La vie de Viroupa

par Lama Choedak

à partir d'un enseignement sur Lamdré

Lama Choedak

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Il est dit que la vie de Virupa commença en tant que prince qui grandit au sud de l'Inde. En accord avec la coutume de ces temps là, ses parents consultèrent un astrologue sur le futur de leur enfant. Il prédit que leur fils illuminera un jour les enseignements du Bouddha. Ainsi on lui donna le nom de Roue d'Argent, signifiant qu'il illuminera la Roue du Dharma en émettant des rayons de lumière blanche ou argentée. Fortement encouragés par cette prédiction, ses parents l'amenèrent à un monastère connu sous le nom de Sompur au nord du Bengal, qui aujourd'hui est le Bangla Desh. Il y étudia jusqu'à ce que son maître meurt. Respectant les désirs de son maître, il prépara une cérémonie spéciale, et offrit un grand festin. Après cela il réalisa que l'endroit où il étudiait était trop petit, alors il décida d'aller dans un plus grand endroit d'apprentissage du bouddhisme. Se faisant il voyagea jusqu'à l'université de Nalanda. Aujourd'hui cela se trouve dans l'état de Bihar, sur le site de l'ancien royaume de Magadha. C'était l'une des grandes institutions pour apprendre qui existait à l'époque. Ses ruines ont été préservées et peuvent encore être visitées aujourd'hui. Virupa y étudia et y fut ordonné Bhiksu, c'est à dire un moine parfaitement ordonné, sous l'égide de l'abbé Dharmamitra. On lui donna le nom monastique de "dharmapala". En apparence, les enseignements monastiques étaient réservés au niveau sutrique. En d'autres termes, ils s'occupaient des soutras et de la philosophie bouddhiste. Dharmapala n'avait pas encore acquis le nom de Virupa. Nous y reviendrons plus tard.

Bien qu'il fut absorbé dans les études sutriques pendant le jour, son principal intérêt concernait les enseignements ésotériques nocturnes. Juste avant que son nouveau maître meurt, celui-ci annonça que Dharmapala devait être appointé comme son successeur. Lorsqu'il mourut, Dharmapala eut sur ses épaules la responsabilité de l'enseignement de toutes les classes précédemment enseignées par son maître, en même temps que ses propres classes de jour. Il n'avait réellement pas le temps de pratiquer pendant la journée, alors il dévolut ses nuits au Vajrayana.

Il continua de cette façon pendant douze ans, enseignant le jour et poursuivant les pratiques ésotériques du vajrayana la nuit. Il est dit que ses pratiques principales furent Chakrasamvara et Hevajra. Il continua ainsi jusqu'à ce qu'il atteigne l'age de soixante ans.

Sans surprise, Dharmapala espérait noter quelques signes de réalisation. Néanmoins, comme il devenait plus agé il devenait très malade et se trouvait extrêmement déçu par son manque de réalisation. Il était devenu maigre à la fois par son manque de santé physique et par les tâches coûteuses qu'il devait réaliser. Il commença à avoir quelques rêves très dérangeant.

Une nuit il vit un énorme feu brûlant la partie basse de la vallée où il habitait, et un déluge d'eau déboulant du point le plus haut. Il était pris au milieu de ce conflit entre deux éléments s'opposant. Il vit des grêlons tomber sur sa tête. Il vit des glaçons. Il vit son Gourou, yidams et déités et d'autres amis spirituels la tête à l'envers. Tous avaient le visage tranché, les yeux exorbités et il y avait du sang goûtant partout.


Ça lui était dérangeant d'avoir de tels rêves après tant d'années de pratiques pleines de foi, particulièrement lorsque sa condition physique était si amoindrie. Il commença à suspecter ne pas avoir de connexion karmique avec les enseignements ésotériques dans cette vie présente. Il décida qu'il pourrait être préférable de se focaliser sur les enseignements de base, après tout. Ainsi le vingt-deuxième jour du quatrième mois lunaire, il se leva tôt le matin et pris la décision une fois pour toutes d'abandonner les pratiques Vajrayana. Il pris son mala et le jeta dans les toilettes. Il n'avait pas réalisé que le rêve n'était pas un rêve ordinaire. Les rêves apparaissent généralement à cause des espoirs et des peurs générés par nos tendances habituelles. Celui-ci faisait intervenir la totale transformation du corps anatomique et psychique. Lorsque canaux physiques et chakras s'ouvrent dus à notre réalisation, il est facile de mal interprété le phénomène, à moins que l'on ait reçu des explications détaillées sur ce à quoi s'attendre. C'est ce qui arriva à Dhammapala. Il y avait beaucoup de changements subtiles qui s'étaient installés dans ce corps, mais il n'avait pas reçu les enseignements qui lui auraient permis d'interpréter ces changements. Aussi il avait tout pris littéralement. C'est pour cela qu'il avait réagi complètement découragé en jetant son mala dans les latrines.

Voilà ce qui arriva réellement. Il y a trois façons pour les airs subtiles d'entrer dans le canal central. Ils sont appelés première entrée, entrée médiane et troisième entrée. Chaque pénétration de cet air dans une veine particulière ou dans le canal central est la cause d'une réaction différente, changeant la composition chimique et altérant le flot d'énergie. Cela peut transformer notre expérience ordinaire en chaos. Parce que son abbé était mort et qu'il n'avait pas reçu les enseignements appropriés, Dharmapala agit hâtivement.

Après qu'il eut balancé le mala, il alla se coucher. Un peu plus tard il est réveillé par une dame bleue, que maintenant nous savons être la déesse Nairatmya. Elle apparu sous la plus belle des formes imaginable et dit, "Cela ne vous va pas d'agir de telle façon alors que vous allez atteindre les siddhis. Tous les Bouddhas possède la compassion non-discriminatoire. Cependant, je suis la divinité avec laquelle vous avez la relation karmique la plus étroite et je doit vous aider à atteindre rapidement l'illumination. Va et récupère tes graines de mala. Lave les avec de l'eau de santal, confesse ton mauvais acte et reprends la pratique." Puis elle disparut. Dharmapala alla directement au toilette comme on lui avait dit de faire, récupéra son mala et avec un mélange de regret et de joie, le lava et repris sa pratique. Dés qu'il fit cela, la même déesse réapparu. Elle manifesta le mandala complet de la déesse Nairatmya, et il reçut l'initiation. A la fin de cela, il atteint le premier bhumi de l'illumination. Le jour suivant il atteint le deuxième bhumi, le troisième jour, le troisième bhumi et ainsi de suite jusqu'à la fin du sixième jour, le vingt-neuf du quatrième mois lunaire, il avait atteint le sixième bhumi. Des cérémonies Hevajra sont conduites chaque année dans les Monastères Sakya pour célébrer l'atteinte des six bhumis en six jours consécutifs par Dharmapala.

Lorsqu'il atteint cet état, il fut capable de réinterpréter ses rêves. Il réalisa que les apparences approximatives des différents êtres avaient été les manifestations de son propre esprit. Ces images étaient produites par les énergies vitales pénétrant dans les veines ksa et ma qui se trouvent en dessous du nombril, qui à leur tour résultaient dans le dénouement des noeuds des veines. Dans le corps physique ordinaire, ces veines sont normalement obstruées. Elles ne permettent pas le passage de l'énergie, et il n'y a ainsi pas d'expérience spirituelle. Lorsque les noeuds furent dénoués, il expérimenta la chaleur psychique. C'est ce qu’il avait vu dans son rêve avec le feu brûlant à l'autre bout de la vallée. Ce qu'il avait interprété comme une déflagration externe était en fait son feu intérieur qui avait été attisé. Les méditants qui atteignent les hauts niveaux de méditation découvrent normalement beaucoup de chaleur dans le corps. C'est assez naturel.

Son esprit conscient avait essayé d'interpréter cela à un niveau conventionnel, malgré que l'expérience n'ait rien à faire avec un feu conventionnel.

Les méditants qui atteignent les plus hauts niveaux de méditation découvrent normalement beaucoup de chaleur dans le corps. C'est assez naturel.

Son esprit conscient essayait d'interpréter cela à un niveau conventionnel, bien que l'expérience n'ait rien à faire avec un feu conventionnel. Quand l'esprit conceptuel interprète par erreur le feu comme un phénomène externe, il a immédiatement évoqué l'opposé du feu. D'où l'inondation. Aurait il compris la véritable signification du feu en tant que chaleur psychique, son esprit n'aurait pas produit l'image d'une inondation. La circulation vigoureuse des gouttelettes avait fait circuler l'énergie très rapidement, pratiquement comme une inondation.

Dans Lamdré il est dit que chaque réaction extrême au niveau émotionnel produit des énergies internes brutes.

Cela conduit à des expériences que nous externalisons et pensons être vraies. Nous projetons tout simplement. Si nous sommes paranoïde, frustré, fâché ou passionné, nous mettons en place des tendances pour contrôler nos perceptions du monde autour de nous.

Nos perceptions mondaines du monde ne sont pas réelles. Elles peuvent être renversées par les changements se produisant en nous. Les visages déchirés des Gourous et yidams furent des expériences méditatives représentant les trois étapes séquentielles de la fusion des éléments dans son corps. Il vit les visages de ses maîtres comme déchirés et coulant de sang. Cela fut ainsi parce que les attachements pour eux en réalité le dérangeaient. Son attachement à ses maîtres durent être réalisés comme n'étant pas différents d'une quelconque autre forme de désir. Le déchirement et la suspension la tête en bas signifiait en fait qu'il devait laisser aller. Les objets auxquels nous sommes le plus dévot doivent aussi être relâchés. Dharmapala était maintenant un Bodhisattva demeurant au sixième bhumi. Plus tôt j'ai discuté des quatre critères de la "lignée du chuchotement". Recevoir les initiations directement de Vajra Nairatmya établit le fait que le courant d'initiation n'était pas asséché, il était encore coulant. L'atteinte de six bhumis en six consécutives nuits confirma que la lignée des bénédictions qu'il reçut était ininterrompue, et était ainsi une tradition vivante.

Son manque à montrer des signes physiques d'atteinte et sa mauvaise interprétation des signes lorsqu'ils arrivèrent indiquait qu'il n'avait pas reçu la moelle des instructions. Souvent les disciples ne reçoivent pas des instructions complètes. Il y a toujours beaucoup de sujets manquants.

Sans les sujets manquants, une personne sans réalisation ne sera pas capable de faire un saut en avant. Certaines instructions restent mieux secrètes. La vraie expérience de l'étudiant lui permettra de placer la pièce manquante dans le puzzle. Dharmapala a acquis maintenant la confiance née de la dévotion. Il était parfaitement satisfait. Il devint le reposoir de tous les enseignements des quatre lignées chuchotées. A partir de là il du garantir que la transmission des ces lignées chuchotées soient maintenues de manière secrète. A cette étape, Dharmapala fut regardé longtemps comme une grand abbé, et les gens affluaient de grandes distances pour recevoir ses enseignements. Mais il se trouvait dans une situation difficile, parce que la transmission qu'il était maintenant autorisé à transmettre ne devait être donné qu'à un seul disciple, et dans le plus grand secret. Comment pouvait il passer cette réalisation ? C'était pour lui un grand dilemme.

A cette étape, Dharmapala prépara une grande fête d'offrande pour remercier son Gourou et les yidams. Parmi les substances requises pour la cérémonie il y avait de la viande et du vin, bien qu'en petite quantité. Ceci causa quelques appréhensions parmi les moines. Ils se demandèrent pourquoi leur abbé très dévot devenait soudainement ouvertement indulgent vis à vis de cérémonies qui impliquaient la consommation de viande et de vin.

Une nuit un groupe d'entre eux décida d'écouter à sa porte. Dépendant du niveau de pureté ou, d'une autre façon, de leurs esprits individuels, certains le virent entouré de quinze femmes, d'autres en virent huit, encore d'autres le virent entouré de quinze ou huit lampes. De tels rapports causèrent une considérable controverse dans la communauté monastique. Conscient que son comportement avait fait naître beaucoup de suspicion parmi les moines, Dharmapala décida de ne pas rester en tant qu'abbé. Son rôle avait changé. Malgré leurs suspicion sur son comportement, les moines n'osèrent toujours pas en parler ouvertement, parce que autre part la réputation de leur abbé était celle toujours celle d'un brillant enseignant. Entre temps, Dharmapala rassembla tous les moines et les informa qu'il était pervers. Afin d'éviter d'endommager la crédibilité de l'ensemble de la doctrine et de risquer la réputation de Nalanda, il s'en irait. Il enleva sa robe du Dharma et posa son bol à aumône. Il les offrit aux Bouddhas et dit "Je suis Viroupa", qui signifie "sans gêne" ou "sans forme".

Roupa signifie "forme", vi signifie "sans". Ensuite il donna des fleurs et des feuilles, mais pas d'habits. Il prit les fleurs et les feuilles chez le fleuriste local. Il remplit sa bouche avec des radis, plaça quelques radis supplémentaires sous ses aisselles et courut en rond en criant "je suis pervers". Il commença à fréquenter les tavernes, buvant du vin et de la bière de riz fabriqué localement. Ceci bien entendu scandalisa encore plus les moines. Tout le monde applaudit, l'excluant officiellement du monastère. En réponse à son exclusion officielle, Viroupa chanta un très fameux chant doha. La plupart des Mahasiddhas dans la tradition Vajrayana ont écrit des dohas. Par égard pour le Dharma, il n'allait pas minimiser les enseignements. Il voulait les élever. Pour récupérer la foi de ceux qui avaient perdu la foi en lui, il accepta d'être un pervers. Il n'était plus Dharmapala. A partir de ce moment, il serait connu comme "Viroupa".

A la suite de cet évènement, Viroupa quitta Nalanda et se dirigea vers Varanasi. Finalement il arriva à la rivière Ganges. Là il rencontra un groupe de moines. Ils le chassèrent, frappant sur des boites et faisant tout ce qu'ils pouvaient pour l'éloigner de leur présence. Dés qu'il arriva près des rives du Ganges il s'exclama "Vous êtes purs, je ne le suis pas. Je suis pervers. Alors laissez moi passer sans toucher votre eau sacrée. Donnez moi un passage sec". En réponse, la rivière s'ouvrit, et il traversa au milieu. Il se retourna vers les moines, qui maintenant réalisaient qu'il était un être parfaitement illuminé. Ils le prièrent de rester parmi eux, mais il refusa. Il s'en alla, et les moines s'en retournèrent en disant, nous avions raison, mais nous avions tort ! Mais ils ne purent traverser la rivière !

Viroupa alla aussi loin qu'à Varanasi, où il resta quelque temps. Certaines sources prétendent qu'il y resta seize années, d'autres six mois. Les paysans, qui étaient pour la plupart des adeptes du Brahmanisme, remarquèrent ce yogi errant à l'allure peu habituelle, et en firent la remarque au roi. Ils ne purent lui dire si il était un yogi Hindou ou Bouddhiste. A l'époque le roi de Varanasi, Govinda Chandala, était un fervent Hindou. Il voulait offrir quelque confort à l'errant si il s'avérait être Hindou, mais était effrayé que l'homme puisse porter préjudice à ses citoyens si il était bouddhiste. C'est pourquoi il ordonna à ses ministères d'identifier le yogi. Mais les ministres ne purent absolument pas déterminer ce qu'il était. Il n'avait aucun des signes physiques d'un yogi hindou, bien qu'il avait été entendu chanter des textes védiques avec beaucoup d'éloquence. Le roi ordonna qu'on lui amène le saint homme. Il résoudra personnellement l'énigme de cet étrange yogi. Lorsqu'ils amenèrent Viroupa au roi, tout le monde remarqua qu'il ne se prosternait pas devant l'autel de Vishnou. Il l'ignora simplement. Ils commencèrent à douter fortement qu'il fut un hindou. Il devait être un bouddhiste. En conséquence le roi ordonna qu'il fût noyé dans le Ganges. Peu après que les ministres du roi l'aient fait, Viroupa était de retour devant le roi. Le processus se répéta de nombreuses fois jusqu'à ce que le roi décide que ce yogi connaissait un sortilège magique lui permettant de contrôler l'élément eau. Alors le roi décida d'éprouver les pouvoirs du yogi sur les autres éléments. Il ordonna ensuite qu'un grand fossé fut creusé et que le yogi fut enterré sous la terre. Comme prévu, Viroupa fut jeté dans le fossé, couvert de terre et piétiné par de nombreux éléphants. Mais de nouveau, avant que les ministres ne reviennent, Viroupa était assis, intacte, devant le roi. Ensuite le roi ordonna que tous les bouchers de la ville amènent leurs couteaux et poignardent Viroupa. Mais aucun des couteaux ne put pénétrer son corps. Ils se cassèrent tout simplement, blessant seulement ceux qui les brandissaient. Viroupa de nouveau apparu devant le roi, sans blessure. Voyant cela, le roi devint convaincu du pouvoir spirituel de Viroupa et lui confessa ses fautes. En suite Viroupa convertit tous les citoyens de Varanasi au Vajrayana.

A cette époque, il annonça qu'il quitterait Varanasi. Il voyagea de nouveau vers le Ganges. A cette occasion, il ne voulu pas couper en deux la rivière. A la place, il demanda à un batelier de le transporter de l'autre coté. Le batelier, qui plus tard devint un disciple favori, répondit que ce n'était pas dans ses habitudes de prendre des yogis errant ou des gens qui ne payaient pas. "Vous devez me payer", prévint il. Viroupa lui promit la rivière elle-même. "N'est-ce pas un payement suffisant pour vous ?" demanda-t-il. "Sans la rivière, vous n'avez pas de moyen de vivre. Avec une aussi large rivière, vous aurez toujours beaucoup de voyageurs pour votre bateau". Il demanda au batelier si il préférait la rivière large ou étroite. Le batelier répliqua qu'il aimerait qu'elle resta toujours large. Viroupa répondit qu'il irait contre la nature, dans la mesure où les rivières se contractent toujours en hiver. Mais le Ganges reste suffisamment large en toutes saisons pour avoir besoin d'un bateau pour le traverser. Il dit au batelier que de demander que la rivière reste large toute l'année peut faire que des gens soient inondés. "Demande pour un Ganges de taille moyenne", avertit il le batelier. Le batelier répondit que de toutes façons il avait la rivière tout le temps, et que Viroupa n'avait ni le pouvoir de le donner ni celui de le prendre. Viroupa devint fatigué de tout cela. Alors il demanda au Ganges de s'entrouvrir, et de nouveau un passage à sec apparu devant lui. Il traversa la rivière à pied. L'ouverture d'un passage à sec au travers du Ganges causa l'inondation de beaucoup de villages. Lorsque le roi local entendit ce qui c'était passé, il envoya à Viroupa des messages lui demandant d'arrêter l'inondation et offrant argent, or, troupeaux, et même des radis si il le désirait pour remerciement. Les gens commencèrent à arriver en transportant des chargements d'offrandes pour demander à Viroupa de changer le cours de la rivière et d'arrêter l'inondation. Ensuite Viroupa chanta un autre doha, expliquant qu'il ne vaoulait aucune des choses que les gens lui offraient. Cependant, d'un claquement de ses doigts, il replaça la rivière dans son lit, et les villageois furent sauvés.

La réputation de Viroupa en tant que fabriquant de miracle se répandit loin et largement. Le batelier qui avait à l'origine refusé la demande de Viroupa vint maintenant vers lui et lui demanda de l'accepter comme disciple. C'était Dombi Heruka, qui allait devenir l'un des deux principaux disciples de Viroupa.

Plus tard, Viroupa dit à Dombi Heruka qu'il devait aller dans le Sud de l'Inde, parce que beaucoup de gens pratiquaient le sacrifice d'animaux et qu'il devait arrêter cela. Sur le chemin il entra dans une taverne et commença à boire une quantité importante de bière. Lorsque la serveuse lui demanda de payer, il répondit qu'elle devait d'abord lui servir tout ce qu'il voulait boire, et qu'ensuite il payerait quel qu'en soit le prix. Il continua à boire, jusqu'à ce que la propriétaire de la taverne n'ait plus de bière. La dame dut aller chercher de la bière dans les tavernes de quatre-vingt autres villes pour répondre à la demande de Viroupa. Mais il n'y avait toujours pas de fin à sa soif. A la fin la propriétaire de la taverne lui dit qu'il devait convenir de payer à un moment donné. Alors il accepta de convenir d'un moment pour qu'il paye. A cette époque, bien sur, il n'y avait pas de montre. Viroupa dessina une ligne d'ombre et promit de payer lorsque l'ombre de la maison serait aligné sur celle-ci. Pendant ce temps, le soleil resta immobile. Il avait arrêté le soleil ! Il continuait à boire. Il contint le soleil pendant trois jours consécutifs. Tout le monde perdit la notion du temps. Les gens tombaient par terre de lassitude parce qu'ils n'avaient pas été au lit ou dormit depuis si longtemps. Ce phénomène fut largement rapporté. Lorsque le roi entendit cela, il demanda à Viroupa de laisser le soleil partir, et promit de payer ses boissons en échange. Viroupa accepta, et laissa le soleil continuer sa course. Les gens se rassemblèrent de partout pour entr’apercevoir Viroupa, mais en même temps ils étaient effrayés de ce qu'il pouvait faire.

La réputation de Viroupa était maintenant bien établie. Il était connu comme l'homme qui par deux fois divisa les eaux du Ganges, arrêta le soleil dans sa course et but à assécher quatre-vingt tavernes en une fois. Il voyagea vers le sud jusqu'à un endroit appelé Daksinipata. Celle-ci était dirigée par un roi hindou appelé Narapati, qui entreprenait de donner en sacrifice de nombreux animaux. Il était un grand dévot de Vishnou. Il subvenait aux besoins de cinq-cent grands yogis, qui priait à Vishnou chaque jour sous son appui. Lorsque Viroupa arriva, ils étaient tous entrain d'idolâtrer un énorme linga de Shiva. Viroupa commença par chanter une eulogie védique à Shiva. Cela produisit un grand intérêt. Le roi fut si impressioné qu'il paya Viroupa pour conduire les cinq-cent adorateurs du linga de Shiva. Mais en réalité Viroupa ne pria jamais le linga de Shiva, bien qu'ils pensent qu'il le fit. Chaque jour, alors qu'il conduisait les autres à la prière, il fut observé que Viroupa faisait toujours quelque chose d'inhabituel avant que la prière ne commence. Il semblait qu'il chercha dans ses cheveux, en sortait un livre, se prosternait devant lui, puis remettait le livre dans ses cheveux et chantait avec les autres comme si rien n'était arrivé. Les yogis seniors rapportèrent cet étrange comportement au roi. Ils émettaient un doute sur sa dévotion à Vishnou. Ils ne l'avaient jamais vu se prosterner devant Shiva, seulement devant le livre (qui en fait était le Hevajra Tantra). Cependant, ils ne pouvaient expliquer comment il connaissait toutes les prières par coeur. Le roi accusa les yogis d'être jaloux, et refusa de faire attention à leurs allégations. Mais il y eut tellement de rumeurs qu'à la fin le roi lui même finit par douter et décida d'aller au fond de ce mystère. En conséquence il questionna Viroupa sur son manque à se prosterner devant Vishnou. Viroupa répliqua qu'il était un roi plein de péché pour lui demander de rendre hommage à une image de pierre. Il dit qu'il ne rendra jamais hommage à un linga de Shiva, et dit au roi que celui-ci cherchait des problèmes pour lui demander cela. Le roi fut étonné. Il demanda comment Viroupa pouvait il oser l'appeler un roi plein de péché, alors qu'il supportait tant de dévotion. Il ordonna à Viroupa de se prosterner. Viroupa répondit que si il devait se prosterner, le roi devra en subir les conséquences. Le roi malgré tout insista. Alors Viroupa mis ses mains à sa tête et récita "Namo Bouddhaya" (Je rends hommage au Bouddha). Alors qu'il le faisait, le haut du linga de Shiva craqua. Ensuite il mis ses mains jointes à sa gorge et récita "Namo Dharmaya" (Je rends hommage au Dharma). Le linga de Shiva se cassa par le milieu. Alors qu'il récitait "Namo Sanghaya" (Je rends hommage à la Sangha) toute la statue se brisa. Alors qu'il se prosternait, la statue tomba en miette sur le sol devant les yeux de tout le monde. Le roi le pria de ne pas continuer. Viroupa rappela au roi qu'il l'avait prévenu de ne pas lui demander de se prosterner devant ce dieu mondain, qui ne méritait pas le respect. "Il n'est pas illuminé", expliqua Viroupa. "Vous, messieurs, adoré une image de pierre sans pouvoir". Il annonça qu'il s'en allait. Alors qu'il partait, les fragments cassés du linga de Shiva le suivirent. Le roi mourut presque. Maintenant il se prosternait aux pieds de Viroupa, le priant de remettre le linga de Shiva en place. Viroupa accepta, mais seulement à la condition que le roi garda une image de Viroupa lui-même, ou de Avalokiteshvara au dessus de lui. Il fit remarquer qu'il était bien plus difficile de remettre la statue en état que de la détruire, et qu'il exigeait d'autres demandes. Il demanda que tous les sacrifices d'animaux cessent immédiatement. Dorénavant, les offrandes ne devraient être que de la nourriture végétarienne. Après que le roi eut accepté ses demandes, Viroupa restaura la statue brisée, et l'image d'Avalokiteshvara fut place au dessus d'elle. L'un des cinq cent yogis, un homme nommé Krishna, abandonna ses croyances hindoues afin de suivre Viroupa. Il devint l'un des deux principaux disciples de Viroupa. Ce fut à lui que Viroupa donna les enseignements de la lignée chuchotée, alors que les commentaires furent donnés à Dombi Heruka. Dombi Heruka fut le disciple qui prit soin de ses commentaires textuels, alors que Krishna devint le réceptacle des enseignements de la lignée chuchotée. A un moment, Viroupa écrivit un cours texte appelé Vajragatha, signifiant "les vers de Vajra", qui formèrent les bases des enseignements du Lamdré. Il le donna à Krishna, qui devint le détenteur de la lignée.

Finalement Viroupa voyagea jusqu'à la province indienne de l'ouest connue aujourd'hui sous le nom de Goujarat. Il y avait là un très grand autel, où beaucoup de buffles étaient sacrifiés. Sur son chemin, le dieu indien Somnatha de l'autel de Saurastra à Goujarat prévu ce qui allait arrivé. Il se déguisa comme un pèlerin ordinaire et alla saluer Viroupa. Bien sur Viroupa su qu'il s'agissait de la forme déguisée du dieu. Il rencontra Viroupa et lui demanda où il allait. Viroupa répondit qu'il allait écraser quelques personnes diaboliques qui sacrifiaient des animaux. Le dieu déguisé répondit que le dieu n'était plus là, qu'il s'était récemment déplacé sur le continent nord. Viroupa continua prétendant qu'il n'avait pas reconnu le dieu. Il expliqua qu'il irait voir le dieu plus tard, mais qu'il allait d'abord avoir à faire avec les gens qui perpétuaient des sacrifices d'animaux. Ensuite dit-il il trouverait le dieu, où qu'il soit, et le soumettrait. A cela, le dieu hindou fut effrayé et confessa sa véritable identité. Il demanda à Viroupa, parce qu'il était un bouddhiste gentil et compassionné, de ne pas détruire l'autel. Viroupa répondit que parce qu'il était très gentil et compassionné il désirait mettre fin à ces pratiques de sacrifices d'animaux. A la place, il demanda que seul des sacrifices végétariens soient offerts, et que les assassina s'arrêta. Somnatha jura qu'il ferait ce que Viroupa lui avait commandé. Il est dit que Viroupa demeura en méditation profonde, figé dans la posture de retenir le soleil. Plus tard il posa en tenant un élixir particulier qui transforme tous les métaux en or. Il médita dans cette posture, et se transforma en rocher.

Un autel fut construit à cet endroit, et beaucoup de gens y convergèrent. Ils prenaient avec eux du métal pour qu'il soit transformé en or. Après deux ou trois générations, le roi local envoya l'un de ses serviteurs pour couper la main de la statue et la lui apporter, ainsi personne d'autre ne pourra faire de l'or à partir d'elle. A l'instant même où l'homme du roi toucha la statue, il mourut. Il ne put couper la main. On croit que l'autel existe encore quelque part à l'ouest de Goujarat, mais que Viroupa n'y est plus depuis longtemps reconnu. Il est dit que même aujourd'hui, quelqu'un avec une vision pure qui réciterait une prière spéciale pourrait voir Viroupa. Il existe encore une chose mystérieuse à propos de cette image de Viroupa. Il est dit que lorsque quelqu'un ayant la foi, qu'il soit grand ou petit, vieux ou jeune, se prosterne et offre des fleurs, il peut atteindre les genoux de la statue. Il est dit que les désirs de celui plein de croyance sont immédiatement exhaussés. Devant cette image il y a un bol en crâne qui ne déborde jamais, même si vous versez des centaines de gallons de vin dedans. Il est dit aussi qu'il y a un garçon muet surveillant le bol de crâne, qui est une émanation de Vajrapani.

Il existe une connexion spéciale entre Viroupa et Vajrapani, parce que Viroupa est l'énergie totalement réalisée du courage illuminé, et Vajrapani est le Bouddha de l'énergie. Il y a aussi une émanation de Vajrapani devant la statue, apparaissant parfois comme une lépreuse, parfois comme une muette. Ce sont les mystérieux compagnons de Viroupa. D'après les dires populaires, les gens voient une telle émanation partout où Viroupa va.


Il est dit que Viroupa ne mourut jamais. Il est apparu à de nombreux pratiquants de Lamdré à travers les siècles. Une histoire très convaincante concerne Sachen Kunga Nyingpo, l'un des cinq premiers maîtres Sakyapa, qui vécurent au onzième siècle. Viroupa vécut pendant le septième siècle, et six détenteurs de la lignée vinrent après lui. Le dernier des maîtres indiens qui vinrent véritablement au Tibet fut Gayadhara. Il donna les enseignements à Drogmi Lotsawa. Drogmi Lotsawa était le maître du père de Sachen Kunga Nyingpo. Mais Sachen ne rencontra jamais Drogmi. Tous ses enseignements étaient transmis de la manière la plus secrète de personne à personne. Il n'y avait pas de texte ou de livre à consulter à cette époque. Ainsi, si vous receviez des enseignements, vous pratiquiez. Si quelque chose arrivait à votre mémoire, vous n'aviez pas de chance. Un jour Sachen souffrit d'une maladie des poumons. Il était si malade qu'il ne put pratiquer pendant longtemps. En conséquence il oublia les enseignements. Il en fut véritablement déprimé, parce qu'il était le seul détenteur de la lignée. Il n'y avait personne à qui il put demander. Il n'était même pas censé prononcé le nom des enseignements. Alors il pria. Son maître, Zhangton Choebar était mort il y a longtemps. Une nuit il rêva qu'il vit son maître de derrière. Alors il pria avec plus de ferveur, et vit son maître arriver devant lui. Le matin suivant après qu'il ait vu le visage de son maître dans le rêve, il commença à se rappeler certains enseignements. Alors il pratiqua ce qu'il pouvait se rappeler. Son maître, Zhangton Choebar, avait été un yogi caché. Il avait l'habitude de faire des travaux manuels tel que pelleter le fumier, garder les troupeaux des gens et d'autres choses comme cela. La nuit il pratiquait. Il avait dit à Sachen qu'il ne devait pas mentionner ces textes avant dix-huit années, de même il ne devait pas écrire sur les enseignements, ni en parler à qui que ce soit. Il lui avait dit qu'il devait pratiquer seul. Après dix-huit années, il deviendrait l'unique possesseur des ces enseignements. A partir de là il ferait comme il voudrait. Il n'y aurait plus de restriction à partir de là. Mais Sachen l'avait oublié. Alors un jour alors qu'il pratiquait, toujours incapable de se rappeler tous les enseignements, il décida qu'il ne devait pas seulement appeler son maître, mais tous les maîtres de Lamdré y compris Viroupa lui-même. Il pria et pria. Un jour, Viroupa apparu. Il y a une terre à Sakya au Tibet qui est entourée de montagnes. Il vit Viroupa qui était debout entre deux montagnes, avec une jambe sur chaque. Sachen Kunga Nyingpo composa une eulogie en réponse à cette vision. Elle est toujours chantée par les croyants jusqu'à aujourd'hui. Elle sera chantée pendant les enseignements de Lamdré, au moins trois fois, pour évoquer la présence de Viroupa dans les enseignements. Il est dit que Sachen écrivit ces lignes alors qu'il était entrain de s'habiller. Il était en fait entrain de chercher sa cloche lorsqu'il chanta. Le ton évoque l'image de quelqu'un qui cherche quelque chose. Au moins, cela avait été le ton à l'origine. Mais les tons ont aussi tendance à changer. Peut être ne pourrions nous pas avoir le même sentiment de nos jours.

Viroupa resta dans la perception de Sachen pendant trois mois, alors que pour d'autres il était invisible. Il donna à Sachen l'entièreté de l'enseignement du Lamdré du début à la fin. Sachen retrouva complètement la mémoire qu'il avait perdu. Il devint ensuite le dépositaire du Lamdré.

Il écrivit onze commentaires à la demande de différents disciples, parce qu'il avait la permission de son maître d'écrire ce qu'il voudrait après que le temps fut passé. Tous les onze textes existent encore aujourd'hui. Ils sont conservés en tant qu'enseignements dorés de la tradition Sakyapa. La transmission de ces onze textes est donnée au cours des enseignements du Lamdré.


De Viroupa à nos jours il y a eu environ cinquante maîtres détenteurs de la lignée Lamdré. Assez souvent, il y à eu des signes très notables d'un maître particulier manifestant le même caractère et la même personnalité que Viroupa. Les pratiquants de Lamdré ne pensent pas que Viroupa s'en soit jamais allé. Il est constamment présent. Il existe un Gourou Yoga spécial que l'on peut recevoir pendant le Lamdré. Il est dit que s'il est invoqué, Viroupa apparaît aux pratiquants expérimentant des manques de mémoire, des inquiétudes ou des doutes. Le mot tibétain pour les biographies spirituelles des maîtres est nam than, ce qui signifie "complète libération". Simplement parce que nous pouvons être libérés en écoutant l'histoire de la vie d'un maître illuminé.

L'objet de raconter ces biographies consiste à inspirer les disciples qui autrement seraient léthargiques. De telles histoires démontrent que la libération est possible. Nous avons tous le potentiel pour atteindre l'illumination, à partir du moment où nous pratiquons assidûment. Parce qu'il existe des individus qui ont pratiqué si durement pour le bien des autres êtres, leurs vies méritent d'être racontées. Leurs histoires doivent être dites. Nous ne parlons pas ici d'histoires. Nous parlons d'hagiographie, ou histoire sacrée. Cela a à faire avec les expériences intérieurs et la réalisation.

Un important message pour nous tous est que chaque expérience que nous entreprenons signale des changements physiques et psychiques dans le corps, résultant d'un changement physique faisant que les veines se nouent ou se débloquent. En résultat, l'énergie circule ou ne circule pas. Il est dit que dans le corps il existe des veines de colère, des veines de pardon, des veines de compassion, d'amour et d'attachement. Notre air a tendance à circuler dans les zones particulières auxquelles nous sommes habituées. Nous répétons ces expériences chaque jour parce que nous n'avons pas d'autre façon de transférer l'énergie autre part. La plupart d'entre nous n'avons aucun savoir ou pratiques qui nous permettent d'activer d'autres veines. Il y a quatre mandalas à l'intérieur de chacun d'entre nous. Notre manifestation physique est basée sur un réseau de veines et d'artères. Celui-ci est recouvert d'os, de chair et de peau. Toutes les veines sont sous la forme de différentes lettres cosmiques. Pas les lettres particulières d'un langage donné, mais le son de ces lettres.

Ce sont des sons psychiques, illuminés que nous portons tous au fond de nous. Ils ont des formes particulières. Certains sont mal formés, en dépendance avec comment nous pensons à un niveau subtil. L'énergie qui réside dans ces veines est influencée par nos pensées. Notre façon de penser crée une réaction chimique particulière, et cette chimie remplit les veines. C'est l'esprit qui fait qu'elle stagne ou circule. Les expériences individuelles sont toutes des réflexions des quatre mandalas. En ce moment nous nous définissons en fonction de nos tendances habituelles. Nous désirons probablement boire notre thé ou notre café de la façon dont nous l'avons toujours fait. Nous ne pouvons pas imaginer prendre du plaisir dans un style différent. Nous limitons nos perceptions. Cela affecte les veines, l'énergie qui circule à l'intérieur d'elles, et par conséquence la conscience elle-même. L'initiation dans un mandala est une instrumentation qui altèrent ces limites et introduit des changements substantiels. Toute la confusion de Viroupa fut levée au moment où il reçut l'initiation d'un mandala complètement sanctifié. Chacun des mandalas des veines physiques est décrit dans la représentation picturale du mandala. Le mandala de la lettre de la veine est aussi dépeint avec les différentes syllabes-graines qui sont dessinées à l'intérieur. L'énergie qui circule dans chacune des lettres est représentée par des couleurs, des symboles, des lettres, des nombres et ainsi de suite. A l'intérieur de l'esprit humain ordinaire, il y a certains concepts qui semblent si réels, alors qu'en même temps d'autres sont absents. Toutes constructions ordinaires de la réalité sont détruites par le mandala. En conjonction avec l'initiation, la transmission des bénédictions et les expériences en relation, le mandala propose une complète nouvelle réalisation de la réalité et de la nature du soi. C'est seulement au travers de l'initiation que les bénédictions d'un tel mandala peut s'imprimer sur le flot de pensées d'un individu. L'initiation peut seulement être donnée et reçue lorsque le moment, le lieu et les circonstances sont appropriées. Seulement un maître illuminé et non controversé peut la donner. L'initiation n'est pas donnée à une large foule. Elle ne peut être reçue que par des disciples réceptifs par la vertu de leur croyance et de leur dévotion. Si la transmission a réussi, les disciples l’expérimenteront à un certain niveau. Cela peut être physique, mental ou verbal. Les gens qui reçoivent la forme physique de la bénédiction parfois sont parfois remués ou secoués. Ceux qui reçoivent la bénédiction verbale peuvent prononcer toutes sortes de mantra qu'ils n'avaient jamais entendu auparavant qui interdisent la perception de sons normaux. Lorsque le flot de pensées est béni, l'esprit est subjugué par une vision nouvelle de la réalité. L'initiation normalement utilise un mandala externe, généralement peint sur du sable ou une pièce de tissu. Lorsqu'un disciple a été initié, il doit se ré-initier chaque jours au travers de pratiques régulières. Finalement, cela l'amènera à la réalisation. Il est bien de se dire que le temps passé depuis la vie de Viroupa et les temps présents n'est que quelques centaines d'années. Il n'est pas un personnage d'un passé lointain. Dans tous les cas, la réalisation ne connaît pas de barrière de temps, d'espace ou de savoir. Lorsqu'un véritable dévot entend les mots de l'un des maîtres, il en sera profondément affecté. Un véritable disciple sera inspiré par l'écoute des hagiographies.


Une fois les enseignements biographiques donnés, le véritable enseignement commence. Cela comprend les trois visions et le Triple Tantra. Les enseignements des trois visions s'attachent successivement à la vision impure, la vision de l'expérience et la pure vision. Ils couvrent les dimensions de l'esprit et pourquoi il est vu ce qui est vu. Ils enseignent de quelles façons nos perceptions demandent de nos constructions physiques et de nos attitudes mentales qui les accompagnent. Si nous ne sommes pas content de voir certaines choses et de penser à certaines choses, comment pouvons nous nous arrêter ? Comment pouvons nous suspendre un mode de penser, d'agir et de parler qui ne nous aident pas ? Ma plupart des gens ne gagnent pas le contrôle sur leur corps, leur parole et leur esprit. Ils sont victimes de leurs circonstances passées et présentes. D'un autre coté, une fois qu'un disciple est initié, chaque jour de pratique offre l'opportunité de faire se dissoudre le passé en réalisant des activités illuminées. Lorsqu'on exécute la sadhana après avoir reçu l'initiation, la pratique permet de réaliser toutes les douze actions du Bouddha en une seule session. Cela purifie toutes les morts et tous les karmas des vies précédentes. Sa naissance, sa jeunesse, sa vie d'adulte, et même sa mort imminente sont purifiées.

Lorsque nous entendons des biographies, notre foi, ou notre manque de foi est mise au défi. Les croyons nous ? Pensons nous que ce sont seulement des stratagèmes fabriqués pour faire naître notre foi ? Quel intention y a t il derrière ? La façon dont nous réagissons en dit beaucoup sur le niveau que nous avons atteint. Pourquoi croyons certaines choses facilement, mais pas d'autres ? Cela en dit beaucoup sur nous aussi. Lamdré est un processus qui instille la foi et enlève les doutes. Le point principal n'est pas le détail de la biographie externe du maître. Il doit y avoir un impact spirituel. Cela doit modifier notre expérience. C'est la fonction d'une telle biographie. Si cela n'a pas d'effet sur nous, si nous restons aussi lourd qu'à l'habitude, cela signifie que nous n'avons pas de lien karmique. Mais si nous sommes inspirés par une biographie, c'est l'inférence d'un feu spirituel qui est entrain de s'enflammer. Certaines personnes mémorisent véritablement les biographies. Parfois en attendant les vies d'autres gens, quelque soit la richesse de notre propre expérience, peut amener une plus grande réalisation.

C'est parce que cela peut nous ouvrir à expérimenter autre chose que nous même. Regarder l'expérience des autres de notre point de vue peut être plus lumineux que de toujours regarder notre propre expérience de notre point de vue. On n’obtient pas facilement de telles biographies. Il nous faut plonger dans les écritures bouddhistes pour les trouver. Beaucoup d'entre nous trouvent que, peu importent les efforts que nous faisons et peu importe ce que nous réalisons, dans la vie nous ne nous sentons jamais satisfait. C'est pour beaucoup parce que nous négligeons de regarder à l'intérieur aux choses que nous possédons déjà. Nous avons tous à l'intérieur suffisamment de matériel brut pour produire des expériences illuminées. Il suffit seulement que cela rentre dans le mode correct. La pratique extrait le sens du matériel brut de nos vies.

Ils battent le lait de la vie pour en faire le beurre de l'illumination. Si nous avons soif d'un message spirituel, nous en recevrons un même en regardant des films, alors que des artistes recevront un message artistique. Le point c'est qu'il n'existe pas un message applicable à tout le monde. Il n'y a rien qui soit réel de façon inhérente et qui reste inaltéré. Nous devons être capable de démanteler les choses auxquelles nous sommes attachées.

L'histoire de Viroupa démontre que nous ne sommes pas ce que nous pensons être. C'est l'attachement à nos ego qui nous piège. Nous devons apprendre comment casser nos constructions existantes. Nous pouvons le faire en nous exposant à des constructions totalement différentes, qu'elles soient mondaines ou spirituelles.

La réalisation spirituelle peut naître des expériences d'une vie ordinaire. Imaginez l'expérience de Viroupa, un moine parfaitement ordonné fonctionnant entant qu'abbé et enseignant plein d'autres moines.

Soudainement, il devient quelqu'un qui semble avoir des qualités complètement opposées. Quel sorte de courage et de confiance faut il avoir ? Ou prenez la passion du jeune prince Siddhartha, s'enfuyant du palace où il était tant admiré et bichonné, pour vivre la vie d'un renonçant et d'un mendiant.

Les lignées Nyingma, Kagyu et Sakya retracent tous leurs enseignements des maîtres indiens. Les Kagyupas retracent depuis Naropa et Tilopa, les Nyingmapas depuis Padmasambhava.

Padmasambhava est un personnage historique qui non seulement devint le fondateur d'une lignée, mais de loin le plus important des premiers maîtres qui apportèrent le bouddhisme au Tibet. Bien qu'il ne soit pas l'un des quatre-vingt-quatre Mahasiddhas, il est connu pour avoir été un être grandement illuminé. La tradition Sakya, bien entendu, retrace sa lignée jusqu'à Viroupa et Drombi Heruka, puis Krishna qui transporta véritablement la lignée secrète. De Krsihna elle passa à Damaroupa, puis à Avadhutipa et enfin Gayadhara. Gayadhara fut le dernier enseignant indien de la tradition Lamdré qui vint au Tibet.

Les biographies, comme je l'ai dit plutôt, aident à inspirer les disciples léthargiques qui trouvent peu d'inspiration dans le monde autour d'eux. Aucune nouvelle tradition spirituelle n'est créée de nos jours.

C'est pourquoi il nous faut chérir et préserver ces histoires du passé, qui contiennent plus de bénéfice que ce qui est écrit aujourd'hui. Comment pourrions nous maintenir une tradition spirituelle sans connaître les vies et les expériences des maîtres passés. C'est la raison pour laquelle Lamdré consacre tant de temps sur ces biographies.


Traduit de l'anglais par Sönam