Chapitre Dix-sept:
Examen des actes et de leurs fruits

Nagarjuna - Versets du Milieu - Vacuité

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Introduction

Il existe trois sortes d'actes:
Ceux de l'esprit, de la parole, et du corps.
La discipline personnelle et la bienveillance pour autrui
Sont les graines qui portent fruit dans cette vie et les autres.


Si les actes possédaient une existence réelle,
Et qu'ils duraient jusqu'au moment de leur fruit,
Ils seraient permanents;
S'ils cessaient, comment donneraient-ils des fruits,
Puisqu'ils seraient détruits?


Première réplique: l'exemple de la pousse

"Il en est de même que pour le continuum d'une pousse
Qui se développe à partir d'une graine et qui donne un fruit.
Sans graine, le continuum ne se développe pas.


Puisque le continuum provient de la graine,
Et que le fruit provient du continuum,
La graine précède le fruit.
Il n'y a donc ni permanence ni non-existence.


De même, le continuum mental se développe à partir
D'un état d'esprit et de là provient le fruit.
Sans lui, le continuum ne se développe pas.


Puisque le continuum provient de l'état d'esprit,
Et que le fruit provient du continuum,
L'acte précède le fruit.
Il n'y a donc ni permanence ni non-existence."


Deuxième réplique: l'exemple de la dette

"Cette analyse entraîne de nombreuses erreurs.
Voici ce qui est approprié:
L'acte est comme une dette irrévocable inscrite sur un registre:
Il y a une conservation de l'acte.


On ne peut éliminer cette conservation simplement,
Mais seulement par la méditation et la réalisation
De la nature ultime des phénomènes.
Autrement, les fruits des actes
Sont immanquablement engendrés par cette conservation.


La conservation de tous les actes, similaires ou distincts,
Engendre, lors du passage d'un mode d'existence à un autre,
Le nouveau mode d'existence.
Chaque état du continuum d'un individu est ainsi
La conséquence de la totalité des actes accomplis auparavant."


Les actes n'ont pas d'existence inhérente.

Vacuité, non-cessation, existence cyclique et impermanence:
Les actes sont sans existence inhérente et ne se perdent pas.


Si les actes avaient une essence, ils seraient éternels,
Et ne pourraient être créés, car ce qui est éternel ne peut être créé.


Si les actes n'étaient pas créés,
On redouterait d'être atteint par des actes non accomplis,
Toutes les conventions seraient contredites,
Et il serait impossible de distinguer le bien du mal.
Les actes ayant porté fruit fructifieraient encore et encore,
Car s'ils avaient une essence, ils resteraient inchangés.


L'acte possède la nature des perturbations;
Les perturbations n'ayant aucune d'existence réelle,
Comment l'acte en aurait-il une?


Puisque les actes sont sans essence, ils ne sont pas produits.
Puisqu'ils ne sont pas produits, ils ne sont pas détruits.


Les actes et les perturbations sont les conditions du corps.
Si les actes et les perturbations sont vides d'existence inhérente,
Que dire du corps?


Puisqu'un acte substantiel n'est ni produit par des conditions,
Ni produit sans conditions,
L'agent effectuant cet acte n'existe pas réellement.


"S'il n'y a ni actes, ni agents,
Comment pourrait-il y avoir des fruits?
S'il n'y avait pas de fruits, qui pourrait les consommer?"


De même que, par magie, on peut créer une illusion,
Et que cette illusion peut elle-même en créer une autre,
L'agent est comme une illusion.
Et l'acte accompli par lui est comme l'illusion de l'illusion.


Conclusion

Les perturbations, les actes, les corps, les agents et les fruits
Sont comme une ville dans le ciel, un mirage ou un rêve.