Majjhima Nikâya 012
Mahâsîhanâda Sutta
Le grand discours sur le rugissement du lion

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1. Voici ce que j'ai entendu. En une occasion, le Bienheureux se trouvait à Vesâli, dans le Bosquet en dehors de la ville de l'ouest.


2. En cette occasion Sunakkhatta, fils des Licchavis, avait récemment quitté ce Dhamma et Discipline. Il déclarait ceci devant l'assemblée de Vesâlî : « Le reclus Gotama ne possède aucun état surhumain, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Le reclus Gotama enseigne un Dhamma simplement martelé par le raisonnement, suivant sa propre ligne d'investigation comme elle lui vient, et lorsqu'il enseigne le Dhamma à quelqu'un, cela conduit cette personne quand il le pratique à la complète destruction de la souffrance. »


3. Alors, quand c'était le matin, le vénérable Sâriputta s'habilla, et prenant son bol et sa robe extérieure, il alla à Vesâli pour l'aumône. Alors il entendit Sunakkhatta, fils des Licchavis, faire cette déclaration devant l'assemblée de Vesâli. Quand il eut marché dans Vesâli pour l'aumône et fut revenu de sa tournée d'aumônes, après son repas il alla voir le Bienheureux, et après lui avoir rendu hommage, il s'assit sur un côté et raconta au Bienheureux ce que Sunakkhatta avait dit.


4. Le Bienheureux dit: « Sâriputta, l'homme mal guidé Sunakkhatta est en colère et ses paroles sont prononcées par colère. En pensant discréditer le Tathâgata, en fait il le loue; car c'est une louange pour le Tathâgata de dire de lui: 'Lorsqu'il enseigne le Dhamma à quelqu'un, cela conduit cette personne quand il le pratique à la complète destruction de la souffrance. '


5. « Sâriputta, cet homme mal guidé Sunakkhatta ne m'accordera jamais selon le Dhamma: 'Ce Bienheureux est accompli, pleinement éveillé, parfait en vraie connaissance et en conduite, sublime, connaisseur des mondes, incomparable meneur des personnes à dompter, enseignant des dieux et des humains, éveillé, illuminé, béni.'


6. « Et il ne m'accordera jamais selon le Dhamma: 'Ce Bienheureux jouit de diverses sortes de pouvoirs surnaturels: ayant été un, il devient plusieurs; ayant été plusieurs, il devient un; il apparaît et disparaît; il passe à travers les murs, à travers une enceinte, à travers une montagne comme s'il passait à travers l'espace; il plonge dans la terre et en émerge comme si c'était de l'eau; il marche sur l'eau sans couler comme sur terre; assis les jambes croisées, il voyage dans l'espace comme un oiseau; avec ses mains il touche et caresse la lune et le soleil si formidables et merveilleux; il a la maîtrise du corps, même aussi loin que le monde de Brahma ,'


7. « Et il ne m'accordera jamais selon le Dhamma: 'Avec l'élément auditif divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, ce Bienheureux entend les deux sortes de sons, divins et humains, lointains et proches,'


8. « Et il ne m'accordera jamais selon le Dhamma: 'Ce Bienheureux embrasse avec son propre esprit l'esprit d'autres êtres, d'autres personnes. Il comprend un esprit affecté par le désir et un esprit inaffecté par le désir; il comprend un esprit affecté par l'aversion et un esprit inaffecté par l'aversion; il comprend un esprit affecté par l'illusion et un esprit inaffecté par l'illusion; il comprend un esprit restreint comme restreint et un esprit distrait comme distrait; il comprend un esprit élevé comme élevé et un esprit non-élevé comme non-élevé; il comprend un esprit égalable comme égalable et un esprit inégalable comme inégalable; il comprend un esprit concentré comme concentré et un esprit non-concentré comme non-concentré; il comprend un esprit libéré comme libéré et un esprit non-libéré comme non-libéré.'


(Dix pouvoirs d'un Tathâgata)


9. « Sâriputta, le Tathâgata possède ces dix pouvoir de Tathâgata, en possession desquels il revendique la place de guide du troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ. Quels sont ces dix?


10. (1.) « Le Tathâgata comprend comme ils sont vraiment le possible comme possible et l'impossible comme impossible. Et c'est un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place de guide du troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


11. (2.) « Aussi, le Tathâgata comprend comme ils sont vraiment les résultats des actions entreprises passées, futures, et présentes, par le moyen de possibilités et causes. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place de guide du troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


12. (3) « Aussi, le Tathâgata comprend comme ils sont vraiment les chemins menant à toutes les destinations. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place de guide du troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


13. (4) « Aussi, le Tathâgata comprend comme il est vraiment le monde avec ses nombreux et différents éléments. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place de guide de troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


14. (5) « Aussi, le Tathâgata comprend comme il en est vraiment comment les êtres ont différentes inclinations. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place de guide de troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


15. (6) « Aussi, le Tathâgata comprend comme elles sont vraiment les dispositions des facultés des autres êtres. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place du guide de troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


16. (7) « Aussi, le Tathâgata comprend comme elles sont vraiment les souillures, la purification et l'émergence par rapport aux jhânas, aux libérations, aux concentrations et aux réalisations. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place de guide du troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


17. (8) « Aussi, le Tathâgata se souvient de ses multiples vies passées, c'est à dire une naissance, deux naissances, trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances, vingt naissances, trente naissances, quarante naissances, cinquante naissances, cent naissances, mille naissances, cent mille naissances, de nombreux éons de contraction de l'univers, de nombreux éons d'expansion de l'univers, de nombreux éons de contraction et d'expansion de l'univers: 'Ici j'avais tel nom, j'étais de telle famille, avec telle apparence, telle était ma nourriture, telle était mon expérience du plaisir et de la douleur, telle était ma durée de vie; et mourant ici, je suis réapparu là.' Ainsi il se souvient de ses multiples vies passées avec leurs aspects et détails. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place de guide du troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


18. (9) « Aussi, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, le Tathâgata voit les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux. Il comprend que le passage des êtres dépend de leurs actions ainsi: 'Ces êtres qui ont adopté une mauvaise conduite du corps, de la parole et de l'esprit, outrageux envers les nobles, de vues fausses, donnant effet à leurs vues fausses dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans des états de privation, dans une mauvaise destination, en perdition, et même en enfer; mais ces êtres qui ont adopté une bonne conduite du corps, de la parole et de l'esprit, non outrageux envers les nobles, de vue juste, donnant effet à leur vue juste dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans une bonne destination, même dans le monde céleste.' Ainsi avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, il voit les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux, et il comprend comment le passage des êtres dépend de leurs actions. C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place du guide de troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


19. (10) « Aussi, en réalisant par lui-même avec la connaissance directe, le Tathâgata entre et demeure ici et maintenant dans la délivrance de l'esprit et la délivrance par la sagesse qui sont sans souillure avec la destruction des souillures.' C'est aussi un pouvoir de Tathâgata que le Tathâgata possède, en vertu duquel il revendique la place du guide de troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


20. «  Le Tathâgata possède ces dix pouvoir de Tathâgata, en possession desquels il revendique la place du guide de troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


21. « Sâriputta, quand je sais et vois ainsi, si quiconque disait de moi: 'Le reclus Gotama ne possède aucun état surhumain, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Le reclus Gotama enseigne un Dhamma simplement martelé par le raisonnement, suit sa propre ligne d'investigation comme elle lui vient' – à moins qu'il abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer. De même qu'un bhikkhu possédant la vertu, la concentration, et la sagesse jouirait ici et maintenant de la connaissance finale, de même, dans ce cas, je dis qu'à moins qu'il n'abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer.


(Quatre sortes d'intrépidité)


22. « Sâriputta, le Tathâgata possède ces quatre sortes d'intrépidité, en possession desquelles il revendique la place de guide du troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ. Quelles sont ces quatre?


23. « Je ne vois aucune raison selon laquelle un reclus ou un brahmane ou un dieu ou Mâra ou Brahmâ ou n'importe qui d'autre dans le monde puisse, en accord avec le Dhamma, m'accuser ainsi: 'Alors que vous proclamez être totalement éveillé, vous n'êtes pas totalement éveillé à propos de ces choses.' Et ne voyant aucune raison pour cela, je demeure en sûreté, sans peur et intrépide.


24. « Je ne vois aucune raison selon laquelle un reclus ou un brahmane ou un dieu ou Mâra ou Brahmâ ou n'importe qui d'autre dans le monde puisse, en accord avec le Dhamma, m'accuser ainsi: 'Alors que vous proclamez être quelqu'un ayant détruit les souillures, vous n'avez pas détruit ces souillures.' Et ne voyant aucune raison pour cela, je demeure en sûreté, sans peur et intrépide.


25. « Je ne vois aucune raison selon laquelle un reclus ou un brahmane ou un dieu ou Mâra ou Brahmâ ou n'importe qui d'autre dans le monde puisse, en accord avec le Dhamma, m'accuser ainsi: 'Ces choses que vous appelez obstacles ne sont pas capables de faire obstacle à celui qui s'engage en elles.' Et ne voyant aucune raison pour cela, je demeure en sûreté, sans peur et intrépide.


26. « Je ne vois aucune raison selon laquelle un reclus ou un brahmane ou un dieu ou Mâra ou Brahmâ ou n'importe qui d'autre dans le monde puisse, en accord avec le Dhamma, m'accuser ainsi: 'Lorsque vous enseignez le Dhamma à quelqu'un, cela ne conduit pas cette personne, quand il le pratique à la complète destruction de la souffrance.' Et ne voyant aucune raison pour cela, je demeure en sûreté, sans peur et intrépide.


27. « Un Tathâgata possède ces quatre sortes d'intrépidité, en possession desquelles il revendique la place du guide de troupeau, rugit son rugissement du lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue de Brahmâ.


28. « Sâriputta, quand je sais et vois ainsi, si quiconque disait de moi: 'Le reclus Gotama ne possède aucun état surhumain, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Le reclus Gotama enseigne un Dhamma simplement martelé par le raisonnement, suit sa propre ligne d'investigation comme elle lui vient' – à moins qu'il abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer. De même qu'un bhikkhu possédant la vertu, la concentration et la sagesse, jouirait ici et maintenant de la connaissance finale, de même, dans ce cas, je dis qu'à moins qu'il n'abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer.


(Les huit assemblées)


29. « Sâriputta, il y a ces huit assemblées. Quelles sont ces huit? Une assemblée de nobles, une assemblée de brahmanes, une assemblée de maîtres de maison, une assemblée de reclus, une assemblée de dieux du ciel des Quatre Grands Rois, une assemblée de dieux du ciel des Trente-trois, une assemblée de la suite de Mâra, une assemblée de Brahmâs. Possédant ces quatre sortes d'intrépidité, le Tathâgata approche et entre dans ces huit assemblées.


30. « Je me souviens avoir approché beaucoup de centaines d'assemblées de nobles, beaucoup de centaines d'assemblées de brahmanes, beaucoup de centaines d'assemblées de maîtres de maison, beaucoup de centaines d'assemblées de reclus, beaucoup de centaines d'assemblées de dieux du ciel des Quatre Grands Rois, beaucoup de centaines d'assemblées de dieux du ciel des Trente-trois, beaucoup de centaines d'assemblées de la suite de Mâra, beaucoup de centaines d'assemblées de Brahmâs. Et autrefois je me suis assis avec eux là-bas et parlé avec eux et tenu des conversations avec eux, pourtant je ne vois aucune raison de penser que je puisse avoir peur ou être timide là-bas. Et ne voyant aucune raison pour cela, je demeure en sûreté, sans peur et intrépide.


31. « Sâriputta, quand je sais et vois ainsi, si quiconque disait de moi: 'Le reclus Gotama ne possède aucun état surhumain, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Le reclus Gotama enseigne un Dhamma simplement martelé par le raisonnement, suit sa propre ligne d'investigation comme elle lui vient' – à moins qu'il abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer. De même qu'un bhikkhu possédant la vertu, la concentration et la sagesse, jouirait ici et maintenant de la connaissance finale, de même, dans ce cas, je dis qu'à moins qu'il n'abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer.


(Quatre sortes de génération)


32. « Sâriputta, il y a quatre sortes de génération. Quelles sont ces quatre? La génération de naissance par un oeuf, la génération de naissance par une matrice, la génération de naissance par l'humidité, et la génération spontanée.


33. « Qu'est-ce que la génération de naissance par un oeuf? Il y a ces êtres nés en cassant la coquille d'un oeuf; ceci s'appelle la génération de naissance par un oeuf. Qu'est-ce que la génération de naissance par une matrice? Il y a ces êtres nés en cassant la coiffe; ceci s'appelle la génération de naissance par une matrice. Qu'est-ce que la génération de naissance par l'humidité? Il y a ces êtres nés dans un poisson pourri, dans un cadavre pourri, dans de la bouillie pourrie, dans une fosse d'aisance, dans un égout; ceci s'appelle la génération de naissance par l'humidité. Qu'est-ce que la génération spontanée? Il y a des dieux et des habitants de l'enfer et certains êtres humains et des êtres des mondes inférieurs; ceci s'appelle la génération spontanée. Ce sont les quatre sortes de génération.


34. « Sâriputta, quand je sais et vois ainsi, si quiconque disait de moi: 'Le reclus Gotama ne possède aucun état surhumain, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Le reclus Gotama enseigne un Dhamma simplement martelé par le raisonnement, suit sa propre ligne d'investigation comme elle lui vient' – à moins qu'il abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer. De même qu'un bhikkhu possédant la vertu, la concentration et la sagesse, jouirait ici et maintenant de la connaissance finale, de même, dans ce cas, je dis qu'à moins qu'il n'abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer.


(Les cinq destinations et le Nibbâna)


35. « Sâriputta, il y a ces cinq destinations. Quelles sont ces cinq? L'enfer, le domaine des animaux, le domaine des fantômes, les êtres humains, et les dieux.


36. (1) « Je comprends l'enfer, et le chemin menant en enfer. Et je comprends aussi comment quelqu'un qui est entré dans ce chemin réapparaîtra, à la dissolution du corps, après la mort, dans un état de privation, dans une destination malheureuse, en perdition, en enfer.


(2) « Je comprends le domaine des animaux, et le chemin menant au domaine des animaux. Et je comprends aussi comment quelqu'un qui est entré dans ce chemin réapparaîtra, à la dissolution du corps, après la mort, dans le domaine des animaux.


(3) « Je comprends le domaine des fantômes, et le chemin menant au domaine des fantômes. Et je comprends aussi comment quelqu'un qui est entré dans ce chemin réapparaîtra, à la dissolution du corps, après la mort, dans le domaine des fantômes.


(4) « Je comprends les êtres humains, et le chemin menant au monde des humains. Et je comprends aussi comment quelqu'un qui est entré dans ce chemin réapparaîtra, à la dissolution du corps, après la mort, parmi les êtres humains.


(5) « Je comprends les dieux, et le chemin menant au monde des dieux. Et je comprends aussi comment quelqu'un qui est entré dans ce chemin réapparaîtra, à la dissolution du corps, après la mort, dans une destination heureuse, dans le monde céleste.


(6) « Je comprends le Nibbâna, et le chemin menant au Nibbâna. Et je comprends aussi comment quelqu'un qui est entré dans ce chemin entrera et demeurera, en réalisant par lui-même avec la connaissance directe, ici et maintenant dans la délivrance de l'esprit et la délivrance par la sagesse qui sont sans souillure avec la destruction des souillures.


37. (1) « En englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans un état de privation, dans une destination malheureuse, en perdition, en enfer.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans un état de privation, dans une destination malheureuse, en perdition, en enfer, et qu'elle fait l'expérience de sensations seulement douloureuses, déchirantes, perçantes. Supposons qu'il y ait un puits de charbon de bois plus profond que la hauteur d'un homme plein de charbons ardents sans flamme ou fumée; et qu'alors un homme brûlé et épuisé par la chaleur intense, fatigué, desséché, et assoiffé, vienne par un chemin allant seulement dans une direction et dirigé vers ce même puits de charbon de bois. Alors un homme avec une bonne vue, en le voyant, dirait: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'elle va aller à ce même puits de charbon de bois'; et plus tard il verrait qu'il serait tombé dans ce même puits de charbon de bois et qu'il ferait l'expérience de sensations seulement douloureuses, déchirantes, perçantes. De même, en englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans un état de privation, dans une destination malheureuse, en perdition, en enfer.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans un état de privation, dans une destination malheureuse, en perdition, en enfer, et qu'elle fait l'expérience de sensations seulement douloureuses, déchirantes, perçantes.


38. (2) « En englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans le domaine des animaux.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans le domaine des animaux, et qu'elle fait l'expérience de sensations douloureuses, déchirantes, perçantes. Supposons qu'il y ait une fosse d'aisances plus profonde que la hauteur d'un homme pleine d'immondices; et qu'alors un homme brûlé et épuisé par la chaleur intense, fatigué, desséché, et assoiffé, vienne par un chemin allant seulement dans une direction et dirigé vers cette même fosse d'aisances. Alors un homme avec une bonne vue, en le voyant, dirait: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'elle va aller à cette même fosse d'aisances'; et plus tard il verrait qu'il serait tombé dans cette même fosse d'aisances et qu'il ferait l'expérience de sensations douloureuses, déchirantes, perçantes. De même, en englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans le domaine des animaux.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans le domaine des animaux, et qu'elle fait l'expérience de sensations douloureuses, déchirantes, perçantes.


39. (3) « En englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans le domaine des fantômes.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans le domaine des fantômes, et qu'elle fait l'expérience de beaucoup de sensations douloureuses. Supposons qu'il y ait un arbre poussant sur un terrain irrégulier avec un maigre feuillage faisant une ombre tachetée; et qu'alors un homme brûlé et épuisé par la chaleur intense, fatigué, desséché, et assoiffé, vienne par un chemin allant seulement dans une direction et dirigé vers ce même arbre. Alors un homme avec une bonne vue, en le voyant, dirait: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'elle va aller à ce même arbre'; et plus tard il verrait qu'il serait assis ou allongé à l'ombre de cet arbre et qu'il ferait l'expérience de beaucoup de sensations douloureuses. De même, en englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans le domaine des fantômes.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans le domaine des fantômes, et qu'elle fait l'expérience de beaucoup de sensations douloureuses.


40. (4) « En englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra parmi les êtres humains.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue parmi les êtres humains, et qu'elle fait l'expérience de beaucoup de sensations agréables. Supposons qu'il y ait un arbre poussant sur un terrain régulier avec un dense feuillage faisant une ombre épaisse; et qu'alors un homme brûlé et épuisé par la chaleur intense, fatigué, desséché, et assoiffé, vienne par un chemin allant seulement dans une direction et dirigé vers ce même arbre. Alors un homme avec une bonne vue, en le voyant, dirait: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'elle va aller à ce même arbre'; et plus tard il verrait qu'il serait assis ou allongé à l'ombre de cet arbre et qu'il ferait l'expérience de beaucoup de sensations agréables. De même, en englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra parmi les êtres humains.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue parmi les êtres humains, et qu'elle fait l'expérience de beaucoup de sensations agréables.


41. (5) « En englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans une destination heureuse, dans le monde céleste.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans une destination heureuse, dans le monde céleste, et qu'elle fait l'expérience de sensations seulement agréables. Supposons qu'il y ait un manoir, et qu'il ait une chambre haute plâtrée à l'intérieur et à l'extérieur, fermée, sécurisée par des barres, avec des volets aux fenêtres, et que dedans il y ait une couche couverte de tapis, de couvertures, et de draps, avec un couvre-lit en peau de daim, avec un baldaquin ainsi que des oreillers pourpres pour la tête et les pieds; et qu'alors un homme brûlé et épuisé par la chaleur intense, fatigué, desséché, et assoiffé, vienne par un chemin allant seulement dans une direction et dirigé vers ce même manoir. Alors un homme avec une bonne vue, en le voyant, dirait: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'elle va aller à ce même manoir'; et plus tard il verrait qu'il serait assis ou allongé dans cette chambre haute dans ce manoir et qu'il ferait l'expérience de sensations seulement agréables. De même, en englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle réapparaîtra dans une destination heureuse, dans le monde céleste.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'à la dissolution du corps, après la mort, elle est réapparue dans une destination heureuse, dans le monde céleste, et qu'elle fait l'expérience de sensations seulement agréables.


42. (6) « En englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'en réalisant par elle-même avec la connaissance directe, elle entrera et demeurera ici et maintenant dans la délivrance de l'esprit et la délivrance par la sagesse qui sont sans souillure avec la destruction des souillures.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'en réalisant par elle-même avec la connaissance directe, elle entre et demeure ici et maintenant dans la délivrance de l'esprit et la délivrance par la sagesse qui sont sans souillure avec la destruction des souillures, et qu'elle fait l'expérience de sensations seulement agréables. Supposons qu'il y ait un étang avec une eau pure, agréable, fraîche, transparente, avec des berges régulières, charmantes, et proche d'une forêt dense; et qu'alors un homme brûlé et épuisé par la chaleur intense, fatigué, desséché, et assoiffé, vienne par un chemin allant seulement dans une direction et dirigé vers ce même étang. Alors un homme avec une bonne vue, en le voyant, dirait: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'elle va aller à ce même étang'; et plus tard il verrait qu'il aurait plongé dans le lac, se serait baigné, aurait bu, et aurait soulagé tout son désarroi, sa fatigue, et sa fièvre et serait ressorti et serait assis ou allongé dans ce bois faisant l'expérience de sensations seulement agréables. De même, en englobant l'esprit avec l'esprit je comprends une certaine personne ainsi: 'Cette personne se comporte ainsi, se conduit ainsi, a pris un tel chemin qu'en réalisant par elle-même avec la connaissance directe, elle entrera et demeurera ici et maintenant dans la délivrance de l'esprit et la délivrance par la sagesse qui sont sans souillure avec la destruction des souillures.' Et plus tard, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vois qu'en réalisant par elle-même avec la connaissance directe, elle entre et demeure ici et maintenant dans la délivrance de l'esprit et la délivrance par la sagesse qui sont sans souillure avec la destruction des souillures, et qu'elle fait l'expérience de sensations seulement agréables. Ce sont les cinq destinations.


43. « Sâriputta, quand je sais et vois comme ceci, si quiconque disait de moi: 'Le reclus Gotama ne possède aucun état surhumain, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Le reclus Gotama enseigne un Dhamma simplement martelé par le raisonnement, suit sa propre ligne d'investigation comme elle lui vient' – à moins qu'il abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer. De même qu'un bhikkhu possédant la vertu, la concentration et la sagesse, jouirait ici et maintenant de la connaissance finale, de même, dans ce cas, je dis qu'à moins qu'il n'abandonne cette assertion et cet état d'esprit et abandonne cette vue, alors il serait emporté et posé là il finirait en enfer.


(Les austérités du bodhisatta)


44. « Sâriputta, je me souviens avoir vécu une sainte vie en possédant les quatre facteurs. J'ai été un ascète – un ascète suprême; j'ai été grossier – suprêmement grossier; j'ai été scrupuleux – suprêmement scrupuleux; j'ai été solitaire – suprêmement solitaire.


45. « Tel était mon ascétisme, Sâriputta, que j'allais nu, rejetant les conventions, léchant mes mains, ne venant pas quand on me le demandait, ne m'arrêtant pas quand on me le demandait; je n'acceptais pas la nourriture apportée ou la nourriture préparée spécialement ou une invitation à un repas; je ne recevait rien d'un pot, d'un bol, à travers d'un seuil de porte, par un bâton, par un pilon, de deux personnes mangeant ensemble, d'une femme enceinte, d'une femme allaitant, d'une femme parmi les hommes, d'où la nourriture était annoncée être distribuée, d'où un chien attendait, d'où il y avait des mouches bourdonnantes; je n'acceptais pas de poisson ou de viande, je ne buvais pas d'alcool, de vin, ou de préparation fermentée. Je m'en tenais à une maison, à une bouchée; je m'en tenais à deux maisons, à deux bouchées; je m'en tenais à trois maisons, à trois bouchées; je m'en tenais à quatre maisons, à quatre bouchées; je m'en tenais à cinq maisons, à cinq bouchées; je m'en tenais à six maisons, à six bouchées; je m'en tenais à sept maisons, à sept bouchées. Je m'en tenais à une soucoupe par jour, à deux soucoupes par jour, à trois soucoupes par jour, à quatre soucoupes par jour, à cinq soucoupes par jour, à six soucoupes par jour, à sept soucoupes par jour; je prenais de la nourriture une fois par jour, une fois tous les deux jours, une fois tous les trois jours, une fois tous les quatre jours, une fois tous les cinq jours, une fois tous les six jours, une fois tous les sept jours; ceci même jusqu'à une fois tous les quinze jours, je continuais à poursuivre la pratique de prendre de la nourriture à intervalles fixes. J'étais un mangeur de verdures ou de millet ou de riz sauvage ou de rognures de cuir ou de mousse ou de son de riz ou de farine de sésame ou d'herbe ou de bouse de vache. J'ai vécu de racines et de fruits de forêt; je me suis nourri de fruits tombés. Je me suis habillé de chanvre, de tissu de chanvre mélangé, de linceuls, de guenilles, d'écorces d'arbre, de peau d'antilope, de bandes de peau d'antilope, de tissu d'herbe kusa, de tissu d'écorce, de tissu de copeaux de bois, de laine de cheveux, de laine animal, d'ailes de hiboux. J'étais quelqu'un qui s'arrachait les cheveux et la barbe, poursuivant la pratique de s'arracher les cheveux et la barbe. J'étais quelqu'un qui se tenait continuellement debout, rejetant les sièges. J'étais quelqu'un qui était accroupi continuellement, dévoué à maintenir la position accroupie. J'étais quelqu'un qui utilisait un matelas de clous; j'avais fait de mon lit un matelas de clous. Je continuais à poursuivre la pratique de me baigner dans l'eau trois fois par jour y-compris le soir. Ainsi, d'une telle variété de façons je continuais à poursuivre la pratique de tourmenter et de mortifier le corps. Tel était mon ascétisme.


46. « Telle était ma grossièreté, Sâriputta, que tout comme le tronc d'un arbre tindukâ, s'accumulant au fil des ans, forme une croûte et s'effrite, de même, la poussière et la saleté, s'accumulant au fil des ans, formait une croûte sur mon corps et s'effritait. Il ne m'est jamais venu à l'esprit: 'Oh, je vais frotter cette poussière et cette saleté avec ma main, ou je vais laisser quelqu'un frotter cette poussière et cette saleté avec sa main' – Cela ne m'est jamais venu à l'esprit ainsi. Telle était ma grossièreté.


47. « Telle était ma scrupulosité, Sâriputta, que je faisais toujours attention en avançant ou en reculant. J'étais plein de compassion même en regard d'une goutte d'eau ainsi: 'Que je ne fasse pas de mal aux minuscules créatures dans les fissures du sol.' Telle était ma scrupulosité.


48. « Telle était ma solitude, Sâriputta, que je m'enfonçais dans une forêt et y demeurais. Et quand je voyais un bouvier ou un berger ou quelqu'un ramassant de l'herbe ou des bâtons, ou un bûcheron, je m'enfuyais de bosquet en bosquet, de fourré en fourré, de creux en creux, de butte en butte. Pourquoi cela? Afin qu'ils ne me voient pas et que je ne les voie pas. De même qu'un daim de forêt, en voyant des êtres humains, s'enfuit de bosquet en bosquet, de fourré en fourré, de creux en creux, de butte en butte, de même, quand je voyais un bouvier ou un berger ou quelqu'un ramassant de l'herbe ou des bâtons, ou un bûcheron, je m'enfuyais de bosquet en bosquet, de fourré en fourré, de creux en creux, de butte en butte. Telle était ma solitude.


49. « J'allais à quatre pattes dans les étables quand le bétail était sorti et que le bouvier l'avait laissé, et je me nourrissais des bouses des jeunes veaux nourrissons. Aussi longtemps que mes excréments et que mon urine duraient, je me nourrissais de mes propres excréments et urine. Telle était ma grande pratique de se nourrir de saletés.


50. « Je m'enfonçais dans des bosquets inspirant la terreur et y demeurais– un bosquet inspirant tellement de terreur qu'il ferait dresser la plupart des cheveux sur la tête d'un homme n'étant pas libres de la convoitise. Quand ces froides nuits hivernales vinrent durant la 'période de huit jours de chute de neige,' je demeurais la nuit à ciel ouvert et la journée dans le bosquet. Dans le dernier mois de la saison chaude je demeurais le jour à ciel ouvert et la nuit dans le bosquet. Et là me vint spontanément cette stance jamais entendue avant:


'Glacé la nuit et brûlé le jour,
Seul dans les bosquets inspirant la terreur,
Nu, sans feu près duquel s'asseoir,
Le sage poursuit pourtant sa quête.'


51. « Je faisais de mon lit un charnier avec les os de morts comme oreiller. Et les bouviers vinrent et crachèrent sur moi, m'urinèrent dessus, me jetèrent des saletés, et m'enfoncèrent des bâtons dans les oreilles. Pourtant je ne me souviens pas que je fisse survenir une pensée malveillante envers eux. Telle était ma demeure en équanimité.


52. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par la nourriture.' Ils disent: 'Vivons de fruits de kola,' et ils mangent des fruits de kola, ils mangent de la poudre de fruits de kola, ils boivent de l'eau de fruit de kola, et ils font de nombreuses sortes de breuvages de fruits de kola. Je me souviens avoir mangé un seul fruit de kola par jour. Sâriputta, tu pourrais penser que le fruit de kola était plus grand en ce temps-là, pourtant tu ne devrais pas le considérer ainsi: le fruit de kola était alors au plus de la même dimension que maintenant. En me nourrissant d'un seul fruit de kola par jour, mon corps atteignit un état d'amaigrissement extrême. Parce que je mangeais si peu, mes membres devinrent comme les segments joints de tiges de vignes ou de tiges de bambous. Parce que je mangeais si peu mon postérieur devint comme un sabot de chameau. Parce que je mangeais si peu les projections sur ma colonne vertébrale ressortirent comme des perles enfilées. Parce que je mangeais si peu, mes côtes ressortirent aussi décharnées que les chevrons détraqués d'une vieille grange sans toit. Parce que je mangeais si peu, la lueur de mes yeux s'enfonça loin dans leurs orbites, ressemblant à la lueur de l'eau s'étant enfoncée au loin dans un puits profond. Parce que je mangeais si peu, mon cuir chevelu se fripa et se flétrit comme une gourde amère verte se fripe et se ride dans le vent et le soleil. Parce que je mangeais si peu, la peau de mon ventre adhéra à ma colonne vertébrale; ainsi si je voulais toucher la peau de mon ventre je rencontrais ma colonne vertébrale, et si je voulais toucher ma colonne vertébrale je rencontrais la peau de mon ventre. Parce que je mangeais si peu, si je voulais déféquer ou uriner, je tombais par terre sur mon visage. Parce que je mangeais si peu, si j'essayais de soulager mon corps en frottant mes membres avec mes mains, les cheveux, pourris à leurs racines, tombaient de mon corps comme je frottais.


53. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par la nourriture.' Ils disent: 'Vivons de fèves,' et ils mangent des fèves, ils mangent de la poudre de fèves, ils boivent de l'eau de fèves, et ils font de nombreuses sortes de breuvages de fèves. Je me souviens avoir mangé une seule fève par jour. Sâriputta, tu pourrais penser que la grain était plus grande en ce temps-là, pourtant tu ne devrais pas le considérer ainsi: la fève était alors au plus de la même dimension que maintenant. En me nourrissant d'une seule fève par jour, mon corps atteignit un état d'amaigrissement extrême. Parce que je mangeais si peu, mes membres devinrent comme les segments joints de tiges de vignes ou de tiges de bambous. Parce que je mangeais si peu mon postérieur devint comme un sabot de chameau. Parce que je mangeais si peu les projections sur ma colonne vertébrale ressortirent comme des perles enfilées. Parce que je mangeais si peu, mes côtes ressortirent aussi décharnées que les chevrons détraqués d'une vieille grange sans toit. Parce que je mangeais si peu, la lueur de mes yeux s'enfonça loin dans leurs orbites, ressemblant à la lueur de l'eau qui s'étant enfoncée au loin dans un puits profond. Parce que je mangeais si peu, mon cuir chevelu se fripa et se flétrit comme une gourde amère verte se fripe et se ride dans le vent et le soleil. Parce que je mangeais si peu, la peau de mon ventre adhéra à ma colonne vertébrale; ainsi si je voulais toucher la peau de mon ventre je rencontrais ma colonne vertébrale, et si je voulais toucher ma colonne vertébrale je rencontrais la peau de mon ventre. Parce que je mangeais si peu, si je voulais déféquer ou uriner, je tombais par terre sur mon visage. Parce que je mangeais si peu, si j'essayais de soulager mon corps en frottant mes membres avec mes mains, les cheveux, pourris à leurs racines, tombaient de mon corps comme je frottais.


54. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par la nourriture.' Ils disent: 'Vivons de sésame,' et ils mangent du sésame, ils mangent de la poudre de sésame, ils boivent de l'eau de sésame, et ils font de nombreuses sortes de breuvages de sésame. Je me souviens avoir mangé une seule graine de sésame par jour. Sâriputta, tu pourrais penser que la graine de sésame était plus grande en ce temps-là, pourtant tu ne devrais pas le considérer ainsi: la graine de sésame était alors au plus de la même dimension que maintenant. En me nourrissant d'une seule graine de sésame par jour, mon corps atteignit un état d'amaigrissement extrême. Parce que je mangeais si peu, mes membres devinrent comme les segments joints de tiges de vignes ou de tiges de bambous. Parce que je mangeais si peu mon postérieur devint comme un sabot de chameau. Parce que je mangeais si peu les projections sur ma colonne vertébrale ressortirent comme des perles enfilées. Parce que je mangeais si peu, mes côtes ressortirent aussi décharnées que les chevrons détraqués d'une vieille grange sans toit. Parce que je mangeais si peu, la lueur de mes yeux s'enfonça loin dans leurs orbites, ressemblant à la lueur de l'eau qui s'étant enfoncée au loin dans un puits profond. Parce que je mangeais si peu, mon cuir chevelu se fripa et se flétrit comme une gourde amère verte se fripe et se ride dans le vent et le soleil. Parce que je mangeais si peu, la peau de mon ventre adhéra à ma colonne vertébrale; ainsi si je voulais toucher la peau de mon ventre je rencontrais ma colonne vertébrale, et si je voulais toucher ma colonne vertébrale je rencontrais la peau de mon ventre. Parce que je mangeais si peu, si je voulais déféquer ou uriner, je tombais par terre sur mon visage. Parce que je mangeais si peu, si j'essayais de soulager mon corps en frottant mes membres avec mes mains, les cheveux, pourris à leurs racines, tombaient de mon corps comme je frottais.


55. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par la nourriture.' Ils disent: 'Vivons de riz,' et ils mangent du riz, ils mangent de la poudre de riz, ils boivent de l'eau de riz, et ils font de nombreuses sortes de breuvages de riz. Je me souviens avoir mangé un seul grain de riz par jour. Sâriputta, tu pourrais penser que le grain de riz était plus grand en ce temps-là, pourtant tu ne devrais pas le considérer ainsi: le grain de riz était alors au plus de la même dimension que maintenant. En me nourrissant d'un seul grain de riz par jour, mon corps atteignit un état d'amaigrissement extrême. Parce que je mangeais si peu, mes membres devinrent comme les segments joints de tiges de vignes ou de tiges de bambous. Parce que je mangeais si peu mon postérieur devint comme un sabot de chameau. Parce que je mangeais si peu les projections sur ma colonne vertébrale ressortirent comme des perles enfilées. Parce que je mangeais si peu, mes côtes ressortirent aussi décharnées que les chevrons détraqués d'une vieille grange sans toit. Parce que je mangeais si peu, la lueur de mes yeux s'enfonça loin dans leurs orbites, ressemblant à la lueur de l'eau qui s'étant enfoncée au loin dans un puits profond. Parce que je mangeais si peu, mon cuir chevelu se fripa et se flétrit comme une gourde amère verte se fripe et se ride dans le vent et le soleil. Parce que je mangeais si peu, la peau de mon ventre adhéra à ma colonne vertébrale; ainsi si je voulais toucher la peau de mon ventre je rencontrais ma colonne vertébrale, et si je voulais toucher ma colonne vertébrale je rencontrais la peau de mon ventre. Parce que je mangeais si peu, si je voulais déféquer ou uriner, je tombais par terre sur mon visage. Parce que je mangeais si peu, si j'essayais de soulager mon corps en frottant mes membres avec mes mains, les cheveux, pourris à leurs racines, tombaient de mon corps comme je frottais.


56. « Pourtant, Sâriputta, par une telle conduite, par une telle pratique, par de telles austérités, je n'atteignit aucun état surhumain, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Pourquoi cela? Parce que je n'atteignit pas cette noble sagesse qui, lorsqu'elle est atteinte, est noble et émancipatrice et conduit celui qui pratique en accord avec elle à la complète destruction de la souffrance.


57. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par le cycle des renaissances.' Mais il n'est pas facile de trouver un domaine dans le cycle que je n'aie déjà traversé dans ce long parcours, à l'exception de celui des dieux des Demeures Pures; et si j'avais traversé le cycle comme un dieu des Demeures Pures, je ne serai jamais revenu dans ce monde.


58. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par une sorte de renaissance particulière.' Mais il n'est pas facile de trouver une sorte de renaissance dont je ne sois pas déjà rené dans ce long parcours, à l'exception de celle des dieux des Demeures Pures; et si j'avais traversé le cycle comme un dieu des Demeures Pures, je ne serai jamais revenu dans ce monde.


59. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par une demeure particulière.' Mais il n'est pas facile de trouver une sorte de demeure que je n'aie pas déjà habitée, à l'exception de celle des dieux des Demeures Pures; et si j'avais traversé le cycle comme un dieu des Demeures Pures, je ne serai jamais revenu dans ce monde.


60. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par le sacrifice.' Mais il n'est pas facile de trouver une sorte de sacrifice qui n'ait déjà été offert par moi dans ce long parcours, quand j'étais soit un noble roi à la tête ointe soit un brahmane aisé.


61. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'La purification vient par le culte du feu.' Mais il n'est pas facile de trouver une sorte de feu qui n'ait déjà été adoré par moi dans ce long parcours, quand j'étais soit un noble roi à la tête ointe soit un brahmane aisé.


62. « Sâriputta, il y a certains reclus et brahmanes dont la doctrine et vue est ceci: 'Aussi longtemps que cet homme bon est encore jeune, un jeune homme aux cheveux noirs doté de la bénédiction de la jeunesse, dans la fleur de l'âge, il est parfait dans sa sagesse lucide. Mais quand cet homme bon est vieux, âgé, chargé d'années, avancé dans la vie, et arrive au dernier stage, ayant quatre-vingts ans, quatre-vingt-dix ans, ou cent ans, alors la lucidité de sa sagesse est perdue.' Mais il ne faut pas le considérer ainsi. Je suis maintenant vieux, âgé, chargé d'années, avancé dans la vie, et arrivé au dernier stade: j'ai maintenant quatre-vingts ans. Supposons maintenant que j'aie quatre disciples d'une durée de vie de cent ans, parfaits en pleine conscience, rétentivité, mémoire, et lucidité de sagesse. De même qu'un habile archer entraîné, expérimenté, et ayant fait ses preuves, pourrait aisément tirer une flèche légère à travers l'ombre d'un palmier, supposons qu'ils soient dans cette même ampleur parfaits en pleine conscience, rétentivité, mémoire, et lucidité de sagesse. Supposons qu'ils m'aient continuellement interrogé à propos des quatre fondations de la pleine conscience et que je leur répondit quand je fus interrogé et qu'ils se souvinrent de chacune de mes réponses et ne posèrent jamais de question supplémentaire ou ne firent jamais de pause sauf pour manger, boire, consommer de la nourriture, goûter, uriner, déféquer, et se reposer afin de dissiper la torpeur et la fatigue. Tout de même, l'exposition du Dhamma du Tathâgata, ses explications des facteurs du Dhamma, et ses réponses aux questions ne seraient pas encore finis, mais pendant ce temps ces quatre disciples avec leur durée de vie de cent ans seraient morts à la fin de ces cent années. Sâriputta, même si tu devais me transporter sur un lit, il n'y aurait tout de même pas de changement dans la lucidité de la sagesse du Tathâgata.


63. « Parlant correctement, si l'on devait dire à quelqu'un: 'Un être non sujet à l'illusion est apparu dans le monde pour le bien-être et le bonheur de beaucoup, par compassion pour le monde, pour le bien, pour le bien-être et le bonheur des dieux et des humains,' c'est bien à propos de moi que ces paroles correctes pourraient être prononcées. »


64. En cette occasion le vénérable Nâgasamâla se tenait debout derrière le Bienheureux et l'éventait. Alors il dit au Bienheureux: « C'est merveilleux, Vénérable, c'est merveilleux! Comme j'écoutais ce discours du Dhamma, les poils de mon corps se sont dressés. Vénérable, quel est le nom de ce discours du Dhamma? »
« Nâgasamâla, tu peux te souvenir de ce discours du Dhamma comme 'Le Discours qui fait dresser les poils.' »


Ainsi parla le Bienheureux. Le vénérable Nâgasamâla fut satisfait et réjoui des paroles du Bienheureux et s'en réjouit.


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Traduit par Pháp Thân, d'après 'The middle lenght discourses of the Buddha : a new translation of the Majjhima Nikâya / original translation by Bhikkhu Ñânamoli ; translation edited and revised by Bhikkhu Bodhi' avec l'aimable permission de Wisdom Publications and Bhikkhu Bodhi.