Majjhima Nikāya 082
Raṭṭhapāla Sutta
Sur Raṭṭhapāla

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1. Voici ce que j'ai entendu. En une occasion, le Bienheureux voyageait dans le pays de Kuru avec une vaste Sangha de bhikkhus, et finalement il arriva dans une ville de Kuru nommée Thullakoṭṭhita.


2. Les maîtres de maison brahmanes de Thullakoṭṭhita entendirent : « Le reclus Gotama, le fils des Sakya qui est parti du clan des Sakya, a voyagé dans le pays de Kuru avec une vaste Sangha de bhikkhus et est venu à Thullakoṭṭhita. Et une bonne rumeur à propos du Maître Gotama se répandit : 'Ce Bienheureux est accompli, pleinement éveillé, parfait en vraie connaissance et en conduite, sublime, connaisseur des mondes, incomparable meneur des personnes à dompter, enseignant des dieux et des humains, éveillé, béni. Il décrit ce monde avec ses dieux, ses Māras, et ses Brahmās, cette génération avec ses reclus et brahmanes, ses princes et ses gens, qu'il a lui-même réalisé avec une connaissance directe. Il enseigne le Dhamma qui est bon au début, bon au milieu, et bon à la fin, de signification et formulation justes, et il révèle une sainte vie qui est complètement parfaite et pure.' Et il est bien de voir de tels arahants. »


3. Alors les brahmanes maîtres de maison de Thullakoṭṭhita allèrent voir le Bienheureux. Certains rendirent hommage au Bienheureux et s'assirent sur un côté ; certains échangèrent des salutations avec lui, et quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, s'assirent sur un côté ; certains étendirent leurs mains en salutation révérencielle vers le Bienheureux et s'assirent sur un côté ; certains prononcèrent leur nom et clan en présence du Bienheureux et s'assirent sur un côté ; certains restèrent silencieux et s'assirent sur un côté. Quand ils furent assis, le Bienheureux les instruisit, les encouragea, les éveilla, et les réjouit avec un enseignement du Dhamma.


4. Et à ce moment un fils de bonne famille nommé Raṭṭhapāla, le fils du clan principal de cette même Thullakoṭṭhita, était assis dans l'assemblée. Alors il lui vint à l'esprit : « Comme je comprends le Dhamma enseigné par le Bienheureux, il n'est pas facile, lorsque l'on vit dans une maison, de suivre la sainte vie absolument parfaite et pure comme un coquille polie. Supposons que je rase mes cheveux et ma barbe, mette la robe jaune, et aille de la vie de foyer vers la vie sans foyer.' »


5. Alors les maîtres de maison brahmanes de Thullakoṭṭhita, ayant été instruits, encouragés, éveillés, et réjouis par le Bienheureux avec un enseignement du Dhamma, se réjouirent et se ravirent de ses paroles. Alors ils se levèrent de leur siège, et après lui avoir rendu hommage, ils partirent, le gardant sur leur droite.


6. Peu après qu'ils soient partis, le fils de bonne famille Raṭṭhapāla alla voir le Bienheureux, et après lui avoir rendu hommage, il s'assit sur un côté et dit au Bienheureux : « Vénérable, comme je comprends le Dhamma enseigné par le Bienheureux, il n'est pas facile, lorsque l'on vit dans une maison, de suivre la sainte vie absolument parfaite et pure comme un coquille polie. Vénérable, je souhaite raser mes cheveux et ma barbe, mettre la robe jaune, et aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Puissé-je recevoir l'ordination formelle sous Maître Gotama, puissé-je recevoir la pleine ordination. »
« Avez-vous la permission de vos parents, Raṭṭhapāla, d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer ? »
« Non, Vénérable, je n'ai pas la permission de mes parents. »
« Raṭṭhapāla, les Tathāgatas ne donnent pas l'ordination formelle a ceux qui n'ont pas la permission de leurs parents. »
« Vénérable, je vais veiller à ce que mes parents me permettent d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »


7. Alors le fils de bonne famille Raṭṭhapāla se leva de son siège, et après avoir rendu hommage au Bienheureux, il partit, le gardant sur sa droite. Il alla voir ses parents et leur dit : « Mère et père, comme je comprends le Dhamma enseigné par le Bienheureux, il n'est pas facile, lorsque l'on vit dans une maison, de suivre la sainte vie absolument parfaite et pure comme un coquille polie. Vénérable, je souhaite raser mes cheveux et ma barbe, mettre la robe jaune, et aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Donnez-moi la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
Quand il eut dit ceci, ses parents répondirent : « Cher Raṭṭhapāla, tu es notre fils unique, cher et bien-aimé. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Si tu venais à mourir, nous te perdrions à contrecœur, alors comment pourrions-nous te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? »
Une deuxième fois le fils de bonne famille Raṭṭhapāla dit à ses parents : « Mère et père, comme je comprends le Dhamma enseigné par le Bienheureux, il n'est pas facile, lorsque l'on vit dans une maison, de suivre la sainte vie absolument parfaite et pure comme un coquille polie. Vénérable, je souhaite raser mes cheveux et ma barbe, mettre la robe jaune, et aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Donnez-moi la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
Une deuxième fois ses parents répondirent : « Cher Raṭṭhapāla, tu es notre fils unique, cher et bien-aimé. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Si tu venais à mourir, nous te perdrions à contrecœur, alors comment pourrions-nous te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? »
Une troisième fois le fils de bonne famille Raṭṭhapāla dit à ses parents : « Mère et père, comme je comprends le Dhamma enseigné par le Bienheureux, il n'est pas facile, lorsque l'on vit dans une maison, de suivre la sainte vie absolument parfaite et pure comme un coquille polie. Vénérable, je souhaite raser mes cheveux et ma barbe, mettre la robe jaune, et aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Donnez-moi la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
Une troisième fois ses parents répondirent : « Cher Raṭṭhapāla, tu es notre fils unique, cher et bien-aimé. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Si tu venais à mourir, nous te perdrions à contrecœur, alors comment pourrions-nous te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? »
Alors, n'ayant pas reçu la permission de ses parents d'aller [de la vie de foyer vers la vie sans foyer], le fils de famille Raṭṭhapāla se coucha là à même le sol, disant : « Je vais ici-même soit mourir, soit recevoir la permission [d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer.] »


8. Alors les parents du fils de bonne famille Raṭṭhapāla lui dirent : « Cher Raṭṭhapāla, tu es notre fils unique, cher et bien-aimé. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Lève-toi, cher Raṭṭhapāla, mange, bois, et amuse-toi. En mangeant, buvant, et t'amusant, tu peux être heureux en te réjouissant des plaisirs sensuels et faire des mérites. Nous ne te donnons pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Si tu venais à mourir, nous te perdrions à contrecœur, alors comment pourrions-nous te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? » Quand ceci fut dit, le fils de bonne famille Raṭṭhapāla resta silencieux.
Une deuxième fois ses parents lui dirent : « Cher Raṭṭhapāla, tu es notre fils unique, cher et bien-aimé. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Lève-toi, cher Raṭṭhapāla, mange, bois, et amuse-toi. En mangeant, buvant, et t'amusant, tu peux être heureux en te réjouissant des plaisirs sensuels et faire des mérites. Nous ne te donnons pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Si tu venais à mourir, nous te perdrions à contrecœur, alors comment pourrions-nous te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? » Une deuxième fois le fils de bonne famille Raṭṭhapāla resta silencieux.
Une troisième fois ses parents lui dirent : « Cher Raṭṭhapāla, tu es notre fils unique, cher et bien-aimé. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Lève-toi, cher Raṭṭhapāla, mange, bois, et amuse-toi. En mangeant, buvant, et t'amusant, tu peux être heureux en te réjouissant des plaisirs sensuels et faire des mérites. Nous ne te donnons pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Si tu venais à mourir, nous te perdrions à contrecœur, alors comment pourrions-nous te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? » Une deuxième fois le fils de bonne famille Raṭṭhapāla resta silencieux.


9. Alors les parents du fils de bonne famille Raṭṭhapāla allèrent voir ses amis et lui dirent : « Mes chers, le fils de bonne famille Raṭṭhapāla s'est couché à même le sol, ayant dit : 'Je vais ici-même soit mourir soit recevoir la permission [d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer.]' Mes chers, allez voir le fils de bonne famille Raṭṭhapāla et dites-lui : 'Ami Raṭṭhapāla, tu es le fils unique de tes parents. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Lève-toi, cher Raṭṭhapāla, mange, bois, et amuse-toi. En mangeant, buvant, et t'amusant, tu peux être heureux en te réjouissant des plaisirs sensuels et faire des mérites. Tes parents ne te donnent pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Si tu venais à mourir, tes parents te perdraient à contrecœur, alors comment pourraient-ils te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ?' »


10. Alors les amis du fils de bonne famille Raṭṭhapāla allèrent le voir et lui dirent : « Ami Raṭṭhapāla, tu es le fils unique de tes parents. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Lève-toi, cher Raṭṭhapāla, mange, bois, et amuse-toi. En mangeant, buvant, et t'amusant, tu peux être heureux en te réjouissant des plaisirs sensuels et faire des mérites. Tes parents ne te donnent pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Si tu venais à mourir, tes parents te perdraient à contrecœur, alors comment pourraient-ils te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? » Quand ceci fut dit, le fils de bonne famille Raṭṭhapāla resta silencieux.
Une deuxième fois, les amis du fils de bonne famille Raṭṭhapāla lui dirent : « Ami Raṭṭhapāla, tu es le fils unique de tes parents. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Lève-toi, cher Raṭṭhapāla, mange, bois, et amuse-toi. En mangeant, buvant, et t'amusant, tu peux être heureux en te réjouissant des plaisirs sensuels et faire des mérites. Tes parents ne te donnent pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Si tu venais à mourir, tes parents te perdraient à contrecœur, alors comment pourraient-ils te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? » Une deuxième fois le fils de bonne famille Raṭṭhapāla resta silencieux.
Une troisième fois, les amis du fils de bonne famille Raṭṭhapāla lui dirent : « Ami Raṭṭhapāla, tu es le fils unique de tes parents. Tu as été élevé dans le confort, tu as grandi dans le confort ; tu ne sais rien de la souffrance, cher Raṭṭhapāla. Lève-toi, cher Raṭṭhapāla, mange, bois, et amuse-toi. En mangeant, buvant, et t'amusant, tu peux être heureux en te réjouissant des plaisirs sensuels et faire des mérites. Tes parents ne te donnent pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Si tu venais à mourir, tes parents te perdraient à contrecœur, alors comment pourraient-ils te donner la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer alors que tu es encore vivant ? » Une troisième fois le fils de bonne famille Raṭṭhapāla resta silencieux.


11. Alors les amis du fils de bonne famille Raṭṭhapāla allèrent voir ses parents et leur dirent : « Mère et père, le fils de bonne famille Raṭṭhapāla est allongé à même le sol, ayant dit : 'Je vais ici-même soit mourir soit recevoir la permission [d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer.]' Maintenant si vous ne lui donnez pas la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer, il mourra là. Mais si vous lui donnez la permission, vous le verrez après qu'il soit allé [de la vie de foyer vers la vie sans foyer]. Et s'il ne se réjouit pas d'être allé [de la vie de foyer vers la vie sans foyer], que pourrait-il faire d'autre que de revenir ici ? Alors donnez-lui la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
« Alors, mes chers, nous donnons au fils de bonne famille Raṭṭhapāla la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Mais quand il sera allé [de la vie de foyer vers la vie sans foyer], il devra rendre visite à ses parents. » Alors les amis du fils de bonne famille Raṭṭhapāla allèrent le voir et lui dirent : « Lève-toi, ami Raṭṭhapāla. Tes parents te donnent la permission d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Mais quand tu seras allé [de la vie de foyer vers la vie sans foyer], tu devras rendre visite à tes parents. »


12. Alors le fils de bonne famille Raṭṭhapāla se leva, et quand il eut repris ses forces, il alla voir le Bienheureux, et après lui avoir rendu hommage, il s'assit sur un côté et lui dit : « Vénérable, j'ai la permission de mes parents d'aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Puisse le Bienheureux me donner l'ordination formelle. » Alors le fils de bonne famille Raṭṭhapāla reçut l'ordination formelle sous le Bienheureux, et il reçut la pleine ordination.


13. Alors,s peu après que le vénérable Raṭṭhapāla eut reçu la pleine ordination, un demi-mois après qu'il eut reçu la pleine ordination, le Bienheureux, étant resté à Thullakoṭṭhita aussi longtemps qu'il le souhaitait, partit pour voyager vers Sāvatthī. Voyageant par étapes, il arriva finalement à Sāvatthī au bosquet de Jeta, dans le Parc d'Anāthapiṇdika.


14. Et en peu de temps, demeurant seul, retiré, diligent, ardent, et résolu, le vénérable Raṭṭhapāla, en réalisant par lui-même avec la connaissance directe, entra et demeura ici et maintenant dans le but suprême de la sainte vie pour lequel les fils de bonne famille vont à juste titre de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Il comprit directement: « La naissance est détruite, la sainte vie a été vécue, ce qui devait être fait a été fait, il n'y a plus de venue dans aucun état d'être. » Et le vénérable Raṭṭhapāla devint un des arahants.


15. Alors le vénérable Raṭṭhapāla alla voir le Bienheureux, et après lui avoir rendu hommage, il s'assit sur un côté et lui dit : « Vénérable, je voudrais rendre visite à mes parents, si j'ai la permission du Bienheureux. »
Alors le Bienheureux pénétra dans les pensées de l'esprit du vénérable Raṭṭhapāla. Quand il sut que le fils de bonne famille Raṭṭhapāla était incapable d'abandonner l'entraînement et de retourner à la vie inférieure, il lui dit : « Vous pouvez aller à votre convenance, Raṭṭhapāla. »


16. Alors le vénérable Raṭṭhapāla se leva de son siège, et après avoir rendu hommage au Bienheureux, il partit, le gardant sur sa droite. Il rangea alors son lieu de repos, et prenant son bol et sa robe extérieure, partit en route vers Thullakoṭṭhita. Voyageant par étapes, il arriva finalement à Thullakoṭṭhita. Là il vécut à Thullakoṭṭhita dans le Jardin Migācīra du Roi Koravya. Alors, quand c'était le matin, il s'habilla, et prenant son bol et sa robe extérieure, il alla à Thullakoṭṭhita pour l'aumône. Comme il allait pour l'aumône de maison en maison à Thullakoṭṭhita, il arriva à la maison de son père.


17. Et en cette occasion le père du vénérable Raṭṭhapāla était assis dans la salle de la porte centrale, se faisant coiffer les cheveux. Quand il vit le vénérable Raṭṭhapāla venir au loin, il dit : « Notre fils unique, cher et bien-aimé, a été forcé d'aller [de la vie de foyer vers la vie sans foyer] par ces reclus chauves. » Alors à la maison de son propre père le vénérable Raṭṭhapāla ne reçut ni aumône ni refus poli ; au lieu de cela, il reçut seulement des outrages.


18. Juste alors une femme esclave appartenant à un de ses relatifs était sur le point de jeter quelque vieux porridge. Voyant cela, le vénérable Raṭṭhapāla lui dit : « Sœur, si ceci est sur le point d'être jeté, alors versez-le ici dans mon bol. »
Tandis qu'elle faisait cela, elle reconnut les caractéristiques particulières de ses mains, de ses pieds, et de sa voix. Alors elle alla voir sa mère et dit : « Veuillez savoir, Madame, que Raṭṭhapāla, le fils de mon seigneur, est arrivé. »
« Incroyable ! Si ce que vous dites est vrai, vous n'êtes plus une esclave ! »
Alors la mère du vénérable Raṭṭhapāla alla voir son père et dit : « Veuillez savoir, maître de maison, que l'on dit que le fils de bonne famille Raṭṭhapāla est arrivé. »


19. Juste alors le vénérable Raṭṭhapāla mangeait le vieux porridge contre le mur d'un certain abri. Son père alla le voir et dit : « Raṭṭhapāla, mon cher, il y a certainement... et tu manges du vieux porridge ! Ne peux-tu pas aller à ta propre maison ? »
« Comment pourrions-nous avoir une maison, maître de maison, quand nous sommes allés de la vie de foyer vers la vie sans foyer ? Nous sommes allés à votre maison, mais n'avons reçu ni aumône ni refus poli ; au lieu de cela, nous avons reçu seulement des outrages. »
« Venez, cher Raṭṭhapāla, allons dans la maison. »
« Assez, maître de maison, mon repas pour aujourd'hui est fini. »
« Alors, cher Raṭṭhapāla, veuillez accepter le repas de demain. » Le vénérable Raṭṭhapāla accepta en silence.


20. Alors, sachant que le vénérable Raṭṭhapāla avait consenti, son père retourna dans sa propre maison où il fit entasser des pièces et des lingots d'or en un grand tas et le fit couvrir avec des tapis. Alors il dit aux anciennes femmes du vénérable Raṭṭhapāla : « Venez, belles-filles, parez-vous d'ornements de telle façon que Raṭṭhapāla vous trouve les plus charmantes et adorables.


21. Quand la nuit fut finie, le père du vénérable Raṭṭhapāla fit préparer diverses sortes de bonne nourriture dans sa propre maison et fit annoncer au vénérable Raṭṭhapāla : « Il est temps, cher Raṭṭhapāla, le repas est prêt. »


22. « Alors, quand c'était le matin, le vénérable Raṭṭhapāla s'habilla, et prenant son bol et sa robe extérieure, il alla à la maison de son père et s'assit sur le siège préparé. Alors son père fit découvrir le tas de pièces et de lingots d'or et dit : « Cher Raṭṭhapāla, ceci est ta fortune maternelle ; ta fortune paternelle en est une autre et ta fortune ancestrale encore une autre. Cher Raṭṭhapāla, tu peux te réjouir de la richesse et faire des mérites. Viens donc, mon cher, abandonne l'entraînement et retourne à la vie inférieure, réjouis-toi de la richesse et fais des mérites. »
« Maître de maison, si vous voulez bien suivre mon conseil, alors faites charger ce tas de pièces et de lingots d'or sur des chariots, et faites-le emporter et déverser dans la rivière Gange. Pourquoi cela ? Parce que, maître de maison, en raison de ceci vous n'obtiendrez que de la peine, des lamentations, de la douleur, du chagrin, et du désespoir. »


23. Alors les anciennes femmes du vénérable Raṭṭhapāla étreignirent ses pieds et lui dirent : « Comment sont-elles, fils de mon seigneur, les nymphes pour lesquelles vous suivez la sainte vie ? »
« Nous ne suivons pas la sainte vie pour les nymphes, sœurs. »
« Raṭṭhapāla, le fils de notre seigneur, nous appelle 'sœurs,' » crièrent-elles et juste là elles s'évanouirent.


24. Alors le vénérable Raṭṭhapāla dit à son père : « Maître de maison, si un repas doit être offert, alors offrez-le. Ne nous harcelez pas. »
« Alors mange, cher Raṭṭhapāla, le repas est prêt. »
Alors, de ses propres mains, le père du vénérable Raṭṭhapāla le servit et le satisfit de diverses sortes de bonne nourriture. Quand le vénérable Raṭṭhapāla eut mangé et mis son bol de côté, il se leva et prononça ces stances :


25. « Voici ici une marionnette déguisée,
Un corps construit par la douleur,
Malade, un objet de préoccupation,
Où aucune stabilité ne demeure.


Voici une silhouette ici déguisée,
Avec des joyaux et des boucles d'oreille,
un squelette enveloppé de peau,
Rendu attractif par ses habits.


Ses pied ornée de teinture de henné,
De la poudre étalée sur son visage :
Cela pourrait tromper un fou, mais pas
Un chercheur de l'autre rive.


Ses cheveux coiffés en huit tresses
Et de l'onguent enduit sur ses yeux :
Cela pourrait tromper un fou, mais pas
Un chercheur de l'autre rive.


Un corps sale bien orné,
Comme un pot d'onguent nouvellement peint :
Cela pourrait tromper un fou, mais pas
Un chercheur de l'autre rive.


Le chasseur de cerfs prépara le piège
Mais le cerf ne tomba pas dedans ;
Nous avons mangé l'appât et maintenant partons,
Laissant les chasseurs se lamenter. »


26. Après que le vénérable Raṭṭhapāla se fut levé et eut prononcé ces stances, il alla au Jardin Migācīra du Roi Koravya et s'assit au pied d'un arbre pour y passer la journée.


27. Alors le Roi Koravya s'adressa au garde-chasse ainsi : « Bon garde-chasse, arrangez le Jardin Migācīra de sorte que nous puissions aller au jardin d'agrément pour y voir un endroit plaisant. » - « Oui, Sire, » répondit-il. Et tandis qu'il arrangeait le Jardin Migācīra, le garde-chasse vit le vénérable Raṭṭhapāla assis au pied d'un arbre, y passant la journée. Quand il le vit, il alla voir le Roi Koravya et lui dit : « Sire, le Jardin Migācīra a été arrangé. Le fils de bonne famille Ratṭṭhapāla est là, le fils du clan principal de cette même Thullakoṭṭhita, de qui vous avez parlé élogieusement ; il est assis au pied d'un arbre pour y passer la journée. »
« Alors, bon garde-chasse, assez de ce jardin d'agrément pour aujourd'hui. Nous allons aller maintenant rendre hommage à ce Maître Raṭṭhapāla. »


28. Alors, disant : « Donnez toute la nourriture qui a été préparée là, », le Roi Koravya fit préparer un certain nombre de chariots officiels, et montant sur l'un d'eux, il quitta Thullakoṭṭhita avec tout l'attirail de royauté afin d'aller voir le vénérable Raṭṭhapāla. Il alla aussi loin que la route le permettait en chariot, et alors il descendit de son chariot et continua à pied avec une suite des officiels les plus éminents vers l'endroit où se trouvait le vénérable Raṭṭhapāla. Il échangea des salutations avec le vénérable Raṭṭhapāla, et quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, il s'assit sur un côté et dit : « Voici un tapis d'éléphant : Que Maître Raṭṭhapāla s'asseye dessus. »
« Il n'y en a pas besoin, grand roi. Asseyez-vous. Je suis assis sur mon propre tapis. »
Le Roi Koravya s'assit sur un siège préparé et dit :


29. « Maître Raṭṭhapāla, il y a quatre sortes de perte. Parce qu'elles ont subi ces quatre sortes de perte, certaines personnes ici rasent leurs cheveux et leur barbe, mettent la robe jaune, et vont de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Quelles sont ces quatre ? Ce sont la perte par la vieillesse, la perte par la maladie, la perte de richesse, et la perte de relatifs.


30. « Et quelle est la perte par la vieillesse ? Ici, Maître Raṭṭhapāla, quelqu'un qui est vieux, âgé, accablé par les années, avancé dans la vie, arrivant au dernier stage. Il considère ceci : 'Je suis vieux, âgé, accablé par les années, avancé dans la vie, arrivant au dernier stage. Ce n'est plus facile pour moi d'acquérir des richesses non acquises ou d'augmenter les richesses déjà acquises. Supposons que je rase mes cheveux et ma barbe, mette la robe jaune, et aille de la vie de foyer vers la vie sans foyer.' Parce qu'il a subi cette perte par la vieillesse, il rase ses cheveux et sa barbe, met la robe jaune, et va de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Ceci s'appelle la perte par la vieillesse. Mais Maître Raṭṭhapāla est maintenant encore jeune, un jeune homme aux cheveux noirs doté de la bénédiction de la jeunesse, dans la fleur de l'âge. Maître Raṭṭhapāla n'a subi aucune perte par la vieillesse. Qu'a-t-il connu ou vu ou entendu pour aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer ?


31. « Et quelle est la perte par la maladie ? Ici, Maître Raṭṭhapāla, quelqu'un qui est affligé, souffre, et est gravement malade. Il considère ceci : 'Je suis affligé, je souffre, et suis gravement malade. Ce n'est plus facile pour moi d'acquérir des richesses non acquises ou d'augmenter les richesses déjà acquises. Supposons que je rase mes cheveux et ma barbe, mette la robe jaune, et aille de la vie de foyer vers la vie sans foyer.' Parce qu'il a subi cette perte par la maladie, il rase ses cheveux et sa barbe, met la robe jaune, et va de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Ceci s'appelle la perte par la maladie. Mais Maître Raṭṭhapāla est maintenant libre de la maladie et de l'affliction ; il a une bonne digestion qui n'est ni trop froide ni trop chaude mais moyenne. Maître Raṭṭhapāla n'a subi aucune perte par la maladie. Qu'a-t-il connu ou vu ou entendu pour aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer ?


32. « Et quelle est la perte de richesse ? Ici, Maître Raṭṭhapāla, quelqu'un qui est riche, de grande richesse, ayant de grandes biens. Peu à peu ses richesses se réduisent. Il considère ceci : 'Auparavant j'étais riche, de grande richesse, ayant de grands bien. Peu à peu mes richesses se réduisent. Ce n'est plus facile pour moi d'acquérir des richesses non acquises ou d'augmenter les richesses déjà acquises. Supposons que je rase mes cheveux et ma barbe, mette la robe jaune, et aille de la vie de foyer vers la vie sans foyer.' Parce qu'il a subi cette perte de richesse, il rase ses cheveux et sa barbe, met la robe jaune, et va de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Ceci s'appelle la perte de richesse. Mais Maître Raṭṭhapāla est le fils du clan principal de cette même Thullakoṭṭhita. Maître Raṭṭhapāla n'a subi aucune perte de richesse. Qu'a-t-il connu ou vu ou entendu pour aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer ?


33. « Et quelle est la perte de relatifs ? Ici, Maître Raṭṭhapāla, quelqu'un qui a de nombreux amis et compagnons, parents et relatifs. Peu à peu ces relatifs se réduisent. Il considère ceci : 'Auparavant j'avais de nombreux amis et compagnons, parents et relatifs. Peu à peu mes relatifs se réduisent. Ce n'est plus facile pour moi d'acquérir des richesses non acquises ou d'augmenter les richesses déjà acquises. Supposons que je rase mes cheveux et ma barbe, mette la robe jaune, et aille de la vie de foyer vers la vie sans foyer.' Parce qu'il a subi cette perte de relatifs, il rase ses cheveux et sa barbe, met la robe jaune, et va de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Ceci s'appelle la perte de relatifs. Mais Maître Raṭṭhapāla a de nombreux amis et compagnons, parents et relatifs, dans cette même Thullakoṭṭhita. Maître Raṭṭhapāla n'a subi aucune perte de relatifs. Qu'a-t-il connu ou vu ou entendu pour aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer ?


34. « Maître Raṭṭhapāla, ce sont les quatre sortes de perte. Parce qu'elles ont subi ces quatre sortes de perte, certaines personnes ici rasent leurs cheveux et leur barbe, mettent la robe jaune, et vont de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Maître Raṭṭhapāla n'a subi aucune d'elles. Qu'a-t-il connu ou vu ou entendu pour aller de la vie de foyer vers la vie sans foyer ? »


35. « Grand roi, il y a quatre résumés du Dhamma qui ont été enseignés par le Bienheureux qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé. Sachant et voyant et les entendant, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Quels sont ces quatre ?


36. « 'Tout monde est instable, est balayé' : ceci est le premier résumé du Dhamma enseigné par le Bienheureux qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé. Sachant et voyant et les entendant, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer.
« 'Aucun monde n'a d'abri et de protecteur' : ceci est le deuxième résumé du Dhamma enseigné par le Bienheureux qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé. Sachant et voyant et les entendant, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer.
« 'Aucun monde n'a quelque chose en lui-même ; on doit tout laisser et mourir' : ceci est le troisième résumé du Dhamma enseigné par le Bienheureux qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé. Sachant et voyant et les entendant, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer.
« 'Tout monde est incomplet, insatiable, esclave du désir' : ceci est le quatrième résumé du Dhamma enseigné par le Bienheureux qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé. Sachant et voyant et les entendant, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer.


37. « Grand roi, ce sont les quatre résumés du Dhamma qui ont été enseignés par le Bienheureux qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé. Sachant et voyant et les entendant, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »


38. « Maître Raṭṭhapāla a dit : 'Tout monde est instable, est balayé.' Comment la signification de cette déclaration devrait-elle être comprise ? »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Quand vous aviez vingt ou vingt-cinq ans, étiez-vous un conducteur d'éléphants expert, un cavalier expert, un aurige expert, un archet expert, un épéiste expert, fort aux cuisses et aux bras, solide, compétent dans les batailles ? »
« Quand j'avais vingt ou vingt-cinq ans, Maître Raṭṭhapāla, j'étais un conducteur d'éléphants expert, un cavalier expert, un aurige expert, un archet expert, un épéiste expert, fort aux cuisses et aux bras, solide, compétent dans les batailles. Parfois je me demande si j'avais alors des pouvoirs surnaturels. Je ne vois personne qui pouvais m'égaler en force. »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Êtes-vous maintenant aussi fort aux cuisses et aux bras, aussi solide et compétent dans les batailles ? »
« Non, Maître Raṭṭhapāla. Je suis maintenant vieux, âgé, accablé par les années, avancé dans la vie, arrivant au dernier stage ; j'ai quatre-vingt ans. Parfois je veux mettre mon pied quelque part et je mets mon pied autre part. »
« Grand roi, c'est en raison de cela que le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé, a dit : 'Tout monde est instable, est balayé' ; et quand je sus et vis et entendis ceci, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
« C'est magnifique, Maître Raṭṭhapāla, c'est merveilleux comme ceci a été bien exprimé par le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé : 'Tout monde est instable, est balayé.' Il en est en effet ainsi !


39. « Maître Raṭṭhapāla, il existe dans cette cour royale des troupes d'éléphants et une cavalerie et des chariots et une infanterie, qui serviront à subjuguer toute menace pesant sur nous. Maintenant Maître Raṭṭhapāla a dit : 'Aucun monde n'a d'abri et de protecteur.' Comment la signification de cette déclaration devrait-elle être comprise ? »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Avez-vous quelque maladie chronique ? »
« J'ai une maladie chronique d'air, Maître Raṭṭhapāla. Parfois mes amis et compagnons, parents et relatifs, se tiennent autour de moi, pensant : 'Maintenant le Roi Koravya est sur le point de mourir, maintenant le Roi Koravya est sur le point de mourir !' »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Pouvez-vous ordonner à vos amis et compagnons, parents et relatifs : 'Venez, mes chers amis et compagnons, parents et relatifs. Que chacun de vous présents ici partagent cette sensation douloureuse afin que je ressente moins de douleur' ? Ou devez-vous ressentir cette douleur vous-même seulement ? »
« Je ne peux pas ordonner à mes amis et compagnons, parents et relatifs ceci, Maître Raṭṭhapāla. Mois seul dois ressentir cette douleur. »
« Grand roi, c'est en raison de cela que le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé, a dit : 'Aucun monde n'a d'abri et de protecteur' ; et quand je sus et vis et entendis ceci, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
« C'est magnifique, Maître Raṭṭhapāla, c'est merveilleux comme ceci a été bien exprimé par le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé : 'Aucun monde n'a d'abri et de protecteur.' Il en est en effet ainsi !


40. « Maître Raṭṭhapāla, il existe dans cette cour royale d'abondantes pièces d'or et lingots stockés dans des caves et greniers. Maintenant Maître Raṭṭhapāla a dit : 'Aucun monde n'a quelque chose en lui-même ; on doit tout laisser et mourir.' Comment la signification de cette déclaration devrait-elle être comprise ? »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Vous vous réjouissez maintenant, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels, mais pourrez-vous avoir ceci dans la vie à venir : 'Que je me réjouisse de même, pourvu et doté de ces mêmes cinq cordes des plaisirs sensuels' ? Ou d'autres s'empareront-ils de ces propriétés, tandis que vous devrez mourir selon vos actions ? »
« Je ne peux pas avoir ceci dans la vie à venir, Maître Raṭṭhapāla. Au contraire, d'autres s'empareront de ces propriétés tandis que je devrai mourir selon mes actions. »
« Grand roi, c'est en raison de cela que le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé, a dit : 'Aucun monde n'a quelque chose en lui-même ; on doit tout laisser et mourir' ; et quand je sus et vis et entendis ceci, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
« C'est magnifique, Maître Raṭṭhapāla, c'est merveilleux comme ceci a été bien exprimé par le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé : 'Aucun monde n'a quelque chose en lui-même ; on doit tout laisser et mourir.' Il en est en effet ainsi !


41. « Maintenant Maître Raṭṭhapāla a dit : 'Tout monde est incomplet, insatiable, esclave de lu désir.' Comment la signification de cette déclaration devrait-elle être comprise ? »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Régnez-vous sur le riche pays de Kuru ? »
« Oui, Maître Raṭṭhapāla. »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Supposons qu'un homme sûr et digne de confiance vienne vous voir de l'est et dise : 'Veuillez savoir, grand roi, que je suis venu de l'est, et que j'y ai vu un vaste pays, puissant et riche, très peuplé et empli de monde. Il y a beaucoup de troupes d'éléphants là-bas, beaucoup de cavaleries, de chariots et d'infanteries ; il y a beaucoup d'ivoire là-bas, et beaucoup de pièces d'or et de lingots, bruts et travaillés, et beaucoup de femmes à marier. Avec votre force présente, vous pouvez le conquérir. Conquérez-le, grand roi.' Que feriez-vous ? »
« Nous le conquerrions et régnerions sur lui, Maître Raṭṭhapāla. »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Supposons qu'un homme sûr et digne de confiance vienne vous voir de l'ouest et dise : 'Veuillez savoir, grand roi, que je suis venu de l'ouest, et que j'y ai vu un vaste pays, puissant et riche, très peuplé et empli de monde. Il y a beaucoup de troupes d'éléphants là-bas, beaucoup de cavaleries, de chariots et d'infanteries ; il y a beaucoup d'ivoire là-bas, et beaucoup de pièces d'or et de lingots, bruts et travaillés, et beaucoup de femmes à marier. Avec votre force présente, vous pouvez le conquérir. Conquérez-le, grand roi.' Que feriez-vous ? »
« Nous le conquerrions et régnerions sur lui aussi, Maître Raṭṭhapāla. »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Supposons qu'un homme sûr et digne de confiance vienne vous voir du nord et dise : 'Veuillez savoir, grand roi, que je suis venu du nord, et que j'y ai vu un vaste pays, puissant et riche, très peuplé et empli de monde. Il y a beaucoup de troupes d'éléphants là-bas, beaucoup de cavaleries, de chariots et d'infanteries ; il y a beaucoup d'ivoire là-bas, et beaucoup de pièces d'or et de lingots, bruts et travaillés, et beaucoup de femmes à marier. Avec votre force présente, vous pouvez le conquérir. Conquérez-le, grand roi.' Que feriez-vous ? »
« Nous le conquerrions et régnerions sur lui aussi, Maître Raṭṭhapāla. »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Supposons qu'un homme sûr et digne de confiance vienne vous voir du sud et dise : 'Veuillez savoir, grand roi, que je suis venu du sud, et que j'y ai vu un vaste pays, puissant et riche, très peuplé et empli de monde. Il y a beaucoup de troupes d'éléphants là-bas, beaucoup de cavaleries, de chariots et d'infanteries ; il y a beaucoup d'ivoire là-bas, et beaucoup de pièces d'or et de lingots, bruts et travaillés, et beaucoup de femmes à marier. Avec votre force présente, vous pouvez le conquérir. Conquérez-le, grand roi.' Que feriez-vous ? »
« Nous le conquerrions et régnerions sur lui aussi, Maître Raṭṭhapāla. »
« Qu'en pensez-vous, grand roi ? Supposons qu'un homme sûr et digne de confiance vienne vous voir de l'autre côté de la mer et dise : 'Veuillez savoir, grand roi, que je suis venu de l'autre côté de la mer, et que j'y ai vu un vaste pays, puissant et riche, très peuplé et empli de monde. Il y a beaucoup de troupes d'éléphants là-bas, beaucoup de cavaleries, de chariots et d'infanteries ; il y a beaucoup d'ivoire là-bas, et beaucoup de pièces d'or et de lingots, bruts et travaillés, et beaucoup de femmes à marier. Avec votre force présente, vous pouvez le conquérir. Conquérez-le, grand roi.' Que feriez-vous ? »
« Nous le conquerrions et régnerions sur lui aussi, Maître Raṭṭhapāla. »
« Grand roi, c'est en raison de cela que le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé, a dit : 'Tout monde est incomplet, insatiable, esclave du désir' ; et quand je sus et vis et entendis ceci, je suis allé de la vie de foyer vers la vie sans foyer. »
« C'est magnifique, Maître Raṭṭhapāla, c'est merveilleux comme ceci a été bien exprimé par le Bienheureux, qui sait et qui voit, est accompli et pleinement éveillé : 'Tout monde est incomplet, insatiable, esclave du désir.' Il en est en effet ainsi !


Ainsi parla le vénérable Raṭṭhapāla. Et ayant dit ceci il ajouta :


« Je vois des hommes riches dans le monde, qui pourtant
Par ignorance ne donnent pas leur richesse assemblée.
Avidement ils amassent leurs richesses
Aspirant toujours à davantage de plaisirs sensuels.


Un roi qui a conquis la terre par force
Et régné sur les terres que l'océan limite
Reste pourtant inassouvi par la rive proche de la mer
Et a faim de sa rive éloignée aussi.


La plupart des autres personnes aussi, pas seulement un roi,
Trouvent la mort, leur envie non diminuée ;
[Leurs projets] incomplets ils quittent leur corps ;
Leur désir reste inassouvi dans le monde.


Ses relatifs se lamentent et s'arrachent les cheveux,
Pleurant, 'Pauvre de moi ! Hélas ! Notre très cher est mort !'
Ils emportent au loin le corps enveloppé dans un linceul,
Pour le mettre sur un bûcher et le brûler là.


Vêtu d'un linceul, il laisse ses richesses derrière,
Poussé par des pieux, il brûle.
Et alors qu'il meurt, aucun relatif ou ami
Ne peut lui offrir abri et refuge ici.


Tandis que ses héritiers s'emparent de ses richesses, cet être
Doit mourir selon ses actions ;
Et alors qu'il meurt rien ne peut le suivre ;
Ni enfant ni femme ni richesse ni domaine royal.


La longévité n'est pas acquise par la richesse,
La prospérité ne bannit pas la vieillesse ;
Courte est cette vie, comme tous les sages le disent,
Elle ne connaît pas l'éternité, seulement le changement.


Le riche et le pauvre, pareillement, sentiront le toucher [de la mort],
Le fou et le sage aussi sentiront cela ;
Mais tandis que le fou se trouve frappé par sa folie,
Aucun sage ne tremblera jamais à son contact.


Mieux vaut la sagesse ici que toute richesse,
Puisque par la sagesse on atteint le but final.
Mais les personnes par ignorance font de mauvaises actions
Et échouent à atteindre le but de vie en vie.


Comme on va à la matrice et au monde suivant,
Renouvelant la ronde successive des naissances,
Ceux de peu de sagesse, lui faisant confiance,
Vont aussi dans la matrice et le monde suivant.


Juste comme on fait souffrir un voleur
Pris sur le fait pour ses mauvaises actions,
De même les personnes après la mort, dans le monde suivant,
Souffrent en raison de leurs mauvaises actions.


Les plaisirs sensuels, variés, doux, exquis,
De nombreuses manières différentes troublent l'esprit :
Voyant le danger dans ces liens sensuels
Je choisis de mener la vie sans foyer, Ô Roi.


Comme les fruits tombent de l'arbre, de même les personnes,
Jeunes et vieilles, tombent quand ce corps se brise.
Voyant cela aussi, Ô Roi, je suis allé :
Meilleure est la vie du reclus. »


Vous êtes libres de copier, distribuer et transmettre ce texte sous les conditions suivantes : qu'il soit exclusivement utilisé à but non commercial, qu'il ne soit pas modifié sans permission, que les redistributions se fassent sous les mêmes conditions d'utilisations, et que soit inclus ceci :

Traduit par Pháp Thân, d'après 'The middle lenght discourses of the Buddha : a new translation of the Majjhima Nikāya / original translation by Bhikkhu Ñānamoli ; translation edited and revised by Bhikkhu Bodhi' avec l'aimable permission de Wisdom Publications et Bhikkhu Bodhi.