Majjhima Nikâya 036
Mahâsaccaka Sutta
Le grand discours sur Saccaka

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1. Voici ce que j'ai entendu. En une occasion, le Bienheureux se trouvait à Vesâlî dans la Grande Forêt dans la Salle au Toit Pointu.


2. Et en cette occasion, quand c'était le matin, le Bienheureux, ayant fini de s'habiller et ayant pris son bol et sa robe extérieure, désirait aller à Vesâlî pour les aumônes.


3. Alors, comme Saccaka le fils de Nigantha marchait et se promenait pour s'exercer, il alla à la Grande Salle au Toit Pointu dans la Grande Forêt. Le vénérable Ânanda le vit venir au loin et dit au Bienheureux : « Vénérable, ici vient Saccaka le fils de Nigantha, un débatteur et orateur intelligent considéré par beaucoup comme un saint. Il souhaite discréditer le Buddha, le Dhamma, et la Sangha. Il serait bien que le Bienheureux s'assoit pendant un moment par compassion. » Le Bienheureux s'assit sur le siège préparé. Alors Saccaka le fils de Nigantha alla voir le Bienheureux et échangea des salutations avec lui. Quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, il s'assit sur un côté et dit au Bienheureux :


4. « Maître Gotama, il y a certains reclus et brahmanes qui poursuivent le développement du corps, mais pas le développement de l'esprit. Ils sont affectés par une sensation corporelle douloureuse. Dans le passé, lorsque l'on était affecté par une sensation corporelle douloureuse, les cuisses devenaient rigides, le coeur éclatait, du sang chaud jaillissait de la bouche, et l'on devenait fou, perdait l'esprit. Alors quand l'esprit était soumis au corps, le corps était son maître. Pourquoi cela ? Parce que l'esprit n'était pas développé. Mais il y a certains reclus et brahmanes qui poursuivent le développement de l'esprit, mais pas le développement du corps. Ils sont affectés par une sensation mentale douloureuse. Dans le passé, lorsqu'on était affecté par une sensation mentale douloureuse, les cuisses devenaient rigides, le coeur éclatait, du sang chaud jaillissait de la bouche, et l'on devenait fou, perdait l'esprit. Alors le corps était soumis à l'esprit, l'esprit était son maître. Pourquoi cela ? Parce que le corps n'était pas développé. Maître Gotama, il me vint à l'esprit: 'Certainement que les disciples du Maître Gotama poursuivent le développement de l'esprit, mais pas le développement du corps.' »


5. « Mais, Agivessana, qu'as-tu appris à propos du développement du corps ? »
« Et bien, il y a, par exemple, Nanda Vaccha, Kisa Sankicca, Makkhali Gosâla. Ils vont nus, rejettent les conventions, lèchent leurs mains, ne viennent pas quand on leur demande, ne s'arrêtent pas lorsqu'on leur demande ; ils n'acceptent pas de nourriture apportée ou de nourriture préparée spécialement ou une invitation à un repas ; ils ne reçoivent rien d'un pot, d'un bol, à travers d'un seuil de porte, par un bâton, par un pilon, de deux personnes mangeant ensemble, d'une femme enceinte, d'une femme allaitant, d'une femme parmi les hommes, d'où la nourriture est annoncée être distribuée, d'où un chien attend, d'où il y a des mouches bourdonnantes; ils n'acceptent pas de poisson ou de viande, ils ne boivent pas d'alcool, de vin, ou de préparation fermentée. Ils s'en tiennent à une maison, à une bouchée; ils s'en tiennent à deux maisons, à deux bouchées; ils s'en tiennent à trois maisons, à trois bouchées; ils s'en tiennent à quatre maisons, à quatre bouchées; ils s'en tiennent à cinq maisons, à cinq bouchées; ils s'en tiennent à six maisons, à six bouchées; ils s'en tiennent à sept maisons, à sept bouchées. Ils vivent d'une soucoupe par jour, de deux soucoupes par jour, de trois soucoupes par jour, de quatre soucoupes par jour, de cinq soucoupes par jour, de six soucoupes par jour, de sept soucoupes par jour. Ils prennent de la nourriture une fois par jour, une fois tous les deux jours, une fois tous les trois jours, une fois tous les quatre jours, une fois tous les cinq jours, une fois tous les six jours, une fois tous les sept jours; ceci même jusqu'à une fois tous les quinze jours, ils continuent à poursuivre la pratique de prendre de la nourriture à intervalles fixes. »


6. « Mais subsistent-ils de si peu, Aggivessana ? »
« Non, Maître Gotama, quelquefois il consomment de la délicieuse nourriture dure, mangent de la délicieuse nourriture tendre, goûtent de délicieux mets raffinés, boivent de délicieuses boissons. Ainsi ils retrouvent encore leur force, se fortifient, et grossissent. »
« Ce qu'ils abandonnèrent avant, Aggivessana, ils le retrouvent plus tard. Voici comment il y a une augmentation et une diminution de ce corps. Mais qu'as-tu appris à propos du développement de l'esprit ? »
Quand Saccaka le fils de Nigantha fut questionné par le Bienheureux à propos du développement de l'esprit, il fut incapable de répondre.


7. Alors le Bienheureux lui dit : « Ce que tu viens de dire à propos du développement du corps, Aggivessana, n'est pas le développement du corps selon le Dhamma dans la Discipline du Noble. Puisque tu ne sais pas ce qu'est le développement du corps, comment pourrais-tu savoir ce qu'est le développement de l'esprit ? Aggivessana, en ce qui concerne la façon dont on est non développé du corps et non développé de l'esprit, et développé du corps et développé de l'esprit, écoute et fais bien attention à ce que je vais dire. » - « Oui, Vénérable, » répondit Saccaka le fils de Nigantha. Le Bienheureux dit ceci :


8. « Comment, Aggivessana, est-on non développé du corps et non développé de l'esprit ? Ici, Aggivessana, une sensation agréable qui s'élève dans une personne ordinaire ignorante. Affectée par cette sensation agréable, elle cherche le plaisir et continue à chercher le plaisir. Sa sensation agréable cesse. Avec la cessation de la sensation agréable, une sensation douloureuse s'élève. Affectée par cette sensation douloureuse, elle est triste, se chagrine et se lamente, elle pleure en se frappant la poitrine et devient affolée. Lorsque cette sensation agréable s'est élevée en elle, elle envahit son esprit et reste parce que le corps n'est pas développé. Et lorsque cette sensation douloureuse s'est élevée en elle, elle envahit son esprit et reste parce que l'esprit n'est pas développé. Quiconque en qui, de ces deux façons, une sensation agréable s'étant élevée envahit son esprit et reste parce que le corps n'est pas développé, et une sensation douloureuse s'étant élevée envahit son esprit et reste parce que l'esprit n'est pas développé, est ainsi non développé dans le corps et non développé dans l'esprit.


9. « Et comment, Aggivessana, est-on développé du corps et développé de l'esprit ? Ici, Aggivessana, une sensation agréable s'élève en un disciple bien enseigné. Affecté par cette sensation agréable, il ne cherche pas le plaisir ou ne continue pas à chercher le plaisir. Sa sensation agréable cesse. Avec la cessation de la sensation agréable, une sensation douloureuse s'élève. Affecté par cette sensation douloureuse, il n'est pas triste, ne se chagrine pas et ne se lamente pas, il ne pleure pas en se frappant la poitrine et ne devient pas affolé. Lorsque cette sensation agréable s'est élevée en lui, elle n'envahit pas son esprit et ne reste pas parce que le corps est développé. Et lorsque cette sensation douloureuse s'est élevée en lui, elle n'envahit pas son esprit et ne reste pas parce que l'esprit est développé. Quiconque en qui, de ces deux façons, une sensation agréable s'étant élevée n'envahit pas son esprit et ne reste pas parce que le corps est développé, et une sensation douloureuse s'étant élevée n'envahit pas son esprit et ne reste pas parce que l'esprit est développé, est ainsi développé dans le corps et développé dans l'esprit. »


10. « Je fais confiance au Maître Gotama ainsi : 'Maître Gotama est développé dans le corps et développé dans l'esprit. »
« Certainement, Aggivessana, tes paroles sont offensantes et impolies, mais je vais quand même te répondre. Depuis que j'ai rasé mes cheveux et ma barbe, mis la robe jaune, et suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer, il n'a pas été possible pour une sensation agréable élevée en moi d'envahir mon esprit et de rester ou pour une sensation douloureuse élevée en moi d'envahir mon esprit et de rester. »


11. « Ne s'est-il jamais élevé dans le Maître Gotama une sensation si agréable qu'elle puisse envahir son esprit et rester ? Ne s'est-il jamais élevé dans le Maître Gotama une sensation si douloureuse qu'elle puisse envahir son esprit et rester ? »


12. « Pourquoi, Aggivessana ? Aggivessana, avant mon éveil, alors que j'étais encore seulement un Bodhisatta non éveillé, je pensai : 'La vie de maître de maison est chargée et poussiéreuse ; la vie passée est à l'air libre. Il n'est pas facile, lorsque l'on vit dans une maison, de suivre la sainte vie absolument parfaite et pure comme un coquille polie. Supposons que je rase mes cheveux et ma barbe, mette la robe jaune, et aille de la vie de foyer vers la vie sans foyer.'


13. « Plus tard, alors que j'étais encore jeune, un homme jeune aux cheveux noirs doté de la bénédiction de la jeunesse, dans la fleur de l'âge, bien que ma mère et mon père en aient souhaité autrement et aient pleuré, leur visage plein de larmes, je rasai mes cheveux et ma barbe, mit la robe jaune, et alla de la vie de foyer vers la vie sans foyer.


14. « Étant parti, bhikkhus, à la recherche de ce qui est sain, cherchant le suprême état de paix sublime, je suis allé voir Âlâra Kâlâma et lui ai dit : 'Ami Kâlâma, je souhaite suivre la sainte vie dans ce Dhamma et cette Discipline.' Âlâra Kâlâma répondit : 'Le vénérable peut rester ici. Ce Dhamma est tel qu'un homme sage peut rapidement y entrer et y demeurer, réalisant par lui-même par la connaissance directe l'enseignement de son propre maître.' J'appris rapidement ce Dhamma. Aussi loin qu'une simple récitation du bout des lèvres et que la répétition de ses enseignements allèrent, je pus parler avec connaissance et assurance, et proclamai, 'Je sais et je vois' – et il y en eut d'autres qui firent de même.
« Je considérai : 'Ce n'est pas seulement par simple foi qu'Âlâra Kâlâma déclare : « En réalisant par moi-même avec la connaissance directe, j'entre et demeure dans ce Dhamma. » Il est certain qu'Âlâra Kâlâma connaît et voit ce Dhamma.' Alors je suis allé voir Âlâra Kâlâma et lui ai demandé : 'Ami Kâlâma, de quelle façon déclarez-vous qu'en réalisant par vous-même avec la connaissance directe, vous entrez et demeurer dans ce Dhamma ?' En réponse il déclara la base du vide.
« Je considérai : 'Il n'y a pas qu'Âlâra Kâlâma qui possède la foi, l'énergie, la pleine conscience, la concentration, et la sagesse. Je possède aussi la foi, l'énergie, la pleine conscience, la concentration, et la sagesse. Supposons que j'essaye de réaliser ce Dhamma dans lequel Âlâra Kâlâma déclare entrer et demeurer en réalisant par lui-même avec la connaissance directe.'
« J'entrai rapidement et demeurai dans ce Dhamma en réalisant par moi-même avec la connaissance directe. Alors je suis allé voir Âlâra Kâlâma et lui ai demandé : 'Ami Kâlâma, est-ce de cette façon que vous déclarez entrer et demeurer dans ce Dhamma en réalisant par vous-même avec la connaissance directe ?' - 'C'est de cette façon, ami.' - 'C'est de cette façon, ami, que moi aussi j'entre et demeure dans ce Dhamma en réalisant par moi-même avec la connaissance directe.' - 'C'est un bienfait pour nous, ami, c'est un grand bienfait pour nous que nous ayons un tel vénérable comme compagnon dans la sainte vie. Ainsi le Dhamma dans lequel je déclare entrer et demeurer en réalisant par moi-même avec la connaissance directe est le Dhamma dans lequel tu entres et demeures en réalisant par toi-même avec la connaissance directe. Et le Dhamma dans lequel tu entres et demeures en réalisant par toi-même avec la connaissance directe est le Dhamma dans lequel je déclare entrer et demeurer en réalisant par moi-même avec la connaissance directe. Ainsi tu connais le Dhamma que je connais et je connais le Dhamma que tu connais. Comme je suis, tu es aussi ; comme tu es, je suis aussi. Viens, ami, dirigeons cette communauté ensemble.'
« Ainsi Âlâra Kâlâma, mon maître, me plaça, son disciple, sur un pied d'égalité avec lui et me rendit le plus grand honneur. Mais il me vint à l'esprit: 'Ce Dhamma ne conduit pas au désenchantement, à la dépassion, à la cessation, à la paix, à la connaissance directe, à l'illumination, au Nibbâna, mais seulement à la réapparition dans la base du vide.' N'étant pas satisfait avec ce Dhamma, déçu par lui, je partis.


15. « Encore à la recherche, bhikkhus, de ce qui est sain, cherchant le suprême état de paix sublime, je suis allé voir Uddaka Râmaputta et lui ai dit : 'Ami, je souhaite suivre la sainte vie dans ce Dhamma et cette Discipline.' Uddaka Râmaputta répondit : 'Le vénérable peut rester ici. Ce Dhamma est tel qu'un homme sage peut rapidement y entrer et y demeurer, réalisant par lui-même par la connaissance directe l'enseignement de son propre maître.' J'appris rapidement ce Dhamma. Aussi loin qu'une simple récitation du bout des lèvres et que la répétition de ses enseignements allèrent, je pus parler avec connaissance et assurance, et proclamai, 'Je sais et je vois' – et il y en eut d'autres qui firent de même.
« Je considérai : 'Ce n'est pas seulement par simple foi que Râma déclara : « En réalisant par moi-même avec la connaissance directe, j'entre et demeure dans ce Dhamma. » Il est certain que Râma connaît et voit ce Dhamma.' Alors je suis allé voir Uddaka Râmaputta et lui ai demandé : 'Ami, de quelle façon Râma a-t-il déclaré qu'en réalisant par vous-même avec la connaissance directe, il entre et demeure dans ce Dhamma ?' En réponse Uddaka Râmaputta déclara la base de ni-perception-ni-non-perception.
« Je considérai : 'Il n'y a pas que Râma qui possède la foi, l'énergie, la pleine conscience, la concentration, et la sagesse. Je possède aussi la foi, l'énergie, la pleine conscience, la concentration, et la sagesse. Supposons que j'essaye de réaliser ce Dhamma dans lequel Râma déclare entrer et demeurer en réalisant par lui-même avec la connaissance directe.'
« J'entrai rapidement et demeurai dans ce Dhamma en réalisant par moi-même avec la connaissance directe. Alors je suis allé voir Uddaka Râmaputta et lui ai demandé : 'Ami, est-ce de cette façon que Râma a déclaré être entré et avoir demeuré dans ce Dhamma en réalisant par lui-même avec la connaissance directe ?' - 'C'est de cette façon, ami.' - 'C'est de cette façon, ami, que moi aussi j'entre et demeure dans ce Dhamma en réalisant par moi-même avec la connaissance directe.' - 'C'est un bienfait pour nous, ami, c'est un grand bienfait pour nous que nous ayons un tel vénérable comme compagnon dans la sainte vie. Ainsi le Dhamma dans lequel Râma a déclaré être entré et avoir demeuré en réalisant par lui-même avec la connaissance directe est le Dhamma dans lequel tu entres et demeures en réalisant par toi-même avec la connaissance directe. Et le Dhamma dans lequel tu entres et demeures en réalisant par toi-même avec la connaissance directe est le Dhamma dans lequel Râma a déclaré être entré et avoir demeuré en réalisant par lui-même avec la connaissance directe. Ainsi tu connais le Dhamma que Râma a connu et Râma a connu le Dhamma que tu connais. Comme Râma était, tu es aussi ; comme tu es, Râma était aussi. Viens, ami, dirige maintenant cette communauté.'
« Ainsi Uddaka Râmaputta, mon compagnon dans la sainte vie, me plaça en position de maître et me rendit le plus grand honneur. Mais il me vint à l'esprit: 'Ce Dhamma ne conduit pas au désenchantement, à la dépassion, à la cessation, à la paix, à la connaissance directe, à l'illumination, au Nibbâna, mais seulement à la réapparition dans la base de ni-perception-ni-non-perception.' N'étant pas satisfait avec ce Dhamma, déçu par lui, je partis.


16. « Encore à la recherche, bhikkhus, de ce qui est sain, cherchant le suprême état de paix sublime, je voyageai par étapes à travers le pays du Magadhan jusqu'à ce que finalement j'arrive à Uruvelâ, à Senânigama. Là je vis un agréable terrain, un charmant bosquet avec une rivière aux flots limpides, avec de plaisantes rives régulières, à proximité d'un village pour recourir aux aumônes. Je considérai : 'Ceci est un agréable terrain, ceci est un charmant bosquet avec une rivière aux flots limpides, avec de plaisantes rives régulières, à proximité d'un village pour recourir aux aumônes. Cela servira les efforts d'un fils de bonne famille résolu à faire des efforts.' Et je m'assis là pensant : 'Cela servira pour les efforts.'


17. «Alors ces trois comparaisons, jamais entendues auparavant, m'apparurent spontanément. Supposons qu'il y ait un morceau de bois vert mouillé reposant dans l'eau, et qu'un homme vienne avec la partie supérieure d'un bâton de feu, pensant : 'Je vais allumer un feu, je vais produire de la chaleur.' Qu'en penses-tu Aggivessana ? L'homme pourrait-il allumer un feu et produire de la chaleur en prenant la partie supérieure d'un bâton de feu et en la frottant contre le morceau de bois vert mouillé reposant dans l'eau ? »
« Non, Maître Gotama. Pourquoi ? Parce que c'est un morceau de bois vert mouillé, et qu'il repose dans l'eau. Finalement l'homme récoltera seulement de la lassitude et de la déception. »
« De même, Aggivessana, en ce qui concerne ces reclus et brahmanes qui ne vivent pas encore corporellement retirés des plaisirs sensuels, et dont le désir, l'affection, l'engouement, la soif, et la fièvre pour les plaisirs sensuels n'ont pas été pleinement abandonnés et supprimés intérieurement, même si ces bons reclus et brahmanes sentent des sensations douloureuses, déchirantes, perçantes en raison des efforts, ils sont incapables de connaissance et de vision et d'éveil suprême ; et même si ces bons reclus et brahmanes ne sentent pas des sensations douloureuses, déchirantes, perçantes en raison des efforts, ils sont incapables de connaissance et de vision et d'éveil suprême. Ce fut la première comparaison jamais entendue auparavant qui m'apparut spontanément.


18. « De plus, Aggivessana, une seconde comparaison jamais entendue auparavant m'apparut spontanément. Supposons qu'il y ait un morceau de bois vert mouillé reposant sur la terre ferme loin de l'eau, et qu'un homme vienne avec la partie supérieure d'un bâton de feu, pensant : 'Je vais allumer un feu, je vais produire de la chaleur.' Qu'en penses-tu Aggivessana ? L'homme pourrait-il allumer un feu et produire de la chaleur en prenant la partie supérieure d'un bâton de feu et en la frottant contre le morceau de bois vert mouillé reposant sur la terre ferme loin de l'eau ? »
« Non, Maître Gotama. Pourquoi ? Parce que c'est un morceau de bois vert mouillé, même s'il repose sur la terre ferme loin de l'eau. Finalement l'homme récoltera seulement de la lassitude et de la déception. »
« De même, Aggivessana, en ce qui concerne ces reclus et brahmanes qui vivent corporellement retirés des plaisirs sensuels, mais dont le désir, l'affection, l'engouement, la soif, et la fièvre pour les plaisirs sensuels n'ont pas été pleinement abandonnés et supprimés intérieurement, même si ces bons reclus et brahmanes sentent des sensations douloureuses, déchirantes, perçantes en raison des efforts, ils sont incapables de connaissance et de vision et d'éveil suprême ; et même si ces bons reclus et brahmanes ne sentent pas des sensations douloureuses, déchirantes, perçantes en raison des efforts, ils sont incapables de connaissance et de vision et d'éveil suprême. Ce fut la seconde comparaison jamais entendue auparavant qui m'apparut spontanément.


19. « De plus, Aggivessana, une troisième comparaison jamais entendue auparavant m'apparut spontanément. Supposons qu'il y ait un morceau de bois sans sève reposant sur la terre ferme loin de l'eau, et qu'un homme vienne avec la partie supérieure d'un bâton de feu, pensant : 'Je vais allumer un feu, je vais produire de la chaleur.' Qu'en penses-tu Aggivessana ? L'homme pourrait-il allumer un feu et produire de la chaleur en prenant la partie supérieure d'un bâton de feu et en la frottant contre le morceau de bois sans sève reposant sur la terre ferme loin de l'eau ? »
«Oui, Maître Gotama. Pourquoi cela? Parce que c'est un morceau de bois sans sève, et qu'il repose sur la terre ferme loin de l'eau. »
« De même, Aggivessana, en ce qui concerne ces reclus et brahmanes qui vivent corporellement retirés des plaisirs sensuels, et dont le désir, l'affection, l'engouement, la soif, et la fièvre pour les plaisirs sensuels ont été pleinement abandonnés et supprimés intérieurement, même si ces bons reclus et brahmanes sentent des sensations douloureuses, déchirantes, perçantes en raison des efforts, ils sont capables de connaissance et de vision et d'éveil suprême ; et même si ces bons reclus et brahmanes ne sentent pas des sensations douloureuses, déchirantes, perçantes en raison des efforts, ils sont capables de connaissance et de vision et d'éveil suprême. Ce fut la troisième comparaison jamais entendue auparavant qui m'apparut spontanément. Ce sont les trois comparaisons jamais entendues auparavant qui m'apparurent spontanément.


20. « Je pensai : 'Supposons qu'avec mes dents serrées et ma langue pressée contre le palais, je batte, contraigne, et écrase l'esprit avec l'esprit. Alors, avec mes dents serrées et ma langue pressée contre le palais, je battis, contraignis, et écrasai l'esprit avec l'esprit. Pendant que je faisais cela, de la sueur coula de mes aisselles. Juste comme un homme fort pourrait attraper un homme plus faible par la tête ou les épaules et le battre, le contraindre, et l'écraser, de même, avec mes dents serrées et ma langue pressée contre le palais, je battis, contraignis, et écrasai l'esprit avec l'esprit, et de la sueur coula de mes aisselles. Mais bien qu'une énergie inépuisable s'était élevée en moi et qu'une pleine conscience incessante était établie, mon corps était à bout et non calme parce que j'étais épuisé par les efforts douloureux. Mais une telle sensation douloureuse s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


21. « Je pensai : 'Supposons que je pratique la méditation sans respirer.' Alors j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche et mon nez. Pendant que je faisais cela, de bruyants sons de vent passèrent par mes oreilles. Juste comme lorsqu'il y a un bruyant son quand les soufflets d'un forgeron sont soufflés, de même, comme j'arrêtai les inspirations et les expirations par mon nez, et mes oreilles, de bruyants sont de vent passèrent par mes oreilles. Mais bien qu'une énergie inépuisable s'était élevée en moi et qu'une pleine conscience incessante était établie, mon corps était à bout et non calme parce que j'étais épuisé par les efforts douloureux. Mais une telle sensation douloureuse s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


22. « Je pensai : 'Supposons que je pratique plus profondément la méditation sans respirer.' Alors j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche, mon nez, et mes oreilles. Pendant que je faisais cela, de violents vents coupèrent à travers ma tête. Juste comme si un homme fort écraserait ma tête avec le bout d'une épée tranchante, de même, comme j'arrêtai les inspirations et les expirations part ma bouche, mon nez, et mes oreilles, de violents vents coupèrent à travers ma tête. Mais bien qu'une énergie inépuisable s'était élevée en moi et qu'une pleine conscience incessante était établie, mon corps était à bout et non calme parce que j'étais épuisé par les efforts douloureux. Mais une telle sensation douloureuse s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


23. « Je pensai : 'Supposons que je pratique plus profondément la méditation sans respirer.' Alors j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche, mon nez, et mes oreilles. Pendant que je faisais cela, il y avait de violentes douleurs dans ma tête. Juste comme si un homme fort serrait une lanière de cuire autour de ma tête comme un bandeau, de même, comme j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche, mon nez, et mes oreilles, il y avait de violentes douleurs dans ma tête. Mais bien qu'une énergie inépuisable s'était élevée en moi et qu'une pleine conscience incessante était établie, mon corps était à bout et non calme parce que j'étais épuisé par les efforts douloureux. Mais une telle sensation douloureuse s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


24. « Je pensai : 'Supposons que je pratique plus profondément la méditation sans respirer.' Alors j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche, mon nez, et mes oreilles. Pendant que je faisais cela, de violents vents découpaient mon ventre. Juste comme si un habile boucher ou son apprenti découpaient le ventre d'un boeuf avec un couteau de boucher tranchant, de même, comme j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche, mon nez, et mes oreilles, de violents vents découpaient mon ventre. Mais bien qu'une énergie inépuisable s'était élevée en moi et qu'une pleine conscience incessante était établie, mon corps était à bout et non calme parce que j'étais épuisé par les efforts douloureux. Mais une telle sensation douloureuse s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


25. « Je pensai : 'Supposons que je pratique plus profondément la méditation sans respirer.' Alors j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche, mon nez, et mes oreilles. Pendant que je faisais cela, il y avait un violent incendie dans mon corps. Juste comme si deux hommes forts saisissaient un homme faible par les deux bras et le rôtissaient au dessus d'une fosse de charbons brûlants, de même, comme j'arrêtai les inspirations et les expirations par ma bouche, mon nez, et mes oreilles, il y avait un violent incendie dans mon corps. Mais bien qu'une énergie inépuisable s'était élevée en moi et qu'une pleine conscience incessante était établie, mon corps était à bout et non calme parce que j'étais épuisé par les efforts douloureux. Mais une telle sensation douloureuse s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


26. « Alors quand des déités me virent, certaines dirent: 'Le reclus Gotama est mort.' D'autre déités dirent : 'Le reclus Gotama n'est pas mort, il est en train de mourir.' Et d'autre déités dirent : 'Le reclus Gotama n'est ni mort ni en train de mourir ; il est un arahant, car c'est ainsi que demeurent les arahants.'


27. « Je pensai : 'Supposons que je pratique la cessation totale de nourriture.' Alors des déités vinrent me voir et dirent : 'Vénérable, ne pratiquez pas la cessation totale de nourriture. Si vous faites ainsi, nous infuserons de la nourriture céleste par les pores de votre peau et vous vivrez de cela.' Je considérai : 'Si j'affirmais que je jeûnais complètement alors que ces déités m'infusaient de la nourriture céleste dans les pores de ma peau et vivais de cela, alors je mentirais.' Alors je renvoyai ces déités, disant : 'Je n'ai pas besoin de cela.'


28. « Je pensai : 'Supposons que je prenne très peu de nourriture, une poignée à chaque fois, que ce soit une soupe de haricots ou une soupe de lentilles ou une soupe de gesse ou une soupe de pois.' Alors je pris très peu de nourriture, une poignée à chaque fois, que ce soit une soupe de haricots ou une soupe de lentilles ou une soupe de gesse ou une soupe de pois. Alors que je faisais cela, mon corps atteignit un état d'amaigrissement extrême. Parce que je mangeais si peu, mes membres devinrent comme les segments joints de tiges de vignes ou de tiges de bambous. Parce que je mangeais si peu mon postérieur devint comme un sabot de chameau. Parce que je mangeais si peu les projections sur ma colonne vertébrale ressortirent comme des perles enfilées. Parce que je mangeais si peu, mes côtes ressortirent aussi décharnées que les chevrons détraqués d'une vieille grange sans toit. Parce que je mangeais si peu, la lueur de mes yeux s'enfonça loin dans leurs orbites, ressemblant à la lueur de l'eau qui s'est enfoncée loin dans un puits profond. Parce que je mangeais si peu, mon cuir chevelu se fripa et se flétrit comme une gourde amère verte se fripe et se ride dans le vent et le soleil. Parce que je mangeais si peu, la peau de mon ventre adhéra à ma colonne vertébrale; ainsi si je voulais toucher la peau de mon ventre je rencontrais ma colonne vertébrale, et si je voulais toucher ma colonne vertébrale je rencontrais la peau de mon ventre. Parce que je mangeais si peu, si je voulais déféquer ou uriner, je tombais par terre sur mon visage. Parce que je mangeais si peu, si j'essayais de soulager mon corps en frottant mes membres avec mes mains, les cheveux, pourris à leurs racines, tombaient de mon corps comme je frottais.


29. « Alors quand des personnes me voyaient, certaines disaient : 'Le reclus Gotama est noir.' D'autre personnes disaient : 'Le reclus Gotama n'est pas noir, il est brun.' D'autres personnes disaient : 'Le reclus Gotama n'est ni noir, ni brun, il a la peau dorée.' À ce point s'était détériorée la couleur claire, éclatante de ma peau en mangeant si peu.


30. « Je pensai : 'Quelles que soient les sensations douloureuses, déchirantes, perçantes que les reclus ou brahmanes aient expérimenté dans le passé en raison des efforts, celle-ci est la plus grande, il n'y en a pas au-delà. Et quelles que soient les sensations douloureuses, déchirantes, perçantes que les reclus ou brahmanes expérimenteront dans le futur en raison des efforts, celle-ci est la plus grande, il n'y en a pas au-delà. Et quelles que soient les sensations douloureuses, déchirantes, perçantes que les reclus ou brahmanes expérimentent à présent en raison des efforts, celle-ci est la plus grande, il n'y en a pas au-delà. Mais par cette atroce pratique des austérités je n'atteignit aucun état surnaturel, aucune distinction en connaissance et vision digne des nobles. Pourrait-il y avoir un autre chemin vers l'éveil ?'


31. « Je pensai: 'Je me souviens que quand mon père le Sakya était occupé, alors que j'étais assis à l'ombre fraîche d'un pommier rose, tout à fait retiré des plaisirs sensuels, retiré des états malsains, j'entrai et restai dans le premier jhâna, qui est accompagné d'une pensée appliquée et soutenue, avec un ravissement et un plaisir nés de la solitude. Pourrait-ce être le chemin vers l'éveil ?' Alors, suivant ce souvenir, vint la réalisation : 'C'est en effet le chemin vers l'éveil.'


32. « Je pensai : 'Pourquoi ai-je peur de ce plaisir qui n'a rien à voir avec les plaisirs sensuels et les états malsains ?' Je pensai : 'Je n'ai pas peur de ce plaisir puisqu'il n'y rien à voir avec les plaisirs sensuels et les états malsains.'


33. « Je considérai : Ce n'est pas facile d'atteindre ce plaisir avec un corps tellement émacié. Supposons que je mange de la nourriture solide – du riz bouilli et du porridge.' Et je mangeai de la nourriture solide – du riz bouilli et du porridge.' Et je mangeai de la nourriture solide – du riz bouilli et du porridge. Et en ce temps cinq bhikkhus m'attendaient, pensant : 'Si notre reclus Gotama atteint des états élevés, il nous informera.' Mais quand je mangeai le riz bouilli et le porridge, les cinq bhikkhus furent dégoûtés et me quittèrent, pensant : 'Le reclus Gotama vit maintenant luxueusement ; il a abandonné ses efforts et est retourné dans le luxe.'


34. « Quand j'eus mangé de la nourriture solide et regagné ma force, alors, tout à fait retiré des plaisirs sensuels, retiré des états malsains, j'entrai et restai dans le premier jhâna, qui est accompagné d'une pensée appliquée et soutenue, avec un ravissement et un plaisir nés de la solitude. Mais une telle sensation agréable s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


35. « Avec la tranquillisation de la pensée appliquée et soutenue, j'entrai et restai dans le deuxième jhâna, qui a la confiance et l'unité de l'esprit sans la pensée appliquée et soutenue, avec un ravissement et un plaisir nés de la concentration. Mais une telle sensation agréable s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


36. « Avec l'évanouissement du ravissement, je restai dans l'équanimité, et attentionné et pleinement conscient, ressentant toujours des plaisirs avec le corps, j'entrai et restai dans le troisième jhâna, à propos duquel les nobles déclarent: 'Il a une demeure agréable, celui qui est en équanimité et en pleine conscience.' Mais une telle sensation agréable s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


37. « Avec l'abandon du plaisir et de la douleur, et avec la disparition antérieure de la joie et de la peine, j'entrai et restai dans le quatrième jhâna, qui n'a ni douleur ni plaisir et a la pureté de la pleine conscience par l'équanimité. Mais une telle sensation agréable s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


38. «Lorsque mon esprit concentré fut ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, je le dirigeai vers la connaissance du souvenir des vies passées. Je me souvins de mes multiples vies passées, c'est à dire une naissance, deux naissances, trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances, vingt naissances, trente naissances, quarante naissances, cinquante naissances, cent naissances, mille naissances, cent mille naissances, de nombreux éons de contraction de l'univers, de nombreux éons d'expansion de l'univers, de nombreux éons de contraction et d'expansion de l'univers: 'Ici j'avais tel nom, j'étais de telle famille, avec telle apparence, telle était ma nourriture, telle était mon expérience du plaisir et de la douleur, telle était ma durée de vie; et mourant ici, je suis réapparu là.' Ainsi me suis-je souvenu de mes multiples vies passées avec leurs aspects et détails.


39. «Ce fut la première vraie connaissance que j'atteignis pendant la première veille de la nuit. L'ignorance fut chassée et la vraie connaissance apparut, les ténèbres furent chassées et la lumière apparut, comme il arrive à celui qui demeure diligent, ardent et résolu. Mais une telle sensation agréable s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


40. «Lorsque mon esprit concentré fut ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, je le dirigeai vers la connaissance de la mort et de la réapparition des êtres. Avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vis les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux. Je compris que le passage des êtres dépendait de leurs actions ainsi: 'Ces êtres qui ont adopté une mauvaise conduite du corps, de la parole et de l'esprit, outrageux envers les nobles, de vues fausses, donnant effet à leurs vues fausses dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans des états de privation, dans une mauvaise destination, en perdition, et même en enfer; mais ces êtres qui ont adopté une bonne conduite du corps, de la parole et de l'esprit, non outrageux envers les nobles, de vue juste, donnant effet à leur vue juste dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans une bonne destination, même dans le monde céleste.' Ainsi avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, je vis les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux, et je compris comment le passage des êtres dépendait de leurs actions.


41. «Ce fut la deuxième vraie connaissance que j'atteignis pendant la deuxième veille de la nuit. L'ignorance fut chassée et la vraie connaissance apparut, les ténèbres furent chassées et la lumière apparut, comme il arrive à celui qui demeure diligent, ardent et résolu. Mais une telle sensation agréable s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


42. «Lorsque mon esprit concentré fut ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, je le dirigeai vers la connaissance de la destruction des souillures. Je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci est la souffrance'; je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine de la souffrance'; je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation de la souffrance'; je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation de la souffrance'; je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci sont les souillures'; je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine des souillures'; je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation des souillures'; je connus directement comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation des souillures.'


43. « Lorsque je connus et vis ceci, mon esprit fut libéré de la souillure du désir sensuel, de la souillure de l'être, de la souillure de l'ignorance. Lorsqu'il fut libéré est venue la connaissance: 'Il est libéré.' Je connus directement: 'La naissance est détruite, la sainte vie a été vécue, ce qui devait être fait a été fait, il n'y a plus de venue dans aucun état d'être.'


44. « Ce fut la troisième vraie connaissance que j'atteignis pendant la troisième veille de la nuit. L'ignorance fut chassée et la vraie connaissance apparut, les ténèbres furent chassées et la lumière apparut, comme il arrive à celui qui demeure diligent, ardent et résolu. Mais une telle sensation agréable s'étant élevée en moi n'envahit pas mon esprit et ne resta pas.


45. « Aggivessana, je me souviens avoir enseigné le Dhamma devant une assemblée de plusieurs centaines de personnes, et même là chaque personne pensa de moi : 'Le reclus Gotama enseigne le Dhamma spécialement pour moi.' Mais cela ne devait pas être considéré ainsi ; le Tathâgata enseigne le Dhamma aux autres seulement pour leur donner la connaissance. Quand l'enseignement est fini, Aggivessana, alors je stabilise mon esprit intérieurement, le calme, l'unifie, et le concentre sur ce même signe de concentration qu'auparavant, dans le quel je demeure constamment. »
« C'est un sujet sur lequel Maître Gotama est digne de confiance, comme une personne accomplie et pleinement éveillée devrait l'être. Mais Maître Gotama se souvient-t-il avoir dormi durant le jour ? »


46. « Je me souviens, Aggivessana, dans le dernier mois de la saison chaude, en retournant de ma tournée d'aumône, après le repas j'ai étalé ma robe extérieure pliée en quatre, et m'allongeant sur mon côté droit, je m'endormis attentif et pleinement conscient. »
« Certains reclus et brahmanes appellent cela demeurer dans l'illusion, Maître Gotama. »
« Ce n'est pas de cette façon que l'on est illusionné ou non-illusionné, Aggivessana. En ce qui concerne comment on est illusionné ou non-illusionné, écoute et fais bien attention à ce que je vais dire. » - »Oui. Vénérable, » répondit Saccaka le fils de Nigantha. Le Bienheureux dit ceci :


47. « Lui je l'appelle illusionné, Aggivessana, celui qui n'a pas abandonné les souillures qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et mènent à de futures naissances, vieillesses, et morts ; car c'est avec le non-abandon des souillures que l'on est illusionné. Lui je l'appelle non-illusionné, Aggivessana, celui qui a abandonné les souillures qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et mènent à de futures naissances, vieillesses, et morts ; ainsi c'est avec l'abandon des souillures que l'on est non-illusionné. Le Tathâgata, Aggivessana, a abandonné les souillures qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et mènent à de futures naissances, vieillesses, et morts ; il les a coupées à la racine, les a fait devenir comme une souche de palmier, s'en est débarrassé de telle façon qu'elles ne surgissent plus dans le futur. Juste comme un palmier dont la cime est coupée est incapable de continuer de pousser, de même, le Tathâgata a abandonné les souillures qui souillent, apportent le renouvellement de l'être, apportent des problèmes, mûrissent dans la souffrance, et mènent à de futures naissances, vieillesses, et morts ; il les a coupées à la racine, les a fait devenir comme une souche de palmier, s'en est débarrassé de telle façon qu'elles ne surgissent plus dans le futur. »


48. Quand ceci fut dit, Saccaka le fils de Nigantha dit : « C'est merveilleux, Maître Gotama, c'est merveilleux comme lorsque l'on parle à Maître Gotama d'une manière offensante encore et encore, qu'il est assailli de paroles discourtoises, la couleur de sa peau éclaire et son visage est serein, comme on doit s'y attendre pour une personne qui est accomplie et pleinement éveillée. Je me souviens, Maître Gotama, m'être engagé avec Pûrana Kassapa en débat, et alors il se déroba, laissa la conversation de côté, et montra de la colère, de la haine, et de l'amertume. Mais lorsque l'on parle à Maître Gotama d'une manière offensante encore et encore, qu'il est assailli de paroles discourtoises, la couleur de sa peau éclaire et son visage est serein, comme on doit s'y attendre pour une personne qui est accomplie et pleinement éveillée. Je me souviens, Maître Gotama, m'être engagé avec Makkhali Gosâla en débat, et alors il se déroba, laissa la conversation de côté, et montra de la colère, de la haine, et de l'amertume. Mais lorsque l'on parle à Maître Gotama d'une manière offensante encore et encore, qu'il est assailli de paroles discourtoises, la couleur de sa peau éclaire et son visage est serein, comme on doit s'y attendre pour une personne qui est accomplie et pleinement éveillée. Je me souviens, Maître Gotama, m'être engagé avec Ajita Kesakambalin en débat, et alors il se déroba, laissa la conversation de côté, et montra de la colère, de la haine, et de l'amertume. Mais lorsque l'on parle à Maître Gotama d'une manière offensante encore et encore, qu'il est assailli de paroles discourtoises, la couleur de sa peau éclaire et son visage est serein, comme on doit s'y attendre pour une personne qui est accomplie et pleinement éveillée. Je me souviens, Maître Gotama, m'être engagé avec Pakudha Kaccâyana en débat, et alors il se déroba, laissa la conversation de côté, et montra de la colère, de la haine, et de l'amertume. Mais lorsque l'on parle à Maître Gotama d'une manière offensante encore et encore, qu'il est assailli de paroles discourtoises, la couleur de sa peau éclaire et son visage est serein, comme on doit s'y attendre pour une personne qui est accomplie et pleinement éveillée. Je me souviens, Maître Gotama, m'être engagé avec Sañjaya Belatthiputta en débat, et alors il se déroba, laissa la conversation de côté, et montra de la colère, de la haine, et de l'amertume. Mais lorsque l'on parle à Maître Gotama d'une manière offensante encore et encore, qu'il est assailli de paroles discourtoises, la couleur de sa peau éclaire et son visage est serein, comme on doit s'y attendre pour une personne qui est accomplie et pleinement éveillée. Je me souviens, Maître Gotama, m'être engagé avec le Nigantha Nâtaputta en débat, et alors il se déroba, laissa la conversation de côté, et montra de la colère, de la haine, et de l'amertume. Mais lorsque l'on parle à Maître Gotama d'une manière offensante encore et encore, qu'il est assailli de paroles discourtoises, la couleur de sa peau éclaire et son visage est serein, comme on doit s'y attendre pour une personne qui est accomplie et pleinement éveillée. Et maintenant, Maître Gotama, nous partons. Nous sommes occupés et avons beaucoup à faire. »
« Maintenant est le temps, Aggivessana, fais comme tu penses qu'il convient. »
Alors Saccaka le fils de Nigantha, s'étant réjoui et étant satisfait des paroles du Bienheureux, se leva de son siège et partit.


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Traduit par Pháp Thân, d'après 'The middle lenght discourses of the Buddha : a new translation of the Majjhima Nikâya / original translation by Bhikkhu Ñânamoli ; translation edited and revised by Bhikkhu Bodhi' avec l'aimable permission de Wisdom Publications and Bhikkhu Bodhi.