Majjhima Nikāya 075
Māgandiya Sutta
À Māgandiya

(Télécharger le PDF)


1. Voici ce que j'ai entendu. En une occasion, le Bienheureux se trouvait dans le pays de Kuru où il y avait une ville des Kurus nommée Kammāsadhamma sur une jonchée d'herbes dans la salle du feu d'un brahmane appartenant au clan Bhāradvāja.


2. Alors, quand c'était le matin, le Bienheureux s'habilla, et prenant son bol et sa robe extérieure, alla à Kammāsadhamma pour l'aumône. Quand il eut marché dans Kammāsadhamma pour l'aumône et fut revenu de sa tournée d'aumônes, après son repas il alla vers un certain bosquet pour y passer la journée. Étant entré dans le bosquet, il s'assit au pied d'un arbre pour y passer la journée.


3. Alors le renonçant Māgandiya, alors qu'il marchait et se promenait pour s'exercer, alla à la salle du feu du brahmane appartenant au clan Bhāradvāja. Là il vit une jonchée d'herbes préparée et demanda au brahmane : « Pour qui cette jonchée a t-elle été préparée dans la salle du feu de Maître Bhāradvāja ? Il semble que ce pourrait être le lit d'un reclus. »


4. « Maître Māgandiya, il y a le reclus Gotama, le fils des Sakyans, qui est parti du clan Sakyan. Une bonne rumeur au sujet de Maître Gotama s'est répandue : 'Ce Bienheureux est accompli, pleinement éveillé, parfait en vraie connaissance et en conduite, sublime, connaisseur des mondes, incomparable meneur des personnes à dompter, enseignant des dieux et des humains, éveillé, béni.' Ce lit a été préparé pour ce Maître Gotama. »


5. « Maître Bhāradvāja, c'est une vue déplaisante que nous voyons quand nous voyons le lit de ce destructeur de développement, Maître Gotama. »
« Faites attention à ce que vous dites, Māgandiya, faites attention à ce que vous dites ! De nombreux nobles érudits, brahmanes érudits, maîtres de maison érudits, et reclus érudits ont pleine confiance en Maître Gotama, et ont été instruits par lui dans le noble vrai chemin, dans ce Dhamma qui est sain. »
« Maître Bhāradvāja, même si nous voyions ce Maître Gotama face à face, nous lui dirions : 'Le Reclus Gotama est un destructeur de développement.' Pourquoi cela ? Parce qu'il en est question dans notre discours. »
« Si Maître Māgandiya n'y voit pas d'objection, puis-je dire cela à Maître Gotama ? »
« Que Maître Bhāradvāja fasse comme il lui convienne. Racontez-lui ce que j'ai dit. »


6. Entre-temps, avec l'oreille divine, qui est purifiée et surpasse celle de l'humain, le Bienheureux entendit cette conversation entre le brahmane du clan Bhāradvāja et le renonçant Māgandiya. Alors, quand c'était le soir, le Bienheureux se leva de la méditation, alla à la chambre du feu du brahmane, et s'assit sur la jonchée d'herbes préparée. Alors le brahmane du clan Bhāradvāja alla voir le Bienheureux et échangea des salutations avec lui. Quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, il s'assit sur un côté. Le Bienheureux lui demanda : « Bhāradvāja, avez-vous eu une conversation avec le renonçant Māgandiya à propos de cette même jonchée d'herbes ? »
Quand ceci fut dit, le brahmane, abasourdi et ses cheveux hérissés, répondit : « Nous voulions parler à Maître Gotama de cela, mais Maître Gotama nous a anticipé. »


7. Mais cette discussion entre le Bienheureux et le brahmane du clan Bhāradvāja resta inachevée, car alors le renonçant Māgandiya, tandis qu'il marchait et se promenait pour s'exercer, vint à la salle du feu du brahmane et alla voir le Bienheureux. Il échangea des salutations avec le Bienheureux, et quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, il s'assit sur un côté. Le Bienheureux lui dit :


8. « Māgandiya, l'oeil se réjouit des formes, prend plaisir dans les formes, se délecte des formes ; ceci a été dompté par le Tathāgata, gardé, protégé, et restreint, et il enseigne le Dhamma pour sa restreinte. Était-ce en référence à ceci que vous dîtes : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement' ? »
« C'était en référence à ceci, Maître Gotama, que j'ai dit : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement.' Pourquoi cela ? Parce que c'est écrit dans nos écritures.
« L'oreille se réjouit des sons, prend plaisir dans les sons, se délecte des sons ; ceci a été dompté par le Tathāgata, gardé, protégé, et restreint, et il enseigne le Dhamma pour sa restreinte. Était-ce en référence à ceci que vous dîtes : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement' ? »
« C'était en référence à ceci, Maître Gotama, que j'ai dit : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement.' Pourquoi cela ? Parce que c'est écrit dans nos écritures.
« Le nez se réjouit des odeurs, prend plaisir dans les odeurs, se délecte des odeurs ; ceci a été dompté par le Tathāgata, gardé, protégé, et restreint, et il enseigne le Dhamma pour sa restreinte. Était-ce en référence à ceci que vous dîtes : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement' ? »
« C'était en référence à ceci, Maître Gotama, que j'ai dit : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement.' Pourquoi cela ? Parce que c'est écrit dans nos écritures.
« La langue se réjouit des saveurs, prend plaisir dans les saveurs, se délecte des saveurs ; ceci a été dompté par le Tathāgata, gardé, protégé, et restreint, et il enseigne le Dhamma pour sa restreinte. Était-ce en référence à ceci que vous dîtes : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement' ? »
« C'était en référence à ceci, Maître Gotama, que j'ai dit : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement.' Pourquoi cela ? Parce que c'est écrit dans nos écritures.
« Le corps se réjouit des tangibles, prend plaisir dans les tangibles, se délecte des tangibles ; ceci a été dompté par le Tathāgata, gardé, protégé, et restreint, et il enseigne le Dhamma pour sa restreinte. Était-ce en référence à ceci que vous dîtes : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement' ? »
« C'était en référence à ceci, Maître Gotama, que j'ai dit : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement.' Pourquoi cela ? Parce que c'est écrit dans nos écritures.
« L'esprit se réjouit des objets de l'esprit, prend plaisir dans les objets de l'esprit, se délecte des objets de l'esprit ; ceci a été dompté par le Tathāgata, gardé, protégé, et restreint, et il enseigne le Dhamma pour sa restreinte. Était-ce en référence à ceci que vous dîtes : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement' ? »
« C'était en référence à ceci, Maître Gotama, que j'ai dit : 'Le reclus Gotama est un destructeur de développement.' Pourquoi cela ? Parce que c'est écrit dans nos écritures.


9. « Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Ici quelqu'un qui pourrait s'être autrefois réjoui des formes connaissables par l'oeil, qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel et provoquant l'envie. Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment l'origine, la disparition, la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des formes, il pourrait abandonner le désirs pour les formes, éliminer la fièvre pour les formes, et demeurer sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Que lui diriez-vous, Māgandiya ? » - « Rien, Maître Gotama. »
« Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Ici quelqu'un qui pourrait s'être autrefois réjoui des sons connaissables par l'oreille, qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel et provoquant l'envie. Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment l'origine, la disparition, la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des sons, il pourrait abandonner le désir pour les sons, éliminer la fièvre pour les sons, et demeurer sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Que lui diriez-vous, Māgandiya ? » - « Rien, Maître Gotama. »
« Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Ici quelqu'un qui pourrait s'être autrefois réjoui des odeurs connaissables par le nez, qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel et provoquant l'envie. Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment l'origine, la disparition, la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des odeurs, il pourrait abandonner le désir pour les odeurs, éliminer la fièvre pour les odeurs, et demeurer sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Que lui diriez-vous, Māgandiya ? » - « Rien, Maître Gotama. »
« Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Ici quelqu'un qui pourrait s'être autrefois réjoui des saveurs connaissables par la langue, qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel et provoquant l'envie. Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment l'origine, la disparition, la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des saveurs, il pourrait abandonner le désir pour les saveurs, éliminer la fièvre pour les saveurs, et demeurer sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Que lui diriez-vous, Māgandiya ? » - « Rien, Maître Gotama. »
« Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Ici quelqu'un qui pourrait s'être autrefois réjoui des tangibles connaissables par le corps, qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel et provoquant l'envie. Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment l'origine, la disparition, la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des tangibles, il pourrait abandonner le désir pour les tangibles, éliminer la fièvre pour les tangibles, et demeurer sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Que lui diriez-vous, Māgandiya ? » - « Rien, Maître Gotama. »


10. « Māgandiya, auparavant, quand je vivais la vie de foyer, je me réjouissais, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels, avec les formes connaissables par l’œil qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les sons connaissables par l'oreille qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les odeurs connaissables par le nez qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les saveurs connaissables par la langue qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les tangibles connaissables par le corps qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie. J'avais trois palais, un pour la saison des pluies, un pour l'hiver, et un pour l'été. Je vivais dans le palais des pluies pendant quatre mois pendant la saison des pluies, prenant plaisir avec des musiciens, dont aucun n'était un homme, et je ne descendais pas dans le palais inférieur.
« Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment l'origine, la disparition, la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des plaisirs sensuels, j'abandonnai les plaisirs sensuels, éliminai la fièvre pour les plaisirs sensuels, et demeurai sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Je vois d'autres êtres qui ne sont pas libres du désir pour les plaisirs sensuels, étant dévorés par l'envie pour les plaisirs sensuels, brûlant de fièvre pour les plaisirs sensuels, se livrant aux plaisirs sensuels, et je ne les envie pas, ni n'y prend plaisir. Pourquoi cela ? Parce qu'il y a, Māgandiya, un plaisir en dehors des plaisirs sensuels, en dehors des états malsains, qui surpasse même la félicité divine. Puisque je prends plaisir en cela, je n'envie pas ce qui est inférieur, ni y prend plaisir.


11. Supposons, Māgandiya, qu'un maître de maison ou un fils de maître de maison soit riche, avec de grandes richesses et propriétés, et étant pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels, il pourrait se réjouir avec les formes connaissables par l’œil qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie, avec les sons connaissables par l'oreille qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie, avec les odeurs connaissables par le nez qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie, avec les saveurs connaissables par la langue qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie, avec les tangibles connaissables par le corps qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie. S'étant bien conduit avec le corps, la parole, et l'esprit, à la dissolution du corps, après la mort, il pourrait réapparaître dans une destination heureuse, dans le monde céleste dans la suite des dieux Trente-Trois ; et là, entouré par un groupe de nymphes dans le Bosquet de Nandana, il se réjouirait, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels divins. Supposons qu'un maître de maison ou un fils de maître de maison se réjouisse, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels [humains]. Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Ce jeune dieu entourés par le groupe de nymphes dans le Bosquet de Nandana se réjouissant, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels divins, envierait-il le maître de maison ou un fils de maître de maison pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels humains, ou serait-il attiré par les plaisirs sensuels humains ? »
« Non, Maître Gotama. Pourquoi pas ? Parce que les plaisirs sensuels divins sont plus excellents et sublimes que les plaisirs sensuels humains. »


12. « De même, Māgandiya, auparavant, quand je vivais la vie de foyer, je me réjouissais, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels, avec les formes connaissables par l’œil qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les sons connaissables par l'oreille qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les odeurs connaissables par le nez qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les saveurs connaissables par la langue qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les tangibles connaissables par le corps qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie. Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des plaisirs sensuels, j'abandonnai les plaisirs sensuels, éliminai la fièvre pour les plaisirs sensuels, et demeurai sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Je vois d'autres êtres qui ne sont pas libres du désir pour les plaisirs sensuels, dévorés par l'envie pour les plaisirs sensuels, brûlant de fièvre pour les plaisirs sensuels, se livrant aux plaisirs sensuels, et je ne les envie pas, ni n'y prend plaisir. Pourquoi cela ? Parce qu'il y a, Māgandiya, un plaisir en dehors des plaisirs sensuels, en dehors des états malsains, qui surpasse même la félicité divine. Puisque je prends plaisir en cela, je n'envie pas ce qui est inférieur, ni n'y prend plaisir.


13. « Supposons, Māgandiya, qu'il y ait un lépreux avec des plaies et des cloques sur ses membres, étant dévoré par les vers, grattant les croûtes de ses blessures ouvertes avec ses ongles, cautérisant son corps avec un chardon de bois brûlant. Alors ses amis et compagnons, sa famille et ses relatifs, amèneraient un médecin pour le soigner. Le médecin lui préparerait des médicaments, et grâce à ces médicaments l'homme serait guéri de sa lèpre et il serait en bonne santé et heureux, indépendant, maître de lui-même, pouvant aller où il veut. Alors il pourrait voir un autre lépreux avec des plaies et des cloques sur ses membres, étant dévoré par les vers, grattant les croûtes de ses blessures ouvertes avec ses ongles, cautérisant son corps avec un chardon de bois brûlant. Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Cet homme envierait-il ce lépreux pour son chardon de bois brûlant ou pour son utilisation de médicaments ? »
« Non, Maître Gotama. Pourquoi cela ? Parce quand il y a une maladie, il y a besoin de médicaments, et quand il n'y a pas de maladie il n'y a pas besoin de médicaments. »


14. « De même, Māgandiya, auparavant, quand je vivais la vie de foyer, je me réjouissais, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels, avec les formes connaissables par l’œil qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les sons connaissables par l'oreille qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les odeurs connaissables par le nez qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les saveurs connaissables par la langue qui sont souhaitées, désirées, agréables et sympathiques, connectées avec le désir sensuel, et provoquant l'envie ; les tangibles connaissables par le corps qui sont souhaités, désirés, agréables et sympathiques, connectés avec le désir sensuel, et provoquant l'envie. Plus tard, ayant compris comme ils sont vraiment la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des plaisirs sensuels, j'abandonnai les plaisirs sensuels, éliminai la fièvre pour les plaisirs sensuels, et demeurai sans soif, l'esprit intérieurement en paix. Je vois d'autres êtres qui ne sont pas libres du désir pour les plaisirs sensuels, dévorés par l'envie pour les plaisirs sensuels, brûlant de fièvre pour les plaisirs sensuels, se livrant aux plaisirs sensuels, et je ne les envie pas, ni n'y prend plaisir. Pourquoi cela ? Parce qu'il y a, Māgandiya, un plaisir en dehors des plaisirs sensuels, en dehors des états malsains, qui surpasse même la félicité divine. Puisque je prends plaisir en cela, je n'envie pas ce qui est inférieur, ni n'y prend plaisir.


15. « Supposons, Māgandiya, qu'il y ait un lépreux avec des plaies et des cloques sur ses membres, étant dévoré par les vers, grattant les croûtes de ses blessures ouvertes avec ses ongles, cautérisant son corps avec un chardon de bois brûlant. Alors ses amis et compagnons, sa famille et ses relatifs, amèneraient un médecin pour le soigner. Le médecin lui préparerait des médicaments, et grâce à ces médicaments l'homme serait guéri de sa lèpre et il serait en bonne santé et heureux, indépendant, maître de lui-même, pouvant aller où il veut. Alors deux hommes forts le prendraient par les deux bras et le traîneraient vers une fosse de charbon brûlants. Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Cet homme tordrait-il son corps en tous les sens ? »
« Oui Maître Gotama. Pourquoi cela ? Parce que le feu est vraiment douloureux à toucher, chaud et brûlant. »
« Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Est-ce seulement maintenant que ce feu est douloureux à toucher, chaud et brûlant, ou avant aussi ce feu était-il douloureux à toucher, chaud et brûlant ? »
« Maître Gotama, ce feu est maintenant douloureux à toucher, chaud et brûlant, et auparavant aussi ce feu était douloureux à toucher, chaud et brûlant. Mais quand cet homme était un lépreux avec des plaies et des cloques sur ses membres, étant dévoré par les vers, grattant les croûtes de ses blessures ouvertes avec ses ongles, cautérisant son corps avec un chardon de bois brûlant, ses facultés étaient affaiblies ; ainsi, bien que le feu était en fait douloureux à toucher, il eut la perception erronée qu'il était agréable. »


16. « De même, Māgandiya, dans le passé les plaisirs sensuels étaient douloureux à toucher, chauds et brûlants ; dans le futur les plaisirs sensuels seront douloureux à toucher, chaux et brûlants ; et à présent les plaisirs sensuels sont douloureux à toucher, chauds et brûlants. Mais ces êtres qui ne sont pas libres du désir pour les plaisirs sensuels, qui sont dévorés par l'envie pour les plaisirs sensuels, qui brûlent de fièvre pour les plaisirs sensuels, ont des facultés qui sont affaiblies ; ainsi, bien que les plaisirs sensuels sont en fait douloureux à toucher, ils ont la perception erronée qu'ils sont agréables.


17. « Supposons, Māgandiya, qu'il y ait un lépreux avec des plaies et des cloques sur ses membres, étant dévoré par les vers, grattant les croûtes de ses blessures ouvertes avec ses ongles, cautérisant son corps avec un chardon de bois brûlant ; plus il gratterait les croûtes et cautérise son corps, plus ses blessures ouvertes deviendraient sales, fétides, et infectées, et pourtant il trouverait une certaine mesure de satisfaction et de plaisir à gratter les croûtes de ses blessures ouvertes. De même, Māgandiya, les êtres qui ne sont pas libres du désir pour les plaisirs sensuels, qui sont dévorés par l'envie pour les plaisirs sensuels, qui brûlent de fièvre pour les plaisirs sensuels, qui se livrent encore aux plaisirs sensuels ; plus de tels êtres se livrent aux plaisirs sensuels, plus leur désirs pour les plaisirs sensuels augmentent et plus ils brûlent par leur fièvre pour les plaisirs sensuels, et pourtant ils trouvent une certaine mesure de satisfaction et de plaisir dans la dépendance des cinq cordes des plaisirs sensuels.


18. « Qu'en pensez-vous, Māgandiya ? Avez-vous déjà vu un roi ou un ministre d'un roi ou entendu dire de lui que, se réjouissant, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels, sans abandonner le désir pour les plaisirs sensuels, sans éliminer la fièvre pour les plaisirs sensuels, il pouvait demeurer libre de la soif, l'esprit intérieurement en paix, ou peut ou pourra demeurer ainsi ? » - « Non, Maître Gotama. »
« Bien, Māgandiya. Moi non plus je n'ai jamais vu un roi ou un ministre d'un roi ou entendu dire de lui que, se réjouissant, pourvu et doté des cinq cordes des plaisirs sensuels, sans abandonner le désir pour les plaisirs sensuels, sans éliminer la fièvre pour les plaisirs sensuels, il pouvait demeurer libre de la soif, l'esprit intérieurement en paix, ou peut ou pourra demeurer ainsi. Au contraire, Māgandiya, ces reclus ou brahmanes qui demeurèrent ou demeurent ou demeureront libres de la soif, l'esprit intérieurement en paix, tous le font après avoir compris comme ils sont vraiment l'origine, la disparition, la gratification, le danger, et l'échappatoire dans le cas des plaisirs sensuels, et c'est après avoir abandonné le désir pour les plaisirs sensuels et éliminé la fièvre pour les plaisirs sensuels qu'ils demeurèrent ou demeurent ou demeureront sans soif, l'esprit intérieurement en paix. »


19. Alors à ce moment le Bienheureux prononça cette déclaration :


« Le plus grand des gains est la santé,
Nibbāna est la plus grande félicité,
Le Noble Chemin Octuple le meilleur des chemins
Car il conduit sans danger vers l'Immortalité. »


Quand ceci fut dit, le renonçant Māgandiya dit au Bienheureux : « Magnifique, Maître Gotama, merveilleux comme ceci a été bien exprimé par Maître Gotama :


'Le plus grand des gains est la santé,
Nibbāna est la plus grande félicité.'


Nous aussi avons auparavant entendu des renonçants qui étaient des maîtres et des maîtres de maîtres dire ceci, et cela concorde, Maître Gotama. »
« Mais, Māgandiya, quand avez-vous entendu auparavant des renonçants qui étaient des maîtres et des maîtres de maîtres dire ceci, qu'est la santé, qu'est le Nibbāna ? »
Quand ceci fut dit, le renonçant Māgandiya se frotta ses membres avec les mains et dit : « Ceci est cette santé, Maître Gotama, ceci est ce Nibbāna ; car je suis maintenant en bonne santé et heureux et rien ne m'afflige. »


20. « Māgandiya, supposons qu'il y ait un homme né aveugle qui ne puisse pas voir les formes sombres et claires, qui ne puisse pas voir les formes bleues, jaunes, rouges, ou roses, qui ne puisse pas voir ce qui est similaire et différent, qui ne puisse pas voir les étoiles ou le soleil et la lune. Il pourrait entendre un homme avec une bonne vue dire : 'Messieurs, un habit blanc, beau, sans tache, et propre, est vraiment bien !' et il irait à la recherche d'un tissu blanc. Alors un homme le tromperait avec un vêtement sale, souillé, ainsi : 'Homme bon, voici un habit blanc pour vous, beau, sans tache, et propre.' Et il l'accepterait et le mettrait, et en étant satisfait, il prononcerait des paroles de satisfaction ainsi : 'Messieurs, un habit blanc, beau, sans tache, et propre, est vraiment bien !' Qu'en pensez-vous, Māgandiya, quand cet homme aveugle aurait accepté ce vêtement sale, souillé, l'aurait mit, et en étant satisfait, aurait prononcé des paroles de satisfaction ainsi : 'Messieurs, un habit blanc, beau, sans tache, et propre, est vraiment bien !' - l'aurait-il fait en sachant et voyant, ou par confiance en l'homme ayant une bonne vue ? »
« Vénérable, il l'aurait fait en ne sachant pas et en ne voyant pas, par confiance en l'homme ayant une bonne vue. »


21. « De même, Māgandiya, les renonçants d'autres sectes sont aveugles et sans vision. Ils ne connaissent pas la santé, ils ne voient pas le Nibbāna, et pourtant ils prononcent cette stance :


'Le plus grand des gains est la santé, Nibbāna est la plus grande félicité.'


Cette stance fut prononcée par les Accomplis antérieurs, Pleinement Éveillés :


« Le plus grand des gains est la santé,
Nibbāna est la plus grande félicité,
Le Noble Chemin Octuple le meilleur des chemins
Car il conduit sans danger vers l'Immortalité. »


Et elle est devenue progressivement courante parmi les personnes ordinaires. Et bien que ce corps, Māgandiya, soit une maladie, une tumeur, une pointe acérée, une calamité, et une affliction, en vous référant à ce corps vous dites : « Ceci est cette santé, Maître Gotama, ceci est ce Nibbāna.' Vous n'avez pas cette noble vision, Māgandiya, au moyen de laquelle vous pourriez connaître la santé et voir le Nibbāna. »


22. « J'ai confiance en Maître Gotama ainsi : 'Maître Gotama peut m'enseigner le Dhamma de telle façon que je puisse venir à connaître la santé et voir le Nibbāna.' »
« Māgandiya, supposons qu'il y ait un homme né aveugle qui ne puisse pas voir les formes sombres et claires, qui ne puisse pas voir les formes bleues, jaunes, rouges, ou roses, qui ne puisse pas voir ce qui est similaire et différent, et qui ne puisse pas voir les étoiles ou le soleil et la lune. Alors ses amis et compagnons, sa famille et ses relatifs, amèneraient un médecin pour le soigner. Le médecin lui préparerait des médicaments, et pourtant, grâce à ces médicaments la vision de cet homme n'apparaîtrait pas ou ne serait pas purifiée. Qu'en pensez-vous, Māgandiya, ce médecin récolterait-il lassitude et déception ? » - « Oui, Maître Gotama. » - « De même, Māgandiya, si je devais vous enseigner le Dhamma ainsi : 'Ceci est cette santé, ceci est ce Nibbāna,' vous pourriez ne pas connaître la santé ou ne pas voir le Nibbāna, et ce serait lassant et décevant pour moi. »


23. « J'ai confiance en Maître Gotama ainsi : 'Maître Gotama peut m'enseigner le Dhamma de telle façon que je puisse venir à connaître la santé et voir le Nibbāna.' »
« Māgandiya, supposons qu'il y ait un homme né aveugle qui ne puisse pas voir les formes sombres et claires, qui ne puisse pas voir les formes bleues, jaunes, rouges, ou roses, qui ne puisse pas voir ce qui est similaire et différent, et qui ne puisse pas voir les étoiles ou le soleil et la lune. Il pourrait entendre un homme avec une bonne vue dire : 'Messieurs, un habit blanc, beau, sans tache, et propre, est vraiment bien !' et il irait à la recherche d'un tissu blanc. Alors un homme le tromperait avec un vêtement sale, souillé, ainsi : 'Homme bon, voici un habit blanc pour vous, beau, sans tache, et propre.' Et il l'accepterait et le mettrait. Alors ses amis et compagnons, sa famille et ses relatifs, amèneraient un médecin pour le soigner. Le médecin préparerait des médicaments – des émétiques et des purgatifs, des onguents et des pommades et des traitements nasaux – et grâce à ces médicaments la vision de cet homme apparaîtrait et serait purifiée. Avec l'apparition de cette vision, son désir et son attirance pour ce vêtement sale et souillé seraient abandonnés ; alors il pourrait le brûler avec indignation et hostilité envers cet homme et pourrait penser qu'il mériterait d'être tué ainsi : 'Vraiment, j'ai longtemps été dupé, trompé, et escroqué par cet homme avec ce vêtement sale et souillé quand il me dit : « Homme bon, voici un habit blanc pour vous, beau, sans tache, et propre. »


24. « De même, Māgandiya, si je devais vous enseigner le Dhamma ainsi : 'Ceci est cette santé, ceci est ce Nibbāna,' vous pourriez connaître la santé ou voir le Nibbāna. Avec l'apparition de votre vision, votre désir et envie pour les cinq agrégats affectés par l'attachement pourrait être abandonnés. Alors peut-être pourriez-vous penser : 'Vraiment, j'ai longtemps été dupé, trompé, et escroqué par cet esprit. Car quand je m'attachais, je m'attachais seulement aux formes matérielles, je m'attachais seulement aux sensations, je m'attachais seulement aux perceptions, je m'attachais seulement aux formations, je m'attachais seulement à la conscience. Avec mon attachement comme condition, l'existence ; avec l'existence comme condition, la naissance ; avec la naissance comme condition, la vieillesse et la mort, la peine, les lamentations, la douleur, le chagrin et le désespoir surviennent. Telle est l'origine de cette entière masse de souffrance.' »


25. « J'ai confiance en Maître Gotama ainsi : 'Maître Gotama peut m'enseigner le Dhamma de telle façon que je puisse me lever de ce siège guéri de mon aveuglement.' »
« Alors, Māgandiya, associez-vous avec des hommes vrais. Quand vous vous associerez avec des hommes vrais, vous entendrez le vrai Dhamma. Quand vous entendrez le vrai Dhamma, vous pratiquerez en accord avec le vrai Dhamma. Quand vous pratiquerez en accord avec le vrai Dhamma, vous connaîtrez et verrez par vous-même ainsi : 'Il y a ces maladies, ces tumeurs, ces pointes acérées ; mais ici ces maladies, tumeurs, et pointes acérées cessent sans reste. Avec la cessation de mon attachement vient la cessation de l'existence ; avec la cessation de l'existence, la cessation de la naissance ; avec la cessation de la naissance, la vieillesse et la mort, la peine, les lamentations, la douleur, le chagrin et le désespoir cessent. Telle est la cessation de cette entière masse de souffrance.' »


26. Quand ceci fut dit, le renonçant Māgandiya dit : « Merveilleux, Vénérable ! Merveilleux, Vénérable ! Le Bienheureux a rendu le Dhamma clair de nombreuses façons, comme s'il redressait ce qui a été renversé, révélait ce qui était caché, montrait le chemin à celui qui s'était perdu, ou tenait une lampe dans les ténèbres pour ceux qui ont la vue pour voir les formes. Je prends refuge dans le Bienheureux, et dans le Dhamma et dans la Sangha des bhikkhus. Puissé-je recevoir l'ordination formelle du Bienheureux. Puissé-je recevoir la pleine ordination. »


27. « Māgandiya, celui qui faisait auparavant partie d'une autre secte et qui désire recevoir l'ordination formelle et la pleine ordination dans ce Dhamma et Discipline vit en probation pendant quatre mois. À la fin des quatre mois, si les bhikkhus sont satisfaits de lui, ils lui donnent l'ordination formelle et la pleine ordination de l'état de bhikkhu. Mais je connais les différences individuelles en ce qui concerne ceci. »
« Vénérable, si ceux qui faisaient auparavant partie d'une autre secte désirent recevoir l'ordination formelle et la pleine ordination dans ce Dhamma et Discipline vivent en probation pendant quatre mois, et si à la fin des quatre mois les bhikkhus étant satisfaits d'eux leur donnent l'ordination formelle et la pleine ordination de l'état de bhikkhu, alors je vivrai en probation pendant quatre ans. À la fin de ces quatre années si les bhikkhus sont satisfaits de moi, qu'ils me donnent l'ordination formelle et la pleine ordination de l'état de bhikkhu. »


28. Alors le renonçant Māgandiya reçut l'ordination formelle du Bienheureux, et il reçut la pleine ordination. Et bientôt, peu après sa pleine ordination, demeurant seul, retiré, diligent, ardent, et résolu, le vénérable Māgandiya, en réalisant par lui-même avec la connaissance directe, entra et demeura ici et maintenant dans le but suprême de la sainte vie pour lequel les fils de bonne famille vont à juste titre de la vie de foyer vers la vie sans foyer. Il comprit directement: « La naissance est détruite, la sainte vie a été vécue, ce qui devait être fait a été fait, il n'y a plus de venue dans aucun état d'être. » Et le vénérable Māgandiya devint un des arahants.


Vous êtes libres de copier, distribuer et transmettre ce texte sous les conditions suivantes : qu'il soit exclusivement utilisé à but non commercial, qu'il ne soit pas modifié sans permission, que les redistributions se fassent sous les mêmes conditions d'utilisations, et que soit inclus ceci :

Traduit par Pháp Thân, d'après 'The middle lenght discourses of the Buddha : a new translation of the Majjhima Nikāya / original translation by Bhikkhu Ñānamoli ; translation edited and revised by Bhikkhu Bodhi' avec l'aimable permission de Wisdom Publications et Bhikkhu Bodhi.