Majjhima Nikâya 051
Kandaraka Sutta
À Kandaraka

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1. Voici ce que j'ai entendu. En une occasion, le Bienheureux se trouvait à Campâ sur les rives du lac Gaggarâ avec une vaste Sangha de bhikkhus. Alors Pessa, le fils du conducteur d'éléphants, et Kandaraka le vagabond allèrent voir le Bienheureux. Pessa, après avoir rendu hommage au Bienheureux, s'assit sur un côté, tandis que Kandaraka échangeait des salutations avec le Bienheureux, et quand cette courtoise et aimable conversation fut finie, il se tint sur un côté. Se tenant là, il examina la Sangha de bhikkhus assis en silence complet, et alors il dit au Bienheureux :


2. « Il est merveilleux, Maître Gotama, il est merveilleux comme la Sangha de bhikkhus a été guidée afin de pratiquer de façon juste par maître Gotama. Ceux qui étaient Bienheureux, accomplis et pleinement éveillés dans le passé, ont tout au plus guidé la Sangha de bhikkhus afin de pratiquer de façon juste comme il est fait par Maître Gotama maintenant. Et ceux qui seront Bienheureux, accomplis et pleinement éveillés dans le futur, tout au plus guideront la Sangha de bhikkhus afin de pratiquer de façon juste comme il est fait par Maître Gotama maintenant. »


3. « Il en est ainsi, Kandaraka, il en est ainsi ! Ceux qui étaient Bienheureux, accomplis et pleinement éveillés dans le passé, ont tout au plus guidé la Sangha de bhikkhus afin de pratiquer de façon juste comme il est fait par moi maintenant. Et ceux qui seront Bienheureux, accomplis et pleinement éveillés dans le futur, tout au plus guideront la Sangha de bhikkhus afin de pratiquer de façon juste comme il est fait par moi maintenant.
« Kandaraka, dans cette Sangha de bhikkhus il y a des bhikkhus qui sont des arahants avec les souillures détruites, qui ont vécu la sainte vie, fait ce qui devait être fait, déposé le fardeau, atteint le vrai but, détruit les chaînes de l'être, et sont complètement libérés par la connaissance finale. Et dans cette Sangha de bhikkhus il y a des bhikkhus en entraînement supérieur, de vertu constante, vivant une vie de vertu constante, sagaces, vivant une vie de constante sagacité. Ils demeurent avec leur esprit bien établi dans les quatre fondations de la pleine conscience. Quelles sont ces quatre ? Ici, Kandaraka, un bhikkhu qui demeure contemplant le corps comme corps, ardent, pleinement attentif, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. Il demeure dans la contemplation des sensations comme sensations, ardent, pleinement attentif, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. Il demeure dans la contemplation de l'esprit comme esprit, ardent, pleinement attentif, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. Il demeure dans la contemplation des objets de l'esprit comme objets de l'esprit, ardent, pleinement attentif, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. »


4. Quand ceci fut dit, Pessa, le fils du conducteur d'éléphants, dit : « Il est merveilleux, Vénérable, il est merveilleux combien les quatre fondations de la pleine conscience ont été portées à la connaissance par le Bienheureux : pour la purification des êtres, pour surmonter les peines et les lamentations, pour la disparition de la douleur et du chagrin, pour l'atteinte du vrai chemin, pour la réalisation du Nibbâna. Vénérable, nous, personnes laïques habillées de blanc, demeurons aussi de temps en temps avec notre esprit bien établi dans ces quatre fondations de la pleine conscience. Ainsi, Vénérable, nous demeurons contemplant le corps comme corps, ardents, pleinement attentifs, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. Nous demeurons dans la contemplation des sensations comme sensations, ardents, pleinement attentifs, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. Nous demeurons dans la contemplation de l'esprit comme esprit, ardents, pleinement attentifs, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. Nous demeurons dans la contemplation des objets de l'esprit comme objets de l'esprit, ardents, pleinement attentifs, et en pleine conscience, ayant abandonné toute convoitise et peine pour ce monde. Il est merveilleux, Vénérable, il est merveilleux comment au milieu de la confusion, de la corruption, et de la tromperie des hommes, le Bienheureux connaisse le bien et le mal des êtres. Car le genre humain est complexe tandis que l'animal est assez compréhensible. Vénérable, je peux conduire un éléphant devant être dompté, et pendant le temps qu'il faut pour faire un trajet aller et retour à Campâ, cet éléphant essayera toutes les sortes de tromperies, de duplicités, de duperies, et de fraudes dont il est capable. Mais ceux qui sont appelés nos esclaves, messagers, et serviteurs, se comportent d'une façon avec le corps, d'une autre avec la parole, tandis que leur esprit se comporte encore d'une autre façon. Il est merveilleux, Vénérable, il est merveilleux comment au milieu de la confusion, de la corruption, et de la tromperie des hommes, le Bienheureux connaisse le bien et le mal des êtres. Car le genre humain est complexe tandis que l'animal est assez compréhensible. »


5. « Il en est ainsi, Pessa, il en est ainsi ! Le genre humain est complexe tandis que l'animal est assez compréhensible. Pessa, il y a quatre sortes de personnes que l'on puisse trouver dans le monde. Quelles sont ces quatre ? Ici une certaine sorte de personne qui se tourmente et suit la pratique de se torturer. Ici une certaine sorte de personne qui tourmente les autres et suit la pratique de torturer les autres. Ici une certaine sorte de personne qui se tourmente et suit la pratique de se torturer, et qui tourmente aussi les autres et suit la pratique de torturer les autres. Ici une certaine sorte de personne qui ne se tourmente pas et ne suit la pratique de se torturer, et qui ne tourmente pas les autres et ne suit pas la pratique de torturer les autres. Puisqu'il ne tourmente ni lui-même ni les autres, il est ici et maintenant sans faim, éteint, et refroidi, et il demeure dans l'expérience de la félicité, étant lui-même devenu un saint. Laquelle de ces autre sortes de personnes satisfait ton esprit, Pessa ? »
« Les trois premières ne satisfont pas mon esprit, Vénérable, mais la dernière satisfait mon esprit. »


6. « Mais, Pessa, pourquoi les trois premières sortes de personnes ne satisfont-elles pas ton esprit ? »
« Vénérable, la sorte de personne qui se tourmente et suit la pratique de se torturer, se tourmente et se torture bien qu'il souhaite le plaisir et rejette la douleur ; voilà pourquoi cette sorte de personne ne satisfait pas mon esprit. Et la sorte de personne qui tourmente les autres et suit la pratique de torturer les autres, tourmente et torture les autres qui souhaitent le plaisir et rejettent la douleur ; voilà pourquoi cette sorte de personne ne satisfait pas mon esprit. Et la sorte de personne qui se tourmente et suit la pratique de se torturer, et qui tourmente aussi les autres et suit la pratique de torturer les autres, tourmente et torture lui-même et les autres, tous souhaitant le plaisir et rejettent la douleur ; voilà pourquoi cette sorte de personne ne satisfait pas mon esprit. Mais la sorte de personne qui ne se tourmente pas et ne se torture pas, et qui ne tourmente pas les autres et ne suit pas la pratique de torturer les autres ; qui, puisqu'il ne tourmente ni lui-même ni les autres, est ici et maintenant sans faim, éteint, et refroidi, et demeure dans l'expérience de la félicité, étant lui-même devenu un saint – il ne tourmente et torture ni lui-même ni les autres, tous souhaitant le plaisir et rejetant la douleur. Voilà pourquoi cette sorte de personne satisfait mon esprit. Et maintenant, Vénérable, nous partons. Nous sommes occupés et avons beaucoup à faire. »
« Tu peux partir, Pessa, fais comme il te convient. »
Alors Pessa, le fils du conducteur d'éléphants, s'étant réjoui et étant satisfait des paroles du Bienheureux, se leva de son siège, et après avoir rendu hommage au Bienheureux, le gardant sur sa droite, il partit.


7. Peu après qu'il soit parti, le Bienheureux s'adressa aux bhikkhus ainsi : « Bhikkhus, Pessa, le fils du conducteur d'éléphants, est sage, il a une grande sagesse. S'il était resté assis un peu plus longtemps jusqu'à ce que j'expose pour lui en détail ces quatre sortes de personnes, il en aurait beaucoup bénéficié. Mais même comme cela, il en a beaucoup bénéficié. »
« C'est le moment, Bienheureux, c'est le moment, Sublime, pour que le Bienheureux expose en détail ces quatre sortes de personnes. L'ayant entendu du Bienheureux, les bhikkhus s'en souviendront. »
« Alors, bhikkhus, écoutez et faites bien attention à ce que je vais dire. »
« Oui, Vénérable, » répondirent les bhikkhus. Le Bienheureux dit ceci :


8. « Bhikkhus, quelle sorte de personne se tourmente et suit la pratique de se torturer ? Ici une certaine personne allant nu, rejetant les conventions, léchant ses mains, ne venant pas quand on lui demande, ne s'arrêtant pas quand lui demande ; il n'accepte pas la nourriture apportée ou la nourriture préparée spécialement ou une invitation à un repas; il ne reçoit rien d'un pot, d'un bol, à travers d'un seuil de porte, par un bâton, par un pilon, de deux personnes mangeant ensemble, d'une femme enceinte, d'une femme allaitant, d'une femme parmi les hommes, d'où la nourriture est annoncée être distribuée, d'où un chien attend, d'où il y a des mouches bourdonnantes; il n'accepte pas de poisson ou de viande, il ne boit pas d'alcool, de vin, ou de préparation fermentée. Il s'en tient à une maison, à une bouchée; il s'en tient à deux maisons, à deux bouchées; il s'en tient à trois maisons, à trois bouchées; il s'en tient à quatre maisons, à quatre bouchées; il s'en tient à cinq maisons, à cinq bouchées; il s'en tient à six maisons, à six bouchées; il s'en tient à sept maisons, à sept bouchées. Il s'en tient à une soucoupe par jour, à deux soucoupes par jour, à trois soucoupes par jour, à quatre soucoupes par jour, à cinq soucoupes par jour, à six soucoupes par jour, à sept soucoupes par jour; il prends de la nourriture une fois par jour, une fois tous les deux jours, une fois tous les trois jours, une fois tous les quatre jours, une fois tous les cinq jours, une fois tous les six jours, une fois tous les sept jours; ceci même jusqu'à une fois tous les quinze jours, il continue à poursuivre la pratique de prendre de la nourriture à intervalles fixes. Il est un mangeur de verdures ou de millet ou de riz sauvage ou de rognures de cuir ou de mousse ou de son de riz ou de farine de sésame ou d'herbe ou de bouse de vache. Il vit de racines et de fruits de forêt; il se nourrit de fruits tombés. Il s'habille de chanvre, de tissu de chanvre mélangé, de linceuls, de guenilles, d'écorces d'arbre, de peau d'antilope, de bandes de peau d'antilope, de tissu d'herbe kusa, de tissu d'écorce, de tissu de copeaux de bois, de laine de cheveux, de laine animal, d'ailes de hiboux. Il est quelqu'un qui s'arrache les cheveux et la barbe, poursuivant la pratique de s'arracher les cheveux et la barbe. Il est quelqu'un qui se tient continuellement debout, rejetant les sièges. Il est quelqu'un qui est accroupi continuellement, dévoué à maintenir la position accroupie. Il est quelqu'un qui utilise un matelas de clous; il fait de son lit un matelas de clous. Il continue à poursuivre la pratique de se baigner dans l'eau trois fois par jour y compris le soir. D'une telle variété de façons il continue à poursuivre la pratique de tourmenter et de mortifier le corps. Ceci est la sorte de personne qui se tourmente et suit la pratique de se torturer.


9. « Quelle sorte de personne, bhikkhus, tourmente les autres et suit la pratique de torturer les autres ? Ici une certaine personne qui est abatteur de moutons, abatteur de cochons, chasseur, trappeur de bêtes sauvages, pêcheur, voleur, bourreau, gardien de prison, ou quelqu'un qui suit telle autre occupation sanguinaire. Ceci est la sorte de personne qui tourmente les autres et suit la pratique de torturer les autres.


10. « Quelle sorte de personne, bhikkhus, se tourmente et suit la pratique de se torturer, et tourmente aussi les autres et suit la pratique de torturer les autres ? Ici une personne étant un noble roi ou un riche brahmane. Ayant eu un nouveau temple sacrificiel construit à l'est de la ville, et ayant rasé ses cheveux et sa barbe, s'habillant de peaux rugueuses, et graissant son corps avec du ghee et de l'huile, se grattant le dos avec une corne de cerf, il entre dans le temple sacrificiel avec sa reine et son grand prêtre brahmane. Là il s'allonge sur le sol nu parsemé de paille. Le roi vit de lait de la première mamelle d'une vache ayant un veau de même couleur, tandis que la reine vit du lait de la seconde mamelle et que le grand prêtre brahmane vit du lait de la troisième mamelle ; ils jettent dans le feu le lait de la quatrième mamelle, et le veau vit de ce qu'il reste. Ils disent ceci : 'Que tant de taureaux soient abattus en sacrifice, que tant de bœufs soient abattus en sacrifice, que tant de génisses soient abattues en sacrifice, que tant de chèvres soient abattues en sacrifice, que tant de moutons soient abattus en sacrifice, que tant d'arbres soient abattus pour les poteaux sacrificiels, que tant d'herbe soit coupée pour l'herbe sacrificielle.' Et alors ses esclaves, messagers, et serviteurs font les préparations, pleurant avec le visage plein de larmes, poussés par la menace de châtiments et par la peur. Ceci est la sorte de personne qui se tourmente et suit la pratique de torturer les autres, et qui tourmente les autres et suit la pratique de torturer les autres.


11. « Quelle sorte de personne, bhikkhus, ne se tourmente pas et ne suit pas la pratique de se torturer, et ne tourmente pas les autres et ne suit pas la pratique de torturer les autres – celui qui, puisqu'il ne tourmente ni lui-même ni les autres, est ici et maintenant sans faim, éteint, et refroidi, et demeure dans l'expérience de la félicité, étant lui-même devenu un saint ?


12. « Ici, bhikkhus, un Tathâgata apparaît dans le monde, accompli, pleinement éveillé, parfait en vraie connaissance et en conduite, sublime, connaisseur des mondes, incomparable meneur des personnes à dompter, enseignant des dieux et des humains, éveillé, béni. Il décrit ce monde avec ses dieux, ses Mâras, et ses Brahmâs, cette génération avec ses reclus et brahmanes, ses princes et ses gens, qu'il a lui-même réalisé avec une connaissance directe. Il enseigne le Dhamma qui est bon au début, bon au milieu, et bon à la fin, de signification et formulation justes, et il révèle une sainte vie qui est complètement parfaite et pure.


13. « Un maître de maison ou un fils de maître de maison ou quelqu'un né dans quelque autre famille entend ce Dhamma. En entendant le Dhamma il obtient la foi dans le Tathâgata. Possédant cette foi, il considère ainsi : 'La vie de maître de maison est chargée et poussiéreuse ; la vie passée au-delà est à l'air libre. Il n'est pas facile, lorsque l'on vit dans une maison, de suivre la sainte vie absolument parfaite et pure comme un coquille polie. Supposons que je rase mes cheveux et ma barbe, mette la robe jaune, et aille de la vie de foyer vers la vie sans foyer.' Par la suite, abandonnant une petite ou grande fortune, abandonnant un petit ou grand cercle de relatifs, il rase ses cheveux et sa barbe, met la robe jaune, et va de la vie de foyer vers la vie sans foyer.


14. « Étant ainsi parti et possédant l'entraînement et la façon de vivre du bhikkhu, arrêtant de tuer des êtres vivants, il s'abstient de tuer des êtres vivants; avec les bâtons et les armes laissées de côté, avec douceur et gentillesse, il reste compatissant envers tous les êtres vivants. Arrêtant de prendre ce qui n'est pas donné, il s'abstient de prendre ce qui n'est pas donné; prenant seulement ce qui est donné, aspirant seulement à ce qui est donné, en ne volant pas il demeure dans la pureté. Abandonnant le non-célibat, il observe le célibat, vivant à l'écart, s'abstenant de la pratique vulgaire de la relation sexuelle.
« Abandonnant la parole fausse, il s'abstient de la parole fausse ; il dit la vérité, adhère à la vérité, est digne de confiance et fiable, n'est pas un trompeur du monde. Abandonnant la parole malveillante, il s'abstient de parole malveillante; il ne répète pas autre part ce qu'il a entendu ici afin de diviser ces personnes-ci de celles-là, et il ne répète pas non plus à ces personnes-là ce qu'il a entendu autre part afin de diviser ces personnes-là de celles-ci; ainsi il est quelqu'un qui réunit ceux qui sont divisés, un créateur d'amitié, qui se réjouit des ententes, un prononceur de mots qui créent l'entente. Abandonnant la parole dure, il s'abstient de parole dure; il prononce des mots doux, plaisants à l'oreille, aimables, qui vont au coeur, sont polis, désirés par beaucoup et agréables à beaucoup. Abandonnant le bavardage, il s'abstient du bavardage; il parle au bon moment, dit ce qui est un fait, parle de ce qui est bon, parle du Dhamma et de la Discipline; au bon moment il dit des mots qui sont dignes d'être souvenus, raisonnables, modérés, et bénéfiques.
« Il s'abstient de faire du mal aux graines et aux plantes. Il mange seulement un repas par jour, s'abstenant de manger la nuit et en dehors du temps approprié. Il s'abstient de danser, de chanter, de musique, et de représentations théâtrales. Il s'abstient de porter des guirlandes, de se parer de parfum, et de s'embellir avec des onguents. Il s'abstient de lits hauts et larges. Il s'abstient d'accepter de l'or et de l'argent. Il s'abstient d'accepter des grains crus. Il s'abstient d'accepter de la viande crue. Il s'abstient d'accepter des femmes et des jeunes filles. Il s'abstient d'accepter des esclaves hommes et femmes. Il s'abstient d'accepter des chèvres et des moutons. Il s'abstient d'accepter des volailles et des cochons. Il s'abstient d'accepter des éléphants, des bovins, des chevaux, et des juments. Il s'abstient d'accepter des champs et des terres. Il s'abstient de faire des commissions et de porter des messages. Il s'abstient d'acheter et de vendre. Il s'abstient des faux poids, des faux métaux, et des mesures fausses. Il s'abstient d'accepter des pots-de-vin, de la duperie, de l'escroquerie, et de la tromperie. Il s'abstient de blesser, de tuer, de lier, de brigander, de piller, et de l'usage de violence.


15. « Il est satisfait des robes pour protéger son corps et de la nourriture d'aumône pour entretenir son estomac, et partout où il va, il part en prenant seulement cela avec lui. Juste comme un oiseau qui partout où il va, vole avec ses ailes comme seule charge, de même le bhikkhu est satisfait des robes pour protéger son corps et de la nourriture d'aumône pour entretenir son estomac, et partout où il va, il part en prenant seulement cela avec lui. Possédant cet agrégat de la noble vertu, il expérimente en lui un bonheur qui est irréprochable.


16. « En voyant une forme avec l'oeil, il ne s'accroche pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, s'il laisse la faculté de l'oeil sans surveillance, les états mauvais et malsains de convoitise et de peine peuvent l'envahir, il pratique le chemin de sa restreinte, il surveille la faculté de l'oeil, il entreprend la restreinte de la faculté de l'oeil. En entendant un son avec l'oreille, il ne s'accroche pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, s'il laisse la faculté de l'oreille sans surveillance, les états mauvais et malsains de convoitise et de peine peuvent l'envahir, il pratique le chemin de sa restreinte, il surveille la faculté de l'oreille, il entreprend la restreinte de la faculté de l'oreille. En sentant une odeur avec le nez, il ne s'accroche pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, s'il laisse la faculté du nez sans surveillance, les états mauvais et malsains de convoitise et de peine peuvent l'envahir, il pratique le chemin de sa restreinte, il surveille la faculté du nez, il entreprend la restreinte de la faculté du nez. En goûtant une saveur avec la langue, il ne s'accroche pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, s'il laisse la faculté de la langue sans surveillance, les états mauvais et malsains de convoitise et de peine peuvent l'envahir, il pratique le chemin de sa restreinte, il surveille la faculté de la langue, il entreprend la restreinte de la faculté de la langue. En touchant un tangible avec le corps, il ne s'accroche pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, s'il laisse la faculté du corps sans surveillance, les états mauvais et malsains de convoitise et de peine peuvent l'envahir, il pratique le chemin de sa restreinte, il surveille la faculté du corps, il entreprend la restreinte de la faculté du corps. En connaissant un objet de l'esprit avec l'esprit, il ne s'accroche pas à ses signes et caractéristiques. Puisque, s'il laisse la faculté de l'esprit sans surveillance, les états mauvais et malsains de convoitise et de peine peuvent l'envahir, il pratique le chemin de sa restreinte, il surveille la faculté de l'esprit, il entreprend la restreinte de la faculté de l'esprit. Possédant cette noble restreinte dans les facultés, il expérimente en lui un bonheur qui est sans taches.


17. « Il devient quelqu'un qui agit en pleine conscience lorsqu'il va et vient; qui agit en pleine conscience lorsqu'il regarde devant ou derrière; qui agit en pleine conscience lorsqu'il plie ou étend ses membres; qui agit en pleine conscience lorsqu'il met sa robe et porte sa robe extérieure et son bol; qui agit en pleine conscience lorsqu'il mange, boit, mâche la nourriture, et la savoure; qui agit en pleine conscience lorsqu'il défèque et urine; qui agit en pleine conscience lorsqu'il marche, se tient debout, est assis, s'endort, se réveille, parle ou reste silencieux.


18. « Possédant cet agrégat de la noble vertu, et cette noble restreinte des facultés, et possédant cette noble pleine conscience et pleine attention, il a recours à un refuge isolé : la forêt, le pied d'un arbre, une montagne, un ravin, une cave à flanc de coteau, un fourré de bosquet, un espace ouvert, un tas de paille.


19. « En revenant de sa tournée d'aumônes, après son repas il s'assoit, croisant ses jambes, tenant son corps droit, et établissant la pleine conscience devant lui. Abandonnant la convoitise pour le monde, il demeure avec un esprit libre de convoitise ; il purifie son esprit de la convoitise. Abandonnant l'aversion et la haine, il demeure avec un esprit libre d'aversion, compassionné pour le bien-être de tous les êtres vivants ; il purifie son esprit de l'aversion et de la haine. Abandonnant la paresse et la torpeur, il demeure libre de la paresse et de la torpeur, percevant de lumière, pleinement conscient et pleinement attentif ; il purifie son esprit de la paresse et de la torpeur. Abandonnant l'agitation et le remords, il demeure non-agité avec un esprit intérieurement paisible ; il purifie son esprit de l'agitation et du remords. Abandonnant le doute, il demeure ayant été au-delà du doute, non perplexe au sujet des états sains ; il purifie son esprit du doute.


20. « Ayant ainsi abandonné ces cinq entraves, imperfections de l'esprit qui affaiblissent la sagesse, tout à fait retiré des plaisirs sensuels, retiré des états malsains, il entre et reste dans le premier jhâna, qui est accompagné d'une pensée appliquée et soutenue, avec un ravissement et un plaisir nés de la solitude.


21. « De plus, avec la tranquillisation de la pensée appliquée et soutenue, un bhikkhu entre et reste dans le deuxième jhâna, qui a la confiance et l'unité de l'esprit sans la pensée appliquée et soutenue, avec un ravissement et un plaisir nés de la concentration.


22. « De plus, avec l'évanouissement du ravissement, un bhikkhu reste en équanimité, et attentionné et pleinement conscient, ressentant toujours des plaisirs avec le corps, il entre et reste dans le troisième jhâna, à propos duquel les nobles déclarent: 'Il a une demeure agréable, celui qui est en équanimité et en pleine conscience.'


23. « De plus, avec l'abandon du plaisir et de la douleur, et avec la disparition antérieure de la joie et de la peine, un bhikkhu entre et reste dans le quatrième jhâna, qui n'a ni douleur ni plaisir et a la pureté de la pleine conscience par l'équanimité.


24. «Lorsque son esprit concentré est ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, il le dirige vers la connaissance du souvenir des vies passées. Il se souvient de ses multiples vies passées, c'est à dire une naissance, deux naissances, trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances, vingt naissances, trente naissances, quarante naissances, cinquante naissances, cent naissances, mille naissances, cent mille naissances, de nombreux éons de contraction de l'univers, de nombreux éons d'expansion de l'univers, de nombreux éons de contraction et d'expansion de l'univers: 'Ici j'avais tel nom, j'étais de telle famille, avec telle apparence, telle était ma nourriture, telle était mon expérience du plaisir et de la douleur, telle était ma durée de vie; et mourant ici, je suis réapparu là.' Ainsi se souvient-il de ses multiples vies passées avec leurs aspects et détails.


25. «Lorsque son esprit concentré est ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, il le dirige vers la connaissance de la mort et de la réapparition des êtres. Avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, il voit les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux. Il comprend que le passage des êtres dépend de leurs actions ainsi: 'Ces êtres qui ont adopté une mauvaise conduite du corps, de la parole et de l'esprit, outrageux envers les nobles, de vues fausses, donnant effet à leurs vues fausses dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans des états de privation, dans une mauvaise destination, en perdition, et même en enfer; mais ces êtres qui ont adopté une bonne conduite du corps, de la parole et de l'esprit, non outrageux envers les nobles, de vue juste, donnant effet à leur vue juste dans leurs actes, à la dissolution du corps, après la mort, sont réapparus dans une bonne destination, même dans le monde céleste.' Ainsi avec l'oeil divin, qui est purifié et surpasse celui de l'humain, il voit les êtres mourant et réapparaissant, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, heureux et malheureux, et il comprend comment le passage des êtres dépend de leurs actions.


26. «Lorsque son esprit concentré est ainsi purifié, clair, sans tache, débarrassé de ses imperfections, malléable, flexible, stable, et ayant atteint l'imperturbabilité, il le dirige vers la connaissance de la destruction des souillures. Il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci est la souffrance'; il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine de la souffrance'; il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation de la souffrance'; il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation de la souffrance'; il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci sont les souillures'; il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci est l'origine des souillures'; il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci est la cessation des souillures'; il connaît directement comme il en est vraiment: 'Ceci est le chemin menant à la cessation des souillures.'


27. « Lorsqu'il connaît et voit ceci, son esprit est libéré de la souillure du désir sensuel, de la souillure de l'être, de la souillure de l'ignorance. Lorsqu'il est libéré vient la connaissance: 'Il est libéré.' Il comprend: 'La naissance est détruite, la sainte vie a été vécue, ce qui devait être fait a été fait, il n'y a plus de venue dans aucun état d'être.'


28. « Ceci, bhikkhus, est la sorte de personne qui ne se tourmente pas et ne suit pas la pratique de se torturer, et qui ne tourmente pas les autres et ne suit la pratique de torturer les autres – celui qui, puisqu'il ne tourmente ni lui-même ni les autres, est ici et maintenant sans faim, éteint, et refroidi, et demeure dans l'expérience de la félicité, étant lui-même devenu un saint. »


Ainsi parla le Bienheureux. Les bhikkhus furent satisfaits des paroles du Bienheureux et s'en réjouirent.


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Traduit par Pháp Thân, d'après 'The middle lenght discourses of the Buddha : a new translation of the Majjhima Nikâya / original translation by Bhikkhu Ñânamoli ; translation edited and revised by Bhikkhu Bodhi' avec l'aimable permission de Wisdom Publications et Bhikkhu Bodhi.