Majjhima Nikâya 035
Cûlasaccaka Sutta
Le court discours sur Saccaka

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1. Voici ce que j'ai entendu. En une occasion, le Bienheureux se trouvait à Vesâli dans la Grande Forêt dans la Salle au Toit Pointu.


2. Et en cette occasion Saccaka le fils de Nigantha, un débatteur et orateur intelligent considéré par beaucoup comme un saint, demeurait à Vesâli. Il prononçait ce discours devant l'assemblée de Vesâli : « Je ne vois aucun reclus ou brahmane, à la tête d'un ordre, à la tête d'un groupe, maître d'un groupe, même affirmant être accompli et pleinement éveillé, qui ne serait pas secoué, n'aurait pas de frissons, et ne tremblerait pas, et ne transpirerait pas sous les aisselles s'il devait s'engager dans un débat avec moi. Même si je devais m'engager dans un débat avec un poteau sans conscience, il serait secoué, aurait des frissons et tremblerait s'il devait s'engager dans un débat avec moi, alors que pourrais-je dire d'un être humain ? »


3. Alors, quand c'était le matin, le vénérable Assaji s'habilla, et prenant son bol et sa robe extérieure, alla à Vesâli pour l'aumône. Alors que Saccaka le fils de Nigantha marchait et se promenait pour s'exercer dans Vesâli, il vit le vénérable Assaji venir au loin et alla le voir et échangea des salutations avec lui. Quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, Saccaka le fils de Nigantha s'assit sur un côté et lui dit :


4. « Maître Assaji, comment le reclus Gotama discipline-t-il ses disciples ? Et comment les instructions du reclus Gotama sont-elles habituellement présentées à ses disciples ? »
« Voici comment le Bienheureux discipline ses disciples, Aggivessana, et voici comment les instructions du Bienheureux sont habituellement présentées à ses disciples : 'Bhikkhus, la forme matérielle est impermanente, la sensation est impermanente, la perception est impermanente, les formations sont impermanentes, la conscience est impermanente. Bhikkhus, la forme matérielle est non-soi, la sensation est non-soi, la perception est non-soi, les formations sont non-soi, la conscience est non-soi. Toutes les formations sont impermanentes ; toutes les choses sont non-soi.' Voici comment le Bienheureux discipline ses disciples, et voici comment les instructions du Bienheureux sont habituellement présentées à ses disciples. »
« Si nous avions entendu ce que le reclus Gotama affirme, nous aurions vraiment entendu ce qui est désagréable. Peut-être qu'un jour ou un autre nous pourrons rencontrer Maître Gotama et avoir une conversation avec lui. Peut-être que nous pourrons le détacher de cette vue erronée. »


5. Et en ce temps-là cinq cent Licchavis s'étaient rassemblés dans une salle de réunion pour quelque affaire. Alors Saccaka le fils de Nigantha alla les voir et dit : « Venez, bons Licchavis, venez ! Aujourd'hui il y aura une conversation entre moi et le reclus Gotama. Si le reclus Gotama maintient devant moi ce qui était maintenu devant moi par un de ses disciples réputés, le bhikkhu nommé Assaji, alors juste comme un homme fort pourrait saisir un bélier aux longs poils et le tirer et le pousser et le secouer en tous sens, de même en débat je tirerai le reclus Gotama et le pousserai et le secouerai en tous sens. Juste comme un brasseur fort pourrait jeter un grand tamis de brasseur dans une profonde cuve d'eau , et le prenant par les côtés, le tirerait et le pousserait et le secouerait en tous sens, de même en débat je tirerai le reclus Gotama et le pousserai et le secouerai en tous sens. Juste comme un fort travailleur de bière pourrait prendre une passoire par les côtés et la secouerait vers le haut et la secouerait vers le bas et la secouerait en tous sens, de même en débat je secouerai le reclus Gotama vers le haut et le secouerai vers le bas et le secouerai en tous sens. Et juste comme un éléphant de soixante ans pourrait plonger dans une profonde mare et se réjouir de jouer le jeu du lavage de chanvre, de même je me réjouirai de jouer le jeu du lavage de chanvre avec le reclus Gotama. Venez, bons Licchavis, venez ! Aujourd'hui il y aura une conversation entre moi et le reclus Gotama. »


6. Sur ce certains Licchavis dirent : « Qui est le reclus Gotama pour pouvoir réfuter les assertions de Saccaka le fils de Nigantha ? Au contraire, Saccaka le fils de Nigantha réfutera les assertions du reclus Gotama. » Et certains Licchavis dirent : « Qui est Saccaka le fils de Nigantha pour pouvoir réfuter les assertions du Bienheureux ? Au contraire, le Bienheureux réfutera les assertions de Saccaka le fils de Nigantha. » Alors Saccaka le fils de Nigantha alla avec cinq cent Licchavis à la Grande Salle au Toit Pointu dans la Grande Forêt.


7. Et en cette occasion un nombre de bhikkhus allaient et venaient en plein air. Alors Saccaka le fils de Nigantha alla les voir et demanda : « Où Maître Gotama est-il maintenant, vénérables ? Nous désirons voir Maître Gotama. »
« Le Bienheureux est entré dans la Grande Forêt, Aggivessana, et est assis au pied d'un arbre pour y passer la journée. »


8. Alors Saccaka le fils de Nigantha, accompagné d'une large suite de Licchavis, entra dans la Grande Forêt et alla voir le Bienheureux. Il échangea des salutations avec le Bienheureux, et après que cette courtoise et aimable conversation fut finie, s'assit sur un côté. Certains des Licchavis rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent sur un côté ; certains échangèrent des salutations avec lui, et quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, s'assirent sur un côté ; certains étendirent leurs mains en salutation révérencielle vers le Bienheureux et s'assirent sur un côté ; certains prononcèrent leur nom et clan en présence du Bienheureux et s'assirent sur un côté ; certains restèrent silencieux et s'assirent sur un côté.


9. Quand Saccaka le fils de Nigantha fut assis, il dit au Bienheureux : « Je voudrais questionner Maître Gotama sur un certain point, si Maître Gotama m'accordait la faveur d'une réponse à la question. »
« Demandez ce que vous voulez, Aggivessana. »
« Comment Maître Gotama discipline-t-il ses disciples ? Et comment les instructions de Maître Gotama sont-elles habituellement présentées à ses disciples ? »
« Voici comment je discipline mes disciples, Aggivessana, et voici comment mes instructions sont habituellement présentées à mes disciples : 'Bhikkhus, la forme matérielle est impermanente, la sensation est impermanente, la perception est impermanente, les formations sont impermanentes, la conscience est impermanente. Bhikkhus, la forme matérielle est non-soi, la sensation est non-soi, la perception est non-soi, les formations sont non-soi, la conscience est non-soi. Toutes les formations sont impermanentes ; toutes les choses sont non-soi.' Voici comment je discipline mes disciples, et voici comment mes instructions sont habituellement présentées à mes disciples. »


10. « Une comparaison me vient à l'esprit, Maître Gotama. »
« Exposez-la, Aggivessana, » dit le Bienheureux.
« Juste comme quand les graines et les plantes, quelle que soit leur sorte, cherchent à croître, à grandir, et à arriver à maturation, elles le font toutes en dépendance de la terre, avec la terre comme fondement ; et juste comme quand des travaux énergiques, quelle que soient leur sorte, sont faits en dépendance de la terre, avec la terre comme fondement – de même, Maître Gotama, une personne a la forme matérielle comme soi, et avec la forme matérielle comme fondement elle produit des mérites ou des démérites. Une personne a la sensation comme soi, et avec la sensation comme fondement elle produit des mérites ou des démérites. Une personne a la perception comme soi, et avec la perception comme fondement elle produit des mérites ou des démérites. Une personne a les formations comme soi, et avec les formations comme fondement elle produit des mérites ou des démérites. Une personne a la conscience comme soi, et avec la conscience comme fondement elle produit des mérites ou des démérites. »


11. « Aggivessana, n'affirmez-vous pas ceci : 'La forme matérielle est mon soi, la sensation est mon soi, la perception est mon soi, les formations sont mon soi, la conscience est mon soi' ? »
« J'affirme ceci, Maître Gotama : 'La forme matérielle est mon soi, la sensation est mon soi, la perception est mon soi, les formations sont mon soi, la conscience est mon soi.' Et ainsi le fait la grande multitude. »
« Qu'a la grande multitude à faire avec vous, Aggivessana ? S'il-vous-plaît, limitez-vous à vos propres affirmations. »
« Alors, Maître Gotama, j'affirme ceci : 'La forme matérielle est mon soi, la sensation est mon soi, la perception est mon soi, les formations sont mon soi, la conscience est mon soi.' »


12. « Dans ce cas, Aggivessana, je vais vous poser une question en retour. Répondez comme vous le souhaitez. Que pensez-vous, Aggivessana ? Un noble roi sacré – par exemple, le Roi Pasenadi du Kosala ou le Roi Ajâtasattu Vedehiputta du Magadha – exercerait-il son pouvoir dans son propre royaume pour exécuter ceux qui devraient être exécutés, donner une amende à ceux à qui l'on devrait donner une amende, et bannir ceux qui devraient être bannis ? »
« Maître Gotama, un noble roi sacré - par exemple, le Roi Pasenadi du Kosala ou le Roi Ajâtasattu Vedehiputta du Magadha – exercerait son pouvoir dans son propre royaume pour exécuter ceux qui devraient être exécutés, donner une amende à ceux à qui l'on devrait donner une amende, et bannir ceux qui devraient être bannis. Car même ces communautés et sociétés oligarchiques comme les Vajjians et les Mallians exercent leur pouvoir dans leur propre royaume pour exécuter ceux qui devraient être exécutés, donner une amende à ceux à qui l'on devrait donner une amende, et bannir ceux qui devraient être bannis ; alors combien plus devrait le faire un noble roi sacré comme le Roi Pasenadi du Kosala ou le Roi Ajâtasattu Vedehiputta du Magadha. Il l'exercerait, Maître Gotama, et il serait digne de l'exercer. »


13. « Que pensez-vous, Aggivessana ? Quand vous dites ceci : 'La forme matérielle est mon soi,' exercez-vous un quelconque pouvoir sur la forme matérielle pour pouvoir dire : 'Que ma forme soit ainsi ; que ma forme ne soit pas ainsi' ? » Quand ceci fut dit, Saccaka le fils de Nigantha resta silencieux.
Une seconde fois le Bienheureux posa la même question, et une seconde fois Saccaka le fils de Nigantha resta silencieux. Alors le Bienheureux lui dit : « Aggivessana, répondez maintenant. Maintenant n'est pas le temps pour rester silencieux. Si quiconque, questionné par le Tathâgata jusqu'à trois fois, ne répond toujours pas, sa tête se disperse en sept morceaux ici et là. »


14. Et en cette occasion un esprit contrôlant le tonnerre tenant un éclair de fer brûlé, flambé, et rougi, apparut dans l'air devant Saccaka le fils de Nigantha, pensant : « Si ce Saccaka le fils de Nigantha, questionné jusqu'à trois fois par le Bienheureux, ne répond toujours pas, je disperserai sa tête en sept morceaux ici et là. » Le Bienheureux vit l'esprit contrôlant le tonnerre, ainsi que Saccaka le fils de Nigantha. Alors Saccaka le fils de Nigantha fut apeuré, effrayé, et terrifié. Cherchant un abri, un asile, et un refuge dans le Bienheureux lui-même, il dit : « Demandez-moi, Maître Gotama, je répondrai. »


15. « Que pensez-vous, Aggivessana ? Quand vous dites ceci : 'La forme matérielle est mon soi,' utilisez-vous un quelconque pouvoir sur la forme matérielle pour pouvoir dire dire : 'Que ma forme soit ainsi ; que ma forme ne soit pas ainsi' ? » - « Non, Maître Gotama. »


16. « Faites attention, Aggivessana, faites attention à vos réponses ! Ce que vous avez dit par la suite ne concorde pas avec ce que vous avez dit avant, et ce que vous avez dit avant ne concorde avec ce que vous avez dit par la suite. Que pensez-vous, Aggivessana ? Quand vous dites ceci : 'La sensation est mon soi,' utilisez-vous un quelconque pouvoir sur la sensation pour pouvoir dire : 'Que ma sensation soit ainsi ; que ma sensation ne soit pas ainsi' ? » - « Non, Maître Gotama. »


17. « Faites attention, Aggivessana, faites attention à vos réponses ! Ce que vous avez dit par la suite ne concorde pas avec ce que vous avez dit avant, et ce que vous avez dit avant ne concorde avec ce que vous avez dit par la suite. Que pensez-vous, Aggivessana ? Quand vous dites ceci : 'La perception est mon soi,' utilisez-vous un quelconque pouvoir sur la perception pour pouvoir dire : 'Que ma perception soit ainsi ; que ma perception ne soit pas ainsi' ? » - « Non, Maître Gotama. »


18. « Faites attention, Aggivessana, faites attention à vos réponses ! Ce que vous avez dit par la suite ne concorde pas avec ce que vous avez dit avant, et ce que vous avez dit avant ne concorde avec ce que vous avez dit par la suite. Que pensez-vous, Aggivessana ? Quand vous dites ceci : 'Les formations sont mon soi,' utilisez-vous un quelconque pouvoir sur les formations pour pouvoir dire : 'Que mes formations soient ainsi ; que mes formations ne soit pas ainsi' ? » - « Non, Maître Gotama. »


19. « Faites attention, Aggivessana, faites attention à vos réponses ! Ce que vous avez dit par la suite ne concorde pas avec ce que vous avez dit avant, et ce que vous avez dit avant ne concorde avec ce que vous avez dit par la suite. Que pensez-vous, Aggivessana ? Quand vous dites ceci : 'La conscience est mon soi,' utilisez-vous un quelconque pouvoir sur la conscience pour pouvoir dire : 'Que ma conscience soit ainsi ; que ma conscience ne soit pas ainsi' ? » - « Non, Maître Gotama. »


20. « Faites attention, Aggivessana, faites attention à vos réponses ! Ce que vous avez dit par la suite ne concorde pas avec ce que vous avez dit avant, et ce que vous avez dit avant ne concorde avec ce que vous avez dit par la suite. Que pensez-vous, Aggivessana, la forme matérielle est-elle permanente ou impermanente ? » - « Impermanente, Maître Gotama. » Ce qui est impermanent est-il souffrance ou bonheur ? - « Souffrance, Maître Gotama. » - « Est-il juste de considérer ce qui est impermanent, souffrance, et sujet au changement ainsi : 'Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon soi' ? » - « Non, Maître Gotama. »
Que pensez-vous, Aggivessana, la sensation est-elle permanente ou impermanente ? » - « Impermanente, Maître Gotama. » Ce qui est impermanent est-il souffrance ou bonheur ? - « Souffrance, Maître Gotama. » - « Est-il juste de considérer ce qui est impermanent, souffrance, et sujet au changement ainsi : 'Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon soi' ? » - « Non, Maître Gotama. »
Que pensez-vous, Aggivessana, la perception est-elle permanente ou impermanente ? » - « Impermanente, Maître Gotama. » Ce qui est impermanent est-il souffrance ou bonheur ? - « Souffrance, Maître Gotama. » - « Est-il juste de considérer ce qui est impermanent, souffrance, et sujet au changement ainsi : 'Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon soi' ? » - « Non, Maître Gotama. »
Que pensez-vous, Aggivessana, les formations sont-elles permanentes ou impermanentes ? » - « Impermanentes, Maître Gotama. » Ce qui est impermanent est-il souffrance ou bonheur ? - « Souffrance, Maître Gotama. » - « Est-il juste de considérer ce qui est impermanent, souffrance, et sujet au changement ainsi : 'Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon soi' ? » - « Non, Maître Gotama. »
Que pensez-vous, Aggivessana, la conscience est-elle permanente ou impermanente ? » - « Impermanente, Maître Gotama. » Ce qui est impermanent est-il souffrance ou bonheur ? - « Souffrance, Maître Gotama. » - « Est-il juste de considérer ce qui est impermanent, souffrance, et sujet au changement ainsi : 'Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon soi' ? » - « Non, Maître Gotama. »


21. « Que pensez-vous, Aggivessana ? Lorsque l'on suit la souffrance, a recours à la souffrance, s'agrippe à la souffrance, et considère ce qui est souffrance ainsi : 'Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon soi,' peut-on jamais comprendre pleinement la souffrance soi-même ou demeurer avec la souffrance complètement détruite ? » « Comment le pourrait-on, Maître Gotama ? Non, Maître Gotama. »
« Que pensez-vous, Aggivessana ? Ceci étant ainsi, ne suivez-vous pas la souffrance, n'avez-vous pas recours à la souffrance, ne vous agrippez-vous pas à la souffrance, et ne considérez-vous pas la souffrance ainsi : 'Ceci est à moi, je suis ceci, ceci est mon soi' ? »
« Comment ne le ferais-je pas, Maître Gotama ? Oui, Maître Gotama. »


22. « C'est comme si un homme fort ayant besoin de coeur de bois, cherchant du coeur de bois, errant à la recherche de coeur de bois, prenait une hache bien aiguisée et entrait dans la forêt, et là il verrait un grand tronc de plantain, bien droit, jeune, sans bourgeons. Alors ils le couperait à la racine, couperait la cime, et déroulerait les gaines des feuilles ; mais comme il déroulerait les gaines des feuilles, il ne trouverait aucun aubier, et encore moins du coeur de bois. De même, Aggivessana, quand vous êtes pressé de questions, interrogé, et questionné en tous sens par moi sur vos propres affirmations, il s'avère que vous êtes vide, creux, et dans l'erreur. Mais c'est vous qui avez fait cette déclaration devant l'assemblée de Vesâli : 'Je ne vois aucun reclus ou brahmane, à la tête d'un ordre, à la tête d'un groupe, le maître d'un groupe, même affirmant être accompli et pleinement éveillé, qui ne serait pas secoué, n'aurait pas de frissons, et ne tremblerait pas, et ne transpirerait pas sous les aisselles s'il devait s'engager dans un débat avec moi. Même si je devais m'engager dans un débat avec un poteau sans conscience, il serait secoué, aurait des frissons et tremblerait s'il devait s'engager dans un débat avec moi, alors que pourrais-je dire d'un être humain ?' Maintenant il y a des gouttes de sueur sur votre front et elles se sont imprégnées par votre robe du dessus et sont tombées par terre. Mais il n'y a pas de sueur sur mon corps maintenant. » Et le Bienheureux découvrit son corps doré devant l'assemblée. Quand ceci fut dit, Saccaka le fils de Nigantha s'assit en silence, consterné, les épaules tombantes et la tête baissée, morose, et sans réponse.


23. Alors Dummukha, un fils des Licchavis, voyant Saccaka le fils de Nigantha dans une telle condition, dit au Bienheureux : « Une comparaison me vient à l'esprit, Maître Gotama. »
« Exposez-la, Dummukha. »
« Supposons, vénérable, qu'il y ait non loin d'un village ou d'une ville un étang avec un crabe dedans. Et alors un groupe de garçons ou de filles sortirait de la ville ou du village pour aller vers l'étang, irait dans l'eau, et sortirait le crabe de l'eau et le poserait sur la terre ferme. Et à chaque fois que le crabe étendrait une patte, ils la couperaient, la casseraient, et l'écraseraient avec des bâtons et des pierres, afin que le crabe avec toutes ses pattes coupées, cassées, et écrasées, soit incapable de retourner dans le lac comme avant. De même, toutes les contorsions, convulsions, et vacillations de Saccaka le fils de Nigantha ont été coupées, cassées, écrasées par le Bienheureux, et maintenant il ne peut plus aller près du Bienheureux avec l'intention de débattre. »


24. Quand ceci fut dit, Saccaka le fils de Nigantha lui dit : « Attendez, Dummukha, attendez ! Nous ne parlons pas avec vous, ici nous parlons avec Maître Gotama. » Alors il dit : « Laissons, Maître Gotama, nos propos et ceux des reclus et brahmanes ordinaires. Je pense que c'était de simples bavardages. Mais de quelle façon un disciple de Maître Gotama est-il un qui porte ses instructions, se conforme à ses conseils, a traversé au-delà du doute, est devenu libre de la perplexité, a obtenu l'intrépidité, et est devenu indépendant des autres dans les Enseignements du Maître ? »
« Aggivessana, toute sorte de forme matérielle, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un de mes disciples voit toute forme matérielle comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi.' Toute sorte de sensation, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un de mes disciples voit toute sensation comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi.' Toute sorte de perception, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un de mes disciples voit toute perception comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi.' Toutes sortes de formations, qu'elles soient passées, futures, ou présentes, internes ou externes, grossières ou subtiles, inférieures ou supérieures, lointaines ou proches – un de mes disciples voit toutes formations comme elles sont vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi.' Toute sorte de conscience, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un de mes disciples voit toute conscience comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi.' C'est de cette façon qu'un de mes disciples est un qui porte mes instructions, se conforme à mes conseils, a traversé au-delà du doute, est devenu libre de la perplexité, a obtenu l'intrépidité, et est devenu indépendant des autres dans les Enseignements du Maître. »


25. « Maître Gotama, de quelle façon un bhikkhu est-il un arahant avec les souillures détruites, un qui a vécu la sainte vie, fait ce qui devait être fait, déposé le fardeau, atteint son propre but, détruit les chaînes de l'être, et est complètement libéré par la connaissance finale ? »
« Aggivessana, toute sorte de forme matérielle, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un bhikkhu a vu toute forme matérielle comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi,' et en ne s'agrippant pas il est libéré. Toute sorte de sensation, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un bhikkhu a vu toute sensation comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi,' et en ne s'agrippant pas il est libéré. Toute sorte de perception, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un bhikkhu a vu toute perception comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi,' et en ne s'agrippant pas il est libéré. Toutes sortes de formations, qu'elles soient passées, futures, ou présentes, internes ou externes, grossières ou subtiles, inférieures ou supérieures, lointaines ou proches – un bhikkhu a vu toutes formations comme elles sont vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi,' et en ne s'agrippant pas il est libéré. Toute sorte de conscience, qu'elle soit passée, future, ou présente, interne ou externe, grossière ou subtile, inférieure ou supérieure, lointaine ou proche – un bhikkhu a vu toute conscience comme elle est vraiment avec une sagesse correcte ainsi : 'Ceci n'est pas à moi, je ne suis pas ceci, ceci n'est pas mon soi,' et en ne s'agrippant pas il est libéré. C'est de cette façon qu'un bhikkhu est un arahant avec les souillures détruites, un qui a vécu la sainte vie, fait ce qui devait être fait, déposé le fardeau, atteint son propre but, détruit les chaînes de l'être, et est complètement libéré par la connaissance finale.


26. « Quand l'esprit d'un bhikkhu est ainsi libéré, il possède trois qualités insurpassables : la vision insurpassable, la pratique insurpassable, et la délivrance insurpassable. Quand un bhikkhu est ainsi libéré, il honore, respecte, révère, et vénère encore le Tathâgata ainsi : 'Le Bienheureux est éveillé et il enseigne le Dhamma dans le but de l'éveil. Le Bienheureux s'est maîtrisé et il enseigne le Dhamma pour la maîtrise de soi-même. Le Bienheureux est en paix et il enseigne le Dhamma dans le but de la paix. Le Bienheureux est passé au-delà et il enseigne le Dhamma pour passer au-delà. Le Bienheureux a atteint le Nibbâna et il enseigne le Dhamma pour atteindre le Nibbâna. »


27. Quand ceci fut dit, Saccaka le fils de Nigantha répondit : « Maître Gotama, nous étions effrontés et insolents en pensant que nous pouvions attaquer Maître Gotama en débat. Un homme pourrait attaquer un éléphant et être en sécurité, pourtant il ne pourrait pas attaquer Maître Gotama et être en sécurité. Un homme pourrait attaquer un brasier et être en sécurité, pourtant il ne pourrait pas attaquer Maître Gotama et être en sécurité. Un homme pourrait attaquer un terrible serpent venimeux et être en sécurité, pourtant il ne pourrait pas attaquer Maître Gotama et être en sécurité. Nous étions effrontés et insolents en pensant que nous pouvions attaquer Maître Gotama en débat.
« Que le Bienheureux avec la Sangha des bhikkhus consente à accepter un repas demain de ma part. » Le Bienheureux consentit en silence.


28. Alors, sachant que le Bienheureux avait consenti, Saccaka le fils de Nigantha s'adressa aux Licchavis : « Écoutez-moi, Licchavis. Le reclus Gotama avec la Sangha des bons bhikkhus a été invité par moi pour le repas de demain. Vous pouvez m'apporter tout de que vous pensez qui pourrait lui être convenable. »


29. Alors, quand la nuit fut finie, les Licchavis apportèrent cinq cent plats de cérémonie de lait de riz comme offrande de nourriture. Alors Saccaka le fils de Nigantha eut diverses sortes de bonne nourriture préparées dans son propre parc et fit annoncer au Bienheureux : 'Il est temps, Maître Gotama, le repas est prêt.'


30. Alors, quand c'était le matin, le Bienheureux s'habilla, et prenant son bol et sa robe extérieure, il alla avec la Sangha des bhikkhus au parc de Saccaka le fils de Nigantha et s'assit sur un siège préparé pour lui. Alors, de ses propres mains, Saccaka le fils de Nigantha servit et satisfit la Sangha des bhikkhus dirigée par le Buddha avec les divers sortes de bonne nourriture. Quand le Bienheureux eut mangé et écarté son bol, Saccaka le fils de Nigantha prit un siège bas, s'assit sur un côté, et dit au Bienheureux : « Maître Gotama, que les mérites et les grands fruits méritoires de cet acte de don soient pour le bonheur des donateurs. »
« Agivessana, tout ce qui vient d'avoir donné à quelqu'un comme vous – un qui n'est pas libre du désir, pas libre de l'aversion, pas libre de l'illusion – cela sera pour les donateurs. Et tout ce qui vient d'avoir donné à quelqu'un comme moi – un qui est libre du désir, libre de l'aversion, libre de l'illusion – cela sera pour vous. »


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Traduit par Pháp Thân, d'après 'The middle lenght discourses of the Buddha : a new translation of the Majjhima Nikâya / original translation by Bhikkhu Ñânamoli ; translation edited and revised by Bhikkhu Bodhi' avec l'aimable permission de Wisdom Publications and Bhikkhu Bodhi.