Le miroir montrant avec clarté ce qui est à adopter et à abandonner

Instructions pour la sangha monastique et l’ordre des Vidyadharas
par Kyabjé Dudjom Rinpotché

Dudjom Rinpoché

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Om svasti prajnabhya !


Incomparable guide de cette ère heureuse, roi des Shakyas,
Incarnation de tous les bouddhas, Seigneur d’Oddiyana né dans un lac,
Roi et sujets, et tous les vidyadharas des lignées kama et terma –
A vous, ce champs parfait pour cumuler mérites et sagesse,
Respectueusement je vous rends hommage !


Deux communautés de pratiquants des sutras et des mantras, les moines à la tête rasée et les yogis aux cheveux longs,
Avec la vue de la Voie du Milieu et les règles du Vinaya,
Et l’union ultime des phases de génération et d’accomplissement,
la Grande Perfection –
Voici la grande tradition secrète des Anciennes Traductions du Pays des Neiges,


Avec ses six qualités de grandeur. Pour les vidyadharas qui ont pris ce chemin,
Avec ses enseignements de la transmission orale, les révélations des terma et des visions pures,
Je vais maintenant avec soin exposer quelques points de la conduite en terme d’instructions,
Décrivant ce qui doit être adopté et abandonné, chaque jour et pour les occasions spéciales,
Prêtez par conséquent attention avec un esprit clair et attentif.


Le suprême érudit Vasubandhu a dit :
L’enseignement des Bouddhas comporte deux aspects,
Les éléments des Ecritures et la réalisation.
Ils sont uniquement maintenus à travers l’enseignement
Et à travers la pratique (1).
Comme il est dit, il incombe aux détenteurs des enseignements ou aux membres de la sangha la responsabilité d’assurer que les précieux enseignements bouddhistes, sous leurs deux aspects d’Ecritures et de réalisation, ne dégénèrent pas mais continuent d’exister encore longtemps en ce monde.


La sangha possède deux communautés, les disciples à la tête rasée des soutras et les pratiquants de mantrayana aux cheveux longs. Ces deux groupes ont été établis par un décret spécial lorsque sur la terre sombre du Tibet, l’abbé Shantaraskshita, le maître Padmasambhava et le roi Trisong Detsen firent rayonner la lumière des enseignements bouddhistes, nous transmettant ainsi cette expression bien connue «  deux communautés de sangha honorées par le roi ». Elles continuent jusqu’à ce jour d’exister côte à côte. Bien qu’il existe quelques menues divergences entre elles quant à l’apparence extérieure, la tenue entre autres, basées sur la manière spécifique dont les vœux sont pris, il n’y a pas de différences dans leur pratique associant soutras et mantras, ainsi que dans le maintien des trois catégories de vœux pour développer les qualités intérieures de la réalisation.


Respectant leur façon de pratiquer, le grand maître Padmasambhava, tel un second Bouddha, a dit :


Extérieurement, pratiquez selon les soutras,
Soyez méticuleux quant au lien de cause à effet et quant à ce que vous adoptez ou évitez.
Intérieurement, pratiquez selon les insurpassables Mantras Secrets,
Il est important d’associer génération et réalisation.
Secrètement, pratiquez selon le grand secret Atiyoga,
Et parvenez à la libération dans un corps de lumière en une seule vie.


Quand on s’embarque sur la voie bouddhiste, il est important que les bonnes conditions auspicieuses soient établies avec un maître, alors commencez avec la cérémonie du rasage de la tête en prenant les vœux de refuge devant un authentique maître spirituel. Si vous prenez l’ordination monastique, vous devez recevoir les vœux de novice ou être directement ordonné moine ou nonne – en fonction de votre âge et de votre capacité – devant une assemblée comprenant l’abbé, acharya, et le nombre requis de membres de la sangha monastique dans la lignée interrompue de l’ordination depuis le grand abbé Shantaraskshita. Même si vous êtes un pratiquant des mantras (ngakpa), il vous faut toutefois observer les trois catégories de vœux ; prenez alors les vœux de pratiquant laïque (upasaka) en fonction de votre propre capacité. Ainsi sur cette base, prenez les vœux de bodhisattva selon l’une ou l’autre de ces deux traditions, mais de préférence suivant l’approche de la Voie du Milieu, puis en pénétrant l’un des grands mandalas et en recevant les quatre initiations dans leur entièreté, vous posséderez toutes les trois catégories de vœux. Cependant, il n’est pas suffisant de recevoir uniquement les vœux ; vous devez vous efforcer de maintenir les engagements pris, et ne pas leur permettre de dégénérer. La manière de les préserver est décrite dans les différents textes sur les trois catégories de vœux. Il est important que vous appliquiez ce qui est enseigné à votre propre esprit et que vous le ressentiez dans votre cœur pendant la pratique.


Un résumé des points clefs est donné dans le discours suivant de notre maître compatissant Bouddha :

Ne commettez pas la moindre mauvaise action,
Cultivez à profusion la vertu,
Pour apprivoiser complètement cet esprit qui est le nôtre –
Ceci est l’enseignement des bouddhas.
La fondation est une intention pleinement pure et noble ainsi qu’une sincère confiance en les Trois Joyaux. Par conséquent :


- Abandonner entièrement toutes les intentions et actions négatives du corps, de la parole et de l’esprit pouvant causer de la souffrance chez autrui est l’essence de la pratimoksha, ou vœux de la libération individuelle.
- Pratiquer sans réserve tous les types de vertu apportant un bénéfice à autrui est l’essence des vœux de bodhisattva.
- A la racine de ces deux voeux est l’apprivoisement de son propre esprit indiscipliné par l’intermédiaire de l’attention, de la vigilance et de la conscience, ainsi que l’apprentissage à reconnaître la toute compatissante pureté de l’apparence et de l’existence. Ceci est l’essence des vœux des Mantra Secrets.


Voici comment pratiquer en associant les points des trois catégories de vœux en une seule instruction essentielle.


Plus simplement, au moment où vous entrez dans le Dharma et devenez un pratiquant du Dharma, votre attitude intérieure et votre conduite extérieure doivent de loin surpasser celles d’une personne ordinaire. Tel qu’il est dit :


Le signe du vrai savoir est un tempérament paisible,
Et le signe d’avoir médité est moins de souffrances.


Si au contraire, votre attitude et votre conduite ne sont pas même un peu meilleures que celles d’une personne moyenne aux prises avec les occupations de ce monde, vous pouvez juste vous considérer comme un simple érudit parce que vous avez une quelconque compréhension intellectuelle de certains textes. Ou bien vous pouvez penser que vous êtes un moine parfait simplement parce que vous restez célibataire. Ou encore parce que vous savez comment réciter quelques textes de rituels, vous commencez à vous prendre pour un ngakpa. Ce ne sont que des cas de pure arrogance, démontrant que même avec le Dharma on peut échouer dans la mauvaise direction. Ainsi que l’a proclamé l’incomparable Dakpo Lharjé (Gampopa) :


Quand on ne pratique pas correctement, même le Dharma peut vous catapulter dans les royaumes inférieurs.


Il est dit généralement, que pour ceux qui suivent la voie du Dharma, la source du savoir réside dans la lecture et l’écriture, et qu’à partir du plus jeune âge, on s’entraîne donc à ces disciplines. Alors, il faut s’intéresser aux sciences générales et fournir un grand effort dans l’étude et la contemplation des principes singuliers des soutras et mantras et ainsi de suite, jusqu’à parvenir à une bonne compréhension des points clefs, sans se soucier du temps que cela prend.


En particulier, dès que vous rejoignez une communauté de la sangha des pratiquants monastiques qui maintiennent les enseignements, vous devez vous efforcer de garder une attitude positive et une conduite pure, en servant les maîtres et les enseignements, en purifiant vos propres obscurités et en accumulant mérites et sagesse, afin de devenir une inspiration pour les générations à venir. Comme il est dit habituellement :


Pour ceux ayant la foi, une source d’inspiration.
Pour le riche, un champs pour cultiver le mérite.


Exercez-vous et étudiez en profondeur, en mémorisant les textes des pratiques quotidiennes, en apprenant comment dessiner les mandalas pour les rituels des mantras, en apprenant comment faire et décorer les tormas et autres offrandes, en apprenant les danses monastiques et les airs des récitations liturgiques, mais aussi en apprenant à jouer de divers instruments et ainsi de suite, afin de devenir compétent. Il est en particulier important que ceux qui ont la responsabilité de maintenir les traditions de la pratique – le maître vajra, le chef de la récitation, le maître des rites (chöpön), l’intendant des rituels … – s’exercent afin de devenir suffisamment familiers pour pratiquer selon la tradition authentique.


En ce qui concerne la conduite, que vous soyez moine, ngakpa ou nonne, il reste fondamental de vivre selon le précepte «  Apprivoiser son esprit est l’essence du Dharma. ». La plus grande bonté que l’on puisse démontrer est de pratiquer consciencieusement suivant les instructions des enseignements suivis. Evitez de vous comporter de manière opposée, en n’étant pas sincère avec vos vœux et vos engagements, en développant attachement et agression envers les compagnons pratiquants, ou en polémiquant avec les supérieurs et les inférieurs, avec les autres groupes ou avec ceux qui ont des vues différentes. En fait, le plus important est que, de la même façon que vous éviteriez de boire du poison, abandonnez entièrement tout ce qui nuit aux enseignements, toute dispute, distension et tout ce qui est négatif et qui pourrait vous faire encourir la sévère punition des dakinis et des protecteurs du Dharma qui possèdent les yeux de la sagesse.


Laissez tranquille les khenpos, les enseignants et les lamas avancés ; vous devez faire preuve de respect à l’égard de tous ceux qui sont vos aînés en terme de préceptes ou de savoir, montrez votre bonté et votre affection aux étudiants plus jeunes, et comportez-vous uniquement de manière amicale et agréable avec tous les compagnons du Dharma. Il est inacceptable de critiquer ou de parler durement l’un de l’autre, de semer la discorde ou même de prononcer toute parole pouvant créer la disharmonie au sein de la sangha.


Evitez d’utiliser des offrandes dédiées aux Trois Joyaux pour votre propre usage, car cela engendre de terribles conséquences karmiques. Ne sortez pas sans porter la robe monastique appropriée. Abandonnez totalement toute forme de comportement déshonorant, comme jouer à des jeux au sein du monastère, parier, rire bruyamment, fumer, priser du tabac, hurler, se disputer et se battre, errer dans les rues et s’impliquer dans des affaires ne vous concernant pas. Faites attention à vous conduire selon le Dharma que vous soyez à l’extérieur en public ou sur les chemins à l’intérieur du monastère, et ne vous engagez pas dans des activités ordinaires, comme la couture ou la menuiserie sauf si elles sont pour la sangha ou le monastère.


Nul besoin d’ajouter que ceux qui ont pris l’ordination monastique ne sont pas autorisés à consommer de l’alcool, même de la quantité d’une goutte de rosée sur un brin d’herbe, et les ngakpas également n’ont pas le droit de boire plus d’un verre (2) par jour. Comme il est dit :


Les pratiquants de mantras ivres d’alcool
Iront rôtir dans l’Enfer Terrifiant.


La viande qui est une nourriture malsaine, doit être évitée le plus possible. Il est particulièrement important de s’en abstenir quand c’est la coutume locale, et elle devrait définitivement ne pas être servie durant les grandes assemblées.


Les khenpos qui maintiennent le vinaya, les maîtres vajra qui dirigent les pratiques vajrayana, les chefs de récitation, les maîtres de la discipline, ceux qui sont chargés des instruments rituels, les secrétaires des finances, les intendants et cetera doivent entreprendre les tâches pour lesquelles ils sont responsables sans aucune duplicité ni hypocrisie.
Si quelqu’un ayant des responsabilités tombe malade et doit se faire excuser, il faut en conséquence trouver un remplaçant. Quand un compagnon membre de la sangha est souffrant, les soins nécessaires et le soutien médical doivent être fournis, et si jamais l’un de la sangha s’éteint, les rites funéraires et les pratiques adaptées à l’accumulation de la vertu doivent être réalisées de manière adéquate en fonction des membres disponibles.


Ne gaspillez rien, jusqu’à du fil et une aiguille, partie intégrante de la propriété commune de la sangha. Faites tout particulièrement attention au matériel des offrandes, aux instruments de musique, aux coussins, aux ustensiles de cuisine notamment, afin que rien ne soit endommagé ou cassé. Si quelque chose est perdu ou cassé, il faut le remplacer. Vous paierez pour que tout dommage mineur soit réparé. Les gens travaillant dans le monastère doivent garder le temple, les lieux communs ainsi que les sols propres et bien maintenus pour qu’ils restent une inspiration pour eux-mêmes et les autres. Le maître du rituel et les assistants prendront soin de fabriquer et de décorer les offrandes tormas et ainsi de suite, selon la tradition adéquate, en préparant les offrandes de la meilleure façon qu’il soit, en n’employant que des ingrédients purs et propres, et en nettoyant et retirant tous les matériaux et ustensiles utilisés. Les cuisiniers et ceux travaillant en cuisine doivent garder le lieu propre et hygiénique et servir la nourriture aux moments appropriés.


Les khenpos, acharyas et tous ceux qui ont des positions d’ancienneté et de bonnes réputations de service ne doivent pas essayer de solliciter la gratitude d’autrui en faisant remarquer les bonnes choses qu’ils ont faites et améliorées. Les membres plus récents de la sangha doivent reconnaître la bonté de ceux exerçant l’autorité et leur montrer du respect. En outre, quel que soit le domaine, il faut ignorer ceux qui montrent le mauvais exemple et suivre uniquement ceux qui montrent les bons. Telles sont les instructions générales pour les communautés du Dharma.


Instructions pour le comportement quotidien des membres de la sangha.

Au lieu de paresser confortablement au lit, levez–vous aussitôt que la cloche de l’aurore retentit, et pratiquez le ngöndro, récitez les autres prières quotidiennes et accomplissez la sadhana de votre déité yidam choisie. Lorsque le jour perce, nettoyez, rangez votre chambre, puis rejoignez la classe ou le groupe de pratique. Quand la classe ou le groupe de pratique se termine, retournez calmement dans votre chambre sans errer en vain là où vous auriez envie. Lorsque la cloche de la méditation du soir sonne, la porte principale doit être fermée, et chacun doit pratiquer dans sa propre chambre, en offrant des prières aux protecteurs du Dharma entre autres et en étudiant le plus possible. Ensuite, à la fin de la veille de nuit, pratiquez le yoga du sommeil, et lorsque vous vous réveillez à nouveau le matin, pratiquez le yoga de l’émergence du sommeil et faites toutes les pratiques mentionnées ci-dessus.


Rassemblements majeurs.

Accomplissez les pratiques selon la tradition pour chacune des grandes occasions, y compris les cinq jours spéciaux de chaque mois (3) et les cinq principaux anniversaires de l’année, le festival des miracles (Chotrul Düchen), le quinzième jour du quatrième mois (Saga Dawa Düchen), le dixième jour (de l’année) du mois du singe (4), le quatrième jour du sixième mois (Chökhor Düchen), le vingt-deuxième jour du neuvième mois (Lhabab Düchen) et le festival du douzième mois, ainsi que toute pratique spéciale drupchen ou drupchö.


De plus, quand un bienfaiteur parraine la pratique d’une journée, le maître vajra, le chef de récitation, le maître de la discipline et le responsable des finances doivent se réunir avant la pratique et discuter de ce qui est nécessaire. Cela doit être ensuite communiqué au chöpön un jour avant la pratique afin que toutes les offrandes puissent être préparées et arrangées de manière simple ou élaborée, et de façon appropriée. Ils définiront également la durée de la pratique du jour, selon la longueur de la récitation entre autres.


Instructions pour la véritable pratique.

On souffle la première fois dans la conque pour informer chacun du commencement de la pratique. Au second retentissement, ceux qui vont se joindre à la pratique se rendent à la porte de la salle de l’assemblée et ôtent leurs chaussures. Mettant avec respect leurs zens sur leurs avant-bras, ils entrent rangée par rangée et après s’être prosternés, restent debout derrière leur place. Au troisième retentissement de la conque, aussitôt que l’acharya vajra prend place, toute l’assemblée s’installe, en respectant le moment pour s’asseoir en fonction de l’ancienneté en terme de préceptes et de savoir. Alors, le chef de récitation commence.


Si les moines et ngakpas pratiquent séparément à leurs places respectives, ce qui suit n’est pas significatif, mais lorsque les monastiques et les ngakpas pratiquent ensemble, les moines et les nonnes doivent s’asseoir devant les ngakpas, en face de l’assemblée, en tant que marque de respect. Dans leurs rangs respectifs, les pratiquants doivent se tenir droits, les jambes croisées, sans s’appuyer, sans bouger, sans se blottir les uns contre les autres, sans plaisanter, ni tomber de sommeil ou encore se lever et partir avant la fin de la session.


Celui qui arrive en retard lorsque le maître de la discipline fait l’appel, mais avant que la cérémonie véritable ne débute, doit offrir dix à trente prosternations dans l’allée centrale en guise de confession. Celui qui arrive après que la partie principale de la pratique ait commencé, doit en faire entre trente et cinquante. Ceux qui arrivent encore plus tard se prosternent entre cinquante et cent fois en fonction des circonstances. Les ngakpas ne sont pas autorisés à emmener leurs enfants dans la salle de l’assemblée.


En général, quelle que soit la pratique réalisée, que ce soit une pratique sutrayana ou mantrayana, il faut l’accomplir correctement selon les textes et sans mélanger les éléments des soutras et des mantras.


Seuls les bols traditionnels et des vêtements blancs de la taille d’un pied peuvent être apportés à l’intérieur de la salle de l’assemblée, mais aucun récipient ni corbeille de nourriture d’aucune sorte. La bonne manière d’offrir et de recevoir le thé et la thukpa entre autres doit être apprise en observant les moines plus avancés. Cela doit être fait au bon moment, ni trop tôt ni trop tard.


Quand vous récitez, évitez de déformer les mots et de réciter plus vite ou plus lentement que les autres. Ne vous faites pas remarquer en récitant plus fort, mais récitez de manière égale et douce, dans une tonalité ni trop haute ni trop basse. Généralement, pour les « rituels des tambours », seul le maître vajra possède un vajra et une cloche. Pour les pratiques calmes ou les «rituels des cloches », tout ceux exécutant la pratique principale doivent être en possession d’un vajra et d’une cloche.


Quand vous quittez l’assemblée, faites-le tranquillement et de manière ordonnée, sans sauter, ni courir, ni pousser ou bousculer. Sortez rangée après rangée, en débutant par la dernière, et lorsque les prochaines sessions commencent, entrez dans le bon ordre, avec d’abord ceux s’asseyant devant.


Toute prière récitée pour les vivants et les défunts qui ont demandé refuge, annoncée par le maître de la discipline, doit ne pas être trop courte.


Pour les pratiques telles que les rituels rapides (nyungne) et de Tara, qui appartiennent au tantra kriya ou charya, il ne faut pas utiliser le damaru, la trompette en os de fémur (kangling) ni aucun tambour contenant les dharanis de l’insurpassable niveau des Mantra Secrets.


Lorsque vous pratiquez un quelconque rituel mantrayana, il faut s’appuyer sur les «quatre portes » suivantes mentionnées dans les textes des Mantra Secrets :


- la porte de la récitation pour la visualisation authentique
- la porte du mantra secret pour invoquer l’esprit de sagesse
- la porte du samadhi pour la concentration en un point
- la porte des moudras rituels pour transmettre le sens symbolique.


Lorsque que vous êtes assis dans l’assemblée, restez bien droit afin que les points vitaux du corps soient droits et que l’énergie subtile interne circule correctement. Les bonnes conditions pour la visualisation authentique sont ainsi créées. Réciter les mots du texte à une allure égale, ni top lentement ni trop rapidement, et utiliser les mélodies transmises par les grands vidyadharas du passé génèrent les conditions spéciales pour développer la clarté de la visualisation et pour accomplir toutes les qualités de la concentration méditative. Exécuter la récitation du mantra dans le bon ordre, selon le texte, permet d’invoquer l’esprit de sagesse de la déité. Pendant que vous récitez, si vous tenez votre mala dans la main gauche au niveau du cœur lorsque vous comptez, cela apporte de la clarté dans la visualisation du mantra répété. Chaque fois que vous exécutez les moudras au moment de l’offrande et des louanges entre autres, cela représente l’aspect du mouvement rituel avec un sens symbolique.


Quand les rituels des mantras sont accompagnés de musique, ce n’est pas pour les rendre plus attrayants ou plus impressionnants. Le grand maître Guru Rinpoché a dit :


Utiliser la musique dans les Mantra Secrets invoque rapidement les bénédictions.


Si les façons de réciter et de jouer de la musique venant des vidyadharas du passé sont maintenues correctement, elles apporteront de grandes bénédictions. Sinon, faire juste du bruit en récitant le texte sur toutes sortes de mélodies et en jouant divers instruments de musique sans véritablement suivre aucune tradition authentique est appelé «  Mantras Secrets s’égarant dans l’occultisme » et est à éviter.


Quand vous utilisez le vajra et la cloche, il faut tenir le vajra dans la main droite au niveau du cœur. La cloche doit être dans la main gauche pas plus haut que le niveau de l’aisselle gauche et alignée sur le poumon gauche. Lorsque vous faites retentir la cloche, faites le doucement avec le pouce et l’annulaire, et non avec la main entière. Pour l’exécution des moudras, vos mains doivent rester au niveau du cœur, en prenant soin de faire le moins de bruit possible avec la cloche. Quand vous posez le vajra et la cloche, le visage de Vairochana sur la poignée doit faire face au vajra. Il faut jouer du damaru lentement et doucement aux moments appropriés, en même temps que les cymbales rolmo. Quand le damaru intervient en même temps que la récitation du texte, on en joue sans la cloche. Quand on utilise les cymbales rolmo, il est nécessaire de garder le bras gauche contre le corps et de lever juste un peu la main droite, pas plus de quatre doigts de largeur. Les cymbales ne doivent pas être positionnées exactement l’une au-dessus de l’autre; il faut qu’elles se chevauchent légèrement pour former un croissant. Les cymbales silnyen sont utilisées de la même manière, à part qu’elles sont placées en position verticale. Quand on joue du tambour, la poignée de la baguette doit être tenue au niveau du cœur, et le tambour frappé doucement, ni au centre ni au bord. Tel qu’il est dit :


Ne pas remuer l’océan dans ses profondeurs.
Ne pas frapper le lion des neiges sur ses joues.


Il est dit également que le son de la récitation ne doit pas couvrir celui du tambour, et que le son du tambour ne doit pas couvrir la récitation, ce qui signifie qu’il faut frapper le tambour de manière égale et douce.


On joue de la trompette en os de fémur (kangling) à l’occasion d’ «éclatement », de «  tonnerre » ou de «fureur impressionnante » (5) en même temps que les cymbales rolmo. Le nombre de fois où il faut souffler est connu grâce à l’observation et à l’instruction. Les longues trompettes (dungchen) et les hautbois (gyaling) sont aussi utilisés avec les cymbales rolmo, selon l’enseignement que l’on a reçu. A part lorsqu’on en joue pour de bonnes raisons après la pratique, ils doivent s’arrêter juste un peu avant les cymbales rolmo. Il en est de même pour la conque, sauf qu’ils ne sont utilisés seulement que lors des « éclatements » et « éjections» (6).


Généralement, l’acharya vajra et le chef de récitation doivent décider de la longueur d’une pratique ainsi que des détails de la récitation et de la musique avant la pratique elle-même. La partie principale de la pratique sera réalisée à une allure modérée, ni trop lentement ni trop rapidement. Le maître du rituel (chöpön) doit exécuter ses tâches convenablement, sans erreur, selon les instructions énoncées dans les textes et aux moments propices. Il faut servir le thé et la thukpa quand le signal est donné par le maître de la discipline. Les serveurs serviront selon l’ordre des rangs, sans commettre aucune faute comme renverser, laisser tomber quoi que ce soit sur le sol, et ensuite nettoyer. Il demeure essentiel que tout soit pratiqué correctement et soigneusement en accord avec les traditions transmises par les grands maîtres du passé, sans détour et sans faire les choses avec négligence et au hasard.


De cette façon, l’assemblée entière du chef de récitation, maître du rituel, maître de la discipline, moines expérimentés, cuisiniers, serveurs de thé, intendants, nettoyeurs et cetera, tous présidés par le maître vajra, doivent travailler ensemble, chacun réalisant son travail correctement, comme indiqué ici, et sans tout laisser à une ou deux personnes. Lorsqu’une longue pratique comme un drupchen se déroule sur plusieurs jours, aussitôt que les participants ont pris place, le maître de la discipline doit offrir des prosternations depuis la fin de la rangée et lire ces instructions à haute voix clairement et sans erreur, afin que les personnes soient encouragées à pratiquer convenablement, en maintenant les traditions du passé.
Tous les bénéfices et le bonheur viennent des enseignements des bouddhas,
Qui à leur tour dépendent des communautés qui les préservent,
Puisse ainsi la sangha enseigner et pratiquer les soutras et les mantras,
Afin que le monde entier devienne un lieu de parfaite beauté !


Ceci a été écrit à la requête d’un groupe d’étudiants de Jikdral Yeshe Dorje, disciple du Bouddha Padmasambhava, qui a beaucoup étudié et exposé la philosophie, et qui est également un pratiquant bouddhiste laïque et un vidyadhara.
Puisse ceci être une cause d’étude et de pratique des précieux enseignements de l’Ecole de l’Ancienne Traduction afin qu’elle prospère et se propage!



1- Abhidharmakosha VIII, 39. (retour)

2- Littéralement ‘une coupe en forme de crâne’ ou kapala (retour)

3- Les 8ème, 10ème, 15ème, 25ème et 30ème jours de chaque mois tibétain. (retour)

4- Gyurme Dorje et Matthew Kapstein dans Nyingma School of Tibetan Buddhism, vol. 2, p. 99, n. 1393 écrivent: “…selon le nouveau calendrier Phukpa de la tradition Mindröling, le mois du singe est le cinquième, et le système plus ancien de Tshurpu and Phakpa systems le classe comme le septième.” (retour)

5- Le sens de ces termes dans ce contexte n’est pas clair. (retour)

6- Ici de nouveau, le sens n’est pas clair. (retour)


Traduction anglaise d’Adam. Avec ses nombreux remerciements à l’attention de Khenpo Dorje pour ses clarifications détaillées.