Majjhima Nikâya 039
Mahâ-Assapura Sutta
Le grand discours à Assapura

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1. Voici ce que j'ai entendu. En une occasion, le Bienheureux se trouvait dans le pays d'Angan dans une ville des Angans nommée Assapura. Là le Bienheureux s'adressa aux bhikkhus ainsi : « Bhikkhus. » - « Vénérable, » répondirent-ils. Le Bienheureux dit ceci :


2. « 'Reclus, reclus,' bhikkhus, voici comment les gens vous perçoivent. Et quand on vous demande, 'Qu'êtes-vous ?', vous affirmez que vous êtes des reclus. Puisque c'est ainsi que vous êtes désignés et que c'est ce que vous affirmez être, vous devriez vous exercer ainsi : 'Nous entreprendrons et pratiquerons ces choses qui font de quelqu'un un reclus, qui font de quelqu'un un brahmane, afin que nos désignations soient vraies et nos affirmations sincères, et afin que les services de ceux dont nous utilisons les robes, nourritures d'aumône, endroits pour se reposer, et médicaments leur apportent de grands fruits et bénéfices, et afin que notre départ (vers la vie sans foyer) ne soit pas vain mais fructueux et fertile.'


(Conduite et moyen d'existence)


3. « Et quelles sont, bhikkhus, les choses qui font de quelqu'un un reclus, qui font de quelqu'un un brahmane ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Nous serons possédés par la honte et la peur des fautes.' Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


4. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Notre conduite corporelle sera purifiée, claire et ouverte, sans défauts et maîtrisée, et nous ne nous louerons pas nous-même et ne dénigrerons pas les autres en raison de cette conduite corporelle purifiée.' Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes et notre conduite corporelle a été purifiée. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


5. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Notre conduite verbale sera purifiée, claire et ouverte, sans défauts et maîtrisée, et nous ne nous louerons pas nous-même et ne dénigrerons pas les autres en raison de cette conduite verbale purifiée.' Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes, notre conduite corporelle a été purifiée, et notre conduite verbale a été purifiée. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


6. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Notre conduite mentale sera purifiée, claire et ouverte, sans défauts et maîtrisée, et nous ne nous louerons pas nous-même et ne dénigrerons pas les autres en raison de cette conduite mentale purifiée.' Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes, nos conduites corporelles et verbales ont été purifiées, et notre conduite mentale a été purifiée. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


7. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Nos moyens d'existence seront purifiés, clairs et ouverts, sans défauts et maîtrisés, et nous ne nous louerons pas nous-même et ne dénigrerons pas les autres en raison de ces moyens d'existence purifiés.' Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes, nos conduites corporelles, verbales, et mentales ont été purifiées, et nos moyens d'existences ont été purifiés. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


(Maîtrise des sens)


8. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Nous garderons les portes de nos facultés sensorielles. En voyant une forme avec l'oeil, nous ne nous accrocherons pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, si nous laissons la faculté de l'oeil sans surveillance, des états malsains de convoitise et de peine peuvent nous envahir, nous pratiquerons le chemin de sa restreinte, nous surveillerons la faculté de l'oeil, nous entreprendrons la restreinte de la faculté de l'oeil. En entendant un son avec l'oreille, nous ne nous accrocherons pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, si nous laissons la faculté de l'oreille sans surveillance, des états mauvais de convoitise et de peine peuvent nous envahir, nous pratiquerons le chemin de sa restreinte, nous surveillerons la faculté de l'oreille, nous entreprendrons la restreinte de la faculté de l'oreille. En sentant une odeur avec le nez, nous ne nous accrocherons pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, si nous laissons la faculté du nez sans surveillance, des états mauvais de convoitise et de peine peuvent nous envahir, nous pratiquerons le chemin de sa restreinte, nous surveillerons la faculté du nez, nous entreprendrons la restreinte de la faculté du nez. En goûtant une saveur avec la langue, nous ne nous accrocherons pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, si nous laissons la faculté de la langue sans surveillance, des états mauvais de convoitise et de peine peuvent nous envahir, nous pratiquerons le chemin de sa restreinte, nous surveillerons la faculté de la langue, nous entreprendrons la restreinte de la faculté de la langue. En touchant un tangible avec le corps, nous ne nous accrocherons pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, si nous laissons la faculté du corps sans surveillance, des états mauvais de convoitise et de peine peuvent nous envahir, nous pratiquerons le chemin de sa restreinte, nous surveillerons la faculté du corps, nous entreprendrons la restreinte de la faculté du corps. En connaissant un objet de l'esprit avec l'esprit, nous ne nous accrocherons pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, si nous laissons la faculté de l'esprit sans surveillance, des états mauvais de convoitise et de peine peuvent nous envahir, nous pratiquerons le chemin de sa restreinte, nous surveillerons la faculté de l'esprit, nous entreprendrons la restreinte de la faculté de l'esprit. Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes, nos conduites corporelles, verbales, et mentales ont été purifiées, et nos moyens d'existences ont été purifiés, et nous gardons les portes de nos facultés sensorielles. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


(Manger avec modération)


9. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Nous mangerons avec modération. Réfléchissant avec sagesse, nous ne prendrons de la nourriture ni pour l'amusement, ni pour l'intoxication, ni pour la beauté physique et le charme, mais seulement pour l'entretien et la persistance de ce corps, pour arrêter l'inconfort et pour aider la sainte vie, considérant: 'Ainsi j'arrêterai ces anciennes sensations sans faire apparaître de nouvelles sensations, et je serai en bonne santé et sans reproche et vivrai confortablement.' » Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes, nos conduites corporelles, verbales, et mentales ont été purifiées, et nos moyens d'existences ont été purifiés, nous gardons les portes de nos facultés sensorielles, et nous mangeons avec modération. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


(Veille)


10. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Nous serons dévoués à la veille. Pendant la journée, en allant et venant et en étant assis, nous purifierons notre esprit des états obstructifs. Dans la première veille de la nuit, en allant et venant et en étant assis, nous purifierons notre esprit des états obstructifs. Dans la veille de la nuit du milieu nous nous allongerons sur le côté droit dans la position du lion avec un pied chevauchant l'autre, pleinement conscient et pleinement attentif, après avoir noté dans notre esprit le temps du réveil. Après le réveil, dans la troisième veille de la nuit, en allant et venant et en étant assis, nous purifierons notre esprit des états obstructifs. Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes, nos conduites corporelles, verbales, et mentales ont été purifiées, et nos moyens d'existences ont été purifiés, nous gardons les portes de nos facultés sensorielles, nous mangeons avec modération, et nous sommes dévoués à la veille. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


(Pleine conscience et pleine attention)


11. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Bhikkhus, vous devriez vous exercer ainsi : 'Nous serons possédés par la pleine conscience et la pleine attention. Nous agirons en pleine conscience en allant et venant ; nous agirons en pleine conscience en regardant devant nous et en regardant au loin ; nous agirons en pleine conscience en pliant et étendant nos membres ; nous agirons en pleine conscience en portant portant nos robes et en portant notre robe extérieure et notre bol ; nous agirons en pleine conscience en mangeant, buvant, consommant de la nourriture, et goûtant ; nous agirons en pleine conscience en déféquant et urinant ; nous agirons en pleine conscience en marchant, nous tenant debout, nous asseyant, nous endormant, nous réveillant, parlant, et restant silencieux.' Maintenant, bhikkhus, vous pourriez penser ainsi : 'Nous sommes possédés par la honte et la peur des fautes, nos conduites corporelles, verbales, et mentales ont été purifiées, et nos moyens d'existences ont été purifiés, nous gardons les portes de nos facultés sensorielles, nous mangeons avec modération, nous sommes dévoués à la veille, et nous sommes possédés par la pleine conscience et la pleine attention. C'est assez, ceci a été fait, le but de la vie de reclus a été atteint, il n'y a plus rien à faire pour nous' ; et vous pourriez vous contenter de ceci. Bhikkhus, je vous informe, je vous déclare : vous qui recherchez la position de reclus, ne soyez pas au-dessous du but de la vie de reclus alors qu'il y a encore à faire.


(Abandonner les obstacles)


12. « Qu'y a-t-il encore à faire ? Ici, bhikkhus, un bhikkhu qui a recours à un refuge isolé : la forêt, le pied d'un arbre, une montagne, un ravin, une cave à flanc de coteau, un charnier, un fourré de bosquet, un espace ouvert, un tas de paille.


13. « En revenant de sa tournée d'aumônes, après son repas il s'assoit, croisant ses jambes, tenant son corps droit, et établissant la pleine conscience devant lui. Abandonnant la convoitise pour le monde, il demeure avec un esprit libre de convoitise ; il purifie son esprit de la convoitise. Abandonnant l'aversion et la haine, il demeure avec un esprit libre d'aversion, compassionné pour le bien-être de tous les êtres vivants ; il purifie son esprit de l'aversion et de la haine. Abandonnant la paresse et la torpeur, il demeure libre de la paresse et de la torpeur, percevant la lumière, pleinement conscient et pleinement attentif ; il purifie son esprit de la paresse et de la torpeur. Abandonnant l'agitation et le remords, il demeure non-agité avec un esprit intérieurement paisible ; il purifie son esprit de l'agitation et du remords. Abandonnant le doute, il demeure ayant été au-delà du doute, non perplexe au sujet des états sains ; il purifie son esprit du doute.


14. « Bhikkhus, supposons qu'un homme fasse un emprunt pour s'engager dans des affaires et que ses affaires aient du succès et qu'il puisse rembourser tout l'argent de l'ancien emprunt et qu'il reste assez d''argent supplémentaire pour entretenir une femme ; alors en considérant ceci, il serait content et empli de joie. Ou supposons qu'un homme soit affligé, souffrant et gravement malade, et que sa nourriture ne lui convienne pas et que son corps n'ait pas de force, mais que plus tard il se remette de son affliction et que sa nourriture lui convienne et que son corps regagne de la force ; alors en considérant ceci, il serait content et empli de joie. Ou supposons qu'un homme soit enfermé en prison, mais que plus tard il soit libéré de prison, en sûreté et en sécurité, sans perte de ses biens ; alors en considérant ceci, il serait content et empli de joie. Ou supposons qu'un homme soit un esclave, non dépendant de soi mais dépendant des autres, ne pouvant pas aller où il veut, mais que plus tard il soit libéré de son esclavage, dépendant de soi, indépendant des autres, un homme libre d'aller où il veut ; alors en considérant ceci, il serait content et empli de joie. Ou supposons qu'un homme avec richesses et biens s'engage sur une route traversant le désert, mais que plus tard il traverse le désert, en sûreté et en sécurité, sans perte de ses biens ; alors en considérant ceci, il serait content et empli de joie. De même, bhikkhus, lorsque ces cinq obstacles ne sont pas abandonnés en lui, un bhikkhu les voit respectivement comme une dette, une maladie, une prison, l'esclavage, et une route traversant le désert. Mais lorsque ces cinq obstacles sont abandonnés en lui, il voit cela comme liberté des dettes, santé, libération de prison, liberté de l'esclavage, et terre de sécurité.


(Les quatre jhânas)


15. Ayant abandonné ces cinq obstacles, imperfections de l'esprit qui affaiblissent la sagesse, tout à fait isolé des plaisirs sensuels, isolé des états malsains, il entre et reste dans le premier jhâna, qui est accompagné d'une pensée appliquée et soutenue, avec un ravissement et un plaisir nés de la solitude. Il fait ce ravissement et ce plaisir nés de la solitude mouiller, tremper, emplir, et imprégner ce corps, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le ravissement et le plaisir nés de la solitude. Juste comme un habile maître de bain ou l'apprenti d'un maître de bain amasserait de la poudre de bain dans une cuvette de métal et, l'aspergeant progressivement avec de l'eau, la pétrirait jusqu'à ce que l'humidité mouille sa balle de poudre de bain, la tremperait, et l'imprégnerait à l'intérieur et à l'extérieur, pourtant la balle elle-même ne suinterait pas ; de même, un bhikkhu fait ce ravissement et ce plaisir nés de la solitude mouiller, tremper, emplir, et imprégner ce corps, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le ravissement et le plaisir nés de la solitude.


16. « De plus, bhikkhus, avec la tranquillisation de la pensée appliquée et soutenue, un bhikkhu entre et reste dans le deuxième jhâna, qui a la confiance et l'unité de l'esprit sans la pensée appliquée et soutenue, avec un ravissement et un plaisir nés de la concentration. Il fait ce ravissement et ce plaisir nés de la concentration mouiller, tremper, emplir, et imprégner ce corps, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le ravissement et le plaisir nés de la concentration. Juste comme s'il y avait un lac dont l'eau monterait par en-dessous et qu'il n'ait aucun afflux de l'est, de l'ouest, du nord, ou du sud, et qu'il ne se remplirait pas de temps en temps par des averses, alors la source d'eau fraîche montant dans le lac ferait mouiller, tremper, emplir et imprégner le lac d'eau fraîche, de façon qu'il n'y ait aucune partie du lac tout entier non imprégnée d'eau fraîche ; de même, un bhikkhu fait ce ravissement et ce plaisir nés de la concentration mouiller, tremper, emplir, et imprégner ce corps, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le ravissement et le plaisir nés de la concentration.


17. « De plus, bhikkhus, avec l'évanouissement du ravissement, un bhikkhu reste en équanimité, et attentionné et pleinement conscient, ressentant toujours des plaisirs avec le corps, il entre et reste dans le troisième jhâna, à propos duquel les nobles déclarent: 'Il a une demeure agréable, celui qui est en équanimité et en pleine conscience.' Il fait ce plaisir dépouillé de ravissement mouiller, tremper, emplir, et imprégner ce corps, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le plaisir dépouillé de ravissement. De même que, dans un étang de lotus bleus ou rouges ou blancs, certains lotus qui sont nés et ont grandi dans l'eau se développent immergés dans l'eau sans en sortir, et l'eau fraîche les mouille, les trempe, les emplit et les imprègne par leurs bouts et leurs racines, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ces lotus non imprégnée d'eau fraîche ; de même, un bhikkhu fait ce plaisir dépouillé de ravissement mouiller, tremper, emplir, et imprégner ce corps, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le plaisir dépouillé de ravissement.


18. « De plus, bhikkhus, avec l'abandon du plaisir et de la douleur, et avec la disparition antérieure de la joie et de la peine, un bhikkhu entre et reste dans le quatrième jhâna, qui n'a ni-douleur-ni-plaisir et a la pureté de la pleine conscience par l'équanimité. Il s'assoit emplissant ce corps avec un pur esprit lumineux, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le pur esprit lumineux. Juste comme s'il y avait un homme assis couvert de la tête aux pieds par un tissu blanc, de façon qu'il n'y ait aucune partie de son corps tout entier non imprégné par le tissu blanc ; de même, un bhikkhu s'assoit emplissant ce corps avec un pur esprit lumineux, de façon qu'il n'y ait aucune partie de ce corps tout entier non imprégné par le pur esprit lumineux.


(Les trois vraies connaissances)


19. «Lorsque son esprit concentré est ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, il le dirige vers la connaissance du souvenir des vies passées. Il se souvient de ses multiples vies passées, c'est à dire une naissance, deux naissances, trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances, vingt naissances, trente naissances, quarante naissances, cinquante naissances, cent naissances, mille naissances, cent mille naissances, de nombreux éons de contraction de l'univers, de nombreux éons d'expansion de l'univers, de nombreux éons de contraction et d'expansion de l'univers: 'Ici j'avais tel nom, j'étais de telle famille, avec telle apparence, telle était ma nourriture, telle était mon expérience du plaisir et de la douleur, telle était ma durée de vie; et mourant ici, je suis réapparu là.' Ainsi se souvient-il de ses multiples vies passées avec leurs aspects et détails. Juste comme un homme pourrait aller de son propre village à un autre village et alors revenir dans son propre village, il pourrait penser : 'Je suis allé de mon propre village à ce village, et là je me tins debout de telle façon, je m'assis de telle façon, parlai de telle façon, restai silencieux de telle façon ; et de ce village je suis allé à cet autre village, et là je me tins debout de telle façon, m'assis de telle façon, parlai de telle façon, restai silencieux de telle façon ; et de ce village je revins dans mon propre village.' De même, un bhikkhu se souvient de ses multiples vies passées, c'est à dire une naissance, deux naissances, trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances, vingt naissances, trente naissances, quarante naissances, cinquante naissances, cent naissances, mille naissances, cent mille naissances, de nombreux éons de contraction de l'univers, de nombreux éons d'expansion de l'univers, de nombreux éons de contraction et d'expansion de l'univers: 'Ici j'avais tel nom, j'étais de telle famille, avec telle apparence, telle était ma nourriture, telle était mon expérience du plaisir et de la douleur, telle était ma durée de vie; et mourant ici, je suis réapparu là.' Ainsi se souvient-il de ses multiples vies passées avec leurs aspects et détails.


20. «Lorsque son esprit concentré est ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, il le dirige vers la connaissance de la mort et de la réapparition des êtres. Avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, il voit les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux. Il comprend que le passage des êtres dépend de leurs actions ainsi: 'Ces êtres qui ont adopté une mauvaise conduite du corps, de la parole et de l'esprit, outrageux envers les nobles, de vues fausses, donnant effet à leurs vues fausses dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans des états de privation, dans une mauvaise destination, en perdition, et même en enfer; mais ces êtres qui ont adopté une bonne conduite du corps, de la parole et de l'esprit, non outrageux envers les nobles, de vue juste, donnant effet à leur vue juste dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans une bonne destination, même dans le monde céleste.' Ainsi avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, il voit les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux, et il comprend que le passage des êtres dépend de leurs actions. Juste comme s'il y avait deux maisons avec des portes et qu'un homme avec une bonne vue se tenant là entre les deux verrait des personnes entrer dans les maisons et en sortir et aller et venir, de même, avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, un bhikkhu voit les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux, et il comprend que le passage des êtres dépend de leurs actions.


21. «Lorsque son esprit concentré est ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, il le dirige vers la connaissance de la destruction des souillures. Il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine de la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation de la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation de la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci sont les souillures'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine des souillures'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation des souillures'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation des souillures.'
« Quand il sait et voit ainsi, son esprit est libéré de la souillure du désir sensuel, de la souillure de l'existence, et de la souillure de l'ignorance. Lorsqu'il est libéré vient la connaissance: 'Il est libéré.' Il comprend: 'La naissance est détruite, la sainte vie a été vécue, ce qui devait être fait a été fait, il n'y a plus de venue dans aucun état d'être.'
« Juste comme s'il y avait un lac dans un recoin de montagne, clair, limpide, et tranquille, de façon qu'un homme avec une bonne vue se tenant sur la rive puisse voir des coquillages, des graviers, et des galets, et aussi des bancs de poissons nageant et se reposant, il pourrait penser : 'Il y a ce lac, clair, limpide, et tranquille, et il y a ces coquillages, graviers, et galets, et aussi ces bancs de poissons nageant et se reposant.' De même, un bhikkhu comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine de la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation de la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation de la souffrance'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci sont les souillures'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine des souillures'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation des souillures'; il comprend comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation des souillures.' Quand il connaît et voit ainsi, son esprit est libéré de la souillure du désir sensuel, de la souillure de l'être, et de la souillure de l'ignorance. Lorsqu'il est libéré vient la connaissance: Il 'est libéré.' Il comprend: 'La naissance est détruite, la sainte vie a été vécue, ce qui devait être fait a été fait, il n'y a plus de venue dans aucun état d'être.'


(L'arahant)


22. « Bhikkhus, on dit d'un tel bhikkhu qu'il est un reclus, un brahmane, quelqu'un qui a été nettoyé, quelqu'un qui a atteint la connaissance, un érudit, un noble, un arahant.


23. « Et comment un bhikkhu est-il un reclus ? Il a apaisé les états mauvais et malsains qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et conduisent à de futures naissances, vieillesses, et mort. Voici comment un bhikkhu est un reclus.


24. « Et comment un bhikkhu est-il un brahmane ? Il a expulsé les états mauvais et malsains qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et conduisent à de futures naissances, vieillesses, et mort. Voici comment un bhikkhu est un brahmane.


25. « Et comment un bhikkhu est-il quelqu'un qui a été nettoyé? Il a nettoyé les états mauvais et malsains qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et conduisent à de futures naissances, vieillesses, et mort. Voici comment un bhikkhu est un qui a été nettoyé.


26. « Et comment un bhikkhu est-il quelqu'un qui a atteint la connaissance? Il a compris les états mauvais et malsains qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et conduisent à de futures naissances, vieillesses, et mort. Voici comment un bhikkhu est un qui a atteint la connaissance.


27. « Et comment un bhikkhu est-il un érudit? Les états mauvais et malsains qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et conduisent à de futures naissances, vieillesses, et mort, ont coulé hors de lui. Voici comment un bhikkhu est un érudit.


28. « Et comment un bhikkhu est-il un noble? Les états mauvais et malsains qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et conduisent à de futures naissances, vieillesses, et mort, sont très loin de lui. Voici comment un bhikkhu est un noble.


29. « Et comment un bhikkhu est-il un arahant? Les états mauvais et malsains qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et conduisent à de futures naissances, vieillesses, et mort, sont très loin de lui. Voici comment un bhikkhu est un arahant.


Ainsi parla le Bienheureux. Les bhikkhus furent satisfaits des paroles du Bienheureux et s'en réjouirent.


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Traduit par Pháp Thân, d'après 'The middle lenght discourses of the Buddha : a new translation of the Majjhima Nikâya / original translation by Bhikkhu Ñânamoli ; translation edited and revised by Bhikkhu Bodhi' avec l'aimable permission de Wisdom Publications and Bhikkhu Bodhi.