cours de laquelle les apparitions de ces déités, d’abord courroucées puis paisibles, seront d’abord apparues. Cette section, comme vous vous en souviendrez, est appelée la luminosité qui se dissout dans l’unité ou l’intégration.

Maintenant, la chose suivante qui se produit, après que toutes ces apparitions se soient dissoutes, est appelée l’intégration ou l’unité qui se dissout dans la sagesse. A ce moment, vous percevez des rayons de lumière de quatre couleurs, cette fois-ci, jaillissant de votre cœur et formant au dessus de vous des dais de couleur bleue, blanche, jaune et rouge, respectivement, l’une au-dessus de l’autre. Et ces dais de couleur sont parées de nombreuses gouttes ou sphères de lumière, très grandes pour certaines et très petites pour d’autres. Maintenant, ces dais de lumière, l’un au-dessus de l’autre, le bleu, puis le blanc, puis le jaune et puis le rouge – sont chacun parés de sphères ou de cercles de lumière de leur propre couleur respective. Ils sont parés, à la base, d’une grande sphère, à l’intérieur de laquelle se trouvent cinq plus petites [sphères], à l'intérieur de chacune sont de plus petites, et ainsi de suite. Et elles apparaissent à la manière des couleurs chatoyantes de la queue d’un paon.

La raison pour laquelle, à ce moment, vous percevez des rayons n’ayant que quatre couleurs et des voûtes ayant seulement quatre couleurs différentes est que la couleur verte est manquante. Le vert, parmi les cinq sagesses, est la représentation de la sagesse de l’accomplissement. Les cinq sagesses sont la sagesse du dharmadhatu, la sagesse semblable au miroir, la sagesse de « l'identicité » ou de l’égalité, la sagesse discriminante et la sagesse de l’accomplissement. Maintenant, la sagesse de l’accomplissement est en réalité la source de l’activité d’un bouddha pleinement éveillé. Et, en fait, la sagesse de l’accomplissement n’est pas complètement présente jusqu’à ce qu’on atteigne la bouddhéité. Puisqu’on n’a pas encore atteint la bouddhéité à ce moment dans le bardo, il n’y a pas d’apparition de la sagesse de l’accomplissement sous la forme de lumière verte, et ainsi donc, il n’y a que les quatre autres couleurs.

La phase suivante de cette partie du bardo du dharmata est ce qui est appelé la dissolution de la sagesse dans la présence spontanée. Jusque là, d’abord les déités courroucées sont apparues, puis les déités paisibles sont apparues et ensuite ces voûtes de lumières sont apparues. Ensuite, il y a un nouveau déploiement de lumière au-dessus de vous, sous la forme d’une sorte de parasol fait d’une lumière de cinq couleurs. Au milieu de ceci, vous percevez les mandalas à la fois des déités courroucées et des déités paisibles. Tout ceci apparaît sous une forme particulière, comme quelque chose apparaissant dans un ciel sans nuage. Et l’apparition, en particulier, du ciel sans nuage au-dessus de vous à ce moment est appelé la représentation du dharmakaya et la représentation de la pureté primordiale.

A ce moment, en même temps que se trouve au-dessus de vous l’apparition des purs mandalas des déités courroucées et paisibles et ainsi de suite, en dessous de vous, vous percevez les mondes des six royaumes représentés clairement comme des images dans un miroir. Maintenant, si vous avez beaucoup pratiqué le dharma, alors, à ce moment, il y a l’opportunité d’atteindre la libération mais, si vous n'aviez pas pratiqué ou que vous ne connaissiez pas bien les déités par la pratique de l’étape de génération et si vous ne connaissiez pas bien non plus ces représentation de lumière et rayons de lumière, alors, à ce moment, vous ne serez pas libéré et, à la place, vous passerez au prochain bardo, qui est le bardo du devenir.

Maintenant, quant à la préparation requise afin d’atteindre la libération à ce moment dans le bardo, bien qu’il soit vrai que les déités courroucées et les déités paisibles dans ces différentes représentations, telles que la représentation de la pureté primordial et ainsi de suite, apparaîtront à chacun, pour quelqu’un qui n’est pas habitué à cette pratique, ces apparitions défileront en un éclair, rendant la reconnaissance très difficile. En conséquence, le facteur fondamental de la reconnaissance de ces déités et des autres apparitions est la pratique de la méditation.

La forme particulière de méditation qui vous prépare à ce bardo particulier est fondée sur l’idée d’en arriver à reconnaître ces cents déités courroucées et paisibles comme rien d’autre que votre propre représentation ou que votre propre projection, en arriver à reconnaître qu’elles ne vous sont pas externes. Maintenant, dans le bardo du dharmata, lorsque les déités courroucées et paisibles apparaissent, elles apparaissent en fait plus ou moins en face de vous, comme si elles vous étaient externes. Mais elles apparaissent de cette manière parce que ces déités ont toujours, durant votre vie, résidé à l’intérieur de votre corps [et vous ont ainsi été cachées].

L’approche pour pratiquer ici [dans cette vie pour vous préparer à cette phase du bardo] consiste à reconnaître que ces cent déités paisibles et courroucées existent naturellement, ou sont spontanément présentes, à l’intérieur de votre propre corps. L’essence de ces cent déités est le Bouddha Vajrasattva, et la raison pour laquelle son mantra compte cent syllabes est que son mantra est le mantra essence des cent déités paisibles et courroucées. En fait, c’est pour cette raison que ce mantra est aussi efficace pour la purification des mauvaises actions et des obscurcissements. Aussi, la pratique associée à [la préparation de] cette phase du bardo consiste à vous visualiser en tant que Vajrasattva et penser que dans le centre de votre cœur, au milieu d’une étendue de lumière d’arc-en-ciel tourbillonnante et de rayons de lumière d’arc-en-ciel, se trouvent les quarante-deux déités paisibles – le dharmakaya Samantabhadra, avec les cinq bouddhas masculins et féminins, les huit bodhisattvas masculins et féminins et ainsi de suite – tous bien présents à l’intérieur de votre cœur, au milieu d’une étendue de lumière d’arc-en-ciel, de sphères de lumière, etc.

En même temps, vous pensez qu’à l’intérieur de votre crâne, dans votre cerveau, sont bien présents les cinquante-huit déités courroucées, sous forme d’une lumière étincelante et de gouttes de lumière, que l’on trouve dans les différents canaux du cerveau.

Aussi, vous pensez qu’au centre de votre gorge, à l’intérieur des différents canaux de la gorge, il y a les dix vidyadharas masculins et féminins, en apparence ni particulièrement courroucés, ni particulièrement paisibles et auxquels il est donc fait mention comme semi courroucés. Vous les visualisez dans votre gorge à vous sous la forme de Vajrasattva. On trouve également les vidyadharas au milieu d’une étendue de lumière d’arc-en-ciel et de gouttes ou sphères de lumière d’arc-en-ciel.

En visualisant ces déités avec leur couleurs individuelles, leurs costumes, leurs sceptres et ainsi de suite, à l’intérieur de votre corps, aussi clairement que possible, alors, grâce à l'habitude de le faire, lorsqu’elles vont vraiment apparaître devant vous dans le bardo, vous ne serez pas terrifiés par elles, mais, en ayant pris l’habitude de les considérer comme votre propre représentation naturelle, vous les reconnaîtrez comme ne vous étant pas externes. Maintenant, la méthode qui vient d’être présentée utilise la visualisation des déités paisibles et courroucées dans votre corps afin de vous préparer à l’expérience du bardo. Mais, bien sûr, lorsque vous mourez vraiment et traversez le bardo, ce dont vous faites l’expérience est quelque chose qui est simplement spontanément présent. Ce n’est pas une visualisation que vous créez. Ainsi donc, il y a une autre méthode pour se préparer à cette phase du bardo, qui est appelée amener le bardo sur la voie ou prendre le bardo comme voie. Cette méthode est connectée au fait que parce que vous êtes mort et que vous n’avez pas de corps, les apparitions qui émergent dans le bardo sont non obstruées par une incarnation physique et sont, en conséquence, libres d’émerger. Tandis que nous sommes vivants, ces apparitions n’apparaissent pas normalement comme elles le font dans le bardo.

Néanmoins, il y a une manière de s’y prendre avec elles en utilisant votre corps physique quand vous êtes encore vivant. Essentiellement, la technique consiste à prendre une bonne posture assise, le dos droit et ainsi de suite, et puis à fermer les yeux extrêmement fort, en fermant si fort que la peau et les muscles de vos paupières fassent vraiment pression sur les globes oculaires. En même temps, vous serrez les dents, assez fort pour créer un certain effet. Maintenant, d’abord, en ce qui concerne ce que vous faites avec vos yeux lorsque vous faites ceci, au début vous ne verrez rien, vous ne verrez que l’obscurité. Mais si vous gardez les yeux fortement clos, et si vous continuez à regarder directement ce qui apparaît devant votre perception visuelle, vous commencerez à voir de la lumière apparaître. Il se peut qu’elle soit verte ou bleue ou rouge ou un mélange de l’une d’elles. Maintenant, si vous regardez cette lumière qui apparaît avec un esprit détendu, alors cette lumière devient de plus en plus claire et de plus en plus vive. Et quand vous la regardez, ce dont vous faites l’expérience est une apparition de lumière qui n’a pas de source physique de manifestation. Donc, on l’appelle la lumière vide du dharmata lui-même. En regardant cette lumière, vous pouvez faire directement l’expérience du fait que ce que vous voyez est dégagé [du fait] de venir de quelque part ou d’aller où que ce soit et ainsi de suite. A mesure que vous développez la certitude de ceci, alors la lumière elle-même commence à se dissoudre. Cet aspect de la pratique est appelé prendre la lumière sur la voie.

Quant à ce que vous faites avec vos dents, en serrant vos dents ou vos mâchoires ensemble et en écoutant très attentivement ce que vous entendez, au début vous n’entendrez rien. Mais en prolongeant cet exercice, alors, graduellement, vous commencerez à entendre un hum tintant et ce hum tintant deviendra lentement de plus en plus fort. Or, ce son ne vient pas de quelque part en particulier et donc il est appelé le son vide du dharmata lui-même. Travailler avec ce son et le reconnaître comme votre propre représentation est appelé prendre le son sur la voie. Ces deux techniques, prendre la lumière sur la voie et prendre le son sur la voie, sont des façons de se préparer à cette phase de l’expérience du bardo et sont donc appelées prendre le bardo sur la voie.

Néanmoins, la méthode de préparation majeure pour cette phase du bardo, comme pour toutes les phases du bardo, est d’apprendre à laisser reposer votre esprit dans l’expérience de sa propre nature. La nature de votre esprit est la vacuité elle-même, dont vous faites directement l’expérience lorsque vous reposez dans la nature de votre esprit. Et si vous pouvez le faire, alors vous serez automatiquement capable de reconnaître des différents sons, lumières et apparitions qui naissent dans cette phase du bardo comme étant votre propre représentation. Maintenant, cette phase du bardo est non seulement caractérisée par la triple apparence du son, de la lumière et des rayons mais aussi par différents états émotionnels de joie et de détresse, par certains sentiments d’inconfort physique ou de douleur, et par différents kleshas. Donc, dans ce système d’instructions, aussi bien que dans la pratique susmentionnée consistant à prendre le bardo sur la voie, il y a une pratique connectée qui est appelée prendre la douleur sur la voie. L’idée de base de prendre la douleur sur la voie est que, plutôt que de fuir la douleur, vous la regardez directement. Vous regardez droit en son milieu ou à son essence. En faisant ainsi, la solidité de la douleur se dissout. Toutefois, un débutant ne peut pas le faire avec une douleur réelle ou grave. Vous devez commencer par travailler sur des situations de douleur extrêmement petites, légères et contrôlées. Donc, la technique consiste à vous pincer. Avec l’une de vos mains, vous pincez la peau sur le dos de l’autre main. Quand vous faites ça, ça fait vraiment mal et, en premier lieu, ça sera perçu comme déplaisant au point d’être intolérable. Mais si vous pouvez continuer à vous pincer et à examiner l’essence ou la nature de l’expérience d’inconfort ou de douleur, alors, ce qui se passera, c’est que tandis que la sensation elle-même ne diminuera pas et sera encore là, la souffrance liée à la sensation disparaîtra. Et le fait d’être entraîné à ceci conduit à la capacité de faire de même dans des situations involontaires de maladie ou de souffrance. Au début, seulement des souffrances très anodines ou légères, mais, graduellement, quand vous devenez entraînés, alors des degrés d’inconfort de plus en plus élevés peuvent être traités de cette manière. Ceci est aussi une excellente préparation au bardo et c’est la seconde pratique appelée prendre la douleur ou la maladie sur la voie.

La troisième technique en relation avec prendre le bardo sur la voie est appelée prendre la joie et la détresse sur la voie. C’est une manière de travailler sur le fait que dans nos esprits, nous faisons l’expérience d’une fluctuation constante ou d’une oscillation entre un bonheur extrême, presque intoxiqués par le bonheur, et une détresse extrême. Le problème avec le fait d’être extrêmement heureux et extrêmement triste, c’est que devenir intoxiqué par le bonheur est la racine du samsara, et devenir intoxiqué par la détresse est aussi la racine du samsara. Maintenant, ces pôles apparaîtront tous les deux dans le bardo mais, des deux, le plus commun, de loin, est l’aspect détresse. Tous les deux peuvent également apparaître au cours de n’importe quelle phase de l’expérience du bardo – le bardo du moment de la mort, le bardo du dharmata et ainsi de suite. Néanmoins, la manière de les traiter, ou la manière de les prendre sur la voie, est essentiellement la même.

La manière de pratiquer en relation avec ces états consiste, lorsque vous vous trouvez dans un état de joie extrême ou de plaisir, à chercher la joie elle-même, cette joie ou ce plaisir intoxicants. Vous regardez pour voir exactement ce que c’est, exactement où ça se situe et exactement qui en fait l’expérience. Vous regardez pour voir exactement en quoi consiste l’expérience que vous en faites, comme il en est fait l’expérience et ainsi de suite. Maintenant, si vous poursuivez cette recherche de manière déductive, en utilisant l’analyse logique pour déterminer la nature de la joie, vous en viendrez probablement à la conclusion qu’elle existe parce que ça en aura l’apparence aussi longtemps que vous maintiendrez la distance que cette inférence produit. Mais si vous la regardez directement, sur la base de ce dont vous faites réellement l’expérience, en utilisant votre expérience directe de la joie – alors, vous ne la trouverez nulle part. Elle sera vue comme n’ayant absolument aucune existence substantielle, caractéristiques ou emplacement d'aucune sorte.

La même technique est appliquée exactement de la même manière pour la détresse. Quand vous sentez que vous êtes malheureux, regardez directement cette détresse. Regardez pour voir où elle se trouve. Bien sûr, vous êtes malheureux, et vous allez continuer à l'être, mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Où est-ce ? Qui est malheureux ? Qu’est-ce que la détresse ? Est-ce que la détresse a une essence ? Est-ce qu’elle a des caractéristiques substantielles ? Est-ce qu’elle est quelque part dans votre corps, et si c’est le cas, où ? Combien de place occupe-t-elle ? De cette manière, vous examinez soigneusement ces deux conditions – la joie et la détresse – de la même manière.

La quatrième technique est appelée prendre les kleshas sur la voie, ce qui est toujours utile et opportun. Normalement, nous essayons de traiter les kleshas de l’une des deux manières suivantes : soit nous essayons de les fuir, soit nous essayons de nous en débarrasser, ou, d’une certaine manière, des les sortir de nous. Mais il y a une troisième possibilité qui consiste à prendre les kleshas sur la voie. Dans cette approche, vous n’essayez pas de les abandonner ou de les fuir, ce qui est utile en général pour votre pratique de la méditation et qui est particulièrement utile dans les états de bardo.

Nous faisons l’expérience des kleshas tout le temps dans notre bardo présent, le bardo entre la naissance et la mort, et nous en ferons certainement l’expérience dans le bardo du décès, le bardo du moment de la mort. Il n’y a guère d’expérience de klesha dans le bardo du dharmata, pour les raisons que nous avons vues, mais il y a les kleshas qui apparaissent dans le bardo du devenir, le bardo suivant. Dans le bardo du devenir, les kleshas apparaîtront parce que vous percevrez ces gens que vous connaissiez dans votre vie précédente et vous aurez tendance à réagir négativement à ce que vous voyez. Par exemple, lorsque vous verrez ceux à qui vous étiez attachés, vous ferez l’expérience de la douleur de l’attachement pour eux et, en un sens, de la perte. En particulier, lorsque vous voyez votre famille, vos amis et ainsi de suite, ils continueront leur vie sans vous et vous vous sentirez abandonnés ou rejetés, et vous penserez, Ma foi, ils ne m’aiment pas du tout ...Et puis, vous verrez ce qu’ils font de vos biens et de votre argent et vous penserez, Ils veulent seulement mon argent, ils veulent seulement mes affaires, et vous deviendrez extrêmement fâchés. Si vous devenez fâchés, alors le fait de devenir fâchés rendra votre expérience du bardo du devenir très dangereuse et extrêmement déplaisante. Donc, une certaine technique pour prendre les kleshas sur la voie est extrêmement nécessaire à ce moment là.

Cette technique, prendre les kleshas sur la voie, fonctionne avec n’importe laquelle des kleshas. Ca marche avec la klesha de l’attachement, qui consiste à être attaché soit à des choses extérieures, comme des possessions, ou à des gens, des expériences de plaisir et ainsi de suite. Ca marche avec l’aversion, comme l’aversion qui se manifeste avec la colère et l’agressivité etc., envers des ennemis, et aussi avec l’aversion de base qui consiste à vouloir éviter ce que nous voulons éviter. Ca marche avec l’arrogance, le sentiment d’être fier ou d’être supérieur aux autres. Et ça marche avec la rivalité, la jalousie et l’envie. Ca marche également avec cette confusion de base qui est une ignorance de ce qui doit être accepté ou doit être rejeté. Donc, que vous catégorisiez les kleshas comme les trois poisons ou les cinq poisons ou les 84000 poisons, ils ont tous la même qualité fondamentale d’être une perturbation ou une affliction mentale et, donc, on les traite de la même manière.

Maintenant, voici la technique : lorsqu’une keshla commence à apparaître, aussitôt que possible, vous reconnaissez qu’elle est apparue. Après avoir reconnu qu’elle est apparue, vous la considérez directement et essayez de voir ou de faire directement l’expérience de la manière suivant laquelle elle est apparue, comment est exactement cette klesha, ce que signifie dire qu’une klesha est en vous, comment elle demeure, d’où elle est venue et où elle est, quelle est sa véritable nature. Par exemple, s’il s’agit de colère, d’où est venue cette colère exactement, qu’est-ce que la colère ? Bien sûr, nous savons tous ce que c’est que d’être en colère, mais qu’est-ce que cette colère exactement ? Où est-ce qu’elle se situe ? Où est-ce qu’elle est dans nos esprits ? Et si vous regardez bien la klesha avec votre esprit, alors vous découvrirez qu’elle n’a aucune existence substantielle et qu’elle n’est présente que dans ce à quoi elle mène quand elle n’est pas reconnue. C’est vrai de l’aversion, c’est vrai de l’attachement et c’est vrai de la confusion. Lorsque la nature de la klesha est reconnue, à ce moment même la klesha diminue ou se dissout. Ceci a été discuté par les grands mahasiddhas lorsqu’ils ont dit des choses telles que, L’esprit en colère est claire conscience et lorsque cette claire conscience est amenée à se regarder, son aspect de colère ou de perturbation se dissout en lui-même simplement, naturellement. Cette approche [qui consiste à] regarder directement les kleshas et à les reconnaître pour ce qu’elles sont, et par cette reconnaissance des kleshas, leur dissolution en eux-mêmes, est appelée prendre les kleshas sur la voie.

Maintenant, les techniques qui ont été présentées ce soir, qui sont utilisées comme préparations spécifiques de cette phase du bardo, pour la phase pendant laquelle il y a les apparitions des déités paisibles et courroucées, etc., sont des techniques vajrayana qui viennent de cette lignée et portent les bénédictions de la lignée. Ces techniques – comme la méditation sur les déités, la récitation de mantras, et ces quatre manières de prendre le bardo sur la voie – ne sont pas des techniques que l’on devrait simplement trouver par hasard ou comprendre pour soi même. Donc, afin de recevoir les bénédictions de la lignée, afin que vous puissiez ainsi effectivement pratiquer ces techniques, il est traditionnel de recevoir une transmission de pouvoir qui leur est corrélée. C’est pourquoi, demain après-midi, je vais vous offrir la transmission de pouvoir des quarante-deux déités paisibles et des cinquante-huit déités courroucées [Tib. zhi kro], qui est une transmission de pouvoir de cette lignée qui vous donne le pouvoir de réaliser ces différentes techniques et qui est destiné à vous venir en aide dans l’expérience du bardo.

Si vous ne parvenez pas à la libération dans le bardo du dharmata, alors vous irez vagabonder dans le bardo suivant qui est appelé le bardo du devenir. Maintenant, quant à ce qui apparaît dans le bardo du devenir et quelles sont les méthodes pour vous préparer à ce bardo, je préfèrerai laisser ça [en suspend] jusqu’à la prochaine session, après la transmission de pouvoir. Mais si vous avez des questions à propos de ce que nous avons vu ce soir, allez-y s’il vous plaît.


Question : si un cochon meurt et doit renaître comme être humain, est-ce qu’il passera par les mêmes expériences dans le bardo qu’un être humain ?


Rinpoché : pas seulement les cochons mais même les petits insectes, les punaises et les limaces feront l’expérience des mêmes apparitions dans le bardo, parce qu’un être peut être né sous une très grande variété de corps physiques mais la nature de l’esprit de chacun d’eux et de chaque être sensible reste la même. La nature de l’esprit de tout être, à tout moment est toujours la vacuité et cette vacuité est, en même temps la nature de bouddha, le potentiel de réalisation de la bouddhéité. Comme la nature de base de chaque être est le potentiel de plein éveil, alors, lorsque le bardo du dharmata survient dans le processus après la mort, ce potentiel ou qualité inhérente est rendu visible comme ces apparitions de la présence spontanée. Donc, ils apparaîtront pour tout être, sans considération de ce qu’était son corps précédent et de ce que sera son prochain. La situation particulière des êtres humains, toutefois, est que, dans notre bardo présent, le bardo entre la naissance et la mort, comme êtres humains, nous possédons les dix-huit libertés et les ressources d’une précieuse existence humaine, ce qui veut dire que dans notre situation présente, nous pouvons nous préparer, en utilisant des méthodes qui nous permettront d’apporter l’expérience du décès et la mort sur la voie. Nous pouvons nous préparer au bardo et atteindre la libération là, tandis qu’un animal, quelque soit son genre, ne dispose pas des circonstances nécessaires pour faire ceci.


Question : Quand, tous, nous sommes de jeunes enfants ou des bébés, nos esprits sont relativement peu clairs ou immatures. Sans considération pour qui vous êtes, même si vous êtes la renaissance d’un être de très haute réalisation, certains types de processus d’apprentissage, certaines ré acquisitions de connaissance, et une certaine maturation de l’intelligence apparaissent nécessaires. Et il semble également qu’il y ait un processus naturel du développement de la clarté de l’intelligence qui semble coïncider avec le développement de la maturité physique. Pourquoi en est-il ainsi ?


Rinpoché : quoique, effectivement, le continuum de l’esprit d’un être donné se soit perpétué pendant une longue série de vies, entre chaque vie, il y a eu et il y a un retrait ou une dissolution de toute la confusion de la vie immédiatement précédente dans la nature de base ou la base durant cette phase du bardo appelée le bardo du dharmata.
En conséquence, la confusion et les apparitions de toute vie donnée dans l’histoire d’un être particulier, toutes ces apparitions confuses ou projections, se sont élevées à partir de la base dans les périodes de bardo suivant le bardo du dharmata. Ainsi, il y a un intervalle ou un espace dans la confusion d’un être donné entre chaque période de vie, et dans cet espace, toute la connaissance de la plupart des êtres tendra à être perdue ou à disparaître. Comme la confusion et toutes les projections associées à une vie particulière sont temporairement épuisées dans l’apparition de la luminosité de la base, alors, lorsque cet être émerge de cette luminosité et se dirige vers sa prochaine vie, il aura tendance à devoir tout apprendre de nouveau, même les choses qu’il connaissait très bien dans sa vie précédente. L’exception à ceci est que les individus les plus hautement réalisés peuvent être capable de prendre une part de cette connaissance avec eux, même au travers du bardo du dharmata. Mais outre ces individus si rares, l’enfant nouveau-né devra tout réapprendre, sans considération pour les nombre de fois qu’il est né auparavant dans une situation similaire. C’est pourquoi on doit apprendre aux enfants nouveau-nés comment manger, comment uriner, et ainsi de suite.


Question : Les humains paraissent être bien plus intelligents que les animaux. Et même ces animaux qui semblent, à certains égards, presque impossible à distinguer des humains – à savoir, les différentes autres formes de primates, de singes et ainsi de suite, qui nous sont très similaires à bien des points de vue – paraissent bien être un peu moins intelligents. Quelle est la cause réelle de cette différence d’intelligence entre les humains et les diverses espèces d’animaux sur cette planète ?


Rinpoché : Et bien, la cause à long terme de l’intelligence particulière d’un être né en tant que membre d’une espèce donnée est le karma particulier que cet être a accumulé. Si un être a accumulé beaucoup de karma en corrélation avec la confusion, alors, il naîtra comme un être affligé par une grande confusion. S’il a accumulé une grande quantité de karma d'un type particulier de vertu, alors, il renaîtra en tant qu’être à l’intelligence vive. La cause à brève échéance, est que, du fait qu’un être a accumulé un type particulier de karma, il renaîtra avec un type de corps particulier. Parce qu’ils sont nés avec un type particulier de corps, les canaux dans ce corps prendront une constitution particulière, ou forme eux-mêmes, d’une certaine manière. Basé sur la formation de ces canaux, les souffles dans ces canaux se déplaceront de certaines manières, ce qui fera que l’esprit de cet être fonctionnera de certaines manières. Maintenant, si, à cause du karma des êtres, ils sont nés dans un corps qui a une disposition pour un certain type de confusion, la manière dont c’est provoqué est que le corps structure les canaux de manière que les souffles se déplacent de façon torpide, ce qui fait que l’esprit de cet être est particulièrement torpide et trouble. Et si, par un karma positif, un être va renaître étant extrêmement intelligent, alors, à cause de son karma, il renaît avec un certain type de corps qui structure ses canaux d’une certaine façon, ce qui fait que ses souffles se déplacent d’une certaine manière, ce qui fait que son esprit est particulièrement clair.


Question : Il est dit que, dans le bardo, les cents déités courroucées et paisibles apparaissent comme si elles nous étaient extérieures alors que, durant nos vies, elles sont présentes à l’intérieur de nos corps. Pourquoi apparaissent-elles alors comme nous étant extérieures dans le bardo, et est-il possible que, durant nos vies, elles puissent apparaître comme extérieures aussi, par exemple, quand nous nous éveillons du sommeil et ainsi de suite ?


Rinpoché : La raison pour laquelle les déités vous apparaissent comme extérieures dans le bardo est qu’elles émergent comme une manifestation non entravée du dharmata. Ces déités sont la véritable manifestation naturelle du dharmata. Elles sont l’incarnation ou la manifestation de la nature de base elle-même. Et elles sont spontanément présentes en vous, à tout moment. Ce n’est pas qu’elles vous quittent vraiment pour apparaître devant vous dans le bardo. La question n’est pas tant de savoir pourquoi elles apparaissent alors. C’est de savoir pourquoi elles n’apparaissent pas maintenant. Elles apparaissent alors parce qu’elles sont toujours là et parce qu’il n’y a rien qui les empêche d’apparaître. Elles n’apparaissent pas maintenant parce que leur apparition est obscurcie par les apparitions de la confusion grossière, qui les obscurcissent et nous empêchent de les voir comme notre manifestation naturelle. Lorsque vous mourez, les éléments, la base de la confusion grossière, se dissolvent – la terre en eau, l’eau en feu, le feu en air, l’air en espace. Puis, finalement, immédiatement après cela, pendant la dissolution des éléments subtiles, qui est la dernière étape du douloureux bardo de la mort, toutes les quatre-vingts variétés de pensées ou de conceptualités se dissolvent et disparaissent, à tel point que rien n’obscurcit l’expérience directe de la nature elle-même et de sa manifestation la plus fondamentale. Donc, dans le bardo du dharmata, il y a la vision ou l’apparition de ces déités courroucées et paisibles. A ce moment, lorsque nous ne les reconnaissons pas, et comme c’est le cas généralement, ces apparitions sont de nouveau obscurcies par la sorte suivante de confusion qui est le bardo du devenir.


C’est comme si, par exemple, le soleil était toujours dans le ciel mais qu’il y aurait habituellement des nuages qui l’obscurcissent. Les nuages dans le ciel sont comme les apparitions grossières dont nous faisons l’expérience à ce moment. Ce n’est pas que le soleil ne soit pas là. Le soleil est là. C’est une partie naturelle du ciel mais nous ne le voyons pas. Mais si, à un certain moment, un vent fort se lève et dissipe tous les nuages, alors, l’apparition du soleil dans le ciel, à ce moment là, pourrait être comme l’apparition des déités courroucées et paisibles dans le bardo du dharmata. Ce n’est pas que le soleil serait à nouveau présent. C’est simplement qu’il serait temporairement non obscurci à ce moment là. De même, ce n’est pas que les déités paisibles et courroucées sont à nouveau présentes dans le bardo du dharmata. C’est juste qu’elles sont non obscurcies temporairement. Quant à savoir si elles peuvent être vues dans cette vie, elles peuvent sans aucun doute être vues si vous mettez en pratique les instructions de la voie du franchissement ou thögal [Tib. Thod rgal], la pratique de la présence spontanée, qui conduit à la véritable expérience directe de ces visions et apparitions dans cette vie. Mais pur que ça arrive, après avoir reçu les instructions, vous devez les mettre en pratique et la pratique doit être poursuivie intensément. Au début, ce que vous verrez sera une lumière d’arc-en-ciel et puis, à l’intérieur, vous verrez des sphères de lumière, et puis, dans les sphères de lumière, vous verrez des déités et enfin le mandala entier de déités paisibles et courroucées.


Question : Il semble que nous commettions l’erreur de solidifier et d’objectiver les kleshas de même que nous commettons l’erreur parallèle de voir les apparitions, y compris les apparitions des déités paisibles et courroucées, comme extérieures à nous. Pourriez-vous parler d’un moyen par lequel nous pourrions remédier à ce défaut de base ou tendance de base ? Et, en second lieu, pourriez-vous comparer la technique de prendre le bardo sur la voie avec la technique de thögal ?


Rinpoché : En ce qui concerne votre première question, c’est vrai que la trame de base de notre confusion est cette attribution duale erronée d’un objet existant perçu ou saisi et d’un sujet qui perçoit et saisi. La qualité de base de cette attribution est l’égarement et l’unique remède à cet égarement est de reconnaître la vérité, l’absence de cette reconnaissance constituant cet égarement. Ainsi, la vérité est ici que ce à quoi on attribue le caractère d’appréhendé et ce à quoi on attribue le caractère appréhendeur n’ont pas d’existence réelle. Leur nature réelle est vide d’existence réelle. Et par la reconnaissance de cette véritable nature, alors, l’attribution de ces polarités duales cesse, ayant été éradiqué par la reconnaissance de leur véritable nature.
En ce qui concerne votre seconde question, à propos de la relation entre la technique de prendre le bardo sur la voie et thögal, on ne peut pas vraiment dire que le premier soit ou non une pratique de thögal parce que c’est comme une branche ou un coin de la pratique de thögal. La pratique principale de thögal est assez exigeante et très dangereuse. Elle ne peut être faite que sous la supervision constante et la conduite d’un gourou non seulement qualifié mais pleinement réalisé car la technique implique des choses comme rester pendant une période prolongée dans le noir total ou utiliser comme base de la pratique de thögal le fait de regarder non pas directement mais presque directement le soleil. Si vous ne savez pas ce que vous faites et si vous êtes insuffisamment guidé, alors, en pratiquant la technique qui consiste à regarder le soleil vous pourriez devenir aveugle. Et si vous ne savez pas ce que vous faites ou si vous êtes insuffisamment guidé, alors en pratiquant l’assise dans le noir complet, vous pourriez devenir fou. Donc, ce qui est présenté ce soir est une sorte de technique douce et facile à appliquer pour faire l’expérience de ces apparitions du dharmata.


Question : Rinpoché, à quel moment la conscience pénètre-t-elle en réalité dans le corps. Est- ce lors de la conception ou à la naissance ? Et aussi, est-ce qu’il y a une durée maximale entre les vies ou entre la mort et la renaissance ?


Rinpoché : En ce qui concerne votre première question, comme il est expliqué dans les textes traditionnels, trois facteurs ou causes sont nécessaires pour que la gestation commence. Ils combinent, le sperme, l’ovule et la conscience de l’être du bardo. Si les trois ne sont pas tous présents, le fœtus ne sera pas formé. Ainsi, s’il n’y a pas de conscience présente dès le tout début, la simple combinaison de sperme et de l’ovule ne produira pas, selon les textes, un fœtus. La conscience est tenue d’être là depuis le tout début.
En ce qui concerne la seconde question, d’une manière générale, il est dit que, pour la plupart des êtres, il ne se passera pas plus de quarante-neuf jours après la mort avant qu’ils ne soient attirés dans la renaissance suivante. Toutefois, ce n’est pas une règle absolue. Il est dit, par exemple, que les êtres qui sont particulièrement attachés aux circonstances de leur vie précédente peuvent, de ce fait, errer dans le bardo un certain temps dans une détresse extrême.


Question : Bien qu’il soit enseigné qu’un précieux corps humain est idéal et plus ou moins essentiel pour le développement spirituel et l’éveil, est-il donc absolument impossible pour un être dans l’un des autres royaumes – par exemple, le royaume des enfers ou le royaume des dieux – d’atteindre un certain degré d’éveil ? Et n’y a-t-il, en fait, aucune présence d’êtres éveillés et de leurs activités dans ces différents royaumes ? Nous trouvons, par exemple, dans les Jatakas, le cas du Bouddha, dans une vie précédente, ayant eu une renaissance dans les enfers, aidant un autre être de l’enfer, et, donc, étant immédiatement libéré des enfers et ainsi de suite.


Rinpoché : Il y a une différence fondamentale entre la situation humaine et celle des autres êtres sensibles. Bien entendu, un être dans n’importe quel royaume peut être vertueux, peut réaliser des actes vertueux et, en conséquence, peut accumuler des mérites de vertu parce qu’un être dans n’importe quel royaume pourrait, à un certain point, engendrer une intention pure ou une intention altruiste, comme nous le voyons dans le Jataka auquel vous vous êtes référé, dans lequel, dans ce royaume de l’enfer, on dit que le Bouddha aurait donné naissance à la bodhicitta pour la première fois. Et nous en voyons des exemples tout le temps. Par exemple, dans le royaume animal, il arrive souvent qu’un animal fasse quelque chose de complètement altruiste, comme lorsque les dauphins ou d’autres animaux sauvent la vie des humains ou d’autres êtres. Donc, tout être dans tout royaume peut accumuler la vertu et peut, pareillement, accumuler des mauvaises actions. Ce qui distingue la situation des humains des autres est que les êtres humains ont l’opportunité – étant donné qu’ils ont ce qui est appelé une précieuse existence humaine – de suivre un entraînement complet au dharma, en commençant par écouter le dharma, puis en le contemplant pour en venir à le comprendre, et, finalement, en s’engageant dans la pratique de la méditation et, en conséquence, en réalisant sa signification. Et c’est seulement dans la situation humaine disposant de ces dix-huit facteurs de liberté et de ressources que ce processus complet peut être suivi.


Question : seriez-vous assez aimable pour décrire davantage, voire décrire plus précisément, les opportunités de libération qui apparaissent dans le bardo du dharmata ?


Rinpoché : Eh bien, j’ai déjà été plutôt assez précis mais pour aller plus loi, l’important dans tout ceci est qu’il y a, comme nous le savons, deux aspects de la vérité ou réalité. Il y a ce que l’on appelle la vérité relative ou vérité trompeuse et ce qui est appelé la vérité absolue ou ultime. Maintenant, la vérité relative est ce à quoi nous nous référons normalement comme les choses et la vérité absolue est ce qui est appelé dharmata, ou la nature des choses. Tous deux, bien sûr, sont inséparables. Mais, de la façon dont nous faisons l’expérience, normalement, ce dont nous faisons l’expérience est seulement la vérité relative. Et faire l’expérience de la vérité relative de cette manière obscurcit sa nature – et, en conséquence, obscurcit la vérité absolue du dharmata. Nous nous accrochons à et nous fixons sur les caractéristiques de la vérité relative. Maintenant, ce qui rend la situation du bardo du dharmata distincte de ceci est que, après que vous soyez morts, vous êtes dans un processus d’apparitions changeantes.
Vous changez les apparitions de la vie précédente par celles de la vie suivante et le changement n’est pas sans intervalle ou espace entre eux. Cet espace ou intervalle entre ces deux ensembles de confusion est le bardo du dharmata. A ce moment, comme les apparitions de la vérité relative corrélées avec la vie suivante n’ont pas encore émergé, il y a une expérience directe de la vérité absolue ou dharmata, la nature des choses. Tout le monde en fait l’expérience. Le problème est que, à moins que vous n’ayez précédemment été entraîné, précisément, à moins que vous n’ayez déjà reconnu cette vérité absolue ou dharmata dans votre vie – vous ne la reconnaîtrez pas à ce moment, en dépit du fait que vous en ferez l’expérience. Pour ce qui est appelé la rencontre de la mère et de l’enfant – l’émergence d’une reconnaissance précédente du dharmata avec l’expérience directe du dharmata dans le bardo – il doit y en avoir eu une expérience préalable ou une reconnaissance. Si, par votre entraînement précédent, vous reconnaissez le dharmata complètement dans le bardo du dharmata, alors, vous serez libéré dans la dharmakaya et, par la suite, comme sambhogakaya. Si vous n’avez pas une réalisation suffisante pour produire ce degré de reconnaissance, toutefois, même un certain degré de familiarisation avec le dharmata durant votre vie sera bénéfique parce que même un certain degré de reconnaissance durant le bardo dissipera suffisamment de votre confusion pour que, bien que vous ne serez pas nécessairement complètement libéré, vous aurez une bonne renaissance qui continuera d’être relativement libre de confusion grossière.


Question : Hier soir, dans la discussion sur phowa, Rinpoché a présenté ce qui est appelé le gourou phowa ou phowa du gourou et remarqué que c’était quelque chose qui n’était pas communément pratiqué de nos jours. Néanmoins, si l’étudiant a une grande dévotion, est-il possible qu’il approche son maître et demande, à lui ou à elle, sa permission pour réaliser ce transfert ou éjection dans le maître lui-même ou elle-même ?


Rinpoché : Eh bien, en général, bien sût, il n’y a rien de mal à ce qu’un étudiant ayant une grade dévotion dissolve sa conscience en son gourou mais il y a un sujet plus important qui doit être abordé ici à propos de la pratique et de la lignée. Pour que les instructions pour une pratique spécifique soient transmises d’un maître à un étudiant, à la fois le maître et l’étudiant doivent être absolument certains, absolument confiants dans le fait que ce qui est transmis et authentique et fiable – en bref, que ça marche. Ceci signifie que pour un maître, de bonne foi, pour transmettre une technique de pratique de n’importe quelle sorte à un étudiant, ce maître doit être capable de dire : Je sais de par ma propre expérience que ça marche et que, si cette personne fait ceci, elle obtiendra ce résultat... Sur la base de l’assurance du maître, l’étudiant peut recevoir la transmission de la technique et la mettre en pratique avec la certitude qui vient de savoir que : ayant reçu ceci de quelqu’un qui l’ayant pratiqué a obtenu ce résultat, je sais que si je la pratique, j’obtiendrai le même résultat... S’il y a cette sorte de confiance dans la technique, fondée sur l’expérience réelle et pratique de génération en génération sans interruption, alors, la technique va sans aucun doute rester fiable et il n’y aura pas d’erreur dans la façon suivant laquelle est transmise parce que la personne qui la transmet elle-même l’aura pratiquée au point d’atteindre la résultat de la technique.
Ceci est appelé la lignée d’expérience pratique ou parfois la lignée de la bénédiction d’expérience pratique. Il existe certaines techniques de méditation qui se sont éteinte et d’autres qui sont effectivement pratiquées. Et tandis que la lignée pour ces techniques théorique existe – les transmissions lues et les transmissions de pouvoir et ainsi de suite – la lignée de leur application expérimentale n’existe pas. Si quelqu’un devait enseigner une telle technique à quelqu’un d’autre, alors, comme la personne qui l’enseigne n’en a pas d’expérience pratique et, en particulier, n’aura pas suivi cette technique jusqu’à sa conclusion ou résultat final, il ne sera pas absolument sûr qu’il l’enseigne de manière correcte et, par conséquence, il ne sera pas absolument certain que ça marchera et bénéficiera à l’étudiant pratiquant. En bref, ce qui se passera sera la transmission d’une technique entièrement basée sur la lecture qu’on en aura eu dans un livre. Pour cette raison, il est de coutume de pratquer des techniques qui ont été pratiquées jusqu’à ce jour. En conséquence, lorsque nous pratiquons phowa, nous pratiquons ce qui est appelé nirmanakaya phowa parce des gens ont pratiqué cette technique de phowa jusqu’au jour présent inclus. Comme il n’y a pas de lignée d’expérience pour ce transfert au gourou, pour ce gourou phowa, bien qu’il ait été pratiqué par quelques mahasiddhas dans un lointain passé, si vous sollicitiez, par une grande dévotion, ces instructions de votre maître et qu’il vous les donne, du fait de votre grande dévotion, bien sûr, elles pourraient marcher et ça pourrait être vraiment bénéfique. Mais, comme il n’y a pas de lignée d’expérience pour ce genre de phowa, il se peut que ça ne marche pas du tout, auquel cas, tout cela serait une complète perte de temps.



Le Réveil dans le Bardo du Devenir

Khenchen Thrangu Rinpoché

De nouveau, j’aimerais vous souhaiter la bienvenue ce soir à ce séminaire sur les bardos. Je vous remercie d’être venus. Comme les soirées précédentes, nous commenceront en chantant la supplication de la lignée. S’il vous plaît, récitez-là avec une dévotion toute entière. La dernière fois, nous nous sommes intéressés au bardo du dharmata et nous avons vu que la préparation de base pour cette expérience était la pratique de shamatha et de vipashyana, de la tranquillité et de la vision pénétrante. Par leur pratique intégrée, on cherche à acquérir la facilité à reconnaître le dharmata, la nature des choses, lorsqu’il apparaît dans notre expérience directe dans ce bardo.

Si vous ne reconnaissez pas la nature fondamentale lorsqu’elle apparaît, vous poursuivrez vers la deuxième étape à l’intérieur du bardo du dharmata, durant laquelle différentes apparitions s’élèveront, principalement, les apparitions des déités paisibles et courroucées. En préparation à cette phase, nous cherchons, par notre pratique, à nous préparer à être capables de traverser ce bardo dans lequel ces déités apparaissent, sans devenir terrifiés par elles et sans créer de kleshas en réaction à leur apparition. Le point essentiel, c’est d’être capable de reconnaître ces déités comme notre propre manifestation et, en faisant ainsi, plutôt que de devenir terrifiés, de recevoir leurs bénédictions. La préparation pour être capable de faire ceci consiste à méditer sur elles pendant notre vie pour se familiariser avec elles autant que possible. Autant vous vous familiariserez avec les apparitions de ces déités, autant vous traverserez cette phase du bardo sans difficulté. En particulier, lorsque les déités courroucées apparaissent, quelqu’un qui n’a aucune expérience de la méditation et qui n’est pas familier de l’apparition de ces déités sera terrifié et souffrira énormément. Donc, la méditation sur les divinités courroucées, en particulier, durant notre vie, est recommandée. Ces déités ne sont pas simplement courroucées. Elles sont vraiment terrifiantes en apparence. Beaucoup d’entre elles ont, par exemple, trois visages et six bras et ainsi de suite. Mais plus vous serez accoutumés à leur apparence, plus vous chercherez à les connaître comme vous chercheriez à connaître une autre personne, par exemple, moins vous aurez de difficultés dans cette phase du bardo. Tout ce dont nous avons parlé ici concerne le bardo du dharmata.

Maintenant, quelqu’un qui a reçu ces instructions, qui les pratique avec diligence, et qui en vient à être capable de cultiver un samadhi ou une absorption méditative dans la reconnaissance de l’essence de cette pratique, en viendra à être capable de reconnaître le dharmata – à réaliser la nature des choses – dans cette vie même. Et, en conséquence, après la mort, dans la période initiale du bardo du dharmata, le dharmata apparaît dans son expérience complète et directe, puis sa reconnaissance précédente se mêlera à son identification ultérieure comme une mère et un enfant se rencontrent, * et, à ce moment là, il atteindra la libération. [Note de l’éditeur : la claire lumière de la Mère est la luminosité de la base, qui est ultérieurement reconnue. La claire lumière de l’enfant est l’expérience du dharmata ou nature de base que l’on a reconnu auparavant et cultivée].

Mais même si votre pratique est insuffisante pour produire le meilleur résultat, ça ne signifie en aucune manière que recevoir ces instructions ne vous aura fait aucun bien. Le type de personne le plus chanceux pratiquera jusqu’à ce qu’elle atteigne la libération et, bien sûr, c’est le mieux. Mais même quelqu’un qui est incapable, quelle qu’en soit la raison, de pratiquer intensément ou qui est même complètement incapable de pratiquer, tirera un grand bénéfice d’avoir reçu ces instructions. C’est pourquoi ce système d’instruction est appelé la Grande Libération par l’Ecoute dans le Bardo. Il est appelé ainsi parce que, alors que, bien sûr, si vous pratiquez ces instructions, elles vous apporteront la libération particulièrement rapidement, le simple fait de les écouter sans être en mesure de les pratiquer vous sera bénéfique. Avoir entendu ces instructions aura mis en place une certaine habitude ou empreinte dans votre esprit. Et vous vous souviendrez de cette empreinte quand vous atteindrez cette phase du bardo. Par exemple, quand vous vous trouverez dans le bardo du devenir, vous noterez ce qui se passe et vous penserez, Oh, attends un peu, j’ai entendu quelque chose à ce sujet. Voyons, je suis supposé faire ceci et cela quand telle et telle choses arrivent. Et, évidemment, cela vous sera extrêmement bénéfique. L’avantage d’avoir entendu ces enseignements est que cela réduira fortement la quantité de souffrance que vous devrez subir dans le samsara dans le futur et, donc, augmentera sensiblement votre bonheur.

L’avantage d’entendre simplement ces enseignements n’est pas quelque chose de petit ou de mineur. C’est quelque chose d’énorme. Comme ces instructions sont authentiques et correctes dans leur description des états du bardo, elles vous sont particulièrement utiles au moment où vous êtes en plus grand danger et que vous subissez le plus grand stress et la plus grande terreur – autrement dit, lorsque vous en avez le plus besoin.

Ces instructions sont bénéfiques à la fois dans bardo du dharmata et dans le bardo du devenir, le quatrième des quatre bardos. Le bardo du devenir suit immédiatement le bardo du dharmata. Comme vous vous le rappelez, le bardo du moment de la mort consiste en une dissolution graduelle des éléments grossiers et subtils et culmine dans la dissolution de l’espace dans la luminosité, moment où la luminosité de la base apparaît. Si cela n’est pas reconnu, alors, vous passerez à la seconde partie du bardo du dharmata, qui est l’apparition de sons, lumières et rayons lumineux et aussi des déités paisibles et courroucées. Maintenant, si ces apparitions ne sont pas reconnues pour ce qu’elles ont, alors, elles aussi disparaîtront. Après avoir diminué, les apparitions confuses et les projections réapparaîtront. La raison de la réapparition de ces apparitions confuses est las suivante. Si vous n’avez pas reconnu la luminosité de la base, alors vous en aurez fait l’expérience comme d’un état d’inconscience, comme un évanouissement, et vous vous réveillerez de cet état d’inconscience dans le bardo du devenir. Maintenant, vous vous souviendrez que, à la fin du bardo du moment de la mort, les quatre-vingts types de conceptualités connectés aux kleshas de l’attachement, de l’aversion et de la confusion s’estompent et cessent d’être présents. Au début du bardo du devenir, ils redémarrent à nouveau. A partir du début du bardo du devenir, les pensées d’attachement, d’aversion et de confusion, les quatre-vingt différents types de conceptualité, deviennent à nouveau présents ou actifs.

Vous vous rappellerez aussi que durant le bardo du moment de la mort, il y a un processus de dissolution, où la terre se dissout dans l’eau, l’eau dans le feu et ainsi de suite, pour culminer avec la dissolution dans la claire lumière de la base, dans la luminosité de la base elle-même. A ce moment, ce processus de dissolution est inversé et vous ré émergez de la luminosité non reconnue que vous avez perçue comme un état d’inconscience, dans une expérience de confusion complète. Ce qui ré émerge est votre conscience. Maintenant, à ce moment, vous n’êtes plus l’occupant d’un corps physique comme vous l’êtes durant votre vie, parce que, comme nous l’avons vu plus tôt, au moment de la mort, la connexion entre votre esprit et votre corps est coupée. Toutefois, vous vous réveillez généralement à ce moment à l’intérieur de votre corps bien que vous ne le perceviez pas de la même manière que vous le faisiez lorsque lui et vous étiez vivants. Vous percevez votre corps, à ce moment, comme un maison désaffectée ou délabrée et vous vous percevez vous-même comme quelqu’un de piégé à l’intérieur. Alors vous faites l’expérience d’un désir de vous en échapper et vous vous échappez par n’importe laquelle des neuf ouvertures qui est appropriée à votre disposition karmique. C’est à ce moment, en vous réveillant de votre évanouissement, que votre conscience quitte vraiment le corps au moyen de l’un des neuf portails ou portes. Au moment de la mort, l’esprit et le corps sont séparés mais l’esprit ne quitte pas nécessairement le corps alors. Maintenant, il le fait.

Le bardo du devenir commence avec le bardo du réveil de l’être de ce qui était perçu comme un état d’inconscience et il continue avec le bardo du passage de l’être par une variété d’apparitions et d’expériences qui deviennent graduellement la recherche d’un lieu de naissance, pour une matrice. L’expérience finale du bardo du devenir correspond au moment où vous identifiez avec le sperme et l’ovule quels seront les facteurs physique de votre prochaine naissance. Jusqu’à ce moment, vous êtes encore dans le bardo du devenir. Maintenant, quelqu’un qui n’a eu aucun entraînement de la pratique du dharma subira une variété d’hallucinations et d’expériences, dans le bardo du devenir, qui produiront une énorme quantité de peur et beaucoup de tristesse ainsi que l’apparition de leurs kleshas. Par l’apparition des kleshas, ils auront tendance à commettre des erreurs dans le choix des endroits où ils vont dans ce bardo. Ils auront aussi tendance à commettre des erreurs basées sur la peu, la panique et l’ignorance de ce qui se passe. Alors, la préparation de base pour ce bardo consiste à cultiver maintenant, quand vous êtes encore en vie, la capacité à laisser reposer votre esprit à volonté et, dans cet état de tranquillité de l’esprit, la capacité à faire des choix en pleine conscience. Ceci a besoin d’être cultivé pendant notre vie. Et si c’est cultivé, ce sera un grand avantage pendant le bardo du devenir.

Pendant le bardo du devenir, vous percevrez d’abord votre corps comme [étant] fondamentalement identique à celui que vous aviez durant votre vie immédiatement passée. Mais il y a quelques différences. La première est que, même si vos facultés sensorielles étaient amoindries pendant votre précédente vie – par exemple, si vous étiez complètement ou partiellement aveugle, ou si votre ouïe était affaiblie ou si une autre partie de votre corps avait été endommagée de telle manière que cela handicape un mouvement ou une fonction sensitive et ainsi de suite, elles seront restaurées. Vous ferez l’expérience d’une réplique de votre corps précédent comme ayant une parfaite vision, ouïe etc. La seconde différence est que ce corps qui est, en fait, un corps mental et non un corps physique ou matériel, peut, en gros, aller n’importe où parce qu’il a ce qui est appelé une capacité miraculeuse produite karmiquement. Un capacité miraculeuse produite karmiquement signifie que ce n’est pas une vraie capacité miraculeuse. C’est la capacité de faire des choses que nous considérons miraculeuses de notre point de vue corporel mais c’est encore une production du karma de cet être, donc ce n’est pas une capacité sans souillures. A ce moment, l’être du bardo peut voyager à travers des objets solides, peut traverser des maisons, peut traverser des montagnes, peut voler à travers l’espace et ainsi de suite. Mais l’unique raison pour laquelle il peut le faire est que ce n’est pas un corps matériel et ainsi, il n’y a aucune raison qu’il soit gêné par ces choses. A ce moment, l’être du bardo a aussi ce qui est appelé une perception extrasensorielle produite karmiquement. Ce n’est pas le genre de perception extrasensorielle qui surgit de la stabilisation méditative mais simplement un résultat [du fait] d’être dans cette phase d’existence, dans cette phase du bardo. Ceci signifie que, dans certains cas, l’être du bardo peut être conscient des pensées et des états d’esprit des autres. Comme l’être du bardo aura tendance a être attiré par ses parents et ceux qu’il aime de sa vie précédente, il se peut qu’il soit conscient de ce qui se passe en réalité dans leurs esprits. Ainsi, par exemple, si, quand ils retournent à leurs parents, ils perçoivent chez leurs parents amour et compassion, pensant à eux affectueusement et ainsi de suite, cela leur fera plaisir et leur état d’esprit s’améliorera en conséquence. Si, d’autre part, en retournant à leurs parents, ils trouvent qu’ils sont fourbes, malhonnêtes, avares, cupides et uniquement intéressés par l’argent et les biens qu’ils ont laissés, alors il se peut qu’ils en soient conscients et qu’ils soient tout autant tristes et fâchés. Donc, quand quelqu’un qui vous est proche est mort, il est important, pour cette raison entre autres, d’adopter une attitude correcte en général et en particulier lorsque vous pensez aux défunts, de ne penser à eux qu’avec amour.

Pendant le bardo du devenir, vous ferez l’expérience d’un mélange de visions pures et impures. Vous aurez des visions fugaces des purs royaumes et aussi des perceptions fugaces des six royaumes impurs du samsara. Maintenant, si vous êtes entraînés à travailler avec des apparitions pures alors, vous répondrez à ces visions des purs royaumes avec joie et enthousiasme et vous pourrez renaître dans l’un de ces purs royaumes. Si vous n’êtes pas familier de ces pures apparitions de déités, de ces purs royaumes et ainsi de suite, alors vous vous trouverez les apparitions de ces purs royaumes dans le bardo inintéressantes et peut-être même menaçantes. Elles sembleront être un long chemin au loin, ne méritant pas d’être poursuivi. Alors, vous retournerez à votre grand attachement aux choses familières de ce monde et de cette vie, auxquelles vous êtes habitués. Et, prenant plaisir à ces choses qui vous sont les plus familières et auxquelles vous êtes habitués, vous vous engagerez sur le mauvais chemin et reviendrez errer dans ce monde.

Maintenant, que vous vous engagiez ou pas dans la pratique formelle de la méditation, il est important de cultiver, au moins, une certaine forme de familiarité et d’enthousiasme pour la vraie nature des choses – dharmata – et pour les purs royaumes et les pures apparitions, comme les apparitions des déités yidam etc. Parce que c’est seulement à l’aune de l’enthousiasme et de la joie que vous avez pour ces pures apparitions dans cette vie que vous répondrez avec enthousiasme à leur apparition dans le bardo et serez en conséquence moins attachés aux apparitions impures qui les accompagnent.

Tout en cultivant dans cette vie de l’enthousiasme pour les pures apparitions, il est aussi important d’atténuer votre attachement et votre enthousiasme pour vos possessions, votre fortune, vos biens, principalement en vous remémorant leur totale impermanence. Plus vous serez attentif à cultiver de cette manière de l’enthousiasme pour les pures apparitions et à lâcher prise des attachements aux apparitions impures, meilleure sera votre expérience du bardo du devenir. Si vous n’avez aucun enthousiasme pour les pures apparitions et que vous avez un attachement intact et fort pour les choses de ce monde, et particulièrement pour vos biens personnels, vos amis et ceux que vous aimez et ainsi de suite, alors, vous reviendrez naturellement tourner autour ou hanter les choses de cette vie. Maintenant, cette expérience de bifurcation est relatée dans la Grande Libération par l’Ecoute dans le bardo comme l’expérience de deux différents types de chemins lumineux : les chemins de lumière brillante sont les chemins des purs royaumes et les chemins de lumière terne mais familière sont les chemins qui ramènent au samsara. La manière de vous préparer à ceci – et c’est extrêmement important – consiste à réduire votre attachement au monde familier des apparitions impures, dont il sera fait l’expérience comme chemins de lumière terne dans le bardo et d’augmenter votre familiarité avec l’enthousiasme pour les pures apparitions en général et pour les apparitions des déités yidam en particulier, dont il sera fait l’expérience comme chemins de lumière brillante dans le bardo.

Dans le bardo du devenir, votre conscience est extrêmement instable. Bien que vous ayez l’apparence d’un corps physique, car ce corps physique n’est pas réellement un corps physique, son apparence est extrêmement instable. Durant nos vies physiques, notre esprit réside dans le corps, en relation avec les canaux, les souffles et les gouttes [Sans: nadi, prana, et bindu; Tib: rtsa, rlung, thig le] et nous avons plein de pensées qui vont et viennent. Ces pensées peuvent faire bouger nos esprits mais elles ne peuvent pas réellement affecter, immédiatement, l’existence de notre corps physique. Le corps est une limite physique de la portée de l’esprit à partir des pensées turbulentes. Mais dans le bardo, le corps n’est qu’une apparence qui incarne l’état d’esprit de l’être du bardo à ce moment particulier. Donc il n’y a aucune limite physique à ce que l’instabilité de la conscience peut amener. Par exemple, dans le bardo du devenir, si l’esprit de l’être du bardo

Pense à un endroit, tout à coup, cet être s’y trouvera, puis, pensant à un autre endroit, il sera à cet autre endroit. L’esprit de l’être dans le bardo du devenir a énormément de difficultés s’arrêter complètement. En conséquence, les hallucinations sont extrêmement intenses et il y en a beaucoup. L’esprit est tellement dérouté par tout ceci qu’il ne peut contrôler ses pensées de bien et de mal et ainsi de suite. Donc, la préparation la plus importante pour cet état est de développer la stabilité de l’esprit par la pratique de samatha ou méditation de la tranquillité. Suivant le degré de contrôle de votre esprit que vous avez maintenant, vous serez capables de le contrôler dans le bardo, et au même degré, les hallucinations du bardo du devenir seront un peu moins intenses et vous serez plus à même de supporter les assauts de vos propres pensées. De plus, si vous cultivez des habitudes mentales utiles maintenant, alors votre esprit sera bien plus puissant dans le bardo qu’il ne l’est maintenant. Lorsque nous pratiquons le dharma, lorsque nous cultivons des états d’esprit vertueux comme la dévotion, l’amour bienveillant, la compassion et ainsi de suite, tous ces états mentaux semblent souvent un peu faibles parce qu’ils sont inhibés par les limitations de notre corps physique et par les mouvements de nos souffles karmiques. Toutes ces choses inhibent la liberté de l’esprit tandis que nous sommes vivants. Dans le bardo, vous n’avez pas de corps matériel, aussi votre esprit est la chose la plus puissante dans votre expérience. En conséquence, les états mentaux vertueux et les états d’absorption méditative etc., ont beaucoup plus de puissance dans le bardo que dans nos vies ordinaires. C’est vrai pour les états de shamatha, de vipashyana aussi bien que pour la pratique de la phase de génération, la visualisation des déités et ainsi de suite. Tous ces types de méditation auront beaucoup plus de puissance et seront plus clairs dans le bardo si vous pouvez vous rappeler de les pratiquer.

Par exemple, même si vous pouviez vous visualiser comme une déité pendant votre vie, vous seriez encore conscient des sensations physiques et de l’apparence de votre corps ordinaire et cela inhibera quelque peu la clarté et la confiance de votre visualisation. Mais lorsque vous êtes dans le bardo, votre propre visualisation comme une déité causera la cessation de l’apparence ordinaire de votre corps mental ordinaire et, en conséquence, votre visualisation de déité sera extrêmement claire et vivante. De même, lorsque vous pratiquez shamatha durant votre vie, il y a des limites provenant des perturbations que votre corps produit. Dans le bardo, ces perturbations ne seront pas présentes, aussi quand vous placez votre esprit assez fermement dans un état de shamatha dans le bardo, il y restera. Lorsque vous pratiquez vipashyana durant votre vie, vos aperçus de la nature [la vraie nature de l’esprit/la vraie nature de la réalité] ont tendance à être assez éphémères et aussi assez faibles ou indistincts tandis que dans le bardo, lorsque vous vous livrez à la même pratique, ces expériences seront bien plus vivantes et plus claires.

Que vous soyez ou non capable de pratiquer ces méditations dans le bardo du devenir dépend du degré auquel vous vous êtes habitués à les pratiquer durant cette et dans quelle mesure vous avez créé l’élan d’une ferme intention de faire naître ces états dans le bardo. Il a été dit par de nombreux mahasiddhas que ce qui arrive dans l’état de rêve et dans l’état de bardo dépend principalement de la dynamique de nos propres habitudes et de notre engagement ou résolution. Par exemple, si avant d’aller dormir, je me dis, « je dois me réveiller à 3h du matin » et si j’en ai réellement l’intention, si je le veux vraiment, alors, je me réveillerai probablement à 3h du matin. D’une façon ou d’une autre, l’élan de l’intention est transporté dans l’inconscient et l’état de rêve et ainsi de suite. Comme autre exemple, si je décide que je souhaite très fort avoir des rêves lucides et que je me dis avant d’aller dormir, « Ce soir, je reconnaîtrai un rêve comme rêve alors que je serai en train de le rêver », alors, je le ferai probablement. D’un autre côté, bien que vous puissiez vous dire ces choses, si vous manquez réellement d’enthousiasme, si vous pensez « Bien, d’accord, si je me réveille, c’est bon, si je ne me réveille pas, c’est bon », ou si vous pensez « Qui se soucie réellement [de savoir] si je reconnais des rêves ou pas », alors, bien sûr, cela n’aura aucun effet. La préparation au bardo du devenir est la même chose. Plus l’intention que vous créez de reconnaître et de cultiver des états de méditation dans le bardo du devenir sera sérieuse et forte, plus vous aurez la possibilité de le faire.

Dans le bardo du devenir, vous ferez l’expérience d’une variété d’hallucinations et d’apparitions et vous réagirez à certaines d’entre elles avec attachement et à d’autre avec peur. La manière traiter ceci consiste à se souvenir du fait que tout ce qui vous apparaît dans le bardo du devenir est votre propre projection et ne vous est en aucun cas extérieur, peu importe comment cela pourrait apparaître, peu importe que ce fut plaisant ou déplaisant. Si vous savez ceci dans le bardo, alors, quoi que vous voyiez ou expérimentez, cela ne vous causera pas de souffrance. La manière de se préparer à cette reconnaissance consiste à cultiver, durant cette vie, dès maintenant, la conviction que la nature de toutes les choses qui apparaissent est la vacuité et que la nature de toutes les apparences et de tous les êtres est l’absence de Soi, l’absence d’une véritable existence. Et si cette conviction est assez stable, cela provoquera l’émergence ou l’apparition de cette attitude dans le bardo et cela vous aidera énormément pour traiter les différentes apparitions dont vous ferez l’expérience. En reconnaissant ce que vous voyez comme votre propre projection et comme vos propres hallucinations, vous ne les considérerez pas comme étant réellement menaçantes. Si vous avez un attachement intact et une fixation pour les choses de cette vie, si vous vous fixez sur les apparitions comme étant substantiellement existantes, si vous faites une fixation sur les apparitions en général comme ayant une véritable réalité comme elles apparaissent, alors, dans le bardo, vous ne ferez pas l’expérience de votre propre projection et de vos propres hallucinations pour ce qu’elles sont, mais au lieu de cela, vous les prendrez comme vous étant externes et, donc, très menaçantes. Aussi, dès maintenant, vous avez besoin de cultiver la reconnaissance [du fait] que la nature de toutes les choses, de tous les dharmas [c’est-à-dire tous les phénomènes] est la vacuité, ainsi qu’il est enseigné dans les sutras Prajnaparamita : Pas d’yeux, pas d’oreille, pas de nez, et ainsi de suite. La reconnaissance que toutes les choses sont comme ce qui apparaît dans les rêves, que toutes les choses sont comme des illusions créées par magie et que toutes les choses manquent d’existence inhérente, est très importante. Que vous pratiquiez ou non la méditation formelle, le renforcement continuel de cette vue ou attitude est extrêmement important, parce que l’habitude de cette attitude peut être très utile dans le bardo du devenir. De même, accomplir la visualisation de vous-même comme une déité, comme un yidam, encore et encore régulièrement durant votre vie –que vous produisiez ou non l’apparition avec clarté – sera très utile dans le bardo parce que l’habitude de vous visualiser régulièrement sous cette forme surgira à nouveau dans le bardo. A ce moment là, lorsque vous générerez cette pensée de vous-même de cette manière, elle apparaîtra avec un certain degré de clarté. En conséquence, des pratiques comme celles du bodhisattva Chenrezig ou de la bodhisattva Arya Tara sont extrêmement importantes et bénéfiques pour cette période du bardo.

Maintenant, finalement, si vous continuez dans le bardo du devenir, si vous ne pouvez pas choisir un chemin de lumière radieuse [menant] à un royaume pur – ce qui veut dire si vous n’arrivez pas à renaître dans un royaume pur – alors vous commencerez à paniquer et à être dérouté de plus en plus. L’expérience de ce bardo et les types d’apparitions qui naissent à vous deviendront de plus en plus menaçantes et de plus en plus déroutantes et provoqueront de plus en plus d’agitation. Vous commencerez à désirer très fort, de manière presque irrépressible, une sorte de sanctuaire [qui vous protège] de tout cela et vous commencerez à chercher activement une naissance.

C’est à ce moment qu’il est de la plus haute importance que vous vous appliquiez à une pleine conscience et à une vigilance stables de manière à pouvoir choisir votre voie correctement, pour choisir correctement où vous renaissez. Il y a deux méthodes pour faire ce choix et pour éviter une renaissance malheureuse. L’une d’elle est appelée fermer la matrice et l’autre, choisir la matrice. Maintenant, ce qui arrive à ce moment est que, par la force d’un karma très puissant, vous êtes poussé ou propulsé dans un état de telle agitation que vous serez extrêmement tenté de renaître au premier endroit de naissance que vous percevrez. Et si vous accompagnez juste le flux ou l’impulsion de votre karma, alors vous aurez tendance à renaître par erreur dans des circonstances extrêmement défavorables. Mais si vous pouvez conserver pleine conscience et vigilance et faites très attention, alors vous pourrez choisir une renaissance favorable. A ce moment vous serez extrêmement agité et si vous vous laissez emporter par l’agitation et la panique, alors vous n’aurez absolument aucun contrôle sur votre naissance suivante. En conséquence, vous devez être très prudents à ce moment.

Le moyen de stopper la naissance quelque part où vous ne souhaitez pas renaître consiste à voir les apparitions que vous subissez à ce moment dans le bardo comme étant complètement pures et à percevoir tous les individus que vous percevez comme des déités. Ceci arrêtera la force qui vous propulse vers une renaissance que vous souhaitez éviter. Aussi, à ce moment, il est très important de disposer des facultés de pleine conscience, de vigilance, et de prudence. Afin d’avoir ces qualités alors dans le bardo, il est absolument essentiel que vous cultiviez ces facultés durant cette vie. En conséquence, la plus importante préparation pour cette phase du bardo est de toujours, en toutes circonstances, cultiver la pleine conscience, la vigilance et la prudence et de ne pas laisser votre esprit se laisser ballotter.

Donc, si vous utilisez la technique de fermer la matrice, vous stopper une renaissance dans un ensemble spécifique de circonstances en changeant la manière selon laquelle vous percevez le contexte, en changeant la perception d’impureté en pureté. La seconde technique consiste à choisir un lieu de renaissance ou à choisir une matrice. Maintenant, les véritables conditions qui vous forcent [à entrer] dans le véritable lieu de renaissance sont la combinaison de désir ou d’attachement pour l’un des parents, d’une part, et l’aversion, l’antipathie ou le dégoût pour l’autre. Il est dit en général que si vous allez renaître en tant que mâle, vous serez attiré par la mère et ressentirez de l’aversion pour le père. Et si vous allez renaître en tant de femme, vous ressentirez de l’attraction pour le père et de l’aversion pour la mère. Dans tous les cas, la combinaison de ces deux kleshas est ce qui vous propulse dans la matrice. Aussi, si vous pouvez vous garder de permettre à ces deux réactions de devenir dominantes, alors vous pourrez vous éviter d’être attiré dans la matrice et pourrez donc choisir le lieu de renaissance consciemment.


Question : Rinpoché, en ce qui concerne les apparitions dans la seconde partie du bardo du dharmata, il y a eu des discussions sur le fait qu’il se pourrait peut-être que la forme sous laquelle apparaîtraient les déités paisibles et courroucés aux gens de cultures variées ne serait pas nécessairement la forme sous laquelle elles sont décrites traditionnellement dans l’iconographie tibétaine. Pourriez-vous commenter ceci ?


Rinpoché : les apparitions des déités dans l’iconographie vajrayana ont, dans le cas des déités paisibles et courroucées, absolument rien à voir avec la tradition tibétaine. Les apparitions de ces déités sont conformes aux descriptions des tantras qui furent enseignés par le Bouddha en Inde. Toutefois, la question subsiste car certains érudits – comme l’éminent érudit du vingtième siècle Gendun Chöpel, ont dit qu’il y a quelque chose de culturel à propos de la manière que nous avons de décrire et d’imaginer les déités. Il a dit que l’ornement et l’apparence de nos déités étaient indiens parce que le Bouddha était indien. Que si le Bouddha était apparu dans un autre pays – par exemple, la Chine ou le Tibet – nous visualiserions les déités avec peut-être des barbes effilochées ou quelque chose comme ça, et que, a-t-il dit, c’était au moins en partie culturel. Toutefois, je pense que Gendun Chöpel était un davantage philosophe spéculatif qu’un pratiquant et que ce jugement particulier de sa part peut être écarté pour la raison suivante. Il y a une pratique, qui a été mentionnée l’autre jour, appelée thögal ou franchissement du pic, et le résultat de cette pratique qui utilise soit la lumière du soleil soit la plus grande obscurité comme partie de la méthode, est que vous voyez réellement, physiquement et directement les apparitions qui émergent dans le bardo du dharmata. Ca commence en voyant des lumières multicolores et se poursuit ensuite en voyant des gouttes de lumières multicolores. Ces apparitions ne sont pas imaginaires. Elles ne sont pas produite par un quelconque acte de visualisation. Elles sont vraiment vues parce qu’elles sont inhérentes ou spontanément présentes dans notre corps [subtil]. Maintenant, lorsque quelqu’un pratique thögal intensivement et suffisamment longtemps, alors, à l’intérieur de ces gouttes ou sphères de lumières, il finit par voir vraiment les déités paisibles et courroucées. Il ne les imagine pas et ce n’est pas quelque chose qui est produit par habitude, information, éducation ou croyance. Ces choses sont simplement présentes en nous et, en conséquence, l’iconographie reflète réellement une réalité de base et non une tradition quelle qu'elle soit.


Question : Il a été dit que les déités paisibles et courroucées sont inhérentes à mon corps. Si c’est vrai, alors est-ce que les déités paisibles et courroucées qui demeurent dans mon corps sont différentes ou identiques aux déités paisibles et courroucées demeurant dans le corps d’une autre personne ? Et en outre, est-ce que ces déités paisibles et courroucées qui demeurent dans mon corps sont identiques ou différentes de moi ?


Rinpoché : Si nous considérons la nature ultime de notre corps physique, nous voyons que, en fin de compte, c’est une apparition mentale. Les déités paisibles et courroucées demeurent dans ce corps qui est in fine une apparition mentale. En conséquence, les déités paisibles et courroucées sont la pure incarnation, résidant ou demeurant dans le corps, des caractéristiques de l’apparition de l’esprit. Ainsi, par exemple, ce que sont dans l’état impur les cinquante et un samskaras ou cinquante et un types de formations mentales, sont, dans leur pure nature, les cinquante et une déités courroucées, enflammées, buveuses de sang. Ce que sont, dans l’état impur, les huit types de conscience, sont, dans l’état pur, les huit bodhisattvas. Ce dont nous faisons l’expérience dans leur impureté en tant que cinq agrégats sont les cinq bouddhas mâles. Et ce dont nous faisons l’expérience en tant que lucidité naturelle de la nature du développement de tous les phénomènes – la lucidité naturelle de la nature du dharmadhatu – est le dharmakaya Samantabhadra [mâle] et la vacuité essentielle de cette nature est la dharmakaya Samantabhadri [femelle]. Tout ceci est une émergence d’auto apparition à un individu, présente dans son corps à lui ou à elle, mais apparaissant, quand elle est perçue, comme leur étant extérieure.
Maintenant quant [à savoir] si ces déités sont de la même nature que vous ou d’une nature différente, nous devrions dire qu’elles sont inséparable et de la même nature que vous, car ce que conventionnellement nous appelons « vous » est en fait composé de ces huit types de consciences, cinquante et un samskaras, et ainsi de suite.
En conséquence, puisque celles-ci sont l’incarnation de la vraie nature de ces choses là, nous devons dire que celles-ci sont les aspects ou les apparitions de la vraie nature de ce que conventionnellement nous appelons « vous ».
Quant à [savoir] si les déités paisibles et courroucées à l’intérieur d’une personne sont identiques à celles d’une autre personne, chaque personne a les siennes, simplement comme chaque personne a ses propres samskaras, ses propres consciences, et ainsi de suite.


Question : dans le Mahabharata, Vishnu dit qu’il émanait de Krishna et que Krishna est inhérent à ou présent dans tous les phénomènes. Cette notion de l’immanence du divin semble identique à la vue exposée dans la Tantra Guhyasamaja.
Dans le Pramana Shastra, Dharmakirti réfute l’existence d’une nature de base immanente imprégnant tous les phénomènes mais cependant, nous trouvons une idée du divin immanent dans la vue du tantra Guhyasamaja. Pourriez-vous, s’il vous plaît, expliquer la différence entre la présentation de la nature de la déité dans le tantra Guhyasamaja et la présentation externaliste dans la Mahabharata, telle que réfutée par Dharmakirti ?
Et aussi, que pensez-vous de la déclaration dans le tantra Mahayana Uttara Shastra selon laquelle la nature de bouddha est tout-imprégnant et imprègne chaque être et tous les êtres ? N’est-ce pas la même chose que cette nature primordiale qui est proposée par les externalistes ?


Rinpoché : la notion de nature de bouddha dans le bouddhisme n’est pas la même que la notion d’imprégnation dans la notion vaishnavite de Krishna parce que la nature de bouddha imprègne tous les individus en ce sens que chaque individus et tous les individus possèdent ou est caractérisé par la nature de bouddha. Il n’y a en aucun cas une [unique] nature de bouddha qui imprègne et contient tous les individus. Par exemple, si je disais : les arbres et les forêts dans le monde entier sont imprégnés par le bois. Je voudrais dire que où que vous trouviez un arbre, à l’intérieur, vous trouverez du bois. Ce n’est pas la même chose que de dire qu’il y a un gros morceau de bois qui, d’une certaine manière, imprègne et relie tous les petits arbres partout dans le monde. Maintenant, ce qui est réfuté par le maître Dharmakirti dans son Pramana Shastra est le substantialisme de l’idée d’une unique substance imprégnante primordiale ou d’un créateur. C’est très différent de la notion de nature de bouddha. La nature de bouddha est approuvée parce que c’est la façon de nous y référer qui rend appropriée l’aspiration à la bouddhéité. Ca me convient de dire : si je m’engage dans la voie, j’atteindrai la bouddhéité... Pourquoi ? Parce que j’ai le potentiel ou la nature de base qui rend cela possible, ce que j’appelle la nature de bouddha. Et c’est vrai pour n’importe qui d’autre. Si je désigne une autre personne, si cette personne s’engage dans la voie, elle atteindra la bouddhéité parce qu’elle a la nature de bouddha. Ainsi, la nature de bouddha se réfère à une prédisposition potentielle qui rend possible d’atteindre le résultat concret de bouddhéité. C’est très différent de l’idée de Krishna qui est présentée dans le Mahabharata et d’autres textes parce que Krishna est présenté comme un créateur primordial et un être existant vraiment ou de manière inhérente qui contient en lui tous les phénomènes, le monde entier ou l’univers. C’est très différent des déités paisibles et courroucées qui ne sont pas tenues pour un ensemble de déités paisibles et courroucées qui contiennent l’univers entier en elles mais sont inhérentes individuellement à l’intérieur de chacun et de tous les êtres.


Question : Rinpoché a dit que dans le bardo du devenir, la condition qui accompagne la renaissance comme femme, par exemple, est d’être attiré par le père et de ressentir de l’aversion pour la mère. Mais est-ce certain et catégorique. Parce que moi, en ce qui me concerne, je ne ressens pas ces réactions particulières.


Rinpoché : Et bien, en vérité, ceci fait référence à ce qui arrive dans le bardo et pas à ce qui arrive dans la vie qui suit. Au moment ou vous produisez cet attachement particulier ou cette aversion, vous ne percevez pas ces deux individus comme parents. Ils ne sont pas encore vos parents. En fait, vous ne voyez pas les individus eux-mêmes. Ce à quoi vous réagissez c’est à la perception du sperme et de l’ovule. Le véritable état émotionnel qui est créé est un désir de relation sexuelle dans lequel vous créez un état d’excitation sexuelle lié au fait d’être attiré dans les deux substances du sperme et de l’ovule. Vous percevez le sperme comme mâle et l’ovule comme femelle et vous leur réagissez d’une manière ou de l’autre sur cette base. Les émotions d’attachement et d’aversion ne sont pas vraiment dirigées vers les personnes de vos futurs parents mais vers les substances qui construiront votre corps.


Question : Je peux comprendre l’apparition des déités paisibles et courroucées comme un aspect purifié de notre nature mais est-ce que Rinpoché a dit que quelqu’un qui n’avait jamais entendu parler des bouddhas et n’avait jamais entendu parler des apparitions de ces déités les verrait tout de même dans le bardo sous la même forme ?


Rinpoché : Oui, parce qu’elles sont innées ou inhérentes. Maintenant, si quelqu’un a pratiqué la méditation, alors les déités paisibles et courroucées apparaîtront pendant plus longtemps parce que les jours de méditation dans le bardo seront plus longs. Mais même pour quelqu’un qui n’a jamais pratiqué quelque méditation que ce soit, elles apparaîtront tout de même exactement comme elles sont décrites, mais peut-être très brièvement. C’est, du moins, ce que je crois et je crois ceci parce que lorsque vous pratiquer la voie de la présence spontanée, thögal ou le franchissement du pic, alors ces déités vous apparaissent vraiment, physiquement, comme elles sont décrites. Dans cette pratique, vous ne les imaginez pas du tout, vous êtes réellement en train de les voir. Et puisqu’elles apparaissent sans être imaginées alors, clairement, elles sont spontanément présentes et ne sont pas quelque chose que nous avons imaginé ou fabriqué.


Question : Et est-ce que ceci inclut les sceptres spécifiques qu’elles portent ainsi que le nombre et les variétés de têtes et ainsi de suite ?


Rinpoché : Oui


Question : Pourriez-vous, s’il vous plaît, expliquer la différence entre la clairvoyance produite karmiquement et la clairvoyance produite par la méditation ?


Rinpoché : Dans le cas de la clairvoyance ou d’une autre perception extrasensorielle, ce qui s’est produit, c’est que, par la culture de l’absorption méditative, l’esprit est devenu extrêmement stable et, en conséquence, très différent de ce que nous pensons ordinairement que notre esprit puisse être. Du fait de son incroyable stabilité, cet esprit est aussi extrêmement clair. Donc, la personne [qui est] dans cet état d’absorption est capable de savoir et de voir des choses que nous ne pouvons pas [voir] d’habitude. C’est très différent de la clairvoyance produite karmiquement, dans laquelle l’esprit n’est pas particulièrement clair ou particulièrement stable. Mais pourtant, il se peut et il arrivera que des images de choses apparaissent, qui pourraient être imprécises. Par exemple, dans le cas de perception extrasensorielle produite karmiquement, il se pourrait que vous ayez juste la pensée : Oh, cette personne est probablement en train de penser comme ci et comme ça... Ce qui n’est pas la même chose que de savoir réellement que cette personne est en train de penser comme ci et comme ça. Dans le dernier cas, il y a une connaissance réelle et dans le second, c’est une image de ce qui pourrait être en train de se passer.


Question : Dans certaines religions occidentales, il y a le concept de l’âme qui est attribuée aux êtres humains mais pas aux animaux. Il est dit que l’âme est quelque chose que les humains ont et que les animaux n’ont pas. Maintenant, alors qu’à d’autres égards, l’âme semble se référer à l’esprit, elle ne peut clairement pas se référer à l’esprit parce que les sens prouvent à l’évidence que les animaux ont un esprit. Alors qu’est-ce que l’on entend exactement par cette notion d’âme qui semble être l’esprit mais n’est pas l’esprit, et qui n’est supposée être détenue que par les être humains ?


Rinpoché : Je pense que le concept d’âme a peut-être quelque chose à voir avec ce que nous appelons « le dieu à votre épaule », ce qui signifie les types variés de forces qui, pour quelque raison, protègent les êtres humains et pas les animaux. Au Tibet, ceux-ci sont classifiés traditionnellement en dieux de la famille de la mère, dieux de la famille du père, dieux du foyer, de nombreux [dieux] différents. Et il semble que ce soit ceux-ci, qui sont attirés par les êtres humains distincts des animaux, qui pourraient être ce qui est identifié dans ces autres traditions comme l’âme qui est unique aux êtres humains. Ceci semble, d’une certaine manière, connecté à l’aura, dont on parle communément en Occident, et qui peut être photographiée en utilisant certaines techniques, ce qui amène les gens à faire des commentaires : Vous avez une belle aura... Vous avez une aura effrayante, et ainsi de suite. Mon aura a été photographiée à Bangkok. Et il semble que, la couleur et la splendeur de votre aura a quelque chose à voir avec le nombre de dieux derrière vous qui vous protègent.


Question : Il semble, d’après ce que vous avez dit, que la conscience demeure en fait dans le corps précédent jusqu’à ce qu’on entre dans le bardo du devenir. Si c’est vrai, alors combien de jours reste-t-elle dans le corps après la mort. Et si c’est une période précise, est-ce que cette période est constituée de jours de méditation ou de jours solaires ? Et, de plus, est-ce que les 49 jours qui forment la période du bardo sont comptés en totalité en jours de méditation ou en jours solaires ?


Rinpoché : la période du bardo du dharmata, qui est la période [qui se situe] entre la mort et le moment où la conscience sort du corps est constituée de jours de méditation et dépend donc entièrement de la stabilité de l’esprit de chaque personne en particulier. Mais la période de quarante-neuf jours est constituée de quarante-neuf jours solaires communs.


Question : j’ai demandé combien de jours s’écoulent entre la mort et l’entrée dans le bardo du devenir parce que j’ai compris que la période pendant laquelle les déités paisibles et courroucées apparaissent était assez longue mais maintenant ça semble plutôt court.


Rinpoché : La période de temps entre la mort et le début du bardo du devenir est, en temps commun [temps solaire] indéfinie parce qu’elle est constituée de jours de méditation et dépend donc entièrement de la stabilité d’esprit de l’individu. Par exemple, lorsque les quarante-deux déités paisibles apparaissent, on dit là qu’un jour de méditation est dédié à l’apparition de chacune des cinq familles. Mais si la personne n’a eu aucune expérience de la méditation, alors, chacun de ces jours de méditation ne durera peut-être qu’un instant. Ainsi, l’ensemble pourrait se dérouler très rapidement en un éclair et le bardo du devenir pourrait commencer presque immédiatement. Dans le cas de quelqu’un dont l’esprit était très stable, par la pratique de la méditation, chacun de ces jours de méditation pourrait s’écouler sur une longue période. Donc, ça varie énormément.


Question : Quand nous sommes avec quelqu’un qui va mourir, quels enseignements pouvons- nous partager, et qu’est-ce que nous ne devrions pas partager ?


Rinpoché : Ca dépend individuellement de la personne. Si la personne mourante n’a pas de réserves à propos de la validité de ceci, si elle n’a pas d’antipathie à l’encontre du dharma et si ça ne devrait pas, en aucune manière, la perturber ou la mettre en colère, alors, vous pouvez lui dire absolument tout. Si, en revanche, la personne, par choix d’une vue d’un certain type ou pour d’autres raison, n’est pas réceptive à cela et réagira avec antipathie, alors vous ne pouvez vraiment pas en dire long.


Question : Rinpoché, vous avez mentionné les bénéfices d’arriver à reconnaître la vacuité de tous les phénomènes, les bénéfices de parvenir à un état de stabilité mentale et les bénéfices d’arriver à apprendre que les déités qui apparaîtront ne nous sont pas externes. Mais quels sont les bénéfices dans le bardo venant d’apprendre à laisser reposer l’esprit dans rigpa, que ce soit par la pratique de Mahamoudra ou par une technique de la tradition dzogchen, etc. ? Rinpoché : Et bien si vous pouvez laisser reposer votre esprit dans la pleine conscience, dans rigpa, alors, durant le bardo du dharmata, vous reconnaîtrez la luminosité de la base. En fonction de l’intensité ou de la l’ampleur de la reconnaissance, vous pouvez soit atteindre la libération à ce moment ou, pour le moins, obtenir une bonne renaissance. Le bardo du devenir apparaît seulement si vous échouez à reconnaître la luminosité de la base pendant le bardo du dharmata. Ainsi, si le bardo du devenir a commencé à survenir, alors vous avez déjà échoué à reposer dans rigpa et vous n’avez donc pas réussi à reconnaître la luminosité de la base et ainsi de suite. En conséquence, dans le bardo du devenir, vous avez besoin d’appliquer les méthodes de la tranquillité et de l’étape de génération des déités et ainsi de suite. Question : Rinpoché, pourriez-vous me dire comment je vais reconnaître les circonstances favorables pour renaître.


Rinpoché : Et bien, la chose essentielle à ce moment dans le bardo est de ne pas tomber sous l’emprise de votre propre désir sexuel parce que ce qui arrive, ce qui vous propulse dans la matrice – dans n’importe quelle sorte de matrice – est le désir de rapport sexuel. Et si vous tombez sous cette emprise, au point de ne plus vous contrôler, alors, vous n’aurez plus le temps de vérifier à quelle sorte de parents vous avez été associés et vous serez simplement dominé par ça et vous trouverez dans la matrice. Si vous n’êtes pas dominé par le désir sexuel, alors, votre esprit deviendra stable et tout se calmera quelque peu et vous pourrez examiner la situation vers laquelle vous vous dirigez. Vous pouvez dire : Et bien, qui sont ces gens ? Quelle sorte de parents vont-ils être ? Quelle sorte de vie vais-je avoir ? Et il dépend de vous de [choisir] en quoi vous voulez renaître. Par exemple, si vous êtes complètement sous l’emprise du désir sexuel, vous ne remarquerez même pas les espèces. Aussi, si vous pouvez vous calmer un peu, vous serez capable de reconnaître à quelle substance vous vous combinez et vous direz : Un instant, ce sont des porcs ! ou : Attendez une seconde, ce sont des chiens, ou : C’est un être humain, et ainsi de suite.


Question : Dans la littérature du Prajñaparamita, on identifie la véritable cause de l’envie irrésistible qui fait que quelqu’un prenne ou accepte une renaissance pas tant au désir sexuel qu’au désir de trouver une habitation. Dans cette littérature, la perception de base de la matrice ou du lieu de naissance est décrite comme une maison ou une demeure. Et il semble que c’est distinct de la caractérisation comme un véritable désir pour une relation sexuelle. Quel est exactement l’objet du désir, l’état émotionnel qui pousse à mêler sa conscience au sperme et à l’ovule ? Est-ce le désir pour une demeure et la perception de la renaissance, qu’elle soit bonne ou mauvaise, comme un bon ou mauvais lieu de demeure ou est-ce le désir pour une relation sexuelle ?


Rinpoché : La différence entre ces deux présentations, le traitement de l’interdépendance du Prajñaparamita et la discussion des bardos est que dans la présentation de l’interdépendance, le champ est un peu plus large. Ici, on parle de quatre différents types de naissance et, dans certains types de naissance, le lieu de naissance est perçu comme un lieu, comme une demeure ou une maison. Par exemple, si la naissance de quelqu’un est ce qui est appelé une naissance instantanée, alors, il percevra le lieu de naissance comme une demeure et le processus de naissance ne sera pas particulièrement relié au désir sexuel. La présentation dans les enseignements du bardo se soucie davantage du processus qui mène à une naissance dans une matrice ou un œuf. Dans ces deux cas, comme la conception est produite par une relation sexuelle, la force motrice, quand vous êtes sur le point d’entrer dans la matrice, est le désir sexuel. Ici, cette présentation particulière décrit en fait ce qui précède une naissance dans une matrice. C’est pourquoi c’est appelé « entrer dans la matrice », et ainsi de suite.
Dans certains textes, il est dit que lorsque vous vous approcher du lieu de naissance à une certaine distance, il semble être une demeure. Selon le lieu de naissance, il peut s’agir de quelque chose de très élégant comme un palace ou cela peut être perçu comme une sorte de taudis. Mais, dans tous les cas, quand vous vous en rapprochez, la force qui vous pousse est le désir d’un rapport sexuel et vous commencez à percevoir les substances comme mâle et femelle.


Question : Si quelqu’un meurt de sous traitement anti-douleur lourd, comment ceci affecte-t-il son expérience du bardo ?


Rinpoché : Et bien, le traitement empêchera probablement la reconnaissance des étapes de dissolution dans le bardo de la mort mais à leur point culminant, l’esprit et le corps se seront séparés, même si l’esprit, dans une certaine mesure, habite encore le corps. Aussi, à partir de ce moment, l’esprit ne sera plus affecté par le traitement.


Question : Si quelqu’un ne reconnaît pas la luminosité de la base dans le bardo du dharmata, vous avez dit qu’on devient inconscient et passe directement à l’expérience du bardo du devenir. Est-ce que cela signifie que dans certaines circonstances, quelqu’un manquera entièrement les expériences des déités paisibles et courroucées et ainsi de suite ?


Rinpoché : Ce qui arrivera probablement, c’est que, ayant perdu connaissance, à l’intérieur de cet état d’évanouissement, on aura des expériences évanescentes de ces déités paisibles et courroucées et des lumières et rayons et ainsi de suite.


Traduit de l’anglais par l’équipe de SanghaForum, notamment Robert.