Introduction

Mind And Life XXVI – Esprit, cerveau et matière

Monastère Drepung, à Mundgod, en Inde

17 Janvier 2013 - Matin du premier jour


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Geshe Lhakdor : Bonjour à tous. Votre Sainteté, éminents scientifiques, bouddhistes érudits et étudiants, communauté laïque et étudiants, c'est pour moi un grand privilège et une grande joie de vous souhaiter la bienvenue ici au nom du Dalaï Lama Trust of India et du Library of Tibetan Works and Archives. Ces rencontres basées sur l'encouragement et la vision de Sa Sainteté ont lieu depuis de nombreuses années et je suis reconnaissant que nombreux d'entre vous, éminents scientifiques, aient constamment soutenu ce programme. Les échanges que nous avons ensemble n'ont pas pour but de montrer qui a la plus grande connaissance, mais d'explorer la profondeur et la richesse de nos traditions, et de voir ainsi comment nous pouvons utiliser pour le mieux ces connaissances pour la paix, l'harmonie, et le bien-être, au moins du genre humain, si ce n'est de tous les êtres sensibles. Je suis particulièrement heureux que cette importante réunion avec la présence de Sa Sainteté le Dalaï Lama prenne place dans cet environnement monastique. Je suis vraiment ravi, il y a tellement d'érudits ici pour partager leur sagesse. Votre Sainteté, vous avez répétitivement mentionné que c'est un temps pour s'ouvrir, et non pour rester confiné dans des petites traditions et disciplines, un temps pour explorer les ressources qui peuvent contribuer au développement de toute l'humanité, sans être limité dans une petite dénomination. Sa Sainteté a aussi mentionné que nous avons besoin d'une sorte d'éthique séculaire basée sur le sens commun, une expérience commune, afin que les découvertes scientifiques puissent être utilisées pour développer les valeurs intérieures qui sont tellement nécessaires aujourd'hui. Ainsi votre contribution est très importante. Certaines personnes quelquefois me demandent : « Qu'avons-nous accompli par toutes ces conférences Mind and Life ? » Il y a tellement de choses que nous avons accomplies, mais quelquefois il est difficile de montrer du doigt une chose et de dire : « C'est ce que nous avons accompli », comme pour un bâtiment. Mais transformer les personnes, changer les perspectives, et développer une vision globale, mondiale, et être ensemble ici, est la seule solution pour beaucoup des souffrances et des malheurs du monde. Ainsi je suis très reconnaissant à chacun d'entre vous, et bien sûr je n'ai pas de mots pour exprimer ma reconnaissance pour Votre Sainteté, pour votre initiative et vision. J'espère que vous aurez tous un heureux séjour ici. Merci beaucoup.


Arthur Zajonc : Votre Sainteté, Geshe Lhakdor, chers collègues, et tous ceux qui participent à ces cruciales conversations entre pensée bouddhiste et science, c'est à la fois un honneur et un privilège pour nous d'être là, représentant le Mind and Life Institut, et de travailler ensemble avec Sa Sainteté encore une fois. Je voudrais commencer par remercier trois sponsors majeurs de cette rencontre : le Dalaï Lama Trust of India, la Library of Tibetan Works and Archives, et Barry et Connie Hershey et la Hershey Family Foundation. Il y a vingt-cinq ans, Votre Sainteté, Francisco Varela, Adam Engle, et un groupe de scientifiques se sont réunis pour tenir la toute première conférence Mind and Life, un dialogue avec vous et Dharamsala. Depuis ce temps, le travail du Mind and Life Institute dont vous être un cofondateur et président d'honneur a grandi pour inclure plusieurs milliers de scientifiques, érudits, et pratiquants contemplatifs, ainsi que d'autres organisations, comme l'Université d'Emory, l'Université de Standford, l'Université de Wisconsin, le Collège Amherst, et le Science for Monks program, avec le soutien de la fondation Sager. Durant les dernières vingt-cinq années, nous nous sommes souvent réunis ensemble en tant que scientifiques, érudits, philosophes, et pratiquants contemplatifs dans votre résidence, votre autre foyer, à Dharamsala, en Inde. Il n'y avait pas tellement de personnes, mais nous avez été là très souvent pour discuter de questions importantes concernant la nature de la réalité, la nature de la conscience, la méditation, et la vie. Maintenant, cette semaine, nous nous réunissons encore une fois, mais cette fois avec des milliers d'enseignants, d'érudits, d'étudiants, venant de vos universités monastiques bouddhistes tibétaines. Nous venons des U.S.A, de l'Europe, du Népal, de l'Inde, afin d'aider à initier ce qui est un très important nouveau programme d'études, en particulier l'introduction des sciences modernes dans le curriculum monastique. Je pense que la décision d'inclure la science dans votre curriculum est une décision courageuse, cela demande du courage. Pendant des siècles, vous aviez un curriculum sans science, sans science moderne, donc vous vous demandez sûrement pourquoi inclure maintenant la science dans vos enseignements et études. Certains doivent être préoccupés et inquiets que la science puisse détourner l'aspirant moine ou nonne de son chemin, un chemin qui a été en premier emprunté par le Bouddha. Vous êtes tous encore des élèves de ce remarquable maître, qui nous a enseigné le chemin menant de la souffrance vers un bonheur authentique. Qu'est-ce que la physique moderne, la neuroscience et l'étude de la conscience ont à voir avec les quatre nobles vérités et le chemin octuple ? Pourtant, c'est ma ferme et profonde conviction que la science ne doit pas être une entrave ou un obstacle de quelque façon, ou une distraction du noble travail que vous faites dans les universités monastiques de Drepung, Ganden, et les autres importantes universités bouddhistes. En fait, si nous relevons le défi de la science moderne correctement, avec sophistication philosophique, cela ne conduit pas au matérialisme mais en fait vers une complète connaissance de la réalité. Et j'espère que dans les prochains jours cela deviendra clair à chacun d'entre vous. En fait, je crois que c'est seulement par une union de la science et de la spiritualité contemplative que l'humanité trouvera sa meilleure voie. J'ai parcouru les rues ici, bondées de moines, et vu les magnifiques bâtiments de vos universités monastiques, et regardé en admiration la vigueur des débats dans les cours en plein air. Et nous avons entendu les chants, la mémorisation et la récitation de chants sacrés. Quand j'ai expérimenté tout cela, je me suis souvenu de ma propre expérience, très loin d'ici, il y a quarante ans, quand j'étais étudiant dans mon université avec trente cinq mille autres étudiants, dans un beau campus, étudiant la physique, la chimie, les mathématiques et l'électronique, et seulement un petit peu de philosophie, j'en ai bien peur. Et pour autant que j'aimais ces sujets de science, j'étais profondément malheureux, et considérais en fait de quitter mes études. Pourquoi ? Parce que l'apprentissage des sciences, aussi noble soit-il, ne satisfaisait pas ma plus profonde aspiration intérieure. C'est seulement quand j'ai rencontré un scientifique qui était aussi un méditant et philosophe spirituel que j'ai eu une image de ce qui était possible : comment devenir un être humain complet. Donc, c'est seulement quand la science et la spiritualité se sont rencontrées en moi que j'ai senti que j'étais sur le chemin de la vraie connaissance et compassion, seulement par la réunion de ces deux. Et donc, pendant les dernières quarante années, j'ai été sur ce chemin. Si j'avais choisi seulement un chemin, le chemin de la science, pourquoi parlerions-nous ? Mais ayant choisi de ma propre façon de trouver la relation entre les deux, je suis venu ici. La science peut défier nos idées et concepts habituels de réalité, mais elle ne doit jamais être une entrave. Et ainsi, comme dans toutes les rencontres avec vous, Votre Sainteté, nous sommes venus ici comme artistes, bouddhistes, chrétiens, juifs, ou musulmans, croyants ou non-croyants, nous sommes venus ici en tant qu'êtres humains avec un esprit ouvert, qui comme vous et vous tous qui entendez ma voix, recherchons la vérité, la réalité. En tant que scientifiques, nous suivons les preuves des sens et le raisonnement de l'esprit, où que cela nous mène. En plus de cela, nous avons appris combien importants et puissants peuvent être les effets de la méditation, changeant et transformant l'esprit lui-même et la façon dont nous voyons le monde autour de nous. Nous, nous faisons nos recherches dans des laboratoires, dans des bibliothèques, nous ne recherchons pas par simple curiosité, mais parce que nous sentons aussi qu'une véritable compréhension de nous et de notre monde sera d'un grand bénéfice à l'humanité. Et donc, en tant que scientifiques et philosophes, nous croyons que la connaissance dissipe l'ignorance, et soulage la souffrance. Finalement, nous venons ici pour apprendre, ainsi que pour partager ce que nous comprenons, parce qu'en intégrant les connaissances des pensées philosophiques et la méditation bouddhistes avec la compréhension de la science, nous avons toutes nos chances d'atteindre notre but humain de dissiper la souffrance et de promouvoir la prospérité humaine. Ainsi, dans les jours qui vont suivre, puissent nos pensées refléter la plus grande sagesse de nos deux traditions, puissent nos mots être prononcés avec humilité, clarté, intégrité, et puissent nos actions être engendrées par une amitié sincère, comme cela a été la marque des dernières vingt-cinq années de dialogue et d'investigation mutuelle entre vous et le Mind and Life Institute, et puisse le travail que nous faisons cette semaine non seulement aider votre communauté monastique et Votre Sainteté, mais aussi le monde tout entier et tous les êtres sensibles. Je voudrais maintenant inviter Richie Davidson à dire quelques mots d'appréciations et de remerciements.


Richard Davidson : Merci. Votre Sainteté, c'est un honneur et un privilège pour nous d'être avec vous dans cet endroit aujourd'hui. Le fait même de tenir un dialogue Mind and Life ici est une occasion vraiment importante, non seulement pour votre communauté, Votre Sainteté, mais pour nous aussi, étudiants, savants et scientifiques. Nous sommes venus avec, je pense, une motivation très profonde pour comprendre la vraie nature de la réalité et la compréhension que cette connaissance nous aidera à bénéficier à d'autres êtres humains. Cette motivation est quelque chose qui est vraiment au cœur de notre travail, et une des choses que vous avez aidé à tellement de scientifiques à comprendre, Votre Sainteté, est qu'en combinant les méthodes et les connaissances des traditions contemplatives avec celles des sciences modernes, nous avons une meilleure chance d'avoir une compréhension plus complète, et c'est quelque chose, je pense, qui nous aide en tant que scientifiques pour cultiver plus d'humilité sur le fait qu'il y a tellement de choses que nous ne savons pas. Et cela a été très important pour élargir nos horizons de recherches qui sous-tendent les questions et défis que nous devons encore adresser dans notre travail alors que nous avançons. Nous croyons que les dialogues que nous avons eus ont déjà apporté d'immenses bénéfices en Occident. Nous voyons des bénéfices dans des institutions majeures de notre culture. Nous voyons que les industries de la santé et de l'éducation sont devenues beaucoup plus réceptives à l'importance des pratiques contemplatives, et je pense que c'est dû en grande partie aux recherches du Mind and Life Institute. À une très mémorable réunion à Dharamsala en 2000, Votre Sainteté nous a incité à vraiment commencer de vraies recherches sur ceci. Jusqu'à ce point, il y avait eu de nombreux dialogues qui avaient posé une fondation importante, mais les recherches n'avaient pas vraiment commencé. Et vous, je pense, dans votre vision, avez vu la possibilité que des recherches de cette sorte pouvaient être d'un grand bénéfice. Nous avons eu alors plusieurs réunions publiques qui ont aidé à catalyser la communauté scientifique occidentale autour de certaines de ces idées, et la recherche a alors commencé à vraiment se déployer, et beaucoup de ces études ont maintenant été publiées dans certains des plus prestigieux journaux scientifiques occidentaux. Ces événements ont ouvert de nouvelles ères d'investigations scientifiques que beaucoup n'auraient jamais cru être possibles, au moins aussi rapidement. Nous avons maintenant un domaine qui émerge que nous appelons 'neurosciences contemplatives', et Votre Sainteté a joué un rôle tellement important en inspirant particulièrement les jeunes personnes qui viennent au processus d'éducation scientifique, lesquelles réalisent que les méthodes et l'entreprise scientifiques conduites en Occident, bien qu'ayant été très fructueuses, ne sont pas nécessairement complètes. Et Mind and Life a joué un rôle important en fournissant un foyer pour ces jeunes personnes, une communauté dans laquelle des individus de même esprit poursuivent ces sortes d'investigations, et ceci a été une partie très significative dans leur vie. Et aujourd'hui des universités majeures sont intéressées par des recherches telles que l'application de pratiques basées sur la pleine conscience dans le domaine de la santé, dans le traitement de troubles psychiatriques comme la dépression. C'est quelque chose qui devient de plus en plus important. Le National Institutes of Health, qui est la plus grande agence de financement de soins de santé dans le monde, donne maintenant plus 115 millions de dollars par an pour les recherches sur l'impact de la méditation sur la santé, et je pense, de nouveau, qu'aucun d'entre nous ne s'attendait à la façon dont s'est déroulé ce changement extrêmement rapide que nous voyons. Une des choses que les scientifiques font souvent quand ils écrivent un article scientifique, après avoir conduit des recherches de base, est d'écrire dans les dernières phrases de l'article que ces résultats pourraient être un jour importants pour le bénéfice d'autres êtres humains, pour aider à soulager la souffrance. Et je pense que vous nous avez aidé, Votre Sainteté, à amener la portée pratique de ce travail au centre de ce que nous faisons, et nous commençons maintenant, collectivement, à faire des recherches où dans le processus de la recherche, nous bénéficions aux personnes en contexte réel en appliquant certaines des méthodes des traditions contemplatives de façons à aider les personnes et en même temps à conduire nos investigations scientifiques. Cela a été sensationnel pour nous, juste dans la courte période de temps où nous avons été ici, de voir, d'avoir une idée des potentialités qu'ont ces interactions entre nos traditions. La nuit dernière, quand nous avons observé les débats, certains des points qui ont été débattus sont en fait des points sur lesquels les recherches scientifiques ont quelque chose à dire, et j'ai demandé à notre traducteur s'il pouvait envisager que dans le futur les débatteurs apporteront des preuves scientifiques dans leurs réponses. Et je pense que nous commençons à voir le début de cela, la fondation de cela, ici, aujourd'hui, avec cette rencontre, et c'est avec un immense honneur et respect que nous sommes là aujourd'hui, et je voudrais remercier Votre Sainteté pour nous inspirer avec sa vision.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Puisque la majeure proportion de l'audience est composée de moines tibétains, d'érudits, je pense que mon explication a peut-être besoin de quelque sorte de profondeur. Ainsi, je préfère utiliser ma langue maternelle. Vous savez, quelquefois, avec certains sujets compliqués, mon vocabulaire de mauvais anglais n'est pas adéquat, donc quelquefois, les riches concepts de la philosophie bouddhiste, par mon mauvais anglais, deviennent très pauvre. (Je n'ai pas transcrit le partage de Sa Sainteté, la traduction étant peu compréhensible.)


Diana Chapman Walsh : Merci beaucoup, merci à chacun d'entre vous pour vos paroles d'ouverture éloquentes et inspirantes. C'est vraiment un moment historique, je pense que nous sentons tous cela. C'est un moment de grande intensité, c'est pourquoi nous sommes collés à nos microphones, écoutant très attentivement vos paroles. Nous frissonnons de faire partie de ce moment historique, y compris nous, les néo-matérialistes. J'ai une nouvelle dénomination : je suis une néo-matérialiste. Néo-matérialistes, l'esprit ouvert par la science, et l'esprit calmé par les pratiques contemplatives. Comme nous l'avons entendu ce matin, ces dernières vingt-cinq années ont engendré de grands bénéfices par la rencontre de ces deux remarquables traditions. Des bénéfices mais aussi l'alignement de notre travail avec les besoins réels et urgents du monde. C'est un énorme privilège de faire partie de cela. Je ne vais pas prendre de temps pour en dire plus, nous avons beaucoup à penser. Je voudrais simplement porter votre attention sur une très belle photo dans le programme, où ces deux gentleman, (Sa Sainteté le Dalaï Lama et Arthur Zajonc) se tiennent la main et sourient. Je vous demande de simplement regarder cette photo. Et il y a cette citation de Sa Sainteté : « Nous savons maintenant que la combinaison de ces deux traditions peut fournir les complètes conditions pour obtenir un bonheur humain véritable. » Et je vous demande si vous avez déjà vu une meilleure description de bonheur humain véritable que celle de cette photographie. Donc j'espère que nous aurons de nombreux moments tels que celui capturé dans cette photo de merveilleuse rencontre humaine de joie et de camaraderie, que nous apprendrons de nouvelles choses, chacun de nous enseignant et chacun de nous apprenant ensemble, avec joie et plaisir, ainsi qu'avec grand sérieux. C'est vraiment une remarquable opportunité pour nous tous. (...)


Arthur Zajonc : Je vais commencer, Votre Sainteté, en vous présentant le contenu de cet événement Mind and Life. Il y aura trois thèmes : le thème de la physique moderne, en particulier la mécanique quantique, mais aussi un peu de théorie de la relativité ; le deuxième thème sera la neuroscience, dont Richie Davidson, Tania Singer, et d'autres vont parler, et le troisième thème concernera les recherches sur la conscience, avec Christof Koch, Matthieu Ricard, et Michel Bitbol. Nous parlerons aussi à la fin des applications, particulièrement des applications de la pleine conscience dans les domaines cliniques et dans l'éducation, afin de voir que les fruits de ceci, qui semblent être peut-être des études très abstraites entre la pensée bouddhiste et la science, ont en fait déjà engendré de grands fruits dans le monde.


À la recherche du lapin sur la lune

Autres

Je voudrais commencer en montrant une image, qui date de 1945, ou quelque chose comme ça, d'un très jeune scientifique ayant fait une découverte. Reconnaissez-vous le scientifique ? Vous avez raconté l'histoire dans un de vos livres de votre recherche du lapin sur la lune. Vous aviez commencé en observant. C'est une leçon très importante. Nous devons commencer en observant. Mais vous n'aviez pas seulement observé, vous aviez aussi commencé à réfléchir sur ce que vous aviez vu. Vous aviez commencé à appliquer la raison. Ces deux choses, observer et raisonner, sont les fondations de la science, la fondation pour la connaissance. Et en observant et raisonnant, vous avez vu quelque chose que peut-être aucun tibétain n'avait jamais vu : vous avez vu qu'il y avait une source de lumière, à savoir le soleil, projetant une ombre sur les montagnes de la lune, et vous avez inféré qu'il y avait une source externe de lumière illuminant la lune, projetant des ombres de cette façon remarquable que vous voyiez comme le lapin dans la lune, pas seulement vous, mais bien sûr, mais toute votre culture.


Autres

Il y eut quelques années plus tôt en Italie une observation similaire. Ceci est une image de Galiléo Galilée en 1609 avec le télescope qu'il avait fait lui-même. Vous aviez, je pense, le télescope du treizième Dalaï Lama, donc vous n'avez pas eu besoin d'en faire un. Galilée avait dû en faire un parce que les télescopes venaient juste d'être inventés, et donc il assembla son télescope et fit exactement ce que vous avez fait : il observa pendant trois semaines, et dessina une image de ce qu'il vit avec les phases de la lune, les ombres qui étaient projetées, et juste comme vous l'avez fait, il inféra que la lune se déplaçait autour de la Terre, illuminée par le soleil, et qu'il y avait en fait des montagnes sur la lune. Avant cela les gens pensaient que la lune n'avait pas de montagnes, mais il découvrit ceci par son observation et son raisonnement. Il a aussi regardé d'autres objets dans le ciel, Jupiter et ses lunes. Il était vraiment un des plus importants de nos scientifiques, et il a changé l'histoire toute entière des investigations scientifiques occidentales.


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En 1633, donc quelques années plus tard, l'église catholique lui fit un procès pour hérésie, parce que ce qu'il avait trouvé par ses observations et son raisonnement était contradictoire avec la croyance religieuse. Il refusa de se rétracter, il refusa de dénier ses inférences, et donc il resta avec ce qu'il pensait était la vérité. Ils l'ont menacé de torture, de mort, et finalement ils l'ont mis en prison. Grâce à l'intervention d'un ami, ils put rester dans sa maison, donc pendant les dernières neuf années de sa vie, pour ces vérités, il fut confiné dans sa propre petite maison. Je vois que vous n'avez pas été confiné dans votre petite maison, vous n'avez pas été mis en procès pour hérésie.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : C'est grâce à mon nom !


Arthur Zajonc : Le nom du Dalaï Lama vous donne un certain privilège, oui. Mais j'espère que beaucoup, beaucoup d'autres moines et nonnes regarderont par le télescope, et raisonneront aussi sur ce qu'ils auront vu. Je raconte ces deux histoires non seulement parce qu'elles sont si similaires, mais parce que la relation entre science et religion est peut-être une des plus importantes relations de la civilisation. Alfred North Whitehead était un des plus importants philosophes anglais, et en 1925, donc, vous savez, il y a presque un siècle, il a dit ceci à propos de cette relation : « Quand nous considérons ce que la religion est pour le genre humain », combien la religion a été tellement, tellement importante, « et ce que la science est », aussi profondément importante, « il n'est pas exagéré de dire que le cours futur de l'histoire dépend de la décision de cette génération en ce qui concerne leurs relations. » Le cours de l'histoire sera déterminé par nos relations, bonnes ou mauvaises, entre la religion et la science. Et je pense, Votre Sainteté, que ceci est un des services publics importants, une sorte d'accomplissement réalisé à travers vous : vous avez convaincu les scientifiques, contemplatifs, érudits et pratiquants, que la religion et la science pouvaient se réunir sur un sol commun d'une façon qui ne conduise à la prison, mais qui conduise à l'éveil, dans une certaine mesure. Je pense qu'on ne peut pas exagérer ceci et son importance. Ce n'est peut-être pas pleinement évident ici dans cette communauté monastique, mais votre travail en Occident, en particulier en Europe et aux États-Unis, a donné une image complètement différente sur la façon dont la religion et la science peuvent se réunir en tant qu'amis. Nous ne devons pas être ennemis, nous ne devons pas nous battre l'un contre l'autre, encore moins nous mettre l'un l'autre en prison. Et cette citation de Votre Sainteté que Diana Chapman a lu en partie, pour moi réunit ces deux exactement de la bonne façon : « Il n'y a pas tellement longtemps », pensez à Galiléo, « beaucoup de personnes voyaient la connaissance objective de la science et la compréhension subjective de la science intérieure [bouddhiste] comme mutuellement exclusives. Mais une combinaison de ces deux peut fournir les conditions complètes pour obtenir un bonheur humain véritable. »


Quelques fruits des rencontres Mind and Life

En conséquence, Mind and Life a entrepris cette tâche vraiment excitante et profondément importante qui est de réunir ces deux rôles, d'une façon qui fournisse des progrès positifs vers la prospérité humaine.


Autres

Et il y a eu des publications des dialogues que nous avons eu ensemble afin qu'ils ne restent pas restreints à un petit nombre.


Autres

Et en 2003, vous vous souvenez, Votre Sainteté, nous avons eu un important meeting dans le MIT, la première réunion publique. L'intérêt qui ressortit de cette réunion, spécialement par les jeunes personnes, les jeunes scientifiques, fut énorme.


Autres

En conséquence de ceci, nous avons commencé le Summer Research Institute, principalement pour les jeunes étudiants scientifiques. C'est un programme intégrant des projets de recherche et des méditations orientales et occidentales, contemplatives et scientifiques. Nous avons aussi commencé le Young Investigators Award, le Prix Francisco Varela. Vous vous souvenez, il n'y a pas longtemps, nous étions ensemble à Manchester et vous avez eu l'occasion de rencontrer six de ces remarquables jeunes scientifiques.


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Et donc ce sont les fruits de ce travail que nous avons fait ensemble, fruits qui ont été pris en charge par le Mind and Life Institute Trustees que vous avez périodiquement rencontré et conseillé. J'aimerais m'arrêter ici en guise d'introduction, et aussi en guise de gratitude, une profonde gratitude pour votre leadership, non seulement de cette communauté monastique, mais votre leadership sur un problème mondial, un problème qui concerne vraiment l'avancée de toute la planète. Je sais que vous faites ceci en modestie, et avec grand humour et joie, mais vous devriez savoir que nous comprenons ce que cela signifie.


Traduit de l'anglais par Pháp Thân, avec l'aimable autorisation du Mind and Life Institute, tous droits réservés au Mind & Life Institute.