Serta Rinpoché

Serta Rinpoché

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L'Immuable Pilier de Vajra


Biographie

Né en 1891 dans la région de Serta, au coeur du pays golok (Tibet oriental), Péma Loungtok Gyatso est communément connu sous le nom de Golok Serta Rinpoché ou simplement Serta Rinpoché.


à l’âge de 8 ans, son père, Sönam Dorjé, le présenta au grand tertön Dudjom Lingpa qui lui donna sa bénédiction. Entré au monastère de Shichen, l’enfant étudia aux pieds de Goser Önpo Khyenrab Gyatso Rinpoché. Celui-ci lui transmit les cycles d’enseignement du Namchö, du Shithro, de Longsel Nyingpo et de Dudul Dorjé qui relèvent de la tradition de Kathog. étant également un proche disciple de Dudjom Lingpa, il lui conféra le cycle d’enseignements de Thröma Nagmo et le jeune moine acheva les 500.000 accumulations des pratiques préliminaires dans l’ermitage de Shoukgang où il put rester deux ans environ.


Péma Loungtok Gyatso était attiré par la vie d’ermite car il trouvait que le monastère était une source trop importante de distractions pour la pratique spirituelle et il ressentait cela d’autant plus fort qu’il s’était vu confier la tâche d’intendant. Comme on lui refusait le droit de rester à l’ermitage, il demanda discrètement à Önpo Rinpoché la permission de quitter le monastère pour consacrer sa vie à la méditation dans le style des yogis sans attache. Voyant sa détermination, son maître lui accorda la permission de partir.


C’est ainsi qu’en 1910, il entreprit un pèlerinage vers le Tibet central. En chemin, il rencontra Adzom Droukpa Rinpoché et resta trois mois dans son campement. Le fils de ce grand maître devant se rendre à Lhassa avec d’autre tulkous et lamas, Serta Rinpoché se joignit à leur caravane. Ils rendirent ensemble visite à Tokden Shakya Shri avant d’arriver dans la capitale tibétaine. Serta Rinpoché y honora tous les lieux sacrés et pratiqua ensuite Chö dans des lieux isolés du Tibet central.


En 1912, alors qu’il avait 22 ans, il rencontra un maître originaire de la même région que lui et détenteur de la lignée du Longchen Nyingthik, Orgyen Jigmé Chökyi Sengué Rinpoché. Ce maître vivait dans le Yarloung à Tsering Jong, lieu où avait vécu en ermite le grand Jigmé Lingpa. Il resta auprès de lui plusieurs années durant pour pratiquer avec une grande assiduité les préliminaires du Longchen Nyingthik puis les phases d’approche des Trois Racines. Sa grande détermination dans la pratique lui valait les compliments incessants du maître, ce qui attisa la jalousie de certains disciples. Serta Rinpoché préféra donc s’en aller pour que les samayas ne soient pas endommagés dans la sangha.


Il se déplaça alors du sud au nord du Tibet central, méditant dans les lieux isolés et mendiant sa pitance auprès des nomades. Restant un mois à Tsourpou, il reçut les bénédictions du Karmapa Khakyab Dorjé


En 1918, il prit comme parèdre spirituelle une femme de Nagshö du nom de Shérab Drölkar mais continua à pratiquer le Chö de Thröma Nagmo dans les grottes, ermitages et lieux hantés.


En 1920, il fut béni par Drikoung Kyabgön et reçut certaines de ses transmissions. l’année suivante, il se rendit en pèlerinage au Népal et au retour, il rencontra à Chayé Tsogkhang Rinpoché, qui était aussi originaire de la région golok.


En 1923, Serta Rinpoché chemina jusqu'au Tibet occidental et atteignit ainsi le pied du mont Kailash. Au monastère drikoung kagyu de Thrugolho où il faisait halte, il entendit parler pour la première fois de Dégyal Rinpoché, un lama du golok sans rival dans les trois mondes. avec le désir de le rencontrer, Serta Rinpoché se rendit à son ermitage de Namkha Khyoung Dzong, la "forteresse céleste du Garouda" et arriva sur place le dixième jour du mois lunaire, au moment où le maître enseignait à ses disciples. Serta Rinpoché fut tellement impressionné par Dégyal Rinpoche qu’il vit en lui Vajradhara en personne. Il lui offrit alors son corps, sa parole et sone esprit et lui demanda de l’accepter comme disciple.


Moine et yogi parfait, Dégyal Rinpoché était l’un des grands disciples de Dudjom Lingpa. Détenteur de sa lignée, il était plus particulièrement un pratiquant accompli de Thröma Nagmo ainsi qu’un maître réalisé du Dzogchen.


À partir de ce moment-là et jusqu’à la mort de son maître en 1933, la vie de Serta Rinpoché fut entièrement consacrée à la mise en pratique de ses enseignements à travers des retraites intensives. par exemple, dans l’ermitage de Youkyem Droubkhang, il accomplit s’isola pendant trois ans, avec l’aide de son premier disciple, Péma Kundröl Gyalpo, qui lui fournissait des provisions et allait chercher l’eau qui se trouvait loin de là, lui rendant service au vénérable de toutes les manières possibles.


Serta Rinpoché vécut ainsi à la manière des grands adeptes du passé, consacrant sa vie à la méditation dans les solitudes himalayennes, entre Tibet, Inde et Népal, alors même qu’il avait une épouse et plusieurs enfants. Il traversa de grandes difficultés avec une détermination sans faille et les signes de sa réalisation devinrent de plus en plus évidents aux yeux de tous, ce qui lui attira de plus en plus de disciples.


Invité à Choumik Gyatsa (Muktinath) au Népal par Lama Jampal Rabgyé, il s’y rendit pour enseigner le dharma à de nombreux lamas, religieux et religieuses et à cette occasion, une source d’eau miraculeuse se mit à jaillir dans la résidence de Lama Jampal Rabgyé.


En 1933, alors qu’il se trouvait à nouveau en ce lieu, il comprit que Dégyal Rinpoché avait quitté ce monde et se hâta de rentrer à Namkha Khyoung Dzong pour se recueillir devant la dépouille de son maître. à l’ermitage, songeant qu’il en découlerait de grands bienfaits pour tous, les principaux disciples décidèrent de bâtir un stoupa reliquaire pour y préserver le corps de Dégyal Rinpoché après l’avoir momifié. Serta Rinpoché se chargea de récupérer du santal et du bois d’aloès du Népal. Il en ramena 25 kilos ainsi qu’une grande variété de pierres précieuses offertes par ses bienfaiteurs, ce qui contribua à étendre sa renommée.


En 1934, le stoupa fut terminé et un temple fut ajouté, ce qui transforma peu à peu l’ermitage en monastère. C’est à partir de ce moment-là qu’il lui fut demandé d’enseigner à Namkha Khyoung Dzong.


en 1936, avec l’aide de Bartai Kou-ngö Nyényé Yönten, il s’installa au bord du lac Rakshas Tal qui jouxte le lac Manasarovar, dans un ancien petit monastère à l’abandon du nom de Tsegya Gön, qu’il entreprit de restaurer.


L’année suivante, un fils naquit qui se révéla être la réincarnation de Degyal Rinpoché. Reconnu officiellement en 1939, il fut intronisé et reçut pour l’occasion le nom de Péma Jigmé Chöying Rangdröl.


Serta Rinpoché partageait son temps entre de longues retraites hivernales et les enseignements donnés à Namkha Khyoung Dzong ou dans les régions himalayennes du Népal où il était invité. Ses accomplissements attiraient de plus en plus de disciples et de bienfaiteurs mais lui-même se contentait du strict minimum pour survivre.


Il utilisait principalement les dons pour aider Namkha Khyoung Dzong qui était devenu un véritable centre religieux pour moines, nonnes et ngakpas. c’est ainsi qu’en 1943, il collecta une grande quantité de bois d’œuvre pour y construire une grande salle d’assemblée.


en 1946, il entreprit un pèlerinage en Inde et y visita Bodhgaya ainsi que Bénarès. Son épouse décéda alors qu’il était sur le chemin de retour.


Durant les années qui suivirent, Serta Rinpoché voyagea à travers l’Himalaya pour répondre aux nombreuses sollicitations, enseignant l’été et restant en retraite l’hiver. Il fréquenta plus particulièrement la vallée de Humla à l’extrême nord-ouest du Népal, non loin du mont Kailash.


En 1953, il se rendit à nouveau en Inde et visita le lac sacré de Tso Péma, puis les régions du Lahaul et de Spiti. Il y retourna en 1955. Il contribua ensuite à faire érige un grand moulin à prières à Namkha Khyoung Dzong et le consacra ensuite.


En 1959, les évènements tragiques du Tibet le conduisirent à quitter le Tibet pour l’Inde avec son entourage et il se retrouva dans le camp de Sandew (Uttar Pradesh) où s’était regroupé un millier de réfugiés tibétains.


En 1961, il quitta le camp pour un pèlerinage dans les lieux saints du bouddhisme et ce fut pour lui l’occasion tant attendu de rencontrer Kyabjé Dudjom Rinpoché Jigdral Yéshé Dorjé à Kalimpong, alors qu’il donnait la transmission du canon oral nyingmapa. Kyabjé Dudjom Rinpoché l’installa sur un trône en le présentant au public comme détenteur des enseignements de Thröma Nagmo et l’appela "Serta Droubchen" ou "grand accompli de Serta".


Installé ensuite dans un camp tibétain d’Orissa, il résorba son esprit dans la dimension du réel en octobre 1964, demeurant en thoukdam pendant deux jours. Lors de la crémation qui suivit, de nombreux signes merveilleux purent être observés. Ses reliques furent placées dans un stoupa de la vallée de Humla.


Serta Rinpoché eut beaucoup de disciples dans la zone himalayenne dont de nombreux ngakpas.


Parmi tous ses disciples, on peut citer :


Ses enfants :

- Tséwang Dorjé
- Machik Zangmo
- Shakya Dorjé
- Tendrel Zangmo
- Péma Jigmé Chöying Rangdrol (le second Dégyal Rinpoché)


Et également:

- Péma Kundröl Gyalpo (son premier disciple)
- Tsultrim Gyatso Rinpoché
- Lama Katak Rigzin Dorjé
- Lama Thoubten Phuntsok
- Lama Tongnyé
- Lama Péma Tashi
- Yontan Gyatso
- Lama Jampal Rabgyé
- Gourou Shri Zagat Prakash Lama.


Pour conclure, voici les mots de son fils Tséwang Dorjé qui écrivit sa biographie :


« En passant sa vie en retraite pour méditer, le seigneur des accomplis, Péma Loungtok Gyatso, ce grand maître digne du plus grand respect ne faisait rien d’autre que le bien d’autrui, notamment à travers ses enseignements du dharma. Il employait les différents présents des pieux bienfaiteurs pour en faire des offrandes ou les distribuer aux miséreux, lui même n’amassant jamais de richesses. Chaque année, il sauvait la vie des chèvres, moutons et autres têtes de bétail promis à l’abattage. « Je les ai offerts aux Trois Joyaux », disait-il « et ils ne transporteront même plus de charge pour le commerce du sel ».


De la même manière, insistant auprès de son entourage et de ses étudiants pour qu’ils mettent fin aux actions négatives et à l’usage des différentes drogues telles que le tabac, il introduisit à la nature de l’esprit quelques disciples chanceux qui recevaient ses profondes instructions de la lignée orale et qui se consacraient entièrement au dharma. Sa réalisation était suprême entre toutes. Qui plus est, il enseigna à de nombreuses reprises les commentaires, instructions pratiques et préceptes, la « Sadhana du maître », les rituels de propitiation, les invocations et « l’Appel au Lama au loin ».


Par ailleurs, il fut grandement bénéfique en accomplissant pour les pieux bienfaiteurs des rituels de guérison. Pareillement, il gagna la confiance et la dévotion de tous grâce à ses cérémonies de subjugation des forces négatives et ses prières accomplies avec une sincère dévotion ou toute autre pratique adaptée aux circonstances.


Parmi ses successeurs spirituels, également, les meilleurs disciples tournent la roue du Dharma, possèdent la capacité de faire le bien des êtres comme de la doctrine et consacrent leur vie à la pratique. Les disciples aux capacités moyennes méditent avec assiduité et se révèlent bénéfiques à autrui d’une manière inconcevable. Même les un ou deux mauvais disciples tels que moi, qui, attachés à la vie et aux possessions, se laissent abuser par la nourriture et les offrandes rituelles, auront déjà fait quelques pas sur la Voie au moment de la mort.»


Auteur: Tsering Thondup