Implications de la mécanique quantique sur notre vision de la réalité
Arthur Zajonc

Mind And Life XXVI – Esprit, cerveau et matière

Monastère Drepung, à Mundgod, en Inde

18 Janvier 2013 - Matin du deuxième jour


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Le sujet sera : 'Les implications de la mécanique quantique sur notre vision de la réalité'. Hier, nous avons passé du temps à parler de notre compréhension et vue de la réalité dans un sens plus conventionnel, plus classique dans le monde de la physique. Galilée regardant dans son télescope, faisant des observations attentivement, raisonnant par ses observations pour faire des inférences basées sur ses observations et sa logique. Nous avons fait une énorme quantité de bon travail à cet égard, mais il y a environ cent vingt ans, des physiciens qui ont vraiment travaillé très dur utilisant l'observation, l'expérimentation, et la logique, le raisonnement, sentirent qu'ils étaient arrivé essentiellement à la fin de leur sujet. Je vais vous montrer une photo de cette communauté.

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Nous avons la tendance à penser qu'ils étaient des milliers et des milliers dans cette communauté de physiciens, et bien sûr, maintenant, c'est vrai, mais entre 1900 et 1927, quand cette photo a été prise, quand la naissance de la physique quantique a pris place, ils étaient environ une poignée de personnes qui pensaient les nouvelles pensées, les nouvelles physiques.


Deux nuages dans l'horizon de la physique classique

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Et un d'entre eux, un physicien anglais du nom de Lord Kelvin, a dit : « Vraiment, nous comprenons tout, sauf deux petits nuages dans l'horizon. » Donc le ciel était parfaitement bleu, à l'exception de ces deux petits nuages. Un d'entre eux, celui que j'appelle la couleur d'une lumière de bougie. Quand vous allumez une bougie, vous voyez une flamme, et la flamme a une couleur particulière. Et vous pouvez vous demandez : « Pourquoi a t-elle cette couleur ? » Cette simple question : vous allumez une bougie, pourquoi a-t-elle cette couleur ? Il s'avère que vous ne pouvez expliquer correctement cette couleur. Vous pouvez faire des mesures, vous pouvez passer la lumière par un prisme et voir ses couleurs, mais vous ne pouvez pas prédire la distribution des couleurs, la couleur de la lumière de la bougie. Alors Lord Kevin a dit : « C'est un problème. » Pourquoi ne pouvons-nous pas prédire le simple problème de la couleur de la lumière de bougie ?


Le deuxième est plus compliqué. Vous savez, hier, on parlait de son sur la lune, et du fait que l'on a besoin d'air afin que le son se propage. Si vous enleviez l'air de cette pièce, nous mourrions tous, mais avant cela nous hurlerions et n'entendrions rien, parce qu'il n'y aurait pas d'air pour porter le son. Mais si vous pensez à cela pendant une minute, il est aussi remarquable que sur la lune, il n'y a pas d'air, mais que je puisse voir les autres astronautes. Alors je prends une photo, et la lumière passe à travers l'espace sans air. Le son ne peux pas passer par l'espace, mais la lumière peut passer par l'espace sans air. Alors en 1900, les physiciens ont dit : « Et bien, il doit encore y avoir quelque chose, même sans air. » Parce que la lumière était considérée comme une onde, comme le son, et il devait y avoir quelque chose ondulant. En haut, vous voyez de l'eau, et vous voyez de petites vagues sur l'eau. Il y a un véhicule, quelque chose comme l'air qui ondule, c'est la logique. Et peut-être que c'est une grande onde, comme celle-ci :

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Et le concept d'onde, l'onde de son, l'onde de lumière, semble si logique que quand les personnes cherchaient le véhicule, qui était appelé l'éther, qui devait porter l'onde de lumière, ils étaient sûrs qu'ils le trouveraient. Mais ils ne l'ont jamais trouvé. Même aujourd'hui, il n'a jamais été trouvé, alors nous croyons maintenant qu'il n'y a pas d'éther, qu'il n'y a pas de véhicule porteur de lumière. Donc c'était la deuxième expérience.


Donc ce sont les deux expériences-clé. La première est une expérience essayant d'étudier et de comprendre la couleur de la lumière de la bougie, et la deuxième une expérience faite afin de connaître le médium porteur de lumière. Afin de résoudre ces questions, deux nouvelles théories ont été développées. La première est la physique quantique, qui était connectée avec la couleur de la lumière de la bougie, la deuxième est la théorie d'Einstein, la relativité. Quand vous prenez les calculs de la nouvelle physique, la mécanique quantique, la couleur de la lumière de la bougie peut être prédite parfaitement. Quand vous comprenez la relativité d'Einstein et l'appliquez à l'espace et au temps, vous réalisez qu'il n'y a pas besoin d'un véhicule nommé éther. La lumière peut voyager sans l'éther. Donc c'est la naissance, on peut dire, à partir de ces deux petits nuages, de deux très importantes théories, qui changent fondamentalement l'image de la réalité.


Maintenant, la mécanique quantique est, comme beaucoup l'ont dit, très difficile à comprendre. Ses idées sont très contre-intuitives dans les diverses façons d'approcher la compréhension de la mécanique quantique. Je vais introduire un concept, Michel Bitbol, mon ami et collègue, en introduira d'autres, et graduellement, nous construirons les éléments-clé de ce qui est nécessaire pour comprendre ces nouveaux concepts, ces nouvelles idées, et leurs implications, à la fois philosophiquement et en pratique.


Deux pièces de monnaie sont toujours distinguables

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J'en ai choisi seulement un, qui est déjà un défi. J'ai ici deux pièces, dans mon cas deux pièces de cinq roupies, sur l'écran deux pièces de dix roupies. La question ‒ un peu une question stupide ‒ est : comment savez-vous qu'il y en a deux ? Et bien, vous pouvez les différencier, parce qu'elles sont localisées en différents endroits. Il y en a une à droite, une à gauche. De plus, celle-ci a une petite éraflure, elle est un peu différente de celle-là. Elles sont très similaires, mais elles ne sont pas exactement les mêmes. Si j'essaye de les mettre au même endroit, je ne le peux pas, elles ne peuvent pas occuper le même volume.


Deux particules quantiques ne sont PAS distinguables

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Mais si les deux entités n'étaient pas des pièces de monnaie, mais des atomes, ou des électrons, qu'auriez-vous ? Dans ce cas, vous avez une situation très différente. Les deux atomes, quoi que ces deux atomes A et B puissent être, sont absolument identiques. Il n'y a pas d'éraflure sur l'un, il n'y a rien qui puisse vous indiquer : 'Ceci est l'atome A, ou ceci est l'atome B'. Ils sont complètement jumeaux. Mais vous pouvez dire : « Oui, mais quand même, un est à gauche, et l'autre est à droite. » Mais en physique quantique, vous avez une situation où ces deux, qui sont séparés, peuvent en fait s'imbriquer.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : au niveau atomique, il y a des très très petites particules, qui bougent toujours, pas généralement dans la même direction. Une peut aller de ce côté, ou l'autre de l'autre côté. Donc il y a deux particules de même nature, mais chaque atome a une façon de bouger différente. Donc ce ne sont pas exactement les mêmes.


Arthur : Et bien il s'avère que si vous avez, disons, deux atomes d'hydrogènes, deux atomes très simples, il n'y a rien par quoi vous pouvez les distinguer.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Et leur mouvement, ou la direction de spin ? Sont-ils exactement les mêmes ?


Arthur : Oui, disons simplement oui. Le problème est que vous utilisez un concept classique, c'est-à-dire qu'il y a un mouvement entre électrons dans une trajectoire particulière, comme vous avez dans la photo. C'est vraiment une image erronée. L'électron lui-même n'a aucune location spécifique, et il n'y aucune trajectoire spécifique, aucune trajectoire où il bouge. D'accord ? Donc vous avez l'image que la plupart des personnes ont, celle d'un atome comme un système planétaire, avec des planètes tournant autour du soleil. C'est une approximation, mais il s'avère que cette image est erronée. La chose-clé est qu'ils sont indistinguables : l'atome A et l'atome B sont exactement les mêmes.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Et la location ?


Arthur : En physique classique, vous ne pouvez pas imbriquer deux objets, ces deux pièces de monnaie ne peuvent pas s'imbriquer. Mais ces deux atomes peuvent non seulement s'imbriquer, mais ils peuvent occuper le même endroit. Je pense que nous devons avoir un différent concept des atomes. L'atome n'est pas solide de la façon dont nous pensons normalement. En mécanique quantique, tout dépend de, on pourrait dire, non seulement du principe d'identité, mais aussi d'observation. Si vous observez un atome particulier, alors il devient une sorte d'objet, d'accord ? Mais si vous n'observez pas, alors il y a une ambiguïté, un défaut de connaissance, et normalement, en physique ou en réalité, si vous n'observez pas quelque chose, cela ne fait rien, n'est-ce pas ? Ces deux objets sont séparés, que je les regarde ou non.


Thupten Jinpa : Ai-je raison en expliquant à Sa Sainteté que le point que vous faites est que quand nous pensons au niveau quantique, si nous prenons les notions et concepts de la physique classique, nous arrivons à toutes ces contradictions ?


Arthur : Exactement.


Thupten Jinpa : Donc nous avons besoin d'une toute nouvelle pensée.


Indistinguabilité en physique quantique

Arthur : Oui, et je pense qu'il est mieux d'aller par étapes. Donc la première est que chacun des atomes, disons un atome d'hydrogène '1' et un atome d'hydrogène '2', sont dupliqués. Ils sont exactement les mêmes, pas comme une pièce de monnaie, et ils peuvent aussi s'interpénétrer, ils peuvent s'imbriquer, ou ils peuvent occuper le même volume. Ceci n'est pas possible en physique classique ou dans la vie normale, d'accord ?

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Sa Sainteté le Dalaï Lama : Mais puisque la mécanique quantique s'appelle encore 'physique', cela parle supposément de réalité physique, n'est-ce-pas ?


Arthur : Oui, mais à un niveau très subtil.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Mais en peut progresser en subtilité. Suggérez-vous qu'il y a une disjonction ?


Arthur : C'est un des grand défis de la physique quantique, ici. Comment allez-vous de ce qui est vrai à un niveau microscopique ‒ et nous avons fait des mesures qui montrent que c'est vrai ‒ à ce monde, qui est tellement différent dans ses lois et principes ? Ceci est une des grandes questions qui existent encore dans la physique quantique. Il y a des arguments en conflit sur comment comprendre cette transition. Donc, je vais aller un pas plus loin. Ce concept s'appelle indistinguabilité. Donc l'atome A et l'atome B sont indistinguables, ou la photo de Votre Sainteté sur la droite est indistinguable de la photo de Votre Sainteté sur la gauche. Maintenant, je vais laisser ces deux photos s'imbriquer, comme les atomes. Donc nous les rassemblons.

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Maintenant, je vais les laisser se séparer, mais il y a une ambiguïté, parce qu'ils pourraient de deux façons, n'est-ce pas ? Ce ne sont que des pensées, mais cela a d'énormes implications. Donc il y a deux options. Ici il y a A à gauche et B à droite :

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Et ensuite nous ramenons A et B ensemble et nous pouvons revenir de nouveau à A et B comme ils étaient avant.

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Ou je peux finir avec B à gauche et A à droite, maintenant j'ai B, A. Donc cela va comme ceci, ou cela va comme cela.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Dans quelle mesure ces sortes de distinctions sont-elles purement à un niveau conceptuel, ou en fait à un niveau objectif, physique, de réalité ?


Arthur : Et bien, John, levons-nous pour faire une autre petite démonstration. John et moi sont habillés presque pareils. Mais nous allons interagir ; je ne peux pas aller à l'intérieur de lui, mais nous interagissons, nous nous heurtons, et il y a deux options : vous vous rasseyez sur votre chaise, c'est une option. L'autre est que nous nous heurtons les épaules, nous continuons, et nous nous asseyons. (Cette fois ils ont échangé de place sur les chaises.)


Thupten Jinpa : Sa Sainteté essaye de comprendre où vous voulez en venir.


Arthur : Vous êtes très patient ! Ok. Là où je veux en venir est ce qui suit : ce qui vous autorise à penser que c'est tellement évident est que vous regardez deux hommes adultes ‒ agissant très stupidement ‒ et il semble que vous pouvez suivre qui va où. Mais maintenant, en mécanique quantique, quand vous avez ce principe d'indiscernabilité : la première option et la deuxième option ne sont pas distinguables l'une de l'autre. C'est caché. Quand vous regardez, à la fin, et vous voyez John sur cette chaise ou moi sur cette chaise, alors le modèle caché disparaît. Mais dans une thèse de mécanique quantique, cela est caché, et quand c'est caché de la vue, alors une nouvelle possibilité s'élève.


Superposition : les deux possibilités

Donc quand c'est caché, alors nous avons un nouveau concept, qui s'appelle superposition.

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Vous prenez les deux possibilités, même si elles sont logiquement distinctes, et vous les prenez ensemble dans une nouvelle sorte de relation, un nouvel état de matière, qui ne peux pas être compris classiquement. Richard Feynman a dit : « Si vous pensez que vous comprenez ceci, vous ne le comprenez pas. » Parce que c'est un nouveau concept, un concept ou ce n'est ni un, ou l'autre, mais en quelque sorte les deux.

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Donc quand Votre Sainteté se rassemble et est ensuite séparé, vous devez en fait ajouter l'option 1 qui est A sur le gauche et B sur la droite, et l'option 2 qui est B sur la gauche et A sur la droite, cela s'appelle l'état quantique de superposition. Maintenant, vous pourriez dire : « Comment savez-vous que c'est vrai ? Pourquoi cela devrait-il faire une différence ? Est-ce seulement les physiciens qui pensent illogiquement, ou est-ce des faits, est-ce vrai ? » Et c'est important.


Implications de l'ambiguïté quantique

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Je vais vous donner seulement deux exemples pour commencer, et peut-être trois. La chimie a besoin de cette ambiguïté. Vous savez, l'hydrogène ne se présente pas comme un atome d'hydrogène seul, il se présente toujours comme une molécule d'hydrogène, H2. Si vous demandez quelle est la force qui les tient ensemble, c'est la force qui survient de ce que l'on appelle ambiguïté, cet état quantique de superposition. Donc vous pourriez dire que tout autour de nous tient ensemble à cause de cette confusion de mécanique quantique. Ce n'est pas confusion par nature, mais pour nous, dans notre logique normale. Cela est si puissant que cela organise toutes les substances autour de nous. Cela créé aussi quelque chose que nous appelons maintenant holisme quantique. Je comprends qu'il y a ce concept de filet de Indra, où dans chaque endroit, il y a une image de tous les autres endroits. C'est comme s'il y avait un joyau qui miroitait tous les autres joyaux du filet. Donc vous regardez un objet vous voyez tous les objets. Quand John et moi nous sommes heurtés les épaules, nous devinrent enchevêtrés, nous devinrent connectés, et si vous et moi nous heurtons les épaules, une autre partie du filet est créé, et John et moi, les deux maintenant, devenons enchevêtrés avec vous. Et vous et moi et John sommes tous maintenant une partie de cette relation, et ensuite avec Jinpa, et tout le monde dans la salle, d'accord ? Donc vous commencez avec un seul atome, vous le connectez avec un autre, ils interagissent, maintenant ils sont enchevêtrés, et vous avez cette relation holistique, aussi longtemps qu'il y a indistinguabilité, vous propagez graduellement ceci. Et cette sorte de holisme est maintenant utilisée pour des besoins technologiques.


Ordinateur Quantique

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Aux États-Unis, nous sommes très pratiques. Les physiciens font leurs réflexions et la plupart des gens ne sont pas intéressés : « Quelle différence cela fait-il ? » Mais maintenant que nous pouvons créer des ordinateurs construits sur ces concepts, si ces concepts étaient faux, alors ces ordinateurs ne marcheraient pas. Si ces concepts sont vrais, alors ils peuvent marcher. Et ils peuvent, pour certaines sortes de problèmes de calculs, de très importants problèmes de calculs, travailler extrêmement rapidement. Vous savez, quand vous mettez votre carte de crédit, et que vous voyez 'transaction sécurisée', cela code votre transaction en une sorte d'expression mathématique secrète, l'envoie et la décode. Et cela prendrait beaucoup beaucoup beaucoup de siècles, peut-être même des milliards d'années pour décoder cette transaction. De tels ordinateurs, pourtant, ont la promesse de faire ceci instantanément, pratiquement instantanément, en une question de secondes. Ils sont très puissants, parce qu'ils ont le holisme comme partie intégrante de leur puissance de calcul, pas des calculs individuels. C'est comme si toutes les personnes de cette pièce, toute leur intelligence, était reflétée holistiquement dans l'ordinateur lui-même.


Supposons que vous vouliez faire une addition, ou un calcul, très difficile. Si vous le faites tout seul, cela pourrait vous prendre beaucoup de temps. Mais si vous pouvez diviser le calcul en parties, et donner à Jingpa quelque chose à faire, Christof quelque chose à faire, Richie, et chaque personne dans cette pièce une partie du calcul, cela va beaucoup plus vite, parce que vous l'avez divisé. Maintenant, imaginez la possibilité que chacune de ces intelligences puissent être mises en vous, que vous preniez toutes leurs capacités et ayez cela en un endroit, qu'elles ne soient pas distribuées en de nombreux individuels. En computation quantique, tous ces objets quantiques du monde peuvent être maintenant superposés en un registre quantique, un endroit quantique. Donc vous avez un quantum individuel avec l'intelligence de beaucoup, on pourrait dire, et alors quand le calcul s'exécute, il s'exécute selon la mécanique quantique, avec tous ces enchevêtrements, et il peut fournir la réponse très rapidement. D'accord ? Donc c'est une possibilité totalement nouvelle, et elle a été démontrée être vérifié.


Superposition

Je pense que ce concept de superposition est très important et très difficile à comprendre.

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Je vais le démontrer avec ces quatre femmes ici. Ce sont les mêmes femmes avec quatre couleurs de cheveux. Et normalement, vous devez avoir une couleur de cheveux ou une autre, à moins bien sûr que vous n'ayez pas de cheveux. Dans ce cas vous avez le potentiel de couleur de cheveux. Les miens sont devenus un peu dégarnis, je sais. Mais ici vous avez différentes couleurs de cheveux sur la même femme. En superposition, vous pouvez avoir les quatre en même temps, donc c'est comme si ces quatre femmes venaient en un endroit, parce qu'on parle ici de la couleur du point de vue physique comme une onde, et elles ont une certaine longueur d'onde, c'est une façon de parler à propos des couleurs. Donc la question est : « Pouvez-vous créer les formes les plus élémentaires de lumière avec quatre couleurs de cheveux ? Donc, un photon, qui est la plus petite unité d'énergie de lumière, est-il une couleur, ou peut-il être deux couleurs, ou trois couleurs, ou quatre couleurs ? Et la réponse est oui, par des expériences que moi et d'autres ont faites : cela peut être deux couleurs ou plus. Donc un unique quantum de lumière peut être émis avec deux couleurs différentes.

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Propriétés d'un photon

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Une autre propriété étrange est que ces particules peuvent prendre deux chemins en même temps. Quand vous arrivez à un chemin qui a un embranchement, vous allez soit à droite, soit à gauche, mais un unique quantum, un unique photon par exemple, ou un unique électron, peut être envoyé, et si vous regardez sur la gauche, vous voyez un point bleu, et ce point bleu peut prendre les deux chemins en même temps. Et cet unique objet ne se divise pas en deux, c'est une chose difficile à comprendre, mais il prend, encore une fois, un état de superposition.

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Sa Sainteté le Dalaï Lama : Simultanément ?


Arthur : Simultanément, il est dans une nouvelle sorte d'état. On ne doit pas penser à lui comme s'il prenait une trajectoire réelle, mais on devrait y penser comme s'il avait un nouvel état qui est ambigu, qui correspond aux deux possibilités.


Thupten Jinpa : Sa Sainteté demande à propos de cet unique atome, qui est fondamentalement un seul quantum indivisible ‒ c'est une chose de parler d'indétermination, cet état peut être compris ‒ comment faire le saut et dire qu'en fait il passe par les deux ? Parce que nous avons déjà dit qu'il est indivisible, ne se divisant pas en deux.


Arthur. C'est vrai. Il y a des expériences, si vous faites ces expériences, comme je les ai faites...


Thupten Jinpa : Est-ce qu'ils s'unissent en un, peut-on avoir la possibilité qu'ils vont en deux parties en se divisant et s'unissant ?


Arthur : C'est le dualisme onde/particule. Si vous prenez cette unique particule indivisible, vous pouvez dire : « Et bien, peut-être qu'elle prend un chemin, peut-être qu'elle prend un autre chemin. La moitié à droite, la moitié tout droit. » Et alors vous mesurez, et si vous mesurez, et posez la question : « Quel chemin prend-elle ? », alors vous trouvez en fait qu'elle prend toujours un chemin ou un autre. Mais si vous ne posez pas la question : « Quel chemin ? », vous laissez cela ambigu, et vous les ramenez ensemble, alors vous voyez un phénomène qui ne peut être compris qu'en prenant les deux chemins à la fois, c'est-à-dire une onde comme un effet d'interférence.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Est-ce que c'est aussi en mouvement ?


Arthur : Oui, c'est en mouvement, oui, mais la direction est ambiguë, mais elle est ambiguë de nouveau d'une façon différente. Vous savez, si je prends deux pièces de monnaie, une est une pièce de cinq roupies et une est une pièce d'un roupie, et si vous fermez les yeux pendant une minute, et que je vous donne une des deux pièces ‒ ne regardez-pas, ne trichez pas‒ et si vous ne regardez pas, alors vous ne savez pas quelle pièce est dans votre main.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Mais je peux la sentir.


Arthur : Vous regardez avec vos doigts ! Quelle pièce avez-vous ?


Sa Sainteté le Dalaï Lama : La pièce de cinq roupies.


Arthur : Il y avait une pièce de cinq roupies et une pièce de un roupie, alors quelle pièce ai-je ? J'ai la pièce de un roupie, c'est logique, n'est-ce-pas ? Alors dans le cas de la mécanique quantique, aussi longtemps que vous ne regardez pas, il y a cette ambiguïté. En physique classique, c'est toujours le cas qu'il y a vraiment la pièce de cinq roupies ici et la pièce de un roupie là, mais ce pourrait être que, comme avec John, vous ayez la pièce de un roupie et que j'aie la pièce de cinq roupies. En mécanique quantique, cette ambiguïté devient une réalité puissante. En fait, ce n'est pas seulement de l'ignorance, mais un état positif, l'état de superposition. Indistinguabilité.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : C'est comme l'école de l'esprit seulement : il y a une cognition, et s'il y a une cognition de cela, alors cela existe, et s'il n'y a pas de cognition de cela, cela n'existe pas.


Arthur : Oui, et il y a des physiciens très renommés comme Eugène Wigner, qui ont dit exactement la même chose. Qu'en quelque sorte, l'ambiguïté existe aussi longtemps que vous ne regardez pas. La chose importante à réaliser est qu'aussi longtemps que vous ne regardez pas, alors il y a de nouveaux phénomènes qui sont possible, aussi longtemps que vous ne regardez pas si c'est cinq ou un, ou un et cinq, alors il y a cet état de superposition, d'enchevêtrement, il y a cette connectivité qui a une réalité, qui a des conséquences : il y a des nouvelles machines, il y a de nouveaux ordinateurs quantiques, et ainsi de suite. De nouvelles sortes de messages secrets peuvent être transmis en cryptographie quantique, il y a un tout nouveau domaine de théories d'informations quantiques, comme en informatique.


Interaction et ambiguïté ont de vastes conséquences

Donc ce qui semble être des points très philosophique ont en fait de vastes conséquences.

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Je voudrais résumer ce qu'étaient mes points principaux :


- Vous avez une ambiguïté classique, une ignorance, qui devient en fait quelque chose de tout à fait positif, qui devient quelque chose que nous appelons superposition quantique. Les deux options de la pensée classique sont que vous prenez un chemin ou un autre, un objet ou l'autre, mais maintenant vous avez la possibilité, puisqu'ils sont indistinguables, de prendre les deux à la fois, et une nouvelle sorte de réalité, un nouvel aspect de la réalité se manifeste.


- Cela devient un facteur puissant en nature, par exemple toute la chimie dépend de cela, et les nouvelles techniques quantiques aussi, donc nous pouvons appliquer cela en outils concrets. Donc ce n'est pas quelque chose qui est laissé dans un coin quelque part, qui n'a aucune signification, on pourrait dire que la réalité en dépend, la réalité physique, ces choses, et nos technologies dépendent vraiment de cela. Les téléphones cellulaires, par exemple, ne marcheraient pas sans cela.


Ok, alors c'est aussi en quelque sorte caché, nous ne voyons pas cela, mais à un niveau très subtil, il y a une connectivité cachée, ou enchevêtrement, holisme, comme nous l'appelons, un holisme quantique dans la nature, qui indique à un niveau subtil une certaine sorte d'interconnectivité, que les choses sont apparemment discrètes, et à un niveau c'est vrai, mais au niveau le plus subtil, elles ont une interconnexion entre elles.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Donc, du point de vue quantique, on peut même parler de cette interconnexion à un niveau cosmique, entre les galaxies ?


Arthur : Non, c'est plus spéculatif. Mais on peut commencer par penser que chaque particule qui interagit avec une autre particule a une connexion avec cette particule, qui se propage, va de plus en plus loin, et d'un point de vue logique, il est logique de dire que de nombreuses et nombreuses parties de l'univers sont connectés, de manières qui sont difficiles pour nous d'imaginer. Mais dans ces simples cas, nous pouvons faire en fait des expériences qui montrent la connectivité.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Dans le niveau le plus petit des particules, une particule peut-elle se multiplier ?


Arthur : Et bien, une particule peut se multiplier s'il y a de l'énergie. Si vous prenez deux particules, et vous les faites entrer en collision, vous pouvez avoir de nombreuses particules, même si les particules sont élémentaires, indivisibles, comme deux électrons.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Alors quand deux particules entrent en collision et se multiplient, d'où viennent les particules multipliées ? Peuvent-elles être exactement les mêmes que la source ?


Arthur : Nous disons qu'elles viennent de l'énergie de la collision. Cela concerne la compréhension d'Einstein de la relation entre masse et énergie, qu'une certaine quantité d'énergie peut être utilisée pour générer une particule massive. Donc cela va en avant et en arrière, dans un certain sens, la masse est l'énergie, mais une très petite quantité de masse engendre une très importante quantité d'énergie.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Donc, dans ce cas, nous pouvons dire qu'à un stage causal, il pourrait y avoir un ou deux atomes, vous avez, disons deux atomes, mais à un stage de résultat, il peut y avoir de nombreux atomes.


Arthur : Oui, et au CERN, c'est la routine. Vous prenez deux électrons, ou deux protons, et vous les faites entrer en collision avec beaucoup d'énergie, et vous avez un énorme nombre de particules, des centaines, des milliers.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Donc, quand les deux particules entrent en collision et se multiplient, alors d'où viennent les particules multipliées ? Elles ne sont pas divisées des deux particules originales ?


Arthur : Non, elles ont été générées par l'énergie. Quand vous frappez vos mains ensemble un certain nombre de fois, vous commencez à sentir de la chaleur. D'où cela vient-il, d'où la chaleur vient-elle ? Cela vient de l'énergie du frappement, et vous pouvez prendre deux particules et les faire se rencontrer, et non seulement elles deviennent chaudes, mais elles deviennent si chaudes qu'elles génèrent de nouvelles particules à partir de, on pourrait dire, la chaleur de l'interaction, l'énergie de l'interaction, l'énergie de la collision.


Sa Sainteté le Dalaï Lama : Alors qu'elle est l'explication ? Pourquoi, à cette intense chaleur générée, y a-t-il a cette multiplication qui arrive ?


Arthur : Il y a une théorie, la chromodynamique quantique, je ne sais pas si je veux aller là dedans, et même si je le voulais, c'est une théorie très complexe, mais essentiellement, cela vous donne la prédiction de savoir combien de particules apparaissent, combien de particules subséquentes se désintègrent, tous les détails des interactions sont très prévisibles maintenant, c'était la raison pour laquelle la découverte du Boson de Higgs était tellement important, cela a complété l'image d'ensemble de ce que nous avons maintenant comme une image tout à fait unifiée de ce que nous appelons l'électromagnétisme, l'interaction faible et l'interaction forte. Donc elles se réunissent toutes. Les nouvelles particules générées peuvent être comprises en termes de quarks et interactions, les gluons, en une image très élaborée, puissante et très précise, prédictive. Il reste encore un vaste éventail de mystères, nous avons encore la gravité qui n'est pas incluse dans l'image globale, elle reste en dehors de cette belle théorie. De plus, il y a encore quatre-vingt-seize pour cent de l'univers qui manque, on pourrait dire. Donc de quoi est-ce fait, et comment comprenons cela ? Donc il y a encore beaucoup à apprendre.


Traduit de l'anglais par Pháp Thân, avec l'aimable autorisation de Arthur Zajonc et du Mind and Life Institute, tous droits réservés à Arthur Zajonc et Mind & Life Institute.