La Raison pour laquelle nous pratiquons la Méditation

le Très Vénérable Thrangou Rinpoché

Khenchen Thrangu Rinpoché

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Dans la propagation du Bouddhisme en Amérique, la lignée Kagyu était au premier plan de l’envoi de lamas. Parmi ces lamas, les trois grands propagateurs du dharma en Amérique furent Sa Sainteté le Gyalwa Karmapa, Son Eminence Kalou Rinpoché, et le Vidyadhara Chögyam Trungpa Rinpoché. Ce fut un grand malheur de perdre tous ces grands êtres dans les années 80, mais parmi les conséquences positives, il y eut un nombre important de remarquables lamas qui se sont proposés pour les remplacer et pour apporter de grands bienfaits aux êtres sensibles. Parmi eux, au premier plan, il y eut le Très Vénérable Khenchen Thrangu Rinpoché, abbé du Monastère de Rumtek dans le Sikkim, désigné par Sa Sainteté le Karmapa. Il est aussi l’abbé de ses propres monastères au Népal et au Tibet, de l’abbaye Tara -un Monastère pour femme au Népal, et, désigné par Chögyam Trungpa Rinpoché, de l’Abbaye de Gampo dans le Nova Scotia. En plus de tout cela, il a été très généreux et prévenant vis-à-vis des étudiants occidentaux, en leur enseignant intensivement le dharma à l’occasion de retraites et de séminaires partout dans le monde. Rinpoché enseigna à Seattle pour la première fois en mai 1996. Ce qui suit est une transcription de ces enseignements de la soirée du 24 mai.


J’aimerai commencer en vous remerciant tous d’être là ce soir. Je me rends compte que vous êtes venus à cause de l’intérêt pour, et le désir de pratiquer, l’authentique dharma, et par respect pour mon enseignement. Cela me rend très heureux, et je vous en remercie. Je me considère fortuné d’avoir une si grande opportunité de former une telle relation avec vous. Pour commencer, j’aimerai réciter une prière traditionnelle aux enseignants de ma lignée, et en le faisant, je vous invite à vous joindre à moi dans une attitude de confiance et de dévotion.


L’essence du dharma du bouddha, les enseignements du Bouddha, est la pratique. Et lorsque nous parlons de pratique, nous pensons pratique de la méditation, qui consiste soit en la méditation connue sous le nom de tranquillité, soit celle connue sous le nom de réflexion (insight). Mais dans tous les cas, il faut la mettre réellement en pratique. La raison pour laquelle nous pratiquons la méditation est d’atteindre le bonheur. Cela signifie des états de bonheur, à la fois dans le court et dans le long terme. En ce qui concerne le bonheur à court terme, lorsque nous parlons de bonheur, le sens que nous lui donnons repose sur l’une ou les deux choses suivantes, l’une est le plaisir physique, l’autre le plaisir mental. Mais si vous observez l’une ou l’autre de ces expériences plaisantes, vous vous rendez compte que la racine de l’une et de l’autre c’est d’avoir un esprit pacifié, un esprit libéré de la souffrance. Parce que tant que votre esprit est malheureux et sans aucune sorte de tranquillité ou de paix, peu importe la quantité de plaisir physique que vous expérimentez, cela ne prendra pas la forme du bonheur, en tant que telle. D’un autre coté, même si vous ne possédez pas la plus grande condition physique, si votre esprit est pacifié, vous serez quand même heureux. C’est pourquoi nous pratiquons la méditation, pour en partie en tirer le bénéfice à court terme d’un état de bonheur et de paix mentale. La raison pour laquelle la méditation nous aide en ceci, c’est que, normalement, nous possédons une énorme quantité de pensées, ou de nombreuses différentes sortes de pensées traversent nos esprits. Quelques unes de ces pensées sont plaisantes, même délicieuses. D’autres, néanmoins, sont déplaisantes, agitées, et soucieuses. Maintenant si vous examinez les pensées présentes de temps en temps dans votre esprit, vous verrez que les pensées plaisantes sont relativement peu nombreuses, à lors que les déplaisantes sont nombreuses – ce qui signifie que tant que votre esprit sera mené ou contrôlé par les pensées qui lui passent à travers, vous serez assez malheureux. Afin de reprendre le contrôle de ce processus nous commençons par la pratique de méditation de la tranquillité qui produit un état de base de contentement et de paix à l’intérieur de l’esprit du pratiquant.


Un exemple en est le grand yogi tibétain Jetsun Milarepa qui vécu dans les conditions les plus austères. Il vécu dans la plus complète solitude, dans des grottes et des montagnes isolées. Ces habits étaient très pauvres ; il n’avait pas de beaux habits. Sa nourriture n’était ni riche ni appétissante. En fait [pour un certain nombre d’années] il vécut simplement de soupe d’orties, avec pour résultat le fait qu’il devint physiquement très maigre, pratiquement émacié. Maintenant, si vous considérez seulement ses circonstances externes, l’isolation et la pauvreté dans laquelle il vécut, vous devez penser qu’il a du être très misérable. En fait, comme nous pouvons le dire à partir des nombreux chants qu’il a composé, parce que son esprit était fondamentalement apaisé, son expérience fut un évident délice permanent. Ces chants sont des chants qui expriment le plus grand état de délice ou de ravissement. Il vu chaque place ou il est allé, quelque soit le coté isolé et austère, comme beau et il expérimenta sa vie dans les plus grandes austérités comme excessivement plaisante. En fait, le bénéfice à court terme de la méditation est plus que simplement la paix de l’esprit, parce que notre santé physique dépend aussi, pour une bonne part, sur notre état d’esprit. C’est pourquoi, si vous cultivez cet état de contentement mental et de paix, vous aurez tendance à ne pas être malade, et vous aurez aussi tendance à guérir facilement si et quand vous devenez malade. La raison en est qu’une des premières conditions qui amène les états maladifs est l’agitation mentale, qui produit une agitation correspondante ou désordre des canaux et des énergies à l’intérieur de votre corps. Cela génère des nouvelles maladies, que vous n’avez pas encore expérimenté, et empêche aussi la guérison des anciennes maladies. Cette agitation des canaux et des vents ou énergies empêche aussi le bénéfice qui peut être obtenu des traitements médicaux. Si vous pratiquez la méditation, alors lorsque votre esprit s’assagit, les canaux et les énergies qui se déplacent à travers les canaux retournent à leur fonction correcte, avec pour résultat la tendance à ne pas être malade et vous êtes capable de guérir n’importe quelle maladie que vous auriez déjà. Il nous est possible d’en voir une illustration dans la vie de Jetsun Milarepa, qui était engagé dans les plus grandes austérités en ce qui concernait où il vivait, les habits qu’il portait, la nourriture qu’il mangeait, et ainsi de suite, très tôt dans sa vie. Et cela n’a effectivement pas endommagé sa santé, parce qu’il réussit à avoir une très longue vie, et fut extrêmement vigoureux et plein de jeunesse jusqu’à la fin de sa vie, ce qui démontre le fait qu’à travers une pratique de la méditation adéquate, la paix mentale et le contentement qui est généré calme ou corrige le fonctionnement des canaux et des énergies, permettant la guérison des maladies et leur prévention. L’ultime bénéfice à long terme de la pratique de la méditation est de devenir libre de toutes souffrances, c'est-à-dire ne plus avoir à expérimenter les souffrances de la naissance, la vieillesse, et de la mort. Maintenant, l’atteinte de la liberté est appelée, dans le langage commun à toutes les traditions bouddhistes, la bouddhéité, et dans la terminologie propre au vajrayana, la réalisation ultime, ou suprême siddhi. Dans tous les cas, la racine ou la base de cette réalisation est la pratique de la méditation. La raison en est, encore une fois, que nous avons beaucoup de pensées qui circulent à travers notre esprit, certaines sont bénéfiques – pensées d’amour, compassion, joie du bonheur des autres, et ainsi de suite – et beaucoup d’entre elles sont négatives – pensées d’attachement, aversion, jalousie, compétition, et ainsi de suite. Maintenant, il y a comparativement peu des premiers types de pensées et beaucoup du dernier type, parce que nous de si fortes habitudes qui se sont accumulées en nous depuis des périodes sans commencement. Et c’est seulement en enlevant ces habitudes négatives que nous pouvons nous libérer de la souffrance. On ne peut pas simplement enlever ces afflictions mentales, ou kleshas, en nous disant, « je ne génèrerai plus jamais d’affliction mentale, » parce que nous n’avons pas la liberté ou le contrôle d’esprit nécessaire sur les kleshas pour le faire. Pour les abandonner, il vous faut d’abord atteindre cette liberté, qui commence, d’après la voie habituelle, par cultiver la tranquillité. Maintenant, lorsque vous commencez à méditer, lorsque vous commencez à pratiquer la méditation de base de la tranquillité, vous risquez de vous rendre compte que votre esprit ne reste pas ainsi un instant. Mais ce n’est pas permanent. Cela changera au cours de votre pratique, et vous serez éventuellement capable de placer votre esprit dans le calme à volonté, jusqu’au moment ou vous aurez soulagé avec succès la perturbation manifeste de ces afflictions mentales ou kleshas. Sur cette base, vous pourrez appliquer la deuxième technique, qui s’appelle perception, qui consiste à apprendre à reconnaître et expérimenter directement la nature de votre propre esprit. Cette nature fait référence à la vacuité. Lorsque vous reconnaissez cette nature et vous reposez en elle, alors toutes les kleshas, toutes les afflictions mentales qui apparaissent, se dissolvent dans cette vacuité et ne sont plus des afflictions. Ainsi, la liberté, ou résultat, qui s’appelle la bouddhéité, dépend de l’éradication de ces afflictions mentales, et cela dépend de la pratique de la méditation.


La pratique de la tranquillité et de la perception est le chemin général commun aux voies des soutras et des tantras. Dans le contexte particulier du vajrayana, les techniques principales s’appelle l’étape de génération et l’étape d’achèvement. Ces deux techniques sont extrêmement puissantes et effectives. L’étape de génération fait référence à la visualisation de, par exemple, la forme d’un gourou de la lignée, la forme d’une déité ou yidam, ou la forme d’un protecteur du dharma. Maintenant, au début, lorsqu’on prend en compte ces techniques, il n’est pas inhabituel pour des débutants de penser, à quoi ça sert ? Eh bien, la raison en est que nous supportons et confirmons notre ignorance, notre souffrance et nos kleshas par la permanente création de projections impures ou d’apparences impures qui fabriquent notre expérience du samsara. Et dans le but de transcender ce processus, il nous faut transcender ces projections impures, en même temps que la souffrance qui l’accompagne. Une façon très effective de la faire consiste à les remplacer graduellement, remplacer ces projections d’impuretés avec des projections pures, basées sur l’iconographie des yidams, des dharmapalas, et ainsi de suite. En commencant à expérimenter le monde comme le mandala des déités et tous les êtres comme la présence de ces déités, vous vous entraînez graduellement à laisser partir les afflictions mentales, les projections impures, et vous créez l’environnement pour la manifestation de votre propre sagesse interne. Maintenant, tout cela arrive progressivement à travers la pratique de l’étape de génération. Les véritables déités qui sont utilisées peuvent varier d’apparence. Certaines sont pacifiées et quelques unes sont courroucées. En général, l’iconographie des déités courroucées souligne l’énergie intérieur de la sagesse, et celle des des déités pacifiées les qualités de l’amour/douceur et la compassion. Aussi, il existe des déités males et des déités femelles. Les déités males personnifient la méthode ou la compassion, et les déités femelles personnifient l’intelligence ou la sagesse. Pour cette raison, il est approprié d’exécuter ces pratiques de méditation sur les déités. Et parce que ces pratiques sont si dominantes dans notre tradition, si vous allez dans un endroit de pratique vajrayana ou un temple, vous verrez probablement beaucoup d’images de déités – des déités pacifiées, des déités courroucées, et des déités extrêmement courroucées. Et vous verrez beaucoup d’autels avec des offrandes très excentriques qui leur sont faites. Au début, si vous n’êtes pas habitué à tout ceci, vous pouvez penser, « Qu’est ce que c’est que tout cela ? » et vous pouvez ressentir, « ma foi, les pratiques de base de tranquillité et de réflexion ont beaucoup de sens ; et toutes ces déités, tous ces rituels, et tous ces instruments de musique excentriques ne sont pas du tout intéressants. » Néanmoins, chacun de tous les aspects de l’iconographie, et chacun de tous les instruments que vous trouvez dans une salle de méditation est là pour une raison spécifique. La raison en général en est que nous avons besoin de nous entraîner à remplacer nos projections d’impureté ou négativité avec une projection ou expérience de la pureté. Et vous ne pouvez pas simplement l’éviter, vous ne pouvez pas simplement vous en parler, parce que vous essayez de remplacer quelque chose qui est plus profond qu’un concept. C’est plus comme un sentiment. C’est pourquoi, dans la technique par laquelle vous remplacez cela, il vous faut générer un important sentiment ou expérience de l’énergie de la pureté, et pour le générer, nous utilisons des représentations physiques des offrandes, nous utilisons des instruments de musique dans le but de faire naître le sentiment de pureté, et ainsi de suite. En bref, tous ces instruments sont utiles dans la génération effective de l’expérience de la pureté.


C’est la première des deux techniques de la pratique vajrayana. La deuxième technique est appelée l’étape d’achèvement, et elle consiste en une variété de techniques associées, dans lesquels peut être la plus importante et la mieux connue sont mahamoudra et dzogchen ou « grande perfection ». Maintenant, de temps en temps, il semble que l’on présente dzogchen comme plus important, et parfois il semble que l’on présente mahamoudra comme plus important, le résultat est que les gens deviennent confus à ce sujet et ne sont pas sur de la tradition ou de la pratique qu’ils doivent poursuivre. A la fin, les pratiques dans leur essence et dans leur résultat sont les mêmes. En fait, chacune a une variété de techniques qui lui est propre. Par exemple, dans la pratique de mahamoudra, beaucoup de méthodes peuvent être utilisées, comme candali et ainsi de suite, et dans la pratique de dzogchen il y a aussi beaucoup de pratiques, telle que la culture de la pureté primordiale, la présence spontanée, et ainsi de suite. Mais, en fin de compte, la pratique de mahamoudra est toujours présentée comme un guide sur, ou une introduction à, votre esprit, et la pratique de dzogchen est toujours présentée comme un guide ou une introduction à votre esprit. Ce qui signifie que la racine de tout cela n’est pas différente, et que la pratique soit de mahamoudra soit de dzogchen génèrera un grand bénéfice. Ensuite, nous trouvons dans la Prière d’Aspiration de Mahamoudra du troisième Gyalwa Karmapa, Seigneur Rangjung Dorje, la stance suivante :


Cela n’existe pas, et n’a pas été vu, même pas par les Victorieux.
Ce n’est pas non-existant, c’est la base de tous les Samsaras et Nirvanas.
Ce n’est pas contradictoire, c’est la grande Voie du Milieu.
Puis je arriver à voir la nature qui se trouve au-delà l’élaboration.


Il s’agit là de la tradition de mahamoudra. Maintenant, dans l’Aspiration pour la Réalisation de la Nature de la Grande Perféction par l’omniscient Jigme Lingpa de la tradition dzogchen, nous trouvons la stance suivante :


Cela n’existe pas, cela n’a pas été vu, même par les Victorieux. Ce n’est pas non-existant, c’est la base de tous les Samsaras et Nirvanas. Ce n’est pas contradictoire, c’est la grande Voie du Milieu. Puis je reconnaître dzogpa chenpo, la Nature de l’assise.


En d’autres termes, ces deux traditions sont entièrement concernées par la reconnaissance de la même nature. Ainsi à la fois le bonheur à court terme et ultime dépendent de la culture de la méditation, qui du point de vue commun des soutras [point de vue tenu par toutes les traditions du Bouddhisme] est tranquillité et intuition, et du point de vue non commun du vajrayana sont les étapes de génération et d’achèvement. La méditation néanmoins dépend en partie sur la génération de l’amour/tendresse et la compassion. Ceci est vrai pour n’importe quelle sorte de méditation, mais est spécialement le plus vrai de la méditation vajrayana.. La raison en est que les pratiques spécifiques vajrayana – la visualisation des déités ou la méditation sur mahamoudra et ainsi de suite – dépendent sur la présence d’une motivation pure, dés le début, de la part du pratiquant. Si cette motivation pure ou motivation géniale n’est pas présente – et dans la mesure où nous sommes des gens ordinaires, il est bien possible qu’elle ne soit pas présente – peux de bénéfice en sera tiré. Pour cette raison, les pratiquants vajrayana essayent toujours de cultiver leur motivation, et essayent de développer la motivation qui est connue comme l’esprit éveillé, ou bodhichitta. Maintenant, pour vous donner une indication, si vous regardez la liturgie utilisée dans la pratique de vajrayana, vous verrez que de longues et insistantes formes de liturgies vajrayana commencent toujours par une clarification de, ou méditation sur, la bodhicitta, l’amour/tendresse et la compassion, la raison de cet état de chose c’est que ce type de motivation est nécessaire pour toutes les méditations, mais surtout pour la pratique de vajrayana. Le seul vrai sens que nous puissions donner à nous qui sommes nés sur cette planète – et particulièrement ceux nés comme être humain sur cette planète – et le seul résultat qui ait véritablement un sens que nous puissions montrer dans nos vies c’est d’avoir aidé le monde : d’avoir aidé nos amis, d’avoir aider tous les êtres sur cette planète autant que nous l’avons pu. Et si nous dévouons nos vies ou une part significative de nos vies à détruire les autres et à blesser les autres, si nous le faisons vraiment, nos vies auront été sans aucun sens. Ainsi si vous comprenez que la seule véritable raison d’être d’une vie humaine est d’aider les autres, faire profiter les autres, améliorer le monde, alors vous devez comprendre que la base pour ne pas blesser les autres mais leur faire bénéficier c’est d’avoir l’intention de ne pas blesser les autres et l’intention qu’ils en tirent bénéfice. Maintenant, la cause principale d’une intention ou d’une motivation aussi stable est la vraie culture de l’amour et la compassion pour les autres. Ce qui signifie que, lorsque vous vous trouvez plein de dépit et de malignité – et il n’est pas anormal d’être ainsi – il vous faut le reconnaître, et en être conscient pour ce que c’est, et le laisser partir pour tel. Ensuite, même si vous êtes libéré de dépit et de malignité, et que vous ayez le désire d’améliorer les choses, vous pouvez ne penser qu’à vous-même, vous pouvez ne penser qu’aider ou faire bénéficier seulement vous-même. Lorsque c’est le cas, il faut vous rappeler que la racine de ce type de mentalité, qui est en fait minable, limité et étroit, est le désire de victoire pour vous-même même en dépit de la souffrance et de la perte expérimentés par les autres. Dans ce cas, il vous faut progressivement augmenter votre sympathie pour les autres, et ainsi la culture de la bodhichitta ou l’altruisme en général pour motivation est un chemin essentiel pour amener du sens à votre vie. L’importance de l’amour et de la compassion n’est pas une idée particulière au bouddhisme. Tout le monde de part le monde parle de l’importance de l’amour et de la compassion. Il n’y a pas une voie qui dise que l’amour et la compassion soient mauvais et qu’il nous faille essayer de nous en débarrasser. Néanmoins, il existe un élément non commun dans la méthode ou approche prise sur ce sujet par le bouddhisme. En général, lorsque nous pensons à la compassion, nous pensons à une sympathie naturelle ou spontanée ou empathie que nous expérimentons quand nous percevons la souffrance de quelqu’un d’autre. Et nous pensons généralement à la compassion comme un état de peine, de tristesse, parce que vous voyez la souffrance de quelqu’un d’autre et que vous voyez la cause de cette souffrance et vous savez que vous ne pouvez rien faire pour enlever la cause de cette souffrance et par conséquent la souffrance elle-même. Ainsi, avant que vous génériez la compassion , une personne était misérable, après que vous ayez généré la compassion, deux personnes sont misérables. Cela arrive véritablement ainsi. Néanmoins, l’approche [que la tradition bouddhiste prend] de la compassion est un peu différente, parce qu’elle se base sur la reconnaissance que, qu’il vous soit possible ou pas de faire bénéficier l’être ou la personne dans leur situation et circonstance immédiate, vous pouvez générer la base pour son bénéfice ultime. Et la confiance en cela enlève la frustration ou la misère qui autrement affecte quelque part la compassion ordinaire. Lorsque la compassion est cultivée de cette façon, elle est expérimentée comme délicieuse plus tôt que misérable. La façon que nous avons de cultiver la compassion s’appelle l’incommensurable compassion. Et en fait, pour être précis, il y a quatre aspects à ce que nous appelons en général la compassion, qui s’appellent donc les quatre incommensurables. Maintenant, normalement, nous pensons à quelque chose qui serait mesurable, nous pensons incommensurablement vaste. Ici, la première connotation du terme n’est pas la vastitude mais l’impartialité. Et la raison de dire incommensurable compassion est la compassion qui ne va pas aider quelqu’un au dépend de quelqu’un d’autre. C’est une compassion ressentie comme égale pour tous les êtres. La base de la génération d’une telle compassion est la reconnaissance du fait que tous les êtres sans exception veulent ou ne veulent pas les mêmes choses. Tous les êtres, sans exception, veulent être heureux et veulent éviter la souffrance. Il n’y a pas un être nulle part qui désire souffrir. Et si vous le comprenez, et dans la limite où vous le comprenez, vous aurez l’intense désir que tous les êtres atteignent le bonheur qu’ils désirent atteindre. Maintenant, puisque l’expérience du bonheur et de la libération de la souffrance dépend de la génération des causes de celle-ci, alors la véritable forme que prend votre désir est que tous les êtres non seulement acquièrent le bonheur mais aussi les causes du bonheur, qu’ils ne soient pas seulement libérés de la souffrance mais aussi de ses causes.


Les causes de la souffrance sont fondamentalement la présence des afflictions mentales dans votre esprit – ignorance, attachement, aversion, jalousie, arrogance, et ainsi de suite – et c’est à travers leur existence que nous en venons à souffrir. Maintenant, en reconnaissant qu’il existe un chemin qui transcende ces causes de la souffrance – fondamentalement, en éradiquant ces causes à l’aide de la pratique de la méditation, qui peut ou peut ne pas arriver immédiatement mais qui est un processus définitif et utilisable – à travers cette confiance, cet amour – désireux que les êtres soient heureux – et la compassion de désirer que les êtres soient libérés de la souffrance, n’est pas du tout sans espoir ni frustrant. C’est pourquoi, l’amour sans limite et la compassion sans limite génère une joie sans limite basée sur la confiance que vous pouvez véritablement aider les êtres à se libérer. Ainsi l’amour sans limite est l’aspiration que les êtres acquièrent le bonheur et les causes du bonheur. La compassion sans limite ou l’incommensurable compassion est le désir que les êtres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance. Et la véritable confiance, et le délice que vous prenez dans cette confiance que vous puissiez véritablement le faire est la joie sans limite. Maintenant, parce que tout ceci est sans limite ou incommensurable ou impartial, ils ont tous une qualité, qui est l’équanimité. Ce qui revient à dire que si ils sont cultivés correctement, vous n’avez pas de l’amour pour un être et pas pour un autre, ou moins pour un autre ; vous n’avez pas de la compassion pour un être mais pas pour un autre, et ainsi de suite. Pour l’instant, normalement, lorsque nous expérimentons ces qualités, bien entendu, elles sont partiales ; elles sont tout sauf impartial. Dans le but d’éliminer la fixation qui est la cause de l’expérience de la compassion seulement pour certains et pas pour d’autres, vous pouvez vous entraîner à cultiver l’équanimité pour les êtres en reconnaissant qu’ils désirent tous la même chose et désirent tous éviter la même chose, et en agissant ainsi vous pouvez grandement augmenter ou améliorer votre amour- gentillesse et votre compassion. Ceci a été une brève introduction à la pratique de la méditation, et à comment entraîner et générer la compassion. Si vous avez des questions, s’il vous plait posez les.


Question : Bonjour. Rinpoché, pouvez vous un peu nous parler de la différence entre les projections pures et les projections impures, et en particulier, d’où viennent vraiment les projections pures ?


Rinpoché : D’abord, les projections impures est ce que nous expérimentons du à la présence dans nos esprits de kleshas ou afflictions mentales. Parce que nous avons des kleshas nous faisons l’expérience d’amis et d’ennemis – ceux auquel nous sommes attaché et ceux pour lesquels nous avons de l’aversion – nous expérimentons le délice et le dégoût et ainsi de suite. Et par toutes ces façons nous faisons l’expérience du monde – tous ces chemins que nous expérimentons en sont fondamentalement teinté, à la limite teinté de non-plaisir. Maintenant, ce que nous appelons apparence pure ou projection pure est basée sur l’expérience de la vraie nature ou pureté essentielle de ce que, dans la confusion, nous expérimentons comme étant les cinq types d’afflictions mentales, ou les cinq kleshas. La vraie nature de ces cinq kleshas est ce qu’on appelle les cinq sagesses. Par exemple, lorsque vous laissez tomber la fixation ou l’obsession sur un moi, ou sur votre moi, la nature fondamentale de la façon dont vous expérimentez est la similitude, un manque de préférence ou de partialité, qui s’appelle la sagesse de la similitude. Et lorsque vous reconnaissez la nature de toutes choses, cette reconnaissance qui prend place ou rempli toute votre expérience est appelée la sagesse du dharmadhatu, et ainsi de suite. Maintenant, lorsque vous faites l’expérience des cinq sagesses à la place des cinq kleshas ou des cinq afflictions mentales, au lieu de projeter toutes les impuretés sur la base de l’expérience des kleshas, vous projetez la pureté, ou vous expérimentez la pureté, qui est la véritable manifestation de ces cinq sagesses en tant qu’espace, que forme du bouddha, c’est ce qu’on appelle les apparences pures qui sont expérimentées par les bodhisattvas et autres. Dans le but de s’approcher de cela, afin de cultiver l’expérience de ces cinq sagesses, nous méditons sur les corps de ces bouddhas, les espaces, les palaces, et ainsi de suite. En générant la clarté de ces apparences visualisées et en les stabilisant, progressivement nous transformons comment nous expérimentons le monde.


Question : Bonjour, Rinpoché. En pratiquant la compassion, il existe la pratique de tonglen, qui est le donner et recevoir, prenant la souffrance de tous les êtres sensibles et leur donnant le bonheur et les mérites que nous possédons. Dans la pratique, je l’ai pratiqué auparavant, il semble que cela se passe bien pendant un moment, mais ensuite intervient un subtile sens du « Je » qui se faufile et dit, « je ne veux pas réellement prendre la souffrance, » ou c’est, « je ne peux pas fonctionner avec tant de personnes ayant le cancer, je ne peux quand même pas les prendre tous sur moi, » et on perd un peu de courage dans la pratique. Pouvez vous nous éclairer sur cette pratique, et sur comment dépasser ces obstacles et comment développer une pensée héroïque ?


Rinpoché : Ce que vous dites est très vrai, spécialement au début de ces pratiques. Et en fait, c’est parfait que ce soit expérimenté comme ça. Même si il existe une possibilité de dévier au degré ou vous êtes véritablement près à prendre sur vous la souffrance des autres au début, il y a quand même un avantage à continuer, parce que au moment où vous avez commencé cette pratique, vous deviez être tout à fait satisfait de vous-même. Et d’essayer même de tromper l’altruisme est un énorme perfectionnement. Mais cela ne reste pas non-sincère comme cela, parce que éventuellement les habitudes commencent à prendre de la profondeur et commencent à contrecarrer l’habitude de l’arrogance. Maintenant, si, lorsque vous commencez à pratiquer tonglen, vous vous sentez cent pourcent concerné par le bien être des autres et pas concerné par votre propre bien être, alors vous n’auriez pas besoin de pratiquer tonglen. Ainsi, cela a été conçus pour un pratiquant qui commence par un espace plein de suffisance et qui le conduit vers un espace concerné par les autres. Et, progressivement, en pratiquant, vous cultiverez véritablement le désire sincère de retirer la souffrance des autres et de l’expérimenter vous-même, vous cultiverez le véritable amour et la compassion pour les autres. Mais d’un autre coté, vous ne pratiquez pas dans le but d’être capable, à ce moment, de prendre la souffrance des autres et de l’expérimenter vous-même, vous le faite vraiment dans le but d’entraîner votre esprit. Et en entraînant votre esprit et en développant la motivation et le véritable désir de libérer les autres, le résultat à long terme est que vous ayez la possibilité de faire disparaître la souffrance des autres.


Question : Rinpoché, vous avez dit que nous pouvions ne pas être capable – que quelqu’un peut ne pas être capable d’affecter directement ou de retirer la malheur ou la souffrance d’une autre personne à court terme, mais que nous pouvions apprendre à générer les bases du bonheur d’un autre, le bonheur ultime. Pouvez vous en dire plus, s’il vous plait, sur comment quelqu’un peut générer les bases d’un bonheur ultime pour une autre personne ?


Rinpoché : Ma foi, la base directe d’établissement d’un autre être dans un état de liberté ou de bonheur, bonheur à long terme ou ultime, c’est d’être capable de leur montrer comment se débarrasser de leurs afflictions mentales et de leur apprendre à reconnaître et ainsi d’abandonner les causes de la souffrance. En faisant cela de cette façon, vous pouvez les établir progressivement dans le bonheur ultime. Mais même dans le cas où vous ne pourriez, pour une raison quelconque, le faire, en ayant l’intention de faire bénéficier les autres, lorsque vous-même commencez à être complètement libéré, vous serez capable de véritablement les aider et progressivement aussi bien les libérer et les protéger.


Question : Rinpoché, pouvez vous en dire plus sur la pratique du lâcher prise lorsque l’esprit est agité, comme vous l’avez décrit, et comme utilisé dans mahamoudra et dzogchen ? Lorsque je suis assis je fais l’expérience de mon esprit agité. Et il existe la pratique du lâcher prise. Et je me demandais si vous pouviez juste en dire plus d’une façon pratique.


Rinpoché : L’approche qui est généralement prise dans les traditions de mahamoudra et dzogchen s’applique lorsque vous observez la nature de votre esprit. Maintenant, les kleshas ou afflictions mentales sont des pensées, et les pensées sont le reflet naturel de l’esprit. Les pensées peuvent être plaisantes, neutres, ou déplaisantes, elles peuvent être positives ou négatives, mais dans tous les cas, quelque que soit le type de pensée qui s’élève, vous interagissez avec exactement de la même façon. Vous les regardez, simplement. En regardant les pensées, ou en regardant dans les pensées, ou en regardant la nature des pensées, est très différent de leur analyse. Vous ne cherchez pas à analyser le contenu des pensées, ni n’essayez de penser à la pensée. Vous la regardez simplement directement. Et lorsque vous regardez directement une pensée, vous ne trouvez rien. Vous pouvez penser que vous ne voyez rien parce que vous ne savez pas comment regarder ou vous ne savez pas ou regarder, mais, en fait, ce n’est pas la raison. La raison, d’après le Bouddha, c’est que les pensées sont vides. Et ceci est la base du sens de tous les différents enseignements sur la vacuité qu’il a donné, tel que les seize vacuités et ainsi de suite. Pour prendre la colère pour exemple, si vous deveniez en colère, et que vous regardiez directement la colère – ce qui ne signifie pas d’analyser le contenu des pensées de colère, mais vous regardez spécifiquement ces pensées de colère – vous ne trouverez rien. Et, lorsque vous ne trouverez rien, la qualité empoisonneuse de la colère d’une certaine façon disparaîtra ou se dissoudra. Votre esprit se détendra, et vous serez, au moins pour un instant, libéré de la colère. Vous pouvez ou pas, en ce moment, le comprendre, mais dans tous les cas, vous aurez la possibilité de travailler avec cette approche demain et les jours qui suivront, et d’ici quelques jours vous risquez d’en avoir quelques expériences. Maintenant nous allons conclure avec une brève dédicace. Mais je voudrais aussi vous remercier pour avoir démontré votre grand intérêt dans le dharma, et d’avoir écouté et posé vos questions.