Chapitre Vingt-trois:
Examen des méprises

Nagarjuna - Versets du Milieu - Vacuité

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Réfuter une nature propre des perturbations et des méprises

Réfuter les perturbations par la dépendance

Le désir, l'aversion et la confusion
Proviennent de concepts erronés.
Ils dépendent de ce que l'on conçoit
Comme agréable, désagréable, et des quatre méprises:
Concevoir comme permanent, bien-être, pur et soi
Ce qui ne l'est pas.


Ce qui dépend de l'agréable, du désagréable et des méprises
N'existe pas selon une nature propre;
Les perturbations n'existent donc pas réellement.


Réfuter les perturbations par l'absence du soi

L'existence ou l'inexistence réelle d'un soi ne peut être établie:
Sans cela, comment l'existence ou l'inexistence réelle
Des perturbations pourrait-elle être établie?
Les perturbations sont celles d'un sujet qui les éprouve.
Sans lui, par qui seraient-elles éprouvées?


De même qu'il n'existe pas réellement
Un corps identique ou différent du sujet du corps,
Ou un corps qui soit dans le sujet du corps,
Ou un sujet du corps qui soit dans le corps ou possédant le corps,
Les perturbations n'existent pas réellement
Par rapport à celui qui les éprouve.


De même qu'il n'existe pas réellement
Un sujet du corps identique ou différent du corps,
Ou un sujet du corps qui soit corps,
Ou un corps qui soit dans le sujet du corps ou le possédant,
Celui qui éprouve les perturbations
N'existe pas réellement par rapport à elles.


Réfuter les causes des perturbations

Puisque les choses agréables, désagréables, et les méprises
N'existent pas réellement,
Les perturbations n'existent pas en elles-même,
Puisqu'elles en dépendent.


La forme, le son, l'odeur, le goût, le toucher
Et les objets de l'esprit sont les six fondations
Du désir, de l'aversion et de la confusion,
Et sont pareils à une ville dans le ciel, un mirage, ou un rêve.


Comment ce qui est agréable ou désagréable
Pourrait réellement venir à l'existence
Dans ce qui est comme une personne illusoire ou un reflet?


Le désagréable dépend de l'agréable,
L'agréable dépend du désagréable.
Agréable et désagréable n'existent donc pas en soi.


Puisque l'agréable n'existe pas en soi
Comment le désir existerait-il en soi?
Puisque le désagréable n'existe pas en soi,
Comment l'aversion existerait-elle en soi?


Réfuter les méprises et un sujet des méprises

La saisie, celui qui saisit et ce qui est saisi conceptuellement,
Tout cela est apaisé, tout cela n'existe pas réellement.
Si, fausse ou juste, il n'y a pas réellement de saisie,
Qui pourrait réellement être en méprise ou en non-méprise?


Une méprise est irrationnelle pour qui s'est déjà trompé.
Une méprise est irrationnelle pour qui ne s'est pas trompé.
Une méprise est irrationnelle pour qui est en train de se tromper,
Car rien n'existe en dehors du produit et du non encore produit.
En qui donc les méprises sont elles possibles?


Quand une méprise ne s'est pas encore produite,
Comment existerait-elle?
Quand une méprise ne s'est pas encore produite,
Comment existerait-il une personne en erreur?


Puisqu'il n'existe rien réellement qui se produise par soi-même,
Par autre chose, ou par les deux à la fois,
Aucune méprise n'est produite réellement;
Comment existerait-il alors une personne réelle en erreur?


Si les méprises de permanence, bien-être, pureté et soi
Existaient de manière inhérente,
Alors elles ne seraient pas des méprises!


Puisque la permanence, le bien-être, la pureté et le soi
N'existent pas de manière inhérente,
Alors l'impermanence, le non-bien-être, la non-pureté et le non-soi
N'existent pas de manière inhérente non plus.


Conclusion

Par la cessation des méprises, la confusion cesse.
Quand la confusion cesse,
Les formations et les autres liens de l'existence cessent.


Si les perturbations existaient en essence,
Comment pourraient-elles être abandonnées?
Qui pourrait éliminer ce qui existe de manière inhérente?


Puisque les perturbations n'existent pas en essence,
Il n'y a pas de passions réelles que l'on doive abandonner.
Qui pourrait éliminer ce qui n'existe pas vraiment?