Comment suivre la voie du franchissement du pic

Instructions pratiques sur l’union de mahamoudra et de dzogchen
(Extrait de Naked Awareness – chapitre 7)

de Karma Chagmé
Commentaires de Gyatrul Rinpoché

La voie du franchissement du pic

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Avant-propos du traducteur

L’extrait qui suit est tiré des instructions pratiques sur l’union de mahamoudra et de dzogchen de Karma Chagmé, et commenté par Gyatrul Rinpoché.

Le chapitre traduit dévoile les instructions de la voie du Franchissement du Pic (Thögal). Cette pratique de dzogchen est considérée comme très secrète, et n’est généralement dévoilée qu’aux adeptes quand ceux-ci sont prêts à les recevoir. Il n’est pas habituel de les dévoiler au grand public, pour de multiples raisons, les dangers encourus si ces pratiques ne sont pas guidées par un maître dzogchenpa n’étant pas des moindres.

Malgré cela, j’ai choisi de les traduire en français, parce qu’il étaient déjà à disposition du public anglophone, dans l’excellente version, « Naked Awareness » (La conscience nue), traduite par Alan Wallace. Ce faisant, aucun samaya n’a été rompu.



Comment suivre la voie du franchissement du pic (1)

Hommage à Avalokiteshvara !


- C’est seulement en accumulant une compréhension approfondie à la fois de mahamoudra et de dzogchen que nous pouvons asseoir une fondation conséquente de cette étape de l’enseignement. Sans une base solide, la phase « franchissement du pic » de la pratique n’aura aucun succès ni aucun signification. A la fois pour la pratique de mahamoudra et de l’étape de trancher la rigidité (2) de la Grande Perfection, l’entretient de la quiétude et de l’intuition profonde sont des fondations indispensables. Concernant l’entretient de la quiétude et de l’intuition profonde, les pratiques préliminaires, y compris les étapes de génération et de finalisation, sont essentielles. C’est la séquence traditionnelle des pratiques de ces apprentissages.

Sans une fondation indispensable, vous prenez le risque de ressasser comme un lama au Tibet a qui un de ses étudiants demandait : « Lama, sur quoi méditez vous ? » Le répondit : « Je médite sur la patience ». Quelque temps après le garçon revint et demanda : « Lama, maintenant sur quoi méditez- vous ? » Très vertueusement le lama répondit : « La patience ». Revenant pour la troisième fois, le garçon demanda : « Lama, sur quoi méditez-vous ? » de nouveau le mentor spirituel répondit : « Je médite sur la patience ». Le garçon dit : « O lama, va manger de la merde ! » Le lama hurla immédiatement : « Moi manger de la merde ? Mange la toi-même ! ».

La pratique de la quiétude fait partie du hinayana, du mahayana et du vajrayana. En fait, elle est présente sur la totalité de la voie jusqu’à, et y compris, l’éveil spirituel. En réalité, tous les yanas et tous les types de pratique sont imprégnés d’intuition profonde et de quiétude. Pour souligner ce point : la quiétude et l’intuition profonde ont un sens pour chacun, pas seulement pour les bouddhistes, jusqu’à ce que chacun ait finalisé la libération de l’existence cyclique ; parce que sans cette quiétude et intuition profonde, nous restons soumis aux afflictions mentales. –


Telles sont les profondes instructions pratiques d’Avalokiteshvara. Ayant déjà présenté à la fois les étapes de trancher la rigidité et de franchissement du pic de la Grande Perfection, la raison pour laquelle l’union des deux est nécessaire est expliquée dans le Tantra secret du soleil de la vaste étendue ardente des dakinis :


Sans trancher la rigidité, pas de franchissement du pic.
Sans franchissement du pic, pas de trancher la rigidité.


Le tantra du compendium des contemplations de Samantabhadra affirme :


Si le sens de ce trancher la rigidité n’est pas réalisé,
Même si le franchissement du pic est expérimenté, ce sera duel.
Confondre le sens avec un charabia non expérimental
Est comme rejeter des pépites d’or dans le courant.


Ainsi, l’union de la double vision de la base – c'est-à-dire, assister à l’essentielle nature de trancher la rigidité, mahamoudra – et de la voie – c'est-à-dire, la claire lumière du franchissement du pic – est le pinacle des neuf yanas. Qui plus est, il a été prophétisé qu’en ces temps dégénérés au pays des neiges [du Tibet] cela devienne fleurissant et la réalisation spirituelle sera atteinte. Le tantra de la recherche de la Grande Perfection dans les apparitions trompeuses dit :


Lorsque de nombreuses années seront passées
Après que je sois passé dans le nirvana
La réalisation suprême sera atteinte
Par un nombre sans fin au pays du nord.


Le tantra des trésors dit :


Après cinq cent [ans], le mantra[yana] secret fleurira au pays du nord. A partir de ce moment, ce Dharma de réalisation du mantra[yana] secret sera expérimenté par quelques individus. Ils atteindront l’état de réalisation qui ne sera pas insuffisant.


Quand Orgyen Rinpoché fut prêt à partir au pays des cannibales, il dit :


Dans le futur, des gens fortunés apparaîtront progressivement, et s’ils pratiquent concentré en un point, les résultats ne se feront pas attendre, même pendant cet ère dégénérée ; et beaucoup acquerrons les siddhis.


Ainsi, la claire lumière de trancher la rigidité doit être appliquée. A ce propos il y a quatre sujets : (A) tout d’abord, s’attaquer aux points critiques en terme du corps, de la parole et de l’esprit, (B) sur la base de trois points critiques, laissez venir en vous la perception directe, (C) l’enseignement de comment les quatre visions apparaissent si vous pratiquez, et (D) en conclusion.


A. S’attaquer aux points critiques

Sur ce point il y a trois sujets : (1) les points critiques du corps, (2) les points critiques de la parole, (3) les points critiques de l’esprit.


1. S’attaquer aux points critiques du corps

Sur ce point il y a trois sujets : (a) la position du nirmanakaya comme un rishi accroupi, (b) la position du sambhogakaya comme un éléphant allongé, et (c) la position du dharmakaya comme un lion assis dans la position d’un chien. Le tantra de base sur la pénétration du son, dit :


Dans la position du lion du dharmakaya, on est libéré de toutes les peurs confuses et voyons avec les yeux vajra. Dans la position allongée comme un éléphant du sambhogakaya, on expérimente la réalité elle-même et voyons avec les yeux de lotus. Dans la position d’un rishi accroupi du nirmanakaya on émane dans l’aspect de la réalité elle-même et voyons avec les yeux du dharma


La Guirlande de Perles dit :


Il y a trois sortent de taches du corps : restez à la façon d’un lion, d’un éléphant et d’un rishi accroupi.


Si on est accompagné par beaucoup, la posture du nirmanakaya est suffisante. Les instructions blanches d’Avalokiteshvara sur la lumière suprême de la contemplation de jour, dit :


A l’occasion, pratiquez la position du nirmanakaya d’un rishi accroupi.


S’il y a peu de disciples, disons pas plus de sept, et que ce n’est pas un enseignement public. Lorsque le ciel est clair et qu’il n’y a pas de vent, conduisez vos disciples dans un endroit solitaire.


a. La position d’un lion dans la position d’un chien du dharmakaya

Placez votre corps dans la position d’un chien : appuyez vos deux plantes des pieds sur le sol ; serrez les mains dans les points vajra ; plantez vos deux gros orteils sur le sol ; comme un lion, étirez la partie supérieur de votre corps vers le haut ; allongez vous avec force sur le sol ; et dirigez vos facultés [visuelles] vers leurs objets.


- Appuyez la plante de vos pieds sur le sol. Posez vos gros orteils sur le sol et, comme un lion, étirez votre poitrine vers le haut. Pour fabriquer un poing vajra, glissez vos pouces dans vos paumes, en touchant la base de votre annulaire ; et enroulez les doigts restant autour des pouces. Sans plier vos poignets placez vos bras droit à l’intérieur de vos genoux, qui se penchent sur les cotés, et avec puissance étendez vous sur le sol, suggérant une position forte et pleine d’énergie. Dans certaines traditions, les gens placent leurs poings sur le sol devant leurs pieds ; d’autres légèrement en arrière. Levez légèrement le menton et les yeux, et dirigez vos yeux sur leur objet, l’espace vide. -


b. La position d’ un éléphant allongé du sambhogakaya

Tenez-vous le visage baissé comme un éléphant, appuyez les deux genoux contre votre poitrine, laissez vos orteils pointés vers l’extérieur, placez les deux coudes sur le sol et levez légèrement votre menton vers le haut.


- Dans cette position vos yeux ne sont dirigés ni vers le haut ni vers le bas, mais regardent droit devant (horizontal au sol) ou vers la gauche ou la droite. Parmi les trois positions, celle-ci est considérée comme la plus facile. Agenouillez-vous avec votre poitrine faisant face au sol, et autorisez vos orteils à se positionner naturellement vers le haut de telle façon que vous soyez pratiquement sur votre ventre, levez la partie supérieure de votre poitrine et placez votre menton dans la paume de vos mains. -


c. La position d’un rishi accroupi du nirmanakaya

Asseyez-vous droit avec vos chevilles rapprochées, placez la plante de vos pieds sur le sol, tenez votre corps droit, pressez vos genoux contre votre poitrine, croisez vos avant-bras tout en embrassant vos genoux, et gardez votre colonne droite et érigée.


- Placez la plante de vos pieds sur le sol, asseyez-vous les genoux repliés et vos chevilles l’une à coté de l’autre. Appuyez vos genoux contre votre poitrine, placez vos coudes sur vos genoux, croisez vos bras, le bras droit par dessus le gauche, et placez vos mains sur les épaules. Tenez votre torse levé, gardant votre colonne droite. -


En marquant les trois points critiques de votre corps de la sorte, la sagesse primordiale présente dans votre corps s’élèvera assurément. Par analogie, de même qu’un serpent possède des membres, si ils ne sont pas ressortis, ce n’est pas apparent.


2. Les points critiques de la parole

Sur ce point il y a trois sujets : (a) révéler la parole, (b) tranquilliser la parole, et (c) stabiliser la parole. Concernant la révélation de la parole, pendant trois ou quatre jours laissez votre parole se calmer jusqu’au point du silence. Concernant la tranquillisation de la parole, tranquillisez complètement votre parole, sans la laisser échanger des mots avec quelqu’un d’autre. Concernant la stabilisation de la parole, stabilisez la en ne disant rien, comme si vous étiez muet.


- Tranquillisez complètement votre parole comme le silence des cordes brisées d’un luth. Grâce à cette phase de la pratique, vous pénétrez dans un état inconcevable et ineffable. Emergeant de cette expérience profonde et fusionnant en une expérience de vacuité, vous devenez complètement silencieux. Cesser de parler fait partie et est un morceau de cette ineffable et inconcevable expérience, mais cette expérience est très différente de celle consistant à prendre une décision intentionnelle de ne pas parler pour un certain temps, ce qui n’a rien de spécial. -


3. Les points critiques de l’esprit

Ne laissez pas votre conscience être distraite par autre chose. Ne la laissez pas se désengager de l’objet de concentration.


- bien que le texte utilise le terme « cible », il appartient aux trois postures. En termes de dharmakaya, le regard est dirigé vers le haut dans l’espace, c’est donc votre cible. Il est très important que vous ne permettiez pas à votre regard ou attention de s’éloigner de cela. Gardez-le droit sur la cible. Dans la position du sambhogakaya, le regard est horizontal, ainsi tout ce qui apparaît dans ce champ est votre cible. Dans la position du nirmanakaya dirigez le regard vers le bas, quelques longueurs de doigt au- delà du bout du nez, sans permettre ni à votre regard ni à votre attention de se disperser. Il est crucial de trouver une voie médiane concernant votre position, ni trop tendue ni trop détendue. Si c’est trop relâché, le sens global est perdu. A contrario, cela ne doit pas être absolument rigide. Essayez de viser quelque chose entre les deux. -


B. Sur la base des trois points critiques, laisser la perception directe venir à vous

Sur ce point il y a trois sujets : (1) les points critiques des ouvertures, (2) les points critiques des objets, et (3) les points critiques de l’énergie vitale.


- Les ouvertures font références aux yeux, l’objet est l’espace et les points critiques de la respiration appartiennent aux énergies vitales. -


1. Les points critiques des ouvertures

Les points critiques des ouvertures sont les yeux, comme il est dit dans Le tantra premier de la pénétration du son :


En termes d’ouverture, regardez avec les yeux [en accord avec] les trois incarnations.


Sans lettre dit :


Regardez avec les yeux dans le domaine de l’espace.


La guirlande de perles dit :


En ce qui concerne les ouvertures, ne bougez pas de l’ainsité.


Les traces du nirvana dit :


En ce qui concerne les ouvertures, regardez en haut, en bas et sur le coté.


Il y a ici trois sujets : (a) avec le regard du dharmakaya vous regardez vers le haut afin d’arrêter immédiatement les apparitions illusoires, (b) avec le regard du sambhogakaya vous regardez horizontalement afin de voir la nature essentielle dénudée, et (c) avec la regard du nirmanakaya vous regardez vers le bas afin d’acquérir le contrôle sur les énergies vitales et l’esprit. D’arrêtez pas ces trois sortes de regard.


2. Les points critiques de l’objet

Cela implique l’espace absolu extérieur et l’espace absolu intérieur. Le tantra premier de la pénétration du son affirme :


L’espace absolu est intérieur et extérieur : l’extérieur est appréhendé comme un ciel sans nuage, et l’intérieur comme la voie d’une lampe allumée.


- Ce ciel sans nuage n’a même pas une trace de brouillard. La voie de lumière allumée intérieure est le canal de la conscience qui va du cœur aux yeux puis à l’extérieur dans votre champ visuel. L’aspect de la vacuité est, en cela, implicite, ainsi lorsque vous en avez acquis l’expérience, la distinction entre intérieur et extérieur se dissout et la non dualité entre extérieur et intérieur est réalisée. En regardant extérieurement dans l’espace, vous cultivez, purifiez et rendez véritablement plus manifeste ce que l’intérieur, nommément la conscience. Grâce à l’extérieur, l’intérieur devient manifeste. -


La lampe étincelante affirme :


En maintenant, apaisée, votre conscience dans l’espace absolu extérieur, la conscience individuelle est purifiée et illuminée dans son propre état.


Le tantra de la conscience apparaissant naturellement affirme :


La nature de l’espace absolu est un halo.


- La relation entre l’extérieur et l’intérieur peut être comprise grâce à la métaphore de verser un verre d’eau dans l’océan, au point que l’on ne peut plus le distinguer de l’océan. De la même façon, si vous mettez vos mains en coupe fermée, l’espace est enfermé dans vos mains, mais quand vous les ouvrez on ne peut le distinguer de l’espace aux alentours. –


Les traces du nirvana affirment :


Le point culminant de l’objet est le ciel, dépourvu de conditions. L’espace absolu intérieur est la lampe immaculée. Qui plus est, il n’y a pas d’objet d’attachement dans l’espace vide, ainsi en se concentrant sur le point culminant de l’objet, nommément l’espace absolu, la sagesse primordiale se trouve détendue.


3. Les points critiques des énergies vitales

Il y a trois points critiques des énergies vitales : (a) la rétention, (b) l’expulsion et (c) la lenteur et la stabilité. Le tantra premier de la pénétration du son affirme :


Le point critique des énergies vitales vient de leur ferme rétention et de leur complète expulsion.


Les traces du nirvana affirment :


Le point critique des énergies vitales est révélé dans le fait d’être très lent.


Retenez d’abord doucement votre souffle, expulsez le ensuite loin devant, comme si vous tiriez une flèche. Ensuite, laissez votre respiration être très lente, comme elle s’installe naturellement. En termes de point critique de la conscience, enfermez les éléments. Sans lettre affirme :


La nature essentielle émerge comme des éléments, minuscules, brillants et filant comme une flèche.


- Laissez la respiration, qui est de la même nature que les énergies vitales, être naturelle, sans la modifier en aucune façon. Les points cruciaux de la pratique sont le regard des yeux, la position et laisser la respiration être naturelle. Emprisonnez les éléments vajra chatoyants de la conscience en les confinant à l’aide de votre attention.

Concernant la pratique, lorsque vous dirigez votre regard devant vous, ces éléments vajra de conscience apparaîtront dans l’espace en face de vous. Si ces collections de bindus commencent à bouger, ne détournez pas vous yeux aux alentours ni n’essayez de les saisir en bougeant de gauche à droite. « Emprisonnez » plutôt ces éléments en gardant très stable votre regard et graduellement ces éléments vajra se stabiliserons, et d’excellentes qualités et réalisations émergerons de cela. A contrario, si vous appliquez à une telle expérience votre esprit ordinaire neuronique, il n’en résultera aucune stabilisation ni d’excellentes qualités. -


Le tantra de la conscience apparaissant naturellement affirme :


Les incarnations de la lumière, imprégnées des cinq sagesses primordiales,
Se manifestent de manière saisissante en tant qu’éléments.
Il apparaissent et disparaissent,
Vacillent et s’étendent.


L’accomplissement de la force de la sagesse primordiale affirme :


Le seigneur de la conscience apparaissant de lui-même
Réside en tant qu’éléments de la sagesse primordiale.


Les traces du nirvana affirment :


Maintenez les éléments dans la prison de la conscience.


De cette façon, laissez votre conscience, jamais séparée des trois lieux, observer les éléments. Au début pratiquez beaucoup de sessions courtes, puis progressivement augmenter la durée des sessions. Ensuite pratiquez à des moments spécifiques pendant le jour et la nuit, en quoi il en résultera que vous serez entraîné en un mois et demi.


C. Comment les quatre visions apparaissent

La manière qu’ont les visions d’apparaître en tant que résultat d’une telle pratique est enseignée dans les Instructions blanches sur le sens de la contemplation pendant le jour d’Avalokiteshvara. La vision qui perçoit la réalité elle-même, appelée « l’élément vajra de la conscience » est comme un rosaire de cristal. Sans hésitation, concentrez-vous avec énergie sur cette vision, dépourvue des extrêmes de l’apparition et de la vacuité, au point entre vos deux sourcils. Agissant ainsi, apparaîtront des visions causées par la dynamique des énergies vitales éteintes extérieurement et l’énergie vitale de la sagesse primordiale qui se trouve dans le canal central. Elles s’appelleront « les six signes du jour ». L’expression parfaite des noms de Manjushri affirme :


Le grand feu de joie de la sagesse et de la conscience primordiale
Apparaît de l’espace et de lui-même


A cause de l’insertion de l’énergie vitale des canaux postérieurs dans le canal central, il est dit être un rougeur brillante comme un feu étincelant appelé « l’illumination de la grande lumière ». A cause de la convergence de l’énergie vitale des canaux antérieurs dans le canal central, il est dit être comme un éclair appelé « l’apparence brillante de la sagesse primordiale ». A cause de la convergence des énergies karmiques gauches, il y a une blancheur chatoyante comme la lune appelée « le feu du monde ». A cause de la convergence des énergies karmiques droites, il y a une rougeur chatoyante comme le soleil appelée « la lampe de la sagesse primordiale ». A cause de la convergence de l’énergie vitale supérieure, il ya une noirceur chatoyante comme Rahu appelée « la grande et glorieuse claire lumière ». A cause de la convergence de l’énergie vitale dans le canal central, il est dit qu’apparaît un instantané bindu de lumière d’arc-en-ciel noir.


- Ce qui est décrit ci-dessus sont des références aux types de visions que l’on peut expérimenter dans cette pratique. C’est véritablement les perceptions visuelles, les images non conceptuelles non pas de bouddhas ou d’autres êtres divins, mais de votre propre conscience. Dans la mesure où vous avez une vision directe de votre propre conscience, vous êtes un bouddha. Parfois quand les gens ont une vision, ils pensent avoir reçu une extraordinaire transmission ou une révélation mystique et ils en parlent immédiatement à d’autres personnes. Lorsqu’ils agissent ainsi, cela embarrasse les gens. En acquérant une authentique réalisation de la nature de notre propre conscience, nous transmutons les afflictions mentales des cinq poisons dans les cinq sagesses primordiales. C’est la raison pour laquelle nous pratiquons. Quand la véritable réalisation apparaît, il n’y a pas besoin de dire à d’autres personnes que nous avons eu certaines visions. Ceux qui ont réellement eu de véritables expériences n’éprouvent pas le besoin d’en parler ! -


Le joyau qui exauce les vœux de Ratna Lingpa : Les instructions de la quintessence de l’étendue claire affirme :


En méditant de la sorte, au point entre les sourcils apparaît d’abord quelque chose qui ressemble à une lumière d’arc-en-ciel, appelée « la lampe immaculée de l’espace absolu ». A l’intérieur se trouve « le bindu de la lampe vide », qui est comme les cercles concentriques qu’on obtient en lançant une pierre [dans une mare]. A l’intérieur, qui ressemble à une armure circulaire, apparaît un bindu de la taille d’une graine de moutarde ou d’un pois. A l’intérieur se trouvent « les éléments vajra de la conscience », qui ressemblent à de minuscules nœuds dans la queue d’un cheval, à des perles ficelées sur un fil, à des chaînes en fer, à des guirlandes de fleurs froissées par la brise et ainsi de suite. Ils apparaissent tous par pairs, par trois et ainsi de suite. C’est votre propre conscience appelée « l’élément vajra » et « le bindu unique ».

L’espace absolu et la conscience sont présents sans s’unir ni se séparer, comme le soleil est ses rayons lumineux. La marque de l’espace absolu est un halo, la marque de la sagesse primordiale est un bindu et les marques des incarnations sont les éléments. En ce qui concerne leur location, bien que résidant dans la citta, la marque bindu de la sagesse primordiale et les marques des éléments des incarnations sont perçues sur la voie des sens. Cela dissipe les vues entraînant l’attachement à la spéculation et aux vues analytiques de l’intelligence qui sont construits par les mots, l’intellect et ainsi de suite.


- Dans cette phase de la pratique, la posture la plus habituelle est celle d’un rishi accroupi, mais il est aussi possible de pratiquer dans la position ordinaire, les jambes croisées. En ce qui concerne le lieu, les vrais bindus résident dans la citta, qui est le cœur, mais ils apparaissent dans la voie des sens – les yeux. A l’intérieur de l’armure circulaire apparaît un bindu de la taille d’un pois. Néanmoins, certains voient un bindu de différentes tailles et certains ne voient aucun bindu. L’élément vajra est composé de minuscules bindus, alignés en séquence. Deux, trois ou plus de ces éléments vajra de conscience apparaissent à l’intérieur de chaque bindu, et les éléments vajra eux-mêmes sont composés de bindus, comme des perles sur un fil de soie. Il peut y avoir deux, trois ou une centaine de ces perles sur chaque élément vajra. Ainsi, le nombre d’éléments vajra à l’intérieur de chaque bindu et la quantité de bindus pour chaque élément vajra peut varier grandement.

De même que le soleil disparaît à l’horizon, les visions et réalisations de cette phase de pratique dissipent toutes les vues intellectuelles et conceptuelles cultivées dans le passé. Ces visions n’apparaissent pas à cause de notre intelligence ou de ce que nous avons appris. Elles apparaissent en vous consacrant à un véritable maître spirituel et en pratiquant les positions et regards corrects. Alors progressivement, étape par étape, vos propres qualités internes se manifestent extérieurement en tant que ces visions. D’un autre coté, si vous vous lancez dans cette pratique sans la guidance d’un véritable mentor spirituel et sans suivre la séquence correcte de pratique, des obstacles apparaîtront. Que vous progressiez ou régressiez grâce à cette pratique dépend de vous.

Que se passe-t-il si vous pratiquez mahamoudra et dzogchen ? Que pouvez-vous attendre ? Quelques intellectuels tibétains ont déclaré que vous devenez un nihiliste, prétendant que cette vue écarte pour la forme l’aspect « moyens habiles » de la pratique, ainsi que la cause et l’effet – le karma. Qui plus est, ces intellectuels concluent que c’est une pratique dépourvue de pleine conscience, dans laquelle la clarté de l’esprit est bloquée, possédant seulement la non conceptualité pas plus différente que de rester dans un sommeil profond. Ils identifient l’état sans esprit et non conceptuel, dépourvu de clarté, à la méditation dzogchen.

En fait, l’authentique pratique de mahamoudra et de dzogchen implique l’union de la luminosité et de la vacuité, pas un blocage de la clarté. Il est dit que la pratique de dzogchen transcende la pensée et l’esprit conventionnel, et que dans la pratique de mahamoudra il n’y a pas d’engagement mental. En réalité, la transcendance de la pensée et le manque d’engagement mental impliquent un désengagement de l’esprit conventionnel qui prend la réalité conventionnelle comme objet. Ainsi, le sens véritable de cette pratique est que vous transcendiez l’esprit conventionnel et compreniez la réalité ultime.

Dans l’ensemble des neuf yanas, y compris l’hinayana, mahayana et le vajrayana externe et interne, l’indivision des moyens habiles et de la sagesse est indispensable. Qui plus est, pour chaque yana, la loi infaillible de la cause et de l’effet est cruciale. Au paroxysme de mahamoudra, ou des quatre vision de la pratique de trancher la rigidité, la réalité de la cause de l’effet persiste. Il semble que ce que les critiques de mahamoudra et dzogchen condamnent réellement est le nihilisme, mais la véritable pratique de ces enseignements ne tombe pas dans ce piège, à savoir entrer dans un état sans pensées sans relation avec le karma et sans moyens habiles.

Quand nous creusons ces pratiques de l’étape de franchissement du pic de la pratique dzogchen, c’est comme si nous tombions du toit – de l’état le plus haut de la pratique. Les quatre visions du franchissement du pic s’appellent des visions parce qu’elles vous apparaissent directement. La première est la vision directe de la réalité elle-même. Cela implique une vision directe du mode ultime de l’existence de tous les phénomènes. C’est direct, en ce sens que c’est une pensée intuitive profonde perçue absolument sans intermédiaire, plutôt qu’une expérience conceptuelle construite, le langage et ainsi de suite. Cela apparaît seulement après qu’on ait identifié la vue en termes de notre propre expérience. Les myriades d’enseignements du hinayana, mahayana et vajrayana conduisent finalement les disciples à cette expérience directe de la nature ultime de la réalité.

Une fois cette vision acquise, vous vous familiarisez minutieusement avec cette réalisation grâce à la pratique, ainsi elle ne se perpétue pas vague et en s’estompant de votre conscience. Cette séquence d’expérience comporte la vision de progrès dans l’expérience méditative, qui développe plus en amont la pensée intuitive profonde que vous avez obtenue. Il en résulte que vous entriez dans la troisième des quatre visions – la vision d’atteinte de la conscience parfaite. Votre pratique est maintenant devenue parfaite, comme une pêche parfaitement à maturité, comme un enfant bien entraîné dont les excellentes qualités ont été amenées à perfection ou comme Bouddha Sakyamouni. Ce n’est pourtant pas la vision finale. L’état final est la vision de l’extinction de tous les phénomènes dans la réalité elle- même. C’est le point à partir duquel vous ne vous appuyez plus sur les enseignements ou les pratiques ; vous avez finalisé l’éveil spirituel d’un bouddha.

Parmi les quatre visions, la première vision correspond à la pénétration dans la nature des phénomènes tels qu’ils sont – le savoir ontologique d’un bouddha. La troisième est identique au savoir phénoménologique d’un bouddha – voir la complète variété des phénomènes. L’apparition indivisible de ces deux types de savoirs correspond à la quatrième de ces visions, qui est le point culminant des trois autres. –


Un monceau de joyaux : Les instructions sur la quintessence des dakinis affirme :


La vision directe de la réalité elle-même apparaît directement comme subtile et pure, claire et chatoyante, naturellement brillante et superbe. La lampe du parfait espace absolu apparaît directement, imprégné des cinq couleurs de l’arc-en-ciel, verticalement et horizontalement, comme les pointes des flèches et des lances, comme les yeux des poissons, comme des points lumineux, comme des trous dans in filet finement maillé, comme des joyaux resplendissants et comme un stoupa complètement couvert des bindus et de minuscules bindus. A l’intérieur de tout ceux-ci apparaît clairement les rangées vajra de la nature de la conscience. Reconnaît les et pratique sans hésitation et incertitude.


- Il n’y a aucune certitude que chacune de ces images vous apparaîtront. Pour certaines personnes un ou deux types apparaît, alors que pour d’autres plus peu apparaître. Néanmoins, la seule façon qui leur permette d’apparaître est en pratiquant avec enthousiasme et persévérance dans la position correcte et avec les regards appropriés, appliquant votre corps, votre parole et votre esprit à la pratique. -


La libération naturelle par la vue de Karma Lingpa : Instructions expérimentales concernant le processus transitoire de la réalité elle-même affirme :


D’abord, concernant la vision directe de la réalité elle-même, le mentor spirituel enseigne : « exécutez le point critique du corps ainsi, exécutez le point critique de la parole ainsi et concernant le point critique de l’esprit focalisez sur cela ». Les étudiants pratiquant de la sorte, ne comptant pas sur les superpositions dues à l’imagination et les mots, ils voient directement en tant qu’objet la vision de la conscience de la réalité elle- même dans l’espace vide, sans être contaminé par aucune pensée compulsive. C’est ainsi appelé : « La vision directe de la réalité elle-même ».

Ainsi, en pratiquant suivant les points critiques, entre vos sourcils il y a la « lampe de l’espace absolu immaculé ». Elle apparaît comme les couleurs d’un arc-en-ciel ou l’œil d’une plume de paon. A l’intérieur c’est la « lampe des bindus vides », et c’est comme les cercles concentriques des ondulations lorsque vous jetez une pierre dans la mare. A l’intérieure d’une forme comme les plaques rondes d’un bouclier apparaît un bindu de la taille d’une graine de moutarde ou d’un pois. A l’intérieur de ce qui est appelé « les mèches vajra de la conscience », qui sont fines comme des nœuds lacés dans une mèche de la queue d’un cheval, comme une rangée de perles, comme une chaîne en fer, comme un treillis de fleurs bougeant avec la brise et ainsi de suite. Tout cela apparaît en des combinaisons de deux, trois, etc., et sont appelés le « bindu unique de la mèche de votre propre conscience ».

L’espace et la conscience absolus ne sont ni joints ni séparés, mais sont présents à la manière du soleil et de ses rayons. La marque de l’espace absolu est un halo, l’indication de la sagesse primordiale est les bindus et la marque de la conscience et des incarnations est la mèche. Concernant leur location, ils sont présents au centre de la citta, et concernant leur chemin, ils apparaissent directement aux yeux.


- Lorsque cette lampe apparaît, elle est claire et ferme et apparaît de différentes couleurs. Elle n’apparaît pas automatiquement ou très rapidement, mais apparaît progressivement comme résultat de la pratique. A l’intérieur d’un forme comme les plaques rondes d’un bouclier, apparaît un bindu qui est comme une bulle – il apparaît et pourtant ne possède pas de nature substantielle ou inhérente. Ces bindus, comme des perles, des nœuds et des fleurs sont tous interconnectés en rangées de deux, trois et plus. Bien qu’on les appelle bindu unique, ce n’est pas pour dire que l’on ne voit qu’un bindu dans cette phase de la pratique, mais cela fait plutôt référence à la nature essentielle unique de tous les phénomènes.

Les six « lampes » sont : la lampe citta de la chair, qui se trouve dans le cœur ; la lampe de cristal creux du canal kati, qui est un pâle et délicat canal connectant le cœur aux yeux ; la lampe du lasso fluide, qui fait référence aux yeux et est comme un lasso ; la lampe de l’espace absolu immaculé ; la lampe des bindus vides et la lampe de la sagesse apparaissant d’elle-même. -


Le tantra primaire de la pénétration du son affirme :


La vision directe de la réalité elle-même
Emerge certainement à la porte des sens
Dans le ciel pur, clair et sans nuage.


Il est dit :


Les vues de l’attachement à la spéculation et l’intelligence qui sont formées par les mots et l’intellect, et les vues analytiques disparaissent.


Les traces du nirvana affirment :


Avec la vision directe de la réalité elle-même, les vues spéculatives disparaissent.


La claire étendue affirme :


Identifiée en regardant vigoureusement le ciel pur, libre de conditions, une lampe apparaît à la porte des sens, belle comme l’œil d’une plume de paon, les bindus reliés entre eux en rangée, s’agitant de long en large.


Le tantra de la conscience apparaissant naturellement affirme :


Les apparitions de lumière imprégnées des cinq sagesses primordiales sont illuminées en rangée. Elles vont et viennent, bougeant et s’échelonnant dans le temps.


La perfection de la puissance du lion affirme :


La nature essentielle de la conscience apparaissant par elle-même Se manifeste comme des rangées de sagesse primordiale.


L’incrustation de joyaux affirme :


De la lampe de lasso fluide le Bouddha complètement parfait se manifeste sous l’aspect des incarnations rangées de conscience.


- L’œil est de nature fluide ; comme un lasso, il atteint les choses qui sont loin ; et comme une lampe, il illumine. Ainsi, il est appelé la lampe de lasso fluide. A partir de là le Bouddha se manifeste sous l’aspect de rangées vajra de conscience. -


L’étendue claire affirme :


Dans la nature essentielle, originellement pure,
La nature de la spontanéité est présente,
Imprégnant tous les Compassionnés,
Apparaissant des canaux, à cause de la pure citta.
Sa nature essentielle apparaît à la porte des sens,
Et est appelée la perception directe de la conscience,
Dépourvue d’analyses intellectuelles.


- Contrairement à la vue que l’esprit est d’abord contaminé, puis progressivement, grâce à la pratique, devient pur, dans ce contexte la nature essentielle de l’esprit est originellement pure, et elle correspond au dharmakaya. La nature de la spontanéité, déjà présente, est le sambhogakaya et les Compassionnés qui se manifestent à partir de là sont appelés nirmanakaya. -


Les traces du nirvana affirme :


Quiconque voit ce point critique de la perception directe
Ne retourne dans les trois royaumes.


Maintenant, du au fait de regarder les bindus de la lumière de l’arc-en-ciel, lorsque les trois rayons de lumière d’arc-en-ciel apparaissent dans l’état intermédiaire, vous serez libéré en identifiant les cinq sagesses primordiales comme étant vous-même.


- En se familiarisant avec cette pratique durant votre vie, après votre mort lorsque vous entrerez dans l’état intermédiaire, vous serez préparés lorsque les différents rayons de lumière d’arc-en-ciel apparaîtront. Ces rayons de lumière sont si brillant qu’il est très difficile de les regarder ; mais grâce à votre pratique précédente, lorsqu’ils apparaîtront, vous les reconnaîtrez comme étant votre propre nature, et vous serez libérés. C’est comparable à un enfant reconnaissant sa mère. -


Le tantra d’Avalokiteshvara identifiant la voie secrète de la lumière suprême de la sagesse primordiale affirme :


Fils de bonne famille, la cessation de votre respiration et le domaine immaculé du Bouddha, tel le soleil apparaissant à la surface d’un miroir, apparaissent simultanément. A ce moment, lorsqu’on voit une lumière bleue nuit, considérez la comme étant la nature vide de votre propre conscience en tant que sagesse primordiale de l’espace absolu des phénomènes ; et vous réaliserez Vajrasattva apparaissant de lui-même avec sa parèdre et son entourage.

Lorsqu’on voit une lumière jaune, considérez la comme étant la nature vide de votre propre conscience en tant que sagesse primordiale de l’égalité ; et vous réaliserez Ratnasambhava apparaissant de lui-même avec sa parèdre et son entourage.

Lorsqu’on voit une lumière rouge, considérez la comme étant la nature vide de votre propre conscience en tant que sagesse primordiale du discernement ; et vous réaliserez Amitabha apparaissant de lui-même avec sa parèdre et son entourage.

Lorsqu’on voit une lumière verte, considérez la comme étant la nature vide de votre propre conscience en tant que sagesse primordiale de l’accomplissement ; et vous réaliserez Amoghasiddhi apparaissant de lui-même avec sa parèdre et son entourage.

Lorsqu’on voir une lumière blanche, considérez la comme étant la nature vide de votre propre conscience comme le miroir de la conscience primordiale ; et vous réaliserez Vairocana apparaissant de lui-même avec sa parèdre et son entourage.

Lorsqu’une pure vision du Seigneur des Mystères apparaît, l’éveil spirituel devient effectif en reconnaissant et en y faisant attention en tant que cinq sagesses primordiales.


- Ces différentes lumières apparaissent pendant l’état intermédiaire qui suit la mort, et si vous les reconnaissez, vous réaliserez qu’elles sont les cinq types de sagesse primordiale. En ne les reconnaissant pas, à cause d’une préparation insuffisante, la peur et la terreur apparaîtront, et ne trouvant pas le temps d’y penser, vous tomberez dans la confusion. -


Ainsi, il est dit qu’en regardant continuellement ces bindus et ces minuscules bindus de la lumière d’arc-en-ciel, vous ne retournerez pas dans le cycle de l’existence. Un tantra affirme :


La nature des rangées est le Bouddha qui ne trompe pas, immaculé et primordialement pur.


En pratiquant de la sorte, sur la base de la vision directe de la réalité elle-même, les visions du progrès dans l’expérience méditative apparaissent. A l’intérieur des bindus apparaissent les complètes incarnations, les demis incarnations, les formes des déités et leurs parèdres et des rangées partout où vous regardez. Tout cela constitue le progrès dans l’expérience méditative. Concernant la continuation de la pratique, le Vidyadhara Kumaraja dit qu’une clarté exceptionnelle découle du fait de regarder alors que vous yeux sont couverts avec un tissu en laine ou un éventail en queue de yak, etc.


- A l’intérieur de chaque bindu peut apparaître une forme unique du déité particulière sans consort ou simplement une portion de déité, tel que sa tête ou ses mains. Lorsque vous progressez pendant la seconde phase de la pratique, les déités en union avec leur parèdre peuvent apparaître et les rangées vajra de la conscience apparaîtront où que vous regardiez. A ce moment les rangées vajra de la conscience sont vues de tout cotés et sont très stables. Gardez, s’il vous plait, en mémoire que c’est un état plus avancé dans la pratique du franchissement du pic. N’espérez pas que cela arrive au début, mais seulement lorsque vous serez entré dans la seconde phase de la pratique.

Dans cette pratique certains regardent le soleil en couvrant leur visage avec un foulard, mais en pratiquer ainsi peut abîmer les yeux, regardez mieux avec le soleil de coté afin qu’il brille, de coté, à travers le tissu. -


La libération naturelle par la vue : Les instructions expérimentales sur le processus de transition de la réalité elle-même enseigné par Orgyen Rinpoché affirme :


Deuxièmement, concernant les visions du progrès dans l’expérience méditative, parmi les expériences visionnaires et les expériences cognitives, les expériences cognitives apparaissent de différentes manières tel qu’un sentiment de félicité, un sentiment de clarté et un sentiment de vide. Instable et éphémère, ils sont communs aux différents yanas et ne sont pas spécialement importants. Qui plus est, de tels traditions telles que Mahamoudra disent aussi que les expériences cognitives sont comme la brume et on ne doit pas croire à la valeur de telles expériences. De préférence, on doit mettre l’accent sur la valeur des réalisations. Ici, les critères de valeur des réalisations sont déterminés par les moyens des expériences visionnaires ; et comme les expériences visionnaires ne sont pas éphémères, on doit y mettre plus fortement l’accent. Ainsi, pour résultat de cultiver les expériences visionnaires, par moment l’espace absolu et la conscience deviennent clairs et parfois pas.

En continuant la pratique, l’espace absolu et la conscience se séparent à partir du point entre les sourcils [ils deviennent séparés des phénomènes sensibles], et la lampe des bindus vides apparaît et arrive sans effort. Les bindus deviennent de la taille d’un pois et la conscience se comporte comme un oiseau qui est seulement capable de voler.

En continuant la pratique, les visions des cinq lumières se transforment de telle façon qu’elles apparaissent de manière fragmentée, verticalement, horizontalement, comme la pointe d’une lance, du même aspect que [les trous dans] une tente noire de poil de yak et les carrés d’un échiquier ; et ces lumières pénètrent tout devant vous. En outre, les bindus se transforme aussi de telle façon qu’ils sont comme des miroirs, et la conscience apparaît à la manière d’une biche qui court.

En continuant la pratique, les visions de l’espace absolu apparaissent sous l’aspect d’un treillis de bijoux, de treillis et demi treillis de lumière, à damier, éclatant, comme des pointes de flèches et un stoupa à plusieurs couches, un lotus à mille pétales, un halo, le soleil et la lune, un château, une épée, [un vajra,] une roue et comme la forme d’un œil de poisson. Qui plus est, cette lumière remplit l’environnement dans lequel vous vivez. Les bindus se transforment en bols de cuivre et votre conscience devient comme une abeille planant sur du nectar.

En continuant la pratique, la lumière sature l’environnement, les bindus deviennent comme des boucliers de peau de rhinocéros, la lumière pénètre où que vous regardiez et l’espace absolu et la conscience apparaissent en permanence jour et nuit. Un seul corps de déité apparaît dans chacun des bindus, et un individu, incarnation divine subtile apparaît au milieu de la conscience. La conscience reste immobile.

Quand de telles apparitions surviennent, les apparitions se déterminent de la sorte dans l’état intermédiaire, il n’y a donc pas d’autre état intermédiaire. Ainsi, la pratique du processus de transition de la réalité elle-même est simplement cette pratique principale.


- Si vous vous attachez à ce sentiment de béatitude, cela vous conduira à renaître dans le royaume du désir ; l’attachement au sentiment de clarté conduit à renaître dans le royaume de la forme ; et être attaché au sentiment de non conceptualité donne naissance dans le royaume du sans forme. Parfois, lorsque ces expériences apparaissent, les gens deviennent excités en pensant : « C’est grandiose ! », à l’inverse, si elles n’apparaissent pas, ils sont déprimés. C’est pourquoi, il est préférable de mettre l’emphase sur la véritable réalisation, par contradiction aux expériences cognitives de se sentier bien, mal ou non existant. Pour ceux qui sont engagés dans la pratique de la Rupture, une variété d’expériences visionnaires peut apparaître en tant que signe de succès dans la pratique. Néanmoins, si vous vous y attachez, cela vous rend plus vulnérable aux esprits malfaisants. Ainsi le progrès lui- même, si il est mal interprété, devient en fait préjudiciable. D’un autre coté, si vous ne vous attachez pas aux visions, aucun mal ne surviendra et vous pourrez continuer à pratiquer. Le point crucial n’est pas d’avoir des visions, mais si vous vous identifiez à elles et vous y attachez. Si vous ne le faites pas, elles font partie de la voie.

De la même façon, quand on cultive la quiétude méditative, des pensées grossières et des idées compulsives apparaissent naturellement à l’esprit. Vous pouvez y répondre en vous demandant : « Comment puis-je avoir de telles pensées répugnantes ? » Vous pouvez même penser être devenu fou, mais cela ne peut être que préjudiciable. En fait, vous voyez des aspects de votre esprit, et il est bien qu’ils se manifestent En fait, simplement reconnaître leur nature et les laisser passer est un signe de progrès dans l’établissement de la quiétude. Comme dans l’exemple précédent, c’est l’attachement qui est préjudiciable.

De même avec les rêves, il importe peu que vous ayez un rêve prophétique ou un cauchemar, c’est l’attachement à l’idée que le rêve est bon ou mauvais qui est préjudiciable, pas la simple apparence du rêve lui-même. Dans tous les moments de la conscience éveillée et dans l’état de rêve, les problèmes apparaissent de l’attachement aux visions, des images et des pensées qui apparaissent à l’œil de l’esprit. Si vous voulez vraiment savoir s’ils sont significatifs, testez les empiriquement. Vous découvrirez qu’ils ne sont pas concrets ; qu’ils n’ont pas d’essence, qu’il n’est en eux aucune signification profonde. En outre, y répondant avec attachement lorsqu’il apparaissent ne fait qu’ajouter plus d’attachement et de colère, ce qui entraîne énormément de non vertu. Observez cela pour vous- même.

Il est dit par de nombreux lamas que les bindus apparaissent sans effort, apparaissent non seulement les yeux ouverts, mais aussi quand ils sont fermés. En continuant la pratique, ils peuvent apparaître comme des têtes d’épingles de lumière brillant à travers une tente de poile de yak noir. A cause de la nature de votre pratique pendant la vie, lorsque vous en arrivez au point où la lumière pénètre partout et que l’espace absolu et la conscience apparaissent constamment jour et nuit, vous ne serez plus sujet à l’état intermédiaire.


Les blanches instructions sur le sens de la contemplation de jour de Avalokiteshvara affirme :


Pour faire progresser dans la position du nirmanakaya, dans celle-ci pratiquez la cantali pranayama impliquant l’allumage et la descente. En n’étant pas séparé de la vision directe de la conscience de la réalité elle-même, vous verrez des clairs bindus noirs d’un éclat vif en tant que visions de lumière de la taille d’une graine de moutarde se présentant en tant qu’objet de l’esprit à des moments imprévus pendant le jour et la nuit. Ils ne sont pas imaginés mais apparaissent de manière sensible. Ils ne sont pas existants, et non pas d’existence extérieure d’aucune sorte. Sous l’influence des énergies vitales, ils croissent et décroissent, parce qu’ils arrivent en tant que cinq lumières qui sont l’éclat de la sagesse primordiale. Ces cinq lumières colorées surviennent horizontalement, verticalement, comme [des trous]dans une tente de poil de yak noir ou des carrés sur un échiquier ; et votre environnement et le reste apparaissent différemment sous la forme de stoupas, de lotus aux mille pétales, de pavillons, de carrés d’échiquier, de temples, de points de lumière, de dentelle et demi dentelles, etc.


Le tantra primaire de la pénétration du son affirme :


Dans les visions des progrès de l’expérience méditative,
Les couleurs et formes de la sagesse primordiale apparaissent
Verticalement et horizontalement.
Différents bindus et deux incarnations
Se manifestent en tant qu’objets apparaissant à la conscience.


Les traces du nirvana affirme :


A cause des visions de progression dans l’expérience méditative,
Dans l’état intermédiaire la sagesse primordiale devient manifeste.


Quelle analogie existe-t-il pour la lampe au moment de l’état intermédiaire ? Il est dit que c’est comme rencontrer quelqu’un que vous connaissiez auparavant. Comme cette analogie, en vous familiarisant profondément avec la perception de la claire lumière de la réalité elle- même, les visions expérimentales progressent ; et vous atteignez la parfaite conscience. Plus tard dans l’état intermédiaire, la confiance existe pour que la sagesse primordiale devienne manifeste ; dans les champs de bouddha apparaissant d’eux-mêmes vous devenez un bouddha à partir de l’état de la claire lumière ; et vous êtes au service des besoins des êtres de la façon dont ils ont besoin d’être éduqués.


Un monceau de joyaux : Instructions sur la quintessence des dakinis affirme :


Alors, résultant de la pratique, les visions de la parfaite conscience apparaissent. A l’intérieur de chaque bindu il y a un jeu complet des bouddhas des cinq familles avec leurs parèdres, toutes les galaxies sont remplies de rangées d’un éclat vif rougeoyant et vous acquérez la maîtrise de l’apparition de la conscience apparaissant d’elle-même.


La libération naturelle par la vue : Instructions expérimentales sur le processus transitoire de la réalité elle-même affirme :


Troisièmement, comme pour la vision de la parfaite conscience, en continuant la pratique, les quatre incarnations divines avec les parèdres apparaissent à l’intérieur de chacun des bindus précédents. Elles sont innombrables et immuables, et atteignent une quantité parfaite, comme par pleines poignées et par livres. Alors vous pouvez même arrêter de méditer. A ce moment votre corps est libéré dans la claire lumière, ces éléments se développent dans la pureté naturelle ; les agrégats de votre corps matériel sont libérés dans leur propre état ; apparaissant et pourtant n’ayant pas d’existence inhérente, vous êtes naturellement libéré en tant que sambhogakaya ; et comme le sambhogakaya est reconnu sans artifice, l’attachement à l’incarnation est libéré dans son propre état.


- A ce moment les bindus et les rangées vajra de la conscience apparaissant à l’œil de l’esprit sont innombrables et immuables. Comme si ils étaient entassés sur une balance à pleines poignées et par livres, ils forment un monticule jusqu’à être complètement plein, atteignant (ainsi) une quantité parfaite. En cultivant l’esprit d’éveil, lorsque ça apparaît naturellement tout le temps, même lorsque vous dormez ou jouez, cela se développe sans effort. De la même façon, dans cette phase de la pratique, la méditation se développe sans effort et naturellement.

A ce moment les éléments du corps se développent dans leur pureté naturelle, et le matériel du corps est finalement libéré dans son propre état. Si à ce point il existait encore des apparitions d’impures – des agrégats contaminés, de la chair, des os et ainsi de suite – ils sont transformés en claire lumière. Vous êtes maintenant libéré de tout attachement conceptuel ; même l’attachement à votre propre forme en tant que sambhogakaya est naturellement relâché dans son propre état. Il n’y a pas de concept. Vous ne pensez plus : « Ceci est le sambhogakaya, ceci est le nirmanakaya, ceci est un mentor spirituel, ceci est un moine portant des robes ». Cet état est réalisé de manière dénudée sans méditation, complètement dépourvu de quelconques constructions conceptuelles. -


Les instructions blanches sur le sens de la contemplation pendant la journée d’Avalokiteshvara affirme :


Pour en arriver à l’accomplissement de la position de sambhogakaya, dans cette position, pratiquez en dépendance avec un karmamoudra, un moudra de lumière ou un moudra de sagesse primordiale. Si vous pratiquez sans être séparé du champ de progrès, les énergies karmiques vitales sont transformées en énergies vitales de sagesse primordiale, elles sont amenées dans le canal central, et toutes les ouvertures des canaux de l’illusion, qui sont les vies des mouvements de conceptualisation, sont remplies de bindus de bodhicitta. Il en résulte que, vous acquérez la maîtrise des qualités et des bénédictions des mantras, vous obtenez la vision divine, la perception extrasensorielle et les siddhis suprêmes et communs ; les galaxies deviennent claires et vous prenez du plaisir des six champs des sens de l’expérience. Les cinq incarnations de la sagesse primordiale de la conscience apparaissent à l’intérieur de chacun des bindus qui remplissent le monde phénoménal.


- Un karmamoudra est une parèdre physique, un moudra de lumière est une parèdre visualisée lorsqu’on se génère en tant que déité choisie ; et le moudra de la sagesse primordiale est la nature de votre propre conscience. Les énergies karmiques sont appelées ainsi parce qu’elles nous propulsent dans le samsara en relation avec les afflictions mentales par lesquelles elles ont été accumulées. A ce moment les énergies vitales sont encore impures, mais elles sont transformées en énergies vitales de la sagesse primordiale en les amenant dans le canal central. Les canaux grâce auxquels les conceptualisations prennent place sont remplis de bindus de bodhicitta rouge et blanche. La bodhicitta impure est abandonnée naturellement et seuls les bindus purs de la bodhicitta remplissent ces canaux. -


Le tantra primaire sur la pénétration du son affirme :


La vision de la conscience parfaite
Est la vision des signes et symboles du sambhogakaya :
Des couleurs indéterminées de l’arc-en-ciel
Apparaissent les bouddhas des cinq familles et leurs parèdres.
Puis ces quintuples pairs sont reliées aux bindus lumineux
Avec l’apparence des incarnations divines males et femelles.
A partir de l’extinction des apparences illusoires, il y a l’éveil spirituel.


Les traces du nirvana affirme :


Avec la vision de la parfaite conscience
Le sambhogakaya est reconnu.


Il est dit que si ceci est réalisé, il n’y aura pas d’état intermédiaire. Le tantra d’Avalokiteshvara identifiant la voie secrète de la suprême lumière de la sagesse primordiale affirme :


Lorsque la respiration disparaît au moment de la mort, après que vous ayez exhalé définitivement et qu’il n’y ait plus d’inhalation, il y a une ouverture de la sagesse primordiale dans l’espace devant vous ; et des lumières brillantes de cinq couleurs vous apparaissent. En les reconnaissant – comme appliquer un élixir alchimique au métal, ou comme tenir une lampe dans une pièce sombre – vous êtes instantanément libéré par le haut sans entrave. Fils de bonne famille, jusqu’à ce que vous soyez séparé de votre respiration, cela s’appelle le cordon de Vajrasattva et le cordon de la compassion courante. Le cordons de cinq couleurs se répandent dans l’espace devant vos yeux, ou peuvent apparaître comme un escalier. A ce moment, dirigez votre conscience vers vos yeux et focalisez les sur le cordon ininterrompu de la compassion. En agissant ainsi, vous serez libéré par le haut sans contrainte. Ou, lorsque le cordon de la compassion s’étend au dehors en tant que cinq couleurs, en les reconnaissant comme étant la sagesse primordiale, vous atteindrez le mandala imprégné des cinq sagesses primordiales, et sans respiration vous deviendrez un bouddha. Le seigneur des mystères, les complètes initiations extérieures, intérieures et secrètes sont révélés.


Le monticule de joyaux de la Grande Perfection affirme :


Ensuite la vision de l’extinction dans la réalité elle-même apparaît. A partir de la fin des progressions des expériences, l’attachement aux trois incarnations disparaît précisément là où elles se trouvent ; la conscience arrive distinctement sur sa base ; l’attachement à un objet de méditation et à un méditant est libéré dans son propre état ; la déception de l’ignorance est complètement purifiée ; et vous atteignez la contemplation originellement pure de Samantabhadra.


- Très souvent, lorsque les trois incarnations – le dharmakaya, le sambhogakaya et le nirmanakaya – apparaissent, au départ quelques subtils attachements persisteront. Dans cette phase de la pratique, même cette forme précédente subtile d’attachement a disparu, et vous n’identifiez ni n’étiquetez plus ces incarnations parce que vous êtes de la même nature qu’elles. Avant ce point, la conscience est apparue sous différentes visions des bindus des rangées vajra, mais maintenant la conscience arrive sur sa base, rayonnante, éclatante et dénudée et reconnaît sa propre nature. L’objet de la méditation et le méditant sont de nature unique, l’ignorance est coupée de sas racines à jamais et vous atteignez le point culminant de cette voie. -


Les Instructions blanches d’Avalokiteshvara sur le sens de la contemplation durant le jour affirme :


Pour la vision de l’extinction des phénomènes, pratiquez parmi les trois postures celle que vous préférez, et faites le dans l’état non structuré qui transcende l’intellect, sans l’intrusion de l’attachement aux incarnations divines et aux bindus comme étant vous- même ou d’autres. En réalisant l’expérience de n’avoir jamais été illusionné, il n’y a pas de peur du cycle de l’existence. L’éveil spirituel est présent en vous, c’est pourquoi il n’y a ni espoir ni anticipation concernant l’illumination. Les trois incarnations sont parfaites en vous-même, et dans l’état dépourvu d’extrêmes, sans dualité de moi et les autres, toutes les qualités du Bouddha sont parfaites. Les tendances habituelles des éléments du corps s’arrêtent. Les essences vitales disparaissent dans les cinq lumières. L’articulation verbale et les mots sont arrêtées et disparaissent dans un état qui est inconcevable et ineffables. L’intellect s’arrête et les phénomènes s’arrêtent, disparaissant dans l’état pur originel qui transcende l’intellect. En cela vous êtes éveillé en tant que dharmakaya.


- S’il est vrai que notre vraie nature n’a jamais été illusoire, comment peut-il nous être tenu compte du fait que nous agissons comme nous le faisons ? C’est simplement parce que nous n’avons pas reconnu notre propre nature. Je l’illustrerai avec un rêve que j’ai eu la nuit dernière. J’ai rêvé d’un énorme serpent venimeux, agressif, très fort, de couleur vert-jaune. A coté de moi se tenait un ami, qui admettait qu’il pouvait frapper à n’importe quel moment. Puis l’ami tendit la main et attrapa le serpent par la tête. A cet instant j’ai reconnu ce rêve comme étant un rêve. Non seulement je reconnu l’apparence très réelle que ce serpent extrêmement menaçant pouvait avoir, mais aussi que mon ami s’était véritablement trouvé près de moi. Tout avait semblé très réel, puis en reconnaissant le rêve pour un rêve, je reconnu que tout dans le rêve n’avait aucune base réelle. Ensuite, je me demandais : comment se fait-il que nous arrivions dans le samsara et que nous errions dans l’existence cyclique ?

Si nous regardons autour dans cet état éveillé qui ressemble à un rêve, tout semble réel, mais ce n’est pas plus substantiel que les évènements d’un rêve. Comment pourrions nous être déçus alors qu’un être déçu n’existe même pas en réalité ? En réalité, nous n’avons jamais été illusionné. Pour être certain, je ne parle pas de nihilisme parce que ces phénomènes apparaissent vraiment, mais ils n’ont pas de base dans la réalité.

A ce point dans la pratique, être attaché à un sujet et un objet – et Je et Vous – ne se produit plus. Quand les visions des bindus des rangées vajra de la conscience apparaissent, cela ne pas de sens de penser : « Oh, je les vois ». Il n’y a pas de sens de dualité ; il n’y a pas d’anticipation du cours futur de votre développement spirituel. Tout cela est dépassé. Vous vivez tout dans son état naturel. Il n’y a plus de pratique. -


La libération naturelle par la vision : Instructions expérimentales sur le processus de transition de la réalité elle-même affirme :


Quatrièmement, dans la vision de l’extinction dans la réalité elle-même, la progression des visions précédentes arrive à sa fin, et dans ces expériences de visions il n’y a pas de nature d’attachement aux apparences ou aux non apparences. A ce moment arrive ce qui est appelé la vision de l’extinction dans la réalité elle-même. Les expériences sont anéanties, le corps est anéanti, l’attachement aux facultés des sens est anéanti, l’assemblage des pensées illusoires est anéanti, tous les systèmes philosophiques et les apparitions illusoires sont anéanties, puis votre corps contaminé disparaît et vous devenez un bouddha. Cela s’appelle l’extinction dans la réalité elle-même, parce qu’elle implique l’extinction de l’activité, des apparences illusoires et des visions de progrès dans l’expérience méditative. Cela s’appelle l’extinction de la réalité elle-même, mais ce n’est pas la non existence comme dans le cas du nihilisme, dans laquelle il y a extinction dans le rien. Au contraire, l’inexprimable sagesse primordiale du savoir et des excellentes qualités devient manifeste. En bref, la force des qualités des trois incarnations est amenée à perfection.


Le tantra primaire sur la pénétration du son affirme :


La vision de l’extinction dans la réalité elle-même
Est dépourvue de visions expérimentales,
Ainsi le corps est anéanti et les objets des sens le sont aussi.
Une fois que les assemblées illusoires des pensées sont naturellement libérées,
On est séparé des mots, qui sont la base de l’expression.


Et :


Ainsi, à partir de la cessation du continuum du corps, les agrégats contaminés disparaissent et de l’esprit on devient manifestement un bouddha.


Les traces du nirvana affirme :


A cause de la vision de l’extinction dans la réalité elle-même,
La réalisation de la Grande Perfection, dépourvue d’activité, est atteinte.
A partir de l’atteinte du point culminant de la base et de la voie de cette façon,
Le nirvana n’est a recherché nulle part ailleurs.


- La phrase « la réalisation de la Grande Perfection, dépourvue d’activité » fait référence à la libération des activités conventionnelles et mondaines. On est même libéré des activités de progrès dans l’expérience méditative. Maintenant vous pouvez demander si les bouddhas sont plus actifs que les êtres sensibles tels que nous ? Bien entendu, un bouddha est de manière incalculable plus actif que nous le sommes. Néanmoins, les actions d’un bouddha ne sont pas mondaines. Tout comme les rayons de lumière du soleil sont de la même nature que le soleil, les actions d’un bouddha sont de la même nature qu’un bouddha. Les activités d’un bouddha sont naturelles, spontanées la représentation toute- pénétrante de la conscience d’un bouddha. -


D. Recommandation finale

Il est préférable d’atteindre le corps de grand transfert, libéré de la naissance et de la mort, ou de l’immortalité, comme Orgyen et Vimalamitra ; où nos propres agrégats contaminés peuvent disparaître dans un amas de lumière, comme Garab Dorjé et Sri Simha. Les instructions blanches d’Avalokiteshvara sur le sens de la contemplation de jour affirme :


Le parfait Bouddha est éveillé sans agrégat résiduel.


C’est moyen d’atteindre les dix terres dans cette vie. Le tantra de la conscience apparaissant naturellement affirme :


Les « terres » n’existent pas séparément. Chez un individu qui voit la vérité, les terres sont complètement présentes.


Après avoir expliqué en abondance les voies par lesquelles les dix terres sont atteintes, il affirme :


Une personne qui voit la vérité atteint cela sans se débarrasser de cette enveloppe. Les personnes qui se débarrassent de l’enveloppe atteignent les terres de cette façon.


Les façons d’atteindre les seize terres sont ensuite discutées à profusion. Parmi elles, les noms des dix premières terres s’accordent avec les explications générales, alors que les autres sont enseignées dans un sorte d’ordre altéré. Ainsi, bien qu’il semblerait y avoir beaucoup de dissemblances, la onzième (terre) est la lumière totale ; la douzième est l’œil de lotus dépassionné ; la treizième est la vajradhara ; la quatorzième est la grande assemblée des roues ; la quinzième est la parfaite splendeur ; quant à la seizième c’est l’insurpassable sagesse primordiale, Devakusha, Sukhavati et la Cité de la Grande Libération ont le même sens ; la dix-septième est Porteur du nom de vajradhara ; la dix-huitième est Atakavati ; la dix-neuvième est la perfection insurpassable ; la vingtième est la perfection de la nature des trois mondes ; et la vingt-et-unième est la recherche duelle ou la terre du bindu sans effort, qui est le point culminant.


- La tradition mahayana enseigne en général que l’on atteint les dix terres de bodhisattva qui est le point culminant de la bouddhéité. Des seize terres dont il est fait référence dans le texte, dix sont communes aux autres traités, alors que de la onzième à la vingt-et-unième terre de Dzogchen qui suit, elles varient dans la séquence et le nom suivant des textes spécifiques. -


Orgyen Rinpoché dit :


La Grande Perfection est la voie culminante. Ainsi aucun dharma qui transcende la misère ne peut être vu en d’autres lieux, parce que c’est l’ultime. Même si les voies finales des yanas inférieurs sont atteintes, si l’ouverture des qualités du Mantra[yana] n’est pas vue, alors on doit entrer dans le Mantra[yana] et on doit s’entraîner à écouter et à penser. Même si on en arrive au point culminant du soutrayana, on n’est pas arrivé au point culminant du mantrayana, qui est le point culminant de toutes les voies. Il n’y a rien de supérieur à cela, en lui les terres sont réalisées et les voies sont réalisées. Il n’y a rien de supérieur à cela, ainsi il est donné le nom de « la Grande Perfection ».


- Lorsque vous avez atteint la quatrième vision, la vision de l’extinction dans la réalité elle-même, vous n’avez pas besoin de rechercher un autre dharma. Une fois arrivé au point culminant des yanas inférieurs, vous devez entrer dans la vajrayana, qui est l’aboutissement de toutes les voies, et vous entraîner dés le début en écoutant, pensant et méditant. La raison de cette progression est qu’avec l’aboutissement du mantrayana est l’aboutissement implicite du soutrayana. L’aboutissement du soutrayana ne dépasse pas l’aboutissement du vajrayana, ainsi vous ne devez pas vous arrêter de pratiquer après avoir atteint l’aboutissement du soutrayana. -


Le joyau qui exauce les vœux : les instructions sur la quintessence de l’étendue claire de Ratna affirme :


Le mieux serait que les agrégats contaminés soient libérés dans la claire lumière. Le moyen est d’atteindre l’éveil spirituel dans la processus transitoire de la réalité elle- même. Le moindre est d’être né instantanément dans les cinq terres pures du nirmanakaya, puis d’atteindre l’éveil spirituel sans état intermédiaire.


Les instructions blanches d’Avalokiteshvara sur les sens de la contemplation de jour affirme :


Dans le parfait éveil spirituel manifeste, on devient un bouddha avec la manifestation claire d’un ciel immaculé, d’arc-en-ciel, pluies de fleurs, tremblement de terre, sons, aromes délicieux, reliques sacrées, apparition naturelle de [représentations] corps, parole et esprit, reliques granulaires et ainsi de suite [d’un bouddha].


- La description ci-dessus concerne les signes extérieurs, tels que les arcs-en-ciel, pluies de fleurs, et tremblements de terre qui peuvent se produire lorsqu’on atteint la bouddhéité. Les « reliques granulaires » sont fines, cristallines, de la poudre blanche restante après la crémation d’un grand être.Au Tibet le douzième mois tibétain de 1958, à la fois la parole et le corps des émanations de Düdjom Lingpa passèrent au-delà dans la région de Golok. Ils habitaient à environ une heure de marche l’un de l’autre, et ils passèrent au-delà en même temps. Bien que ce soit au cœur de l’hiver et qu’il faisait très froid, des fleurs tombèrent du ciel. Il y eut un tonnerre pas coutumier pour la saison et une sorte de précipitation gelée, très fine et plus petite que la grêle. Je peux en témoigner, ainsi je vous le transmets pour que vous sachiez que lorsque de grands êtres saints passent au-delà, ils manifestent de tels signes de leur éveil spirituel. -


Le sens de ces [passages] est affirmé dans les traces du nirvana :


A cause de la vision directe de la réalité elle-même, On transcende les mots d’attachement à la spéculation. A cause du progrès dans l’expérience méditative, La sagesse primordiale de l’état intermédiaire est rendue manifeste. A cause de la vision de la conscience consommées, On reconnaît le sambhogakaya. A cause de la vision de l’extinction dans la réalité elle-même, On atteint le fruit de la Grande Perfection, dépourvu d’activités. En arrivant au point culminant de la base et de la voie de cette façon, Il n’y a aucun doute qu’on réalise le nirvana.


Le tantra primaire sur la pénétration du son affirme :


De là arrivent les quatre visions.
A cause de la vision directe de la réalité elle-même,
On transcende les mots d’attachement à la spéculation.
A cause de la vision du progrès dans l’expérience méditative,
Les apparitions illusoires disparaissent.
A cause de la vision de la conscience consommée,
Les trois incarnations transcendent les visions de la voie conceptuelle.
A cause de la vision de l’extinction dans la réalité elle-même,
La voie existante des trois royaumes du samsara est rompue.


La meilleure réalisation est d’atteindre l’éveil spirituel sans agrégat résiduel ou d’atteindre l’éveil spirituel en même temps que les agrégats résiduels. La réalisation moyenne est d’atteindre l’éveil spirituel dans l’état intermédiaire et d’atteindre les seize terres. La moindre réalisation est de naître dans les terres pures du nirmanakaya, et après être resté dans les cinq terres pures pendant cent vingt ans, on reçoit les initiations, bénédictions et prophéties des cinq familles de jinas. Ensuite, après cinq cent ans, on accède à la terre pure des volcans en éruption et dés que l’on voit la visage du suprême Heruka, on devient un bouddha sous la forme d’un jeune récipient, indivisible de Samantabhadra. C’est la terre du bindu de synthèse ou le bindu dépourvu d’effort, et il est dit qu’en réalité c’est l’unique dharmakaya.


C’était un synthèse complète du chemin à suivre sur la voie de la Grande Perfection du Franchissement du Pic. Si vous désirez obtenir une connaissance complémentaire, regardez dans les dix sept tantras, les sept trésors, et ainsi de suite.



Notes

1- Tögal : franchissement du pic (retour)

2- Treckchö : trancher la rigidité (retour)


Traduit du tibétain par B. Alan Wallace

Traduit en français par Sönam pour SanghaForum